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132 articles avec humeurs cinematographiques

Après mai, un film d'Olivier Assayas

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Après Mai

 

 

Ilm'est difficile d'écrire sur Après mai, comme il m'était douloureux de le faire sur "Les témoins" de Téchiné qui chroniquait l'irruption du sida. Car ce sont des films qui me parlent de mon vécu, ou plutôt d'un possible qui n'a pas été le mien, mais dont j'ai été très proche. Assayas est un cinéaste beaucoup plus courageux, et par la même meilleur, que Téchiné ce dernier me paraissant toujours comme encombré des fausses pudeurs du puceau. Tout cela pour dire qu'Après mai ne me concerne pas que sur le plan cinématographique étant le presque contemporain du réalisateur qui revisite sa jeunesse.

Nous sommes en 1971, Gilles (Clément Métayer), 17 ans lorsque nous faisons sa connaissance, le double du réalisateur, auquel il emprunte de nombreux détails biographiques comme le metteur en scène, il va abandonner la peinture pour se vouer au cinéma, étudie avec ses copains et copine dans un lycée de la banlieue parisienne, une banlieue qui est encore presque la campagne. Il faut prendre le train pour se rendre à Paris. En ce temps là, les lycéens sont très politisés. Hors les heures de cours ce ne sont que collages d'affiches, manifs, A.G... Le cinéaste parvient avec justesse à faire revivre cette ébullition politique. Il n'en fait pas qu'un décor mais l'une des matières de son film. Si Gille a le désir de changer le monde cela ne l'empêche pas d'être amoureux. Son coeur balance entre Laure (Carole Combe) qui tombe dans tous les pièges de contre culture hippie, elle gravite dans tous les cercles de la contre culture, lieux inatteignable pour Gilles, trop sage et trop habité par son désir d'être un artiste, et Christine (Lola Créton) qui fait passer l'amour après l'engagement politique. Mais encore plus que l'amour et la politique, la grande préoccupation de Gilles est son devenir d'artiste. Sera-t-il peintre ou cinéaste?

Considérons d'abord le coté purement cinématographique d'Après mai. La réussite principale du film tient en la qualité (très rare) qu'a Olivier Assayas d'être capable de faire exister de nombreux personnages concomitamment dans un scénario; ce qu'il avait déjà fait parfaitement dans « Fin aout début septembre ». D'autre part Il a la sagesse de les suivre durant une période assez brève, ici environ deux ans (un an dans « Fin aout, début septembre ». Ainsi il ne s'embarque pas dans une saga au long cour, écueil qui a fait couler « né en 68 » de Ducastel et Martineau. Il a aussi la modestie de ne pas vouloir embrasser toute la complexité de l'époque. Il ne parle que de ce qu'il a vécu ou côtoyer de près. Ainsi il choisit de ne pas attaquer de front les événements de mai 68 comme l'avait fait Philippe Garrel dans son calamiteux « Les amants réguliers ». Il aborde l'époque par le biais comme l'avait fait Bresson dans « Le diable probablement », jusque là, le plus beau portrait au cinéma de l'adolescence des années 70. « Après mai » réussit le tour de force en partant d'une situation bien particulière à être un film où toute une génération peut se reconnaître. Autre pari tenu celui de mêler une histoire intime, peu ou prou la sienne, c' est aussi le récit de l''initiation amoureuse de Gilles, à l'Histoire. Mais Assayas a été encore plus ambitieux en traitant en sus la découverte d'une vocation artistique par un adolescent. Il est curieux de remarquer que si Gilles est indécis quant à ses choix amoureux et politiques, il est très déterminé à faire une carrière artistique.

Le réalisateur a le culot de tourner, avec des acteurs presque tous débutants, des scènes assez longues tout en étant assez peu bavarde. Ce qui est heureux car les acteurs ne sont pas bon tout le temps et surtout la diction claire n'est pas leur fort. C'est la seule chose qui peut faire penser que nous regardons un film réalisé aujourd'hui et non contemporain des évènements que nous voyons à l'écran, tant la reconstitution des années 70 est impeccable, mais à cette époque on parlait plus distinctement. Taiseux le film est donc contraint à l'être en raison de ce défaut inhérent à aujourd'hui qui ne touche pas que les comédiens novices.

Assayas filme souvent en plans larges avec des focales courtes d'où une grande profondeur de champ. La caméra est souvent fixe. Ces choix laissent le temps aux spectateurs de scruter le décor. Aimant les livres, comme les habitués du blog doivent s'en douter, j'ai été particulièrement vigilant aux deux bibliothèques qui apparaissent dans le film. Là comme ailleurs, je n'ai relevé aucun anachronisme. Dans celle du père de Gilles qui adapte les romans de Simenon pour la télévision (comme le père d'Olivier Assayas qui signait ses scénarios Jacques Rémy) , il y a une édition des oeuvres du romancier belge reliée et toilée très dans le goût des années 60 et dans celle de l'appartement qu'occupe Alain (Félix Armand), le copain de Gilles, comme lui aspirant peintre, on aperçoit la collection complète (je suis jaloux) des anthologies Planète, très en vogue au début des années 60. Applaudissons à tout rompre le décorateur et l' accessoiriste et encore plus le créateur des costumes; ils sont dessinés par Jürgen Doering, qui je l'espère ne sera pas oublié aux Césars.

J'aimerais que ceux qui regarderont ce film est toujours en mémoire qu'il est aussi difficile de faire une reconstitution historique des années 70, qu'une à l'époque de Charlemagne. Plus peut être parce qu'une partie des spectateurs ayant vécu à cette époque se souvienne d'infimes détails et traqueront sans pitié l'anachronisme, ce qui ne risque pas d'arriver dans une fiction se déroulant sous le règne de Charlemagne!

Assayas pour argumenter son propos le parsème d'inserts variés illustrant subtilement la culture d'alors comme des citations de Guy Debord et de Simon Leys, de plans sur des affiches, des revues, des fanzines et plus original et parfaitement intégré au scénario un extrait d'un film militant de Madeleine Riffaud. De même qu'à la toute fin la séquence du tournage d'un nanar dont Gilles est ne énième assistant, dans les studios londoniens de Pinewood (Assayas a travaillé sur les tournages des film de série B de Kevin Connor) fait corps avec le reste de la narration alors que sur le fond et la forme, elle est très différente du reste du film. Le regard porté sur tous les acteurs de ces différents cinémas, même s'ils se trompent est plein d'empathie de la part d'Assayas.

Je m'en voudrais d'oublier de citer la remarquable B. O. d'époque mais originale où l'on retrouve Nick Drake, Incredible String Band, Kevin Ayers, Syd Barrett, Johnny Flynn...

Le filmage est d'une grande fluidité, sans doute en parti grâce au recours à la grue en particulier pour la scène de la fête qui fait échos à celle de « L'eau froide », film d'Assayas de 1994, et aussi aux images du « Buisson ardent », de Laurent Perrin auquel « Après mai » est dédié. De Laurent Perrin je vous recommande chaudement Passage Secret; Assayas a collaboré au scénario de ce film.

Assayas à la bonne idée de ne pas circonscrire son tournage à Paris et sa banlieue. Il dépayse l'histoire en province, puis en Italie et à Londres, on a même droit à un film d'amateur tourné à Kaboul, sans que ces voyages paraissent artificiels, au contraire ils aident à construire les personnages.

Ma seule réserve sur le scénario réside dans l'épisode sur le terrorisme (sur le sujet, je ne peux pas manquer la déclaration du cinéaste: << Le terrorisme est le prolongement du gauchisme lorsque rien d'autre ne marche.>>) ou pour une fois l'ellipse narrative n'est guère convaincante. Même si le personnage de Rackham le Rouge (Martin Loizillon) d'un dogmatisme glacial, qui manipule ces jeunes gens est d'une vérité terrifiante.

On peut penser que le montage financier du film, dont le budget s'élève à 5,5 millions d'euros, a du être très difficile avec autant de lieux de tournage, tant en extérieur qu'en intérieur, de jour et de nuit, demandant pour certaines scènes une figuration importante à laquelle il faut ajouter de nombreuses silhouettes et petits rôles, tous très justes. Surtout quand on sait combien il est compliqué d'avoir les participations financières des grandes télévisions sans tête d'affiche, la plupart des acteurs sont des débutants. A ce propos Les maladresses passagères de certains des jeunes protagonistes paradoxalement aident à leur crédibilité; elles traduisent bien les hésitations de la jeunesse. Même Carole Combes, qui joue Laure et qui n'est pas assurément une comédienne née, devient possible lorsque son personnage se drogue. Sa diction molle convenant alors parfaitement. La grande révélation d' « Après mai » c'est Clément Métayer qui, interprétant le rôle de Gilles, le double du cinéaste, porte parfaitement une grande partie du film sur ses épaules. Il est amusant de remarquer que le seul passage où il semble embarrassé est celui dans lequel il doit mettre un trente trois tours sur la platine d'un tourne disque, geste complètement inconnu pour ce garçon d'aujourd'hui. Il tient le microsillon comme si c'était le saint sacrement et son léger tremblement est perceptible. Je verrais bien pour lui un avenir à la Romain Duris, révélé dans « Péril jeune » dont Après mai est un peu la version politisée.

Il est amusant de constater qu'Olivier Assayas (qui n'est pas indemne de narcissisme, l’Eau froide(1994) était déjà incursion fiévreuse parmi les décombres de son adolescence seventies sur laquelle il est revenu dans son essai, Une Adolescence dans l'après-mai.) donne le beau rôle à son alter égo. C'est le seul a ne pas s'engouffrer dans l'impasse gauchiste ou l'hédonisme frelaté. Le cinéaste rappelle combien les illusions de l'époque ont détruit ou abimé des vies de ceux, peut être les plus purs, qui ont cru à ses généreux mirages. Je pense par exemple au personnage de Jean-Pierre joué par un beau rouquin buté qui s'appelle Hugo Conzelmann.

Les marques de courage cinématographique de la part d'Olivier Assayas ne manque pas et celle de se colleter avec la représentation de la peinture, ici parfaitement réussie, au cinéma n'est pas la moindre. On voit bien que le cinéaste connait bien la question. Ces déclarations sur l'art pourraient être mis au fronton de ce blog: << Pour évoquer Warhol, ce qu'il peint représente quelque chose et a un propos qui est immédiat et direct. D'une certaine façon, Bacon ou Balthus font la même chose: ces artistes m'ont donné le sentiment qu'il y avait la possibilité d'une pratique figurative de l'art moderne.>>. Cette ode à la peinture figurative moderne n'empêche pas Assayas d'apprécier l'avant garde. Je rappelle qu'il a consacré un essai à Keneth Anger.

Je voudrais bien que ceux qui n'ont pas connu ce temps, que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, aillent voir ce film, ce qui ferait tout de même du monde, en particulier ceux qui ne cessent de maudire notre présent et qui idéalisent ces années 70, celles d'avant le chômage et le sida. Ils découvriront que l'époque était d'une violence insensée. Ce que nous montre bien la première séquence du film mettant en scène une charge de police d'une violence inouïe contre des lycéens qui manifestaient pour protester contre... les violences policières, un de leurs camarades ayant perdu la vue lors d'une précédente manifestation. Plus loin on voit que la brutalité n'était pas que l'apanage des forces de l'ordre. Ces braves jeunes gens adeptes du maoïsme que l'on a vus sauvagement matraqués, n'hésitent pas à faire tomber d'une passerelle un parpaing de ciment sur la tête d'un vigile qui les poursuivait après qu'ils aient couvert d'inscriptions révolutionnaires les murs de leur lycée. Ils laissent sans guère de remord le vigile pour mort. Le dit vigile n'aurait pas fait plus de quartier s'il avait pu attraper l'un des jeunes gens... On apprend en une phrase, il faut être vigilant à tout dans un film aussi dense, que la victime appartiendrait au S.AC. Le groupe occulte de barbouzes-nervis de Charles Pasqua qui après avoir pourchassé les séides du F.L.N., puis de l'O.A.S, joué parfois les briseurs de grève s'était reconverti dans le cassage d'étudiants gauchistes; ces gens là ratissaient large au nom de... la défense de la république! (pour ceux que le sujet intéresse je recommande chaudement la lecture de la bande dessinée « Le service » de Djian, Legrand et Paillou, opportunément sous-titrée: L'histoire des hommes de l'ombre de la V éme république et un escadron de la mort à la française. Curieusement cet album, paru en 2011 aux éditions Emmanuel Proust est passé assez inaperçu...). Rien d'exagéré dans le film donc sur cette banalisation de la violence, j'ai vécu ou vu des épisodes semblables. Je me souviens que le lendemain de la grande marche de la droite sur les Champs-Élysée en 1968 pour le soutien du pouvoir, les caniveaux étaient remplis de gros boulons; les manifestants, j'en sais quelque chose, j'y étais, avaient garni leurs poches de ces pièces métalliques pour les lancer contre les gauchistes s'ils apparaissaient. Une autre fois pour "libérer" un lieu occupé par les gauchistes j'ai participé à un commando et ai massacré à coups de matraque un malheureux qui n'avait pas eu le temps de sortir de son sac de couchage (rétrospectivement je ne suis guère fier de ce « fait d'arme »). Une autre fois j'assistais à un cours, réputé n'être suivi que par des réactionnaires lorsque un commando (c'était le terme en vigueur) de l'UNEF renouveau a fait irruption. Ses membres nous ont roué de coups. Je suis sorti la tête en sang et j'ai du arborer un bandage autour de la tête qui m'a fait ressembler pendant plusieurs jours à un pieu sikh (ce qui est rigolo c'est que le chef de cette bande sera bien des années plus tard un élu parisien écologiste, plutôt pacifiste et il me fera beaucoup rire dans la merveilleuse émission de France-Culture, "Les papous dans la tête"; peut être avez vous trouvé de qui je veux parler. C'était aussi un habitué du regretté Panorama sur cette même antenne ). J'étais très content de m'en être tiré à si bon compte alors que beaucoup de mes camarades avaient gagné dans l'aventure un séjour à l'hôpital. Mais le plus fort c'est que nous trouvions ces actions sauvages quasiment normales. Nous ne sommes pas passé si loin, au tout début des années 70, de la guerre civile! Peut être qu'il serait bon, à la lumière de ce passé (et d'autres) de relativiser nos malheurs d'aujourd'hui. Non tout n'était pas rose en 70, 71. C'est ce que montre avec beaucoup de justesse Assayas. Je ne dis pas que la violence ait disparu ou même diminuée de notre pays mais elle est moins frontale, plus sociale, sans doute plus sournoise.

Je voudrais rappeler que les grandes gagnantes, indirectes, de ces affrontements violents furent... les femmes. Il est indéniable que le machisme a reculé et surtout il y a eu la pilule contraceptive et ensuite le droit à l'avortement, les plus grands progrès du XX ème siècle avec la machine à laver... A ce propos, plus que la scène, un peu convenue où Martine range les courses qu'elle vient de faire pendant que son homme discute révolution avec deux comparses, tout pénétrés de leur savoir à ce qui est bon pour la classe ouvrière, il suffit au cinéaste de quelques répliques pour mettre en évidence la condescendance de ces « révolutionnaires » envers la classe ouvrière. La meilleure illustration du machisme de l'époque se trouve dans le passage dans lequel  Alain conseille à Leslie, sa petite amie (India Salvor Menuez), d'aller faire un tour à Haarlem, non loin d'Amsterdam ou elle part se faire avorter des oeuvres du dit Alain; pour aller admirer deux tableaux (particulièrement sinistres) parce que Claudel en a parlé dans un de ses livres. C'est hallucinant d'ailleurs de connerie plus que de machisme  et subsidiairement  montre l'égoïsme du mâle et la différence de maturité qui existe, aux abords de la vingtaine, entre les filles et les garçons.

Si j'espère que le film connaitra un grand succès, j'en doute un peu. Car il parle d'un monde qui doit paraître aux jeunes d'aujourd'hui plus éloigné que Mars. La maturité politique des lycéens de 1971 est incompréhensible à ceux de 2012 qui se préoccupe de la politique et de l'histoire politique, qu'ils ignorent absolument, comme de leur première paire de Nike... Un des nombreux intérêt d'Après mai » réside dans la comparaison entre la jeunesse française de la fin des années 60 à celle d'aujourd'hui. Le film parle d'un monde dans lequel pour un jeune tout paraissait possible alors qu'en 2012 les jeunes se voient comme face à un mur infranchissable. Autre grande différence la jeunesse des années post soixante huit se sentait dans l'Histoire, une histoire vectorisée. 1968 leur apparaissait comme une révolution ratée mais ils étaient persuadés que la prochaine, dont ils seront parti prenante, sera la bonne. Il y avait une fois dans le collectif qui a totalement disparu en 2012.

Comme on le voit Après mai est un film qui fait réfléchir tout en étant émouvant. Il laisse derrière lui un parfum de mélancolie... C'est sans doute le film français le plus ambitieux de l'année et probablement le meilleur.

 

© MK2 Diffusion

 

Pour écouter Olivier Assayas parler de son film cliquez sur la flèche ci-dessous.

 

 Projection privée
PROJECTION PRIVEE : OLIVIER ASSAYAS 59 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

  Le réalisateur Olivier Assayas pour son film « Après mai », en salle le 14 novembre.  Conseil de la semaine : Youssef Ishaghpour Youssef Ishaghpour pour « Kiarostami -Volume 2- De et hors les murs-» aux Editions Circé.

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Watchmen, un film de Zack Snyder

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

Avec “Watchmen”, au bout de son troisième film adapté d’une bande dessinée, après Sin city et 300, Zack Snyder a enfin réussi à animer les images de son film qui n’est plus comme c’était le cas dans les deux précédents qu'une sorte de diaporama, une suite de cases de bande-dessinée. Dans “Watchmen”, on bouge beaucoup dans le cadre qui reste néanmoins bien construit.L' autre grand progrès par rapport aux deux autres films est son scénario ébouriffant, une uchronie barge. Nous sommes en 1985, Richard Nixon a été élu une troisième fois à la présidence des Etats-Unis. Son pays a gagné la guerre du Viêt-Nam grâce à l’aide des super-héros en particulier celle du Docteur Manhattan, un savant physicien qui a été irradié dans un accident ce qui l’a transformé en une sorte de dieu invincible. La fugitive image, tout à fait croquignolesque, des faces de citron vietmines prosternées devant le super-héros d’un beau bleu musculeux la bite au vent me parait être le fantasme type du pédé fasciste. Les mêmes super-héros ont liquidé les journalistes Woodward et Bernstein du Washington Post d’où l’absence dans cet univers parallèle d’affaire Watergate... Sous la pression populaire, l’administration américaine a fait une loi interdisant dorénavant les supers-héros de se mêler des affaires publiques. Et c’est bien le problème auquel doit faire face Nixon au début du film, toute l’histoire antérieure nous est narrée au moyen d’habiles flash-backs, est que les soviétiques menacent les Etats -Unis d’une guerre nucléaire, à cause du conflit afghan. Les américains ne peuvent éviter la guerre sans l’aide des super-héros qui dans le même moment se font décimer par un tueur mystérieux. Voilà de quoi ne pas s’ embêter, les rebondissements sont permanents. Mais le plus intéressant de “watchmen” se trouve dans les interstices des péripéties du scénario comme de faire du méchant (enfin ce n’est pas si simple que cela) un pédé maniéré qui s’est fait la tête du Bowie peint par Pellaert. On peut aussi se réjouir de l’image de New-York qui est la toile de fond de toute cette histoire abracabrantesque, avec les deux tours jumelles et les putains mammaires de la 42 ème rue. Je ne vais pas vous dire que “Watchmen” va vous plonger dans des abîmes de réflexion mais c’est un véritable plaisir pour les yeux... et puis je me serais bien vu vivre dans cet occident alternatif. La B.O. du film est tout a fait passionnante par sa qualité et aussi par le choix inattendu des morceaux qui la compose qui n’est pas vraiment au diapason de la morale que l’on pourrait tirer de Watchmen puisque l’on y retrouve Léonard Cohen, Simon and Garfunkel, Bob Dylan...

 

D'autres billets où il est question d'uchronie sur le blog: une uchronie américaine  Philip K. Dick était un voyageur spatio-temporeWatchmen, un film de Zack Snyder  Roma aeterna,  Les îles du soleil de Ian R. MacLeod,  Rêves de gloire de Roland C. WagnerL' appel du 17 juin d'André CostaL'uchronie d'Eric B. Henriet,  Replay de Ken GrimwoodLa séparation de Christopher Priest

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Frankenweenie, un film de Tim Burton

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Après la mort soudaine de Sparky, son chien adoré, le jeune Victor fait appel au pouvoir de la science, inspiré par son très inquiétant prof de science, afin de ramener à la vie celui qui était son seul ami. Victor va tenter de cacher son chien ressuscité mais lorsque Sparky s’échappe, ses copains de classe, ses professeurs et la ville tout entière vont apprendre que vouloir s'insurger contre la mort peut avoir quelques monstrueuses conséquences…

Tim Burton a réussi à faire un film presque tout public. Il y a à la fois une histoire touchante de Victor qui ne supporte pas de vivre sans son meilleur ami qui est accessible aux enfants tout en étant plaisante pour les adultes principalement en raison du nombre incroyable de références et de clins d’œil qui rendent le film amusant à regarder pour ceux qui en reconnaissent quelques-unes. 

Les amoureux des toutous (mais pas des chats! monsieur moustache, que je trouve bien sympathique avec sa bonne éducation, a une bien triste fin; certes il est puni d'avoir voulu faire du mal à une gentille chauve souris.) et les inconditionnels de Tim Burton devrait être ravis. Ceux qui espérait un renouveau du cinéaste en revanche seront déçus. Mais ces derniers devraient pas avoir beaucoup d'espoir puisque Frankenweenie est le remake du premier court métrage du réalisateur, datant de 1984, que l'on pouvait voir dans la superbe exposition que la cinémathèque a consacré à Tim Burton (à ce sujet voir mon billet Tim Burton à la cinémathèque françaisequi m'a convaincu que Tim Burton était un plus grand dessinateur (presque au niveau d'un Ronald Searle auquel il fait souvent penser) que cinéaste. Alors que sont monde cinématographique se révèle de film en film assez limité son univers graphique semble bien plus étendu. C'est peut être l'excès de références cinéphiliques qui empêche Burton de se libérer complètement au cinéma. Car les références ne manquent pas dans Frankenweenie qui est avant tout une relecture de "La fiancée de Frankenstein" de James Whale. Parfois l'hommage est un peu trop appuyé, Victor s'appelle Frankenstein, sa copine Van Helsing! Bien sûr le héros a toujours un petit air de Johnny même si ce n'est pas lui qui double Victor, Lydia est coiffée comme Wynona Rider dans Beetlejuice, le professeur de science, Rzykruski (c'est la voix de Martin Landau qui prend pour l'occasion un accent russe qui tient un curieux discours moralisateur fustigeant la société américaine; Tim Burton serait-il crypto communiste?) ressemble beaucoup à Christopher Lee. A ce propos de nombreux plans font référence aux films de la Hammer. On peut penser aussi que la fête foraine est une réminiscence de celle de "L'inconnu du nord express" d'Hitchcock. Elle sera détruite par une cousine de Godzilla (mais là peut être que je vous en ai trop dit). Lorsque les parents de victor regarde la télévision, on voit sur l'écran Bela Lugosi. Il y a aussi des allusions à Bambi et aux Gremlins... Ma lenteur d'esprit et ma maigre cinéphilie m'a sans doute fait rater plein d'autres citations

Les personnages sont magnifiques (dans leur laideur, sauf le héros et surtout Sparky, très mimi), du pur Tim, avec leurs grands yeux qui s'ouvrent sur un monde étonnant puis cruel.

On retrouve encore une fois les thèmes des films de Burton : héros solitaire et incompris, confrontation entre la normalité et l'originalité, tyrannie de la communauté, décors à la fois inquiétant et merveilleux, musique du comparse Elfman, éléments fantastico-science-fictionnesques, victoire de l'imagination sur le fanatisme... A noter que si les enfants ne sont pas tous sympathiques loin de là, les adultes sont tous méchant ou idiot et souvent les deux.

 Le point faible du film, un manque évident de rythme, surtout dans la première partie est du à son origine, il est difficile de ne pas remarquer que Tim Burton a étiré le scénario de son court métrage qui durait 24 minutes pour qu'il devienne un long-métrage d'une heure vingt sept. Mais le film est avant tout à voir pour la beauté de son animation d'une fluidité extraordinaire, réalisée image par image à partir de figurines. Ce mode d'animation donne une densité de l'image que ne parvient pas à atteindre les images de synthèse. Le tout est filmé dans un noir et blanc magnifique.  


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pour retrouver Tim Burton sur le blog:  Frankenweenie, un film de Tim BurtonTim Burton à la cinémathèque française

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Charles William «Billy» Haines

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Charles William «Billy» Haines (2 Janvier 1900 - 26 Décembre 1973) était un acteur américain de cinéma et un décorateur d'intérieur. C'était une star du cinéma muet. Alors qu'il faisait une brillante carrière, il rompt avec la MGM en 1930. Il refuse d'accepter le mariage de convenance que lui impose la compagnie pour cacher son homosexualité.

Billy Haines au début de sa carrière cinématographique
En 1926, il a rencontré James "Jimmie Shields". Ils ne tarde pas à se mettre ensemble. Ils ont vécu en couple pendant près de 50 ans.Durant sa brillante carrière dans le cinéma, il a travaillè avec des actrices comme Mary Picford, Joan Crawford et Marion Davies... Une arrestation révèle son homosexualité. Louis B.Mayer lui donne le choix entre la poursuite de sa carrière et se marier ou de continuer avec son partenaire et d'abandonner le cinéma. Billy Haines quitta tranquillement la MGM...
Il choisit alors de s'engager dans le monde de la décoration d'intérieur. Ses contacts dans le milieu du cinéma, lui ouvrent de nombreuses portes. Il travaille pour Joan Crawford, Gloria Swanson, Carole Lombard, George Cukor ou William Powell.
Billy et Jimmy avec Joan Crawford.

En 1936, le couple a été attaqué à leur domicile par le Ku Klux Klan, mal à l'aise avec la présence de ce couple gay dans cette banlieue de Los Angeles. Alors leurs ses amis les invitent à les dénoncer, ils optent pour la discrétion et change de quartier.
Dans les dernières années de sa vie Billy Haines a parmi ses clients la famille Reagan, Ronald et Nancy. Haines meurt d'un cancer à l'âge de 73 ans, quelques jours après Jimmie se suicide. Ils sont enterrés ensemble au cimetière de Woodlawn Memorial.
Pour en savoir plus sur Billy Haines allez sur le site ci-dessous

 

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Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe Honoré

Publié le par lesdiagonalesdutemps


J’avais espéré que la mise au pinacle dans la cinématographie française du personnage récurrent pour ne pas dire omniprésent du jeune beurre, allait nous débarrasser des affres pré et post ménopause de la bourgeoise de province, hélas il n’en est rien. Je précise que ce sont deux catégories, contrairement semble-t-il à la gent cinéphilique française, et pour paraphraser mon maître Achille Talon, dont je me brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Je dois avouer néanmoins que j’ai quelques faiblesses pour les atermoiements féminins lorsque les malheurs de ces dames sont filmés par Desplechin (Mais le propre de l’art n’est il pas de transcender par la manière et la matière le sujet, que reste-t-il de “Madame Bovary” réduit à son anecdote? Disons que Christophe Honoré n’a pas été loin de réussir cette miraculeuse transmutation.). “Non ma fille tu n’iras pas danser” met en scène le désarroi d’une mère de famille, Léna (Chiara Mastroianni), qui après son divorce ne parvient pas à faire face à sa nouvelle situation et surtout à être une mère exemplaire, ce qui est l’unique horizon qu’elle s’est fixé, pour ses deux enfants, une fillette de six, sept ans et un garçon de onze, douze ans (Donatien Suner). Les grands-parents ont invité toute la petite famille dans leur manoir breton pour passer quelques jours de vacances durant l’été. Cette invitation est une sorte de traquenard monté par la grand mère (Marie-Christine Barrault) dans l’espoir de rabibocher sa fille, qu’elle a toujours materné et considéré comme une tête légère, avec son ex-mari (Jean-Marc Barr). A cette opération à haut risque participe aussi la sœur (Marina Fois plus que convaincante dans un rôle dramatique inhabituel pour elle), en ceinte jusqu’aux dents de son falot mari (Marcial Di Fonzo bo excellent dans ce contre emploi). Cette confrontation estivale aux prix de nombreuses souffrances aidera à dénouer le nœud gordien de cette famille qui ne cherche qu’ a faire le bien de Léna; d'ailleurs le titre anglais moins beau mais plus juste que “Non ma fille...” est Making Plans for Lena ("On fait des projets pour Lena") alors que le titre français fait référence au conte breton qui sépare au milieu du film le volet breton de sa suite parisienne... Or donc, au milieu de cette histoire arrive, comme un cheveu sur la soupe, un conte breton, plus ou moins situé au XIX ème siècle, très rohmerien et remarquablement filmé. Il aère agréablement l’esprit du spectateur qui sans cela n’aurait peut être pas pu supporter les atermoiement amoureux de Léna , emmerdeuse patentée, durant 1h 45 (peut être qu’également les accortes figures d’une mâle jeunesse rustique en costume traditionnel breton n’a pas été pour rien dans mon regain d’intérêt pour le film à partir de ce moment là; après le conte l’intrigue se transporte à Paris.). Car la principale faiblesse du film de Christophe Honoré est que son personnage principale est une chieuse qui finit par épuiser la patience des siens ( mais grâce au talent du cinéaste pas celle des spectateurs), eux-mêmes n’étant pas des gens avec lesquels je partagerais avec plaisir un dîner tant est patente leur médiocrité petite bourgeoise. J’en reviens à la question que je me pose de plus en plus à la sortie d’un cinéma, pourquoi ai-je passé 1h 45 avec des personnes, et de surcroît payer pour cela, que dans la “vraie vie” je fuirais à toutes jambes? L’amour du cinéma demande peut être un souci du prochain que je n’ai pas, ou plus? Le scénario n’est pas non plus sans faiblesse, certaines scènes comme l’escapade romaine des grands-parents auraient pu être couper sans dommage. Plus grave certains points ne sont pas explorés complètement comme la maladie du grand-père, un ressort dramatique non utilisé qui ne fait ainsi que brouiller les esprits à l’encontre de ce personnage au lieu de le construire. Heureusement le moindre rôle est joué à la perfection et lorsque l’on voit Jean-Marc Barr tout à fait bon (sans doute une première) on mesure combien Christophe Honoré est un grand directeur d’acteur. Un peu sur le modèle de Desplechin, auquel décidément il est difficile de ne pas penser, Christophe Honoré de film en film semble vouloir se constituer une troupe. Ce serait d’ ailleurs le désir d’offrir à Chiara Mastroianni un premier rôle, elle n’en avait qu’un second dans les chansons d’amour” et une silhouette dans “La belle personne”, qui aurait conduit le réalisateur à tourner “ Non ma fille...”. Pour ce casting parfait il serait dommage de ne pas citer en ce domaine le collaborateur habituel du réalisateur, Richard Rousseau. Ce casting qui parait évident ne l’était pas du tout au départ. Il fallait oser distribuer dans des rôles importants des acteurs peu connus comme Fred Ulysse dans celui du grand père ou dans l’emploi de la tête à claque “spirituel”, le frère du cinéaste, Julien Honoré. On retrouve Louis Garrel, “la muse” du metteur en scène. Garrel heureusement ne songe plus à singer Jean-Pierre Léaud. Pour une fois Honoré s’est interdit de filmer le sexe de son acteur de prédilection, en échange il nous offre l’abondant buisson pubien de son frère! Pour les amateurs de très jeunes personnes, Donatien Suner, qui joue avec beaucoup d’autorité le fils de l’éperdue, est une beauté! Mais Il est à craindre que le personnage d’Anton tienne plus du fantasme de cinéaste (on peut y voir peut être Christophe Honoré en pré adolescent) que de la réalité. Malheureusement je ne crois pas qu’aujourd’hui, il existe un tel garçon, grand lecteur, indemne de la boutomania aiguë qui ravage la population adolescente. L’anachronisme du personnage d’Anton renforce l’impression d’ intemporalité de cette histoire, là encore en contradiction avec le naturalisme de l’ensemble. La fluidité du jeu des acteurs est sans doute due en partie à la connaissance de longue date qu’ a le cinéaste de la plupart d’entre eux. En outre, le cinéaste retrouve aussi son chef op, Laurent Brunet de son film précédent et sa monteuse habituelle, Chantal Hymans, sans oublier à la musique Alex Beaupain. Christophe Honoré est un homme de fidélité. Malgré tout il n’a pas totalement réussi son coup principalement à cause d’un travail insuffisant sur le scénario. Comme à son habitude il a été incapable de situer d’une manière crédible socialement ses personnages; tout ce beau monde vit dans des appartements confortables ou un joli manoir breton sans jamais que l’on sache d’où vient cette tranquille aisance doublée d’une agréable oisiveté, sauf pour le personnage joué par Chiara Mastroianni dont on croit comprendre qu’elle était anesthésiste et qui se recycle, comme c’est crédible, en vendeuse chez une fleuriste. Il aurait suffi de quelques plans ou de quelques lignes de dialogue, (dialogues qui sonnent justes même si certains sont trop écrits) pour préciser la place sociale de chacun. On ne demanderait pas de telles choses si Christophe Honoré ne jouait pas la carte du naturalisme. Un pareil reproche serait ridicule fait à Rohmer ou Bresson... Autre carence résultat d’un manque de travail sur les décors, le constant divorce entre les intérieurs et les extérieurs, ce qui est très gênant. Il est très peu probable que les intérieurs, assez minables où se déroulent plusieurs scènes, soit ceux de l’élégant manoir breton des grands-parents; de même l’escalier menant à l’appartement parisien où résident Léna et ses enfants ne correspond visiblement pas au dit appartement. Avec ce dernier film, Christophe Honoré a pris le contre pied de ses autres opus dans lesquels les hommes sont mis au centre, les femmes étant plus ou moins cantonnées à la périphérie des intrigues. Dans “Ma fille tu n’iras pas danser” elles sont au centre et portent la culotte. Enfin je voudrais signaler la présence, malheureusement exceptionnelle au cinéma, d’une très belle séquence de sexe entre deux personnes âgées filmée avec beaucoup de sensualité et de tact. Un film attachant auquel il n’a manqué qu’un peu de travail pour être dans son genre, qui n’est pas complètement le mien, une complète réussite.

 

Pour retrouver Christophe Honoré sur le blog:  Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe HonoréTout contre Léo, un film de Christophe HonoréLes Bien-Aimés, un film de Christophe Honoré, La belle personne, un film de Christophe Honoré, LES CHANSONS D'AMOUR, un film de Christophe Honoré   

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Les herbes folles, un film d'Alain Resnais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

En sortant des "Herbes folles", je me suis dit que j'avais passé 90 minutes allègres, ce qui n'est déjà pas rien, mais que ce n'était pas grand chose, mais un presque rien toutefois merveilleusement filmé. En effet l’argument tiré d’un roman, “L’incident” (éditions de Minuit) de Christian Gailly, auteur dont je n’ai rien lu, mais le film m’a donné grand envie de combler cette lacune, est à la fois un peu simpliste et assez artificiel: un voleur arrache le sac de Marguerite Muir (Sabine Azéma), dentiste par raison, aviatrice par passion. Le portefeuille que contenait le sac est retrouvé par Georges Palet, homme au foyer au passé glauque. L’homme s’éprend à la folie de l’inconnue volée, leurs vies va être chamboulées. Je me suis dit encore que c'était du Pascal Thomas ou du Podalydes ( Michel Vuillermoz n’est pas là par hasard, il forme avec Amalric une sorte de couple succulent de policiers à la Dupond et Dupont), en beaucoup plus fluide, en beaucoup plus savant, donc paradoxalement atteignant une légèreté à laquelle les cinéastes cités peinent malgré leurs efforts à y parvenir. Et puis rentrant chez moi, le métro aidant considérablement à la rumination filmique, j’ai songé à bien d’autres cinéastes, comme Jean Grémillon pour un film, dont à l’instant je ne retrouve plus le titre, sur l’aviation et aussi à Depleschin; dans “Les herbes folles” il y a la même pesanteur familiale, esquissée avec brio dans la scène du repas de famille, chez ce Resnais que dans les derniers films de Depleschin. On voit bien que Resnais tourne avec tout le bagage du cinéma et en particulier du cinéma français, mais cela ne l’encombre, ne le leste jamais. Ensuite pour retrouver mon pavillon de banlieue, je me suis extasié, à posteriori, parcourant une rue peu différente à celle où demeure le héros du film, sur le savoir faire du cinéaste pour filmer les architectures et quel amour cela induit du décor, de la chose construite (qu’elle soit réelle ou réalisée en studio). On ne sait jamais si telle scène est tournée en décor réel ou en studio. Les extérieurs paraissent tous être faux alors qu’ils sont très probablement vrais; je crois que je vais faire un petit repérage du coté de L’Hay les roses et de Sceaux (mais le film n’a peut être pas été tourné dans ces communes. Je n’ai pas été assez attentif au générique de fin!)... Autre référence , en particulier en ce qui concerne les lumières, distillées avec une science caravagesque, celle de Wong Kar wai me parait pertinente. J'ai aussi pensé à Hitchcock, pour l'escalier, pour l'opacité jamais dissipée du passé de Palet et aussi pour ce mélange de comédie et de menace un peu comme dans “Mais qui a tué Harry”. Peut être aussi à cause de la musique de Mark Snow (comme dans “Coeur”) qui sait se faire inquiétante. On ne pense pas à tout cela durant le film tant on est emporté sur les ailes de la caméra de Resnais et de son génial chef op, Eric Gautier. Tant on est toujours surpris par le jeu des acteurs qui sont ici à leur meilleur, bien sûr Dussollier, tout en essoufflements et crispations mais dont le jeu n’est jamais mécanique, et Sabine Azéma. Il ne faudrait surtout pas oublier les seconds rôles et même les apparitions comme celle de Roger Pierre qui ressemble aujourd'hui à un vieil eunuque ou de Paul Crauchet qui a quasiment disparu de nos écrans depuis déjà trop longtemps et qui réussit en 30 secondes à faire exister la silhouette qui lui a été dévolue. Autre apparition dans le rôle minuscule, une réplique, du jeune fils de la famille celle de Vladimir Consigny, qui m’avait considérablement impressionné, avec son immanquable strip-tease intégral, vu que de dos malheureusement dans “Hellphone” (on est certes là un peu loin de Resnais...). Je m’en voudrais d’oublier le sourire lumineux de Françoise Gillard la vendeuse de chaussure à laquelle mademoiselle Muir à plaisir à avoir affaire. Y aurait il un lesbianisme refoulé chez Marguerite Muir? Mais la prestation la plus extraordinaire du film est celle d’Edouard Baer que pourtant on ne voit pas, puisqu'il est la voix off, des “Herbes folles” dans lequel Resnais réinvente le procédé. Non pas une voix off qui comme habituellement quand cette figure cinématographique est utilisée, explique et comble les béances du scénario ou décrit ce que l'on ne veut, ou peut filmer; mais au contraire cette voix hésite et apporte un décalage qui pousse le film vers un burlesque tragique. Je suis persuadé que Resnais a eu l'idée de proposer cette voix à Edouard Baer après avoir vu l’acteur dans sa magistrale interprétation dans le "Pédigrée" de Modiano. Très inhabituelle au cinéma, et en particulier dans les comédies, est l’opacité des personnages, ainsi on ne saura rien du passé de Georges Palet, on en est réduit aux supputations nourries par quelques réflexions de son entourage, en particulier celles de sa femme, jouée par Anne Consigny, comme toujours parfaite. Les relations entre Georges Palet et son épouse reste mystérieuses et donnent encore un peu plus d’ épaisseur aux deux personnages. Pour quelle raison a-t-il été privé de ses droits civiques? Pourquoi se demande-t-il si le policier, joué par un Amalric épatant, l’a reconnu? Paranoïa? Est-il un notable déchu? On peux subodorer qu’il y a du sexuel dans sa chute... On ne sera pas surpris que la recette d’Alain Resnais pour que ses personnages ait une telle densité est d’ inventer pour chacun d’entre eux une biographie minutieuse. Chaque séquence est l’occasion de s’émerveiller de la virtuosité du cinéaste. Il faudrait voir le film une deuxième fois en étant seulement fixé sur ses prouesses techniques tant elles sont extraordinaires et cependant jamais clinquantes; comme la séquence du dîner en famille dans lequel la caméra suit d’abord Anne Consigny qui sort de la cuisine, apporte l’apéritif, s’assoit à coté de Sara Forestier (d’une ravissante fraîcheur) d’André Dussollier et Nicolas Duvauchelle sur le canapé ensuite la caméra les quitte, vagabonde dans la pièce passe devant la table mise pour cinq personnes, tiens il en manque un se dit on, continue et surprise tombe sur Dussollier avec un tablier en train de faire rôtir des tranches de viande sur un barbecue, puis Sara Forestier le rejoint pour se faire resservir cette fois la caméra suit la jeune femme jusqu’à la table où tout le monde est en train de déjeuner y compris Dussollier, sans tablier. Dans le dernier plan la lumière n’est plus la même qu’au début du plan séquence qui, en temps réel, a duré peut être deux minutes alors qu’en temps de cinéma plusieurs heures ont passé. J’aurais bien aimé être sur le plateau pour voir le charivari que se plan a du occasionné de la part des accessoiristes, éclairagistes et comédiens un exploit que l’on aura peut être la chance de voir dans le making of du dvd qui alors porterait bien son titre, ce qui est, malheureusement, assez rarement le cas. Autres images remarquables et surprenantes, celles dont le premier plan est net le plan moyen flou et l’arrière plan net!! Comment fait-il cela? peut être en faisant jouer ces acteurs sur un fond vert et pour ensuite ajouter le fond en incrustation... Les dialogues ne sont pas, par rapport à l’image, en reste de surprise avec leurs phrases laissées en suspend ou sont interrompues brutalement ou carrément étrange comme la dernière réplique du film qui m’a laissé interloqué et qui est de mémoire à peu près cela : << maman quand je serais chat je pourrais manger des croquettes?>> (si quelqu’un à une explication pour cette scène qu’il nous en fasse part.). Cette incongrue question est prononcée par une petite fille que l’on a jamais vue auparavant. Est-ce mademoiselle Muir enfant? Mais alors les croquettes pour chat existeraient depuis aussi longtemps... Le propre des grands artistes est de bien savoir s’entourer et par là aussi Alain Resnais prouve qu’il en est un. Il a le talent de travailler avec une équipe bien rodée dont les membres sont plus des complices et des amis que des collaborateurs et de leur adjoindre des nouveaux venus qui dynamisent sa vieille garde. Si j’ai été négligent dans l’observation du générique j’ai tout de même remarqué qu’un des adaptateurs du roman de Gailly est Laurent Herbiet qui en 2006 avec “Mon colonel a réalisé un des meilleurs films qui existe sur la guerre d’Algérie. Ce qui est merveilleux chez Resnais c’est le talent qu’il possède pour dissimuler la gravité, “Les herbes folles” est un grand film sur la solitude, sous la légèreté.

 

Pour retrouver Alain Resnais sur le blog: Vous n'avez encore rien vu, un film d'Alain ResnaisLes herbes folles, un film d'Alain Resnais

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Dans la maison, un film de François Ozon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


 

Il y a bien des années, j'ai été le co-organisateur d'un éphémère festival du film de droite, à cette occasion j'ai eu le bonheur de rencontrer et de parler longuement avec Maurice Ronet qui devait mourir peu après. Si for improbablement je devais à nouveau m'occuper une nouvel fois d'une telle manifestation, je mettrais en ouverture « Dans la maison » qui me paraît le parangon du film de droite d'abord par le regard sans illusion ni même espoir sur l'animal humain (sauf sur les acteurs sinon il ne les dirigerait pas si bien), un regard qui ressemble à celui d'un Anouilh ou d'un Marcel Aymé dans leurs oeuvres les plus noires. De droite, le film l'est aussi par les références dont le film est truffées, Céline, Philippe Meyer... et Luchini. Il l'est surtout par sa légèreté inquiétante et sa désinvolture égoïste.

« Dans la maison » est une histoire de manipulation et comme toujours dans ce genre d'histoire on finit par ne plus savoir qui manipule qui. Germain, un professeur de lycée (Fabrice Luchini) donne, comme premier sujet de rédaction de l'année à ses élèves, pour les connaître: raconter votre weekend. Dans l'effrayante médiocrité des copies, tranche. Elle est due à un certain Claude Garcia (Ernst Umhauer) et elle raconte, sur un ton détaché et méprisant, les efforts d'un garçon pour s'introduire dans une famille « normale », donc médiocre, et s'en faire adopter par le truchement de son aide en mathématique au fils de la famille, Raphaël Argol dit Rapha. Germain veut connaître le garçon dont il détecte le talent d'écriture. Il se trouve que c'est un bien joli garçon de seize dans le genre crevette gracile et timide. Germain prend Claude sous son aile et l'encourage à écrire. Tous les jours le garçon donne à son professeur une copie dans laquelle il décrit l'avancée de son entrisme. Germain fait lire à sa femme (Kristin Scott Thomas) tenancière d'une improbable galerie d'art contemporain ce qui est devenu un véritable feuilleton. Petit à petit les manipulations de Claude déstabilisent aussi bien la famille Argol que le couple de son professeur.

Il est important que le spectateur ne cherche pas le naturalisme dans le nouveau film d'Ozon qui a pourtant dernièrement flirté avec lui (que l'on se souvienne de Ricky où il a tourné l'histoire d'une junkie enceinte avec Isabelle Carré qui attendait réellement un enfant) mais accepte les conventions de l'auteur comme on accepte celle de l'opéra. Rien de moins réaliste que ce lycée français (mais dans quel morceau du territoire sommes nous? Nous ne le saurons jamais, en fait nous sommes dans un morceau du territoire de l'imaginaire d'Ozon) dans lequel les élèves sont contraints de porter l'uniforme (succulente séquence, mais bien rapide, écarquillez les yeux dès le début, le choupinet en vaut la peine, du pré-générique dans lequel la caméra nous montre Claude, mais on ne sait pas que c'est lui, d'ailleurs on ne voit pas son visage, revêtir pour la première fois son uniforme) ou que la maison des Argol, plus américaine que française et plus lynchienne qu'américaine.

Ozon s'est peint en Claude Garcia, on ne peut que voir en ce garçon manipulateur, un autoportrait du cinéaste à la fois séducteur, tête à claques et inquiétant. J'ai eu l'occasion de rencontrer une fois François Ozon pour un projet d'édition qui n'a malheureusement pas vu le jour; j'avais été frappé par son mélange de timidité et de forfanterie...

Le rôle de Germain semble avoir été écrit pour Fabrice Luchini, un peu trop même tant c'est Luchini que l'on voit à l'écran plus que Germain ne fait-il pas avec ses lectures des grands auteurs, le professeur depuis des années sur les planches des théâtres. A un moment l'acteur recycle son numéro de lecteur de La Fontaine et à un autre celui de Philippe Meyer.

Tout le film n'est que jeux de dupes et manipulations, mis à part les rencontres entre Claude et Germain et les moments d'intimité domestique de ce dernier avec sa femme, nous ne voyons que la mise en images de ce qu'écrit Claude sur la famille de Rapha.

Ozon multiplie les pistes dans son film, comme Claude multiplie les versions de ses textes sous les conseils de Germain. Le garçon ainsi tient en haleine le public et son premier lecteur, Germain qui ne sait plus bientôt discerner le réel de la fiction et les mélange dangereusement.

On a, vers la moitié du film le sentiment que le cinéaste va nous donner sa version du « Théorème » de Pasolini ou ensuite un remake de son film « Sitcom »; On se demande juste avec qui Claude va coucher en premier, Rapha, Esther (parfaite Emmanuelle Seigner dans son numéro de Bovarysme) la mère de Rapha, son père ou encore Germain mais c'est encore bien sûr une fausse piste qui nous donne néanmoins un grand moment quasi virtuel, le spectateur doit être alors très vigilant, l'image est fort fugitive, mais comme c'est lors d'une scène de douche entre mâle je subodore que mes lecteurs, voyant le film, seront particulièrement attentifs à cette scène. On y voit le jeune Rapha fils ayant des difficultés à cacher son érection lorsqu'il voit sont père nu faisant gicler du gel douche dans la main du joli Claude tout aussi nu. Chers lecteurs je dois tout de même vous avertir que le cadrage du directeur de la photo ne descend pas en dessous de la taille des protagonistes. – soupirs de déception-. Plus tard je me demanderais si Rapha fils bandait parce qu'il voyait son ami nu ou si l'érection était causée par la nudité de son géniteur. J'ai envisagé un instant que le secret de la famille était l'inceste entre le père et le fils.

 

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Les plans sont parfois bien rapides, ainsi je ne suis pas sûr que dans la pile de livres que Germain prête à Claude figure « La chambre d'ami » d'Yves Dangerfield » (Grasset 1984) qui nous narre une histoire pas très éloignée du conte du film d'Ozon (si un de mes lecteurs à le téléfilm tiré de ce roman dans lequel Thierry Frémond est extraordinaire, qu'il me contacte d'urgence. On peut aussi à des histoires du même genre comme « Retour au château » d'Evelyn Waught...

Si les références littéraires sont nombreuses, celles cinématographiques ne manquent pas d'abord on pense beaucoup à un moment à « Un élève doué » mais ce n'est qu'une fausse piste, on continue par supputer que l'on pourrait avoir du sang comme dans « Match point » d'ailleurs sous certains angles Fabrice Luchini ressemble de plus en plus à Woody Allen puis dans le final on aperçoit clairement un hommage au fenêtre sur cour d'Hitchcock. On pense d'autant au maitre américain que Claude est lui aussi un maitre du suspense et que Philippe Rombi l'auteur de la musique du film n'ignore pas celles qu'a concocté Bernard Hermann pour les opus d'Hitchcock.

La force d'Ozon c'est de changer de genre presque à chaque film tout en travaillant toujours ses obsessions, la séduction, homosexuelle et hétérosexuelle, la manipulation, le roman dans le roman, dans « Swimming pool » (2003) et « Angel », son plus beau film, les héroines étaient des romancières, et surtout l'évanescente frontière entre imaginaire et réel.

Il est dommage qu'Ozon parfois en face trop, et force sur la caricature, comme dans sa charge, néanmoins savoureuse, contre l'art contemporain (ah les poupées gonflables sexuelles avec la tête d'Hitler et de Mao et les pénis en érection formant une svastika, la beaufitude de Rafa père (Denis Ménochet) ou l'apparition extravagante de Yolande Moreau dans un double rôle de jumelles obtuses. La scène de Claude et de son père aurait du rester hors champ, mais si Ozon restait sobre dans son filmage, ce ne serait plus tout à fait Ozon.

Ozon a une nouvelle fois adapté une pièce de théâtre (« Le garçon du dernier rang » de Juan Mayorga) d'ou l'artificialité revendiquée des décors et de certaines situations, une posture qu'Ozon partage avec Resnais.

Il y a souvent du cynisme dans les scénarios que met en scène Ozon, pourtant la dernière scène du film est pleine de tendresse et d'espoir, le garnement n'est pas si méchant que cela seulement atteint d'une soif inextinguible de jeu...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ernst Umhauer et Fabrice Luchini - Dans la maison

 

Pour retrouver les films de François Ozon sur le blog:  Dans la maison, un film de François OzonPotiche de François Ozon, Gouttes d'eau sur pierres brûlantesLES AMANTS CRIMINELS, un film de François Ozon  

 

 

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Vous n'avez encore rien vu, un film d'Alain Resnais

Publié le par lesdiagonalesdutemps


 

 

 

Le nouveau film d'Alain Resnais est l'un de ces rares spectacles qui vous fait croire, après l'avoir dégusté, que vous êtes intelligent. C'est agréable, et déjà pour cette illusion qu'Alain Resnais en soit remercié.

« Vous n'avez encore rien vu » contient à la fois une leçon de cinéma et une leçon de théâtre. Le réalisateur a toujours voulu créer un pont entre cinéma et théâtre. Le prologue hommage appuyé (mais ce n'est pas ce qui est le plus réussi) à Sacha Guitry en un exemple. Leçons qui ne s'adressent pas aux nuls, pour reprendre le titre d'une série d'ouvrages qui pullulent en ce moment dans nos librairies, mais à un public qui a « fait » ses humanités. Car pour apprécier complètement le film , il est bon que la légende d'Eurydice ne lui soit pas complètement étrangère. Il lui est conseillé également ne ne pas ignorer totalement le théâtre d'Anouilh, ni les autres films du cinéaste. Ces conditions préalables, qu'intègrent semble-t-il naturellement le public auquel n'est pas destiné le dernier opus de Resnais et qui donc passe son chemin, nous laisse entre nous, je veux dire ceux dont la couleur de peau s'harmonise avec celle des cheveux... Ce qui est également fort agréable.

Le pitch de « Vous n'avez encore rien vu » est le suivant: Un auteur dramatique célèbre, Antoine d'Anthrac, venant de décéder, convoque dans ce qu'était sa demeure, on imagine une sorte de château fiché dans une montagne enneigée (il n'y aura pas de contre champ on e se fera une idée du manoir tombeau que par les yeux écarquillés de ceux qui le découvre), les acteurs qui au fil des années ont joué sa pièce Eurydice pour qu'ils visionnent la captation de cette même pièce jouée par une jeune troupe de théâtre. Les anciens doivent dire si leurs jeunes confrères sont dignes de prendre leur succession.

Le maitre de cérémonie-maitre d'hôtel et factotum tout à la fois (Andrzej Seweryn, lance le visionnage du film, réalisé par Bruno Podalydes et effectivement joué par une jeune troupe. Ce que l'on entend est pour l'essentiel le texte de la pièce Eurydice d'Anouilh. Resnais a également puisé, pour l'argument de son film et son début dans « Cher Victor », une autre pièce du dramaturge.

Très vite les acteurs qui ont joué jadis et naguère la pièce devance les répliques dites par leurs jeunes camarades. La caméra glisse de leur interprétation à celle de la captation. Celle des ainés submerge petit à petit celle de leurs cadets.

Pour que ce film extrêmement conceptuel fonctionne, il fallait que les acteurs d' »hier » soient joués par de grands acteurs, c'est le cas puisque apparaissent sous leur vrai nom dés les premiers instant, Pierre Arditi, sabine Azema, Lambert Wilson, Consigny pour les rôles principaux d'Orphée et Eurydice et aussi, parfois pour de tous petits rôles, Michel Piccoli, Gérard Lartigau en petit régisseur (qui me semble avoir vu dans le même rôle que dans le film au théâtre dans mes jeunes années, j'espère qu'un de mes lecteurs pourra confirmer ou infirmer la chose), Hippolyte Girardot qui en souteneur-impresario nous entraine dans un polar de l'immédiate après guerre... Il ressuscite Jule Berry! Il y a encore Michel Vuillermoz qui forme avec Annie Dupérey un couple de médiocres « sam suffit » délectable. Amalric en Charron n'a jamais été mieux.

Je regrette toutefois que le couple Azéma-Arditi ait pris trop le pas sur les autres Orphée et Eurydice déséquilibrant trop le film en leur faveur. Même si le fait qu'ils soient les plus éloignés de l'âge de leurs rôle charge leur échange d'une grande émotion, faisant s'interroger le spectateur sur la pertinence et la permanence de l'amour à un âge qui n'est plus celui des pages glacées des magazines de mode.

En sus deux acteur eux joue directement un personnage, Denis Podalydes qui interprète l'auteur dramatique défunt, il apparaît dans un petit film dans le film, et Andrzej Seweryn en majordome inquiétant, cauteleux et autoritaire.

Les savants et ludiques procédés de Resnais ont du faire plaisir à Anouilh si d'outre tombe il a pu les voir (on peut le penser puisque nous sommes dans un film de fantômes) car je crois que jamais la langue d'Anouilh a aussi bien sonné. Ce qui est un peu paradoxale car Eurydice n'est certainement pas la meilleure pièce d'Anouilh mais l'exceptionnelle mise en scène de Resnais fait que l'on a l'impression en voyant cet Eurydice en stéréophonie d'être en face d'une pièce qui serait écrite par Becket, il est difficile en voyant Piccoli de ne pas penser à « En attendant Godot » et aussi par Noël Coward tant le décor (du à Jacques Saulnier l'habituel décorateur du metteur en scène Y qui doit aimer le peintre Paul Delvaux...) et parfois l'urgence des acteurs évoque « Brève rencontre ». Resnais a réussit à faire d'Orphée un mythe moderne, là où avait échoué Cocteau, encombré de tout un bric-à-brac des années trente, et demy dont le « Parking » était irrémédiablement plombé par le très mauvais acteur qu'est Francis Huster.

Un nouveau merci à Resnais pour cette superbe réhabilitation d'Anouilh; je me souviens que tout le gratin du prêt à penser de « gôche » avait fait la fine bouche lors de l'entrée d'Anouilh dans la Pléiade!

Les jouvenceaux de la jeune troupe, la compagnie de la colombe, dans une mise en scène très jeune théâtre » sont très en deçà de leurs ainés, mais c'est ce qu'il fallait. Sylvain Dieuaide en Orphée est mignon dans le genre mièvre, mais à tout prendre plus le personnage écrit par Anouilh que Pierre Arditi et Lambert Wilson dans leurs jeunes années. Quant à Vimala Pons en Eurydice, que l'on voit trop peu on sent poindre à souhait en elle la salope, car l'Eurydice d'Anouilh en est une.

Resnais use à plaisir à la fois des facilité du théâtre et de celles du cinéma. Le décor semble glisser comme sur des rail. Il nous entraine d'un caravansérail montagnard au buffet d'une gare de Province où sur le quai une affiche fait la réclame pour « Hiroshima mon amour » autre film de rencontre car celui-ci en est aussi un. Se mêlent décor de studio et incrustations numériques comme les intempestifs trains à vapeurs qui passent dans l'image comme le jogger dans « Providence ».

Je ne vous dirais rien des dernières facéties d'Alain Resnais tant il faut voir le film pour que perdure un cinéma intelligent. Resnais apprêterais à tourner un nouveau film. Croisons les doigts pour qu'il ait la même longévité artistique qu'Oliveira et cela pour notre plus grand plaisir.

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Pourquoi? un film d'Anouk Bernard

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'ai trouvé naguère ce billet sur un site malheureusement disparu, d'un hibou cinéphile, sur un film, "Pourquoi?", que je cherche depuis longtemps.

 

Cher lecteur si vous avez "Pourquoi?" dans votre vidéothèque dans votre vidéothèque contactez moi, merci d'avance.

 

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Pourquoi ?

un Film Français écrit et réalisé par Anouk Bernard d’après son livre 1977/ avec Jaime Gomez (Patrick) Etienne Bierry (le Père) Simone Landry (la Mère) Jean Négroni (Le médecin) Paul Demange (L'avorteur) Christine Fabrega (La psychologue) Luce Fabiole (La grand-mère) Gérard Barray (Le pharmacien)  Bernard Lavalette 1H48.

 

Patrick (Jaime Gomez), 13 ans environ, est un garçon comme les autres, un peut coincé par sa mère irascible (Simone Landry) et oublié par son père souvent absent (Etienne Bierry), jusqu’au jour, ou, pour ne pas passer pour un « dégonflé », il fume du Haschish avec ses copains. Il fréquente alors une bande de zonards et s’intoxique avec eux, puis, ayant rencontré un brave copain, il craque et avoue tout à son père. Une cure de désintoxication en hôpital le rend tout neuf à sa famille. Mais bientôt, à nouveau, il prend la fuite et vit en clochard, de vols et de prostitution pour se piquer avec la drogue que lui procure un trafiquant d’avortements clandestins (Paul Demange). Une deuxième fois son père le ramène au bercail. Brèves retrouvailles car les mêmes causes ont les mêmes effets. Patrick va s’enfoncer de plus en plus dans l’enfer… 

 

Il s’appelle Patrick, il va vers ses quinze ans à la rencontre de la vie, ses espoirs et ses pièges. Visage semblable à mille autres, déjà un homme, grand yeux d’enfant sage.

Ses parents, son école, ses rêves et ses premières découvertes : voilà tout son univers.

Il pourrait être votre fils ou son voisin de classe. Il a pour lui sa jeunesse, ses secrets et aussi sa tendresse, parfois déroutante…

Sa mère, de tempérament inquiet et autoritaire, l’aime maladroitement, sans vraiment le comprendre. Elle est obsédée par l’avenir de son enfant et par sa réussite dans des études quelle n’a pas pu faire elle-même.

Son père, pris par son métier, n’aspire qu’à la tranquillité après le travail. Souvent absent, il ne s’occupe pratiquement pas de Patrick, sans pour autant sans désintéresser…

Voilà le décor planté, avec les principaux personnages, où va se jouer le drame de la drogue.

 

A travers la morosité et l’agressivité qui se dégagent le plus souvent des films actuels, je veux souligner le courage dont a fait preuve Anouk Bernard en abordant un sujet difficile et rebattu.

J’ai été profondément touché en découvrant cette histoire construite autour de la personnalité d’un enfant.

Anouk Bernard  est allée au cœur du sujet. On sent combien elle a compris le problème. Sans tricher, sans faire aucune concession, sans parler de morale, sans explications superflues, elle nous fait vivre pleinement, non seulement le drame de la drogue, mais aussi le désarroi et la solitude d’une partie de la jeunesse.

Dans ce livre, j’ai retrouvé l’ambiance et les situations du film, et j’ai davantage compris l’importance du rôle des parents, désarmés devant le cas de conscience que leur posent leurs enfants.

Comme Anouk Bernard se refuse à tout jugement, laissant à chacun la liberté de conclure, en ce qui me concerne, je dirai simplement que se livre est un document que tout le monde devrait lire.

 

Michel Drucker (Préface du livre)

 

Un film écrit et réalisé par Anouk Bernard d’après son livre (Pourquoi ? la drogue…quinze ans…la solitude…) paru aux éditions Seghers.

 

 

Tout d’abord il faut remettre le film dans le contexte de son époque 1977, depuis, beaucoup de films sur ce sujet ont été fait, et bien plus fort, mais peut être avec moins d’intelligence pour montrer le rapport d’un adolescent avec ses parents.

En 1977 c’était les Jean’s pattes d’éléphant, des jeunes qui se retrouvent en petit groupes pour fumer du Haschish et surtout pour s’évader du milieu familial dans une société de moins en moins tolérante avec eux; le gouvernement de l’époque n’était pas ce qu’il y avait de mieux.

Cela dit Pourquoi ? Et un film très émouvant que je conseille vivement, l’ennui c’est qu’aujourd’hui, ce film et introuvable, j’en avais un enregistrement une V.H.S à l époque où le film avait été diffusé sur Antenne.2 dans les années 80 (enregistrement qui à brûlé dans un incendie) mais si un lecteur de se blog en possède une copie, contacter moi.

La réalisatrice Anouk Bernard dont je ne sais pas grand-chose à signé le scénario, la réalisation et la musique de ce film; j’ai entendu dire qu’elle évolue aujourd’hui dans le milieu du théâtre parisien.

Parmi les acteurs Jaime Gomez dans le rôle de Patrick est très émouvant, Etienne Bierry et Simone Landry sont tous deux très bien à leurs place, ainsi que Paul Demange, Jean Négroni et Christine Fabrega.  

 

Le Regard du Hibou (A.M).

 

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En se souvenant de Paul Gégauff

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'ai connu fugitivement Paul Gégauff qui est un de ces passants éphémères de ma vie qui ne passe pas... Rohmer,  dans un remarquable entretien dans Les cahiers du cinéma avec Jean-Michel Frodon, dont habituellement je ne suis pas un fervent, en parle très bien: << Je parle de lui, parce qu'il a eu une influence immense sur nous tous: sur Chabrol évidemment, mais aussi sur Godard qui mettait dans ses dialogues des phrases de Gégauff. Quant à mes films, il a théoriquement collaboré aux dialogues du "Signe du lion". En réalité, c'est plutôt que son personnage a influencé celui du film. Je voyais qu'il était très paresseux, et comme je suis toujours très précautionneux, j'avais déjà écrit les dialogues. Je lui ai apporté mon scénario et il m'a dit que les dialogues étaient yrès bons, qu'il n'y avait qu'à les garder. J'ai tout de même dit qu'ils étaient de lui parce qu'il a beaucoup influencé le film, une sorte de collaborateur dans l'ombre. D'autres personnages peuvent lui ressembler vaguement. Celui de Brialy dans "Le genou de Claire" qui est finalement très différent, mais la nouvelle que j'avais écrite était inspirée de lui. Le personnage joué par Fédor Atkine dans "Pauline à la plage" lui ressemble, et pas mal d'autres. Dans "La collectionneuse", je ne sais pas s'il m'a inspiré directement ou s'il a inspiré les acteurs, qui le connaissaient. C'est vraiment l'éminence grise du cinéma de la Nouvelle Vague...>>

En cliquant sur les rectangles verts, on peut écouter une remarquable émission de France-culture en deux parties sur cet homme libre. On y entend entre autres Claude Chabrol.

 

Capture-d-ecran-2012-09-19-a-08.09.46.jpg

 

Surpris par la nuit (13 février 2007) intitulé "Paul Gégauff, une partie de plaisir". 

 

 

Surpris 070214 (2-2) Le reflux interdit.WMA

 

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