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132 articles avec humeurs cinematographiques

Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Il ne manque que peu de chose à Fabrice Gobert pour être un très bon cinéaste, peut être juste de connaitre un peu mieux la géographie et de maitriser la carte et le territoire... Le défaut essentiel de son film, qui en a peu d'autres, est que l'on ne parvient pas a croire que tous les décors dans lesquels se meuvent ses personnages appartiennent au même univers et soient circonscrits dans le périmètre limité qu'exige son scénario. Le fait que d'après les remerciements du générique (vous pouvez constatez combien je suis un critique consciencieux) tout soit tourné dans la même commune, Bondoufle en l'occurrence, ne change rien à l'affaire. Certains lecteurs vont me trouver bien vétilleux mais en ce qui me concerne, ce genre de défaut et encore plus les anachronismes, me distraient de l'intrigue et ont tendance à me faire sortir du film, et même lorsque c'est vraiment grossier, ce n'est pas le cas ici, à m'empêcher d'y entrer. Et là je dois dire que ce défaut mineur n'a été qu'une gène passagère, mais néanmoins répétée.

 

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Le cinéaste a tourné un teen movie à la française, sans aucune vedette, autrement dit le film a du être très difficile à monter. Le cinéaste se référe clairement à Gus Van Sant et plus particulièrement à son film "Elephant". Ce qui est particulièrement couillu, pour ne pas dire suicidaire pour un premier film. Le résultat est qu'en cinéma pur, il a fait mieux que son modèle en évitant les faux raccords dont Gus Van Sant, qui n'est pas un mauvais, même si je persiste à penser que c'est un cinéaste surestimé, n'est pas avare.

 


Le point de départ de "Simon Werner a disparu" est le plus bateau qui soit. Il a généré moult série Z de terreur pour adolescents. Pour ses dix huit ans, le héros (Jules Pelissier) organise une fête. Deux des invités découvrent dans les bois alentours un cadavre. Qui est ce? la jolie blonde de la fête (Ana Girardot fille d'Hyppolite du même nom) disparait et bientôt c'est deux autres lycéens qui sont introuvables. Les mystères s'accumulent... 

Gobert n'a pas craint non plus d'utiliser des personnages archétypales de ce genre de film. On reconnaît ainsi les différents stéréotypes comme le sportif, la bombe du lycée, le marrant, la marginale ou encore la tête de turc. Mais une fois ces stéréotypes installés, il s'amuse à jouer avec, le sportif à la jambe cassée et se déplace difficilement, la bombe du lycée est trompée par son petit ami... 

 

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Cette histoire est vue successivement par les yeux de quatre de ses protagonistes d'où la référence explicite à Gus Van Sant. En outre le lycée de la région parisienne (un des personnages cite un journal de Versailles)  où se déroule la plus grande partie du film n'est pas sans rappeler celui qui sert de cadre au film de l'américain.  La principale difficulté technique dans ce genre d'exercice est qu'il ne faut pas se tromper dans les angles de caméra lorsque l'on utilise la vision subjective qu'à le personnage d'une scène. Sinon on embrouille complètement le spectateur qui ne sait plus qui voit quoi (c'est ce qui se passe à plusieurs reprises dans Elephant). L'autre embuche est d'ennuyer le spectateur en lui racontant plusieurs fois la même chose. Gobert déjoue habilement l'obstacle en nous en apprenant à chaque regard un peu plus sur son histoire.

Plus haut j'introduisais l'idée d'anachronisme encore faut-il pour parler d'anachronisme que l'intrigue ne se déroule pas de nos jours et soit située précisément dans le temps. C'est seulement après la projection, tant le scénario m'avait captivé, que je me suis aperçu que cette histoire ne se passait pas de nos jours. Pas de téléphones portables ni d'ordinateurs, les voitures que l'on aperçoit ne sont pas des modèles récents, sans pour cela être des pièces de musée; je les daterais de la fin des années 80 et pour écouter de la musique ces jeunes gens se servent encore de microsillons et semblent ignorer les C.D. J'ajouterais qu'ils parlent tous un français compréhensible et que le casting est entièrement gaulois. Le fait que l'on ne puisse pas situer exactement ni dans le temps ni dans l'espace, même si certains indices peuvent faire penser que nous sommes dans la grande banlieue parisienne, renforce l'étrangeté de l'ensemble.

Le casting est parfait. Au demeurant les acteurs qui sont tous des inconnus, pour moi tout au moins (sauf Serge Riaboukine très inquiétant et dense en prof à la mine patibulaire que l'on charge de tous les maux et Laurent Capelluto qui était la révélation d'un conte de noel de Desplechin, en entraineur de football peut être pervers) et qui composent la distribution sont tous excellents. Je pourrais seulement reprocher à Jules Pélissier de faire plus que ses dix huit ans et de d'être pas aussi beau que son rôle l'exigerait d'après ce que disent de lui ses camarades de classe. A Elephant je rajouterais comme référence "Les disparus de saint Agil" et même "Qui a tué Harry" pour l'habileté du scénario. Nous ne sommes pas loin non plus de "virgin suicide" en ce qui concerne la juste peinture des affres de l'adolescence. Parfois aussi le film est nimbé d'une atmosphère quasi linchienne.

L'incertitude de l'époque procure au film une distance de bon aloi par rapport au naturalisme qui encombre habituellement le cinéma français. Elle évite également le coté artificielle du langage qui était un peu le problème de cet autre film de lycéens qu'est "La belle personne" de Christophe Honoré, même si ce dernier avait pris soin de situer son intrigue dans les beaux quartier où l'on est censé encore parler, même chez les jeunes gens, un français presque châtié.

 

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A noter que la musique du film est signée Sonic youth, ce qui n'est pas rien. Sonic youth induirait que nous sommes plutôt dans les années 90, alors que les visuels m'incitaient à situer le scénario à la fin des années 80...

Pour ceux qui traquent l'homosexualité dans les films, il y a dans "Simon Werner a disparu" un furtif baiser entre deux garçons mais contrairement à ce qui se passe dans Elephant cette relation n'a pas vraiment un rôle important ici. 

Simon Werner a disparu est époustouflant de maitrise aussi bien dans la direction d'acteur que dans l'écriture du scénario et la propreté du filmage, très belle utilisation de la lumière artificielle, il faut dire que l'image est signée par l'immense Agnes Godard à mon sens le meilleur chef op du cinéma français. Ce coup d'essai dans les limite de sa modeste ambition n'est pas loin d'être un coup de maitre.

 

P.S. J'ai rectifié dans le texte ci-dessus ma bourde, l'attribution d'Elephant à Larry Clark alors que le film est bien sûr de Gus Van Sant mais j'ai tenu à maintenir les commentaires de mes lecteurs vigilants.

 

On peut lire une intéressante critique de ce film en cliquant sur le titre du film ci-après: Simon Werner a disparu 

 

 

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commentaires lors de la première parution du billet:

 


Bibliothèque Gay
 a dit…

C'est peut-être le semblant de polémique actuelle sur l'expo Larry Clark qui vous a fait faire une faute de frappe. Il s'agit évidemment de Gus Van Sant

25 septembre 2010 06:25 

 

Anonyme a dit…

Mars 1992 dans une petite ville de la Région Parisienne. Lors d'une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles. (Cinemovies.fr)

25 septembre 2010 16:17 


psykokwak
 a dit…

 

Comment avez vous pu laisser passer ce lapsus concernant la référence non à Larry Clark ( Ken Park) mais Gus Van Sant pour Elephant... du coup j'ai failli sortir de la lecture de votre critique... C'est vrai que Ken Park fait jouer 4 histoires mais qui ne se recoupent pas comme c'est le cas ici.

Ceci dit au delà de l'histoire de ce pseudo thriller d'ados, le réalisateur pointe les mécanismes de la rumeur, des imaginations qui s'enflamment. A ce titre l'entraineur de foot garde une part d'ombre (que fait il avec le jeune garçon? que les filles accusent de pervers sans preuve...)

25 septembre 2010 21:58 

 

Anonyme a dit…

J'aurais plutôt attribué Elephant à Gus Van Sant.

27 septembre 2010 10:39 


bernard a
 a dit…

 

Réponse à Psykokwak et aux autres lecteurs qui ont remarqué mon lapsus.

Parfois je me félicite de mes bourdes car c'est dans ce seul cas que se manifeste mes lecteurs. Bien sur il fallait lire Gus van Sant, encore plus sur évalué que Larry Clark, et non le nom de ce dernier. Je réitère l'avis que ce Simon Werner a disparu est supérieur à Elephant. Il est en effet possible que ce soit la médiocre polémique sur l'exposition Larry Clark au musée d' Art Moderne, dont je ne tarderai pas à vous parler, qui a pu être à l'origine de mon lapsus.

J'avais bien lu la date de 1992 dans le dossier de presse, mais rien n'indique cette date dans le film. Certains détails contredisent cette date comme l'absence de CD ou de baladeurs par exemple. Dans mes critique je ne tiens jamais compte des dossiers de presse, si les informations qu'ils contiennent ne sont pas corroborés par ce que je vois à l'écran. Psykokwak vos remarques sont pertinentes et j'y adhère complètement.

4 octobre 2010 06:40 

 

 

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Requiem pour Raoul Ruiz

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'ai eu la chance de rencontrer Raul Ruiz, de le suivre pendant qu'il discourait tout en marchant dans son labirynthique appartement de Belleville où l'on passait d'une pièce à une autre en soulevant des rideaux, les portes ayant disparu, plus que des pièces c'étaient des corridors qui serpentaient entre des falaises de livres défraichis. J'étais venu là pour acquérir les droits de "Lile au trésor" afin d'éditer le film en vidéo. Pris dans le flot lent de la parole ruizienne émise d'un ton grave ou la malice avait de la peine a se dissimuler, j'oubliais vite pourquoi j'étais là... Ce fut une belle après midi. J'ai fini par éditer L'ile au trésor en VHS, première apparition de Melvil Poupaud sur grand écran dans son beau livre   Quel est Mon noM l'acteur se souvient du tournage. La cassette s'est peu vendue. Mon distributeur me confia qu'elle était achetée essentiellement parce que Sheila se trouvait au générique...

Lors de ma dernière visite à l'excellent site locus-solus je trouve le beau billet que vous pouvez lire ci-dessous. Locus-solus nous fait un merveilleux cadeau en nous permettant de voir un petit chef d'oeuvre signé Raul Ruiz.

 

Fantômes de Ruiz

 
 

Je viens de découvrir qu’on peut visionner sur le site de l’INA la « lettre d’un cinéaste » réalisée par Raoul Ruiz pour Cinéma, Cinémas (et malheureusement non reprise dans le coffret anthologique de quatre DVD consacré à cette épatante émission). Elle s’intitule de très borgésienne manière le Retour d’un amateur de bibliothèques. Un clic et vous y êtes (et l’on est ému d’entendre la voix de Michel Boujut en préambule).

À la fin de 1982, Ruiz retourne au Chili pour la première fois depuis son départ en 1974, après le coup d’État de Pinochet. N’importe qui d’autre en aurait tiré un couplet convenu sur l’exil et le retour au pays natal. Pas Ruiz évidemment, qui semble même prendre un plaisir moqueur à parodier la forme du reportage autobiographique/travelogue/film d’enquête, narré en voix off et tourné en Super-8 tremblotant. Le Chili qu’il donne à voir est un pays fantôme, à la fois familier et méconnaissable ; et le contexte socio-politique demeure le sous-texte d’un film qui préfère atteindre une vérité documentaire par le détour d’une fiction labyrinthique. S’y mêlent inextricablement des bibliothèques et des enfances parallèles, des chansons populaires, des références apocryphes à la culture maya, des spéculations nées des songes (à moins que ce ne soit le contraire, on ne sait plus). Tout le film s’ordonne autour du motif polysémique de l’absence (l’absence, c’est aussi bien l’oubli du passé et les paramnésies que l’absence des morts, des disparus, des victimes de la dictature). Le narrateur, retrouvant sa bibliothèque1, y constate l’absence d’un livre essentiel à la compréhension du « mystère de la nuit du 10 au septembre 1973 » (soit la nuit du coup d’État). Et la disparition de ce livre à couverture rose explique de manière irréfutable que cette même couleur se soit désormais absentée des paysages chiliens. Lancé à la recherche de son livre perdu, le narrateur va multiplier les rencontres improbables, retrouver des amis fantômes, un ivrogne dont seule tremble la main droite, un professeur ayant inventé une méthode infaillible pour expliquer visuellement le problème de l’inflation, un libraire délirant qui doit lire les sous-titres français de ses propres propos pour pouvoir les énoncer dans sa langue maternelle. Labyrinthes du songe, vertige, fantômes, humour et parodie : le Retour d’un amateur de bibliothèques est, en quatorze minutes, un condensé de poétique ruizienne.

1 Sa troisième, précise-t-il : « Sachez que de l’immense ville laissée par les Mayas je n’ai retenu que l’habitude de me refaire une bibliothèque tous les cinq ans. Plus mes bibliothèques sont nombreuses, plus elles sont égales à elles-mêmes. »

 

Positif et Raoul Ruiz, c’est une longue histoire. Ado Kyrou et Louis Seguin repèrentTrois Tristes Tigres en 1969 au festival de Locarno. Premier entretien en 1971 (le tout premier dans une revue française), que suivront bien d’autres rencontres et dossiers.
Il plane donc un parfum de mélancolie sur l’ensemble post-mortem que lui consacre la revue dans son numéro de janvier. Guy Scarpetta, qui a fréquemment écrit sur le cinéaste dans ces colonnes (tout récemment, une critique remarquable de Mystères de Lisbonne) ouvre le bal avec un beau texte qui entremêle souvenirs et éléments d’analyse, en esquissant au passage une classification du baroque au cinéma. Suivent des articles d’Alain Masson et de Michel Chion qui donnent du grain à moudre, la transcription d’un entretien radiophonique consacré à Trois Vies et une seule mort, des notes d’intention de Ruiz sur trois films (les Âmes fortes, Ce jour-là, la Recta Provincia), un témoignage du producteur François Margolin, un compte rendu del’Esprit de l’escalier, autobiographie fictive que Ruiz avait terminée peu avant sa mort et qui vient de paraître chez Fayard.

 

Enfant, racontait-il, il passait des après-midis entières dans un cinéma chilien où l’on projetait à la suite trois ou quatre films de série B. Il lui arrivait de s’endormir pendant un western, et de se réveiller alors que le film suivant avait commencé, un thriller, ou une histoire de pirates — mais c’étaient les mêmes acteurs… D’où, disait-il, une étrange impression de magie, de métamorphose. Il en avait tiré une maxime qui fonctionnait pour lui comme un principe de création : « S’endormir dans un film et se réveiller dans un autre. »
Mais j’imagine qu’il y avait dans cette anecdote (où je voyais quelque chose comme le mythe d’origine ou la scène primitive de son esthétique) une dimension supplémentaire : la source, peut-être, de son goût pour les ingrédients du cinéma populaire, fût-il le plus kitsch, qu’il est toujours possible de transfigurer, de détourner, à simplement se faire télescoper les codes.

Raoul Ruiz, très drôle, à une terrasse de café, me désignant avec certitude, parmi les passants, ceux qui étaient des fantômes (dont certains, assurait-il, n’en étaient pas moins « gentils »)… Au fond, tout le cinéma, pour lui, était une affaire de revenants, et chaque personnage, par définition, avait quelque chose de spectral.

Guy Scarpetta, Requiem pour Raoul Ruiz
Positif no 611, janvier 2012

Mes pérégrinations sur la toile m'ont fait rencontrer cette émission de France-Culture sur l'adaptation de la recherche par raul Ruiz. Ecoutable en cliquant ci-dessous...

PROUST A L'ECRAN 2009.08.29 (5_5) Raoul Ruiz.mp3

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La colline aux coquelicots de Goro Miyasaki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

Dans le premier magasin dans lequel je suis entré à mon arrivée à Tokyo en octobre dernier, dans le quartier de Shimbashi, était diffusée en boucle la bande annonce de "La colline aux coquelicots"; y était exposé aussi l'affiche et de nombreuses images du film. Il était sorti l'été sur de nombreux écrans à Tokyo et y avait rencontré un grand succès. Il était encore présent dans quelques salles de la ville. Dés l'instant que j'ai vu ce matériel publicitaire j'ai été impatient de voir la colline au coquelicots. Je me suis donc précipité pour le voir, en V.O. bien sûr, le premier jour de son exploitation française. Mon attente n'a pas été déçu, le film est magnifique et très émouvant. Mon seul regret est que je ne connaitrais jamais ce Japon si bien évoqué. En effet Goro Miyazaki nous entraine en 1963 dans une petite ville portuaire (non loin de Tokyo, la baie de Yokohama). Umi est une adolescente qui aide à tenir la pension de famille de sa grand mère, où ne vivent que des femmes, tout en allant au lycée. Sa mère est partie étudier aux Etats-Unis et son père a disparu en mer lors de la guerre de Corée. Chaque matin Uma hisse des drapeaux en haut d'un mat; un rituel qui l'aide à espérer son retour.

 


Dans son lycée, la mobilisation d'un groupe d'étudiants pour sauver un vieux bâtiment où résident les clubs condamné à la destruction va la rapprocher du lycéen responsable du club de journalisme. Mais tendis qu'ils se trouvent des points communs une découverte inattendue risque de les éloigner l'un de l'autre.

 

 


La colline aux coquelicots est un film typiquement japonais pour plusieurs raisons. Cette spécificité pourra désorienter peut être les spectateurs connaissant que peu la culture de l'archipel. La première est qu'il joue sur une double nostalgie celle d'abord des années lycées qui semblent pour tous japonais l'acmé de l'existence et ensuite celle du début des années 60 qui marque à la fois la fin de la douloureuse après guerre et le début de la société de consommation au Japon. Cet essor qui lui aussi a duré une trentaine d'années mais a commencé une dizaine d'années plus tard qu'en occident, a été aussi une période qui a vu la destruction d'un certain japon traditionnel, ici symbolisé par les beaux bâtiment du foyer des étudiant et la quiète pension de famille que tient l'aïeule d'Umi. Les japonais d'aujourd'hui sont très nostalgique de cette période (qu'ils embellissent rétrospectivement) où il était sûr d'aller vers des jours meilleurs et où ils ont le sentiment qu'il avait encore les belles choses du passé. Le film a fait un gros succès, pas seulement, auprès des personnes âgées. Le spectateur occidental ne doit pas oublier ce désir de réminiscence qui est aussi une constante dans la littérature japonaise, manga y compris, et qui explique en parti la passion de beaucoup de japonais pour Proust. Autre raison pour lequel, « La colline au coquelicots » est spécifiquement japonais, est qu'il est une adaptation d'un manga shojo dont il reprend tous les codes, mélange de comédie, de drame et de sentiments. Le manga original a été publié entre 1979 et 1980 dans le célèbre magazine pour jeune fille Nakahashi. Il est l'oeuvre pour le scénario de Tetsuro Sayama et pour le dessin de Chizuru Takahashi. Il vient d'être publié en France par les éditions Delcourt.

 


L'époque est très présente dans le film de Goro Miyasaki, époque que n'a pas connu le réalisateur puisqu'il est né en 1967, et cela demande une grande attention, comme dans tous les dessins animés japonais de qualité, la délectation suprême se niche dans les recoins de l'image ou passe assez rapidement comme par exemple le défilé des automobiles, véritable panorama de tout ce qui roulait alors sur les routes et chemins de l'archipel. Si vous êtes attentif vous n'ignorerez plus rien de la gamme Toyota qui s 'appelait encore Toyopet! En arrière plan on voit de nombreuses affiches annonçant les Jeux Olympiques de Tokyo qui marqueront le retour du Japon parmi les grandes puissances, comme dans les bureaux lorsque nos deux héros se rendent à Tokyo. Elles nous renseignent sur les intérêts des tokyoïtes de cette époque.

 

La Colline aux coquelicots de Goro Miyazaki


Nous découvrons un pays très différent de celui que nous connaissons de nos jours, un pays aux nombreuses cheminées d'usine fumantes. Il en reste bien peu aujourd'hui, j'en ai repéré une tout de même à Hiroshima. Si les wagons du métro sont déjà bondés (peut être plus qu'aujourd'hui), ils sont encore partiellement en bois! On peut en voir de semblables encore aujourd'hui sur la petite ligne à Kamakura qui va du centre à la mer. Par la fenêtre du train qui emporte les héros pour leur escapade à Tokyo, on peut voir, en contre bas du remblais de la voie, des baraques précaires qui furent érigées après le grand bombardement de Tokyo de 1945 pour habriter les survivants et dont certaines subsistent encore 18 ans après. Ce qui nous informe discrètement sur l'état du pays en 1963, un pays où également toutes les routes ne sont pas goudronées et qui est tiraillé entre la tradition et la modernité. 

 

 


Les admirateurs de Miyazaki père, Goro est son fils, ne seront pas dépaysé en ce qui concerne le dessin. Le fils a conservé « la ligne claire » du dessin du père en réchauffant un peu les couleurs se qui renforce l'émotion qui nous étreint souvent durant le film en revanche ici aucune incursion dans le fantastique. Pour la première fois les studios Ghibli traite un sujet du quotidien, même l'aspect mélodramatique de l'histoire est plausible en regard de l'époque où elle se déroule.

Autre marque de fidélité du fils Miyazaki envers les idéaux des studios Ghibli, le féminisme de "La colline au coquelicots" que l'on retrouve sans exception dans toutes leurs productions. Ce Japon où les femmes prennent leur destin en main et font passer leur accomplissement avant leur famille, la mère d'Umi est allé aux Etats-Unis pour compléter sa formation de médecin, laissant sa fille à la garde de sa grand-mère, est une attitude exceptionnelle dans le Japon des années 60 et encore mal acceptée dans celui d'aujourd'hui. Les productions Ghibli sur ce thème montrent un Japon tel qu'elles voudraient qu'il soit mais pas tel qu'il est. C'est une posture volontariste et politique.

 


Cet ancrage dans la réalité fait que l'histoire de la colline aux coquelicots est géographiquement précisément située, dans un quartier de Yokohama et plus exactement dans la division de la ville appelée Kannai qui est le nom du lycée que fréquentent nos héros. Cette partie de la ville est délimitée d'un coté par la ligne de train-métro JR (l'équivalent du RER de la région parisienne) Negishi et d'un autre par la rivière Nakamura. Cette division qui se termine à la mer englobe le quartier de Bashamichi, l'un des plus grands quartiers chinois du Japon et le parc Minato-no-Mieru Oka sur ses hauteurs. En regard de la vue que l'on voit de la pension de la grand-mère d'Umi, c'est la que serait située cette belle maison. Mais ne la cherchez pas, malheureusement elle n'existe pas.

D'autres détails désignent clairement Yokohama comme le lieu de l'action. Tout d'abord, vers la fin du film, on aperçoit à plusieurs reprises la Yokohama marine tower, à chaque grande ville du Japon sa tour emblématique. Cette tour-phare (elle n'est plus phare depuis 2009) a été construite en 1961 et culmine à plus de cent mètres. Ensuite lors de leur promenade nocturne dans le port on voit clairement le nom d'un gros bateau, Hikawamaru. Ce cargo-paquebot construit en 1930 a fait jusqu'en 1960, la ligne Yokohama-Seattle, depuis sa mise à la retraite, il est ancré définitivement dans le port de Yokohama et se visite. Enfin lorsque Umi et Shun reviennent de leur escapade à Tokyo, ils sortent de la gare de Sakuragicho qui est une des plus anciennes station de Yokohama sur la ligne qui relie la ville à Tokyo. Lors d'une promenade vespérale Umi et Shun passe devant un bel hôtel d'architecture art-déco, dont malheureusement je n'ai pas retenu le nom. Si un de mes lecteurs a été plus attentif que moi qui me l'indique et si possible me dise si ce bâtiment existe encore, ce qui me surprendrait connaissant la malheureuse frénésie immobilière japonaise. A propos de bâtiment une chose me surprend, à un moment Umi dit que la pension de sa grand mère, comme le foyer des étudiants, "le quartier latin" a une cinquantaine d'années. Comme l'histoire se déroule en 1963, les deux maisons auraient été construites en 1913; or, en 1923 eut lieu le plus terrible tremblement de terre qui frappa le Japon au XX ème siècle, il détruit les 3/4 de Tokyo et anéantit quasiment Yokohama, l'épicentre du séisme se trouvant en mer à quelques encablures de la ville.  

 

La Colline aux coquelicots de Goro Miyazaki


La musique est superbe. Les chansons tiennent un rôle non négligeable dans le récit. Elles sont l'oeuvre de Aoi Teshima sauf pour « Marchons avec la tête haute » chanson très célèbre au Japon et aux Etats-Unis.

 

La Colline aux coquelicots de Goro Miyazaki


Le titre, Kokuriko zaka kara, fut d'abord traduit, lors de l'annonce de la sortie en salle du film par La Pente des coquelicots. En anglais, il est traduit par From Up On the Poppy Hill qui peut se traduire en français par Depuis le sommet de la colline aux coquelicots, ce qui est plus conforme à ce que l'on voit. Le coquelicot n'est pas là que pour faire joli dans le tableau post impressioniste que peint l'une des résidentes de la pension de famille, depuis la fin de la première guerre mondiale,cette fleur en Angleterre est le symbole des tommy mort à la grande guerre et par extention dans toutes les guerres, la dernière fleurs que les soldats ont vue en tombant dans les champs de la Somme. C'est pour cela que les anglais arborent une fleur de coquelicot en papier sur la poitrine le 11 novembre (c'est ce qu'on appelle le poppy appeal). Les coquelicots peuvent donc faire écho au père d'Umi, mort pendant la guerre de Corée.

 

La Colline aux coquelicots de Goro Miyazaki


Grâce au talent de Goro Miyazaki on sort regonflé de « La colline aux coquelicots », ce qui est un tour de force pour un film nostalgique. 

 

 

Autres billets sur le blog à propos des animés japonais: Colorful de Keiichi Hara     

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PETIT BILAN ET CLASSEMENT SUBJECTIF DE L'ANNÉE CINÉMATOGRAPHIQUE 2011

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Comme je l'écrivais déjà l'année dernière lors du même exercice (qui a disparu dans le naufrage de mon précédent blog), le cinéma se déprend de moi ou plutôt je me déprend du cinéma. Les raisons en sont multiple, la première est sans doute que je vieillis et que la curiosité pour les images qui bougent est moins forte qu'auparavant. Il me faut donc plus d'envies pour me faire bouger, pourtant je vois toujours plus d'expositions et je lis de plus en plus! Alors serait-ce que les films seraient moins bons ces dernières années que jadis, ce n'est pas sûr car je trouve que les dix premiers de mon classement, qui se trouve ci-dessous sont particulièrement excellent et que j'ai du en écarter certains come le chat du rabbin que j'avais beaucoup aimé. Il n'y a donc peut être pas la quantité dans l'excellence mais celle-ci me parait plus haute que jamais.

Si pour moi La piel que habito s'est imposé facilement comme le meilleur film de l'année c'est que son scénario comme ceux des derniers films d'Almodovar sont construits comme des puzzles; et, paradoxalement, un de mes grands plaisirs devant un film d'Almodovar est de voir le puzzle s'assembler petit à petit, pour offrir à la fin un ingénieux dessin. "Tout sur ma mère", autre grand film, le deuxième sur ma liste dans l'ordre de ma préférence quant à la filmographie du réalisateur, est élaboré ainsi de même que "La mauvaise éducation" également formidable pour sa construction. Pour ce dernier opus en date, il faut saluer la beauté des images, les plans vus " du plafond" sont superbes de même que celui de l'écran tableau dans la chambre du médecin. L'immense talent d'Almodovar est d'avoir su apprendre (ce n'est pas si fréquent et pas seulement chez les cinéastes) à se servir de l'outil caméra. Pour cela il n'y a qu'à comparer son dernier film avec son premier. Il a su aussi très bien s'entourer. Je suis toujours admiratif de la qualité et du choix des décors de ses films tant extérieur, il y a un gros travail de repérage derrière cela, qu'intérieur. Mais une des origines du bonheur que l'on a d'être d'être devant un film d'Almodovar  c'est la culture du bonhomme (qu'il ne nous assène jamais c'est sans doute pour cela que c'est, me semble-t-il, rarement souligné). Les tableaux que l'on aperçoit dans ces films sont toujours très intéressants (j'aimerais en connaitre les auteurs parfois je les reconnais, un petit plaisir supplémentaire, un peu cuistre). C'est un fin connaisseur de l'art contemporain sous multiples forme ici Louise Bourgeois que pourtant j'apprécie peu, hier Pina Bausch. Et puis il s'ingénie presque toujours à glisser dans sa narration une séquence chantée "en live". Il faudrait encore parler du film dans le film (ailleurs,trop souvent un poncif) qu'il manie avec beaucoup d'habileté et bien sur de l'amour du cinéma et de son pays, des femmes et des hommes et sans doute de bien d'autres choses. C'est tout ce très riche arrière monde culturel qu'il réussit a infuser dans son oeuvre et surtout qu'il parvient à faire passer presque en contrebande au spectateur, qui fait tout le prix du cinéma d'Almodovar. 

 

1- La piel que habito / Almodovar

2- Les Biens Aimés / Christophe Honoré

3- Hugo Cabret / Martin Scorcese

4- Habemus papam / Nino Moretti

5- Minuit à Paris / Woody Allen

6- Super 8  /J. J. Abrams

7- Colorful / Keiichi Hara

8- Arrietty / Hiromasa Yonebayashi

9- Le discours d'un roi /

10 L'aigle de la neuvième légion  / Kevin Mcdonald

 

Nota: en cliquant sur les titres en gras et en couleur vous accéderez au billet que j'ai consacré au film.

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Hugo Cabret de Martin Scorsese

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

hugo cabret film



Le jeune Hugo Cabret (Asa Butterfeld, il jouait le rôle principal dans Le garçon en pyjama rayé (The Boy in the Striped Pajamas) ), douze treize ans, a perdu son père, un génial horloger. Il a été recueilli par son oncle, un ivrogne qui ne tarde pas à disparaitre, mais qui lui a préalablement appris à remonter les nombreuses horloges de la gare dans laquelle Hugo habite secrètement. Tout ce qui reste de son père est un mystérieux automate que le père d'Hugo tentait de réparer. Le garçon a pris la relève. Pour  refaire fonctionner le robot, le garçon a besoin d'outils et de petites pièces mécaniques qu'ils volent au vieux tenancier d'une échoppe de jouets qui est située dans la gare. Le vieillard finit par attraper son voleur. Le commerçant est rongé par un lourd secret mais il a recueilli sa jeune nièce qui éclaire ses dernières années... L'histoire peut véritablement commencer...

Scorcese a adapté le beau livre pour enfant de Brian Selznick. Il a pu s'appuyer sur ses magnifiques dessins.

 

 

La grande qualité du film pour moi, tient dans le scénario qui parvient parfaitement à mêler la fiction et l'Histoire; à tel point que l'une devient indiscernable de l'autre. Il est très ingénieux avec cette formidable idée de faire vivre le jeune Hugo dans la gare même, dans une antre secrète, ce qui devrait beaucoup parler aux enfants. L'écriture du scénario d'Hugo Cabret offre, comme un autre grand film de cette année, La piel que habito, une passionnante profondeur de lecture; celle-ci pouvant se faire à plusieurs niveaux, ce qui devrait lui permettre une large audience à ce dernier opus de scorcese qui a réussit à me réconcilier. Les thèmes developpés dans Hugo Cabret sont multiples, en premier lieu, comme dans toutes les grandes oeuvres, le sujet principal en est le temps, mais aussi la versatilité de la gloire, le refus du passé (le film a, je trouve de nombreux accents freudiens)... Mais les références sont multiples outre celles cinématographiques évidentes, belle idée que de revisiter les débuts du cinéma Méliès bien sûr, mais aussi Griffith, Louise Brooks, Buster Keaton et Harold Lloyd) à travers les yeux des enfants. elles sont pourtant à mon avis supplantées par les apports et clins d'oeil d'oeuvres littéraires, Victor Hugo d'abord (on peut imaginer que le prénom du héros a pour origine le nom du célèbre barbu) et bien sûr Dickens. J'y ajouterais un zeste de Borges et une touche de Zafon et sans doute une palanquée d'autres que mon inculture n'a pas permis de repérer. La qualité des décors et la grande profondeur de champ de l'image donne beaucoup de plaisir au spectateur attentif, comme la découverte de cette belle publicité pour le magazine "Vu", ce qui permet en outre de dater subtilement le récit; datation que Scocese a eu la bonne idée de ne pas faire frontalement ce qui me libère de ma recherche maniaque des anachronismes. A ce propos je trouve l'univers temporel du film très cohérent (dans le livre, de Selznick dont le film est tiré, c'est précisément 1931). Ce foisonnement des détails promet un bonheur renouvelé lorsque l'on pourra faire des arrêts sur image lorsque le blue ray sortira. Si l'on n'échappe pas au Paris rêvé et fantasmé made in USA, Scorcese y met moins de sucrerie que par exemple Woody Allen. La bonne idée est de n'avoir pas pris une gare parisienne en particulier mais d'avoir fait un mélange de toutes.

 


Il faut tout de même prévenir que le début du film est éprouvant pour la rétine. Scorcese en guise d'exposition fait un plan séquence virtuose mais assez vain qui semble montrer d'emblée au spectateur ce qu'il sait faire, mais qu'il se rassure on ne doutait pas de sa maestria technique pas plus de l'ampleur de son budget. Heureusement après cette prouesse, le réalisateur va trouver le coeur de chaque spectateur.

 


Si Hugo Cabret est indéniablement un mélo, des personnages secondaire comme la dame mure et son toutou agressif insuffle des touches d'humour cocasse qui sont autant de respiration dans le trépidant récit.

Les acteurs, et en particulier les enfants, sont excellents. Même l'épouvantable Baron Cohen parvient à être attachant dans sont rôle d'"ogre". Je précise que j'ai bien évidemment vu le film en Version Originale, ce qu'il faut faire systématiquement surtout lorsque des enfants ont un rôle important dans un film d'autant que les jeunes acteurs français (quand ce ne sont pas des femmes!) doublant sont en général très mauvais (il y a des raisons systémiques à cela, ce que j'ai déjà exposées préalablement dans d'autres billets). Je n'ai pas vu le film en 3D, en sortant du film je ne vois guère ce que cela peut lui apporter sinon peut être dans la scène de découverte du cinéma, le train arrivant dans la gare de La Ciotat, par Mélies. Je comprend néanmoins bien pourquoi Scorcese a voulu utiliser ce procédé, ce qui est une sorte d'hommage au novateur qu'était Mélies.

Hugo Cabret est un mélo intelligent dans lequel les larmes rendent heureux.

 



 






















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Colorful de Keiichi Hara

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 



 

 

 

 

 

S'il y en a encore des personnes qui croient que les dessins animés sont pour les enfants et ne traitent que de sujets puérils, color ful devrait les faire définitivement changer d'avis puisque le film traite d'un sujet on ne peut plus grave, le suicide d'un collégien. Mais il est vrai que la gravité ne s'impose pas d'emblée. La première séquence est traité avec légèreté;elle est assez trompeuse car en décalage avec le reste du film, tant par la forme, c'est la seule en vue subjective, on comprendra pourquoi seulement à la fin du film (mais pour cela il ne faut pas être très perspicace) que par le son fond. Elle nous montre un écolier en culotte courte qui, dans une sorte de gare, annonce à un défunt, à l'esprit amnésique, que l'on ne voit pas, que le "patron" lui a donné une seconde chance. Il devra revivre dans le corps d'un adolescent, s'il passe l'épreuve d'une période probatoire, il pourra rester dans ce corps et vivre une seconde vie. L'écolier est une sorte d'ange nommé Paru Paru qui guidera l'élu, ce dernier est tout d'abord peu enthousiaste de retourner sur terre, pour affronter une nouvelle vie. L'âme de notre inconnu investit le corps d'un lycéen de 14 ans, Makoto, qui s'est suicidé. Les parents sont fous de joie de voir leur fils ressusciter. Mais le nouveau Makoto doit tout apprendre de sa famille et de son entourage; il est en outre assez peu aidé par son juvénile ange gardien...

 

 

 


Le fait de revivre une deuxième vie, fait un peu penser "A quartier lointain", le génial manga de Taniguchi. Autre référence qui vient immédiatement à l'esprit, cette fois en ce qui concerne la mise en scène est celle d'Ozu.

 


Avec beaucoup de tact Keiichi Hara dont Color ful est le deuxième long métrage sorti sur nos écrans après "un été avec Coo" amène progressivement dans son histoire des thèmes inhabituels dans les animés et même dans le cinéma, comme le suicide des adolescents, la prostitution des collégiennes, la démission des parents, les brimades des plus faible dans les collèges...

 


Tout comme dans "Un été avec Coo" Hara part d'un prémice surnaturel, cette fois ce n'est plus un yokai, mais la réincarnation (thème déjà abordé au cinéma d'une façon assez semblable dans "Une question de vie ou de mort") pour observer la quotidien d'un jeune japonais d'aujourd'hui.

 


L'histoire de la production de Color ful fait espérer dans l'intelligence de certains patrons du cinéma. En effet c'est un des responsables, Kenji Uchida du studio Sunrise, studio célèbre pour ses animés et séries de robots, qui a contacté Keiichi Hara, fort surpris de cette démarche, et qui lui a fait lire le roman d'Eto Mori, paru en 1998. Hara ayant aimé le livre, il a décidé de l'adapté en étant d'après mes informations (je n'ai pas lu le livre, je ne crois pas qu'il soit traduit en français) très fidèle au roman. La seule innovation importante qu'aurait apporté le cinéaste est la scène du tramway disparu, ce qui m'amène à dire combien "Colorful" est un film japonais, en effet les transports en commun (et leur amour) ont une importance pour les nippons que l'on ne soupçonne pas en Europe. Autre particlarisme japonais qui est au centre du film cette tension qui existe pour chaque individu de l'archipel entre le désir de se réaliser individuellement et le souci de faire parti du groupe, une des causes du suicide de Makoto est le fait qu'il est ostracisé par ses camarades de classes. Keiichi Hara évite le piège du sentimentalisme, où il était facile de tomber avec un tel sujet, en ne nous rendant pas Makoto sympathique d'emblée.

 


L'un des points forts du film est la qualité des décors qui possédent un rendu très proche de la photographie, avec pourtant ce petit supplément indéfinissable qu'apporte le dessin, alors que les personnages sont traités en un dessin plus épuré et moins naturaliste, parfois au bord de la caricature en ce qui concerne paru paru et le copain de Makoto. Les familiers du japon retrouveront avec plaisir et nostalgie ces petits riens qui font le charme du Pays.

 

[Critique] Colorful de Keiichi Hara (2011)

Danc cette peinture du quotidien d'une famille ordinaire, de la classe moyenne du Japon d'aujourd'hui, c'est par le biais des nombreuses scènes de repas que le réalisateur pose les enjeux de son film.

 

 Colorful : interview du réalisateur Keiichi Hara


Le film réussit à merveille a figurer ces instants de tout les jours qui sont souvent ceux qui pourtant font dire que «savoir qu'on a un lendemain, c'est vraiment bien»...

 

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Le film a obtenu un double prix, prix du public et mention spéciale du Jury au Festival du film d'animation d'Annecy. Même si le livre a été déjà adapté au cinéma avec de véritables acteurs il y a dix ans (comment voir ce film?), je trouve que c'est une très bonne idée de traiter par l'animation des sujets aussi graves et des histoires qui au premier abord n'appellent pas ce genre de médium car paradoxalement il passe presque toujours plus d'émotion par l'intermédiaire d'un personnage dessiné que lorsqu'il est figuré par un être de chair et de sang.

 

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Colorful aurait gagné à être un peu moins long, la fin (le film se termine bien ce qui fait que l'on sort optimiste de ce film pourtant très noir), avec sa leçon de morale un peu pesante aurait pu être écourtée. La musique parfois tonitruante à des moment incongrus est souvent mal choisie. Mais ce ne sont que defauts véniels pour des meilleurs films de l'année pour qui s'il est préférable de connaitre un peu la civilisation japonaise pour l'apprécier pleinement. Il peut être vu par un large public qui y trouvera autant de distraction que de matière à reflexion. 

 

Keiichi Hara à Paris pour la projection de son film Colorful. Photo Barthélémy Lecocq

Keiichi Hara: "Je voulais filmer la dimension humaine"

 

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Gomorra de Matteo Garrone

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Tout comme dans le film de Mike Leigh, “Be happy”, on a beaucoup de mal à se persuader que les hommes que l’on voit sur l’écran soient des acteurs et non des membres de la Camorra napolitaine tant ils sont les personnages. Dans une excellente interview, au non moins excellent “Positif”, Matteo Garrone précise que la plupart de ses acteurs viennent du théâtre mais que certains ont fait leurs premiers pas sur les planches en prison, dans le cadre des ateliers théâtre que l’on propose aux détenus.
Ils ne ressemblent pas à des acteurs. Habituellement les acteurs sont beaux, c’est ainsi que nous les voyons, abreuvé que nous sommes de films et de séries américaines, où même les plus laids sont beaux à leur manière. Serge Daney synthétise très bien, en quelques phrases dans l’entretien qu’il a avec Régis Debray dans itinéraire d’un ciné-fils (jean michel place éditeur), le rapport qui s’est tissé entre le spectateur français et l’acteur américain (ces deux derniers mots forment déjà pour beaucoup une tautologie): << On nous a présenté à nous enfants, pas encore cinéphiles, mais enfants des cinémas, des monstres pour s’identifier. Je ne parle pas des auteurs, je parle des acteurs: c’est bien plus intéressant. Avoir dix ans et dire: << Ah! Michel Simon, c’est un grand acteur! >>, ça va pas la tête! Avoir dix ans c’est dire: << Qu’est ce que j’aimerais ressembler à James Stewart! Lui aussi il est grand et maigre, mais il sait se servir de ses poings, contrairement à moi, et en plus il sait danser, donc il est mieux que moi en tout...>>.
Les acteur de “Gomorra” ne sont donc pas beaux, à l’exception d’un cas dont je parlerai ultérieurement, mais il ne sont pas non plus archétypales de leur rôle. Le cinéma français s’il se méfie depuis toujours de la beauté des acteurs, il est très difficile d’y faire carrière si l’on possède un beau profil, a fait de l’archétype un des ressorts de ses fictions, même si cette ficelle est plus ténue aujourd’hui que dans le cinéma pré nouvelle vague. Lorsque nos parents voyaient apparaître sur l’écran de la séance du samedi soir, Pauline Carton, ils savaient que c’était la concierge, Raymond Bussière, le prolétaire à qui on ne la faisait pas, Jean Parédes, l’histrion, Henri Crémieux le boutiquier propret... ( ceux que le sujet intéresse doivent se précipiter sur le merveilleux ouvrage d’Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir & blanc, 250 acteurs français 1930-1960, Flammarion éditeur ).
Rien de tel dans Gomorra où les maffieux ne ressemblent en rien à ce que nous a habitué le cinéma américain, grand prescripteur d’archétype pour nos imaginaires. Ce décalage est d’autant plus flagrant que le film commence par une scène quasiment obligée dans ce genre, le cinéma de maffia est un genre à part entière, le massacre chez le barbier, séquence que l’on voit par exemple dans Le  parrain de Coppola et dans un des premiers épisodes, “un fauteuil vide” de la fameuse série “Les incorruptibles” qui, bonne nouvelle, vient d’être édité dans une copie superbe en dvd.
Comment imaginer que ces beaufs au petit bedon accoutrés de marcel voyant faussement américain et de short fluo duquel émerge des jambes grêles et que l’on imaginerait aisément sur une plage populaire, sous un parasol, au coté de la mama qui insensiblement devient mémère , puissent instantanément se transformer en tueurs sanguinaires.
Si je vous ai parlé des corps, sans même aborder ce que le film raconte c’est que peu sont aussi incarné que Gomorra dont le scénario, véritable tour de force puisqu’il est tiré d’une enquête journalistique qui devint un immense succès de librairie en Italie, est le subtile tricotage de cinq histoires qui couvrent à la fois le champ de tous les âges de la vie et de toutes les activités dans lesquelles prospère la maffia napolitaine.

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Il y a toto un ange de treize ans dont le rêve est de rentrer dans le clan de sa zone. Il y a don Ciro (Gianfelice Imparato) le comptable payeur de l’organisation qui amène rituellement les maigres subsides dont les familles dépendent. Il y a Servillo celui qui traite tous les déchets surtout les plus toxiques. Il y a Pasquale (Salvatore Cantalupo) le tailleur chef d’un atelier clandestin de confection et enfin Mario et Ciro, deux jeunes chiens fous qui se rebellent contre le parrain local. Tous ces personnages nous en fait découvrir une foule d’autres dont la vie est entièrement aux mains de la camorra. 
Avec Gomorra et ses trognes, j’ai retrouvé un plaisir oublié de mes jeunes années, celui que j’avais à voir les films de Fellini et a y débusquer au fond d’un plan une de ces trombines dévastées dont la présence était l’une des signatures du maître. Mon admiration pour le cinéaste s’est trouvée un peu amoindrie dès ma première visite à Naples car lors de mes déambulations dans la ville je me suis aperçu qu’il n’était pas rare d’y croiser des monstres felliniens. Et voici qu’à nouveau, après bien des années ces silhouettes mafflues me font signe...
Et soudain dans cet océan de gueules tuméfiées apparaît un profil d’une pureté absolue, celui de Toto, qui illumine l’écran, comme Giton le faisait dans le satyricon de Fellini. Mais ce garçon va faire bientôt se serrer nos cœur d’artichaut de spectateur lorsque l’on apprend que son désir le plus cher est de rentrer dans l’organisation. Le beau Toto m’a fait repenser au candide et souriant Beppo dont j’ai fait de nombreuses photos en 1985 dans cette même ville. Qu’est il devenu... Je m’interroge souvent sur le devenir de ces garçons dont j’ai fixé une infime fraction de vie lorsqu’ils étaient à l’apogée de leur beauté...

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Avant ce “Gomorra” inoubliable je ne connaissais Matteo Garrone que par son seul film distribué en France, “L’étrange Monsieur Peppino” bien différent dont je ne tarderais pas à vous parler car il a sa place dans ma cinéphagie gay.
Ce n’est pas à Fellini que fait penser Gomorra mais à un autre grand cinéaste italien, Francesco Rosi. D’ailleurs la filiation entre les deux cinéaste s’inscrit sur l’écran. Dans son “journal napolitain, Francisco Rosi, survole le quartier de Chiaiano avec ces grands immeubles en terrasse où quinze ans plus tard Matteo Garrone a tourné une grande partie de son film.   

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Valse avec Bachir

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Lorsque après la projection de "Valse avec Bachir" la lumière s'est rallumée, au milieu du générique de fin, tous les spectateurs sont restés silencieux et immobiles, figés dans leur fauteuil d'une des petites salles du multiplex parisien de la Grand Bibliothèque...
Que dire, pour n'être pas redondant avec la grande et petite presse sans oublier les blogs, de ce magnifique film, largement commenté par ailleurs lors de son passage au Festival de Cannes où inexplicablement il ne fut pas primé. Peu de choses, cinématographiquement sinon d'abord qu'il démontre que le dessin animé n'est pas réservé aux distractions enfantines pas plus qu'aux peurs adolescentes et qu'il peut être un véhicule idéale à l'introspection, comme aux grandes fresques guerrières. Cela avait déjà été patent avec "Jin roh", "Le tombeau des lucioles" et "Zipang" par exemple; mais comme ces productions venaient du Japon, elles n'ont pas été traité avec le sérieux qu'elles méritaient.
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Pour ma part, malgré l'indéniable efficacité du procédé, je regrette que le cinéaste ait cru bon, à la toute fin du film, de substituer les dessins par de vraies prises de vues, en l'occurence celles des camps palestiniens détruits jonchés de cadavres. Cette réserve n'est pas dictée par une quelconque raison morale mais par une éthique technique. Je trouve dommage que le réalisateur n'est pas eu confiance jusqu'au bout dans le médium qu'il avait choisi.
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Je n'ai pas lu, ce qui pourtant me sauta aux yeux rapidement, la reconnaissance de la dette du film envers "Shoa" de Lanzmann, même quête d'une vérité mouvante et angoissante par le biais d'interviews, même si dans le cas de "Valse avec Bachir", contrairement à Shoa l'interviewer est un personnage à part entière, s'inscrivant dans ce que l'on peut imaginer comme une fiction ou tout du moins comme une auto fiction.
Je n'ai noté aucune mention non plus, sur l'érotisme de deux séquences du film. La première d'essence hétérosexuelle dans laquelle le héros malade sur le bateau qui le conduit vers le théâtre des opérations militaires, s'évade en pensée du pont du navire sur lequel il est affalé pour aller se réfugier dans le giron plantureux d'une naiade faisant la planche sur une mer de vacances. Là encore on voit quel avantage procure le dessin sur les prises de vues réelles pour les scènes oniriques. N'est pas Fellini qui veut, cette séquence rappelant beaucoup les merveilleux rêves filmés du maestro. La seconde, elle se réfère à une libido homosexuelle que l'on est surprit de voir surgir. Il s'agit du débarquement de trois jeunes soldats nus sur une plage libanaise dont les silhouettes graciles se détachent avec grâce sur une nuit d'été.
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Le temps de latence créé par la stupeur du public m'a permis de me remémorer mes sentiments de l'époque sur ce massacre, largement partagés par ceux que je cotoyais alors, d'abord une relative indifférence, puis une approbation muette. Il faudrait se souvenir qu'à cette période une large partie de l'opinion française, considérait Israel et ses affidés chrétiens libanais  comme les sentinelles de l'occident au Moyen Orient. Alors que le vent a tourné dans la population française (l'origine d'une partie de sa composition n'est peut être pas étrangère à cela) je n'ai pas changé d'opinion sur le sujet.
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On peut mesurer à la lecture de la presse d'aujourd'hui combien on est loin de la ferveur que la France a connu pour la défense d'Israel lors de la guerre de 1967, moi même (nourri des livres de Joseph Kessel et de Michel de Saint-Pierre) et nombreux de mes camarades étaient navrés d'être trop jeunes pour s'engager dans ce combat...
"Valse avec Bachir" est le film le plus ambitieux et le plus intelligent de l'année qui fera naitre chez tous ses spectateurs entre autres une réflexion profonde sur l'art cinématographique comme sur la situation et l'histoire du Moyen Orient et plus largement sur l'absurdité, inhérente à l'homme, de la guerre.

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Oorlogswinter (War Winter) de Martin koolhoven

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le film est situé au nord de la Hollande, plus précisément dans une petite ville de la Veluwe, durant l'hiver 44 - 45, qui fut surnommé aux Pays-Bas, l’hiver de la faim ("Pour un soldat perdu" se déroule, non loin de là, durant cette même période). Cet hiver là il y eut beaucoup de neige. Michiel van Beusekom, (Martijn Lake Meier) le héros du film est un garçon de 14 ans. Il est le fils de Johan, le maire du village (Raymond Thiry), qui tente de faire coexister diplomatiquement ses concitoyens avec les Allemands pour essayer de limiter la misère, la faim dans son bourg... Dirk le frère aîné du meilleur ami de Michiel fait confiance au garçon et lui confie une lettre à apporter à Bertus, le maréchal ferrant du village, s’il ne revient pas d’une attaque contre un dépôt d’armes. Dirk est arrêté. Bertus est tué. Désemparé, Michiel ouvre la lettre. Elle contient les indications d’un emplacement dans la forêt. Michiel y découvre un aviateur anglais (Jamie Campbell Bower), dont au début du film on avait vu l’avion se faire abattre. Le fugitif est tapi, blessé, dans un abris de fortune creusé par les résistants. L’aviateur est presque encore un adolescent. Michiel qui rêvait de rentrer dans la résistance, décide de l’aider en cachette de son père et au risque de sa vie et de celle des membres de sa famille... La présence du soldat britannique va provoquer une suite de drames...
Martin koolhoven encore jeune cinéaste à la pourtant filmographie copieuse, il est né en 1969, a réalisé ce film en 2008. “Oorlogswinter” est l’adaptation du livre éponyme, célèbre aux Pays-Bas, de Jan Terlouw.
On a un peu peur durant la première demi-heure d’être devant un film édifiant pour adolescents à la gloire d’un jeune héros de la résistance néerlandaise; puis le spectateur après ce début trop sage, voit à la fois l’action s’intensifier et surtout les personnages se complexifier rendant bien le flou de certains engagements, la traîtrise de ceux que l’on imaginait nobles, le courage jusque là insoupçonné d’autres. Oorlogswinter devient un film passionnant.

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Le cinéaste fait tout sont film sur les frontières, frontière entre le courage et la lâcheté, frontière entre l’engagement et de la neutralité, frontière enfin entre l’enfance et l’âge adulte. Cette dernière est illustrée par la magnifique séquence de fin dans laquelle ont voit Michiel, le jour de la libération, mûrit, assis au bureau de son père, refusant de se mêler à la liesse générale. Mais son meilleur copain l’appelle. Michiel à contre cœur le rejoint et pour lui faire plaisir joue avec lui. Petit à petit un sourire se dessine sur sa figure, Michiel rajeunit, redevenient le garçon insouciant, ne serait-ce qu’un instant, qu’il était au début du film.

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L’image est soignée. Les tons froids dominent. Les mouvements de caméra sont judicieux et fluides. Le directeur de la photo alterne bien les plans larges, belles images de forêt enneigée avec des gros plans sur le visage de qui respire l’intelligence. Sa belle figure fait penser à celle du jeune héros de “Pour un soldat perdu” mais dans Oorlogswinter si l’ ambiguité est très présente, comme dans “Black book” et “Soldier of Orange”, auxquels on pense beaucoup pour le désenchantement du héros, elle n’est pas sexuelle, c’est de la soeur de Michiel que le jeune aviateur est amoureux.


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Martijn Lake Meier dans le rôle de Michiel est excellent comme toute la distribution.
Le film, avec un budget de 4 millions d'euros,a été tourné en partie en Lituanie en raison des nombreuses scènes dans la neige.
La musique très belle de Pino Donaggio est tout de même un peu trop présente...
Du même livre a été tiré une série télévisée qui du 2 Octobre au 25 Décembre 1975 a été diffusée en Hollande par la VARA. Elle était réalisée par Aart Staartjes avec Paul Rottger dans le rôle de Michiel et Peter Winter dans le rôle de Jack le parachutiste. La série a eu alors beaucoup de succès.


Le film est sorti sur les écrans belges en décembre dernier. Il existe en dvd en Hollande et belgique avec des sous-titres en français pour les non néerlandophones. Il existe même une édition spéciale avec 2 dvd et un CD.
Oorlogswinter est un beau film à ranger dans sa vidéothèque aux coté de "Black book”, “Soldier of Orange" et "pour un soldat perdu" quatre grands films aux histoires fortes et singulières qui ont su restituer la tragédie de la Hollande durant la dernière guerre.


P.S: Merci à Alain M. de m'avoir fait découvrir ce film .
Trailer Oorlogswinter


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Etreintes brisées d'Almodovar

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

En général avant d’aller voir un film, surtout lorsqu’il s’agit du énième opus d’un réalisateur confirmé dont j’ai vu tous les les films ou la plupart d’entre eux, j’évite le plus possible de lire ou entendre les critiques à son propos (même dans mon cher Positif). Mais en ce qui concerne la dernière création d’Almodovar, je n’ai pu, malgré mes efforts, échapper aux flatulences cannoise. Elles m’ont encore paru encore plus nauséabondes après avoir vu le film qui se classera sans mal au moment du bilan cinématographique de fin d’année, parmi les meilleurs de l’année, sinon le meilleur principalement en raison de l’horlogerie d’une diabolique habileté de son scénario, inexplicablement non primé au Festival de Cannes. Je n’arrive pas à comprendre comment les critiques français, mais c’est encore pire en Espagne, peuvent faire la fine bouche devant un tel film qui n’a quasiment pas d’équivalent en ce qui concerne la qualité dans la production française. On peut lire sur le blog du cinéaste l’ écho de la polémique qui s’est installé entre Almodovar et la critique cinématographique de son pays sur l’accueil fait à “Etreinte brisée”.
Ce qui est remarquable dans “Etreinte brisée” c’est que l’ intelligence du scénario ne bride en rien l’émotion. Penelope Cruz est extraordinaire dans un personnage complexe qui est en définitive assez peu sympathique. Lluis Homar qui interprète une sorte de double du réalisateur est également remarquable comme il l’était déjà dans le rôle du curé dans “La mauvaise éducation”. Dans ce dernier film, Almodovar réussit encore mieux qu’à son habitude, à la fin du film à dénouer les fils des multiples intrigues qu’il a tricotées avec habileté. C’est ce qui fait le jubilatoire plaisir de ce scénario qui oscille entre mélodrame et comédie avec cette fois plus de noir que de rose.
Etreintes brisées devrait combler les attentes des spectateurs qui veulent s’émouvoir avec intelligence. De même les cinéphiles trouveront à se repaître copieusement grâce aux multiples citations qu’Almodovar fait des des cinéastes qu’il admire, Antonioni, Fellini, Woody Allen... sans oublier lui même.

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