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2561 articles avec peinture

John Peter Russell : Les Fils du peintre jouant avec un crabe (1904-06)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

John Peter Russell : Les Fils du peintre jouant avec un crabe (1904-06). 

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étude d'homme nu par William Etty

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Male Nude by William Etty 

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A propos de Bernard Buffet, le samouraï

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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24bc931b4dSi le titre de la biographie de Bernard Buffet par Jean-Claude Lamy est beau, il est assez peu conforme à la réalité du personnage du peintre. J’aurais préféré une biographie un peu moins hagiographique et d’un style plus tenu. Le lyrisme du début frise le ridicule et les premiers chapitres sont riches en digressions certes intéressantes mais qui bousculent par trop la chronologie. Mais ce ne sont là que des vétilles devant le plaisir de lecture que procure cette biographie qui espérons le remettra au premier plan un artiste qui aura beaucoup fait pour ruiner sa réputation.
L’une des qualités du livre, à la documentation sans faille, est de faire revivre une époque, l’immédiate après guerre où Paris était encore la capitale de l’art mondial, pour bien peu de temps encore mais aucun des acteurs qui s’agitaient sur la scène de l’art parisien le pressentait.

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Dans cette après guerre où la bataille entre abstraction et figuration faisait rage, l’art était un enjeu politique majeur. Il faut imaginer le rustre Maurice Thorez, secrétaire générale du Parti Communiste, alors premier parti de France, arpentant les allées du salon d’Automne, suivi de l’oppotuniste Aragon qui n’avait pas encore troqué son costume d’ apparatchik contre celui de la vieille folle noctambule, pour soutenir Fougeron champion français du réalisme socialiste.
La notoriété dans la Quatrième République des artistes est inconcevable aujourd’hui, comme l’est la fulgurante ascension de Bernard Buffet qui connaît ses premiers succès à 18 ans! Il faut dire que ses tableaux d’ ascète sont en phase et aux couleurs de l’époque. Il est bon de se les remettre dans l’oeil pour se souvenir de leur force...

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Lamy me confirme le rôle de découvreur du peintre par Henri Héraut (1894-1982), (Comme le livre que je traite est largement disgressif, je m’autoriserai   ce plaisir coupable, dont je suis un fervent pratiquant, assez souvent dans ce texte...). Ce que m’avait confié, dans les années 70 ce curieux personnage qu’était ce peintre et critique. Je n’oublierais jamais ma visite dans son “atelier” en fait un petit appartement dans un immeuble récent qui dominait la gare Montparnasse. Héraut m’expliqua qu’il n’avait pas l’électricité puisque la gare éclairait son logis ! Ainsi muni d’une lampe électrique et juché sur un escabeau je pus admirer des dessins de Delacroix et des Buffet des années quarante... Voici comment Lamy raconte la découverte du jeune peintre par Heraut: << Maison rue des Batignolles; à chaque étage, au palier, une vaste glace reflète son image. “Le feutre vert sur l’oreille, je m’imagine beau. Au deuxième, je pousse la porte, j’entre chez Bernard Buffet. D’immenses toiles d’hommes nus, tristes, pourris de solitude... je me vois vrai”.>>.

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Les anges d'Héraut...
Henri Héraut avait fondé en 1935 un Groupe de peintres figuratifs français qui s’intitule Les peintres des Forces Nouvelles parmi eux: Henri Héraut, Robert Humblot,Henry Jannot , Jean Lasne, Alfred Pellan, Georges Rohner , Tal Coat... Dans leur manifeste on peut lire: << ... qui ont compris que le temps des escamotages de dessin ou surcharge de pâte était révolu" et qui prônent le "retour au métier consciencieux de la tradition dans un contact fervent avec la Nature >>. Ils sont Convaincus que cette attitude, dans le contexte de l'avant-guerre, représentait la plus osée des audaces, que la modernité n'est pas formelle, les peintres de Forces Nouvelles se prononcent contre l'impressionnisme, "ennemi public numéro 1", le surréalisme ou le cubisme. A l'école de Georges de la Tour, des frères Le Nain ou des artistes classicisant des années vingt, cette peinture se veut un retour au dessin et au modelé, au métier. Le groupe se disperse en 1939, mais certaines manifestations en prolongent l'esprit pendant les années d'occupation.

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tableau de Jannot

On comprend son adhésion immédiate à l’oeuvre de Buffet. Lorsque j’ai rencontré Héraut, il était d’une saleté repoussante, qui contrastait avec le soin qu’il prenait de sa petite moustache blanche, parfaitement taillée. Il portait un immuable costume trois pièces bleu; le devant du gilet était ciré de crasse et l’arrière de sa veste était en lambeaux comme si elle avait été déchirés par un fauve. Il se vantait d’avoir autant d’ attirance pour les garçons que les filles tout en étant toujours resté vierge. Il ne peignait plus que des anges. Il avait toujours le même petit feutre vert sur l’oreille que trente ans au par avant lors de sa première visite chez Buffet.

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La rencontre en 1948 de Buffet avec Pierre Descargues, l’un des critiques les plus respectés et les plus influents de l’époque, est déterminante pour l’avenir du jeune peintre. Voici ce que Descargue écrivit sur Bernard Buffet dans le livre qu’il lui a consacré: << Il témoigne puissamment du désarroi de notre époque. L'inaction de ses personnages, leur vie absurde, Bernard BUFFET  les exprime comme un mal dont on est soi-même victime, avec violence en se donnant soi-même tout entier à cette œuvre de vengeance, c'est à dire en y mêlant intimement l'amour et la haine. >>.

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Pour un vieux et fidèle auditeur, comme moi de France-Culture, on ne peut lire un texte de Descargue sans entendre sa voix qui à su passionnée tant de gens pour l’art moderne, et cela sans exclusive durant tant d’années. C’est une curieuse expérience pour un vieil habitué de ses confidences radiophoniques de le découvrir dans ces pages tout jeune et déjà passionné. Pierre Decargue, dans ses récents livres de souvenir, il me semble (je ne les ai pas par de vers moi), est bien oublieux de son ancienne admiration pour Buffet...

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Un des grand mérite du volume est de rappeler l’incroyable précocité de Bernard Buffet qui entre à I'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en décembre 1943, dans l'atelier du peintre Eugène Narbonne, où il est déjà considéré comme très doué. Il s'y lie notamment d'amitié avec les peintres Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.

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un tableau de Maurice Boitel.

“Bernard Buffet le samouraï” me procurera tout au long de ses pages de constants bonheurs de découvrir jeunes des gens que j’ai croisés, et parfois admirés, chenus, principalement sous la voûte du Grand Palais lors des Salons d’Automne des années 80. La vénérable institution brillait alors de ses derniers feux sous la férule de Mac Avoy... Il en est ainsi de Jean-Pierre Capron, Boitel et de bien d’autres...
Est-ce un soupçon de vanité mais il est toujours curieux et parfois émouvant, de découvrir dans les pages d’un livre des gens que l’on a côtoyés, connus ou même seulement croisés. Ainsi il m’est étrange de découvrir que Jean-Pierre Capron a été l’un des amis les plus proches et les plus fidèles de Bernard Buffet, je le croisais dans les allées du Grand Palais lors de chaque Salon d’Automne, toujours d’une urbanité parfaite, toujours accompagné de son compagnon d’un si petit format qu’ avec Jean-Claude Farjas nous l’avions surnommé le jockey.  Ce garçon paraissait être le petit fils de son ami... C’est lui qui apportait rituellement la contribution de Capron au Salon, bien peu était impatient de découvrir la toile de l’artiste qui pourtant vivait très bien de sa production ce qui resta mystère pour moi... Les peintres contemporains qui semblaient avoir l’aval de Bernard Buffet me semblaient bien médiocres. Mais peut-être comme pour Boitel il voulait surtout rester fidèle à ceux qui ne l’avaient pas méprisé à ses tout débuts?

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tableau de Jean-Pierre Capron

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Portrait de Capron par Buffet.

Le hasard du calendrier a voulu que pendant que je lisais cette biographie, je reçoive un e-mail m’invitant à la pose d’une plaque commémorative, peinte par Jean-Pierre Alaux pour le souvenir de Maurice Boitel...
La première exposition de Bernard Buffet, se déroule dans la librairie-galerie de Guy Weelen et Michel Brient. Le soir du vernissage : personne. C’est un jour de grève, et en plus, il neige. Mais, insensiblement, comme l’a dit Bernard Buffet lui-même : « c’est parti tout seul », et toutes les œuvres ont été vendues. Raymond Cogniat achète pour le Musée National d'Art Moderne de Paris une peinture : " Nature morte au poulet ". Comme toutes les toiles du peintre achetées par les pouvoirs publics, elle est remisée aujourd’hui dans les réserves du musée! Pierre Descargue  est le premier à noter ce qui distingue d’emblée le nouveau venu : « Il témoigne puissamment du désarroi de notre époque. L’inaction de ses personnages, leur vie absurde, Bernard Buffet  les exprime comme un mal dont on est soi-même victime, avec violence, en se donnant soi-même, tout entier, à cette œuvre de vengeance, c’est-à-dire en mêlant intimement l’amour et la haine. ». Presque en même temps meurt à 38 ansFrancis Gruber  dont on a vu un moment, à mon sens à tort, le grand inspirateur de Buffet. Aujourd’hui le rapprochement de Gruber avec Julian Freud me parait pus pertinent...

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tableau de Gruber
 
Jean Claude Lamy n’élude les penchants homosexuels du peintre. Bien au contraire il met au centre de son livre l’amour entre Bernard Buffet et  Pierre Berger: << Un soir d’avril 1950, Buffet se trouve à la galerie Visconti Richard Anacréon passe une tête, accompagné de son jeune assistant (Pierre Bergé). Maurice Garnier remarquent immédiatement  leur attirance réciproque.>>. Pierre Bergé dans “Les jours s’en vont je demeure” Gallimard Folio n° 4087) narre ainsi leur rencontre: << Il avait vingt ans, j’en avais dix huit et, comme tous les coups de foudre, le nôtre frappa à la vitesse de l’éclair... Nous nous retrouvâmes le dimanche suivant... Le soir nous avons cherché un hôtel et finîmes dans un endroit douteux, rue des canettes, où une femme digne et silencieuse nous conduisit à une chambre non sans nous avoir donné une serviette ravaudée. C’était Céleste Albaret, l’ancienne gouvernante de Proust...>>.

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L’auteur sait à propos de cette extraordinaire histoire d’amour, même souvent trouver les mots justes qui font sourdre l’émotion: << A Manosque comme à Reillanne, les séjours de Bernard et de son compagnon n’ont laissé aucune trace visible. Pas de rue portant le nom du peintre ni de plaque commémorative. Après la disparition des derniers survivants qui fréquentèrent les deux jeunes gens que l’on croyait lié à la vie et à la mort, il ne reste qu’un sentiment de vide comme celui qui suit un amour brisé. Le triptyque “Horreur de la guerre”, ce chef d’oeuvre que Bernard à peint à Nanse en 1954, méritait un lieu d’exposition dans la région. Car c’est en Haute Provence que son art essentiellement concret, domina toute la peinture de sa génération.>>. Dans tout le livre c’est la seule fois où transparaît l’avis de Lamy la peinture de Bernard Buffet et ceci à la lumière de l’amour qui unissait Buffet et Bergé. En ce qui me concerne je ne partage pas cet avis de considérer La série des horreurs de la guerre (thème largement partagé à l’époque) comme le sommet de l’oeuvre qui reste pour moi les toiles dites “misérabiliste” de la période 1945-1950.

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Le récit de la vie du peintre a dans l’ouvrage toujours en contre point la réception critique de son travail, Lamy quant à lui s’interdit (à une exception prés) de porter un jugement sur la peinture de son sujet. La plupart des extraits de critiques sont à la fois défavorables à Buffet et bien Choisis, comme cette dernière, datant de 1960, de Pierre Cabanne: << Après avoir été le symbole d’une époque angoissée et dure, Buffet semble n‘être plus aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, que le produit de la publicité et de la spéculation, la victime de la complaisance mondaine ou le forçat de sa surabondance et de sa facilité.>>.

Bernard Buffet, vers 1960 par Étienne Ostier 



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On un pu parler d’un véritable phénomène Buffet. Les prises de positions sur son art dépassait de loin le cercle restreint (néanmoins beaucoup moins qu’aujourd’hui) des critiques d’art. Ainsi Viallatte s’ enflamme dans sa chronique de “Spectacle du monde”: << La signature de Bernard Buffet ressemble à un fagot d’épines. Quand il peint un bouquet c’est un bouquet de chardons: un animal c’est le homard ou le grondin, une bête tout en pinces, en arrêtes et en griffes; en piquants et en barbelé. Ses personnages n’ont que des os; ses poires aussi, il a inventé la poire en bois, longue, noire et mince comme un fil, pour les jours de deuil et de famine. Tout ce qu’il peint naît en carême... Ces toiles pourtant ne sont pas sans âme. Elles ont même une âme véhémente; pauvre, agressive, hargneuse et douloureuse; une âme maigre, longue acide, d’orphelin qui revient du cimetière dans une chambre où il n’y a pas de feu; une âme menaçante et menacée qui se venge de l’homme, qui gâche la joie, qui fait avorter les récoltes, qui jette un sort sur les navets... Avec ça des dons éclatants: la composition est solide, le dessin sûr, la couleur rare; une manière qui étonne par sa délicatesse. Il est ferme, brutal, subtil. Il a créé un monde à lui. Il impose sa règle du jeu; c’est la marque des grands.>>. (Alexandre Vialatte.

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Bernard Buffet est certainement le premier peintre vivant dont je vis un tableau, expérience commune à bien des personnes de ma génération. Pendant longtemps une reproduction de son “Grand duc” décora ma chambre d’enfant...

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La meilleure part du livre est celle où Lamy avec beaucoup d’intensité et de chaleur ressuscite tout le petit monde intellectuel et mondain de la IV République. Un temps où Paris Match consacrait dix pages couleurs à un peintre de vingt huit ans... Un article qui déclencha un tollé causé aussi bien à cause des déclarations de l’artiste que par l’étalage du luxe dans lequel il vivait... Epoque où pouvait exister une prestigieuse revue culturelle de droite, La Parisienne, dans laquelle François Nourissier étrillait le peintre; des année où “Le Berry républicain” comparait les mérites de Carzou et de Buffet... Qui se souvient aujourd’hui de Carzou, de ses toiles au fons monocolore sur lequel une femme rencontrait un canon, tout pareillement hérissés de piquants tels d’incongrus porcs-épics. Peut-être qu’un jour, la postérité ne sera plus oublieuse, tant mieux, tant pis!? Qui peut le savoir? Mais soyons reconnaissant à Jean-Claude Lamy de faire revivre, l’espace d’une lecture, tout un monde, qui, l’instant d’une république s’est cru immortel.

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tableau de Carzou.

“Bernard Buffet, le samouraï” en filigrane pose de nombreuses questions comme celle de la place du marchand dans la carrière d’un peintre: << Emmanuel David a misé sur Buffet comme un joueur bien inspiré à la roulette. Cela lui rapportera gros. Mais le peintre lui, sort il gagnant de cette “affaire”? Pierre Descargues se pose la question en s’étonnant que l’artiste accepte de peindre des oeuvres en série au rythme d’un tableau par jour... Il regrette ensuite implicitement le choix qu’a fait Buffet de confier ses intérêts à Emmanuel David: << Que serait il advenu si au lieu de se confier à David, Buffet avait répondu à la proposition d’un autre marchand qui fut celui de Miro, des surréalistes et par la suite de Riopelle, de Paul Kallos, de Mathieu et de Veira da Silva. Le marchand se nommait Pierre Loeb. >>.


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portrait de Maurice Garnier par Bernard Buffet.

L’ouvrage par ailleurs s’interroge  à la fois sur le pouvoir de la critique d’art  sur celui de l’état sur le goût de l’ intelligentsia. Celui qui fut longtemps le bras droit d’Emmanuel David puis son successeur, Maurice Garnier explique ainsi le retournement de la critique envers son poulain: << Oui, absolument ! Il y a eu plusieurs raisons, en 1958, qui ont fait basculer Bernard Buffet dans l'incompréhension vis-à-vis des pouvoirs officiels, mais pas du grand public. Justement, c'est son succès auprès du plus grand nombre qui a déplu. André Malraux, en créant le Ministère des Affaires Culturelles, à voulu soutenir l'art abstrait, ce qui était tout à fait légitime. Mais pour cela, il fallait évincer, éliminer Bernard Buffet car l'artiste était "encombrant". Il marquait trop fortement la continuité de la peinture classique, figurative. Bernard Buffet a été trop tôt considéré comme un "phénomène". Il n'avait que trente ans !>>. Déclaration qui soulève le problème de l’art officiel et de l’influence de Malraux durant le pouvoir gaulliste. Cette main mise du ministre de la culture sur l’art, pour lui le grand peintre contemporain était Chagall, ne pourrait il pas expliquer en partie le déclin de Paris et son remplacement comme capitale de l’art par New-York?

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Lorsque l’on referme le livre de Lamy on a appris beaucoup de choses mais nous ne pouvons pas véritablement cerner qui était Bernard Buffet. On a le sentiment d’avoir rencontré un homme faible dont l’art a correspondu miraculeusement, durant quelques années à l’attente de son époque. Et dont des personnes au début inconsciemment en on fait un véhicule de leurs espoirs, de leurs ambitions, de leurs idées... Le pur Buffet meurt dès sa rencontre avec le galeriste Emmanuel David qui enclenche le processus de production à outrance en permettant l’écoulement de la production de la machine à peindre Buffet qui ne savait que peindre et qui finalement n’aimait que cela. Puis viendra le système de la grande exposition annuelle mis en place par Pierre Berger et son marchand Maurice Garnier. Mais il serait réducteur de n’y voir qu’un dessein mercantile de ses hommes. Ils étaient aussi animé par l’admiration pour l’oeuvre et par le souci de préserver le fragile équilibre du peintre qu’il n’atteignait que par un travail forcené. Buffet était une sorte de monstre prisonnier de sa frénésie de peinture...
L’inavoué personnage central du livre n’est pas Bernard Buffet mais Pierre Bergé . Je suggère que Jean-Claude Lamy lui consacre son prochain livre qui ne pourrait être que passionnant sur ce prodigieux entremetteur dont l’émergence de sa fortune reste pour moi un grand mystère. Mais l’écriture d’un tel livre ne doit pas être sans risque... La couverture est toute trouvé, écoutons Mag Bodard qui découvrait le nid du couple Bergé-Buffet: << La maison de Buffet est ravissante... Ses plus belles toiles y sont au mur dont un immense portrait de “la commode” tout nu, avantages au vent... >>, il faut savoir que “la commode” était le surnom de Bergé; on disait alors des deux inséparables amis, voilà Buffet et sa commode! Ce tableau ferait un parfait “visuel” pour cette biographie... Il sera intéressant de guetter si “Bernard Buffet, le samouraï” est chroniqué dans “Têtu” dont Pierre Bergé est le propriétaire...

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La thèse sous jaçante de Lamy est que privé de son amant mentor, l’art de Buffet n’a fait que s’étioler ne répondant plus à une nécessité intérieure mais ne devenant plus qu’une mécanique de survit, une occupation addictive vide de sens. On peut remarquer une importante différence entre le témoignage de Pierre Bergé dans son livre qui écrit qu’il était resté en contact avec son ancien amant et la biographie de Lamy qui laisse entendre que les deux hommes ne se serait plus revu après leur séparation.
Sans doute par manque d’audace ou par égard pour Annabel l’auteur ne fait que murmurer son opinion mais elle reste clairement audible. La pagination est  très révélatrice de la thèse de l’auteur. Il consacre 140 pages au début du peintre, puis 120 pages de ce que l’on peut appeler l’ère Bergé (1950-1958) et seulement 45  pour les quarante dernières années de la vie de Bernard Buffet!
Je ne suis pas certain que Lamy ait voulu que l’on perçoive la biographie de Bernard Buffet qu’il a écrite comme je l’ai ressenti, comme la faillite douloureuse d’un homme...

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Laissons le dernier mot à Pierre Bergé qui a fait dans “Les jours s’en vont je demeure” un portrait touchant de Bernard Buffet dans lequel il ne   pas de ses responsabilités et qui me parait lucide même s’il n’est sans doute pas dénué d’amertume: << Avec la célébrité, des gens de toute sorte entrèrent dans sa vie. Beaucoup de parasite. Il n’était pas dupe, me le disait, s’en amusait. En fait, un peu avant l’âge de trente ans il avait abdiqué. J’ai toujours su qu’il avait mesurer l’impasse dans laquelle il s’était fourvoyé, dont il ne pouvait plus sortir. Il a essayé de peindre différemment, d’aborder la couleur, de changer sa technique. C’était en juillet 1957. Il fit ainsi une dizaine de toiles, me les montra, les détruisit. Nous n’en reparlâmes jamais. Il reprit ses pinceaux et continua à cerner de noir des bouquets de chardons, des poissons plats, des têtes de clown. Il était devenu amer, se consolait avec l’alcool, le sexe. Il peignait toujours, avec une espèce de rage, comme pour se venger de cette célébrité qui l’encombrait et qu’il savait, d’une certaine manière, usurpée. Il aurait voulu tout recommencer, revenir à la peinture telle qu’il l’avait aimée dans son enfance lorsqu’il traversait Paris pour suivre, place des Vosges, les cours de M Darbefeuille. C’était trop tard. J’avais été complice, probablement coupable. J’avais tant cru en son génie. Tout cela tourna mal. Une guerre de marchands s’engagea. Le plus malin l’emporta. La vérité est qu’il n’eut jamais de marchand à l’égal d’un Kahnweiler, Rosenberg, Pierre Loeb, Vollard. Capable de le comprendre - surtout de comprendre la peinture - de lui parler, de le mettre en garde, de le guider. Il partait à la dérive devant des témoins béats d’admiration, incapable de voir qu’il allait se fracasser, se perdre. Ils se contentait de le rassurer, de subvenir à ses besoins, de jouer le rôle de banquier, de secrétaire, d’intendant. Il ne savait rien, on lui cachait tout. Il n’avait plus aucun rapport avec la vie ni avec l’art de son temps. Il ne lui restait que des japonais qui l’admirait on ne sait trop pourquoi. Il était trop intelligent pour s’en satisfaire, il n’était pas dupe...>>

2005   

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Georg Rank (1855-1938)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 
Portrait  (1903) 






fresque pour le parlement autrichien à Vienne (circa 1900 - 1910) 


 Aquarelle 1903



 (1902) 


Two Sitting Male Nudes (1902) 


Studie mannlicher Akt Wurfposition (undated) 



Standing Male Nude with Staff (undated) 




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Paul Jacoulet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Vous n'avez plus que quatre jours pour courir voir la superbe petite exposition (on peut tout de même y voir, plus de 70 estampes en couleurs ainsi que des dessins et matrices en bois) dédiée à Paul Jacoulet à la Bibliothèque François Mitterrand. Et en plus c'est gratuit, compter quelques minutes de marche pour la dénicher tout au fond d'un couloir. Il est impossible de faire la moindre photo, vous ne pourrez acheter le petit fascicule qui fait office de catalogue, c'est à ma connaissance le seul ouvrage en français sur Jacoulet (s'il en existe un au Japon et qu'un lecteur soit informé merci de m'informer, car si tout va bien je ne devrais pas trop tarder pour revoir le pays du soleil levant), il vous faudra attendre que la librairie de la bibliothèque rouvre ses portes et ce sera après le 20 septembre, mais croyez moi la visite vaut la peine c'est superbe beaucoup plus que sur un écran d'ordinateur.





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Paul Jacoulet est né à la fin du XIXe siècle ou début du XXe siècle à Paris d’un père de la bonne société du Dauphiné et d’une mère originaire du Pays basque français. Frêle et à la santé chancelante, Paul doit la vie aux soins prodiguées par sa mère Jeanne. Sa date de naissance précise n'est pas connue. Paul Jacoulet est soupçonné de l'avoir modifiée afin de se soustraire à ses obligations militaires et d'échapper ainsi au feu pendant la Première Guerre mondiale. Sa date de naissance probable est 1896 bien que 1904 soit aussi retenue. En fait, Paul Jacoulet pendant la Première Guerre mondiale aurait utilisé la date de naissance de son frère mort-né en 1904 et aurait argué d'une confusion d'état civil entre son frère et lui.

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A l'âge de 4 ans, ses parents s'installent au Japon. Son père enseigne le français dans les écoles de l'aristocratie japonaise. Paul Jacoulet est un enfant de constitution fragile, restant souvent alité. Sa santé vacillante l'accompagnera tout au long de sa vie. Il est scolarisé dans les écoles japonaises et adopte la langue, la culture et le mode de vie japonais. Il s'initie au dessin dès l'âge de 11 ans.

En 1907, son père l’amène à Paris où il rencontre des peintres comme Courbet, Millet, Matisse, Gauguin et Picasso. Il en revient peu après, guère impressionné par la grisaille de la capitale, et ne remettra plus jamais les pieds en France.


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Peu à peu, il peint sur bois des portraits parés de ses sujets favoris, des insectes, des papillons, des coquillages avec un souci du détail très nippon, distillé par des professeurs de dessin japonais, et avec la même minutie et amour que l’entomologiste.

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En 1920, à  l’âge de 49 ans, son père meurt, affecté par les gaz toxiques lors de son passage au front de Verdun. Sa mère décide de rentrer en France. Pour la première fois, Paul Jacoulet se retrouve seul, très affecté par l’absence de sa mère adorée. Même s’il poursuit une carrière avec succès à l’ambassade de France – mondanités et vie sociale exaltante – il souffre de solitude affective. Le tremblement de terre de 1923 qui ravagea la capitale japonaise le fait découvrir une réalité cruelle, faite de désespoir, de bassesse et de méchanceté.

En 1920, il trouve un emploi à l'ambassade de France comme interprète mais fréquemment malade décide de démissionner.

Paul Jacoulet, la french touch de l’estampe japonaise
Pour soulager sa santé, il voyage au sud du Japon et en Micronésie. Ces destinations deviendront des sources d'inspiration pour ses ukiyoe.

L'Ukiyo-e (浮世絵, Ukiyo-e?) (terme japonais signifiant « image du monde flottant ») est un mouvement artistique japonais de l'époque d’Edo (1603-1868) comprenant non seulement une peinture populaire et narrative originale, mais aussi et surtout les estampes japonaises gravées sur bois.

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L'Ukiyo-e apparait, en 1665, dans Les contes du monde flottant. C' est un art populaire, d’abord méprisé par les tenants de l’ancien régime où l’influence des clans aristocratiques régnait, influence qui passa au profit de celle, nationalement incontestée, du shogunat Tokugawa. Les estampes nées de cette période de paix et de prospérité étaient bon marché, et leurs sujets issus du quotidien, et mêlés d’ironie. En quelque sorte c’en était fait du Japon hiératique. Mais le raffinement et la simplicité restèrent ses traits éternels.


 

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En même temps que le Japon s’ouvrait à son corps défendant sous la menace des quatre « navires noirs » — cette dénomination vernaculaire provient de la couleur de leur coque et de la fumée crachée par leur machinerie à vapeur encore jamais aperçue d’œil nippon —, vaisseaux lourdement armés du commodore Matthew Perry, les estampes un peu méprisées sur place apparaissaient en occident comme papier d’emballage, pour connaître un succès soudain et durable dont la moindre des distinctions ne fut pas d’avoir profondément inspiré la façon des impressionnistes.


 

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Edmond de Goncourt, qui fut l’un des premiers amateurs de cet art en Europe, eut cette définition de l’ukiyo-e saluée pour son exactitude par l’interprète japonais (il se nommait Hayashi) de l’exposition universelle de 1878 à Paris : « École du monde vivant ou de la vie telle qu’elle se passe sous nos yeux. »


 

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En 1931, commence sa carrière d'artiste d'ukiyoe.

Il voyage fréquemment dans les îles du Pacifique nord, alors sous la férule de l’Empire du soleil levant, les Mariannes, les Carolines (actuellement l’Etat fédéré de Micronésie), sur les îles de Guam, Saipan, Tinian et jusqu’aux Fidji.


 


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Mais, comme son contemporain Gauguin, il peint plus les élucubrations de son imagination que la réalité.

Dans les îles, Paul, désabusé et talentueux, découvre la beauté, le charme et les couleurs des languides îles tant décrites. Mais il observe également la paresse, la corruption et la violence de l’armée impériale, les ravages de l’alcool et les misères de l’acculturation forcée.

 

Et comme Gauguin, il peint des paysages exotiques peu conformes à la réalité micronésienne: des portraits de guerriers musclés et tatoués ou des hommes graciles un peu efféminés, des femmes aux visages diaphanes et parées de jupes à plumes ou faites en feuilles de pandanus. 

 

Il n’invente rien, mais il exagère. Il ne ment pas, il en rajoute.

 

Il veut oublier la médiocrité de la vie quotidienne, ses bassesses et ses cruautés, en tentant de recréer, à travers des portraits réalisés en partie dans les îles du Sud, une réalité parfaite. Celle de son imagination.

 


 

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Le résultat est remarquable. C’est fragile, subtil, gracieux, tendrement magique, merveilleusement envoûtant. Il parvient à engendrer un univers coloré, paisible, léger et ensorcelant ; un univers qui correspond aux aspirations du commun du mortel, de vous et de moi, adorateurs ou amoureux  d’îles exotiques, humides et lointaines.

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Paul Jacoulet peint ces îles comme on voudrait qu’elles fussent, comme on voudrait qu’elles soient. Intemporelles, diaphanes, floues, paisibles, sensuelles.

 

Chacune de ses œuvres obéit au même processus de création : au départ, l’artiste peint une aquarelle qui sert de modèle aux œuvres qui sont gravées sur bois. Celles-ci font ensuite l’objet d’un tirage limité, en général à cinquante exemplaires.  Pour cette tâche, Paul Jacoulet s’entoure des meilleurs maîtres-imprimeurs et maîtres-graveurs de l’époque. Reconnu de son vivant au Japon, l’artiste est exposé dans plusieurs grands magasins et galeries, notamment à Tokyo, mais aussi dans des villes telles que Kobe, Yokohama au Japon, ou Séoul en Corée du Sud. Avec ses collaborateurs, il va produire, en un peu moins de trente ans, 

il produisit très exactement cent soixante-six estampes au format oban (format le plus fréquent de l’ukiyo-e, 37 cm × 25 cm, avec le chuban, 25 cm × 19 cm). Il a aussi réalisé plus de 3000 aquarelles er dessins. 



 

 

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Sa personnalité demeure ambiguë. Fin, intelligent et méticuleux dans son art, il s’avère mystérieux dans ses comportements privés et surtout, fichtrement menteur à ses heures.

 

Ainsi, a-t-il probablement menti sur sa date de naissance pour éviter d’aller sur les fronts de la Première Guerre mondiale.


 

 

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, il reste au Japon et déménage à Karuizawa dans la préfecture de Nagano. En tant que français il  est placé en détention surveillée dans sa maison. Son travail artistique s'arrête, la clientèle étrangère ayant quitté le Japon et les matériaux se faisant rares. Il se consacre donc à la culture de fruits et de légumes pour assurer sa subsistance. Sa santé ne s’améliore pas. On le voit souvent en train de cultiver son potager et des fruits, un crayon à la main, en train d’observer des papillons. Il est toutefois un des rares étrangers à être autorisé à voyager à Saipan et à Okinawa.

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A la fin de la guerre, il enseigne au Tokyo Army College. Il entre en contact avec des hauts gradés américains qui ramèneront certaines de ses estampes et contribueront à sa notoriété aux États-Unis.

Paul Jacoulet sélectionne les meilleures ustensiles et les meilleurs graveurs.

Influencé par le Shin-Hanga, il édite lui-même ses estampes.


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La quasi-totalité de ces estampes sont des portraits mettant en scène des gens ordinaires du Japon, de Chine, de Corée ou des Iles du sud. Ces estampes du XXe siècle entre images du monde flottant et modernité sont d'une grande finesse.

Dans ces premières œuvres, l'influence de Paul Gauguin est notable et renforcée par le cadre des estampes, les iles du Pacifique.


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Paul Jacoulet était homosexuel. Et même une folle flamboyante. Après la seconde guerre mondiale, il s'habille en kimono et se maquille le visage excessivement à la manière kabuki. Cette flamboyance lui vaudra d'ailleurs l'interdiction de l'entrée sur le territoire des Etats-Unis à la fin de sa vie. Sa sexualité se lit dans son oeuvre. Il peint des sujets délicats, fragiles, sensuels, dans un univers paisible diaphane et coloré. Ses personnages masculins aux traits fins sont efféminés, souvent maquillés, avec des corps androgynes.

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Jacoulet est considéré comme l'un des rares artistes occidentaux à avoir maîtrisé l'art de la gravure sur bois suffisamment pour être reconnu au Japon.
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Il meurt en 1960, des suites d’un diabète mal soigné.
Il n’aura jamais connu la célébrité de son vivant en France. Il a fallu attendre 50 ans après sa mort pour qu’une exposition rende hommage à son œuvre dans notre pays.

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Paul Jacoulet, The Love Letter, 1955

Self-Portrait+(1942).jpgAutoportrait, 1942




Un+Homme+de+Yap,+Ouest+Carolines+1936.jpUn Homme de Yap, Ouest Carolines, 1936




The+Young+Chief+Saragan+Tomil.jpgLe jeune chef Saragan et son esclave Tomil, Yap




The+Unknown+Genius.+Korea.jpgLe génie inconnu, Corée




Mon+Ami+Francesco+Ogarto,+Marianes,+SaipMon Ami Francesco Ogarto, Mariannes, Saipan




Lovers+of+Tarang.+Yap,+West+Carolines.jpAmoureux de Tarang, Yap




Les+Enfants+Aux+Yeux+Jaunes,+1940.jpgLes Enfants Aux Yeux Jaunes, 1940




Les+Deux+Adversaires+Droite.+Coree.jpgLes Deux Adversaires (Droite). Coree




Les+Deux+Adversaires+Gauche.+Coree.jpgLes Deux Adversaires (Gauche). Coree




Le+Reveil.+Saipan,+Marianes,+1937.jpgLe Reveil. Saipan, Mariannes, 1937




Le+nautilus,+Yap.jpgLe nautilus, Yap




le+chant+des+vagues,+1930.jpgle chant des vagues, 1930




gar%C3%A7on+au+b%C3%A9tel.jpgLe garçon au bétel




Coucher+De+Soleil+a+Menado.+Celebes+1938Coucher De Soleil a Menado. Celebes, 1938




Basilio,+Jeune+Garcon+de+Saipan,+1934.jpBasilio, Jeune Garcon de Saipan, 1934
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75013 Paris 
Commentaires lors de la première parution du billet


mutikmarkus a dit…

Cher monsieur A

Comme beaucoup de jeunes de ma génération, j'adore les mangas et je suis du coup fasciné par tout ce qui concerne le Japon. Je n'ai pas beaucoup de culture artistique (en fait presque pas du tout, sauf un peu en littérature) mais j'ai adoré découvrir cet artiste d'origine française qui a connu un destin si étonnant au Japon ! Ses oeuvres sont vraiment d'une finesse incroyable, ses traits tout comme ses couleurs. Ca pourrait paraître figé mais au contraire je trouve ça vibrant de vie, d'émotions et de sensualité. Une subtilité qui me touche beaucoup en tout cas.

Merci de m'avoir fait connaître Paul Jacoulet qui me change quand même pas mal des mangas :-). En plus, de savoir qu'il a été gay, je ne sais pas trop pourquoi mais je me sens moi-même encore plus fier de l'être aussi ^_^.

Markus

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bernard alapetite a dit…

réponse à Markus
Comme vous je suis un grand lecteur de mangas, surtout des seinens, je suis d'ailleurs un grand lecteur tout court, aimant les livres et passant d'un roman à un essais d'un recueil de poésie à une bande-dessinée franco-belge et d'un journal intime à un manga (je suis loin de chroniquer toutes mes lectures par faute de temps; il faut s'en garder pour lire; si on aime le manga il faut lire Bakuman. Je suis très heureux de vous avoir fait découvrir Paul Jacoulet qui est beaucoup plus connu au Japon et en Corée qu'en France. Le musée de l'estampe à Tokyo possède de ses oeuvres mais elles sont rarement exposées. J'ai et je consacrerai encore des billets au Japon où j'ai pris de nombreuses photos. Il suffit de cliquer sur ce mot dans "Libellés" à la fin du billet.

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mutikmarkus a dit…

Merci pour votre réponse et ces précisions :-). Je vous envie de pouvoir lire autant. J'aimerais bien moi aussi mais le lycée, les études, tout ça quoi, ça mange un temps pas croyable et des fois je me dis que je perds au change en fait.
Je lis tout type de manga et donc des seinen aussi. J'ai commencé Bakuman et évidemment j'aime beaucoup ! Je suis nul en dessin mais je me verrais bien dans le rôle de Takagi, avec toutes ces histoires qui me passent par la tête tout le temps :-) ! Bon, y a quand même le duo de Death Note aux commandes de Bakuman, c'est du haut vol quoi, et puis de toute façon Obata est un de mes mangaka préférés (l'évolution de son dessin dans les 23 tomes d'Hikaru no go, c'est géant !).
Quand même, je suis impressionné que vous lisiez plein de manga, en plus de tous ces autres livres bien sûr. Faudrait que vous convainquiez mes parents que ça fait aussi parti de la culture ;-).

Merci encore. J'aime vraiment votre blog vous savez.

Markus

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b a a dit…

nouvelle réponse à Markus
Certes on ne peut pas passer son temps à lire et je ne pense pas que cela serait souhaitable et la vie est un peu une course contre le temps. Je n'ai jamais compris les gens qui s'ennuient. Comment est-ce possible?
Fustiger le manga me parait aussi bête que de le porter aux nues. C'est un mode d'expression et comme dans tous les modes d'expression le médiocre domine de beaucoup le meilleur mais on peut remplacer manga par musique, roman, peinture, danse... et cela sera tout aussi valable.
En outre le terme manga recouvre des choses si différentes qu'il me parait impossible de les aimer ou de les rejeter toutes même dans le seinen il y a peu de rapport entre MW de Tezuka et par exemple Les années douces de Taniguchi.
Je suis comme vous, je pense qu'Obata est un des meilleurs mangakas actuels. Je regrette seulement par exemple que Death note s'étire un peu trop et que la fin d'Hikaru no go n'en soit pas vraiment une. Il y a un bon art book d'Obata. Pour m'a part je me serais bien vu en Sai...

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Guil a dit…

J'approuve en tout point ce que vous dites. Les formes d'expression se valent toutes à égalité, il n'y en a pas qui soient plus "nobles" que d'autres: on ne peut juger une oeuvre que pour ce qu'elle est entièrement, pas pour son genre, son type ou la technique utilisée. Il y a des mangas nuls et sans intérêt comme il y a dans le mangas de véritables oeuvres d'arts. Comme vous j'apprécie beaucoup Obata et je conseille Bakuman qui commence sur les chapeaux de roues - hormis cette histoire d'amour romantique où il ne faut surtout pas voir l'être aimé, qui m'agace autant que m'avait agacé celle décrite dans "La porte étroite" de Gide, c'est du même tonneau. Je cite ce dernier en regard du manga surtout pour les parents de mutikmarkus, ça va peut-être les aider ;-)

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b al a dit…

réponse à Gull
C'est rigolo et en même temps fort juste votre rapprochement de Bakuman et de La porte étroite, je n'y aurais jamais pensé.
Il faut vous dire que les codes amoureux japonais sont très différents des codes occidentaux, il n'y a qu'à voir leurs préservatif, comment dire le japonais est à la fois romantique, déculpabilisé et coincé; en conséquence les relations entre le joli dessinateur et sa petite amie ne sont pas si extravagantes que cela en regard des us et coutumes japonaise; à propos de ces dernières un merveilleux petit livre tant par la forme que le fond vient de paraitre, Japon 365 us et coutumes de David Michaud aux édition du chêne.
Pour en revenir au manga, en ce qui me concerne le chef d'oeuvre difficilement dépassable de ce mode d'expression est Au temps de Botchan de Natsuo Sekikawa et Jiro Taniguchi, il le sera peut être par Zipang de Kaiji Kawaguchi mangaka que je place très haut. 
Pour en revenir

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Guil a dit…

N'empêche qu'on a parfois envie de leur donner des baffes, comme au personnage de Gide :-)

Merci pour ces conseils, je les chercherais à la FNAC!

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mutikmarkus a dit…

Re-bonjour (je rentre de mon habituel week-end en montagne et ça me fait plaisir de repasser par ici).

Je suis tout à fait d'accord avec vous à propos des mangas médiocres. J'ai même l'impression d'avoir besoin de plus en plus de temps dans ma librairie préférée pour trouver parmi les nouveautés du moment quelque chose qui me paraisse seulement "potable" ! Même quand le dessin est pas mal, franchement, il y a trop d'histoires sans intérêt ou pleines de trucs dont on finit par avoir marre. Même Obata (content que vous l'aimiez ^^) a fait "Blue Dragon" qui m'a vraiment déçu (d'un autre côté, ok, il n'écrit jamais les scénarios), même si ces personnages de garçons sont souvent assez craquants ^^.
J'avoue que Death Note m'a également un peu lassé sur la fin (le récit ne se relève jamais vraiment de la disparition de L de toute façon - enfin, c'est mon avis). Pour la fin d'Hikaru en revanche, j'étais à la fois très frustré d'abord et puis finalement convaincu parce que justement cette fin qui n'en est pas une mais le début d'autre chose, ça évite de "dire adieu" à Hikaru, ce qui m'aurait vraiment brisé le coeur ^^. Quant à Sai, je ne rêverai pas de l'être mais d'avoir à ma disposition un tel ami et un tel maître ! Le volume entier de la détresse d'Hikaru lors de la disparition de Sai, j'en ai pleuré en espérant jusqu'au bout leurs retrouvailles !

Je ne connais pas "La porte étroite" de Gide mais je crois que je comprends la comparaison. Bon ok je les trouve un peu agaçants aussi les tourtereaux mais en même temps c'est tellement "cute" ^^. J'imagine que je suis abominablement romantique puisque j'avais déjà adoré "I's" de Katsura (Ishitaka, je t'aime !) :). Il y a quelque chose de presque pervers (mais délicieux) de différer sans cesse ainsi, vous ne trouvez pas ?

Enfin, pour ce qui est de Tanigushi, j'ai tout lu à la bibliothèque et franchement, à côté de Quartier Lointain qui reste mon préféré, j'ai été bluffé et à chaque fois. C'est tellement juste et touchant. "Au temps de Botchan", j'avoue que j'ai eu du mal parce que c'est un contexte où je ne connais presque rien, mais il y avait, je m'en souviens, un côté envoûtant dans ces figures d'écrivains, parfois tellement solitaires.

Markus

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b a a dit…

réponse à Markus

C'est amusant ce que vous écrivez et ce que cela suppose des rapports entre un lecteur et un personnage, cet attachement que l'on éprouve pour lui. Ce phénomène d'empathie est multiplié je crois lorsque l'on suit une histoire au rythme des parution des manga. On vit plusieurs mois et même plusieurs années en sa compagnie sporadique. De ce fait lorsque la série se termine on ressent comme un vide, l"autre " est parti pour ne plus jamais revenir.
Je ne connais pas I's et pas grand chose de Katsura sinon qu'il dessine des jolis fille, ce mangaka est en couverture ce mois ci d'animeland.
différé différé encore faut-il en avoir le temps...
Sans conteste Quartier lointain est le chef d'oeuvre de Tanigushi, Le journal de mon père qui est comme un essais de quartier lointain n'est pas mal non plus et surtout donne à voir un Japon avant son boum économique, avant 1964.
Quant au temps de Botchan ce qui est extraordinaire c'est qu'il fait revivre toute cette ouverture au monde, vue par les intellectuels de l'ère Meji. C'est un peu comme deux artistes très talentueux nous faisaient revivre l'aventure intellectuelle de la NRF en bande dessinée

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Les enfants aux yeux jaunes, Paul Jacoulet :

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The Two Adversaries (Left) Korea, Jacoulet. :
(combat de coqs)

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The Two Adversaries (Right) Korea, Jacoulet :
(combat de coqs)

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Lovers of Tarang. Yap, West Carolines, Jacoulet :

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Le Chant des Vagues. Ponape, Est Carolines, Jacoulet :

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Basillo, Jeune Garçon de Saipan, Tenant de Coquillages, Marianes, Jacoulet :

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Mon Ami Francesco Ogarto, Marianes, Saipan, Jacoulet. :

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La Chenille Verte, Coree, Jacoulet :

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Le Repas des Mendiants, Seoul, Coree, Jacoulet :

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Amoureux a Tarang, détail :
(le fruit offert est une mangue)

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William Beechey

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Saturnino Herran

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Saturnino Herran est né en 1887 à Aguascalientes au Mexique. Son père, Jose Herran, avait la seule librairie de la ville et durant les années d'enfance de Saturnino il était aussi le trésorier de l'État d'Aguascalientes, c'est à dire le collecteur des impôts, en plus, il enseignait la comptabilité à l'Institut des sciences de la capitale de l'État . Sa mère était connue comme peintre sous le nom de Josefa Guinchard. Elle était d'origine suisse et francophone. Saturnino était leur enfant unique.
 
On sait peu de choses de l'enfance et de la jeunesse de Saturnino. En 1903, quand il n'a que 16 ans, son père meurt. Deux ans plus tôt, la famille avait déménagé à Mexico et Saturnino était inscrit à l' l'École nationale des Beaux-Arts. A la mort de son père, la famille s'apauvrit et décide de rester vivre dans à Mexico. Saturnino espérait y trouver des débouchés économiques et poursuivre ses études artistiques.
Le garçon doit subvenir aux besoins de sa famille pour cela Il a travaillé la nuit comme télégraphiste tout en peignant. Après avoir obtenu une bourse il se consacre entièrement à la peinture. Il meurt prématurément en 1918 à l'âge de 31 ans à la suite d'une maladie gastrique. De cette triste vie, il reste quelques tableaux sensuels aux belles composition qui réussissent à mêler l'art occidentales à l'héritage graphique pré-comlombien.

 

 

 

 

 

 

granosdegranada: EL GUERREROSaturnino HerránArte Mexicano

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Roy Cleveland

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Virgilio Constantini

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 The Rock 1920

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La femme invisible. A la mémoire de Raymond Roussel

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Huile sur toile 195  x 130 cm
Tableau peint par la machine de Louise Montalescot



 



  



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 
Pour compléter cette évocation de Raymond Roussel je vous invite à écouter Le bon plaisir (ancienne émission de France culture o combien regrettée) de François Caradec son biographe.

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