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135 articles avec humeurs cinematographiques

Le monde de Charlie, un film de Stephen Chbosky

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Charlie (Logan Lerman) est un garçon de 15 ans, d'aspect quelconque très renfermé qui espère que son entrée au lycée va être pour lui, une nouvelle vie.Il voudrait surmonter les fantômes du passé et de vivre sa première année au lycée le mieux possible. Son existence au collège s'est avéré très pénible. Il n'a pas réussi à se faire des amis et son statut de bon élève aimant les livres ne l'a pas aidé. Malheureusement son séjour au lycée semble vouloir reproduire le calvaire qu'il a vécu les années précédentes jusqu'à ce qu'il fasse connaissance de deux autres outsiders du lieu, Sam (Emma Watson) et son demi-frère, gay, Patrick (Ezra Miller) qui tout en assumant son homosexualité est obligé de cacher sa relation avec la star de l'équipe de foot américain du lycée ( Johnny Simmons). Ils le prennent sous leur aile. Eux aussi ont quelques fêlures et sont à même de comprendre celles de Charlie . Ils vont agrandir le monde de Charlie...

Stephen Chbosky adapte son livre autobiographique. On peut supposer que l'adaptation est fidèle puisque le film est réalisé par son auteur. Il est paru une première fois en France sous le titre « Pas raccord » (je ne l'ai pas lu), pour la sortie du film il reparait avec le titre éponyme à celui-ci. L'ouvrage a été un gros succès aux Etats-Unis. Il est classé troisième des livres les plus consultés en 2009 dans les bibliothèques par l'American Library Association. Le roman estinscrit au programme de certaines écoles, mais interdit à la circulation par d'autres. Son titre original est The perk of being a wallflower, soit en français , des avantages de se confondre avec le papier peint. 

 

Le monde de Charlie


Le monde de Charlie est intéressant parce qu'il nous présente l'adolescence d'un garçon introverti ayant une vie relativement banal d'abord enfermé dans sa timidité et même un peu plus que cela on découvre petit à petit les clés de son blocage, puis se libérant au contact d'ami qu'il finit par se faire. Les péripéties, hormis les rituels des lycées américains qui ne doivent plus avoir de secret pour quiconque ouvre la télévision ou va quelques fois voir des films américains, sont réduites. Le film aurait été encore meilleur si le réalisateur, qui est aussi sont scénariste, n'avait pas introduit un traumatisme superflu qui rend le héros (l'anti-héros) moins ordinaire et par la moins empathique qu'il aurait été souhaitable. Ce mystère familiale qui est à la base du mal être de Charlie reste assez flou, même s'il est très inhabituel dans le cinéma américain et arrive qu'à la toute fin du film. Floues également les relations de Charlie avec les membres de sa famille, quelques scènes supplémentaires n'auraient pas été inutiles. On peut penser que ces points sont plus développés dans le roman que le film m'a donné envie de lire.

Tout sonne juste dans ce monde de Charlie à commencer par les dialogues pour continuer avec la psychologie des personnages, même s'ils nous paraissent, spectateurs français, un peu trop archétypaux, mais l'adolescent américain n'est-il pas contraint de ressembler à ces archétypes pour être accepter par ses camarades?

 

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Cette importance du rituel dans les lycées américains m'amènent à plusieurs interrogations et réflexions. Tout d'abord n'est il pas possible que dans des établissements fréquentés par une population homogène racialement (il n'y a que des blancs dans le monde de Charlie) et sociologiquement, tous les élèves de son lycée appartiennent peu ou prou à la classe moyenne supérieure américaine. Un tel panel de lycéens serait quasiment impossible dans la France d'aujourd'hui. J'entrevois que cette ritualisation , qui ne va pas sans violence comme le bizutage, qui nous est montré dans une des premières scènes , entraine une forte émulation entre les élèves et un grand esprit de corps entre eux, qui n'est pas étranger au patriotisme américain, mais aussi renforce le conformisme social excluant ceux qui ne correspondent pas à la norme sociétale de leur milieu et ou à des stéréotypes comportementaux. Le corollaire est l'exclusion de ceux qui n'entre pas dans ce moule d'où une possible exacerbation de la violence envers « l'original » ou de celui-ci envers ses camarades lorsqu'il prend conscience que son exclusion sera définitive. Ce qui peut expliquer le épisodes de folie meurtrière que connaissent régulièrement les établissements scolaires américains.

 

Le monde de Charlie, la critique de melty.fr


Mes petites réflexions sociologiques m'ont fait regarder aussi autour de moi; dans cette petite salle d'un multiplexe parisien, très bien remplie, presque que des jeunes gens, surtout des filles et que des blancs. Je remarque, tout au moins pour les films que je vais voir que les noirs sont très rares, beaucoup plus que dans le métro que je prend pour me rendre au cinéma... N'existerait-il pas une sorte d'apartheid culturel dans notre pays? (mais le sujet doit être tabou!).

 

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On ne sait pas quand exactement se déroule cette histoire mais c'est avant les ordinateurs personnels et les téléphones portables, disons dans les années 80 ou encore peut être un peu plus tard. En tout cas nous sommes au temps des magnétophones à cassette. Les ados dans le film se donne des compilations des musiques qu'ils préfèrent sur des cassettes, comme témoignage de leur amour. C'est fort mignon. A ce propos la très bonne bande originale du film est très bonne. Elle comprend des tubes cultissimes comme « Asleep » des Smiths.

On ne sait pas non plus où nous sommes avec précision, sauf pour ceux qui reconnaitrons le beau pont métallique qu'empruntent les héros mais la neige à Noël nous indique que nous sommes plus au nord et à l'est des Etats-Unis qu'au sud ou à l'ouest (à moins que nous soyons dans l'état de Washington ou au nord de l'Oregon).

 

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A propos de la date je suis surpris que dans l'Amérique dans les années oùl'histoire est censé se passer que Patrick puisse assumer aussi tranquillement son homosexualité... Mais peut-être que je suis victimes des idées reçues... Il reste que la relation entre Charlie et Patrick est peut être ce qu'il y a de plus original dans le scénario. On peut parler d'amitié amoureuse.

L'attitude de Charlie face à la vie me fait penser à celle de Donnie Darko dans le film du même nom et à celle du héros d' «  un jour cette douleur te servira  » le beau roman de Peter Cameron.

Malgré plusieurs propositions d’adaptations au cinéma à la sortie de son livre, Chbosky aura attendu 13 ans pour réaliser lui-même le film. Il est né en 1970 et diplômé de la prestigieuse école d'écriture scénaristique de la University of Southern California, Chbosky s'est attelé à son livre tout en étant encore étudiant, et l'a achevé quelques années plus tard à New York. Chbosky s'est ensuite installé à Los Angeles pour développer d'autres projets, comme l'écriture de la transposition cinématographique de la comédie musicale "Rent", qui a triomphé à Broadway, et le lancement de la série Jericho. Lianne Halfon, Russell Smith et John Malkovitch, associés au sein de Mr Mudd Productions, se sont intéressés au projet d'adaptation de Chbosky: la structure a notamment produit Juno, Ghost World, Art School Confidential...

 

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Si Chbosky ne révolutionne pas la mise en scène, il pose cependant la caméra aux endroits justes.

Les dialogues sont particulièrement soignés et contiennent quelques belles répliques comme: "On accepte l'amour que l'on croit mériter" (We Accept The Love We Think We deserve).

Le film doit beaucoup à l'impressionnante sincérité de l'interprétation des trois personnages principaux, fruit d'un casting parfait et pourtant pas évident.Emma Watson, connue depuis l’âge de 11 ans pour son rôle de Hermione dansHarry Potter démontre qu'il y a une possible vie de comédienne après Harry Potter. Logan Lerman révèle un registre très étendu, ce que ne laissait pas présager forcément sont rôle dans Percy Jackson, teen movie kitsch à souhait. Le duo Emma Watson – Logan Lerman se reformera pour le film Noah de Darren Aronofsky, sortie prévue, fin 2013. Mais en ce qui me concerne la révélation vient d'Ezra Miller qui possède un beau charisme et que je trouve par ailleurs très attirant en gay. Contrairement à beaucoup de film sur l'adolescence, « Le monde de Charlie » ne tourne pas les adultes en ridicule pas plus qu'il ne néglige leur casting.

 

Le monde de Charlie, la critique de melty.fr


Le monde de Charlie est un film dans lesquels on peut tous se reconnaître. On a tous vécu des moment comme de sortir avec une fille ( ou un garçon) par dépit ou de peiner à entrer dans un groupe d’amis, soudés depuis la maternelle ou encore de ne pas oser lever la main en classe. Le monde de Charlie est un bien beau film sur les premières fois.  

 



Mae Whitman, Logan Lerman, Emma Watson, Ezra Miller et Erin Wilhelmi dans "Le Monde de Charlie", de Stephen Chbosky

 


Le bande-annonce

 

  

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petit bilan personnel de mon année cinématographique 2012

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'an passé je constatais que je me déprenais de plus en plus du cinéma, la déprise s'est poursuivi cette année, lui préférant en ce qui concerne les images qui bougent, les séries télévisées que je regarde généralement d'une manière décalée, sauf pour "les revenants" et même parfois plusieurs années après leur passage à la télévision comme ce fut le cas pour les "Tudor". Mais la lecture des livres mais aussi de la presse et encore plus des revues accapare de plus en plus mon temps et puis il y a les expositions que j'arpente toujours régulièrement sans parler des voyages qui sont rarement propices aux séances de cinéma... Mais surtout les thèmes traités, en particulier par le cinéma français, ne m'incitent pas à sortir de mon bois. Et puis au fil des années il y a de moins en moins de cinéastes dont je vais voir systématiquement chaque nouveauté. Il n'y a plus guère qu'Almodovar, Kitano et Podalydes et comme les deux premiers n'ont rien sorti en 2012... Il reste néanmoins que j'ai encore pris beaucoup de plaisir en 2012 a être, dans une salle, devant certains films et en particulier les dix qui suivent et que j'ai classé par ordre de préférance.

 

1- Les invisibles, de Sébastien Lifshitz

2- Les enfants loups, Ame & Yuki, de Mamoru Hosoda  

3- La colline aux coquelicots de Goro Miyasaki  

4- La taupe de Tomas Alfredson

5-Ernest et Célestine de Benjamin RennerVincent PatarStéphane Aubier

6- Après mai, d'Olivier Assayas  

7- Adieu Berthe de Podalydes

8- Dans la maison de François Ozon  

9- Camille redouble de Noémie Lvovsky

10- Tatsumi de Khoo  

 

Vous l'aurez vite remarqué sans doute il y a quatre films d'animation parmi mon top 10, d'une part aujourd'hui les dessins animés ne s'adresse plus aux enfants ou tout du moins pas seulement comme la colline aux coquelicots et surtout les enfants loups qui permettent plusieurs niveaux de lecture et puis leur potentiel artistique est presque toujours supérieur aux films avec acteurs.

N'hésitez pas dans les commentaires à proposer votre classement et à le justifier ou non

 

Nota: en cliquant sur les films dont le titre apparait en couleur vous accéderez au billet que j'ai consacré au film.

 

 

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Questionnaire cinéphile entre Proust et Pérec

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Joachim dont je vous conseille l’excellent blog cinéphilique (http://365joursouvrables.blogspot.com/) a eu la judicieuse idée d’adapter le « questionnaire portrait chinois » en un questionnaire “proustien” où il s’agit moins de citer nos films préférés que ceux qui ont marqué notre jeunesse. Le bon docteur Orlof (http://drorlof.over-blog.com/) à rempli le questionnaire avec érudition et sensibilité.

Je vous livre mes réponse à ce délicat exercice. Il ne faut pas hésiter  à vous prêter au jeu du << si j’étais>>.

 

Un film:

“Lawrence d'Arabie” de David Lean, l'aventure, l'espionnage, les conquêtes, les causes perdues, l'empire, les garçons...

Un réalisateur:

Adolescent je vouais une passion à Claude Chabrol, “La femme infidèle” était mon grand film, Michel Bouquet et Maurice Ronet mes acteurs préférés. Lorsque quelques années plus tard j'ai rencontré Maurice Ronet, il a été très flatté d’avoir été mon comédien favori. Mais alors, c'est surtout sa peinture que j'aurais aimé voir... dont plus tard Oscar Gauthier me parla avec chaleur. Il y a deux ans, sur la plage de La Baule où je lisais le ventre sur le sable comme souvent je le fis, et soudain une rumeur parcouru le sable, Claude Chabrol venait de mourir non loin de là, il habitait Le Croisic, j'ai été très ému.

Un acteur:

Enfant, jusqu'à 15 ans, c'est Jean Gabin qui me passionnait, “Les grandes familles” ou “Le président” ou bien encore “La bête humaine”, autant de films découverts à la télévision, le dimanche soir, sur l'unique chaîne, qui m'avaient beaucoup impressionné. Dès leur sortie je demandais à ma tante de m’emmener voir le dernier film de l’acteur.

A cette époque avec mes parents nous habitions la banlieue parisienne. Nous n’allions à Paris au cinéma qu’exceptionnellement, le plus souvent pour voir le Disney annuel. J’attendais donc  que les films de mes acteurs préférés, il n’était pas encore question pour moi de metteur en scène dont j’ignorais jusqu’à l’existence, passent dans nos cinémas de quartier. Ils avaient pour nom le Vox et le Dôme. Nous étions prévenu de la programmation de ces deux cinémas par de grandes affiches mensuelles aux lettres tantôt rouges, tantôt bleues, invariablement collées sous le pont du chemin de fer.

Une actrice:

Dominique Sanda dans “Le jardin des Finzzi Contini” de Vittorio De Sicca.

Une rencontre d’acteurs:

Laurel et Hardy qui seront à jamais mon souvenir des après-midi de vacances lorsque ma jeune tante m'emmenait au cinéma lorsque nous ne pouvions aller à la plage.

un gag: 

Toujours Laurel et Hardy se servant à tour de rôle de leur pouce comme briquet dans “Fra Diavolo”, vu à six ans dans un cinéma de Cabourg et jamais revu depuis!

Une révélation: 

“Blow up” découvert une après midi à Leysin, un jour de tempête de neige, où l'on ne pouvait pas skier, le mauvais temps est propice à la naissance de la cinéphilie..

Souvenir cinéphilique qui pourrait figurer dans une chanson de Vincent Delerm:

Je ne suis pas sûr que cela pourrait être dans une chanson de Delerm (que j'aime bien)... La crise de larme de mon petit ami d'alors à la sortie de "La mouche" de Cronenberg, il avait dix huit ans et devait mourir du sida quelques années plus tard...

Une histoire d’amour:

Le problème lorsque l'on est gay et qu'on le sait très vite, c'est que l'on est très frustré de ce coté là... Il m’aura fallu attendre “Beautifull thing” pour voir une histoire d’amour gay qui finisse bien.

Une bande son: 

“West side story”, la musique me tourne toujours dans la tête avec celle des Demoiselles de Rochefort.

Le pire film que j'ai vu: 

Mon beau frère à tué ma soeur dont j'ai oublié (par charité?) le nom du metteur en scène dont je ne désir pas me souvenir. 

Faiseur surestimé:

Beaucoup des cinéastes français que défendent à longueur d'année les Cahiers du cinéma, Vincent Dieutre par exemple et son désolant “Rome désolé”.

Une oeuvre sous estimée:

Les films "qualité française" descendus par la Nouvelle vague et qui ont émerveillé mon enfance: “Taxi pour Tobrouk”, “Fortunat” (j’ai appris plus tard que Frédéric Mitterrand jouait l’un des enfants), “Les aristocrates”, “Un singe en hiver”...

Un choc plastique: 

“Le satiricon” de Fellini, “Mort à Venise” de Visconti, la même année je crois(??)

Un fantasme:

Vivre dans “Le satiricon” de Fellini pour être tout près d’Encolpe et Giton...

 

A la manière de Pérec

 

Je me souviens entre mes sept et douze ans de mes sorties rituelles et très attendues du dimanche après midi sous le chaperonnage de ma tante qui était au moins aussi contente que moi d’aller voir des films et à laquelle je dois mon amour du cinéma.

Je me souviens ainsi de Jean Gabin en clochard dans “Archimède”, de Fernandel dans Crésus, de Francis Blanche dans “Ces messieurs de la famille”,de Darry Cowl dans “Le triporteur”, de Louis de Funes en braconnier dans “ L’affaire Blaireau” (mais je ne suis pas sûr du titre), de Jean Marais en bossu...

Je ma souviens de Fernand Reynaud en bagnard, cela s’appelait “Le mouton” je crois

Je me souviens de l’émerveillement pour le “Docteur Jivago” vu au Richelieu. Ce cinéma des grands boulevards existe-t-il encore?

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Après mai, un film d'Olivier Assayas

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Après Mai

 

 

Ilm'est difficile d'écrire sur Après mai, comme il m'était douloureux de le faire sur "Les témoins" de Téchiné qui chroniquait l'irruption du sida. Car ce sont des films qui me parlent de mon vécu, ou plutôt d'un possible qui n'a pas été le mien, mais dont j'ai été très proche. Assayas est un cinéaste beaucoup plus courageux, et par la même meilleur, que Téchiné ce dernier me paraissant toujours comme encombré des fausses pudeurs du puceau. Tout cela pour dire qu'Après mai ne me concerne pas que sur le plan cinématographique étant le presque contemporain du réalisateur qui revisite sa jeunesse.

Nous sommes en 1971, Gilles (Clément Métayer), 17 ans lorsque nous faisons sa connaissance, le double du réalisateur, auquel il emprunte de nombreux détails biographiques comme le metteur en scène, il va abandonner la peinture pour se vouer au cinéma, étudie avec ses copains et copine dans un lycée de la banlieue parisienne, une banlieue qui est encore presque la campagne. Il faut prendre le train pour se rendre à Paris. En ce temps là, les lycéens sont très politisés. Hors les heures de cours ce ne sont que collages d'affiches, manifs, A.G... Le cinéaste parvient avec justesse à faire revivre cette ébullition politique. Il n'en fait pas qu'un décor mais l'une des matières de son film. Si Gille a le désir de changer le monde cela ne l'empêche pas d'être amoureux. Son coeur balance entre Laure (Carole Combe) qui tombe dans tous les pièges de contre culture hippie, elle gravite dans tous les cercles de la contre culture, lieux inatteignable pour Gilles, trop sage et trop habité par son désir d'être un artiste, et Christine (Lola Créton) qui fait passer l'amour après l'engagement politique. Mais encore plus que l'amour et la politique, la grande préoccupation de Gilles est son devenir d'artiste. Sera-t-il peintre ou cinéaste?

Considérons d'abord le coté purement cinématographique d'Après mai. La réussite principale du film tient en la qualité (très rare) qu'a Olivier Assayas d'être capable de faire exister de nombreux personnages concomitamment dans un scénario; ce qu'il avait déjà fait parfaitement dans « Fin aout début septembre ». D'autre part Il a la sagesse de les suivre durant une période assez brève, ici environ deux ans (un an dans « Fin aout, début septembre ». Ainsi il ne s'embarque pas dans une saga au long cour, écueil qui a fait couler « né en 68 » de Ducastel et Martineau. Il a aussi la modestie de ne pas vouloir embrasser toute la complexité de l'époque. Il ne parle que de ce qu'il a vécu ou côtoyer de près. Ainsi il choisit de ne pas attaquer de front les événements de mai 68 comme l'avait fait Philippe Garrel dans son calamiteux « Les amants réguliers ». Il aborde l'époque par le biais comme l'avait fait Bresson dans « Le diable probablement », jusque là, le plus beau portrait au cinéma de l'adolescence des années 70. « Après mai » réussit le tour de force en partant d'une situation bien particulière à être un film où toute une génération peut se reconnaître. Autre pari tenu celui de mêler une histoire intime, peu ou prou la sienne, c' est aussi le récit de l''initiation amoureuse de Gilles, à l'Histoire. Mais Assayas a été encore plus ambitieux en traitant en sus la découverte d'une vocation artistique par un adolescent. Il est curieux de remarquer que si Gilles est indécis quant à ses choix amoureux et politiques, il est très déterminé à faire une carrière artistique.

Le réalisateur a le culot de tourner, avec des acteurs presque tous débutants, des scènes assez longues tout en étant assez peu bavarde. Ce qui est heureux car les acteurs ne sont pas bon tout le temps et surtout la diction claire n'est pas leur fort. C'est la seule chose qui peut faire penser que nous regardons un film réalisé aujourd'hui et non contemporain des évènements que nous voyons à l'écran, tant la reconstitution des années 70 est impeccable, mais à cette époque on parlait plus distinctement. Taiseux le film est donc contraint à l'être en raison de ce défaut inhérent à aujourd'hui qui ne touche pas que les comédiens novices.

Assayas filme souvent en plans larges avec des focales courtes d'où une grande profondeur de champ. La caméra est souvent fixe. Ces choix laissent le temps aux spectateurs de scruter le décor. Aimant les livres, comme les habitués du blog doivent s'en douter, j'ai été particulièrement vigilant aux deux bibliothèques qui apparaissent dans le film. Là comme ailleurs, je n'ai relevé aucun anachronisme. Dans celle du père de Gilles qui adapte les romans de Simenon pour la télévision (comme le père d'Olivier Assayas qui signait ses scénarios Jacques Rémy) , il y a une édition des oeuvres du romancier belge reliée et toilée très dans le goût des années 60 et dans celle de l'appartement qu'occupe Alain (Félix Armand), le copain de Gilles, comme lui aspirant peintre, on aperçoit la collection complète (je suis jaloux) des anthologies Planète, très en vogue au début des années 60. Applaudissons à tout rompre le décorateur et l' accessoiriste et encore plus le créateur des costumes; ils sont dessinés par Jürgen Doering, qui je l'espère ne sera pas oublié aux Césars.

J'aimerais que ceux qui regarderont ce film est toujours en mémoire qu'il est aussi difficile de faire une reconstitution historique des années 70, qu'une à l'époque de Charlemagne. Plus peut être parce qu'une partie des spectateurs ayant vécu à cette époque se souvienne d'infimes détails et traqueront sans pitié l'anachronisme, ce qui ne risque pas d'arriver dans une fiction se déroulant sous le règne de Charlemagne!

Assayas pour argumenter son propos le parsème d'inserts variés illustrant subtilement la culture d'alors comme des citations de Guy Debord et de Simon Leys, de plans sur des affiches, des revues, des fanzines et plus original et parfaitement intégré au scénario un extrait d'un film militant de Madeleine Riffaud. De même qu'à la toute fin la séquence du tournage d'un nanar dont Gilles est ne énième assistant, dans les studios londoniens de Pinewood (Assayas a travaillé sur les tournages des film de série B de Kevin Connor) fait corps avec le reste de la narration alors que sur le fond et la forme, elle est très différente du reste du film. Le regard porté sur tous les acteurs de ces différents cinémas, même s'ils se trompent est plein d'empathie de la part d'Assayas.

Je m'en voudrais d'oublier de citer la remarquable B. O. d'époque mais originale où l'on retrouve Nick Drake, Incredible String Band, Kevin Ayers, Syd Barrett, Johnny Flynn...

Le filmage est d'une grande fluidité, sans doute en parti grâce au recours à la grue en particulier pour la scène de la fête qui fait échos à celle de « L'eau froide », film d'Assayas de 1994, et aussi aux images du « Buisson ardent », de Laurent Perrin auquel « Après mai » est dédié. De Laurent Perrin je vous recommande chaudement Passage Secret; Assayas a collaboré au scénario de ce film.

Assayas à la bonne idée de ne pas circonscrire son tournage à Paris et sa banlieue. Il dépayse l'histoire en province, puis en Italie et à Londres, on a même droit à un film d'amateur tourné à Kaboul, sans que ces voyages paraissent artificiels, au contraire ils aident à construire les personnages.

Ma seule réserve sur le scénario réside dans l'épisode sur le terrorisme (sur le sujet, je ne peux pas manquer la déclaration du cinéaste: << Le terrorisme est le prolongement du gauchisme lorsque rien d'autre ne marche.>>) ou pour une fois l'ellipse narrative n'est guère convaincante. Même si le personnage de Rackham le Rouge (Martin Loizillon) d'un dogmatisme glacial, qui manipule ces jeunes gens est d'une vérité terrifiante.

On peut penser que le montage financier du film, dont le budget s'élève à 5,5 millions d'euros, a du être très difficile avec autant de lieux de tournage, tant en extérieur qu'en intérieur, de jour et de nuit, demandant pour certaines scènes une figuration importante à laquelle il faut ajouter de nombreuses silhouettes et petits rôles, tous très justes. Surtout quand on sait combien il est compliqué d'avoir les participations financières des grandes télévisions sans tête d'affiche, la plupart des acteurs sont des débutants. A ce propos Les maladresses passagères de certains des jeunes protagonistes paradoxalement aident à leur crédibilité; elles traduisent bien les hésitations de la jeunesse. Même Carole Combes, qui joue Laure et qui n'est pas assurément une comédienne née, devient possible lorsque son personnage se drogue. Sa diction molle convenant alors parfaitement. La grande révélation d' « Après mai » c'est Clément Métayer qui, interprétant le rôle de Gilles, le double du cinéaste, porte parfaitement une grande partie du film sur ses épaules. Il est amusant de remarquer que le seul passage où il semble embarrassé est celui dans lequel il doit mettre un trente trois tours sur la platine d'un tourne disque, geste complètement inconnu pour ce garçon d'aujourd'hui. Il tient le microsillon comme si c'était le saint sacrement et son léger tremblement est perceptible. Je verrais bien pour lui un avenir à la Romain Duris, révélé dans « Péril jeune » dont Après mai est un peu la version politisée.

Il est amusant de constater qu'Olivier Assayas (qui n'est pas indemne de narcissisme, l’Eau froide(1994) était déjà incursion fiévreuse parmi les décombres de son adolescence seventies sur laquelle il est revenu dans son essai, Une Adolescence dans l'après-mai.) donne le beau rôle à son alter égo. C'est le seul a ne pas s'engouffrer dans l'impasse gauchiste ou l'hédonisme frelaté. Le cinéaste rappelle combien les illusions de l'époque ont détruit ou abimé des vies de ceux, peut être les plus purs, qui ont cru à ses généreux mirages. Je pense par exemple au personnage de Jean-Pierre joué par un beau rouquin buté qui s'appelle Hugo Conzelmann.

Les marques de courage cinématographique de la part d'Olivier Assayas ne manque pas et celle de se colleter avec la représentation de la peinture, ici parfaitement réussie, au cinéma n'est pas la moindre. On voit bien que le cinéaste connait bien la question. Ces déclarations sur l'art pourraient être mis au fronton de ce blog: << Pour évoquer Warhol, ce qu'il peint représente quelque chose et a un propos qui est immédiat et direct. D'une certaine façon, Bacon ou Balthus font la même chose: ces artistes m'ont donné le sentiment qu'il y avait la possibilité d'une pratique figurative de l'art moderne.>>. Cette ode à la peinture figurative moderne n'empêche pas Assayas d'apprécier l'avant garde. Je rappelle qu'il a consacré un essai à Keneth Anger.

Je voudrais bien que ceux qui n'ont pas connu ce temps, que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, aillent voir ce film, ce qui ferait tout de même du monde, en particulier ceux qui ne cessent de maudire notre présent et qui idéalisent ces années 70, celles d'avant le chômage et le sida. Ils découvriront que l'époque était d'une violence insensée. Ce que nous montre bien la première séquence du film mettant en scène une charge de police d'une violence inouïe contre des lycéens qui manifestaient pour protester contre... les violences policières, un de leurs camarades ayant perdu la vue lors d'une précédente manifestation. Plus loin on voit que la brutalité n'était pas que l'apanage des forces de l'ordre. Ces braves jeunes gens adeptes du maoïsme que l'on a vus sauvagement matraqués, n'hésitent pas à faire tomber d'une passerelle un parpaing de ciment sur la tête d'un vigile qui les poursuivait après qu'ils aient couvert d'inscriptions révolutionnaires les murs de leur lycée. Ils laissent sans guère de remord le vigile pour mort. Le dit vigile n'aurait pas fait plus de quartier s'il avait pu attraper l'un des jeunes gens... On apprend en une phrase, il faut être vigilant à tout dans un film aussi dense, que la victime appartiendrait au S.AC. Le groupe occulte de barbouzes-nervis de Charles Pasqua qui après avoir pourchassé les séides du F.L.N., puis de l'O.A.S, joué parfois les briseurs de grève s'était reconverti dans le cassage d'étudiants gauchistes; ces gens là ratissaient large au nom de... la défense de la république! (pour ceux que le sujet intéresse je recommande chaudement la lecture de la bande dessinée « Le service » de Djian, Legrand et Paillou, opportunément sous-titrée: L'histoire des hommes de l'ombre de la V éme république et un escadron de la mort à la française. Curieusement cet album, paru en 2011 aux éditions Emmanuel Proust est passé assez inaperçu...). Rien d'exagéré dans le film donc sur cette banalisation de la violence, j'ai vécu ou vu des épisodes semblables. Je me souviens que le lendemain de la grande marche de la droite sur les Champs-Élysée en 1968 pour le soutien du pouvoir, les caniveaux étaient remplis de gros boulons; les manifestants, j'en sais quelque chose, j'y étais, avaient garni leurs poches de ces pièces métalliques pour les lancer contre les gauchistes s'ils apparaissaient. Une autre fois pour "libérer" un lieu occupé par les gauchistes j'ai participé à un commando et ai massacré à coups de matraque un malheureux qui n'avait pas eu le temps de sortir de son sac de couchage (rétrospectivement je ne suis guère fier de ce « fait d'arme »). Une autre fois j'assistais à un cours, réputé n'être suivi que par des réactionnaires lorsque un commando (c'était le terme en vigueur) de l'UNEF renouveau a fait irruption. Ses membres nous ont roué de coups. Je suis sorti la tête en sang et j'ai du arborer un bandage autour de la tête qui m'a fait ressembler pendant plusieurs jours à un pieu sikh (ce qui est rigolo c'est que le chef de cette bande sera bien des années plus tard un élu parisien écologiste, plutôt pacifiste et il me fera beaucoup rire dans la merveilleuse émission de France-Culture, "Les papous dans la tête"; peut être avez vous trouvé de qui je veux parler. C'était aussi un habitué du regretté Panorama sur cette même antenne ). J'étais très content de m'en être tiré à si bon compte alors que beaucoup de mes camarades avaient gagné dans l'aventure un séjour à l'hôpital. Mais le plus fort c'est que nous trouvions ces actions sauvages quasiment normales. Nous ne sommes pas passé si loin, au tout début des années 70, de la guerre civile! Peut être qu'il serait bon, à la lumière de ce passé (et d'autres) de relativiser nos malheurs d'aujourd'hui. Non tout n'était pas rose en 70, 71. C'est ce que montre avec beaucoup de justesse Assayas. Je ne dis pas que la violence ait disparu ou même diminuée de notre pays mais elle est moins frontale, plus sociale, sans doute plus sournoise.

Je voudrais rappeler que les grandes gagnantes, indirectes, de ces affrontements violents furent... les femmes. Il est indéniable que le machisme a reculé et surtout il y a eu la pilule contraceptive et ensuite le droit à l'avortement, les plus grands progrès du XX ème siècle avec la machine à laver... A ce propos, plus que la scène, un peu convenue où Martine range les courses qu'elle vient de faire pendant que son homme discute révolution avec deux comparses, tout pénétrés de leur savoir à ce qui est bon pour la classe ouvrière, il suffit au cinéaste de quelques répliques pour mettre en évidence la condescendance de ces « révolutionnaires » envers la classe ouvrière. La meilleure illustration du machisme de l'époque se trouve dans le passage dans lequel  Alain conseille à Leslie, sa petite amie (India Salvor Menuez), d'aller faire un tour à Haarlem, non loin d'Amsterdam ou elle part se faire avorter des oeuvres du dit Alain; pour aller admirer deux tableaux (particulièrement sinistres) parce que Claudel en a parlé dans un de ses livres. C'est hallucinant d'ailleurs de connerie plus que de machisme  et subsidiairement  montre l'égoïsme du mâle et la différence de maturité qui existe, aux abords de la vingtaine, entre les filles et les garçons.

Si j'espère que le film connaitra un grand succès, j'en doute un peu. Car il parle d'un monde qui doit paraître aux jeunes d'aujourd'hui plus éloigné que Mars. La maturité politique des lycéens de 1971 est incompréhensible à ceux de 2012 qui se préoccupe de la politique et de l'histoire politique, qu'ils ignorent absolument, comme de leur première paire de Nike... Un des nombreux intérêt d'Après mai » réside dans la comparaison entre la jeunesse française de la fin des années 60 à celle d'aujourd'hui. Le film parle d'un monde dans lequel pour un jeune tout paraissait possible alors qu'en 2012 les jeunes se voient comme face à un mur infranchissable. Autre grande différence la jeunesse des années post soixante huit se sentait dans l'Histoire, une histoire vectorisée. 1968 leur apparaissait comme une révolution ratée mais ils étaient persuadés que la prochaine, dont ils seront parti prenante, sera la bonne. Il y avait une fois dans le collectif qui a totalement disparu en 2012.

Comme on le voit Après mai est un film qui fait réfléchir tout en étant émouvant. Il laisse derrière lui un parfum de mélancolie... C'est sans doute le film français le plus ambitieux de l'année et probablement le meilleur.

 

© MK2 Diffusion

 

Pour écouter Olivier Assayas parler de son film cliquez sur la flèche ci-dessous.

 

 Projection privée
PROJECTION PRIVEE : OLIVIER ASSAYAS 59 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

  Le réalisateur Olivier Assayas pour son film « Après mai », en salle le 14 novembre.  Conseil de la semaine : Youssef Ishaghpour Youssef Ishaghpour pour « Kiarostami -Volume 2- De et hors les murs-» aux Editions Circé.

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Watchmen, un film de Zack Snyder

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

Avec “Watchmen”, au bout de son troisième film adapté d’une bande dessinée, après Sin city et 300, Zack Snyder a enfin réussi à animer les images de son film qui n’est plus comme c’était le cas dans les deux précédents qu'une sorte de diaporama, une suite de cases de bande-dessinée. Dans “Watchmen”, on bouge beaucoup dans le cadre qui reste néanmoins bien construit.L' autre grand progrès par rapport aux deux autres films est son scénario ébouriffant, une uchronie barge. Nous sommes en 1985, Richard Nixon a été élu une troisième fois à la présidence des Etats-Unis. Son pays a gagné la guerre du Viêt-Nam grâce à l’aide des super-héros en particulier celle du Docteur Manhattan, un savant physicien qui a été irradié dans un accident ce qui l’a transformé en une sorte de dieu invincible. La fugitive image, tout à fait croquignolesque, des faces de citron vietmines prosternées devant le super-héros d’un beau bleu musculeux la bite au vent me parait être le fantasme type du pédé fasciste. Les mêmes super-héros ont liquidé les journalistes Woodward et Bernstein du Washington Post d’où l’absence dans cet univers parallèle d’affaire Watergate... Sous la pression populaire, l’administration américaine a fait une loi interdisant dorénavant les supers-héros de se mêler des affaires publiques. Et c’est bien le problème auquel doit faire face Nixon au début du film, toute l’histoire antérieure nous est narrée au moyen d’habiles flash-backs, est que les soviétiques menacent les Etats -Unis d’une guerre nucléaire, à cause du conflit afghan. Les américains ne peuvent éviter la guerre sans l’aide des super-héros qui dans le même moment se font décimer par un tueur mystérieux. Voilà de quoi ne pas s’ embêter, les rebondissements sont permanents. Mais le plus intéressant de “watchmen” se trouve dans les interstices des péripéties du scénario comme de faire du méchant (enfin ce n’est pas si simple que cela) un pédé maniéré qui s’est fait la tête du Bowie peint par Pellaert. On peut aussi se réjouir de l’image de New-York qui est la toile de fond de toute cette histoire abracabrantesque, avec les deux tours jumelles et les putains mammaires de la 42 ème rue. Je ne vais pas vous dire que “Watchmen” va vous plonger dans des abîmes de réflexion mais c’est un véritable plaisir pour les yeux... et puis je me serais bien vu vivre dans cet occident alternatif. La B.O. du film est tout a fait passionnante par sa qualité et aussi par le choix inattendu des morceaux qui la compose qui n’est pas vraiment au diapason de la morale que l’on pourrait tirer de Watchmen puisque l’on y retrouve Léonard Cohen, Simon and Garfunkel, Bob Dylan...

 

D'autres billets où il est question d'uchronie sur le blog: une uchronie américaine  Philip K. Dick était un voyageur spatio-temporeWatchmen, un film de Zack Snyder  Roma aeterna,  Les îles du soleil de Ian R. MacLeod,  Rêves de gloire de Roland C. WagnerL' appel du 17 juin d'André CostaL'uchronie d'Eric B. Henriet,  Replay de Ken GrimwoodLa séparation de Christopher Priest

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Frankenweenie, un film de Tim Burton

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Après la mort soudaine de Sparky, son chien adoré, le jeune Victor fait appel au pouvoir de la science, inspiré par son très inquiétant prof de science, afin de ramener à la vie celui qui était son seul ami. Victor va tenter de cacher son chien ressuscité mais lorsque Sparky s’échappe, ses copains de classe, ses professeurs et la ville tout entière vont apprendre que vouloir s'insurger contre la mort peut avoir quelques monstrueuses conséquences…

Tim Burton a réussi à faire un film presque tout public. Il y a à la fois une histoire touchante de Victor qui ne supporte pas de vivre sans son meilleur ami qui est accessible aux enfants tout en étant plaisante pour les adultes principalement en raison du nombre incroyable de références et de clins d’œil qui rendent le film amusant à regarder pour ceux qui en reconnaissent quelques-unes. 

Les amoureux des toutous (mais pas des chats! monsieur moustache, que je trouve bien sympathique avec sa bonne éducation, a une bien triste fin; certes il est puni d'avoir voulu faire du mal à une gentille chauve souris.) et les inconditionnels de Tim Burton devrait être ravis. Ceux qui espérait un renouveau du cinéaste en revanche seront déçus. Mais ces derniers devraient pas avoir beaucoup d'espoir puisque Frankenweenie est le remake du premier court métrage du réalisateur, datant de 1984, que l'on pouvait voir dans la superbe exposition que la cinémathèque a consacré à Tim Burton (à ce sujet voir mon billet Tim Burton à la cinémathèque françaisequi m'a convaincu que Tim Burton était un plus grand dessinateur (presque au niveau d'un Ronald Searle auquel il fait souvent penser) que cinéaste. Alors que sont monde cinématographique se révèle de film en film assez limité son univers graphique semble bien plus étendu. C'est peut être l'excès de références cinéphiliques qui empêche Burton de se libérer complètement au cinéma. Car les références ne manquent pas dans Frankenweenie qui est avant tout une relecture de "La fiancée de Frankenstein" de James Whale. Parfois l'hommage est un peu trop appuyé, Victor s'appelle Frankenstein, sa copine Van Helsing! Bien sûr le héros a toujours un petit air de Johnny même si ce n'est pas lui qui double Victor, Lydia est coiffée comme Wynona Rider dans Beetlejuice, le professeur de science, Rzykruski (c'est la voix de Martin Landau qui prend pour l'occasion un accent russe qui tient un curieux discours moralisateur fustigeant la société américaine; Tim Burton serait-il crypto communiste?) ressemble beaucoup à Christopher Lee. A ce propos de nombreux plans font référence aux films de la Hammer. On peut penser aussi que la fête foraine est une réminiscence de celle de "L'inconnu du nord express" d'Hitchcock. Elle sera détruite par une cousine de Godzilla (mais là peut être que je vous en ai trop dit). Lorsque les parents de victor regarde la télévision, on voit sur l'écran Bela Lugosi. Il y a aussi des allusions à Bambi et aux Gremlins... Ma lenteur d'esprit et ma maigre cinéphilie m'a sans doute fait rater plein d'autres citations

Les personnages sont magnifiques (dans leur laideur, sauf le héros et surtout Sparky, très mimi), du pur Tim, avec leurs grands yeux qui s'ouvrent sur un monde étonnant puis cruel.

On retrouve encore une fois les thèmes des films de Burton : héros solitaire et incompris, confrontation entre la normalité et l'originalité, tyrannie de la communauté, décors à la fois inquiétant et merveilleux, musique du comparse Elfman, éléments fantastico-science-fictionnesques, victoire de l'imagination sur le fanatisme... A noter que si les enfants ne sont pas tous sympathiques loin de là, les adultes sont tous méchant ou idiot et souvent les deux.

 Le point faible du film, un manque évident de rythme, surtout dans la première partie est du à son origine, il est difficile de ne pas remarquer que Tim Burton a étiré le scénario de son court métrage qui durait 24 minutes pour qu'il devienne un long-métrage d'une heure vingt sept. Mais le film est avant tout à voir pour la beauté de son animation d'une fluidité extraordinaire, réalisée image par image à partir de figurines. Ce mode d'animation donne une densité de l'image que ne parvient pas à atteindre les images de synthèse. Le tout est filmé dans un noir et blanc magnifique.  


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pour retrouver Tim Burton sur le blog:  Frankenweenie, un film de Tim BurtonTim Burton à la cinémathèque française

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Charles William «Billy» Haines

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Charles William «Billy» Haines (2 Janvier 1900 - 26 Décembre 1973) était un acteur américain de cinéma et un décorateur d'intérieur. C'était une star du cinéma muet. Alors qu'il faisait une brillante carrière, il rompt avec la MGM en 1930. Il refuse d'accepter le mariage de convenance que lui impose la compagnie pour cacher son homosexualité.

Billy Haines au début de sa carrière cinématographique
En 1926, il a rencontré James "Jimmie Shields". Ils ne tarde pas à se mettre ensemble. Ils ont vécu en couple pendant près de 50 ans.Durant sa brillante carrière dans le cinéma, il a travaillè avec des actrices comme Mary Picford, Joan Crawford et Marion Davies... Une arrestation révèle son homosexualité. Louis B.Mayer lui donne le choix entre la poursuite de sa carrière et se marier ou de continuer avec son partenaire et d'abandonner le cinéma. Billy Haines quitta tranquillement la MGM...
Il choisit alors de s'engager dans le monde de la décoration d'intérieur. Ses contacts dans le milieu du cinéma, lui ouvrent de nombreuses portes. Il travaille pour Joan Crawford, Gloria Swanson, Carole Lombard, George Cukor ou William Powell.
Billy et Jimmy avec Joan Crawford.

En 1936, le couple a été attaqué à leur domicile par le Ku Klux Klan, mal à l'aise avec la présence de ce couple gay dans cette banlieue de Los Angeles. Alors leurs ses amis les invitent à les dénoncer, ils optent pour la discrétion et change de quartier.
Dans les dernières années de sa vie Billy Haines a parmi ses clients la famille Reagan, Ronald et Nancy. Haines meurt d'un cancer à l'âge de 73 ans, quelques jours après Jimmie se suicide. Ils sont enterrés ensemble au cimetière de Woodlawn Memorial.
Pour en savoir plus sur Billy Haines allez sur le site ci-dessous

 

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Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe Honoré

Publié le par lesdiagonalesdutemps


J’avais espéré que la mise au pinacle dans la cinématographie française du personnage récurrent pour ne pas dire omniprésent du jeune beurre, allait nous débarrasser des affres pré et post ménopause de la bourgeoise de province, hélas il n’en est rien. Je précise que ce sont deux catégories, contrairement semble-t-il à la gent cinéphilique française, et pour paraphraser mon maître Achille Talon, dont je me brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Je dois avouer néanmoins que j’ai quelques faiblesses pour les atermoiements féminins lorsque les malheurs de ces dames sont filmés par Desplechin (Mais le propre de l’art n’est il pas de transcender par la manière et la matière le sujet, que reste-t-il de “Madame Bovary” réduit à son anecdote? Disons que Christophe Honoré n’a pas été loin de réussir cette miraculeuse transmutation.). “Non ma fille tu n’iras pas danser” met en scène le désarroi d’une mère de famille, Léna (Chiara Mastroianni), qui après son divorce ne parvient pas à faire face à sa nouvelle situation et surtout à être une mère exemplaire, ce qui est l’unique horizon qu’elle s’est fixé, pour ses deux enfants, une fillette de six, sept ans et un garçon de onze, douze ans (Donatien Suner). Les grands-parents ont invité toute la petite famille dans leur manoir breton pour passer quelques jours de vacances durant l’été. Cette invitation est une sorte de traquenard monté par la grand mère (Marie-Christine Barrault) dans l’espoir de rabibocher sa fille, qu’elle a toujours materné et considéré comme une tête légère, avec son ex-mari (Jean-Marc Barr). A cette opération à haut risque participe aussi la sœur (Marina Fois plus que convaincante dans un rôle dramatique inhabituel pour elle), en ceinte jusqu’aux dents de son falot mari (Marcial Di Fonzo bo excellent dans ce contre emploi). Cette confrontation estivale aux prix de nombreuses souffrances aidera à dénouer le nœud gordien de cette famille qui ne cherche qu’ a faire le bien de Léna; d'ailleurs le titre anglais moins beau mais plus juste que “Non ma fille...” est Making Plans for Lena ("On fait des projets pour Lena") alors que le titre français fait référence au conte breton qui sépare au milieu du film le volet breton de sa suite parisienne... Or donc, au milieu de cette histoire arrive, comme un cheveu sur la soupe, un conte breton, plus ou moins situé au XIX ème siècle, très rohmerien et remarquablement filmé. Il aère agréablement l’esprit du spectateur qui sans cela n’aurait peut être pas pu supporter les atermoiement amoureux de Léna , emmerdeuse patentée, durant 1h 45 (peut être qu’également les accortes figures d’une mâle jeunesse rustique en costume traditionnel breton n’a pas été pour rien dans mon regain d’intérêt pour le film à partir de ce moment là; après le conte l’intrigue se transporte à Paris.). Car la principale faiblesse du film de Christophe Honoré est que son personnage principale est une chieuse qui finit par épuiser la patience des siens ( mais grâce au talent du cinéaste pas celle des spectateurs), eux-mêmes n’étant pas des gens avec lesquels je partagerais avec plaisir un dîner tant est patente leur médiocrité petite bourgeoise. J’en reviens à la question que je me pose de plus en plus à la sortie d’un cinéma, pourquoi ai-je passé 1h 45 avec des personnes, et de surcroît payer pour cela, que dans la “vraie vie” je fuirais à toutes jambes? L’amour du cinéma demande peut être un souci du prochain que je n’ai pas, ou plus? Le scénario n’est pas non plus sans faiblesse, certaines scènes comme l’escapade romaine des grands-parents auraient pu être couper sans dommage. Plus grave certains points ne sont pas explorés complètement comme la maladie du grand-père, un ressort dramatique non utilisé qui ne fait ainsi que brouiller les esprits à l’encontre de ce personnage au lieu de le construire. Heureusement le moindre rôle est joué à la perfection et lorsque l’on voit Jean-Marc Barr tout à fait bon (sans doute une première) on mesure combien Christophe Honoré est un grand directeur d’acteur. Un peu sur le modèle de Desplechin, auquel décidément il est difficile de ne pas penser, Christophe Honoré de film en film semble vouloir se constituer une troupe. Ce serait d’ ailleurs le désir d’offrir à Chiara Mastroianni un premier rôle, elle n’en avait qu’un second dans les chansons d’amour” et une silhouette dans “La belle personne”, qui aurait conduit le réalisateur à tourner “ Non ma fille...”. Pour ce casting parfait il serait dommage de ne pas citer en ce domaine le collaborateur habituel du réalisateur, Richard Rousseau. Ce casting qui parait évident ne l’était pas du tout au départ. Il fallait oser distribuer dans des rôles importants des acteurs peu connus comme Fred Ulysse dans celui du grand père ou dans l’emploi de la tête à claque “spirituel”, le frère du cinéaste, Julien Honoré. On retrouve Louis Garrel, “la muse” du metteur en scène. Garrel heureusement ne songe plus à singer Jean-Pierre Léaud. Pour une fois Honoré s’est interdit de filmer le sexe de son acteur de prédilection, en échange il nous offre l’abondant buisson pubien de son frère! Pour les amateurs de très jeunes personnes, Donatien Suner, qui joue avec beaucoup d’autorité le fils de l’éperdue, est une beauté! Mais Il est à craindre que le personnage d’Anton tienne plus du fantasme de cinéaste (on peut y voir peut être Christophe Honoré en pré adolescent) que de la réalité. Malheureusement je ne crois pas qu’aujourd’hui, il existe un tel garçon, grand lecteur, indemne de la boutomania aiguë qui ravage la population adolescente. L’anachronisme du personnage d’Anton renforce l’impression d’ intemporalité de cette histoire, là encore en contradiction avec le naturalisme de l’ensemble. La fluidité du jeu des acteurs est sans doute due en partie à la connaissance de longue date qu’ a le cinéaste de la plupart d’entre eux. En outre, le cinéaste retrouve aussi son chef op, Laurent Brunet de son film précédent et sa monteuse habituelle, Chantal Hymans, sans oublier à la musique Alex Beaupain. Christophe Honoré est un homme de fidélité. Malgré tout il n’a pas totalement réussi son coup principalement à cause d’un travail insuffisant sur le scénario. Comme à son habitude il a été incapable de situer d’une manière crédible socialement ses personnages; tout ce beau monde vit dans des appartements confortables ou un joli manoir breton sans jamais que l’on sache d’où vient cette tranquille aisance doublée d’une agréable oisiveté, sauf pour le personnage joué par Chiara Mastroianni dont on croit comprendre qu’elle était anesthésiste et qui se recycle, comme c’est crédible, en vendeuse chez une fleuriste. Il aurait suffi de quelques plans ou de quelques lignes de dialogue, (dialogues qui sonnent justes même si certains sont trop écrits) pour préciser la place sociale de chacun. On ne demanderait pas de telles choses si Christophe Honoré ne jouait pas la carte du naturalisme. Un pareil reproche serait ridicule fait à Rohmer ou Bresson... Autre carence résultat d’un manque de travail sur les décors, le constant divorce entre les intérieurs et les extérieurs, ce qui est très gênant. Il est très peu probable que les intérieurs, assez minables où se déroulent plusieurs scènes, soit ceux de l’élégant manoir breton des grands-parents; de même l’escalier menant à l’appartement parisien où résident Léna et ses enfants ne correspond visiblement pas au dit appartement. Avec ce dernier film, Christophe Honoré a pris le contre pied de ses autres opus dans lesquels les hommes sont mis au centre, les femmes étant plus ou moins cantonnées à la périphérie des intrigues. Dans “Ma fille tu n’iras pas danser” elles sont au centre et portent la culotte. Enfin je voudrais signaler la présence, malheureusement exceptionnelle au cinéma, d’une très belle séquence de sexe entre deux personnes âgées filmée avec beaucoup de sensualité et de tact. Un film attachant auquel il n’a manqué qu’un peu de travail pour être dans son genre, qui n’est pas complètement le mien, une complète réussite.

 

Pour retrouver Christophe Honoré sur le blog:  Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe HonoréTout contre Léo, un film de Christophe HonoréLes Bien-Aimés, un film de Christophe Honoré, La belle personne, un film de Christophe Honoré, LES CHANSONS D'AMOUR, un film de Christophe Honoré   

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Les herbes folles, un film d'Alain Resnais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

En sortant des "Herbes folles", je me suis dit que j'avais passé 90 minutes allègres, ce qui n'est déjà pas rien, mais que ce n'était pas grand chose, mais un presque rien toutefois merveilleusement filmé. En effet l’argument tiré d’un roman, “L’incident” (éditions de Minuit) de Christian Gailly, auteur dont je n’ai rien lu, mais le film m’a donné grand envie de combler cette lacune, est à la fois un peu simpliste et assez artificiel: un voleur arrache le sac de Marguerite Muir (Sabine Azéma), dentiste par raison, aviatrice par passion. Le portefeuille que contenait le sac est retrouvé par Georges Palet, homme au foyer au passé glauque. L’homme s’éprend à la folie de l’inconnue volée, leurs vies va être chamboulées. Je me suis dit encore que c'était du Pascal Thomas ou du Podalydes ( Michel Vuillermoz n’est pas là par hasard, il forme avec Amalric une sorte de couple succulent de policiers à la Dupond et Dupont), en beaucoup plus fluide, en beaucoup plus savant, donc paradoxalement atteignant une légèreté à laquelle les cinéastes cités peinent malgré leurs efforts à y parvenir. Et puis rentrant chez moi, le métro aidant considérablement à la rumination filmique, j’ai songé à bien d’autres cinéastes, comme Jean Grémillon pour un film, dont à l’instant je ne retrouve plus le titre, sur l’aviation et aussi à Depleschin; dans “Les herbes folles” il y a la même pesanteur familiale, esquissée avec brio dans la scène du repas de famille, chez ce Resnais que dans les derniers films de Depleschin. On voit bien que Resnais tourne avec tout le bagage du cinéma et en particulier du cinéma français, mais cela ne l’encombre, ne le leste jamais. Ensuite pour retrouver mon pavillon de banlieue, je me suis extasié, à posteriori, parcourant une rue peu différente à celle où demeure le héros du film, sur le savoir faire du cinéaste pour filmer les architectures et quel amour cela induit du décor, de la chose construite (qu’elle soit réelle ou réalisée en studio). On ne sait jamais si telle scène est tournée en décor réel ou en studio. Les extérieurs paraissent tous être faux alors qu’ils sont très probablement vrais; je crois que je vais faire un petit repérage du coté de L’Hay les roses et de Sceaux (mais le film n’a peut être pas été tourné dans ces communes. Je n’ai pas été assez attentif au générique de fin!)... Autre référence , en particulier en ce qui concerne les lumières, distillées avec une science caravagesque, celle de Wong Kar wai me parait pertinente. J'ai aussi pensé à Hitchcock, pour l'escalier, pour l'opacité jamais dissipée du passé de Palet et aussi pour ce mélange de comédie et de menace un peu comme dans “Mais qui a tué Harry”. Peut être aussi à cause de la musique de Mark Snow (comme dans “Coeur”) qui sait se faire inquiétante. On ne pense pas à tout cela durant le film tant on est emporté sur les ailes de la caméra de Resnais et de son génial chef op, Eric Gautier. Tant on est toujours surpris par le jeu des acteurs qui sont ici à leur meilleur, bien sûr Dussollier, tout en essoufflements et crispations mais dont le jeu n’est jamais mécanique, et Sabine Azéma. Il ne faudrait surtout pas oublier les seconds rôles et même les apparitions comme celle de Roger Pierre qui ressemble aujourd'hui à un vieil eunuque ou de Paul Crauchet qui a quasiment disparu de nos écrans depuis déjà trop longtemps et qui réussit en 30 secondes à faire exister la silhouette qui lui a été dévolue. Autre apparition dans le rôle minuscule, une réplique, du jeune fils de la famille celle de Vladimir Consigny, qui m’avait considérablement impressionné, avec son immanquable strip-tease intégral, vu que de dos malheureusement dans “Hellphone” (on est certes là un peu loin de Resnais...). Je m’en voudrais d’oublier le sourire lumineux de Françoise Gillard la vendeuse de chaussure à laquelle mademoiselle Muir à plaisir à avoir affaire. Y aurait il un lesbianisme refoulé chez Marguerite Muir? Mais la prestation la plus extraordinaire du film est celle d’Edouard Baer que pourtant on ne voit pas, puisqu'il est la voix off, des “Herbes folles” dans lequel Resnais réinvente le procédé. Non pas une voix off qui comme habituellement quand cette figure cinématographique est utilisée, explique et comble les béances du scénario ou décrit ce que l'on ne veut, ou peut filmer; mais au contraire cette voix hésite et apporte un décalage qui pousse le film vers un burlesque tragique. Je suis persuadé que Resnais a eu l'idée de proposer cette voix à Edouard Baer après avoir vu l’acteur dans sa magistrale interprétation dans le "Pédigrée" de Modiano. Très inhabituelle au cinéma, et en particulier dans les comédies, est l’opacité des personnages, ainsi on ne saura rien du passé de Georges Palet, on en est réduit aux supputations nourries par quelques réflexions de son entourage, en particulier celles de sa femme, jouée par Anne Consigny, comme toujours parfaite. Les relations entre Georges Palet et son épouse reste mystérieuses et donnent encore un peu plus d’ épaisseur aux deux personnages. Pour quelle raison a-t-il été privé de ses droits civiques? Pourquoi se demande-t-il si le policier, joué par un Amalric épatant, l’a reconnu? Paranoïa? Est-il un notable déchu? On peux subodorer qu’il y a du sexuel dans sa chute... On ne sera pas surpris que la recette d’Alain Resnais pour que ses personnages ait une telle densité est d’ inventer pour chacun d’entre eux une biographie minutieuse. Chaque séquence est l’occasion de s’émerveiller de la virtuosité du cinéaste. Il faudrait voir le film une deuxième fois en étant seulement fixé sur ses prouesses techniques tant elles sont extraordinaires et cependant jamais clinquantes; comme la séquence du dîner en famille dans lequel la caméra suit d’abord Anne Consigny qui sort de la cuisine, apporte l’apéritif, s’assoit à coté de Sara Forestier (d’une ravissante fraîcheur) d’André Dussollier et Nicolas Duvauchelle sur le canapé ensuite la caméra les quitte, vagabonde dans la pièce passe devant la table mise pour cinq personnes, tiens il en manque un se dit on, continue et surprise tombe sur Dussollier avec un tablier en train de faire rôtir des tranches de viande sur un barbecue, puis Sara Forestier le rejoint pour se faire resservir cette fois la caméra suit la jeune femme jusqu’à la table où tout le monde est en train de déjeuner y compris Dussollier, sans tablier. Dans le dernier plan la lumière n’est plus la même qu’au début du plan séquence qui, en temps réel, a duré peut être deux minutes alors qu’en temps de cinéma plusieurs heures ont passé. J’aurais bien aimé être sur le plateau pour voir le charivari que se plan a du occasionné de la part des accessoiristes, éclairagistes et comédiens un exploit que l’on aura peut être la chance de voir dans le making of du dvd qui alors porterait bien son titre, ce qui est, malheureusement, assez rarement le cas. Autres images remarquables et surprenantes, celles dont le premier plan est net le plan moyen flou et l’arrière plan net!! Comment fait-il cela? peut être en faisant jouer ces acteurs sur un fond vert et pour ensuite ajouter le fond en incrustation... Les dialogues ne sont pas, par rapport à l’image, en reste de surprise avec leurs phrases laissées en suspend ou sont interrompues brutalement ou carrément étrange comme la dernière réplique du film qui m’a laissé interloqué et qui est de mémoire à peu près cela : << maman quand je serais chat je pourrais manger des croquettes?>> (si quelqu’un à une explication pour cette scène qu’il nous en fasse part.). Cette incongrue question est prononcée par une petite fille que l’on a jamais vue auparavant. Est-ce mademoiselle Muir enfant? Mais alors les croquettes pour chat existeraient depuis aussi longtemps... Le propre des grands artistes est de bien savoir s’entourer et par là aussi Alain Resnais prouve qu’il en est un. Il a le talent de travailler avec une équipe bien rodée dont les membres sont plus des complices et des amis que des collaborateurs et de leur adjoindre des nouveaux venus qui dynamisent sa vieille garde. Si j’ai été négligent dans l’observation du générique j’ai tout de même remarqué qu’un des adaptateurs du roman de Gailly est Laurent Herbiet qui en 2006 avec “Mon colonel a réalisé un des meilleurs films qui existe sur la guerre d’Algérie. Ce qui est merveilleux chez Resnais c’est le talent qu’il possède pour dissimuler la gravité, “Les herbes folles” est un grand film sur la solitude, sous la légèreté.

 

Pour retrouver Alain Resnais sur le blog: Vous n'avez encore rien vu, un film d'Alain ResnaisLes herbes folles, un film d'Alain Resnais

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Dans la maison, un film de François Ozon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


 

Il y a bien des années, j'ai été le co-organisateur d'un éphémère festival du film de droite, à cette occasion j'ai eu le bonheur de rencontrer et de parler longuement avec Maurice Ronet qui devait mourir peu après. Si for improbablement je devais à nouveau m'occuper une nouvel fois d'une telle manifestation, je mettrais en ouverture « Dans la maison » qui me paraît le parangon du film de droite d'abord par le regard sans illusion ni même espoir sur l'animal humain (sauf sur les acteurs sinon il ne les dirigerait pas si bien), un regard qui ressemble à celui d'un Anouilh ou d'un Marcel Aymé dans leurs oeuvres les plus noires. De droite, le film l'est aussi par les références dont le film est truffées, Céline, Philippe Meyer... et Luchini. Il l'est surtout par sa légèreté inquiétante et sa désinvolture égoïste.

« Dans la maison » est une histoire de manipulation et comme toujours dans ce genre d'histoire on finit par ne plus savoir qui manipule qui. Germain, un professeur de lycée (Fabrice Luchini) donne, comme premier sujet de rédaction de l'année à ses élèves, pour les connaître: raconter votre weekend. Dans l'effrayante médiocrité des copies, tranche. Elle est due à un certain Claude Garcia (Ernst Umhauer) et elle raconte, sur un ton détaché et méprisant, les efforts d'un garçon pour s'introduire dans une famille « normale », donc médiocre, et s'en faire adopter par le truchement de son aide en mathématique au fils de la famille, Raphaël Argol dit Rapha. Germain veut connaître le garçon dont il détecte le talent d'écriture. Il se trouve que c'est un bien joli garçon de seize dans le genre crevette gracile et timide. Germain prend Claude sous son aile et l'encourage à écrire. Tous les jours le garçon donne à son professeur une copie dans laquelle il décrit l'avancée de son entrisme. Germain fait lire à sa femme (Kristin Scott Thomas) tenancière d'une improbable galerie d'art contemporain ce qui est devenu un véritable feuilleton. Petit à petit les manipulations de Claude déstabilisent aussi bien la famille Argol que le couple de son professeur.

Il est important que le spectateur ne cherche pas le naturalisme dans le nouveau film d'Ozon qui a pourtant dernièrement flirté avec lui (que l'on se souvienne de Ricky où il a tourné l'histoire d'une junkie enceinte avec Isabelle Carré qui attendait réellement un enfant) mais accepte les conventions de l'auteur comme on accepte celle de l'opéra. Rien de moins réaliste que ce lycée français (mais dans quel morceau du territoire sommes nous? Nous ne le saurons jamais, en fait nous sommes dans un morceau du territoire de l'imaginaire d'Ozon) dans lequel les élèves sont contraints de porter l'uniforme (succulente séquence, mais bien rapide, écarquillez les yeux dès le début, le choupinet en vaut la peine, du pré-générique dans lequel la caméra nous montre Claude, mais on ne sait pas que c'est lui, d'ailleurs on ne voit pas son visage, revêtir pour la première fois son uniforme) ou que la maison des Argol, plus américaine que française et plus lynchienne qu'américaine.

Ozon s'est peint en Claude Garcia, on ne peut que voir en ce garçon manipulateur, un autoportrait du cinéaste à la fois séducteur, tête à claques et inquiétant. J'ai eu l'occasion de rencontrer une fois François Ozon pour un projet d'édition qui n'a malheureusement pas vu le jour; j'avais été frappé par son mélange de timidité et de forfanterie...

Le rôle de Germain semble avoir été écrit pour Fabrice Luchini, un peu trop même tant c'est Luchini que l'on voit à l'écran plus que Germain ne fait-il pas avec ses lectures des grands auteurs, le professeur depuis des années sur les planches des théâtres. A un moment l'acteur recycle son numéro de lecteur de La Fontaine et à un autre celui de Philippe Meyer.

Tout le film n'est que jeux de dupes et manipulations, mis à part les rencontres entre Claude et Germain et les moments d'intimité domestique de ce dernier avec sa femme, nous ne voyons que la mise en images de ce qu'écrit Claude sur la famille de Rapha.

Ozon multiplie les pistes dans son film, comme Claude multiplie les versions de ses textes sous les conseils de Germain. Le garçon ainsi tient en haleine le public et son premier lecteur, Germain qui ne sait plus bientôt discerner le réel de la fiction et les mélange dangereusement.

On a, vers la moitié du film le sentiment que le cinéaste va nous donner sa version du « Théorème » de Pasolini ou ensuite un remake de son film « Sitcom »; On se demande juste avec qui Claude va coucher en premier, Rapha, Esther (parfaite Emmanuelle Seigner dans son numéro de Bovarysme) la mère de Rapha, son père ou encore Germain mais c'est encore bien sûr une fausse piste qui nous donne néanmoins un grand moment quasi virtuel, le spectateur doit être alors très vigilant, l'image est fort fugitive, mais comme c'est lors d'une scène de douche entre mâle je subodore que mes lecteurs, voyant le film, seront particulièrement attentifs à cette scène. On y voit le jeune Rapha fils ayant des difficultés à cacher son érection lorsqu'il voit sont père nu faisant gicler du gel douche dans la main du joli Claude tout aussi nu. Chers lecteurs je dois tout de même vous avertir que le cadrage du directeur de la photo ne descend pas en dessous de la taille des protagonistes. – soupirs de déception-. Plus tard je me demanderais si Rapha fils bandait parce qu'il voyait son ami nu ou si l'érection était causée par la nudité de son géniteur. J'ai envisagé un instant que le secret de la famille était l'inceste entre le père et le fils.

 

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Les plans sont parfois bien rapides, ainsi je ne suis pas sûr que dans la pile de livres que Germain prête à Claude figure « La chambre d'ami » d'Yves Dangerfield » (Grasset 1984) qui nous narre une histoire pas très éloignée du conte du film d'Ozon (si un de mes lecteurs à le téléfilm tiré de ce roman dans lequel Thierry Frémond est extraordinaire, qu'il me contacte d'urgence. On peut aussi à des histoires du même genre comme « Retour au château » d'Evelyn Waught...

Si les références littéraires sont nombreuses, celles cinématographiques ne manquent pas d'abord on pense beaucoup à un moment à « Un élève doué » mais ce n'est qu'une fausse piste, on continue par supputer que l'on pourrait avoir du sang comme dans « Match point » d'ailleurs sous certains angles Fabrice Luchini ressemble de plus en plus à Woody Allen puis dans le final on aperçoit clairement un hommage au fenêtre sur cour d'Hitchcock. On pense d'autant au maitre américain que Claude est lui aussi un maitre du suspense et que Philippe Rombi l'auteur de la musique du film n'ignore pas celles qu'a concocté Bernard Hermann pour les opus d'Hitchcock.

La force d'Ozon c'est de changer de genre presque à chaque film tout en travaillant toujours ses obsessions, la séduction, homosexuelle et hétérosexuelle, la manipulation, le roman dans le roman, dans « Swimming pool » (2003) et « Angel », son plus beau film, les héroines étaient des romancières, et surtout l'évanescente frontière entre imaginaire et réel.

Il est dommage qu'Ozon parfois en face trop, et force sur la caricature, comme dans sa charge, néanmoins savoureuse, contre l'art contemporain (ah les poupées gonflables sexuelles avec la tête d'Hitler et de Mao et les pénis en érection formant une svastika, la beaufitude de Rafa père (Denis Ménochet) ou l'apparition extravagante de Yolande Moreau dans un double rôle de jumelles obtuses. La scène de Claude et de son père aurait du rester hors champ, mais si Ozon restait sobre dans son filmage, ce ne serait plus tout à fait Ozon.

Ozon a une nouvelle fois adapté une pièce de théâtre (« Le garçon du dernier rang » de Juan Mayorga) d'ou l'artificialité revendiquée des décors et de certaines situations, une posture qu'Ozon partage avec Resnais.

Il y a souvent du cynisme dans les scénarios que met en scène Ozon, pourtant la dernière scène du film est pleine de tendresse et d'espoir, le garnement n'est pas si méchant que cela seulement atteint d'une soif inextinguible de jeu...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ernst Umhauer et Fabrice Luchini - Dans la maison

 

Pour retrouver les films de François Ozon sur le blog:  Dans la maison, un film de François OzonPotiche de François Ozon, Gouttes d'eau sur pierres brûlantesLES AMANTS CRIMINELS, un film de François Ozon  

 

 

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