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136 articles avec humeurs cinematographiques

Je me souviens de Gérard Blain

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Si vous êtes du coté d'Amien ne manquez pas la rétrospective de Gérard Blain

Si vous n'y êtes pas écoutez cette évocation sur France-Culture en cliquant sur la flèche qui se trouve dans le petit carré rouge.

Gérard je pense à toi très souvent, tes coups de téléphone interminables du samedi matin me manquent toujours. Nous sommes connus durant près de trente ans et je crois que tu n'as jamais réussi à te souvenir de mon prénom. D'ailleurs tu ne te souvenais jamais des prénoms, même de tes très très proches! Parfois cette particularité rendait les conversations avec toi difficiles. Je me souviens qu'un jour au téléphone tu me parlais d'un certain Marc, visiblement un cinéaste prolifique. Le seul cinéaste ayant pour prénom Marc qui me venait était Marc Allégret. Mais avec ce que tu me disais, j'étais totalement dans la semoule, je ne comprenais rien et au bout d'un bon quart d'heure je m'aperçoit qu'en fait, tu me parlais de Claude Chabrol!!! 

 

Un autre jour est possible

Un autre jour est possible

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Emission Un autre jour est possible

du lundi au vendredi de 6h à 6h30 Durée moyenne : 27 minutes

 

  • Littérature

    13.11.2013 - Un autre jour est possible 
    Rétrospective Gérard Blain 26 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

    L'invitéA l'occasion de la rétrospective en hommage à Gérard Blain qui se tient au festival international du film d'Amien, nous recevons aujourd'hui le fils du cinéaste ainsi que le critique de cinéma Michel Cieutat qui éclairent pour nous la singularité de l'oeuvre du réalisateur.    

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Violette, un film de Martin Provost

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Violette : Affiche

  

Je vais de moins en moins au cinéma, probablement parce que la plupart des histoires qu'on y raconte ne m'intéressent plus beaucoup. Mais "Violette" m'a fait sortir de ma tanière. La littérature m'a toujours passionné, de même que la vie des écrivains. En cela je suis plus du coté de Sainte-Beuve que de celui de Proust. Et puis les lectures des livres de Violette Leduc ont été de celles qui ont accompagné mon adolescence. En se remémorant ces lectures lointaines et en les confrontant avec les plus récentes d'Annie Ernaux, je m'aperçois combien cette dernière s'est inscrit dans l'héritage de Violette Leduc. A ce propos comme pour Annie Ernaux, cela aurait été le moment judicieux pour les éditions Gallimard, mais il me semble qu'ils gèrent de moins en moins bien leur fabuleux fond, de consacrer, comme ils l'ont fait justement pour Annie Ernaux (sur ce quarto on peut consulter mon billet  Écrire la vie d'Annie Ernaux), un quarto à Violette Leduc. J'ai donc immédiatement pensée qu'un film racontant les tumultueuses relations entre Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain) et Violette Leduc (Emmanuelle Devos). Le réalisateur, Martin Provost a coécrit le scénario avec un autre écrivain, René de Ceccaty. 


Violette : Photo Emmanuelle Devos


Comme à chaque fois que je connais l'image du personnage dont le film va retracer un épisode de la vie, je me heurte à son incarnation par un acteur. Si Sandrine Kiberlain à la même sécheresse physique que Simone de Beauvoir, Emmanuelle Devos n'a en rien la silhouette de Violette Leduc dont il est vrai on connait surtout la physionomie à la fin de sa vie. Seul point commun entre les deux femmes leur gros pif! Mais Emmanuelle Devos est beaucoup plus belle que son modèle, ce qui n'est pas très difficile. Cette relative beauté de la comédienne fausse la perception que l'on peut avoir de la vie de Violette Leduc qui souffrait autant de sa laideur que de sa bâtardise. Le talent d'Emmanuelle Devos fait qu'à la fin du film on ne peut absolument pas imaginer une autre actrice dans le rôle. On peut dire la même chose de Sandrine Kiberlain qui est une Simone de Beauvoir très convaincante. C'est d'autant plus remarquable que lui échoit une partition moins flamboyante que celle proposée à Emmanuelle Devos, mais qui est sans doute plus difficile, son personnage étant beaucoup plus intériorisé que celui de sa partenaire. Puisque je traite de l'interprétation restons y, pour louer l'excellence de la distribution (et de la direction d'acteur) jusqu'au moindre petit rôle (comme celui de Nathalie Richard qui est Hermine, l'ex de Violette), sauf pour un, sur lequel je reviendrai. Le mimétisme par exemple entre Genet et Jacques Bonnafé est prodigieux. Il faut aussi noter la performance d'Olivier Gourmet qui interprète Jacques Guérin (1902-2000), le riche patron des parfums d'Orsay qui fut un des bienfaiteurs de Violette Leduc. Pour ma part j'aimerai en savoir davantage sur ce très curieux personnage d'homosexuel mécène. Vous me direz que le travail du réalisateur a été facilité par ces acteurs fort réputés qui sont habitués à la perfection; comme c'est le cas de Catherine Hiégel in fine émouvante dans le rôle de la mère de Violette Leduc. Ce casting serait un sans faute si Martin Provostn'avait pas eu la fâcheuse idée de confier le rôle de Maurice Sachs à Olivier Py qui comme à son habitude est mauvais. La notoriété de ce monsieur ne cesse de m'étonner, doté d'un physique des plus quelconque, affublé d'une voix maniérée de fausset qui ferait passer celle de feu Jean Marais pour un organe de bronze, toujours mauvais dans tous les rôles dans lesquels je l'ai aperçu, ce qui ne l'empêche pas de se répandre en tribunes et déclarations dans lesquelles il étale une mégalomanie maladive, le voilà à la tête du Festival d'Avignon...

Un peu d'Histoire littéraire pour bien appréhender l'existence hors norme de Violette Leduc. Le film commence en 1942 (petite incise: Le film couvre une période de 1962 à 1964 et comme cela est la tendance actuelle dans les films qui se déroulent sur de longues années, on ne voit aucun vieillissement des personnages tout au long du film). La première scène la voit faire du marché noir. Elle a alors trente cinq ans et n'a encore rien écrit. Elle est né à Arras en 1907. Sa mère, Berthe, était bonne chez des bourgeois de Valencienne. Elle se fait engrosser, dans la grande tradition, par le fils de la famille qui en plus était tuberculeux. Berthe fuit accoucher à Arras. Violette a une enfance miséreuse. Au collège elle connait deux grands amours, d'abord avec une compagne de dortoir (Elle romancera cette idylle dans « Thérèse et Isabelle » qui sera adapté au cinéma.), puis avec une surveillante avec qui elle vivra plusieurs années. En 1938, elle a un petit emploi aux éditions Plon, elle rencontre de nombreux écrivains dont Maurice Sachs dont elle tombe amoureux mais il est homosexuel! Elle se marie avec un photographe. Elle tombe enceinte mais avorte et quitte son mari. Au début du film elle est réfugiée en Normandie avec Maurice Sachs, joué par Olivier Py.

Le coeur du film est la rencontre de la bâtarde avec Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain) dans les années d'après-guerre à Saint-Germain-des-Prés. commence une relation intense entre les deux femmes qui va durer toute leur vie, relation basée sur la quête de la liberté par l'écriture pour Violette et la conviction pour Simone d'avoir entre les mains le destin d'un écrivain de grand talent qui en outre peut faire avancer la cause de l'émancipation des femmes.

La figure de Simone de Beauvoir apparaît dans le film beaucoup plus sympathique qu'ailleurs, en particulier sur un point précis, il semble que ce soit elle et Sartre qui, sur leurs deniers auraient versé durant près de quinze ans une pension à Violette Leduc, ce qui lui permettait de vivre modestement en ne se consacrant qu'à l'écriture. Gaston Gallimard n'aurait été qu'un intermédiaire. Alors que par exemple Edmund White dans son Genet indique que l'argent venait des éditions Gallimard et de personne d'autre.

Le réalisateur a divisé son film en chapitres. Un carton portant le titre du chapitre apparaît au début de chaque segment. Défilent ainsi de façon chronologique les grandes étape du calvaire qui mènera, plus que douloureusement, Violette Leduc à la gloire littéraire que lui procurera la parution de « La bâtarde ».

Le métier de cinéaste est bien difficile car pour faire un bon film il faut être complet et malheureusement si Martin Provost a le sens du casting, il n'a pas celui de la mise en scène. Que de scènes inutiles qui, coupées amélioreraient le film comme celle où le mari de Berthe la besogne ou celle de l'apparition de Maurice Sachs, dix ans après sa mort. Et pourquoi montrer le dit Sachs mort alors que l'on ne sait pas comment il a disparu! Que de plans attendus et lourdingues telle cette montée de caméra vers le plafond fissuré du galetas de Violette pour bien signifier sa misère... En revanche bonne idée d'avoir laissé Sartre hors champ...

Je n'ai pas pu satisfaire un de mes grands vices impunis: trouver un anachronisme. Je n'en ai pas vu. Mais tout est trop propret. Comme à l'habitude au cinéma toutes les voitures viennent d'être lavées. Classiquement tous les acteurs portent des vêtements pimpants et neufs, même s'ils sont dans la dèche. Je me souviens que lors d'une interview, François Maistre m'avait dit que lorsqu'il touchait son costume de scène la première chose qu'il faisait après l'avoir mis, était de se rouler par terre pour le vieillir (je ne suis pas certain que cette méthode radicale l'ait aidé à trouver des rôles...). Mais le plus gênant est ce que j'appellerait le retour de l'esthétique Butte Chaumont avec des scènes de rue sans perspective, dotées d'une figuration étique mais d'un sol d'une propreté de salle de dissection, pas un papier, ni un mégot dans les caniveaux, pas une crotte de chien sur les trottoirs (le cinéma fera un grand progrès vers l'authenticité à l'apparition de la première crotte de chien. Cher lecteur n'oubliez pas de me la signaler!).

Le dialogue n'est pas non plus d'une grande légèreté. Simone de Beauvoir était-elle aussi sentencieuse, même en privé?

Je suis ressorti du film avec mauvaise conscience. Pourquoi abandonne-t-on les écrivains que l'on a aimés. Ainsi sans que je sache pourquoi, cela fait plus de trente ans que je n'ai pas ouvert un livre de Violette Leduc. Je vais relire « La bâtarde ». Je suis sûr que ce film donnera à de nombreux spectateur l'envie de lire ou de relire Violette Leduc; ce qui n'est déjà pas rien...

Le film passionnera tous les gens qui s'intéressent à l'Histoire de la littérature du XX ème siècle. Il comblera moins les cinéphiles. 

 

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© Diaphana

 

Violette : Photo Emmanuelle Devos

 


 

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La vie d'Adèle un film d'Abdellatif Kechiche

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

On parle couramment de tranches de vie à propos d'un film ou d'un roman, il faudrait plutôt parler ici de pain de vie, tant le cinéaste nous fait sentir, sans aucun artifice de maquillage, à peine un changement de coiffure, le temps qui passe et qui corrode l'amour. Cette histoire d'amour entre Adèle et Emma se déroule sur une période de cinq à six ans; alors que le tournage aurait duré cinq mois. Lorsque Adèle rencontre Emma, elle n'est encore qu'une lycéenne de 17 ans (Emma doit avoir quatre à cinq ans de plus) et à la dernière image on vois Adèle devenue une femme cramée d'avoir connu le grand amour. On sait en la voyant s'éloigner seule, dans une rue de Lille, que quoi qu'il arrive désormais dans sa vie, elle ne connaitra plus un amour d'une telle intensité. Celui qu'elle a connu avec Emma elle l'écrira toujours avec un A majuscule.

Le but d'un cinéaste est-il de faire que le spectateur oublie qu'il est au cinéma et que ce qu'il regarde n'est pas joué mais qu'il observe un morceau de vie. Si c'est le cas Kéchiche y a parfaitement réussi et devient avec « La vie d'Adèle » un maitre. Le maitre du cinéma naturaliste, façon Pialat. Il y parvient si bien que l'on entre complètement en empathie avec Adèle au détriment d'Emma à laquelle on ne peut qu'en vouloir d'avoir casser le charme (hypnotique pour le spectateur) de son amour pour Adèle.

 


Je sais gré à Kéchiche d'avoir si bien montrer la jouissance au cinéma. C'est beau l'orgasme. Et puis pour qui n'est pas lesbienne c'est instructif, surtout pour un pédé, est-ce ainsi que les femmes jouissent? Je met un point d'interrogation car à la sortie de la salle j'entendais deux lesbiennes (c'est moi qui le subodore à l'écoute involontaire de leur conversation) qui disaient que c'était là l'amour lesbien filmé par un hétéro. Ah entendant cela j'ai compris la limite de ma critique, du moins sur ce point précis, n'étant ni lesbienne, ni hétéro, nul n'est parfait... Mais néanmoins je ne crois pas qu'il faille être homo pour pouvoir filmer les homos. Et puis je me doute que les lesbiennes ne jouissent pas toutes de la même manière, pas plus que les pédés aient les mêmes pratiques sexuelles ou que les hétéros fassent l'amour tous de la même façon...

 

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Une chose me paraît certaine, il y a désormais pour la représentation à l'écran de l'amour physique un avant et un après « La vie d'Adèle », où plus exactement il m'a semblé que pour la première fois on voyait le plaisir sexuel au cinéma, mais également le plaisir de manger, le plaisir de voir (belle scène au musée de Tourcoing) et le plaisir d'apprendre et de transmettre. Les scènes de classe sont remarquables. En un mot La vie d'Adèle est d'abord un film hédoniste.

Jamais auparavant devant une scène de sexe à l'écran je n'avais fait l'amour dans ma tête, comme je l'ai fait aujourd'hui, non avec un des acteurs (ou les deux) du film, mais avec un de mes anciens amants. C'est une expérience troublante, une sorte de dédoublement du temps et de la personnalité que j'ai subi durant ces longues scènes de sexe du film.

 

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J'ai été très impressionné par la beauté de ces corps de femmes emmêlés que le plaisir transfigure.

Ce qu'il y a de plus magique dans « La vie d'Adèle » c'est de nous faire le témoin de la transformation d'Adèle qui dans les premières séquence est une lycéenne quelconque et après sa rencontre avec Emma, épanouie par l'amour et comblé par le plaisir physique s'est métamorphosée en une belle jeune fille désirable et donc désirée.

Mais peut être encore plus impressionnant que le filmage du plaisir sexuel est celui du temps qui passe sur l'amour. La vie d'Adèle m'a enfin fait comprendre pourquoi on vieillit rarement avec son grand amour. Même si c'est une question encore beaucoup plus tabou que le représentation de la communion sexuelle dans une relation homosexuelle (et hétérosexuelle)...

 

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Je pense qu'il ne faut évacuer la notion d'homosexualité dans cet amour. Je ne crois pas que le film aurait été semblable si Adèle s'était éprise d'un jeune homme. L'image de l'hétérosexualité et surtout du couple hétérosexuel que donne « La vie d'Adèle » est très négatif. C'est celui d'un terne enfermement convenu que vivent les parents respectifs des deux filles.

Si on ne peut que louer l'abnégation des deux actrices principales, Léa Seydoux (que j'ai découverte dans La belle personne, le film de Christophe Honoré ) et surtout Adèle Exarchopoulos qui est dans chaque scène et presque dans tous les plans, quelle trouvaille de la part de Kéchiche, il ne faudrait pas oublier celle de leurs faire-valoir. Car tous les autres personnages, joués tous à la perfection, ne sont que des clichés de médiocres qui mettent d'autant en lumière la qualité des deux jeunes femmes. C'est à mon sens un des seuls défauts du film d'avoir fait des personnes qui gravitent autour du couple des caricatures, surtout dans la deuxième partie; si bien que l'on ne comprend pas comment Emma et Adèle peuvent accorder la moindre estime à de tels ringards. C'est un tour de force des comédiens que de rendre crédible ces navrants personnages. Je pense en particulier à Aurélien Recoing qui en une scène campe d'une manière magistrale le père bas de plafond, comme un ciel de Lille, d'Adèle et à Salim Kéchiouche parfait en dragueur maladroit qui en deux scènes fait exister la personnalité indigente de son personnage. Certes chaque personnage sonne juste, mais leur juxtaposition en fait une caricature de la société française de 2013.

 

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Je crains que les scènes époustouflantes de sexe occulte bien des choses que dit le film, sur la société française (et sur le cinéaste). Première remarque Kechiche n'est pas tendre avec ses coreligionnaires, les deux figure « d'arabe » ne sont guère valorisante, il y a d'abord la copine d'Adèle, véritable harpie homophobe puis Samir, interprété par Salim Kéchiouche, dragueur macho pas méchant mais particulièrement bête, mais « les gaulois » ne sont pas gâtés non plus... Le regard acerbe de Kéchiche traverse toutes les classes de la société, le père prolo d'Adèle est tout aussi regrettable que le pérorant directeur de la galerie dans laquelle expose Emma.

 

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Ce que montre le film au delà de la médiocrité de l'entourage est un la fois une totale impudeur, lorsque les copines de classe d'Adèle lui font subir un véritable interrogatoire sur ses pratiques sexuelles et amoureuses et un formidable égoïsme et manque total de civilité lorsque les parents bourgeois d'Emma pour recevoir l'amie de leur fille concocte un repas composer de fruits de mer sans s'enquérir des goûts d'Adèle. Deux situations qui étaient impensables au temps lointain où j'avais l'âge des deux amoureuses. Cela en dit beaucoup sur la dérive sociétale de la France. Mais qui le verra.

 

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Seul semblent être sauvé au yeux du cinéaste les jeunes du moins certains, d'abord les camarades de classe d'Adèle et surtout dans la deuxième partie du film, les enfants dont s'occupe Adèle, devenue institutrice, sont regardés avec bienveillance par Kéchiche. Mais qu'ils sont laids ces moutards! Avec les séquences d'Adèle en classe lorsqu'elle est lycéenne puis la même, quelques années plus tard, toujours dans une classe, mais cette fois institutrice de cour préparatoire apprenant aux enfants à lire, peu de film m'aura fait voir que contrairement aux apparences je n'habite plus le pays dans lequel je suis né... J'ai remarqué que la classe du lycée est plus calme de celle du cour préparatoire où les enfants semblent incapable de se concentrer.

 

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Les deux séquences scolaires, chacune dans une partie du film sont filmées en miroir. Cette construction se retrouve plusieurs fois par exemple à la première discussion en été, entre les deux filles sous le magnifique magnifique platane du parc public, répond l'endormissement mélancolique sous le même arbre en une après midi automnale, à la fête chez Adèle et Emma, lorsqu'elles sont heureuses en couple fait écho celle du vernissage qui clôt le film. Mais est-ce vraiment la fin, le sous titre de « La vie d'Adèle », partie 1, partie 2 peut faire penser que le cinéaste envisage de tourner une partie 3, une partie 4...

 

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Certaines scènes sont d'une très grande maîtrise, notamment dans cette façon presque gênante de ne jamais lâcher le regard des personnages, de transiter de l'un à l'autre, de coller au plus près des visages pour déceler une vérité profonde. Ce qui fait queLe cinéma de Kechiche n'est pas agréable ou confortable dans son regard sur l'autre.

 

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Ce que l'on voit à l'écran se sont des séquences dont certaines sont étirées jusqu'au malaise (encore Pialat), mais ce qui est aussi important c'est ce qui n'est pas sur l'écran. Kéchiche pratique aussi l'ellipse sauvage. Si on ne voit plus les parents d'Adèle dans la deuxième partie du film, on se doute que c'est parce qu'il y a eu rupture avec leur fille. Mais contrairement à la bande dessinée dont le film est vaguement inspiré (Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh), le cinéaste a choisi de ne pas montrer cette scène. Autre ellipse qui a provoqué mon interrogation, celle où l'on passe d'Adèle dévastée après sa rupture avec Emma à Adèle lors de la fête de fin d'année de l'école où elle est institutrice. Comment a-t-elle terminée sa nuit de cauchemard après avoir été jetée par Emma, comment s'est-elle réorganisée alors que visiblement elle a coupé les ponts avec ses parents? Autant de questions que le spectateur, qui colle depuis le début du film à Adèle, ne peut que ce poser. Petite frustration pour le gay que je suis de ne pas voir plus développer le personnage du meilleur ami d'Adèle, très bien joué par Sandor Funtek que l'on suppose gay. Certainement à cause de scènes coupées au montage, on n'est mis face à la proximité des deux adolescents sans préambule explicatif.

 

 


Le brillant chef opérateur, Sofian El Fani filme constamment caméra à l'épaule, mais avec relativement peu de mouvements des caméras, avec peu de plans larges mais en restant souvent très prés des acteurs d'où un grand nombre de plans moyens, pour les scènes de sexe et de gros plans pour toutes les scènes d'intimité. La plupart des scènes ont été tournées en deux caméras. Sofian El Fani a privilégié les couleurs chaudes. Le cadre est soigné. Petite critique pourquoi avoir laissé quelques reflets parasites à l'image alors qu'aujourd'hui il est facile de les éliminer numériquement.

Depuis longtemps on avait pas vu un film ayant une palme d'or cannoise aussi riche, profond et novateur. 

 

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Lettre à Momo, un film d'Hiroyuki Okiura

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Lettre à Momo : Affiche

 

Pour toujours enfoncer le même clou, je vais redire que l'animation japonaise ce n'est pas Goldorak et que les longs métrages de l'animation japonaise qui ont la chance de sortir sur les écrans français sont supérieurs à tous les autres films distribués dans notre pays. Deuxième point qu'il faut rappeler également l'animation japonaise ne se résume pas à Miyasaki père, génie certes mais pas talent isolé. Il suffit de citer Ichii, feu Satoshi Kon, Mamoru Hosoda, Isao TakahataKeiichi Hara et bien d'autres. Si vous êtes courageux vous pourrez lire les quelques billets que j'ai consacrés à certains de leurs films...

 

Lettre à Momo : Photo


Or donc, actuellement, sur malheureusement bien peu d'écrans (j'ai du mal à comprendre la politique du distributeur de ce film qui a pris le soin d'en faire une version française en regard d'une distribution aussi chiche; mais on peut penser que c'est pour une prochaine édition en dvd et blue-ray, ce dernier support est toujours à privilégier pour les films d'animation, donc si vous avez raté ce film en salle vous pourrez sans trop tarder vous rattraper.) on peut voir la nouvelle merveille des animés nippons, « Lettre à Momo ».

 

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A bord du bateau qui emmène Momo avec sa mère sur l'ile de Shio (ile imaginaire mais précisément située dans la mer intérieure du Japon, mer de Seto, les lecteurs de Manabé Shima de Florent Chavouet ne seront pas dépaysés... Le réalisateur, enfant, y passait ses vacances d'été...) où elles vont désormais vivre. Momo, à l'orée de l'adolescence, déplie une feuille de papier où sont écrits ces seuls mots: << Chère Momo >>. Un flash-bach nous apprend bientôt qu'elle a trouvé cette lettre inachevée sur le bureau de son père qui vient de mourir, océanographe il a disparu en mer. La dernière fois que Momo a vu son père, elle s'est disputé avec lui. Hantée par ce souvenir, Momo à le coeur lourd. D'autant que l'ile où la conduit sa mère, qui y a passé son enfance, est pour Momo, qui vient de Tokyo, vécu comme un lieu d'exil. Shio est habitée par une population vieillissante vivant pour l'essentiel de cultures ancestrales élaborées à flanc de colline. Mais à peine arrivée dans la vieille maison qui sera désormais leur demeure, déboulent trois truculents et très encombrants yokais sortis du folklore japonais, que seule Momo voit. Ces trois créatures sont caractérisées à l'extrême. Il y a le râleur au nez en museau, le géant affamé qui ressemble au Bluto de Popeye et le chétif souffre douleur. Ils vont bouleverser la vie de Momo, et celle de toute l'ile. Maisvont se révéler bien autre chose que de navrants goinfres...

 

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Comme tous les grands dessins animés japonais, « Lettre à Momo » peut se lire à différents niveaux. S'il réjouira les enfants, disons à partir de sept ans, il captivera les adultes, d'abord par la beauté du dessin et surtout parce qu'il aborde des sujets qui peuvent toucher tout à chacun, comme celui de comment vivre un deuil et comment faire partager ou pas sa douleur. Le film intéressera également tous les passionnés de la culture japonaise avec cette nouvelle intrusion dans le monde moderne des yokais, un des symboles de la culture populaire ancestrale nippone. « Lettre à Momo » s'inscrit aussi dans les problématiques les plus actuelles de la politique japonaise, comme la désertification des campagnes; souvent dans l'archipel elles ne sont plus habitées que par des vieillards, et dans ces conditions, se pose à court terme, la survie de l'agriculture, à un moment où le gouvernement Abe veut réduire les aides aux agriculteurs et d'une manière assez contradictoire prône une plus grande auto-suffisance alimentaire pour le Japon.

 

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Lettre à Momo est très ancré dans l'histoire et la tradition japonaise. L'émouvante dernière séquence se réfère au festival de Miajima (on peut aller voir mes photos de cette ile et de son célèbre torii: essai d'épuisement photographique du grand torii de Miajima, Japon ), tradition qui vise à apporter force et bonne santé aux plus jeunes habitants de l'île. Le principe étant de pousser un bateau de paille enflammé dans la mer afin qu'il se consume au milieu de l'eau. C'est une fête qui fait directement référence à la Seconde Guerre mondiale, les aînés souhaitant voir leurs enfants revenir sains et saufs de la guerre 

 

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Comme très souvent dans les animés japonais de qualité, le décor est très soigné mais aussi la typographie avec ses repères, une maison, un village, une ile, endroits à la fois immuables et changeants selon les saisons. Ces éléments prosaïques peuvent se muer en véhicules de la fantasmagorie...

Le public européen sera peut être dérouté par le mélange typiquement japonais de mélodrame et d'humour trivial, les yokais pètent pour repousser des sangliers ou effectuent une danse grotesquement lascive pour entrer en contact avec l'au-delà!

 

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On retrouve dans « Lettre à Momo » des constantes de l'animation japonaise (Certes vous pourrez me rétorquer bien des contre-exemples mais tout de même). Le voyage initiatique qui marque la fin de l'enfance et l'entrée dans l'adolescence comme dans le « Voyage de Chihiro), l'absence du père comme dans « Les enfants loups », le drame familiale comme dans « Les enfants loups, « Mon voisin Totoro », « Colorful », la fuite de la grande ville pour une campagne réparatrice des maux comme dans les « Enfant loup », « Mon voisin Totoro », « Arrietty », « Mai Mai Miracle », la nostalgie pour le Japon apaisé des petites villes et des vieilles demeures comme dans « Arriety », « La colline aux coquelicots», « La traversée du temps », « Summer wars », l'irruption de créatures surnaturels souvent issues des vieilles légendes comme dans « Mon voisin Totoro », « Pompoko » et surtout « Un été avec Coo » où un Yokai, un kappa, est au centre du film (le renouveau des yokais dans l'imaginaire nippon doit tout au mangaka Shigeru Mizuki, l'auteur de NonNonBâ. A ce sujet on peut voir mes billets: NomNomBâ de Shigeru Mizuki et  des Yokai par Shigeru Mizuki ). Tous ces points communs avec de nombreux animés japonais de grande qualité font de « Lettre à Momo » un film archétypal de l'animation japonaise; c'est peut-être là sa limite.

 

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Le cinéphile trouvera aussi grandement son compte dans cette « Lettre à Momo » passé l'effet de surprise qu'il constitue pour tous ceux qui attendaient, depuis 1999, après le chef d'oeuvre incontestable qu'est « Jin-Roh, la brigade des loups », fable uchronique violente, passionnante, sur le totalitarisme, quand il s'apercevra que le deuxième film d'Hiroyuki Okiura n'a rien à voir, sinon par sa qualité graphique, avec le premier opus du cinéaste. En regard de ce deuxième film on voit combien la patte d'Ichii, (Ghost in the shell) qui est un peu le mentor d'Hiroyuki Okiura, scénariste de Jin-Roh était présente dans ce dernier. Pour son deuxième film Hiroyuki Okiura en a cette fois écrit le scénario. Le spectateur habitué de l'animation japonaise repèrera plusieurs hommages du réalisateur à ses maitres et confrères. Plusieurs séquences sont quasiment des citations de Miyazaki, la rencontre des esprits sous la pluie, l'attaque des sangliers, l'apparition des esprits sous la forme de gouttes (« Princesse Mononoke) et les esprits font beaucoup penser à ceux du « Voyage de Chihiro ». Les trois yokais par leur truculence et leurs maladresses évoque les S.D.F de « Tokyo Godfather »...

 

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D'autre part Questionné à propos du réalisme apporté à son film d'animation, Hiroyuki Okiura avoue s'être inspiré de l'un des maîtres de l'animation japonaise, Isao Takahata et de son film Kié la petite peste : << C’est un film avec une forte composante burlesque et néanmoins chaque détail concernant les personnages est décrit avec le plus grand soin : leur personnalité, leurs gestes, leur manière de marcher ou de se retourner quand on les appelle, ils ressemblent tous à des personnes réelles. J’ai rarement vu de film d’animation qui prenait autant de soin pour détailler des gestes du quotidien >>.

 

Lettre à Momo : Photo


Le film s’étale sur deux heures. Pourtant on ne s’y ennuie pas, tant le rythme du film est maîtrisé de part en part, jusqu’à un final digne des moments les plus Shinto du grand Miyazaki. 

Le cinéaste s'est entouré d'une équipe chevronnée. Hiroyuki Okiura et le chef de l'animation Masashi Ando avaient déjà travaillé ensemble par le passé sur le film Paprika (2005) de Satoshi Kon. Masashi Ando était alors déjà superviseur de l'animation tandis que Hiroyuki Okiura était l'un des nombreux animateurs.

Techniquement le film a été réalisé par une méthode d'animation classique, animation en deux D avec du papier et des crayons; ce qui confère à l'ensemble un extrême réalisme que ce soit dans la fluidité des mouvements des personnages ou dans l'expression de leur visage aux traits pourtant assez simples. Le réalisateur a néanmoins eu recourt au travail par ordinateur pour quelques séquences, comme celle de la course poursuite. Les décors sont dus à Hiroshi Ono, responsable des déjà de ceux de « Kiki la petite sorcière » même si l'esthétique générale fait plutôt penser aux films de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

 

Lettre à Momo : Photo


L'une des particularités des auteurs japonais de films d'animation, c'est de ne pas craindre d'aborder les sujets les plus difficiles comme la destruction de Tokyo par un tremblement de terre dans Tokyo magnitude 8, le suicide des adolescents dans Colorful, la mort d'innocents durant les guerres dans Le tombeau des lucioles... et de le faire, en règle générale, avec beaucoup de sensibilité et de justesse. « Lettre à Momo » en est un bel exemple. 

 

 

Lettre à Momo : Photo

 

Pour retrouver d'autres billets sur les animés sur le blog: Colorful de Keiichi Hara,  La colline aux coquelicots de Goro Miyasaki,  Tatsumi de Khoo,  Les enfants loups, Ame & Yuki, un film de Mamoru Hosoda,  Tokyo magnitude 8Lettre à Momo, un film d'Hiroyuki Okiura .    

 

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Hannah Arendt, un film de Margarethe Von Trotta

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Ayant choisi le 1er mai pour allez voir, la biopic d'Hanna Arendt (1906-1975), vous vous doutez bien que je ne suis pas adepte de l'usure de semelles derrière un quelconque calicot, la plus grande surprise ne fut pas le film, mais le fait que la salle du cinéma qui le programmait était archi comble. A tel point qu'un des employés de l'établissement, juste avant la projection, est venu voir s'il pouvait encore caser deux personnes. Je n'avais pas vu cela depuis ma pré-adolescence où le cinéma de la station balnéaire où je résidait ne commençait à projeter le film en saison que lorsque tous les sièges étaient occupé. Je ne me serais jamais douté qu'Hannah Arendt et sa théorie de la banalité du mal avait autant d'adeptes à moins que Finkielkraut est donné rendez vous à cette séance à tous les thuriféraires de la philosophe... Mais je n'ai pourtant pas aperçu le résistant de France-Culture dans la salle. Ma surprise fut redoublée lorsque je m'aperçu que l'assistance ne comptait pas que des chenus mais aussi de jeunes pousses.

Pas grand chose à dire de ce film qui est néanmoins à voir, ne serait-ce pour ceux qui l'auraient oublié, de leur rappeler l'importance d'Hannah Arendt dans l'histoire des idées au XX ème siècle, tant il est d'une impeccable facture classique. Les cinéastes semblent enfin, après Spielberg et son Lincoln, s'apercevoir que le format d'un film de cinéma est trop court pour narrer toute une vie. Margarethe Von Trotta s'est ainsi concentré uniquement sur l'épisode de la couverture en 1961 du procès d'Eichmann pour le New-yorker par la philosophe ( C’est elle-même qui, malgré son inexpérience du journalisme, a suggéré à William Shawn, directeur du magazine, de la charger de cette mission). Le film s'étend sur quatre année de 1961 à 1965. Son texte où elle expose sa théorie de la banalité du mal déclencha une vive polémique mais ce qui ulcère particulièrement les juif c'est surtout qu'elle dénonce le fait que des autorités juives ont aidé à la shoah.

Très intelligemment grâce à un retour en arrière qui laisse entrevoir la relation qu'entretenait Hannah Arendt avec Heidegger (Klaus Pohl). Le film évoque avec mesure la liaison entre la jeune Hannah Arendt et son professeur. La scène de leurs brèves retrouvailles après la guerre, au cours de laquelle elle somme Heidegger de s’expliquer sur son engagement nazi, est particulièrement réussie. on comprend l'intransigeance intellectuelle d'Hannah Arendt pour qui la raison doit toujours primer sur l'émotion comme le lui a appris son maitre à penser (Heidegger n'a pas vraiment appliquer son dogme dans sa relation avec le nazisme). Ce qui peut être audible aujourd'hui était parfaitement inentendable en 1961 par la communauté juive dont beaucoup des membres étaient des rescapés des camps de concentration. C'est ce paramètre que ne pouvait du fait de sa formation intégrer dans sa manière d'exposer ses arguments sur la question du mal. Ainsi son ami Yosef Hayim Yerushalmi lui reproche d’avoir condamné en bloc tous les conseils juifs et d’avoir contribué, par cette généralisation, à l’effacement de la distinction entre victimes et bourreaux. Un de ses meilleurs amis, Kurt Blumenfeld (Michael Degan), sioniste et père spirituel d’Hannah depuis sa jeunesse, l'accuse de vouloir défendre les bourreaux du peuple juif. Il meurt sans lui avoir pardonné.

On entre et connait certains épisodes de la vie d'Annah Arendt par le biais de conversations qu'elle a avec son mari ( Heinrich Blücher, joué par Axel Milberg, l’homme de sa vie, rencontré à Paris, et qui l’accompagne dans sa fuite à travers l’Europe puis à New York, où ils se sont mariés et ont vécu ensemble pendant près de trente-cinq ans, jusqu’à la mort de Blücher)et ses amis dans lesquelles elle évoque des souvenirs comme son incarcération au camp de Gurs en 1939, alors qu'elle était réfugiée en France. Cet artifice permet à la réalisatrice de dépeindre le milieu new-yorkais dans lequel gravite la philosophe en particulier la romancière féministe américaine Mary McCarthy, interprétée par Janet McTeer, qui l’a soutenue alors qu’elle était attaquée pour ses articles sur le procès Eichmann.On voit également Hannah Arendt donner des cours à ses étudiants américains. Il faut se rappeler que grâce à la parution en 1951 de son ouvrage intitulé « Les origines du totalitarisme », Arendt était déjà en 1961, considérée comme un des grands penseurs du XXe siècle.Margarethe von Trotta réussit à filmer la pensée en train de s'élaborer.

L'interprétation est remarquable bien sûr Barbara Sukova est parfaite dans le rôle titre mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Le choix à première vue de Barbara Sukova peut paraître surprenant car elle ne ressemble pas physiquement à Hannah Arendt mais l'intensité de l'interprétation de l'actrice fait oublier rapidement ce hiatus. L'insertion de bandes d'actualités (les images du procès d'Eichmann) est habilement fait. les images d’archives en noir et blanc sont intégrées au récit par le montage alterné avec les séquences reconstituées de la salle d’audience. Mais le tour de force est de parvenir à nous donner une idée de la philosophie d'Hannah Arendt et de Martin Heidegger.

Margarethe von Trotta en spécialiste des grands portraits de femmes fictives ou réelles, depuis L’Honneur perdu de Katharina Blum(1975) jusqu’à Rosa Luxemburg(1986) et Hildegarde de Bingen(2009) était la cinéaste la mieux à même pour réussir le portrait de cette femme intransigeante et courageuse. Margarethe Von Trotta montre bien le caractère passionné d’Arendt et sa vive intelligence, qui lui valurent autant d’amitiés que d’hostilité.

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Cloud Atlas de Lana Wachowski, Andy Wachowski et Tom Tykwer

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

J'ai toujours une grande réticence à aller voir un film tiré d'un livre que j'ai beaucoup aimé surtout si comme c'est le cas pour « Cloud atlas » un des intérêts majeurs de l'ouvrage dont il est tiré, L'atlas des nuages de David Mitchell, est son écriture. D'autant que dans le cas présent en raison de sa taille, de sa construction littéraire et du fait que l'histoire se déroule du milieu du XIX ème siècle à un futur lointain il me paraissait inadaptable. Et bien la famille Wachowski épaulé de Tom Tykwer m'ont prouvé en 2h 30 que j'avais tort.

La réussite du film doit beaucoup au fait que son adaptation ait abandonné la construction du livre qui raconte six histoires s'échelonnant sur plusieurs siècles racontées de façon chronologique pendant la première moitié du roman, puis terminées dans la seconde moitié en ordre inverse selon le schéma: « 1,2,3,4,5,6,5,4,3,2,1 ». Chaque récit étant relié à une autre par un personnage, ou plus souvent sa trace, se trouvant dans l'histoire précédente. Dans chaque segment un des personnages est marqué par un signe identique, une tache de naissance au creux de l'épaule ayant la forme d'une comète. Si le scénario du film avait respecté la géographie du roman, il aurait fallu attendre plus d'une heure que le spectateur rencontre les personnage du segment 6 qui est à mon sens le meilleur du livre. Le scénario du film a choisi judicieusement de déconstruire chaque segment et de les éparpiller dans le film en respectant néanmoins l'ordre chronologique de chacun des segments en reliant chacun des petits morceaux par un très intelligent montage. Dans le cas de « Cloud atlas » le film doit autant à son monteur qu'à ses réalisateurs, même si le montage a été pensé bien évidemment en amont au tournage.

 

 

 

Pour ceux qui n'aurait pas lu le roman de David Mitchell, ce que je les encourage à faire sans tarder, voilà les pitchs de chacun des segments, classés par ordre chronologique: 1849, Adam Ewing, un jeune avocat, écrit un journal de bord lors d'une traversée durant laquelle il est de plus en plus malade malgré « les soins » d'un médecin ami (Tom Hanks). Un événement inattendu va faire de lui un fervent antiesclavagiste; 1936 après avoir du fuir Cambridge où il filait le parfait amour avec son amant, un jeune compositeur Robert Frosbisher (Ben Whishaw) tente de phagocyter un célèbre compositeur vieillissant pour assoir sa future carrière. Pendant qu'il lit le journal d'Adam Ewing, il écrit des lettres à son amant Rufus Sixsmith (James d'Arcy); 1973, en Californie, la journaliste Luisa Rey enquête sur une centrale nucléaire qui pourrait être dangereuse pour la population. Elle rencontre inopinément un savant atomiste Rufus Sixmith qui relit sans cesse les anciennes lettres que lui envoyait son amant. Aujourd'hui, en Angleterre l'éditeur Timothy Cavendish (Jim Broadbent, particulièrement savoureux) lit un manuscrit qui raconte l'enquête de Luisa Rey mais bientôt une suite de péripéties drolatique le mène dans une maison de retraite-prison d'où il essaye de s'évader avant d'écrire une adaptation théâtrale de ses mésaventures; 2014 Néo Séoul, la serveuse Sonmi-451 un clone devient l'instrument d'une révolte contre l'ordre totalitaire qui domine la ville. Elle a l'occasion entre deux péripéties dangereuses de voir un vieux film qui narre l'évasion de Cavendish; 2321 Hawaii, Zachry (Tom Hanks), un membre d'une tribu revenue à l'âge de pierre sur une terre que l'on imagine dévastée vénère la déesse Somni.

 

 

 

La trajectoire des personnages marqués par la comète sont influencées par la philosophie bouddhiste que semble pratiquer en amateur David Mitchell un peu à la manière dont le découvreur des sources du Nil, Richard Burton pratiquait l'islam... << Dans un monde où la réincarnation est possible et dans un film où le passé, le présent et le futur s’enchevêtrent, la mort est juste un nouveau point de passage d’un univers à l’autre.>> déclare David Mitchell. La présence de la marque de la comète indique donc qu'il pourrait s'agir d'une âme passant d'un corps à un autre au fil des temps. L'âme migrante était déjà l'idée qui amalgamait différentes histoires dans « Ecrits fantômes  », le premier livre de Mitchell paru en français.

Toutefois malgré son indéniable réussite cette brillante adaptation m'a encore conforté dans mon idée que la littérature est bien supérieure au cinéma. Le cinématographe oblige à une simplification du récit. Dans le cas présent nombre d'intrigues secondaires sont passées à la trappe dont celle dramatique mais néanmoins affriolante d'un mousse abusé sexuellement par un officier de marine.

Mais plus grave le cinéma force le trait ce qui était suggéré dans le roman devient une évidence. Le scénariste contraint de choisir entre les possibles qu'évoque l'auteur, gomme l'ambiguité qui faisait un des charmes et des mystères du livre. Il faut reconnaître que présentement il fait ressortir aussi combien Mitchell est un formidable raconteur d'histoires. Les fan de Mitchell pourront quitter le film 5 minutes avant la fin qui par son happy end trahi le pessimisme de l'écrivain, même si cette fin heureuse était l'une des possibilités que laissaient entrevoir les dernières pages du livre.

Ayant lu le livre et l'ayant encore bien en mémoire je suis incapable de dire comment un spectateur ne connaissant pas le roman peut recevoir le film. Je suppute que ce doit être un peu rude au début et qu'il lui faut un certain temps pour comprendre de quoi il retourne, mais en cela le film est fidèle à l'esprit de Mitchell qui n'a pas l'habitude de commencer ses livres par de longs préambules tièdes.

En élaguant la trame touffu du roman, le scénario met en avant des thèmes qui ne ressortent pas avec un tel relief dans le roman comme l'histoire d'amour entre deux hommes (si bien que je me suis demandé en raison de l'importance qu'elle prend dans le film si je ne devais pas classer « Cloud atlas » dans la rubrique cinéma gay »), le message antiesclavagiste. A l'inverse d'autres idées très présentes dans le roman sont mises au second plan comme le pessimisme sur le devenir humain (j'y reviendrais) ou le message écologiste.

 

 

 

Pratique peu courante dans le cinéma, ce film s'est fait à six mains! En effet la famille Wachowski se sont adjoint les services d'un troisième réalisateur, l'Allemand Tom Tykwer, à qui on doit entre autres « Cours, Lola, cours ». Les Wachowski ont réalisé les séquences sur le voyage maritime d’Adam Ewing en 1849, la révolte de Sonmi en 2144, et de la vie de Zachry en 2321. Alors que Tom Tykwer a réalisé les segments sur musicienl Robert Frobisher en 1936, celles des révélations de la journaliste Luisa Rey autour d’un complot industriel en 1973, et celles autour de l’éditeur londonien Cavendish en 2012.

A la gageure extravagante que représentait l'adaptation du roman, le triumvirat au pouvoir du film a rajouté la contrainte de faire jouer la multitude de personnages par un nombre limité d'acteurs. Si leurs performances sont réussies, elles n'empêchent pas quelques vieillissements un peu outrés ni les postiches trop voyantes. Mais cette contrainte était probablement indispensable pour attirer des acteurs célèbres comme Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Susan Sarandon, Hugh Grant... à rejoindre un projet aussi incertain.

Cloud atlas ne serait-ce que par son insensé culot mérite votre visite, le plaisir sera au rendez-vous même si la lecture du roman de David Mitchell dont le film est une habile adaptation vous en apportera encore plus.      


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Je me souviens de Paul Crauchet et de Bernard Dhéran

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Avez vous remarqué que parfois, peut être souvent, vous avez des difficultés à « revoir » les visages d'êtres aimés qui ont disparu de votre vie, alors que pour des acteurs, que pourtant vous n'avez pas croisés sur un écran depuis des années et parfois des décennies, il suffit d'évoquer leur nom pour que leur visage apparaisse immédiatement à votre esprit. Les images de cinéma s'imprimeraient-elles mieux dans les cerveaux, et le mien en particulier, que celles de notre propre vie? J'ai pu encore constater cette particularité en apprenant coup sur coup la disparition de deux comédiens qui furent très présents dans ma jeunesse cinéphile, théâtrale et télévisuelle, non qu'ils furent des vedettes mais de ces grands seconds rôles qui faisaient tout le sel des films français d'alors et surtout des dramatiques de la télévision. Je veux parler de Paul Crauchet dont j'ai appris la disparition, avec retard, en lisant mon indispensable « Positif ». Je me souviens particulièrement de lui dans l'Armée des ombres de Melville. J'avais été étonné et content de le revoir dans « Les herbes folles » de Resnais. Quant à celle de Bernard Dhéran c'est ma lecture attentive du carnet du Monde qui me l'a apprise. Pour moi Bernard Dhéran restera à jamais le petit marquis comploteur, l'oeil émoustillé, et un peu veule, mais toujours d'une élégance exquise qu'il a tant de fois interprété sur la scène de la Comédie Française et à la télévision. Il était presque aussi cauteleux que Jean Topard auquel il avait succédé dans le rôle de Porcellio dans le Malatesta de Montherlant.    

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Je me souviens du souffle au coeur

Publié le par lesdiagonalesdutemps



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J'ai adoré ce film que j'ai vu plusieurs fois à sa sortie en salle. Je m'aperçois, avec le recul du temps que je devais être amoureux de Benoît Ferreux, le garçon qui est la vedette du film et que je n'ai malheureusement jamais revu sur un écran, ce qui est bien dommage. Outre ce garçon tout me plait dans ce film de Louis Malle qui est à mon sens un cinéaste très sous estimé que l'on se souvienne de Milou en mai, de Lacombe Lucien, d'Ascenseur pour l'échafaud et l'extraordinaire musique de Miles Davis. Je crois que la critique rance parisienne ne lui a jamais pardonné d'être issu de la grande bourgeoisie de province.
J'avais tellement aimé le film que je me suis précipité acheté le scénario que Gallimard avait édité dans la prestigieuse collection blanche, ce qui n'est pas fréquent pour un scénario de film. J'ai même fait relier le volume en cuir. J'ai fait inclure dans le volume la jaquette du livre qui est illustrée par une photo du film. Il est toujours en bonne place dans une de mes bibliothèques.
Si Benoit Ferreux est adorable, tout le reste de la distribution est remarquable à commencer par Léa Massari dans le rôle de la mère incestueuse comme par inadvertance. Elle non plus n'a pas eu la place qu'elle aurait mérité dans le cinéma. Dans des rôles modestes Daniel Gélin en père absent et Lonsdale en curé libidineux sont parfaits.
J'ai attendu longtemps l'édition du Souffle au coeur en dvd. Je l'ai acheté dès sa parution. Dans les bonus, j'ai découvert une interview de Benoit Ferreux devenu adulte. Il a bien vieilli mais il n'explique pas pourquoi il n'y a pas eu de suites à sa carrière qui semblait prometteuse.

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Tokyo magnitude 8

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Tokyo magnitude 8 est une superbe série animée de onze épisodes tourné en 2009. Il décrit les conséquences d'un terrible tremblement de terre à Tokyo. Deux enfants, Mirai, une collégienne  d'une douzaine d'années accompagne son frère, Yukii (ce qui ne l'amuse pas beaucoup) d'âgé d'environ huit ans. Ils sont venus de leur quartier périphérique de Tokyo à Odaiba (on peut voir le billet que j'ai consacré à ce quartier de Tokyo: Odaiba, une presque ile dans la baie de Tokyo) parce que Yukii veut y voir une exposition de robots, la passion du garçon, et aussi pour acheter le cadeau d'anniversaire de leur mère. Soudain un séisme très violent de magnitude 8 secoue Odaiba. Ce qui provoque le lent engloutissement de l'ile dans la baie de Tokyo. Les deux jeunes héros rencontrent une jeune femme généreuse et dynamique qui les prend sous son aile. Ils vont tenter de rejoindre le centre de Tokyo pour retrouver leurs familles. Au fil de péripéties très émouvantes, ils découvrent une ville complètement détruite. On assiste à la destruction du raimbow bridge et de la Tokyo tower. C'est l'occasion pour l'auteur de mettre en scène l'humanité des uns et l'égoisme des autres. Une série qui s'attache à décrire avec beaucoup de réalisme les conséquences d'un séisme, l'organisation des secours et la recherche de moyens de subsistance. Il y a un coup de théâtre déchirant à la fin de l'histoire dans laquelle le suspense ne manquait déjà pas. Cet évènement remarquablement bien amené donne beaucoup d'épaisseur au récit tout en le rattachant à la tradition du récit japonais. On ne peut que saluer le talent du scénariste Natsuko Takahashi.

 

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Outre que ce film réalisé par Masaki Tashimada, le découpage en épisodes n'est là que pour la diffusion télévisuelle et on peut considérer Tokyo magnitude 8 comme un long métrage, est une histoire passionnante qui n'est pas sans rappeler dans sa forme et par sa force le chef d'oeuvre qu'est "Le tombeau des lucioles", il est aussi très pédagogique et montre ce qu'il faut faire et ne pas faire lorsque l'on est pris dans un tremblement de terre de grand ampleur. La manière dont les bâtiments emblématiques de la capitale nipponne pourrait être détruit a été étudié avec le plus grand sérieux. Tokyo magnitude 8 ne fait pas l'impasse sur la mort. Avec beaucoup de pudeur le film met en scène les victimes morts et blessé et donne les chiffres des morts.

 

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S'il n'est pas nécessaire pour aimer ce film de connaitre Tokyo ou même le Japon, il est vraiment bouleversant et inquiétant lorsque l'on a arpenté comme moi les rue de la ville de voir les quartiers que l'on connait bien, Akasuka, Ginza, Odaiba... presque complètement démolis et cela rendu avec beaucoup de réalisme. C'est ce plausible qui fait que le spectateur est autant ému à suivre l'errance du trio dans la capitale détruite.

 

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Le dessin est de grande qualité et l'animation est à l'unisson. L'éclairage est très soigné. Le jeu des contrastes souligne la dramatisation du scénario. Peut être encore plus remarquable est la profondeur psychologique, qui a le temps en plus de quatre heures, de chaque personnage que l'on voit évoluer ainsi que les rapports qu'ils ont entre eux à mesure qu'ils prennent conscience de la gravité de la catastrophe.

 

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Un film inoubliable, très ancré dans le Japon d'aujourd'hui et pourtant universel est à voir par les adultes et les enfants. Tokyo magnitude 8 peut également permettre d'aborder par l'enfant le problème de la mort.

 

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Pour voir Tokyo Magnitude 8

Tokyo Magnitude 8.0 VOSTFR - Manga no haru

ou

http://www.wakanim.tv/library/animes-TI4J/10/tokyo-magnitude-80

ou


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Pour retrouver Tokyo sur le blog: Tokyo, la nuit   Asakusa, Tokyo, Japon   sanctuaire de Yasukuni-jinja,  Le jardin national Shinjuku-Gyoen, Tokyo, Japon,  mon florilège du musée d'art moderne de Tokyo, Japon,  un soir à Shibuya, Tokyo, Japon,  Le bureau de Goebbels à Okaihabara, Tokyo, Japon,  Un joli photographe sur Ginza, Tokyo, Japon,  Contrastes japonais du parc Hama Rikyu à Tokyo,  la jeunesse tokyoite fait les magasins...,  Mandarake à Tokyo,  Takeshita dori, la rue la plus animée de Tokyo,  Tokyo, Shibuya,  street art et garçons à Tokyo,  hommage à Rotella ? à ... Tokyo,  Asakusa, Tokyo, Japon,  Takeshita street, Tokyo, un dimanche après midi d'automne,  Ginza, jour, Tokyo, Japon,  Les fresques de Mark Beard dans le magasin Abercrombie & Fitch à Tokyo,  Minets et minous dans le parc Hibiya de Tokyo,  Les corbeaux du parc Ueno à Tokyo,  Deux amis dans le métro de Tokyo,  Tentative d'épuisement photographique de la Tokyo Tower depuis ma chambre d'hôtel ,  Devenez incollable sur le réseau de transport à Tokyo,  Voyage au Japon,Tokyo de Rémi Maynègre et Sandrine GarciaTokyo, quartier Yanaka, le royaume des chats,  Préservatifs nippons,  Quelques menues suggestions pour un séjour à Tokyo,  Les chats du cimetière de Yanaka, à Tokyo,  le promeneur de Tokyo,  Les dormeurs de Tokyo par Adrian Storey,  un soir à Tokyo, quartier AkaihabaraL'Hotel de Ville de Tokyo et ses parages,  Odaiba, une presque ile dans la baie de TokyoTokyo magnitude 8

 

Pour retrouver d'autres billets sur les animés sur le blog: Colorful de Keiichi Hara,  La colline aux coquelicots de Goro Miyasaki,  Tatsumi de Khoo,  Les enfants loups, Ame & Yuki, un film de Mamoru HosodaTokyo magnitude 8

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Epic films de Tom Peeping

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 RÉDIGE AU FIL DES MOIS UN DES MEILLEURS BLOGS CINÉPHILES DE LA TOILE. C'EST À CETTE ADRESSE: HTTP://SNIFFANDPUFF.BLOGSPOT.FR. IL SERAIT DOMMAGE DE VOUS EN PRIVER. A TITRE D'EXEMPLE JE LUI EMPRUNTE SON BILLET SUR L'ANTIQUITÉ AU CINÉMA, AUQUEL JE SOUSCRIS PRESQUE INTÉGRALEMENT. POUR ALLER Y VOIR CLIQUEZ SUR: sniff and puff

 

 

28 FÉVRIER 2010

My Best of : Epic films

A l'occasion de la sortie récente d'Agora d'Amenabar et de la publication de l'indispensable L'Antiquité au cinéma d'Hervé Dumont, voici une liste subjective et dans l'ordre alphabétique de mes films "épiques" préférés. Par "épiques", j'entends des films historiques à grand spectacle et dont l'action à tendance à se situer pendant l'Antiquité. C'est à dire au sens anglo-saxon du terme, que je reprendrai donc ici : "Epic films".

On pourra s'étonner de ne pas trouver dans cette liste des classiques populaires ou intouchables comme (au hasard) Ben-Hur de Wyler,Spartacus de Kubrick, Les Dix Commandements de deMille, Gladiator de Scott, Quo Vadis de LeRoy et bien d'autres... C'est comme ça.


Agora (Alejandro Amenabar, 2009)
"Agora" montre qu’il est encore possible de faire un film à la fois spectaculaire et intelligent sur l’Antiquité sans sombrer dans le superlatif et l’anachronisme. La tragédie d’Hypathia d’Alexandrie (Rachel Weisz, toute en nuance et dignité), qui paya de sa vie son indépendance de femme, de savante et d’incroyante au moment de la progression du Christianisme en Égypte romaine, réussit une double prouesse : révéler un épisode méconnu de l’histoire de la fin du monde antique et parler par ricochet de la situation géopolitique et de la montée inexorable des extrémismes religieux contemporains. L’effet de miroir qu’"Agora" propose sur le monde actuel, assez inattendu dans le genre calibré de l’Epic, peut provoquer jusqu’à un certain malaise et appelle en tous cas à la discussion aussitôt le film terminé. Une admirable réussite. (on peut aller voir le billet que j'ai consacré à ce film:  Agora, film d'Amenabar)


Alexander / Alexandre (Oliver Stone, 2004)
Raccourcie, rallongée, remontée en plusieurs versions, la folie d’Oliver Stone est un spectacle hybride et boursouflé mais traversé de fulgurances de mise en scène, de moments d’intense poésie et d’existentialisme au milieu du vacarme et de l’extravagance. Le réalisateur s’est sans doute quelque peu identifié, consciemment ou non, à son héros qui se perd lui-même sur les sentiers de son ambition et le film y récupère une dose d’auteurisme auquel le genre se prête rarement. Si Angelina Jolie incarne Olympias avec une outrance camp peu commune, Colin Farrell (malgré les boulets rouges qu’on lui a tirés), est un excellent Alexandre dont les doutes affleurent sous l’apparente assurance. L’arrivée à Babylone, la bataille en Inde, la mort du souverain... sont de grands moments du genre. L’échec du film à sa sortie, s’il est explicable, ne doit pas empêcher sa réhabilitation.


Apocalypto (Mel Gibson, 2006)
On dira que le film n’est qu’une longue course poursuite (un « survival ») dans la jungle et on aura raison. Oui, mais une jungle qui s’ouvre pour un moment sur une reconstitution stupéfiante de Chichen-Itza, la capitale sacrée des Mayas. L’Epic, presque toujours limité à la zone méditerranéenne pour des raisons évidentes, trouve dans ces scènes d’"Apocalypto" un décor inédit qui ne fait pas pâle figure à côté des édifices de la Rome antique et qui régénère le genre en lui apportant, en outre, un supplément de violence très cinématographique. Les obsessions et les démons de Gibson apparaissent à chaque coin de l’écran et la lecture prosélyte du film pourrait remplir des pages mais en tant que grand spectacle et film d’évasion (à tous les sens du terme), "Apocalypto" est une sorte de chef-d’œuvre.


Barabbas (Richard Fleischer, 1961)
Le très polyvalent Richard Fleischer a réalisé avec "Barabbas" un des fleurons du genre de l’Epic, un chef-d’oeuvre injustement mésestimé par le public à côté des "Ben-Hur" et autres "Spartacus". Anthony Quinn incarne magistralement le criminel libéré par Pilate au lieu de Jésus et rongé par un sentiment de culpabilité. La superproduction, qui bénéficie de décors impressionnants (qui peut oublier la séquence des mines de sel ?), y trouve une surprenante profondeur psychologique qui réussit à survivre à l’ampleur du cadre et des mouvements de foule. L’intime et le grandiose y fusionnent comme jamais le genre n’avait réussi à la faire auparavant et ne s’y risquera plus après, jusqu’au récent "Agora". On dit qu’une véritable éclipse solaire eut lieu au moment du tournage de la scène de la Crucifixion : "Barabbas" est peut-être un film touché par la Grâce.


Ben-Hur : a tale of the Christ / Ben-Hur (Fred Niblo, 1925)
Le célèbre remake aux 11 Oscars de "Ben-Hur" par William Wyler (1959) m’a toujours paru d’une assommante respectabilité et, malgré ses indéniables morceaux de bravoure, une indigeste bondieuserie à côté du magnifique Epic muet de Fred Niblo. Si le format du cadre, le beau noir et blanc et l’absence de paroles permettent à ce film de s’approcher au plus près des gravures des romans du XIXe siècle, l’audace de la violence de certaines scènes et les subreptices nudités qui parsèment le film lui donnent une liberté de ton et un zeste de piment qui manquent cruellement au remake. Quant à la course de chars, tant célébrée dans le Wyler, elle se hisse ici, compte-tenu des moyens des années 20, à un niveau qui me semble supérieur. Reste à évaluer les avantages respectifs de Ramon Novarro et de Charlton Heston mais ne comptez pas sur moi pour m’y atteler.


Caligula (Tinto Brass & Bob Guccione, 1979)
Le genre Epic est intrinsèquement lié à nos fantasmes sur les sociétés de l’Antiquité. Pour Rome, c’est entre autres la force de l’armée, la décadence des familles impériales, la pompe des cérémonies et la sexualité débridée. "Caligula" est loin d’être un bon film (il a été trop charcuté et obscènement réassemblé pour y prétendre) mais il reste une vraie curiosité, un phénomène sans égal qui n’est en fin de compte qu’un avatar perverti de ce que Cecil B.DeMille aurait fait s’il avait pu aller jusqu’au bout de ses obsessions. Ne gardant de l’histoire de Caligula que la part de scandale et d’abjection, ce monstre de foire qui préfigurait en son temps la mode du porno-chic et du porno-trash, parce qu’il ose montrer ce que la morale judéo-chrétienne a imposé à nos fantasmes sur la Rome antique, mérite bien sa place dans cette liste. "Caligula" est un pur film d’exploitation dont les clés de lecture sont passionnantes.


Cleopatra / Cléopâtre (Joseph L. Mankiewicz, 1963)
Cette autre extravagance qui faillit couler la Fox, coûta sa carrière à Mankiewicz et fit à jamais entrer Elizabeth Taylor dans l’Olympe des superstars reste, malgré son éprouvante longueur et ses interminables bavardages, un des monuments majeurs du genre. S’il ne possède pas un centième du fun de la version de Cecil B.DeMille (1934), le "Cléopâtre" de Mankiewicz marque une étape de l'Epic et une date trop importante dans l’histoire des studios hollywoodiens pour ne pas continuer à fasciner. Du plan d’ouverture sur le port d’Alexandrie à la mort de la reine destituée et de ses deux servantes en passant par l’apparition dans le tapis déroulé et l’entrée dans Rome, les scènes d’anthologie se succèdent entre deux coups de frein : ma préférée est celle du dialogue devant le tombeau d’Alexandre le Grand. Et Elizabeth Taylor a un look Sixties absolument irrésistible.


The fall of the Roman Empire / La chute de l’Empire Romain (Anthony Mann, 1964)
"Gladiator" de Ridley Scott (2000) a pillé sans vergogne et occulté ce qui me semble être le meilleur Epic de l’histoire du cinéma (ou tout au moins, mon préféré) : "La chute de l’Empire Romain". Un titre en lui-même épique, un générique splendide, une musique inoubliable de Tiomkin, des décors construits époustouflants et une vision panoramique du IIe siècle se conjuguent pour offrir au spectateur un spectacle total qui n’écrase pourtant pas la maturité du scénario. Seule la course de chars, inutile référence à "Ben-Hur", est un faux-pas, mais quelle importance par rapport à la plus belle scène de tout le genre de l’Epic : les funérailles sous la neige de Marc-Aurèle au pied du fort dans la forêt germanique ? Hélas, le film arriva trop tard, la mode du genre était passée et la ruine de son visionnaire producteur, Samuel Bronston, fut consommée. Un demi-siècle plus tard, son formidable film lui survit.


Ercole e la Regina di Lidia / Hercules unchained / Hercule et la Reine de Lydie (Pietro Francisci, 1959)
"Le fatiche de Ercole / Les travaux d’Hercule" (1958) lança la mode du péplum italien mais n’est pas un film mémorable. Sa suite, en revanche, reste une pure merveille et l’un des Epic films de second rang les plus enthousiasmants (pour qui aime le kitsch et le camp). Hybride de mythologie, de fantastique et de pop culture, "Hercule et le Reine de Lydie" pousse le genre dans de formidables outrances visuelles et thématiques, notamment dans toutes les scènes où apparaissent ensemble le sculptural Steve Reeves et la voluptueuse Sylvia Lopez, deux hallucinantes hypertrophies de masculinité et de féminité. Les décors, magnifiés par la photo saturée de couleurs de Mario Bava, servent d’écrin à ce couple inouï qui défie les lois de l’anatomie. Un plaisir coupable, sans doute, mais quel plaisir !


Jason and the Argonauts / Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963)
Un spectacle merveilleux et indélébile pour qui l’a découvert enfant, "Jason et les Argonautes" est le chef-d’œuvre de ce genre hybride qu’est l’Epic fantastique, qui fusionne scènes naturelles et effets spéciaux artisanaux (ici, ceux du grand Harryhausen), qui avaient un charme fou que les CGI d’aujourd’hui ont totalement oblitéré. L’Epic ne s’est jamais approché autant du conte d’aventures qu’avec "Jason" et l’émerveillement de ma découverte du film est toujours intacte, tant d’années après : la vallée des statues de bronze, le combat avec l’hydre, le vieil aveugle et les harpies, le duel avec les squelettes… sont des moments de cinéphilie naissante que je continue à chérir. Porté par la partition de Bernard Herrmann, c’est du cinéma dans ce qu’il a de plus beau et de plus noble : un art de l’imaginaire et de l’évasion qui intrigue, inquiète et ravit.


King of Kings / Le Roi des Rois (Nicholas Ray, 1961)
Raconter le destin de Jésus au cinéma est un vrai chemin de croix : les pièges du cliché et les chausses-trappes du sulpicien attendent le scénariste et le réalisateur à chaque tournant d’une l’histoire débarrassée depuis deux mille ans de tout suspense. De toutes les versions qui se sont succédées (chaque génération a la sienne), celle de Nicholas Ray est la plus satisfaisante parce qu’elle s’attache à montrer le fils de Dieu comme un homme parmi les Hommes et non comme le héros sacré d’une adoration déjà acquise. Les scènes attendues sont toutes au rendez-vous mais laissent à Jeffrey Hunter la possibilité de suggérer l’humanité complexe du personnage qu’il incarne et nous offrent plus qu’un beau livre d’images. De toute façon, avec Jeffrey Hunter en Jésus, quelle qu’eût été la qualité du film, sa place dans cette liste était assurée. La version muette de 1927, "The King of Kings" par Cecil B. DeMille, est très bonne aussi, mais avec une dose involontaire de camp qui peut rebuter les philistins (dont ce carton inoubliable, prononcé par Marie-Madeleine : « Harnachez mes zèbres, cadeau du Roi de Nubie ! »).


Land of the Pharaohs / La terre des Pharaons (Howard Hawks, 1955)
Hawks et l’Epic n’auraient à priori pas fait bon ménage mais l’exception confirme la règle et "La terre des Pharaons" est un excellent film qui panache avec bonheur les scènes intimistes et les séquences spectaculaires, bénéficiant chacune d’un splendide sens du format Cinémascope. Si les manigances de Nellifer (Joan Collins, pas si mauvaise) se hissant dans les faveurs du Pharaon sont du ressort du mélodrame, le film atteint une ampleur inégalée dans les scènes de la construction de la Pyramide qui continuent d’impressionner, en notre époque de CGI, avec leurs milliers de figurants. Et la dernière partie du film offre une progression dramatique dans le suspense et l’angoisse absolument inoubliable, amplifiée par les effets sonores du sable qui s’écoule et des pierres qui se scellent. Les mystérieux bâtiments funéraires de l’Egypte ancienne ont-ils jamais été aussi excitants ?


The Passion of the Christ / La Passion du Christ (Mel Gibson, 2004)
Malgré le grotesque de certaines scènes (l’apparition du Diable au Jardin des Oliviers) et les relents antisémites qu’on ne peut occulter, le film de Mel Gibson a atteint son but prosélyte et polémique avec une incontestable réussite et reste l’un des Epics les plus audacieux et intéressants jamais produits. Le réalisme graphique des supplices infligés à la chair de Jésus, d’une brutalité oppressante, m’a semblé être dans le prolongement direct de la peinture sacrée de Grünewald, de certains tableaux de la Contre-Réforme et des Mystères qui étaient joués sur les parvis médiévaux des cathédrales. Jim Caviezel se donne à corps perdu à son rôle et si, comme pour "Apocalypto", "La Passion du Christ" éclaire sans doute autant les démons de Gibson que l’Evangile, la dernière image du film, dans sa fulgurante évidence, justifie toute la violence qui a précédé en renvoyant avec génie à l’essence-même du message chrétien.


Rome (HBO, 2005-2007)
Cette série TV qui s’est arrêtée au bout de deux saisons n’a rien à envier aux superproductions du grand écran et on ne peut que lui attribuer une place de choix dans le genre de l’Epic film. Dotée d’une ambition et d’un budget démesurés (qui causèrent sa perte), "Rome" donne à voir une antiquité débarrassée de sa propreté hollywoodienne. Le spectateur y découvre un monde intimiste et grouillant, civilisé et barbare, crédible et fascinant qui n’avait encore jamais été présenté de la sorte. Si les deux personnages principaux, Lucius et Titus, ont un peu trop tendance à toujours être au bon endroit au bon moment et si le personnage de Cléopâtre est totalement raté, tout le reste est admirable : décors et costumes, comédiens et dialogues, direction et technique. Pour continuer l’histoire, il faut voir une autre série inoubliable mais beaucoup plus théâtrale : "I, Claudius" (BBC, 1976), qui commence au moment précis où "Rome" s’arrête.


The sign of the Cross / Le signe de la Croix (Cecil B.DeMille, 1932)
Cecil B.DeMille a donné en une poignée de films ses lettres de noblesse à l’Epic : ses "Dix Commandements" de 1956 est l’un des titres les plus respectés du genre. C’est aussi un livre d’images trop naïf et ampoulé pour figurer ici. Mais en 1932, le réalisateur signait avec "Le signe de la Croix" un de ses classiques les plus pervers. La mémoire collective populaire, qui a surtout retenu de l’Empire Romain ses excès décadents, y trouvait de quoi se repaître : la scène du banquet/orgie et surtout la longue scène finale des jeux du cirque où les supplices les plus raffinés sont montrées dans la limite de ce que le pré-Code pouvait oser. Je ne me lasse pas de revoir le combat des nains et des Amazones, les chrétiennes livrées aux crocodiles ou aux gorilles, les grimaces de plaisir horrifié sur les visages des spectateurs sur les gradins… Le sexe, la torture et la Croix : le cinéma hollywoodien aura rarement été aussi titillant.


300 (Zack Snyder, 2006)
Adoré (c’est mon cas) ou détesté, le "300" de Zack Snyder, adaptation d’un BD à succès, revitalise tout en l’épuisant l’Epic à coup d’images de synthèse, de ralentis obscènes et de giclées de sang et se permet de transformer l’histoire de Léonidas aux Thermopyles en un délire thématique et formel que ses pourfendeurs ont réussi à affubler des adjectifs « réactionnaire », « raciste », « gay », « homophobe » et j’en passe. Je crois qu’il faut plutôt voir le film comme une ultime variation sur les codes de l’Epic, un fourre-tout (et un cul-de-sac) qui hypertrophie tous les composants du genre jusqu’à la nausée. Guerriers farouches et monstres innommables, jupettes et sandales, bodybuilders et travestis, courage et perfidie… tout cela se mêle dans un spectacle d’une absolue décadence qui, lorsqu’on réussit à aller au-delà de l’artifice de l’ensemble, exerce un pouvoir de fascination stupéfiée dont l’Epic, par tradition, n’est pas avare.

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