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365 articles avec livre

Le triomphe de César de Stephen Saylor

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le triomphe de César de Stephen Saylor

Je suis toujours ébahi par le talent qu'a Steven Saylor d'immiscer avec adresse des personnages célèbrissimes dans ses intrigues. Dans ce Triomphe de César on croise Vercingétorix, Cléopâtre et bien sûr César plus quelques autres tels Cicéron. Même si en l'occurrence, Cette fois les ficelles de la narration sont un peu grosses pour faire que notre cher Gordien, (l'enquêteur de la série écrite par Steven Saylor) rencontre toutes ses sommités. Mais le lecteur marche tant l'auteur parvient à l'immerger dans la Rome antique à la fin de la République. Dans ce roman nous sommes en 46 av; J.C. (Gordien est né en 110 Av. J.C, il a donc 64 ans (2)). Gordien s'est retiré de son métier d'enquêteur mais il est difficile de refuser quelque chose à Calpurnia, la femme de César qui est alors tout puissant à Rome. La République n'est plus qu'une république de nom et vit sous la dictature du vainqueur des Gaules. A l'approche des festivités organisées en l'honneur de ses victoires militaires, César est plus que jamais exposé au danger. César prépare les fêtes qui vont accompagner ses triomphes, quatre processions grandioses. S'il s'est débarrassé de ses principaux ennemis comme Pompée, Caton, Ahénobarbus... il s'en est fait de nouveaux, tout aussi déterminés. Craignant un complot contre la vie de son mari, Calpurnia ordonne à Gordien de faire la lumière sur les rumeurs de conspiration avant qu'il ne soit trop tard. Gordianus, bien qu'il ne soit pas partisan de César est contraint d'accepter. Il est surtout motivé pour trouver l'assassin de son ami Hiéronymus qui lui aussi enquêtait sur les complots contre César.

Dans ce livre, l'auteur développe les événements, les situations, les liens et les tensions que suscite le retour de César, ayant pris le titre de dictateur, après des années d'absence, années passées dans des conquêtes de toutes natures, y compris sentimentale lors de sa liaison avec la belle Cléopâtre.  Dans ce "Triomphe de César". Contrairement aux épisodes précédents, l'intrigue est moins passionnante qu'à l'habitude. le lecteur sagace devrait avoir deviné, vers la moitié du volume, qui peut bien chercher à supprimer César !
Davantage qu'un roman policier, il s'agit ici avant tout d'un descriptif romancé d'évènements historiques. de ce point de vue, l'ouvrage est très intéressant d'autant qu'il s'attache à des faits précis le triomphe de César et l'avènement du nouveau calendrier qui régira dorénavant la vie des romains en remplacement du calendrier instauré par le roi légendaire Numa. Calendrier devenu obsolète en raison de mauvais calculs astraux. D'autres épisodes s'ils n'ont pas de lien directe avec l'intrigue principale sont très plaisants en particulier celui fort drôle sur les poètes dramatiques Syrus et Laberius. Passage qui nous en apprend beaucoup sur le théâtre à cette époque.

Steven Saylor à l'immense talent dans chacun des livres de la série des aventures de Gordien de faire revivre aussi bien la Rome du pouvoir que celle du peuple. Il anime une galerie de personnages de fiction ou authentiques les replaçant en situation. Il nourrit une intrigue attractive avec des éléments historiques de première main puisés dans les textes des auteurs de l'époque. Dans le cas présent principalement Appien et Cassius Dion, chacun ayant écrit une "Histoire romaine". Il explore, de façon rationnelle, les indications données par ces rédacteurs. Il s'appuie sur les récits littéraires et les collections d'antiquités pour restituer une atmosphère la plus proche possible de la réalité. Il donne des précisons fines comme, par exemple, le recensement des batailles rangées menées par César qui en était, en 46 av. J.-C.avec la probabilité qu'elles aient fait un million cent quatre-vingt-douze mille morts. On sent l'auteur, fasciné par la complexité du personnage de César mais pas pour autant idolâtre du divin Jules. 

Notre ami Gordien au fil des ans est de plus en plus désabusé et est devenu presque un philosophe. Il soliloque volontiers sur l'état du monde: << Je suspectais la plupart des gens d'aller assister à ce quatrième triomphe par devoir plus que par plaisir. Les Romains ont tendance à mener une expérience jusqu'à son terme : la détermination obstinée qui nous a conduits à la domination d'un vaste empire s'applique à tous les aspects de la vie.>>.

Outre Gordien, c'est avec un grand plaisir que l'on retrouve toute la tribu du "limier". Gordien nous apprend que son fils Méto a été très très proche de César, autrement dit qu'il a partagé son lit. Et scoop littéraire que c'est Méto le principal auteur de la guerre des Gaule du divin Jules, ce dernier ne faisant que rectifier les erreur du jeune homme.

Si l'on considère la chronologie de la vie de Gordien, les péripétie narrées dans "Le triomphe de César" sont les dernières nouvelle que l'on ait eu de notre limier.    

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Nota:

1- Chronologie des aventures de Gordien

Entre parenthèses se trouve la date de la parution aux Etats-Unis.

 

  • Les sept merveilles -93, -90 (2012)

  • Les pilleurs du Nil -88 (2014)

  • Du sang sur Rome -80 (1991)

  • L'étreinte de Némésis -72 (1992)

  • L'enigme de Catilina -63 (1993)

  • Le triomphe de César -46 (2008)

2- Méto est né en - 79 av. J.C. Il a donc 27 ans dans "Le triomphe de César.

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

Triomphe de César de Mantegna

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Mes regrets sont des remords de Frédéric Mitterrand

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mes regrets sont des remords de Frédéric Mitterrand

Frédéric Mitterrand a un beau talent d'écriture mais malheureusement il semble que les quelques journalistes qui s'intéressent encore à la chose littéraire répugnent à le considérer comme un écrivain alors qu'il est un des meilleurs stylistes des lettres françaises d'aujourd'hui. Joint à son élégance de plume il jouit d'une prodigieuse mémoire et convoque dans « Mes regrets sont mes remords » les êtres qu'il a croisés dans sa vie. Un examen de conscience crépusculaire dans lequel, avant qu'il soit trop tard, il a voulu dire, par delà souvent la mort, combien il regrettait d'avoir mal aimé ceux qui avait marqué sa vie d'une façon ou d'une autre. Chaque passant pour reprendre le terme qu'avait pris Christian Guidicelli dans un exercice similaire est évoqué parfois en quelques lignes, parfois en plusieurs pages. Cette forme fragmentaire semble parfois un peu courte pour que le lecteur entre en empathie avec ces destins qui vont du morose au tragique. La construction du livre est une suite de textes dont les sujets n'ont de lien que la repentance de l'auteur. Ces morceaux sont souvent brillants et rappellent les chroniques que Frédéric Mitterrand a donné pendant quelques mois au mensuel gay « Têtu ». Mais une suite de chroniques ne fait pas un livre qui s'imprime dans la mémoire de son lecteur. L'ouvrage commence par un texte très fort et très singulier dans lequel Frédéric Mitterrand décrit minutieusement un court film d'actualité sur l'exécution d'un jeune nazi de 18 ans condamné pour espionnage par l'armée américaine lors de la contre-offensive allemande des Ardennes en 1945. L'auteur n'a pas connu cet infortuné garçon mais il a été subjugué par sa beauté et bouleversé par son destin en voyant les terribles images de cette mise à mort Frédéric Mitterrand, nourri dans son adolescence des livres du « Signe de piste », a rêvé qu'il aurait pu sauver le jeune soldat. L'incipit de « Mes regrets sont mes remords » paraît un hommage à la beauté saccagée.

Après ce début très fort et très dramatique la tension baisse beaucoup dans les paragraphes suivants, car les regrets de l'auteur ne sont pas tous du même ordre, ce qui a une incidence sur l'écriture qui ne parvient pas toujours à ce hisser dans les sommets que nous avait fait envisager le noir début, tout en étant néanmoins toujours de bonne qualité.

On est parfois gêné par l'impudeur banale de certains regrets, comme celui de n'être pas resté quelques minutes de plus au chevet de sa vieille tante aimée et alors moribonde. Je crois que ce passage, et bien d'autres, réveilleront chez beaucoup de lecteurs des culpabilités semblables et ce ne sera pas agréable...

Dans d'autres morceaux on peut voir chez Fred'Mit une propension à l'autoflagellation, car c'est tout de même un bon zig notre ancien ministre des cultureux quand il va accueillir chez lui une vieille pauvresse mythomane qui va lui pourrir la vie durant des mois. Pour cet épisode on ne comprend pas le regret d'en avoir pas assez fait, alors qu'il nous apparaît à nous pauvre pêcheur-lecteur qu'il a fait preuve dans ce cas d'une générosité qui lui vaudront le paradis qui n'existe pas.

A lire Frédéric Mitterrand j'ai le sentiment qu'en dépit de son talent qui n'est pas mince, il doit sa réussite entièrement à son nom car comment un si brave type, si peu sûr de lui, dénué d'ambitions, on rencontre rarement des hommes aussi peu arrivistes que lui, serait arrivé aux postes qu'il a occupé par exemple à être ministre de la culture, un ministre que ces piteux et transparents successeurs nous ont fait regretter, sans son patronyme prestigieux (pour certains dont je ne suis pas).

Mais le sésame du nom peut parfois fonctionner à rebours comme pour ses livres qui n'ont pas la reconnaissance littéraire qu'ils mériteraient, comme quoi, en plus ou en moins, la vie est toujours injuste.

Frédéric Mitterrand commence tous ses chapitres par je regrette, en prenant le modèle sur le « Je me souviens » de Pérec. Charles Aznavour dans un de ses couplets, chante « Non je n'ai rien oublié » et l'on est effaré de la capacité de Frédéric Mitterrand de se souvenir de tous ses passants. En le lisant, j'en ai été à la foi envieux et rassuré dans ma lâcheté d'en avoir oublié un grand nombre des miens car je suis persuadé que ce livre fera ressurgir chez chaque lecteur ses manquements à la solidarité humaine mais probablement bien peu seront comme Frédéric Mitterrant, qui bien que non croyant, semble avoir mis le cap sur l'infini.

"Mes regrets sont mes remords" n'est pas un beau livre. C'est un livre grave et douloureux qui a de beaux passages déchirants qui le mette au-dessus de la plupart des livres qui ont été publiés récemment.

Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac

Quelques pages écrites avec une belle pureté de style ont fait ressurgir dans ma mémoire des personnages que J'ai connus et que l'auteur décrit avec pertinence et générosité. J'ai retrouvé ainsi tel qu'en eux mêmes Yves de Verdilhac et Jacques de Ricaumont, une des meilleures personnes que la vie ait mise sur ma route. Le passage qui suit est d'un des meilleurs du livre et vous donneront un aperçu de la manière de l'écrivain.

Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
Yves de Verdilhac et Pierre Joubert en 1987 lors d'une exposition de Michel Gourlier

Yves de Verdilhac et Pierre Joubert en 1987 lors d'une exposition de Michel Gourlier

Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
Jacques de Ricaumont en 1936

Jacques de Ricaumont en 1936

Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac
et quelques années plus tard, presque comme je l'ai connu au milieu des années 70...

et quelques années plus tard, presque comme je l'ai connu au milieu des années 70...

Les regrets de Frédéric Mittérand au sujet d'Yves de Verdilhac

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Lectures d'hiver

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Clara, mars 2017

Clara, mars 2017

Lectures variées dominées par le chef d'oeuvre de Vargas Llosa qu'est "La fête au bouc". Le plaisir renouvelé de retrouver les aventures de Gordien dans la Rome antique avec "Les pilleurs du Nil. Le bonheur de retrouver l'émerveillement de l'enfance dans les histoires de Raymond Macherot. La belle découverte de "Pline" nouveau manga de Mari Yamazaki. Un beau voyage dans le Florence de la renaissance italienne offert par Dominique Fernandez. 

- Billy Bat, tome 20 / Naoki Urasawa & Takashi Nagasaki (manga)

- Silex and the city, 7 Poulpe Fiction / Jul (B.D)

- Patience / Daniel Clowes (B.D)

- Les veilleurs / Connie Willis (nouvelles)

- La fête au bouc / Mario Vargas Llosa (roman)

- Nuit noire sur Brest / Damien Cuvillier et Bertrand Galic & Kris (B.D.)

- Ikigami, tome 1 et 2 / Motoro Mase (manga)

- Le détroit de Behring / Emmanuel Carrère (essai)

- L'extrémité du monde / René de Ceccatty (roman)

- L'ile des téméraires tome 7 et 8 / Syuho Sato (manga)

-Le crime du Palace / Florence Tamagne (essais)

- Pline tome 1 et 2 / Mari Yamazaki & Tori Miki (manga)

- Cy Twombly / Roland Barthes (essai)

- La société du mystère / Dominique Fernandez (roman)

- Highland Fling / Nancy Mitford (roman)

- Les Croquillards / Raymond Macherot (BD)*

- Zizanon le terrible / Raymond Macherot (B.D)*

- Le retour de Chlorophyle / Raymond Macherot (B.D)*

- Mes remords sont mes regrets / Frédéric Mitterrand (récit)

- L'étrange bibliothèque / Haruki Murakami (nouvelle)

- Les pilleurs du Nil / Steven Saylor

 

* ces merveilleuses histoires sont publiées dans le tome 2 de l'intégrale Chlorophyle

 

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Paul Morand poète

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Le journal de Matthieu Galey

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le journal de Matthieu Galey
Matthieu Galey, en 1973

Matthieu Galey, en 1973

Dans l'article que vous lirez ci-dessous, sur le journal de Mathieu Galey, il se trouve après la photo des livres sur mon banc de lecture estivale, je l'ai à peine "peigné" pour l'occasion, vous vous apercevrez que j'appelais à une réédition de ce Journal en édition intégrale. C'est chose faite. Rendons hommage aux Editions Robert Laffont avec leur belle collection Bouquins et à Jean-Luc Barré qui est le maitre d'oeuvre du volume et en a rédigé la préface. Contrairement à ce que subodore un de mes rares commentateurs, je ne pense pas que Jean-Luc Barré se soit égaré sur ce blog confidentiel, qui en plus jouit d'une détestable réputation, à moins qu'il soit amateur de jeunes beautés, et même, je n'ai pas l'outrecuidance de penser qu'il puisse lire mes billets, en cela il se conformerait à la pratique quasi générale de mes visiteurs qui ne font guère que regarder les images... Pourtant si Jean-Luc Barré s'était égaré dans ces fangeuses contrées, il aurait peut être eu la bonne idée de me demander de concocter les notes pour cette réédition (je suis d'un prix tellement abordable qu'un tel ponte de la république des lettres ne peut l'imaginer). Car de notes nenni dans ce bouquin à l'exception ridicule d'une à la page 695. Je vous livre donc la totalité des notes: << Chez Nathalie Sarraute>>. Elle précisait ce qu'était Chérence, le lieu de résidence de la dame. Et pourtant si l'éditeur avait lu ce qu'il édite, Matthieu Galey écrit le 15 juin 1985: << D'ici peu - mettons en l'an 2000 - de Gaulle et kennedy ne seront plus que des nom d'aéroport.>>, il se serait peut être décidé à adjoindre au texte des notes. Certes Galey exagère un peu, mais qu'en est-il aujourd'hui de la notoriété, au hasard de l'index, de Jean-Pierre Aumont, Guy Dumur, Henri Massis, Jean Le Poulain, André de Ségonzac...

L'argument de vente pour cette nouvelle édition est la restitution de morceaux caviardés lors de la première parution. Il faut tout de même attendre la page 285 pour lire la première phrase censurée et elle concerne Georges Izard que personne ne connait plus et qui d'ailleurs n'a jouit de son vivant que d'une très relative célébrité... Les lignes qui étaient passées à la trappe à la fin des années 80 sont dans leur grande majorité, celles dans lesquelles Matthieu Galey dévoilait les sombres magouilles de la part des éditions Grasset pour se faire attribuer les grands prix littéraires d'automne et en particulier celles d'Yves Berger et surtout de Nourissier dont la corruption et le talent de manipulateur corrupteur font songer que certains hommes politiques en la matière sont de très petits joueurs par rapport à ce monsieur qui n'était pas le dernier à pontifier coté morale...

Autres sujet des bribes qui nous sont restituées, les galipettes sexuelles dans lesquelles Galey était semble-t-il un fort bon acrobate. Comme pour ses cursifs portraits quelques lignes lui suffisent pour évoquer la chose. On lui sait gré de ne pas s'y étendre lourdement à la manière d'un Renaud Camus. Dans sa préface Jean-Luc Barré parle de frénésie sexuelle, mais mon bon monsieur tout le monde baisait à couilles rabattues dans la décennie des fleurettes, les abstinents n'étaient guère que ceux qui n'avaient pas trouvé le chemin du baisodrome... La frénésie était générale ce que semble ignorer notre préfacier qui pourtant à débarqué de sa province à Paris en 1977 peut-être était-il des rares à avoir des difficultés à lire les cartes...

Si contrairement à ce que j'écris en début d'article le vénérable Jean-Luc Barré s'égare dans ce mauvais lieu, je lui suggère d'essayer de convaincre Banier d'éditer son journal traitant de cette période déjà lointaine (ce qui devrait épargner des frais d'avocat). Je suis certain qu'une telle parution serait un bon coup éditorial pour Laffont et un éclairage sans doute décapant pour de nombreux passants du journal de Galey et sans doute pour quelques autres. Il va de soit que je lui suggère également de ne pas m'oublier pour les notes...    

François Nourissier (1927-2011) écrivain français Paris, 12/1970 - © Sophie Bassouls

François Nourissier (1927-2011) écrivain français Paris, 12/1970 - © Sophie Bassouls

Tout chef d'oeuvre à pour limites son cadre, c'est ce que devrait rappeler prosaiquement plus souvent les critiques d'art; c'est vrai aussi, dans tous les sens du terme pour le cinéma et en partie pour la littérature.

Le cadre du journal de Matthieu Galey est assez étroit. C'est sa grande limite, par rapport par exemple à celui d'André Gide. Il me parait indispensable et inévitable, en regard à ma nouvelle lecture, de comparer le présent journal avec ceux des autres diaristes du XX ème siècle. Galey s'intéresse surtout aux littérateurs et pas beaucoup à la littérature (du moins dans le journal), d'où, sans doute, la très bonne idée de l'éditeur d'adjoindre au journal plusieurs articles, tous excellents, de critique littéraire que Galey avait écrits pour différentes revues, en particulier l'express (mais pourquoi ne pas en avoir mis plus et pourquoi ceux là?! C'est ce que, entre autres, la préface aurait du expliquer).

Les littérateurs élus par Galey dans ses jeunes années sont de préférence cacochymes, Galey les aimait vieux et de préférence dans un purgatoire littéraire. Mais, de l'admiration aux grands anciens, au fil du journal, il glisse vers la tambouille littéraire, pour reprendre de la hauteur dans les trois dernières années de sa vie alors qu'il se sait condamné et donne une description poignante de sa déchéance physique.

Avec les écrivains, l'autre grande passion de la vie de Matthieu Galey était le théâtre. Il est très présent dans le journal mais essentiellement par le truchement d'anecdotes et de portraits, savoureux, d'acteurs, sauf au début lorsque Matthieu Galey n'est encore que spectateur; il livre alors des raccourcis cocasses et pertinents sur les pièces auxquelles il assiste. Il est dommageable pour les mânes de notre diariste qui fut aussi un grand critique de théâtre et l'adaptateur en français des pièces de Tenesse William et d'Edward Albee, que ce volume, à l'exemple de ce qu'il propose pour la littérature, ne présente aucun texte de Galey sur le théâtre.

Un journal en dit autant sur son auteur par ce qu'il n'y a pas que par ce qui s'y trouve.

Par exemple la quasi absence du cinéma est frappante alors qu'il était le fils du cinéaste Louis-Emile Galey. Autre absence, mais on voit assez vite que Galey n'a pas la tête philosophique, celles de nos grands intellectuels qui pourtant en ces années 70 et 8O étaient au summum de leur gloire internationale. Les Barthes (Barthes a tout de même 10 occurrences dans l'index. Il apparait dans le journal le 25 septembre 1956 avec pour seul qualificatif << de la bande à Minoret>>-cocasse-), Foucault pas même cité et autre Derrida (une seule mention) étaient dans ces années là autrement plus célèbres dans le monde que les goncourables que croise Galey dont l'éphémère notoriété ne dépassait pas nos frontières.

Le 11 avril 1959 Galey croque ce portrait de Barthes (à ce propos le volume est parsemé de dessins  que Galey faisait en marge de son journal, représentant les personnes sur lesquelles il écrit): << Un verre avec Roland Barthes et Gérald Messadié. Curieux visage que celui de Barthes. Une tête d'oiseau qui s'empâte vers le bas: le profil de Louis XVI. L'oeil bleu, le sourire convexe, les dents belles. Avec un air de mollesse dans toute sa personne qui ne vient pas des traits mais du regard, placide, passif, posé, en accord avec le ton un peu affecté de sa parole. Nous flirtons un moment (que ces progressistes" ne le sont guère en matière de badineries: du précieux, du fleuri, chantourné jusqu'au ridicule>>. 

Contrairement à ce que l'on trouve dans "L'invention du temps" de Claude-Michel Cluny, dans lequel les considérations de géo-politique foisonnent, dans le journal de Galey la rumeur du temps y parvient que très assourdie.

Hormis la littérature et le théâtre, il est bien peu question des autres arts. La musique qui tient une si grande place dans les journaux d'André Gide, de Julien Green et de Renaud Camus est presque absente comme l'est la peinture.

Est-ce la fréquentation des vieillards lettrés qui a détourné Matthieu Galey des média qui ont pris leur essor durant la période couverte par son journal? On n'y trouve pas de références à la bande-dessinée, ni à la musique pop, ni presque à la télévision et la cohorte de ses vedettes.

On peut noter aussi que l'auteur voyage assez peu hors de France qu'il parcourt que de façon utilitaire, pour se rendre à un festival de théâtre par exemple. Il fait peu d'incursions hors de nos frontières, seulement en Angleterre et aux Etats-Unis. Il n'a rien d'un globe-trotter comme l'est Claude-Michel Cluny.

Si on fait un panorama de ses activités et de ses goûts en dépit de l'extravagant name dropping qu'est aussi ce journal, on voit que Galey n'a pas vraiment épousé son époque allant jusqu'à la tragique originalité de mourir de la maladie de Charcot en pleine épidémie de Sida!

Si le champ de ce journal est somme toute assez limité, si on le compare au mètre étalon en la matière qui est celui d'André Gide, cela à mon avis s'explique, en dehors du don de curiosité attribué d'une façon innée et plus ou moins développé en chacun de nous, parce que Gide, contrairement à Galey et à la quasi totalité des autres diaristes que je cite dans ce billet, était détaché des préoccupations matérielles. Oncle André n'avait pas à écrire ou à exercer une quelconque activité pour remplir son bas de laine. Cette absence des contraintes, que fait peser inévitablement un métier, lui permet cet extraordinaire variété d'intérêts qui le caractérise. Et c'est en parti pour cela qu'oncle André est le plus grand.        

Roland Barthes en 1959

Roland Barthes en 1959

Ma plongée dans ma bibliothèque du coté des journaux intimes et la vague comparaison entre ceux-ci m'ont conduit à cette curieuse constatation: que la quasi totalité des écrivains qui ont tenu leur journal durant le XX ème siècle, parfois d'une façon sporadiquement mais néanmoins conséquente, étaient homosexuels, ou pour le moins bisexuels à commencer par le plus grand d'entre eux, André Gide. Il a été suivi par, dans le désordre, Julien Green, Renaud Camus, Bernard Delvaille, Gabriel Matzneff, Claude-Michel Cluny, Jean Cocteau et donc Matthieu Galey. Comment expliquer cela? J'en laisse le soin aux psychologues professionnels, j'avance l'idée d'une éventuelle et partielle explication: les homosexuels ne sont pas encombrés d'une navrante progéniture chronophage... 

Journal 1953-1986 de Matthieu Galey (réédition complétée)

 

A l'occasion de la rédaction de l'article sur la biographie de L'abbé Mugnier de Ghislain de Diesbach, j'ai consulté quelques livres de ma bibliothèque dont ce journal de Matthieu Galey dont je prétend qu'il est le summum du genre. Mais après avoir lu ce qui concernait le prélat, je n'ai pas pu le lâcher et je l'ai relu entièrement. Car par quelque page que l'on aborde ce texte, paru en deux tomes aux éditions Grasset en 1987 et 1989, le plaisir de lecture est garanti.

J'ai revisité ces deux volumes avec émotion (je connaissais la fin de l'histoire, à cette aune, bien des notations de l'auteur serrent le coeur.) et puis ce n'est pas si souvent que l'on peut tenir toute la vie d'un homme, de talent de surcroit, dans la main. Une vie de larbin de la littérature, comme il l'écrivait à vingt ans, n'enviant pas cette situation qui sera pourtant la sienne...

 

Matthieu Galey dessiné par Henriette Groll

 

N'ayant pas encore vingt ans, Galey eut l'ambition de consacrer une étude à Raymond Radiguet; pour laquelle il rend visite à diverses personnalités qui avaient connu le jeune écrivain: Jean Cocteau, Brancusi, André Salmon, Joseph Kessel, Jean Hugo... De telles rencontres avec des grands noms de la littérature et de l'art, qui ne semblaient pas trop difficiles à approcher alors, devaient sans nul doute influencer le tout jeune homme de lettres en herbe. Malheureusement, l'étude sur Radiguet ne fut jamais achevée, ou tout du moins pas publiée. Mais ayant goûté le commerce des beaux esprits à une époque bien révolue où l’on brillait encore dans les salons et où les écrivains chenus se distrayaient de la présence, dans leurs hôtels particuliers, de jeunes gens intelligents, si possible agréable à regarder, il le cultivera tout au long de sa courte vie pour en faire son miel, ce journal...

Jean Hugo, autoportrait

Jean Hugo, autoportrait

Jean Cocteau par Jean Hugo

Jean Cocteau par Jean Hugo

Sa naissance dans la bourgeoisie, presque haute, lui a fait gagner du temps, mais qu'en a t-il fait? Je songe qu'une telle jeunesse entre bohème, raouts mondains, dragues et culture, ne serait plus possible de nos jours. En premier lieu parce qu'il n'y a plus de bourgeoisie, il n'y a plus que des inhéritiers comme l'écrirait Renaud Camus* (toujours lui), mais il n'y a plus également de classe ouvrière, d'intellectuels ou de paysans, il n'y a plus que des ploutocrates et la fumeuse classe moyenne, quel naufrage!

Les relations de sa famille, son milieu, sa curiosité et peut être un peu son arrivisme, même s'il ne lui déplaisait pas d'être plus en partance qu'arrivé, l'ont aidé à rencontrer cet incroyable panel de célébrités de tous ordres. Il s'y mêle aussi parfois la chance. Par exemple, son prof. De Science-Po s'appelle Pompidou (nous sommes en 1953), quand, la même année il va à la messe, l'abbé qui prêche se nomme Danielou. Un an plus tard, un soir qu'il s'arsouille, son voisin de bar est Jean-Claude Pascal << qui boit comme une éponge avec beaucoup de dignité.>>. Une autre fois dans un bistrot c'est Blondin dont il ne peut pas se débarrasser, l'auteur de « L'Europe buissonnière » ayant l'ivresse gluante...

Jean-Claude Pascal

Jean-Claude Pascal

Dans « un début à Paris » Ghislain de Diesbach montre un Matthieu qui n'est pas sans cynisme: << Dans le salon d'Evelyn Best, Milorad avait amené Matthieu Galey. Celui-ci effectuait alors son service militaire dans la marine et apparaissait parfois en matelot. Avant de partir, il avait confié son journal à Evelyn pour qu'il fut, en son absence, à l'abri des indiscrétions de sa famille. Assez cyniquement il avait prévenu la pauvre Evelyn, dont il appréciait les gouters, qu'il ne serait pas un fidèle à vie: « quand je serais célèbre, lui avait-il dit, vous ne me verrez plus. » Ce fut en effet ce qui arriva.>> (Ghislain de Diesbach,Un début à Paris, page 126, éditions Via Romana).

Les premières années du journal ne sont pas les plus intéressantes. On y voit un jeune homme un peu poseur qui s'essaye dans son journal à faire des mots d'auteur en vu d'oeuvres qu'il n'écrira pas, mais ça, il ne le sait pas encore... Et puis c'est une sorte, plus ou moins consciemment de gigolo culturel ou de tapineur intellectuel, comme on voudra... Le journal s'étendant sur une longue durée, plus de trente ans, le lecteur est le spectateur de la maturation d'un homme.

 

Ghislain de Diesbach

Ghislain de Diesbach

Matthieu Galey n'est pas un stakhanoviste de la notation quotidienne. Il peut laisser, plusieurs jours, même plusieurs mois sans noter quoi que ce soit. Il demande donc au lecteur de remplir les trous, d'être un amoureux de ellipse. Ce relatif dilettantisme dans la tenue, de ce qui sera la grande oeuvre de son auteur, est en définitive positive pour celle-ci car le journal ne dévore pas ici la vie de son créateur comme c'est un peu le cas par exemple chez Renaud Camus. Chez Galey, du moins sur sa plus longue durée, le journal n'est pas une fin en soit. Il serait intéressant de savoir à quel moment, il a eu conscience qu'il écrivait pour une futur publication.

Il ne faudrait pas se méprendre sur les intentions de notre diariste, si ses relations sont intéressées, il est surtout très admiratif des dinosaures littéraires qu'il fréquente et il a beaucoup d'affection en particulier pour Chardonne qui est alors complètement oublié... sinon par Mitterrand. D'ailleurs dans une lettre à Jean-Louis Bory daté du 20 février 1964, Chardonne écrit: << Doué pour l'amitié, j'ai peu d'amis. Aujourd'hui trois: Brenner, Matthieu Galey, et Morand. Ils sont le soleil de ma vieillesse.>>.

Jacques Brenner

Jacques Brenner

Jacques Chardonne

Jacques Chardonne

A propos de cette confidence de Chardonne à Jean-Louis Bory, faisons "un arrêt sur image". L'homme qui écrit cela à Jean-Louis Bory ne pouvait pas ignorer la sexualité de son correspondant, même si à cette époque Bory n'est pas encore le porte parole flamboyant des homosexuels qu'il deviendra quelques années plus tard, étale dans sa correspondance et sa conversation une homophobie et un antisémitisme presque à la hauteur de celui de son compère Paul Morand, ami et grand admirateur de Proust par ailleurs. Or dans ses trois amis, il cite Galet homosexuel et demi-juif ce qui ne semble pas le troubler. Mais ce n'est rien à coté de Morand qui tout homophobe vitupérant qu'il était, avait un serviteur qui le volait pour se payer des gigolos. Morand le savait et fermait les yeux... Comme nous l'apprend Matthieu Galey. Ce même Morand, à sa mort lèguera sa garde robe à son ami Marcel Schneider, personnage récurrent du journal de Matthieu Galey, qui, s'il n'était pas juif comme son nom pourrait le faire croire, était un homosexuel très voyant... Ces grands écrivains n'étaient pas à une contradiction prêt... 

 

Jacques Chardonne et Paul Morand

Jacques Chardonne et Paul Morand

Marcel Schneider

Marcel Schneider

L'attrait immédiat de ces notes consignées plus ou moins régulièrement durant plus de trente ans est entre autres une galerie de portraits troussés avec un talent extraordinaire, réussissant en quelques lignes, le plus souvent assez vachardes, à peindre, tant physiquement que psychologiquement ses modèles. Et quels modèles! Très tôt en tant que critique dramatique et littéraire, d'abord à « Art » puis ensuite à l' « Express » et comme éditeur chez Grasset, il est amené à rencontrer une multitude de créateurs. Mais en plus comme il « aime les vieux » il a aussi côtoyé quelques célébrités de la littérature tel Jouhandeau, Chardonne, Fraigneau ou Morand qui n'étaient plus à l'apogée de leur gloire en particulier parce qu'ils avaient eu quelques tendresses pour l'occupant. A l'autre spectre de l'idéologie politique, il connaissait également très bien Aragon.

 

André Fraigneau par Henriette Groll

La meilleure illustration du style de Matthieu Galey dans ses portraits ou plutôt de ses croquis pris sur le vif, est d'en donner quelques exemples:

17 juillet 1958 << Une longue fille noiraude. Une voix plaintive, étrange, poétique, sans rapport avec son physique ingrat. Elle n'a pas de nom. On l'appelle Barbara>>.

14 février 1960 << Un visage rose, un peu mou, le nez rond et un front immense. Quelque chose d'une vierge flamande qui aurait oublié sa coiffe. De l'élégance, une grande douceur dans sa façon de ronronner les phrases et beaucoup de grâces aux dames. Un fond d'exigence la-dessous, bien gommé, bien poli. Il est très habile. Hussard peut-être, mais d'état-major.>> -Nourissier- Le portrait n'a pas du plaire au modèle car lors de l'excellente émission de France-Culture,  « Une vie, une oeuvre » consacrée à Matthieu Galey, Nourissier y fut d'une rare bassesse... Humeur que confirme Brenner dans son journal: <<Berger m'apprend que Nourissier s'estime maltraité dans le Journal de Mathieu. Lui qui déclarait qu'il ne fallait procéder à aucune coupe et qui ignore que l'on a supprimé les trois quarts des passages qui le concernait. >> -page 437, tome V- (Une rancune d'écrivain n'a d'égale, pour la violence et durée, qu'une rancune d'ecclésiastique, affirmait Balzac.).

mars 1975 << Banier. Son drame: on le prend pour un nouveau Cocteau, il n'en est qu'un dessin.>>

Banier en 1969 lors de la sortie de son premier roman

Banier en 1969 lors de la sortie de son premier roman

juillet 1981 << Mesguich, le profil de conventionnel, type commissaire de la République, souligné par une tenue d'incroyable, avec mi-bottes et pantalons collants. L'oeil est de feu, le sourire à la fois sournois contraint et moqueur, et une infinie prétention qui cache sans doute pas mal de doutes profonds. >>.

septembre 1982 << Yvette Horner vêtue d'un pyjama rose bonbon bordé de strass, de la même teinte que les plis de son accordéon, on dirai un Goya, masque usé de fée carabosse surmonté d'une énorme tignasse noire. La bouche est carré terrifiante, mauvaise et, quand elle sourit, il en sort deux grandes dents de méchant loup, un menton fuyant qu'elle n'arrive plus à poser sur son instrument, tant elle s'est racornie, et de petits yeux durs, fardés qu'elle essaie de glisser dans les coins d'un air aguichant. >> ou encore << Audiberti Entre le mammouth et le bison pelé.>>, << Jean Schlumberger, la surdité faite homme, mais le regard vif sous une paupière tombante que retiennent les cils.>>.

Il ne traite pas toujours bien ses amis sur lesquels il reste lucide, en témoignent ces notes sur Angelo Rinaldi: << Rinaldi déteste Nice où il a été petit journaliste corse à Nice-Matin. Aucun attendrissement sur le passé: la simple haine de ses débuts modestes. Rinaldi ne pardonnera jamais à la société, ni aux écrivains dits bourgeois - pour qui, pourtant son coeur balance, mais en secret - de n'être pas né à Passy dans "une bonne famille", fut-elle un peu juive comme les Proust ou un peu antisémite comme les Morand...>> toujours sur Rinaldi << Rinaldi, suant de haine contre Marie Chaix; je ne sais pas pourquoi, avance son ratelier de locomotive chasse-bison pour siffler: << Joli nom pour la fille d'un indicateur.>>

Peu des modèles de Galey furent heureux en découvrant ce qu'il avait écrit à leur sujet d'autant que beaucoup le considérait avec quelques condescendances. C'est notamment le cas de Druon et d'Edmonde Charles Roux qui protestèrent auprès de Berger. Ce dernier leur envoya ce qu'il avait fait couper, leur montrant ainsi qu'ils avaient échappé à bien pire.

Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar

Mathieu n'excelle pas seulement dans les portraits, c'est également un maitre de la scène de genre comme le prouve cette description de l'intronisation de Marguerite Yourcenar à l'Académie Française: << 1er février. Ce fut un véritable show que cette réception. Tout à fait insolite. Rien d’une réception académique. Quelque chose comme une intronisation du Tastevin ou le jubilé de la reine Victoria. Grande houppelande de velours noir avec un col blanc et un châle également blanc sur la tête, l’entrée de Marguerite est assez stupéfiante. Un sacre… au son du tambour. Une tertiaire de saint François, suivie d’un prêtre, le révérend père Carré ou une vieille impératrice, jugée en haute cour par tous ces bizarres magistrats à queue verte. Avec leur allure d’insecte, cela donnait l’impression d’une mystérieuse frairie comme si cette grosse termite, fécondée par ces insectes vibrionnants autour d’elle, allait pondre des œufs, sous l’œil du couple présidentiel impassible sur ses fauteuils Louis XV ». 

Edmonde Charles Roux

Edmonde Charles Roux

Très souvent Matthieu Galey égale, et même parfois dépasse, le maitre du portrait cruel et cursif qu'est Léon Daudet. Mais pour le lecteur d'aujourd'hui, il est plus intéressant de se plonger dans le journal de l'ancien critique dramatique que dans celui du gros Léon. Pour une raison à la fois simple et éphémère, le lecteur de 2017, un tant soit peu cultivé, ayant au moins atteint mon âge canonique et n'ayant pas trop la mémoire qui flanche, individu donc rarissime, se souvient des évènements (mais pas tous j'y reviendrait) que narre notre diariste et surtout des personnages qu'il croque à belle plume et c'est alors une foule de souvenirs qui assaille notre lecteur-voyeur (le lecteur est toujours un voyeur, un peu plus en arpentant un journal intime qu'un roman, mais à peine.). Et parfois il a même rencontré quelques uns des férocement portraiturés (c'est mon cas). Mais bientôt cette espèce de lecteur aura disparu. La camarde aura fait place nette. Et même moi (je souligne lourdement « même »), il m'arrive de ne plus très bien savoir à qui ou à quoi Matthieu Galey fait allusion, mais je constate encore bien plus de lacunes dans la compréhension lors de mes visites assez fréquentes au journal de Daudet; néanmoins pour ce dernier ses portraits sont tout de même passionnants ne serait-ce que par le style. C'est du La Bruyère sans le souci de l'archétype.

Or donc, je rêverais d'une réédition du journal de Matthieu Galey avec des notes en bas de page qui nous situeraient le propos et quelques biographies lapidaires pour nous préciser de qui il parle; cela sans arriver au travers de certaines gazettes, le Monde en particulier, et revue qui n'hésite pas à indiquer que Victor Hugo était un poète français! C'est dire l'état de culture de l'électeur moyen! A l'occasion de cette édition critique, il serait peut être intéressant également de remettre certains passages caviardés par Brenner, sous la férule de Berger, (beaucoup de personnes mises en cause ayant disparu aujourd'hui.). Brenner qui s'est chargé du travail d'édition du journal de Matthieu Galey, à cette occasion a peut être mesuré la médiocrité du sien dont l'édition ne me paraissait pas indispensable. Cette épuration du journal est d'autant moins justifiable que son auteur l'avait déjà fait comme il l'écrit le 1 aout 1984: << Passé plusieurs jours avec moi-même… il y a trente ans et plus, à déchiffrer mes cahiers de ce temps-là. Jusqu’à vingt et un ans environ, je suis d’une bêtise et d’une fatuité qui me consternent. Je sais tout, je donne des leçons, j’admire n’importe qui en termes naïfs ou niais. Sauf quand il s’agit de vraies valeurs, que je néglige ou minimise avec une navrante régularité ! Presque tout est bon à jeter. Et tout ce temps rongé en amourettes, ou en romans inachevés ! Un columbarium de projets. Au feu! >>, puis le 27 aout 1985: << Ce n’est pas que mes souvenirs intimes valent grand-chose… Je m’y complais cependant, ne serait-ce que par une coquetterie indigne : pour peu qu’ils soient suffisamment lointains, j’y fais meilleure figure que dans ma glace. » Cette réflexion que François-Olivier Rousseau attribue à son « Sébastien Doré », je pourrais la prendre à mon compte, mot pour mot, moi qui passe le plus clair de mon temps à mettre au propre mes notes d’il y a vingt-cinq ans. La figure que j’y fais ne me plaît guère, sot, vaniteux, frivole, coureur, snob, méprisant – et Dieu sait si j’élimine des pages et des pages sans intérêt, des coucheries oubliées, des considérations philosophiques ou des flambées sentimentales d’une banalité abyssale ! – mais l’éloignement suffit à mon bonheur présent. >>. Ces deux notes révèlent qu'après avoir appris qu'il était condamné à brève échéance Matthieu Galey a préparé son journal pour une prochaine publication. Dans quelle mesure ce texte diffère-t-il du premier jet, on ne pourrait le savoir qu'en ayant accès aux manuscrits.

Yves Berger (1931-2004)

Yves Berger (1931-2004)

Pour revenir à cette proposition de note en bas de page, la rédaction de ce billet m'a amené à parcourir en diagonale le journal de Jacques Brenner, ce qui conduit à une inévitable comparaison entre les deux ouvrages. On constate que pour un honnête homme (c'est à dire pas moi) la lecture du journal de Matthieu Galey ne nécessite pas beaucoup d'explications, car peu des noms qu'il cite sont oubliés de nos jours alors que dans celui de Brenner on a l'impression de parcourir un cimetière littéraire dans lequel la plupart des noms n'évoquent plus aucun souvenir.

Lors de la sortie en librairie du deuxième tome du journal, en 1989, invitée par Bernard Pivot dans « Apostrophe », sa soeur Geneviève Galey, regretta qu'on ait coupé certains jugements sur des auteurs Grasset ou des membres de jurys littéraires. Yves Berger, l'éditeur du 'Journal' s'en défendit... Cette sortie publique de la soeur de l'auteur, presque absente du journal d'ailleurs, est assez surprenante lorsqu'on lit le très fastidieux journal de Brenner au 19 septembre 1988: << Le manuscrit a été revu deux fois sans que je sois consulté: par Geneviève Galey et Jean-Claude Fasquelle, puis par Yves Berger. C'est Jean-Claude qui m'apprend la nouvelle. Il ajoute que ce n'est pas nécessaire que le manuscrit repasse par mes mains avant d'aller à la fabrication.>>. Toujours chez Brenner, on apprend, comme il n'était pas bien difficile de le subodorer que ces coupes ont été bien au delà des seuls auteurs Grasset: << Dans son journal Matthieu voyait la carrière d'Angrémy ( Angrémy est le vrai nom de P.J. Rémy, auteur Gallimard) comme un ratage sur tous les plans (passage coupé).>>- page 492 journal, tome V, édité en 2006 par Pauvert (en ce qui me concerne, je garde de bons souvenirs des lectures de "Cordelia ou l'Angleterre).

Pierre-Jean Rémy (1937-2010)

Pierre-Jean Rémy (1937-2010)

Et puis une réédition serait surtout la possibilité de faire connaître Ce texte indispensable pour la connaissance de l'Histoire intellectuelle en France de l'après guerre. Elle serait aussi la possibilité de transformer des initiales obscures comme le très présent T. par le véritable nom de la personne en l'occurrence Herbert Lugert qui a tombé le masque dans l'émission de France-Culture déjà citée. Mais je crains que le rêve d'une réédition savante de ce journal ne prenne jamais forme et reste dans les limbes.

Certaines précisions pourraient pourtant donner un tout autre éclairage à des passages qui restent obscurs si l'on ne connait pas telle ou telle anecdote; par exemple celle concernant la maison qu'achète Matthieu Galey, sise au 1 rue Frochot, à Sylvie Vartan. Car cette demeure à une étrange histoire et celle de son interférence avec la vie de Matthieu Galey est troublante. La demeure est d'abord habitée par Ponson du Terrail, l'auteur de Rocambole, cela dans les années 1860. Elle est ensuite rachetée par le compositeur d'opérettes Victor Massé qui l'occupe jusqu'à sa mort en 1884. Avant d'être revendue au directeur des Folies Bergères au début du XXème siècle. Soixante dix ans passent. La femme de chambre du dernier propriétaire, héritière de sa fortune, est sauvagement assassinée dans l'escalier à coups de tisonnier. La bâtisse est mise sous scellés, le meurtrier ne sera jamais retrouvé. A la fin des années 1970, Sylvie Vartan achète l'hôtel particulier. Elle n'y habitera jamais. "Cette maison l'inquiétait", disent les uns. "C'est le cadeau de rupture de Johnny, elle ne s'y sentait pas bien", relativisent les autres. La chanteuse la revend à Matthieu Galey qui, le 10 mars 1978, écrit dans son journal: << Acheté la maison Frochot. Un peu l'impression de m'endetter pour acheter mon tombeau gothique >>. Prémonitoire: il y meurt huit ans plus tard. De la même pathologie que celle qui a terrassé Victor Massé un siècle plus tôt: la maladie de Charcot. Curieux hasard. A propos de maison, Matthieu Galey s'intéresse beaucoup à celles où il est invité non content de croquer le portrait de ses commensaux, il n'oublie jamais de planter leur décor.

Lisant un tome du journal de Claude Mauriac, Mathieu Galey reprochant à son confrère de s'intéresser aux idées, donne en creux le secret de sa réussite: << Il sait qu'il n'est qu'un appareil enregistreur ultra perfectionné. Jamais le coup d'oeil, ni le coup de patte du portraitiste. Il a tort de s'intéresser aux idées, comme si elles pouvaient avoir la moindre importance. Ne compte, pour le souvenir, que les mots parfois et les images, les instantanés, qui bloquent la vie, comme les cendres du Vésuve ou la glace.>>.

On s'étonne un peu de la place congrue qu'occupe Marguerite Yourcenar dans le Journal. Il est vrai qu'après la publication aux éditions le centurion, des "Yeux ouvert", entretiens avec Matthieu Galey qui sont de loin supérieurs aux autres entretiens qu'a accordés la grande dame que ce soit à Pivot, Chancel ou surtout à ceux avec Patrick de Rosbo, c'est instauré un froid entre l'interviewer et Yourcenar. Cette dernière regrettant de s'être trop "déboutonnée"... Pourtant il fut un temps où elle tenait Matthieu Galey en haute estime, comme en témoigne cette lettre qu'elle lui adresse le 13 octobre 1979: << Cher Matthieu Galey, Gallimard vient de m'envoyer le Magazine Littéraire. Quel admirable portraitiste vous êtes. Trois portraits déjà, sinon quatre, et toujours la même touche merveilleusement juste et sobre, sans bavure et sans sécheresse. Notre duo me semble aussi très réussi. Je suis persuadé que nous sommes en route pour un très bon livre.>> - Marguerite Yourcenar, Lettres à ses amis et quelques autres, page 804. Voyons voir cette touche: << Marguerite Yourcenar possède une architecture intellectuelle inébranlable qui donne à ses propos, à ses écrits, une surprenante solidité. Rien de ce qu'elle dit, de ce qu'elle pense n'est en soi singulier; nous avons seulement perdu l'usage d'une si rigoureuse harmonie entre la conscience et la réflexion. >> - Mathieu Galey, le Magazine Littéraire n° 153 d'octobre 1979.

Sur la relation entre Matthieu Galet et Marguerite Yourcenar, la biographe de cette dernière, Josyane Savigneau a un point de vue intéressant: <<... une longue amitié qui se terminera assez mal, après la publication de son livre d'entretiens, Les yeux ouverts, en 1981. Comme si "commettre" un livre sur Marguerite Yourcenar était déjà, quel qu'il fût, une sorte de faute, voir de péché, une captation inadmissible, l'affirmation d'une autonomie inacceptable.>> (Marguerite Yourcenar par Josyane Savigneau, page 342, éditions Gallimard). 

Devant le film de cette existence, on ne peut s'empêcher de poser cette question un peu stupide, Matthieu Galey a-t-il réussi sa vie? A cette interrogation il est impossible de répondre pour tout homme à l'exception de quelques êtres qui par leur oeuvre ou leur action ont changé l'Histoire et à l'inverse pour quelques autres pour qui l'existence ne fut qu'un calvaire.

Pour Matthieu Galey comme pour presque nous tous, c'est un peu l'histoire du verre à moitié vide, à moitié plein. Si l'on retranche les trois années horribles de son interminable agonie, pour le commun des mortels, sa vie aura été plus qu'enviable. Il a rencontré de très nombreux grands esprits de son temps, il a aimé et été aimé par T et Daniel (Daniel Ankri qui est mort du SIDA en janvier 1990 – Journal de Jacques Brenner, tome V) jusqu'à son dernier jour. Il a beaucoup voyagé et vécu sinon dans le luxe, du moins dans un aimable confort, mais pour quelqu'un qui rêvait à vingt ans d'écrire à quarante ans une sorte de « Guerre et paix », c'est autre chose. Il y avait un fort désir de Matthieu Galey de laisser une trace tout en ayant un doute sur ses capacités: << Comment prendre du recul en face de soi-même? Dans la comédie du monde, je me fais toujours l'effet d'un comparse.>> - 2/08/1963.

 

Boris Vian

Boris Vian

Si Matthieu Galey a su reconnaître le talent chez des hommes qui n'avaient encore rien prouvé, il n'était cependant pas infaillible comme en témoigne ces lignes à propos de Boris Vian qu'il connaissait, bien sûr: << Ce matin Boris Vian est mort (…) De ce brio rayonnant, subtil, timide, poétique, je me demande ce qu'il restera. Combien a-t-on vendu d'Automne à Pékin? Célèbre pour de fausses raisons (Saint-Germain, le jazz, la trompette et son bouquin à scandale ), ses petits livres tendres et fous couleront à pic, oubliés. Dommage.>>.

Il est intéressant de voir comment ce journal a été reçu, en particulier par ceux qui s'y retrouvent et par d'autres diaristes tel Renaud Camus qui consacre plusieurs lignes à Matthieu Galey dans « Aux Aguets,» son journal de 1988, édité par P.O.L.: << Il est bien évident que, même si de toute façon l'on ne saurait jamais tout dire, le délai prévu de publication influe forcément sur le degré de précision du trait, sur l'angle de prise de vue, sur le cadrage. Matthieu Galey n'a jamais envisagé qu'une publication posthume, je présume. Mais il ne pensait pas, non plus mourir si jeune, ni donc que ses portraits acides seraient placés si vite sous le regard de leurs modèles. Galey tient essentiellement un journal public: sa vie personnelle et ses opinions propres tiennent une place relativement réduite dans ces pages, comparée à celle qui revient aux portraits de personnalité, à leurs mots, aux anecdotes les concernant. Les récits de Galey n'ont de raison d'être que confrontés aux personnages nommés, clairement identifiés, qu'ils mettent en scène. Evoluant dans un monde infiniment plus obscur, je suis mieux libre d'écrire ce que je veux. J'espère que je n'en abuse pas. La malveillance, je crois, n'est pas ma pente ( mais l'indignation, si )>>. On vois que Renaud Camus a une très juste analyse de l'angle pris par Matthieu Galey dans son journal (il est néanmoins probable que sa famille ait caviardé des passages la mettant en cause et également des lignes sur la vie sexuelle du diariste. Brenner écrit dans son journal le 23-10-1988: << Geneviève Galey a rétabli les trois quarts des morceaux que j'avais censurés.>>. Mais Renaud Camus ne peut s'empêcher de le comparer avec le sien. Dans le tome précédent de son journal,  Vigiles, journal 1987, Renaud Camus lui aussi s'essaie au portrait au dépend de Matthieu Galey: << Je le tenais dans une certaine estime parce que lui qui ne manquait jamais d'assassiner mes livres à leur publication, me rencontrait-il le lendemain de son article, il me saluait très poliment, n'ayant pas l'air de m'en vouloir du tout de toutes les horreurs qu'il venait de déverser sur moi. Je voyais là la civilisation même, et lui rendait, bien sûr, très poliment son salut. J'en garde le souvenir d'un petit être chafouin, avec des manières de rat musqué; mais les photographies qu'on voit, montrent un assez beau garçon, pour moi très « envisageable » même. Un soir, dans une quelconque back-room, au B.H. Peut être, il y a quelques années, nous nous sommes nettement rapprochés l'un de l'autre, pour battre en retraite précipitamment, horrifié, à la première lueur de reconnaissance. J'ai connu plus intimement, en revanche, son ami T, qui une fois m'a ramené en voiture de la Côte d'Azur, avec étape au curieux hôtel Phénix de Lyon, qu'il m'a fait découvrir. Je lui dois également les Métamorphoses de Strauss, dont il cherchait désespérément un exemplaire dans Nice, je crois, et que je n'écoute jamais sans avoir une petite pensée pour lui Qu'est-il devenu? Je ne l'ai pas vu depuis des années. Il m'avait assuré fièrement que Matthieu avait toutes les chances d'entrer un jour à l'Académie, que même on lui avait déjà fait des ouvertures en ce sens.>>.

Renaud Camus enlaçant son ami Aragon en 1978

Renaud Camus enlaçant son ami Aragon en 1978

Ce journal ne se résume pas ni en une suite de portraits au vitriol, ni à une peinture des coulisses du monde de l'édition et de celui de la création littéraire. Sur laquelle il donne de merveilleux instantanés comme sur Modiano, le jour de son prix Goncourt: << Modiano, prix Goncourt. Je l’aperçois, gazelle traquée dans un petit bureau par une meute de cameramen et de photographes, l’oeil fou, hagard, comme un assassin qu’on vient de surprendre sur le fait… Entre deux portes, je lui parle cinq minutes, avec la difficulté ordinaire. il me dit avoir passé toutes les heures d’angoisse de ces jours-ci dans l’annuaire 1939 que je lui ai offert l’autre semaine. Soudain, il est « là-bas » dans son monde obscur des années noires, très loin de la foule qui s’agite autour de lui. Il m’interroge sur Jane Sourza et Django Reinhardt, mes voisins d’avant-guerre, comme si je les avais connus. Merveilleuse folie. >>.

Il rappelle aussi la grande liberté sexuelle des années 70, c'est un peu un « Trick » en plus édulcoré. Le sexe occupe l'auteur mais ne l'obsède pas. Il n'est pas un modèle de fidélité, c'est un euphémisme, ce qui ne l'empêche pas d'être sincèrement amoureux, surtout de ses deux compagnons successifs T. et Daniel.

Comme vous le savez, surtout si vous êtes à l'écoute de la vindicte populaire, je suis un peu pervers. Au milieu des célébrités qui défilent dans le journal de Matthieu Galey comme jadis, les vedettes dans les génériques de Sacha Guitry, j'ai repéré, à la date du 21 janvier 1960, un de ces prometteurs qui n'ont jamais tenu leurs promesses et qui ont fait pataplouf comme le disait un postulant malheureux à une sélection pour les futurs présidentielles. Le fait que ce peintre ait été cornaqué par Pierre Bergé, ce faiseur de gloire, qui lui aussi en est... de ce journal, a particulièrement attiré mon attention. Comme quoi tout ce que touche Bergé, contrairement  à sa légende, ne s'est pas transformé en or. Qu'est devenu ce Francis Savel dont avec beaucoup d'efforts j'ai pu apercevoir, sur la toile, quelques tableaux que je situerais entre Buffet et Fougeron...   

Francis Savel, la marchande de poissons

Francis Savel, la marchande de poissons

Quelques entrées sont des croquis de mondanités qui semblent être des notes pour l'épilogue du « Temps retrouvé ».

Matthieu Galet est également à l'aise dans la scène de genre: << Blain et son fils de treize ans. Il le palpe, le câline, le frôle, le prend par le cou, le serre, l'étouffe, éperdu d'amour: de la pédérastie légale. >> -6/11/1973- et pas non plus maladroit dans la critique express: << Enfin vu Cris et chuchotement. C'est plutôt râle et glapissement à mon goût. Mais un poème rouge et blanc sur la mort, tourné dans un musée. La fin sublime d'un certain cinéma de chevalet. >> -17/11/1973.

Je ne me suis pas cantonné à la seule exploration des journaux de Brenner et de Renaud Camus. J'ai tiré également de la poussière de ma bibliothèque celui de Morand mais si Matthieu Galey y est cité plusieurs fois c'est seulement comme convive et son nom n'est accompagné d'aucun développement. Peut être pour avoir plus d'informations faudra-t-il attendre la correspondance Morand-Chardonne dont Gallimard repousse l'édition d'année en année. Alors qu'ils ont au moins deux amis commun, Curtis et Brenner, aucune mention, à ma connaissance de Mathieu Galey dans le journal de Gabriel Matzneff (Mais je n'ai pas lu tous les opus, ce journal devenant de plus en plus ennuyeux à mesure que les années passent.) que Galey exécute à sa seul apparition dans son journal: << Matzneff, Léon Bloy de poche, dilettante et polémiste de droite, armé de latin et d'autosatisfaction, c'est un modèle qu'on ne suit plus en littérature. Soldé, il va passer directement du fond de tiroir chez l'antiquaire. Sa seule chance de survie: c'est le rossignol qui se mue le mieux en objet d'art.>>.

Jean-Louis Curtis

Jean-Louis Curtis

Dans le tome I de son journal, Claude Mauriac, le jeudi 21 mai 1953, donne son impression sur le jeune Matthieu Galey: << Ce matin, inauguration devant le 44 rue Hamelin de la plaque commémorant les dernières années de la vie que Marcel Proust (…) Un tout jeune homme se présente. Matthieu Galey, fils de Louis-Emile Galey. Je le vis autrefois à Rome, chez ses parents. Je suis touché d'apprendre qu'il est là par amour de Proust. Et je pense qu'à son âge, Jean Davray et moi aurions été capables de ce genre de discret et anonyme pèlerinage, où nous nous serions ainsi rendus, nos cahiers sous le bras. Me fait plus encore d'impression sa ressemblance non seulement avec son père, mais avec ses deux oncles, qui étaient en classe avec moi au lycée Janson, à l'âge qu'il a aujourd'hui. C'était le même oeil frisé, le même contentement de soi apparent. Mieux, c'était le même garçon...>> (in Le Temps Immobile I, pp.357-358, édition Grasset).

Claude Michel Cluny dans « L'or des Dioscures », le tome couvrant les années 1982-83 de son journal fait de Matthieu Galet un portrait express dont il a le secret: << L'air d'un minuscule lieutenant de hussard à peine vieillissant.>>. - L'or des Dioscures, page 197, édition de la Différence-

Claire Gallois

Claire Gallois

Claire Gallois a transformé Matthieu Galey en personnage de roman dans « L'homme de peine », paru en 1989, ce qui a scandalisé une partie du milieu littéraire. La sœur de Matthieu Galey a reproché à l’auteur sa démarche nécrophage. C'est surtout la médiocrité du texte qui est scandaleuse.

Aujourd'hui Matthieu Galey n'est pas oublié, il a créé, ce qu'il n'aurait pas pu envisager une sorte de club informel, de gens cultivés, un peu incertains qui puisent dans leurs interrogations, la force pour être des irréguliers élégants; l'un des plus représentatifs de ce cercle occulte est Christophe Honoré qui avait pris le journal de Matthieu Galey comme livre de chevet lors du tournage de son dernier film. Le cinéaste se souvenait: <<J’avais 19 ans, quand je l’ai lu, lecture appliquée comme devant un manuel de savoir-faire précieux. La galerie de Galey, Chardonne, Jouhandeau, Brenner m’installe dans la nostalgie. En 1989, combien d’heures ai-je passées à rêver aux vies des autres, et traîner la nuit dans les rues de Rennes, et lire, m’enfermer au cinéma. Combien de corps touchés chaque semaine. Une révélation de dimanche, grossière, attendue, mais malgré tout fatale, se met à me détruire : ma vie d’alors était pleine et vivante, qu’est-elle devenue ? Quand je réfléchis aujourd’hui à l’année qui s’annonce, peu de jours dans mon agenda où je n’ai pas à tenir des engagements. Le découragement règne, je sais désormais que mes années s’exécutent quand, avant, elles surgissaient. Un peu d’air frais, vite ! >>.

Jouhandeau (1888-1979)

Jouhandeau (1888-1979)

Il me semble que la personne dans le milieu littéraire avec lequel Matthieu Galet à le plus de ressemblance, tant par son oeuvre que par son attitude face à la vie, est Bernard Frank qui n'est pas tendre avec lui puisqu'il le décrivait comme << une petite fouine se glissant dans l'ombre de Brenner pour faire son beurre de célébrités, et assurer ses arrières avec Chardonne.>>. Autre style, autre portrait du même, cette fois par François Dufay: << Avant même d'avoir terminé ses étude à Science-Po, ce garçon de 1,67 mètre, aux traits émaciés, au regard proustien – hérité de la branche berrichonne de sa famille, et non de sa mère issue de la grande bourgeoisie juive, avait commencé à se glisser dans le milieu littéraire, filant sur son solex de générales en cocktails, tout en servant de nègre à Maurice Druon pour ses Rois maudits. Sous prétexte d'une recherche sur Radiguet, il avait sonné à la porte de Cocteau et autres vétérans des années vingt, tout en approchant les vedettes de l'heure, Françoise Sagan, Antoine Blondin, Jean d'Ormesson. Refusant de s'inscrire dans le Parti Unique du nouveau roman, ce jeune homme aux goûts classiques avait porté ses premiers essais, de curieuses nouvelles à la Jouhandeau ou à la Chardonne (en plus acide encore dira Poirot-Delpech, à Jacque Brenner, placide homme de lettres fumeur de pipe qui avait fondé en 1955 les Cahiers des saisons, ilot de résistance au nouveau roman.>> (ce brillant portrait comporte néanmoins deux erreurs, si Matthieu Galet a bien été le nègre de Druon, ce n'est pas pour les Rois maudits, mais pour son livre sur Alexandre; quant à Jean d'Ormesson en 1958, année où Dufay situe ce passage, si son nom est célèbre, lui est encore peu connu). Il n'empêche que jour après jour il fignolait son 'Journal', ce trésor qui somnola sa vie durant et ne fut découvert qu'après sa mort. Je ne peux que faire mien le jugement du très regretté François Dufay, l'auteur du «soufre et le moisi» qui écrivait: << Les deux tomes du Journal constituent un document irremplaçable sur le monde littéraire du XXe siècle. Mais c'est aussi un témoignage poignant sur une vie amoureuse marginale et sur un combat courageux contre la maladie.(...) Son oeuvre posthume pourrait bien survivre à celles de beaucoup de ses contemporains plus célèbres en leur temps.>>.

 

Nota

* Dans un article, dans l'Express du 3 mai 1980, aussi vachard que brillant que ne renierait maitre Angelo, article ajouté au journal dans l'édition "Bouquin" Galey épingle son confrère à propos de Buena Vista Park: << Bouvard et Pécuchet ont quitté Chavignolles: Ils vous envoient leur bons souvenirs de Californie, où ils ont dragué un autre petit couple, Vadius et Trissotin, qui s'y promenaient en blue-jean délavé au coin de "Castro and Market". Renaud Camus, tirant de son sac à dos dernière mode, a dû soigneusement noter leurs propos, tant ont les reconnait sous sa plume.>>

A propos du "Journal d'un voyage en France" de Camus, Matthieu Galey relève que << Malheureusement Renaud Camus n'est qu'un naif Narcisse intarissable; aucune aura ne transcende pour l'instant le quotidien de son existence (...) A mettre la charrue avant les oeuvres, on finit par confondre la littérature avec le déballage de marché aux puces. Quiconque brade ainsi ses petits secrets, pour l'immédiat plaisir de l'épate, est un écrivain qui mange son capital. Que ce bavard y songe: quand on a plus rien à cacher, on a plus rien à dire.>>.

On voit combien Galey dans son propre journal a su éviter les erreurs de son confrère. Il faut se souvenir qu'il parle là d'un des meilleurs tomes du torrentiel journal de Camus; que dirait-il aujourd'hui de ce qu'est devenu en fait la seule oeuvre de Renaud Camus, encombrée de considérations fumeuses sur la politique et de lamentations sur la dégénérescence de l'art des plombiers... 

Commentaires lors des précédentes éditions de ce billet:

 

Alcib15/08/2013 09:35

J'ai beaucoup aimé ces deux volumes du Journal de Matthieu Galley, que j'ai lus à la fin des années 80. Je les ai justement ressortis il y a quelques jours avec l'intention d'en relire des passages. Il est bien possible que je me laisse prendre, comme vous venez de le faire, à les relire au complet.
Je ne suis pas étonné que Matzneff ne parle pas beaucoup de Matthieu Galey ; je ne sais pourquoi au juste, mais j'ai plutôt l'impression que Galey n'est pas genre de Matzneff. Peut-être que Galey était trop « cynique » pour Gabriel Matzneff.
Je crois aussi que ce journal restera un document de référence pour les prochaines générations qui s'intéresseront au monde littéraire.
J'admire votre curiosité et votre capacité de faire tant de liens entre des auteurs pour la plupart si différents les uns des autres.
Merci de rappeler tout cela ! Malgré l'omniprésence du téléphone portable, il reste encore des gens qui aiment les livres et leurs auteurs (et même les modèles qui les ont inspirés), et c'est rassurant.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 10:10


Vous savez le genre de Matzneff c'est lui même. C'est la seul personne qui l'intéresse depuis la mort de Montherlant. C'est la raison pour laquelle son journal a peu d'intérêt si l'on excepte le premier tome celui de l'adolescence. A le lire Galey n'est pas du tout cynique et même chez ses détracteurs c'est un reproche qu'on ne lui fait pas. Je vous encourage à le relire en entier en commençant par le début. On voit aussi l'évolution d'un être, ce que je n'ai pas mentionné. Je vais amender mon texte (ce n'est qu'une première mouture). Avec ce genre d'ouvrage ce qui est amusant c'est de le confronter à d'autres livres et comme mes bibliothèques sont assez copieuses je n'ai pas trop à me déplacer. J'attend avec impatience de lire les souvenirs parisiens de Ghilain de Diesbach que je ne devrais pas tarder à recevoir et qui apporteront sans doute un nouvel éclairage.

Alcib15/08/2013 09:40

En regardant la photo, sans doute prise dans le domaine des hérissons, je crois me souvenir que Marguerite Yourcenar semblait vouloir oublier ces entretiens qu'elle avait accordés à Matthieu Galey reçu à Petite Plaisance. Je crois me souvenir aussi qu'il n'a pas été très tendre avec elle lorsqu'elle agissait avec lui à peu près comme si elle ne l'avait jamais rencontré.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 10:02

Marguerite Yourcenar regrettait surtout de s'être un peu trop "déboutonné" devant Matthieu Galey. Par la suite leurs relations se sont considérablement refroidies en effet. Ces entretiens sont pourtant les plus intéressants que je connaisse avec Marguerite Yourcenar. C'est mieux qu'avec Pivot et surtout qu'avec Chancel et Patrick de Rosbo (où est-il passé celui là) ce qui n'est certes pas bien difficile. 

Oui c'est le domaine des hérissons leur gite est derrière le banc...

JACK

15/08/2013 12:49

magistral article de BA ; de l'actualité je retiendrai le commentaire sur l'ami photographe de Madame B..., je ne ressortirai pas le journal de MG, mais je continuerai à lire Camus, le Renaud.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 12:58

merci pour le compliment.Vous devriez pourtant ressortir le journal de Matthieu Galey ne serait-ce que pour le comparer avec celui de Renaud Camus et l'on s'aperçoit que ce dernier s'est fait dévorer par son journal au détriment de sa vie alors que M.G. (de bien beaux cabriolets) de sa vie a nourri ce journal dont la fulgurance ravit.

 

lesdiagonalesdutemps16/08/2013 17:51



C'est ce qu'il faut souhaiter à ce journal mais pour cela il faudrait que l'éditeur y mette un peu du sien.

JACK16/08/2013 11:16

cette dernière remarque est effectivement réalité.

 

 

Bruno18/08/2013 21:38

Dans le journal de Cluny, je vous propose le tome VII, couvrant 1982-1983, sous titré "L'Or des Dioscures" les "dioscures" en question étant les jeunes...amis..
de l'auteur
Bonne lecture

lesdiagonalesdutemps19/08/2013 06:51



merci de la recommandation
Bruno

18/08/2013 16:31

Merci pour ces éloges immérités !
Le "Journal" de Claude Mauriac vaut, à mon avis, pour deux points : son impressionnant volume, d'une part (voir aussi Amiel) mais surtout par le "montage"; on y est sensible ou pas, c'est une lutte "contre" le temps, d'où "Le Temps immobile", d'où, aussi un certain ressassement...Un abrégé genre "pages choisies" a, je crois été donné par Grasset. Je suis actuellement plongé dans le journal infiniment plus riche de Claude Michel Cluny, L'Invention du Temps, 10 volumes déjà publiés à La Différence. Idéalement réactionnaire...

Merci pour vos billets

 

lesdiagonalesdutemps18/08/2013 20:44


 

Ce que vous dites du journal de Claude Mauriac ne m'incite guère à y plonger surtout avec le parallèle avec celui d'Amiel que je connais (très partiellement) et qui est un monument d'ennui. Le problème de certains diaristes est que le journal dévore leur vie et qu'ils n'ont ainsi plus rien à écrire. C'est déjà un peu le cas de celui de Renaud Camus alors que celui de Matthieu Galey est tout le contraire il est le reflet de la vie de son auteur. Il l'aurait été encore bien plus si on l'avait publié brut.
Le nom de Claude Michel Cluny ne me disait absolument rien. Je suis allé voir chez Wikipédia et à lire sa biographie j'ai à coup sûr lu plusieurs de ses articles. Je vais peut être lire un volume pour voir un peu de quoi il retourne, un voyageur réactionnaire voilà qui est alléchant.  Avez vous un tome plus particulièrement à me conseiller?

Bruno

17/08/2013 23:19

Matthieu Galey dans le journal de Claude Mauriac :

in Le Temps Immobile I, pp.357-358, édition Grasset

"Paris, jeudi 21 mai 1953
...........................
Ce matin, inauguration devant le 44 rue Hamelin de la plaque commémorant les dernières années de la vie que Marcel Proust....
.....
Un tout jeune homme se présente. Matthieu Galey, fils de Louis-Emile Galey. Je le vis autrefois à Rome, chez ses parents. Je suis touché d'apprendre qu'il est là par amour de Proust. Et je pense
qu'à son âge, Jean Davrav et moi aurions été capables de ce genre de discret et anonyme pèlerinage, où nous nous serions ainsi rendus, nos cahiers sous le bras.Me fait plus encore d'impression sa
ressemblance non seulement avce son père, mais avec ses deux oncles, qui étaient en classe avec moi au lycée Janson, à l'âge qu'il a aujourd'hui. C'était le même oeil frisé, le même contentement de
soi apparent. Mieux, c'était le même garçon....."
Une autre occurrence au tome X, L'Oncle Marcel, p.152, sans intérêt.

 

lesdiagonalesdutemps18/08/2013 08:58


 

merci beaucoup pour cette information issue de votre faramineuse bibliothèque, si vous avez une astuce genre "neslivre" pour réduire le volume des volumes, comme il me semble, c'est un devoir
d'en faire profiter l'humanité.
Ce nouveau regard sur Mathieu Galey prendra place dans la proche réédition complétée du billet.
N'ayant jamais ouvert un livre de Claude Mauriac (j'ai assez peu de considération pour le père, je trouve ses romans ennuyeux et presque illisibles aujourd'hui, son bloque-note est néanmoins très
intéressant si l'on passe sur son tiers mondisme bêlant, il faut dire que je suis un grand admirateur de Raymond Cartier, pourriez vous me faire part de votre avis éclairé sur ce journal. Vaut il la peine que je m'immerge dans cette masse?

 

Martial09/01/2017 13:03

Jean-Luc Barré doit être un lecteur de ce blog : il publiera le 9 février prochain dans son excellente collection "Bouquins" une édition intégrale du Journal de Matthieu Galey. Intégrale et même davantage puisque dans ce volume, que Barré préfacera lui-même, figurera un choix des lettres de Galey à son amant Herbert Lugert. 

Sur ce site belge, vous pouvez découvrir la photo de couverture du volume, ainsi que la présentation très détaillée du livre par l'éditeur : 
https://www.club.be/Livres/Livres-Francais/Litteratures/Essais/Journal-Integral/p/9782221193310
(le prix indiqué ne vaut que pour la Belgique. En France, il ne sera que de 30 €)

 

Martial09/01/2017 14:43

Cette tâche ne semble pas plus insurmontable que, par exemple, l'édition du "Dossier Rebatet", précédemment paru chez "Bouquins". C'est la collection la plus en vue des éditions Robert Laffont et elle est très rentable : les moyens ne doivent pas manquer pour recruter les meilleurs spécialistes en vue d'annoter les volumes qui doivent l'être.

En tant qu'auteur, Jean-Luc Barré a par ailleurs fait très fort en obtenant de l'amiral de Gaulle l'autorisation de publier des écrits de jeunesse inédits du futur Général dans son livre "Devenir de Gaulle" (Perrin). Et ses remarquables biographies de Dominique de Roux et de François Mauriac (les deux chez Fayard) sont également riches en inédits.

Notons d'ailleurs, en ce qui concerne Grasset, que l'un des membres du staff de cette maison, Charles Dantzig, vient de voir un recueil de ses oeuvres publié chez "Bouquins", ce qui est une consécration. J'imagine que cela a pu faciliter les négociations entre Jean-Luc Barré et Grasset...

Mais vous avez raison : wait and see...

 
 

lesdiagonalesdutemps09/01/2017 13:34

Merci beaucoup pour cette annonce.
Je ne sais pas si Jean-Luc Barré que je ne connais pas est un lecteur du blog car je n'étais pas le seul à réclamer une réédition complétée du journal.
Ceci dit J'attends de voir pour le croire car comment ce monsieur aurait eu l'aval de Grasset pour rétablir les morceaux expurgés D'autre part une telle édition demanderait un gros travail déjà celui d'avoir l'accès aux originaux et surtout l'élaboration de beaucoup de notes en bas de page encore plus nécessaire que lors de sa première édition car bien des acteurs de ce temps s'enfoncent dans la nuit de l'oubli. A suivre...

 
 

ismau18/04/2016 17:56

Oui Xristophe, ce scanner neuf, ce serait une très bonne idée !
Mais on ne peut pas accuser Faucon de s'être ''sclérosé'' ; il a continué sur des pistes intéressantes, après ses séries de mannequins . Quant à Guibert ''pas intéressé par les adolescents'' ... c'est un comble, après entre autres ''Voyage avec deux enfants'' et ''Fou de Vincent'' ! Il est vrai qu'il a consacré plus d'images à ses vieilles grands-tantes Suzanne et Louise, qu'à son jeune petit ami Vincent, mais tout de même quelques unes : ici sur le blog par ex. ''Que la jeunesse était belle en noir et blanc (42)'' – et encore : ''Autour d'Hervé Guibert, un déjeuner avec Vincent'' ( à gauche sur la photo à coté d'Hervé, c'est lui Vincent, pendant ''Voyage avec deux enfants'', il a environ 14 ans )

 

lesdiagonalesdutemps18/04/2016 18:14

Encore une fois je suis d'accord avec vous. Il reste que ma période préférée reste celle des mannequins même si les chambres d'amour (j'en avais une mais je l'ai vendue), les chambres d'or et les grands polaroid (j'ai un essai non retenu) sont très intéressants et aussi la série pour Parco.

 
 

xristophe14/04/2016 00:06

Vous vous oubliez dans la liste ! Où vous êtes plus intéressant que d'autres. Faucon s'est sclérosé dans la celluloïd, Guibert ne semble pas intéressé par les adolescents... Il faut que je m'offre un scanner neuf !

 

lesdiagonalesdutemps14/04/2016 07:29

Bonne idée faites vous ce cadeau avec ce genre d'appareil on ressuscite des images qui prennent leur envol. Pour ma part je trouve que le meilleur de l'oeuvre de Faucon réside dans ses séries de mannequins. Il n'y a pas que les adolescents à photographier d'ailleurs ils ne représentent qu'une petite partie de mes photos.

 
 

xristophe12/04/2016 15:15

Je ne cherche à rien déguiser du tout, surtout pas en sagesse ! Mollesse et procrastination sont les deux mamelles, en effet, auxquelles volontiers je m'irrigue : la recette semble bonne, qui a déjà donné les résultats que nous savons. Et puis votre énergie et votre activisme effarants nous découragent ! (Pour la littérature, j'apprends qu'hélas Gaston nous a quittés : je ne vais quand même pas éditer chez n'importe qui.) (Heureusement, pour la peinture, le MoMA me harcèle : je laisse monter les prix...)

 

lesdiagonalesdutemps12/04/2016 15:35

A propos de vos oeuvres vous nous aviez laissé entrevoir que vous aviez réalisé quelques images de jeunes personnes. Certes le blog des diagonales n'est pas le Moma mais en ce qui concerne la photographie on y ai pas en trop mauvaise compagnie il me semble Huenigen-Huene, Bernard Faucon, Guibert, Egermeier, Manson, Herbert List... Peut-être pourrions nous accueillir quelques une de vos images...

 
 

Bruno12/04/2016 13:19

Notre hôte, immense lecteur, n'a calé QUE pour Claude Mauriac et son Temps Immobile, pourtant "photographique" et "proustien" en diable, mais 10 tomes là aussi et 5000 pages...

 

lesdiagonalesdutemps12/04/2016 13:44

calage momentané... peut être?

 
 

xristophe11/04/2016 16:16

10 volumes, et même "réactionnaires idéalement", de Cl M Cluny, qui ne l'a pas inventé ni la poudre - stylistiquement parlant - et malgré l'arrogance du titre, valent-ils vraiment un pareil détour dans le Temps... Pour moi j'aime mieux le chercher et le perdre avec Marcel, encore et encore...

 

lesdiagonalesdutemps12/04/2016 07:42

Cela ne m'empêche pas de fréquenter le divin Marcel, certes le plus grand du XX ème siècle mais tout les gens de talent n'ont pas la chance d'avoir un asthme grave ou de faire 7 ans de prison ce qui a permis à Rebatet dont je lis la biographie, d'écrire le très grand livre qu'est son roman "Les deux étendards" ou encore d'être contraint à l'exil comme le cher Victor... Je trouve que de se contenter d'un seul livre est à la fois un manque de curiosité et un moyen de déguiser une certaine mollesse en sagesse.

 
 

Alain09/04/2016 22:02

Mon très cher ami Christian Ayoub m'avait demandé de lui rapporter le dernier tome qui venait de paraître en France. Il redoutait ce que M.G. aurait pu écrire à son sujet. Aucune crainte à avoir, M.G. fut charmant.

 

lesdiagonalesdutemps10/04/2016 08:37

En effet il est très gentil pour lui, mais M.G. n' est pas toujours méchant, il a seulement tendance à voir que le ridicule chez les gens qu'il épingle avec justesse et talent. Vous avez du connaitre mon vieil ami Zogheb ce prince déchu d'Alexandrie qui aimait beaucoup s'habiller en marin à pompon rouge à un âge où il est décent d'être contre-amiral. j'avais surnommé Zogheb le grand mastiqueur pour son sérieux à réduire les aliments en bouillie...

 
 

xristophe09/04/2016 18:47

Que de commentaires brillants, à enjamber toute affaire cessante, pour trouver un coin sous le banc, auprès de la pauvre Clara carrément virée de dessus - et dont je voulais prendre le parti, car, après tout, c'est bien son banc puisqu'elle "demeure" - comme le chante le poète, et que les bouquins lus eux se succèdent et passent, dévorés par votre admirable ogresque fringale de lecture...

 

lesdiagonalesdutemps10/04/2016 06:58

espérons que Clara "demeure" encore un peu...

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Les pilleurs du Nil de Steven Saylor

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Les pilleurs du Nil de Steven Saylor

Les pilleurs du Nil est la deuxième aventure chronologiquement de Gordien. Nous retrouvons le jeune homme deux ans après l'avoir quitté à la fin des « Sept merveilles ». Au début de cette histoire il fête son anniversaire. Il a 22 ans. Nous sommes à Alexandrie en 88 avant J.C. Gordien y survit difficilement en exerçant le délicat métier d’enquêteur. La plus grandes partie du monde connu est en guerre. Rome est attaqué par Mithridate, le roi du Pont (première guerre de Mithridate -89 -85). En -89 et -88 Mithridate remporte d'importantes victoires contre Rome où la guerre italique, la révolte des cités contre Rome, fait rage. Depuis -91. Mithridate a envahit l'ile de Cos où il s'est emparé du trésor égyptien. Il retient en otage le fil de Ptolémé X, le roi d'Egypte. Ptolémé X par ailleurs doit faire face à la révolte des villes de la haute Egypte. Son frère Ptolémé IX, qu'il a déposé, marche sur Alexandrie pour y reprendre son trône. L'instabilité du pays fait que des troupes de brigands prospèrent. C'est sur ce fond historique que ce déroule « Les pilleurs du Nil ».  Steven Saylor décrit avec dynamisme ce contexte historique et invente une histoire à partir d'une énigme archéologique : l'emplacement du sarcophage d'Alexandre le Grand. Elle n'est, en effet, aujourd'hui plus connu des archéologues.  Cet opus est assez différent des autres volumes de la série. Nous avons à faire beaucoup plus à un roman d'aventure qu'à un roman historique (j'ai une grande répugnance à étiqueter les romans par genre mais cette facilité est néanmoins utile pour le lecteur). Steven Saylor fait commencer son roman très fort. Dans le premier chapitre on découvre Gordien appartenant à une bande de pirates en train de voler le sarcophage en or d'Alexandre le grand – le casse du millénaire – Comment le gentil mais perspicace Gordien en est-il arrivé là. Tout le livre est un retour en arrière pour nous l'apprendre. Sachez que c'est essentiellement pour retrouver la belle Béthesda sa belle esclave dont Gordien n'a pas tardé à faire sa maitresse, car l'être le plus cher à son coeur a été enlevé par de redoutables brigands (dés le deuxième chapitre). La quête ne manque pas de péripéties: auberge sanglante, fils caché, bâtard de maison royale, révolte d'esclaves contre le pouvoir, courses poursuites, trahisons et manipulations en tous genres, animaux sauvages féroces, sociétés secrètes... et j'en oublie, autant d'ingrédients qui font penser aux bons feuilletons de la fin du XIX ème siècle et du début du XX ème. Il y a du Jean de La Hire chez ce Saylor là! L'auteur dans ses toujours courtes mais ébouriffantes « Notes de l'auteur » nous dit s'être inspiré pour l'intrigue de fragments de romans de la Grèce antique en particulier des « Ethiopiques » d'Héliodore. Saylor aurait aussi puisé dans Lucien, Herodas et Strabon... Comme de coutume l'érudition de Saylor n'alourdit jamais l'action. N'ayant pas une culture des antiques comparable à celle de l'auteur je ne vais pas le contredire sur ses références, mais en ce qui me concerne j'ai plutôt pensé au « Roi des montagnes » d'Edmond About. Il est à craindre que ce dernier ne soit pas plus lu aujourd'hui qu'Héliodore... Saylor n'a pas non plus dérogé à sa bonne habitude de flanquer Gordien d'un jeune compagnon, en l'occurrence Djet un marmouset d'une dizaine d'années pas empoté du tout. Je l'ai imaginé dessiné par Joubert... Espérons qu'on le retrouvera dans un prochain roman.

Steven Saylor rend hommage par sa manière d'écrire et de raconter des histoires au poète latin Horace qui disait que « la littérature veut instruire ou plaire, parfois son objet est de plaire et d'instruire en même temps »

Les pilleurs du Nil me paraît le livre idéal à faire lire à un gamin qui rentre en 6 ème et qui va aborder l'Histoire de l'antiquité non que le livre soit mièvre ni dans son ton ni dans sa forme, d'une très habile construction, mais parce qu'il est passionnant et fait entrer de plain pied dans le monde antique.

 

Nota

chronologie des aventures de Gordien

 

  • Les sept merveilles -93, -90 (2012)

  • Les pilleurs du Nil -88 (2014)

  • Du sang sur Rome -80 (1991)

 

  • L'étreinte de Némésis -72 (1992)

  • L'enigme de Catilina -63 (1993)

Entre parenthèses se trouve la date de la parution aux Etats-Unis.

le phare d'Alexandrie vu par Dan Munford

le phare d'Alexandrie vu par Dan Munford

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un inédit de Paul Morand: Influences et imitations

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Hommage à Sinclair Lewis par Paul Morand

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Mon journal depuis la Libération de Jean Galtier-Boissière

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Mon journal depuis la Libération de Jean Galtier-Boissière

En préambule, qui va être en partie en contradiction avec ce qui va suivre, je voudrais dire combien j'ai été content (et surpris) de découvrir "Mon journal depuis la libération" de Jean Galtier-Boissière (1891-1966) dans ma librairie préférée (la librairie Gallimard située boulevard Raspail à Paris) d'où l'utilité de trainer dans les librairies l'oeil aux aguets (ce n'est pas sur Amazone ou consort que j'aurais découvert ce livre). Ce tome fait suite à un autre volume édité également par Libretto: Mon journal sous l'occupation, qui était initialement paru en 1944 et avait alors connu un grand succès. Les journaux de Galtier-Boissière couvrant la période de 1940 à 1950 ont été réédités en 1993 en un seul volume de près de 1100 pages, fort peu maniable par les défuntes éditions Quai Voltaire. C'est l'exemplaire que je possède. A l'époque il m'en avait couté 295 F, ce qui n'était pas rien. Ce volume étant épuisé en librairie depuis longtemps Libretto fait oeuvre salutaire en les rééditant au format de poche, donc fort maniable à 10€ le volume. 

J'écris oeuvre salutaire quoique... En effet si quai Voltaire avait édité son pavé avec une préface introductive d'Henri Amouroux et un index des principaux noms cités (pourquoi pas tous!) et déjà aucune note de lecture. Chez Libretto Rien! On peut alors se poser la question de l'utilité d'une telle réédition et s'interroger sur le public visé. Il m'est difficile de répondre à ce genre de question ne pouvant faire abstraction de mon savoir. Mais si je ne prétend pas être érudit sur cette période de l'Histoire, je ne suis pas non plus un total béotien sur cette époque ne serait-ce qu'à cause de mon grand âge. Les journaux de Galtier-Boissière sont fort intéressants pour la connaissance de ces années troublées mais sans des explications ils sont gros aussi d'un grand potentiel de désinformations pour un lecteur qui prendrait tout ce qu'écrit le monsieur pour argent contant.

En effet Galtier-Boissière est un ramasse ragots comme d'autres sont des ramasse mégots. Comme l'écrit très bien amouroux: << Au milieu de l'Histoire, Galtier devait être un pêcheur d'histoires. Il prend son bien où il le trouve, sans souci de la hiérarchie ni même de l'exactitude.>>.

Son journal est presque exclusivement une revue de presse qui serait faite au comptoir du café du commerce par un homme qui apparait assez médiocre ne s'intéressant presque uniquement à ce qui se passe politiquement, au sens large du terme, à l'intérieur des frontières françaises. Il faut dire qu'il s'en passait des choses dans cette France fraichement libérée des nazis.

 

 

Créateur du Crapouillot*, journal satyrique de l'entre deux guerres, Galtier-Boissière est l'un des ancètres des ricaneurs qui ont désormais pris le pouvoir sur presque tous les plateaux de télévision. Galtier-Boissière nous est habituellement présenté comme un indépendant pertinent, un anarchiste, anarchiste agressif selon le mot de Jean-François Revel. Il est surtout estampillé pacifiste intégral. Je me demande si dans son cas le pacifiste ne serait pas un masque pour une certaine lâcheté... En effet voila un journaliste très connu en 1940 grand donneur de leçon proche de Gaston Bergery (sur ce personnage voir le billet que j'ai consacré au livre de Yves Pourcher: Trois coupes de champagne d’Yves Pourcher) qui dès que les allemands entre à Paris se replie à Barbizon (où il est enterré) où il met à l'abri sa cave et sa bibliothèque. Voyant que les barbaresques ne sont pas si méchant que cela pour qui fait profil bas, reviens à Paris, abandonne toute activité professionnelle voyante et reste jusqu'à la libération de Paris enfermé dans son appartement du 3 place de la Sorbonne (à un jet de pierre de la fameuse librairie allemande). Dans son journal de l'occupation, on a un peu droit à l'occupation vu d'une table familiale. Dans cette période de disette ce n'est que repas plantureux et bien arrosés ce qui est tout de même assez étrange. A cette table passent durant l'occupation et après, entre autres en vrac: Dunoyer de Segonzac, Marcel Achard, Desnos, Oberlé, Mac Orlan, Béraud, Gromaire, Henri Jeanson, Kessel, Jean Rostand, Léautaud, Serge, Claude Blanchard, Derain, Moussinac, René Lefèvre... Et je m'arrête là on voit l'éclectisme de Galtier-Boissière fréquentant aussi bien le très collaborateur Béraud que le communiste Moussinac en passant par le gaulliste Oberlé.

Certes pendant la seconde guerre mondiale, ses sympathies vont vers les Alliés, les gaullistes, les Juifs mais ces sympathies restent platoniques comme les qualifie très justement Simon Epstein. Je rappellerais enfin que Galtier-Boissière est l'auteur d'un très intéressant "Dictionnaire des girouettes dans lequel il s'attache à rappeler les parcours et les évolutions de ses contemporains (en particulier de ses anciens camarades du "Canard enchainé" dont certains firent des yeux doux à la collaboration). Lui-même, pacifiste, gauchisant, antiraciste et antinazi, à la fin de sa vie sera complaisant pour les écrits négationnistes de Paul Rassinier, qui comme lui vient de la gauche pacifiste, et par collaborer avec Henri Coston.       

Il me semble qu'il n'était pas inutile de rappeler d'où parlait l'auteur.

Voilà un livre qui n'est pas très bon et qu'il ne faut surtout pas prendre pour argent comptant; il est néanmoins très utile pour comprendre l'époque qu'il commente. Il le serait encore plus s'il était correctement édité. C'est à dire avec des notes en bas de page qui nous expliqueraient en quelques mots de qui Galtier-Boissière parle et aussi qui corrigeraient les nombreuses erreurs et approximations de l'auteur.

A propos de connaissance de cette période, je connais un doctorant qui cherche à faire éditer le journal de François Sentein sur cette même époque. Pour avoir lu le journal de Sentein, découvreur entre autres de Jean Genet, son journal est d'une qualité et d'une diversité bien supérieur à celui de Galtier-Boissière. J'espère qu'un éditeur me lira. Il peut me contacter. Je ferais suivre. 

Autre grand intérêt du livre celui de nous faire réfléchir sur notre présent. Il me semble qu'un tel journal relativise beaucoup notre malheur prenons un exemple: << Vingt fifis s'emparent du colonel Lelong qui commanda l'expédition contre le maquis des Glières et l'abattent dans un pré. Il avait été grâcié par de Gaulle.>>. Décryptons vingt F.F.I donc vingt Résistants (peut-être de la dernière heure) tire de sa prison après jugement le colonel Georges Lelong pour faire une justice expéditive car il juge que dans son cas elle a été trop clémente. Qui est ce Lelong? Le 31 janvier 1944, le colonel Georges Alphonse Lelong est nommé intendant de police et directeur du maintien de l'ordre en Haute-Savoie par Joseph Darnand et Pierre Laval. Sa mission est simple : éradiquer le terrorisme sur tout le département. Pour cela, il mettra la Haute-Savoie en état de siège et signera les heures les plus sombres de l'histoire de notre département. Il a 57 ans « Il est assez bête pour nous obéir », aurait dit Laval de lui. « On en fera ce qu'on voudra » aurait par ailleurs décrété Darnand.
Un homme sans poigne auquel Vichy donne pourtant les moyens de la répression.  sur le plateau des Glières, où des parachutages sont prévus au cours du mois de mars 1944. L'état de siège pousse de plus en plus de jeunes résistants à y monter pour s'y réfugier, le plateau est encerclé. Pendant ce temps, Lelong organise de nombreuses rafles dans tout le département, selon une méthode diabolique : les villes sont bouclées de nuit et, dès l'aube, les forces de police pénètrent dans les maisons, poussent tous les hommes dans un seul et même endroit, vérifient les identités et en arrêtent un certain nombre. En 1944, plusieurs centaines de Haut-Savoyards meurent ainsi fusillés ou sont déportés. Lorsque des jeunes sont arrêtés, ils sont traduits devant la Cour martiale, qui s'est tenue une fois à Thonon et 5 fois à Annecy. Lelong applique méthodiquement les ordres qui lui sont donnés, mais il est aussi et surtout rapidement débordé par la Milice : 120 hommes en uniforme (250 en février 44), garantis de leur impunité, encadrés par des hommes plus âgés, qui vont être un des fers de lance de la répression contre les résistants.
Ces hommes sont commandés par Jean De Vaugelas, un fanatique qui a lui aussi reçu pour mission de mettre fin aux Glières. Il va plus vite que Lelong et la milice commet, durant cette sombre période, un nombre très important d'exactions. Georges Lelong, qui tente de reprendre la main, ne va pas pouvoir faire grand-chose face à la résistance qui jouit d'une force extraordinaire : son ancrage dans le territoire et le soutien de la population.

 A la Libération, il est recherché et ne tarde pas à se constituer prisonnier à Paris, où il est placé en détention préventive. Le 30 octobre, il est ramené à Annecy où il est traduit devant la Cour martiale le 2  novembre (lire ci-dessous les détails du procès). Camille Francillon, jeune avocat au barreau d'Annecy, est requis par le bâtonnier Bouchet pour assurer la défense du Colonel Lelong. Ce dernier est condamné à mort. Son avocat dépose un recours en grâce auprès du chef du gouvernement, le Général de Gaulle.

Alors qu'il se murmure qu'il va être gracié, le 16 novembre, vers 11 heures, des F.T.P. du Chablais pénètrent dans la prison et tirent de leurs cellules l'ex-Intendant de police Lelong et l'ex-préfet Marion. Le colonel chante la Marseillaise en sortant de la prison. Il a compris où l'emmène sa destinée. Pendant ce temps, un homme se rend chez Odesser et lui demande un appareil photographique, afin de fixer sur la pellicule l'exécution des deux traîtres. Le colonel et le général sont exécutés dans la carrière de la Puya, ce qui provoquera la colère des chefs de la FTP, furieux de cette exécution sommaire. 

Si j'ai pris cet exemple parmi bien d'autres dans le journal de Galtier Boissière c'est qu'il est très symptomatique de tout le livre et de l'extrême méfiance qu'il faut avoir à son égard.

Tout d'abord ce ne sont pas des FFI mais des FTP (communistes) qui ont exécuté le colonel Lelong. De Gaulle n'avait pas encore gracié le militaire. Il ne s'agissait que d'une rumeur. Allait-il le faire par esprit de corps? En regard de son refus de gracier Brasillach... Je ne commenterais pas... On voit donc avec quel manque total de rigueur l'auteur écrit son journal. Il n'effectue aucune vérification. Je trouve qu'il est même grave de publier un tel livre sans commentaire; 

De tels épisodes relativisent quelque peu la misère du temps présent. On y voit un militaire français co-responsable de centaines morts de ses compatriotes en passe d'être gracié par un de ses anciens camarades et être assassiné par d'autres français. Nous n'en sommes pas encore totalement à ce point...

Presque à chaque page il est question de rumeurs et non de faits avérés. Parfois ces fausses nouvelles ont eu de graves conséquence, voir plus en avant dans le billet l'épisode du colonel Lelong. On voit que l'on a pas attendu l'invention d'Internet, comme certains semblent ou feignent de le croire pour diffuser des bobards et parfois pour manipuler l'opinion.

Un livre médiocre parlant d'hier comme celui-ci est parfois un utile moyen pour réfléchir sur aujourd'hui.

* le nom du journal qui fut créé dans les tranchées vient du nom que les poilus donnaient à un petit mortier.

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un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Jean Lorrain

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un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
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un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
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un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain
un inédit de Paul Morand sur Jean Lorrain

Cet article, sorte d'hommage virtuose à Jean Lorrain par Paul Morand renforce encore l'ambiguité de ce dernier à propos de l'homosexualité. Jean Lorrain était une folle flamboyante qui ne cachait guère ses gouts. Paul Morand passe pour un homophobe patenté, à juste raison lorsqu'on lit la correspondance qu'il a entretenue avec Jacques Chardonne pendant près de 20 ans ou son journal intime qu'il a tenu les huit dernières années de sa vie, qu'il a intitulé "Journal inutile". Mais il apparait assez différent sur le sujet lorsque l'on regarde sa vie d'un peu près, dans cette même correspondance par exemple. On s'aperçoit alors que Paul Morand entretenait des relations amicales avec les homosexuels les plus voyants et assumés de son époque tel Roger Peyrefitte, Jean-Louis Bory ou encore Marcel Schneider ou plus discret comme Matthieu Galey ou Jacques Brenner... La plupart de ses amis étaient homosexuels. 

Jean Lorrain (1898) par Antonio de la Gandara.

Jean Lorrain (1898) par Antonio de la Gandara.

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