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135 articles avec humeurs cinematographiques

petit bilan cinématographique annuel

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le vent se lève

Le vent se lève

Voici mon traditionnel bilan cinématographique de l'année. Choisir d'aller voir un film c'est déjà l'élire. Bien des films mis en avant par la critique ne m'ont pas donné l'envie de sortir de mon antre. Il faut dire que par exemple je suis allergique au cinéma de Lars von trier et à celui Dumont. Je fuis à toutes jambes la population que filme ce dernier. Autre problème pour moi qu'illustre bien un film comme Momy qui, en dépit de la qualité des comédiens, m'a été pénible à voir. Je ne peux plus être heureux en mon âge avancé de passer 90 minutes avec un jeune imbécile, même pas physiquement mon genre... A contrario j'ai eu plaisir à fréquenter les protagonistes de "Magic in the moonlight", le film de Woody Allen, dans cette carte postale de la Riviera, avant les congés payés, les promotteurs et les ploutocrates, où l'on est sûr que le Whisky et le thé sont de qualité. Bien d'autres films m'ont intéressé comme les films sur Saint-Laurent ou Turner ce ne sont pas des chef-d'oeuvre mais on ne regrette pas de les avoir vu. J'ai trouvé les acteurs du premier film sur le couturier plus convaincants que ceux du second. En lisant les nombreuses listes que les critiques de cinéma certifiés proposent, je suis surpris par exemple de la mise en exergue de Grand Budapest hotel, film agréable certes, mais pas plus cela et qui ne vaut pas un bon album de Tintin, son modèle affiché. Je lui préfère ce grand film modeste qu'est "Love is strange" ou le non moins modeste et beaucoup plus drôle "Grandes ondes" qui a le point commun avec "Aimer boire et chanter", merveille d'intelligence de Resnais de distribuer ce merveilleux acteur qu'est Vuillermoz. Le dernier Miyazaki est son chef d'oeuvre. A le revoir en blue-ray on voit tout ce que l'on a manqué à la première vision sur pourtant grand écran. J'ai en revanche été un peu déçu par le dernier Takahata mais j'en attendais beaucoup, "Le tombeau des luciole" étant avec "Jin roh" mon animé préféré. Turner aussi est bien intéressant mais le choix de dix film est impitoyable. Dragon II est un bon dessin animé grand public toutefois inférieur à la série (saison I et saison II) qui passe à la télévision et qui inexplicaplement n'existe pas encore en dvd. A ce propos si vous avez manqué les film de la liste certains existent déjà en dvd et autre blue-ray.

 

1 Le vent se lève

2 Love is strange

3 L'ile de Giovanni

4 Les grandes ondes

5 Aimer boire et chanter

6 Magic in the moonlight

7 La vie rêvé de Walter Mitty

8 Minuscule, la vallée des fourmis perdues

9 Diplomate

10 Dragon II

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Mr Turner de Mike Leigh

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mr Turner de Mike Leigh

 

 

J'entretiens un rapport ambiguë avec la peinture de Turner (1775-1851) comme avec celle de Cézanne, si je reconnais sans barguigner le talent et la place de novateur, de défricheur qu'on ces deux artistes dans l'Histoire de la peinture, j'éprouve souvent plus de plaisir et d'émotion à contempler les oeuvres de leurs suiveurs, c'est surtout vrai pour Cezanne, suiveurs, qui, je vais m'exprimer trivialement, ont en quelque sorte amélioré le modèle. Il se trouve que particulièrement en France, c'est un peu moins vrai ailleurs, on privilégie, à mon sens un peu trop, les premiers qui se sont engagés dans une voie. C'est un choix, il est respectable, mais ce n'est pas celui que je fais dans mon petit musée intime.

J'ajouterais que les toiles de Turner sont les rares qui me donnent envie d'être dans le tableau. Elles ont sur moi comme un effet d'aspiration, comme celle, à encore une plus grande échelle, de Rothko (qu'un de mes commentateurs préférés a eu la bonne idée d'associer à Turner) ou de certaines oeuvres de Kapoor.

Mr Turner de Mike Leigh

Ce n'est donc pas seulement le nom de Turner qui m'a entrainé à voir ce film mais bien plutôt celui de Mike Leigh que je considère comme actuellement le plus grand directeur d'acteurs en activité. Vous me direz qu'il est aidé par l'excellence des acteurs anglais, je vous accorderais bien volontiers cette modération à mon enthousiaste envers le talent de Mike Leigh. Mon envie de voir le film a été augmentée de découvrir un cinéaste véritable maitre du cinéma social anglais se colleter avec le cinéma dit en costumes.

Comme je m'y attendais tous les seconds rôles sont joués à la perfection. En revanche je mettrais juste un petit bémol en ce qui concerne la jeu de Timothy Spall, vieux complice du cinéaste. Il incarne Turner et il est de presque tous les plans. Spall en fait tout de même beaucoup. On sent un peu trop que pour lui c'est le rôle de sa vie. En un mot il cabotine avec ses regards appuyés et ses grognements d'ours mal léché. A la décharge de Spall, Turner lui même cabotinait à l'extrême. Il mettait en scène sa vie, en particulier lorsqu'il s'agissait de vendre ses toiles. Le film le montre à plusieurs reprises. Le grand mérite de Mike Leigh est de faire voir que la peinture est un vrai travail, qu'un peintre, eut-il du génie doit-être une petite entreprise pour pouvoir vivre de son art. Il lui est vital de vendre ses tableaux. Pour cela il faut séduire l'éventuel acheteur; et même s'il n'en a pas vraiment le goût, l'artiste doit se répandre dans le monde. Il est nécessaire aussi qu'il s'imposer auprès de ses pairs puis, toute sa carrière durant il lui faudra jouer des coudes pour rester parmi les artistes qui comptent. J'ai eu la chance de connaître quelques peintres de renom et je dois dire que je n'avais jamais avant ce film vu une description aussi juste du métier de peintre. Turner n'était ni un artiste maudit ni un marginal. Il était pleinement à l'aise dans la société de son temps et en était partie prenante. Il regardait avec enthousiasme les progrès techniques qui transformaient l'Angleterre, première puissance économique de l'époque et il a su les faire passer sur la toile alors que la plupart des peintres de son époque se réfugiaient dans la représentation d'un passé mythique. Il ne faut pas oublier que la deuxième partie de la carrière de Turner est contemporaine aux préraphaélites. Au delà de la biographie de Turner c'est tout le milieu artistique de la peinture anglaise de l'époque que Leigh réussit à évoquer. Il parvient, chose rare à filmer d'une manière convaincante le peintre au travail devant sa toile. On le voit également faire de nombreux croquis sur le motif ce qui est surprenant pour un artiste dont le dessin est particulièrement absent de son oeuvre.

Mr Turner de Mike Leigh

Mike Leigh filme la seconde partie de la vie de Turner. Lorsque nous le rencontrons c'est un peintre célèbre. Il vit avec son père dont il a fait son factotum et une servante éplorée d'amour à son égard. Il l'a culbute presque bestialement de temps à autres.

Il n'y a pas que Timothy Spall qui en fasse beaucoup, la mise en scène n'est pas toujours légère, ainsi la pauvre bonne du maitre (vraiment bonne à tout faire y compris de lui servir d'exutoire sexuel) est atteint d'une maladie de peau, vraisemblablement un psoriasis mais à la fin du film, elle semble être arrivée à la phase terminale de la lèpre! De même les scènes de rue avec des figurants qui semblent brandir au dessus de leur tête un panneau ou est inscrit je suis un figurant; on m'a demandé de traverser la rue lorsque la carriole dépasse la silhouette qui est dans l'encoignure du porche. Nous sommes dans la pire esthétique Buttes-Chaumont, ceux qui ont connu feu l'ORTF savent de quoi je parle. A contrario le montage est d'une belle fluidité et les raccords d'une réjouissante intelligence. De même le directeur de la photo a réussi à être digne des toiles de Turner, c'est dire...

Le film est construit à la manière des tableaux impressionnistes par la juxtaposition de touches. Le réalisateur, tout en les reliant subtilement au montage, n'hésite pas à laisser des blancs chronologiques entre certaines scènes. Le spectateur devra donc un peu travailler pour reconstituer la linéarité de la vie de Turner. Et c'est très bien ainsi.

Le cinéaste en s'attardant sur son dernier amour, la tenancière d'un petit hôtel à Margate, parvient in fine à rendre attachant ce grand peintre qui sous ses dehors bourrus cachait un coeur d'artichaut   

Mr Turner de Mike Leigh

Pour retrouver Mike Leign sur le blog:

http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-be-happy-de-mike-leigh-84238065.html

http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-another-year-un-film-de-mike-leigh-122567079.html

Mr Turner de Mike Leigh

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Mommy, un film de Xavier Dolan

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mommy, un film de Xavier Dolan

 

Xavier Dolan a réussi à filmer l'intérieur du cerveau d'une mère ayant perdu prématurément son enfant alors qu'il n'était qu'un adolescent. C'est percutant et passablement obscène. Seul un jeune homme peut avoir l'impudeur et l'inconscience de filmer cela. Critiquer le film formellement est un peu dérisoire lorsqu'on a reçu un tel choc pour peu qu'un tel événement rentre même un peu en résonance avec ce que vous avez pu vivre.

L'argument du film tient en quelques lignes: Diane est veuve et se retrouve contraint de garder son fils, un adolescent victime de trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) après que celui-ci est été expulsé d'un centre de rééducation. Ils rencontrent bientôt leur voisine Kyla. Ensemble, ils tentent de retrouver une forme d'équilibre.

Tout d'abord l'originalité du film immédiatement perceptible est qu'il est tourné en format carré. Pourquoi pas, avant le 24x36 beaucoup de photographies étaient carrées. Il est idéal pour les portraits, et « Mommy » n'est rien d'autre que le portrait de trois personne au mental instable. Ce format est au début gênant; mais après quelques minutes l'oeil s'habitue. On oublie ce procédé qui est moins gratuit qu'on pourrait le penser car ce format force à filmer au plus près des personnages si bien que durant tout le film on se trouve en osmose avec le trio sur lequel il repose. Cette impression de proximité est encore renforcée par l'utilisation fréquente d'une faible profondeur de champ et par un filmage à l'aide d'un steadycam pour coller aux plus près des acteurs. Ces derniers sont magnifiques. Comme dans les films de Mike Leigh, on doute à chaque instant que ce que nous voyons ne soit pas « de vrais gens ». Cette perfection est paradoxalement dérangeante mettant le spectateur dans la position d'un voyeur fort indiscret.

Xavier Dolan, à l'instar de Sacha Guitry fait à peu près tout sur ses films. Réalisateur bien sûr, mais aussi scénariste, monteur, cadreur, costumier et parfois acteur, j'en oublie probablement. Il me semble que plus de regards extérieurs ne nuiraient au travail de ce garçon indéniablement doué. Par exemple cette idée de faire figurer sur la première image une annonce comme quoi le film se déroule en 2015 et que les mères ont le droit d'abandonner leur enfant si elle ne sont plus capable de faire face à leur éducation. D'une part cette annonce induit la fin du film, il est toujours regrettable de vendre la mèche d'une histoire avant sa fin. Surtout cette suppression permettrait d'éviter la dernière séquence de l'hopital aussi pénible que superfétatoire. Il aurait été judicieux d'arrêter le film sur la séquence du supermarché.

Xavier Dolan a un grand sens du casting engageant trois acteurs chevronnés Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément avec lesquels il avait déjà tourné. Dorval interprétait déjà la mère dans J'ai tué ma mère. Elle est aussi apparue dans Les Amours imaginaires et Laurence Anyways. Suzanne Clément jouait le rôle féminin principal dans Laurence Anyways. Quant à Antoine-Olivier Pilon s'il n'a que 17 ans ce n'est néanmoins pas un novice devant la caméra. Il avait déjà joué dans un précédent film de Dolan (Laurence Anyways) ainsi que dans le clip que le jeune cinéaste a réalisé pour le groupe Indochine.

Mommy suggère qu'au Québec le niveau de français est un marqueur social et que parler joual est l'apanage des classes populaires. J'aimerais que mes visiteurs québécois me disent ce qu'ils en pensent.

Après ces considérations cinématographiques et même émotionnelles, il faut savoir que si vous allez voir Mommy vous allez passer un peu plus de deux heures avec un garçon taré et pas bien malin et sa mère qui, elle n'a ni inventé le fil à couper le beurre ni le seau à charbon.

Avec ce film, de plus en plus souvent je m'interroge: Pourquoi passer au cinéma deux heures avec des gens que je fuirais à toutes jambes dans la réalité?      

Mommy, un film de Xavier Dolan
Mommy, un film de Xavier Dolan

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L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Plus le temps passe, plus en ce qui me concerne, l'incarnation d'un personnage à l'écran fait obstacle à mes émotions. Je ne suis jamais autant ému au cinéma que devant des animés. Je l'ai été jusqu'aux larmes devant « L'ile de Giovanni » comme je l'avais été devant « Lettre à Momo » (qui se déroule également sur une petite ile) ce qui ne m'est pas arrivé devant un film avec des acteurs depuis si longtemps que je n'en ait plus le souvenir.

Le film a pour toile de fond un épisode peu connu de l'Histoire du Japon (y compris dans l'archipel). A partir de 1945, Shikotan, une petite ile isolée du nord du Japon (au nord est d'Hokaido) a été occupée par les troupes soviétiques. Puis en 1947 la population fut déportée sur la cote nord de l'Union Soviétique. Nous vivons cet épisode tragique par l'intermédiaire de deux frères Junpei d'une dizaine d'années et Kanta moitié moins âgé. Tout est raconté à travers le regard de Junpei.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Petit précis historique: A la conférence de Yalta, Roosevelt a proposé à Staline la Sakhaline du sud et les iles Kouriles en récompense des efforts de guerre des soviétiques. L'armée rouge dès le 19 aout, soit trois jours après la défaite du Japon annexe ces territoire. Depuis les japonais arguant des failles dans les différents traités militaires réclament la restitution des iles. Le contentieux entre le Japon est la Russie reste ouvert jusqu'à aujourd'hui.

Sur le plan historique Mizuho Nishikubo a déclaré: << J'ai tenté d'être le plus réaliste possible historiquement sans chercher à interpréter les événement. Il n'y a pas de gentils ou de méchants. Le film ne cherche pas à véhiculer un message précis ou une thèse.>>.

Le cinéma d’animation japonais n’en finit pas de scruter les blessures qu’ont laissées la seconde guerre mondiale et ses prémices. Il le fait avec une certaine nostalgie, comme Miyazaki avec Le Vent se lève, ou avec colère et dépit comme Isao Takahata dans Le Tombeau des lucioles.

Le film est scindé en deux parties. La première raconte la cohabitation des habitants de Shikotan (environ 300) avec les occupants. On suit surtout la vie mouvementée des deux frères et leur amitié avec la fille d'un officier russe. La seconde beaucoup dramatique narre la déportation de la famille au goulag dans la glaciale ile de Sakhaline. Le père de Junpei et de Kanta est arrêté. Les enfants sont confiés aux bons soins de leur institutrice, Sawako et de leur oncle Hideo. L'acmé du récit est le long voyage des enfants pour retrouver leur père, commandant des forces de défense de l'ile qui a été envoyé dans un camp de prisonniers.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

La coupure entre les deux époques est renforcée du fait que le réalisateur a fait de l'ile russe, l'antithèse de l'ile japonaise. Autant cette dernière est ensoleillée (sans doute beaucoup plus dans l'animé que dans la réalité), les couleurs chaudes dominent autant Sakhaline est peinte en tons froids où le bleu de la glace s'impose.

L'atmosphère très dramatique du film est tempérée par le fait que tout le récit est la remémoration de Junpei qui se souvient de ces années terribles alors qu'il revient pour la première fois dans l'ile cinquante ans après avoir été contraint à la quitter; on comprend donc qu'il a survécu aux épreuves qu'il a enduré, et surtout par des intermèdes oniriques issus de « Train de nuit dans la voie lactée ». Un livre qu'admirent les deux gamins. Ce livre pour enfants, de Miyazawa est célèbre au Japon. Il a pour héros un garçon du nom de Giovanni, d'où le titre du film. Ces passages fantastiques sont d'un graphisme différent du reste du film. Ces morceau où les enfant s'évadent dans leur imaginaire, interviennent lors des passages les plus bouleversants, allégeant la pesante atmosphère du récit. Ils sont comme une respiration.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Le scénario pratique beaucoup l'ellipse, suggérant plus qu'il ne montre, tout en restant parfaitement claire et compréhensible pour des enfants; même si le film est plus destiné aux adultes et aux adolescents en raison de la noirceur de cette histoire.

L'ile de Giovanni est tiré d'une histoire vraie. A l'origine du scénario de Sugita et Sakurai, on trouve le témoignage d'Hishori Tonuko qui a vécu à Shitokan et a connu l'annexion de son ile par l'armée soviétique. Les scénaristes ont toutefois modifié les faits, en particulier le tempo de l'action pour les besoins de la dramaturgie du film.

Le graphisme des personnages est simplifié. Ils se meuvent dans des décors magnifiques assez réalistes sans être jamais photographiques. Les décors du film sont dus à l'argentin Santiago Montiel qui travaille depuis dix ans en France. Nous sommes dans le réalisme poétique avec des teintes peu éclatantes, assez douces, notamment la nuit ou dans la pénombre des forêts.

A noter que les voix des enfants sont faites par des enfants ce qui est assez rare au Japon et renforce encore la véracité et donc l'émotion que génère cette tragédie. Le casting des voix est très soigné. Le réalisateur s'est rendu à Moscou pour enregistrer les voix de Tanya, de ses parents et des soldats soviétiques. Pour le chant en russe durant la classe, il a fait appel à un choeur professionnel, à qui il dut demander plusieurs fois de réfréner leur talent pour qu'ils aient plus l'air d'enfants normaux à la chorale de l'école.

Comme presque toujours dans les longs métrages d'animation japonais, la musique a une grande importance dans « L'ile de Giovanni ». Ce qui n'est pas surprenant puisque le film est coproduit par la JAME, la Japan Association of Music Enterprises, qui célèbre avec L'île de Giovanni son cinquantenaire. Il s'agit de leur première incursion dans le milieu cinématographique, en tant que producteur et non de compositeur musical. Pour ma part j'ai surtout apprécié les chants traditionnels russes et japonais que l'on y entend dans la première partie.   

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

L'auteur du film est un vétéran de l'animation japonaise. Mizuho Nishikubo a longtemps été le collaborateur de Mmoru Oshii. Il était son directeur de l'animation. L'île de Giovanni est son troisième long-métrage et ses deux précédents, Atagoal: Cat's Magical Forest (2006) et Musashi : The Dream of the Last Samurai (2009) n'ont jamais été distribués en France.

Le film a été initié, il y a une dizaine d'année et sa réalisation a pris trois ans.

« L'ile de Giovanni » fait beaucoup penser au « Tombeau des lucioles » le chef d'oeuvre d'Isao Takahara qu'il n'est pas loin d'égaler. 

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

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Des nouvelles de Max Born, le Giton de Fellini

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Cet article vient du site, http://www.maniaco-deprebis.com/index.php?post/2011/01/20/Max-Born. Il m'a été signalé par Ismau qu'elle en soit remercié.

 


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Si son nom éveille bien peu de choses au prime abord, son visage poupin est pourtant resté dans l'inconscient collectif du cinéphile plus particulièrement celui des adeptes du cinéma deFederico Fellini. Seule et unique incursion de ce jeune anglais dans l'univers du 7ème art, il demeure encore aujourd'hui le symbole d'un certain homo-érotisme juvénile, d'une certaine nubilité toute empreinte d'amours interdites. S'il a souhaité se faire oublier par la suite, il n'en reste pas moins une incontournable figure fellinienne, une icône gay dont on va quelque peu lever le voile de mystère qui semble l'entourer.

 


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Max Born est né le 12 mai 1951 à Oxford. Issu d'une famille de la classe moyenne anglaise, Max fait des études des plus traditionnelles, particulièrement doué pour les arts et c'est à 18 ans qu'il est repéré par Fellini qui voit en lui le jeune comédien idéal pour interpréter Giton dans sa flamboyante version du Satyricon. Si Max n'a jamais souhaité embrasser une carrière d'acteur, la proposition l'enchante et c'est ainsi qu'il rentre dans la légende.
Son visage poupin, sa grâce, son allure androgyne en font un parfait Giton, jeune esclave amoureux et protégé d'Encolpe et Ascylte, entre lesquels il devra choisir.

 


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Fellini a le souvenir d'un garçon un peu étrange, marginal, qui aimait s'isoler et chanter accompagné de sa guitare, plongé dans l'univers des drogues ce que confirment ceux qui à cette époque l'ont côtoyé. Max était un adolescent rebelle et particulièrement précoce, plutôt mature pour son âge. Comme beaucoup de jeunes alors ce passionné de musique mène une vie quelque peu désordonnée, hantant les univers psychédéliques où circulent drogues et acides sans avoir pour autant ces pulsions autodestructrices que trop de gens de son âge avaient en ces années Flower power. Max aimait les communautés et en faisait partie.
max_born.jpgS'il aurait pu mal tourné, Max a pourtant réussi sa vie aprés avoir pleinement vécu ces années de totale liberté. Au début des années 80, avoisinant la trentaine, Max eut un enfant de sa compagne. Assagi, il menait une vie paisible aux abords de Londres. Il travaillait avec succès dans le milieu artistique et plus spécialement dans la scène musicale. Il avait alors pour rêve de quitter Londres pour s'installer quelque part sur la Méditerranée. 
Désireux de ne plus revenir sur son trés bref passé d'acteur, sorte de parenthèse dans sa vie, Max a disparu par la suite pour ne plus réapparaître.
Pour nous, cinéphiles, Max Born restera à jamais Giton, l'amour que se partagent Martin Potter et Hiram Keller, nourrissant ainsi nos fantasmes pelliculaires, une de ces silhouettes celluloide qui font à jamais partie des univers cinématographiques, pour le plus grand plaisir des yeux. Max tu avais pleinement ta place au sein de notre joli musée, éternel comme le sont les icônes. 

 


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Du péplum sur le blog:  Agora,  L'aigle de la neuvième légion,  Pompéi, un film de Paul W. S. Anderson,  Spartacus: Blood and sand (saison 1) réédition complétée,  300, naissance d'un empire, un film de Noam Murro,  un songe autour du péplumDes nouvelles de Max Born, le Giton de Fellini .

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un songe autour du péplum

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'ai écrit cet article pour un feu blog, en aout 2007 (mais je ne suis pas certain de la date) et mis à part quelques corrections orthogaphiques et quelques rectifications syntaxiques, je n'y ai rien retranché ni ajouté sinon les quelques ajouts d'actualisation qui apparaissent en vert.

 


Mon été fut antique, et plus précisément romain, sans pourtant quitter la région parisienne, grâce au péplum et en particulier à la deuxième saison de la série Rome qui a déclenché en moi une fringale de toges.


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Le genre était en déshérence lorsque le courageux Ridley Scott le ressuscita avec Gladiator. Comme toujours a Hollywood, un succès ne reste jamais veuf. On vit donc arriver sans tarder sur les écrans Troie de Wolfgang Petersen qui réussit,  pour cette adaptation de l’Illiade et de ses suites, par des tours de passe passe, pas toujours convaincants, à escamoter de cette épopée les dieux grecs, sans doute pour ne pas troubler le bigot du middle west. N’étant pas à un travestissement près, il transforma Patrocle l’amant d’Achille en son... cousin! Ce qui est particulièrement faux cul pour un cinéaste qui se fit connaître par un film gay, La conséquence... Dans son Alexandre, Oliver Stone ne fut guère plus courageux sur le sujet, car si on ne cesse de parler de l’amour d’Alexandre pour le beau  Hephaistion, on ne les montre que se faisant un chaste baiser. De ce film assez mal fichu on retiendra surtout les morceaux de bravoure des deux grandes batailles en particulier celle avec les éléphants... Cette année arriva la fantaisie spartiates des 300 qui auraient ravi feu la Grèce des colonels si elle avait eu les moyens de le tourner. Les amateurs de corps bodybuildés auront pu se rincer l’oeil, ( ce que je fis sans complexe ) durant tout le film, néanmoins très chaste. Il est curieux de noter que pour une toile aussi peu politiquement correct, qu’il en va tout autrement avec le regard porté sur le panthéon religieux spartiate particulièrement trash qui trahit un regard judéo-chrétien rabbinique. Mais surtout l’été nous apporta la diffusion de la deuxième saison de Rome ( mille fois hélas c’est la dernière d’autant que l’on a appris que les décors avaient brûlés par le plus grand des hasards )... Il est affligeant d’apprendre que  pour sa diffusion par la RAI, coproductrice, les scènes les plus explicites de violence ou de sexualité, furent remplacées par des versions alternatives plus douces, filmées spécialement pour le public italien. Parmi les séquences coupées : les scènes de lutte sanglantes et de sexualité, celles qui montrent les graffiti obscènes qui barbouillaient les murs de la Ville Eternelle et surtout les références aux relations homosexuelles...


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Polanski nous annonce le prochain tournage de la énième mouture des Derniers jours de Pompéi, comme on le voit, après son Oliver twist, le cinéaste ne se risque pas à l’inédit. Et puis nous attendons fébrilement l’adaptation du chef d’oeuvre de Marguerite Yourcenar, Les mémoire d’Hadrien par John Boorman. On ne peut que souhaiter qu’il mène son projet à terme (Hélas mille fois hélas ce ne fut pas le cas). Antonio Banderas est pressenti pour être Hadrien; son Antinous serait Charlie Hunnam... Quant à La dernière légion elle devrait nous arriver avant Noël (Le film en fait s'appelera  L'aigle de la neuvième légion ).

Pour parfaire mon immersion estivale dans l’antiquité, j’ai dégusté les dvd de Moi Claude empereur, une série shakespearienne, de 13 épisodes de 50 minutes, écrite par Jack Pulman  datant de 1976 d’après le merveilleux roman éponyme de Robert Graves (éditions Gallimard les références des éditeurs correspondent à celles des livres de ma bibliothèque. Il est possible qu'il en existe à la fois des plus récentes, ou des éditions plus, ou moins luxueuses...) produite par la talentueuse BBC. Derek Jacoby dans le rôle titre est remarquable.

 


claude et messaline

Claude (Derek Jacobi) et son épouse Messaline (Sheila White) : 
un couple décidément fort mal assorti, imposé par la volonté méchante de Caligula

 

 

Pour parfaire cette cure, l’indispensable France-Culture a eu la bonne idée de consacrer ses matinées, durant la première semaine d’ août, à Marguerite Yourcenar... Sans oublier qu’en juin parut un nouveau tome de la bande dessinée Murena qui nous permet d’attendre avec moins d’impatience le nouvel Alix et vice versa...

 


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gladiateurs vus par Delany, le dessinateur de Murena


Mais avant d’aller plus loin osons une définition du péplum: Italien,  américain ou venant d’une toute autre contrée, tout film traitant d'un épisode de l'Antiquité, quel que soit son souci de sérieux ou sa volonté de parodie, est un péplum. Comme il me semble que le seul support cinématographique me semble bien restrictif, j’agrandirais le spectre aux livres, écrits ou dessinés, au théâtre (La guerre civile de Montherlant comme exemple), l’opéra, la peinture.

Alma Tadema est le maître insurpassable du tableau péplum mais il ne faudrait pas oublier Cabanel, Chassériau, Gérôme... Les peintres pompiers sont les grands fournisseurs de scènes antiques mais ils ont été précédé par les néoclassique et le concours du Grand Prix de Rome est également gourmand de ces sujets.

La photographie n’est pas en reste, l’antiquité fut le paravent commode pour les photographes pédérastes tels von Gloeden , Pluschow, Herbert List, Horst P. Horst... qui leur permit d’exercer leur talent sur des hommes et des adolescents dénudés.

Cette antiquité peut être romaine (ma préférée), grecque, égyptienne, assyrienne... Ecrivant cette énumération je remarque qu’on exclut toujours le monde amérindien pré-hispanique. Pour ma part je ferais rentrer sans scrupule le film de Mel Gibson Apocalypto dans la catégorie des péplums; de même que le roman Une princesse indienne, sous-titré Avant la conquête de Désiré Charnay (édition Hachette 1888). Une remarque en introduit une autre Vous connaissez, chers lecteurs, (le pluriel est-il de mise) si vous avez déjà peiné à me suivre dans mes errances mémorielles, mon esprit d’escalier (pentu). 

Le nom de Charnay, grand recenseur, trop oublié, des ruines de l’Amérique centrale, auquel, le musée du quai Branly a rendu dernièrement un discret hommage, me fait songer à vous mettre en garde sur l’ extension fallacieuse de la notion de péplum. Les travaux des savants sur l’antiquité n’ont rien à voir avec la notion de péplum, même s’ ils nourrissent les fantasmes; l’ égyptomania française doit beaucoup à l’expédition de Bonaparte en Egypte dont est issu champollion. Théophile Gautier s'inspira des lettres écrites par le savant pendant la campagne de fouilles franco-toscane pour écrire son Roman de la Momie... On ne peut pas plus considérer que les rêveries romantiques sur les ruines comme celles d’un David Roberts par exemple se rattachent au genre.

L’origine du mot péplum est plaisant. Il vient d’un vêtement féminin ( au début de son utilisation cinématographique certains journalistes inventèrent le pluriel pépla ou par coquetterie lui préférèrent péplon...). Le grand Larousse nous dit que le mot latin est dérivé du grec péplos et que c’est une tunique de femme, sans manches, agraphée sur l’épaule. Homère décrit le péplum d’Athéna comme d’un travail varié et d’une extrême finesse. A Athènes chaque année, à la fête des panathénées, on portait processionnellement  au Parthénon le péplum brodé par les jeunes filles des meilleures familles d’Athènes, et on le substituait à celui de l’année précédente. Un peu comme on le fait aujourd’hui avec le Manekenpis de Bruxelles ou le Jésus de Prague. Sur le vêtement était brodé des scènes de la légende de la déesse ainsi que les noms des citoyens qui dans l’année avaient rendu des services à la république. Le Littré lui met l’accent sur les nombreux plis du vêtement et sur sa finesse, mais souligne bien qu’il est exclusivement féminin.

Il est amusant de penser que le genre qui véhicule à la fois le plus de machisme et d’homosexualité ait pour nom un vêtement de femme. Là encore le cinéma est semblable à la peinture; l’histoire antique a pris le relais dans la représentation du nu masculin des variations sur le martyre de saint Sébastien...

Le paradoxe est qu’aucun des cinéastes qui tournèrent le millier de films environ que l’on peut rattacher au genre, ont su qu’ils filmaient un péplum! En effet le mot dans son utilisation moderne est une invention française et relativement récente. Elle n’est toujours utilisée qu’en France; aux USA, on parle de films épiques, en Grande Bretagne de merveilleux mythologique... C’est en 1963 qu’apparut le mot dans un cénacle de cinéphiles emmené par Bertrand Tavernier (il faut se précipiter sur son blog de critique de dvd), au sujet d’un film datant 1960 de Ricardo Freda, Le géant de Thessalie. Le nom de péplum fut choisit par analogie au terme, film en costumes qui regroupe, en France seulement, tous les films dont l’action ne se déroule pas de nos jours. En somme il est logique que pour une époque donnée on ait choisi une pièce d’un costume... Bien qu’il me semble que “Film à l’antique” aurait été plus judicieux.

 


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Certains vont très loin dans le laxisme catégoriel, par exemple Claude Aziza, dont il faut lire la curieuse réhabilitation de Néron dans la collection découverte chez Gallimard, range le Mépris de Godard dans les péplums, sous prétexte que Fritz Lang y tourne une version de l’Odyssée! C’est allé trop loin. Pourquoi par exemple, dans le même ordre d’idées, ne pas ranger dans cette catégorie la formidable comédie de Dino Risi La marche sur Rome (1963) parce que l’on y voit Vittorio Gassman habillé en centurion romain se rendant à une soirée costumée!  

Pendant longtemps les esthètes de la cinéphilie vouèrent le genre aux gémonies, dégoûtés qu’ils étaient, à juste raison de la poisseuse bondieuserie chrétienne qui enrobait certains péplums. La nouvelle cuvée échappe heureusement au saint sulpicisme, les lions seraient ils repus de la chair molle des vierges effarouchées? Ils étaient gêné aussi du mauvais genre d’autres, avec leurs mâles vêtus de jupette et aux pectoraux huilés.

Pourtant les péplums sont des films, qui, au delà de leur exotisme, nous renseignent sur la manière dont la société moderne projette ses fantasmes sur le monde antique (donc sur ceux-ci). Je ne peux m’empécher de citer la savoureuse considération sur le genre, généralement attribuée à Boris Vian  et qui, est en réalité de Claude Aziza: << Le péplum est à la version latine ce que le caviar  est au brouet spartiate.>>

Si le péplum prend souvent ses distances avec l’histoire, en particulier dans la préhistoire du genre, par exemple dans la première version de Ben Hur, les chars romains de la fameuse course n’étaient autres que les voitures, à cheval bien sûr à l’époque, des pompiers new-yorkais plus ou moins bien grimées, il peut être aussi riche de connaissances sur hier et de réflexions sur aujourd’hui comme le pense justement Marguerite Yourcenar: << Le coup d’oeil sur l’histoire, le recul sur une période passée, ou comme aurait dit Racine vers un pays éloigné, vous donne des perspectives sur votre époque, vous permet d’y penser d’avantage, de voir les problèmes qui sont les mêmes et ceux qui diffèrent et d’en voir les solutions...>>.

On compterait plus de mille films relevant du péplum depuis le début du cinéma. Il y a des péplums dès l’origine du cinéma. Presque contemporain à l’entrée du train en gare de La Ciotat, dès 1898, les frères Lumière produisent un Néron essayant du poison sur un esclave d’une durée de 52 secondes, concentration en moins d’une minute des poncifs, l’empereur fou, les victimes innocentes... qui feront flores durant plus d’un siècle. 

Les premiers films muets qui veulent recréer l’antiquité sont directement inspirés de la peinture. Dix ans avant, Cabanel montre Cléopatre essayant des poisons sur des esclaves.

A ses débuts il est aussi sous les auspices de l’opéra, de la tragédie et du roman sulpicien.

 

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vaincre à Olympie

 


Le cinéma français, lors du passage au parlant, abandonne assez vite le genre. Je me demande s’il n’y pas un corollaire entre le fait que l’école archéologique française soit farouchement opposé aux reconstitutions architecturales, contrairement à leurs homologues anglo-saxonnes et surtout allemande et cette désaffection. Il y eut tout de même en 1938 Golgotha de Julien Duvivier et en 1977, Vaincre à Olympie, un téléfilm méconnu de Michel Subiela avec Jean Marais, Jean Topart, Georges Marchal (on peut voir ce dernier fort avantageux dans Le colosse de Rhodes)... qui n’échappe pas toujours au ridicule mais dans lequel, fait rarissime à la télévision, la nudité masculine est à l’honneur! (on peut aller voir le billet que j'ai consacré à cette perle:  VAINCRE À OLYMPIE)


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L’Italie et les Etats-Unis reprennent le flambeau. Ces deux états, relativement récents, avec peu d’Histoire, contrairement à la France, se sont servi du cinéma pour s’en construire une. Pour l’Italie, dont l’unification ne date que de quelques dizaines d’années elle plonge dans la seule autre période où elle fut unifiée, l’antiquité romaine. Elle se servira de l’image de l’empire romain pour justifier ses conquêtes coloniales. Dés 1890 elle tente de se tailler un empire africain. Elle a d’abord des vues sur la Tunisie, mais elle se heurte à la France. Puis c’est la conquête de la Tripolitaine (notre actuelle Libye) qu’illustre en 1914 le premier grand péplum italien, un film fleuve de 250 minutes de Piero Foscio et Giovani Pastrone, Cabiria. Il est assez évident que dans cet épisode des guerres puniques les carthaginois  sont les transpositions des indigènes tripolitains de 1914. Voyons ce qu’en écrit l’indispensable Lourcelle dans son non moins indispensable dictionnaire du cinéma (éditions Laffont, collection Bouquins): << Premier très long métrage et première superproduction de l’histoire du cinéma, Cabiria est un jalon capital dans l’évolution du film à grand spectacle et du film tout court. Il comporte pour ainsi dire au complet les éléments - mélodrame, aventures, faste, prodiges, compagnonnage permanent du quotidien, du merveilleux et de l’histoire qui constitueront pendant des décennies la substance du cinéma à grand spectacle. En ce sens  il annonce très précisément DeMille aussi bien que Griffith...

 


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En 1937 en pleine aventure éthiopienne Mussolini commande, ce qui reste à la fois un des chef d’oeuvre du cinéma fasciste et du péplum italien, Scipion l’africain de Carmine Gallone. A son propos je laisse la parole à l’un de mes maîtres en critique cinématographique, Michel Mourlet (Si par le plus grand des hasard Michel, vous me lisez, voici bien longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles...): << Jusqu’en 1936 les tentatives cinématographiques de célébration de fascisme n’avaient pas été couronnées de succès. La décision officielle de mettre en chantier un film comme Scipion l’africain répondait donc à de nombreux impératifs: besoin d’affirmer le prestige industriel du cinéma italien, désir d’apparenter les faste de la Rome mussolinienne à ceux de la Rome antique, espoir de suggérer un rapprochement entre la toute fraîche victoire d’Addis-Abeba et celle de Zama et, ainsi légitimer historiquement l’impérium fasciste.>>. Le Film est si politique que la France refuse qu’il soit projeté sur son territoire ce qui causa une crise diplomatique. Un modus vivendi entre les deux pays est bientôt trouvé. La France accepte que le film de Gallone soit diffusé sur son sol, si l’Italie permet que La grande illusion de Renoir pénètre la botte. Le gouvernement fasciste trouvait le film de Renoir trop pacifiste...

 


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Scipion l'africain


A la même époque le cinéma italien n’est pas le seul à instrumentaliser l’histoire romaine, l’écrivain allemand Lion Feuchtwanger dans son Néron l’imposteur(éditions Jean-Cyrille Godefroy, 1984) imagine que 11 ans après la mort de Néron, le potier Térence, qui servait naguère de doublure à l’empereur (comme dans Kagemusha de Kurosawa ), se fait passer pour le véritable Néron. Soutenu par un sénateur déchu, l’imposteur veut s’emparer de l’empire... Le parallèle avec l’ascension d’Hitler est transparent...


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La chute du fascisme ne signifie pas la mort du péplum italien, Fabiola de Blasetti en est le meilleur exemple. Mais c’est à partir de 1955 qu’il se développe avec une nouvelle version d’Ulysse réalisée par Camerini. En 1957 est relancé le péplum mythologique avec Les travaux d’Hercule, quelque peu imité de Samson et Dalila de Cecil B. DeMille. Hercule est joué par un ancien monsieur univers, Steve Reeves qui en fit fantasmer plus d’un... Le péplum italien de l’après guerre s’en tient à des schémas simples. Il emprunte les aventures de ses héros tantôt à la mythologie, le plus souvent, tantôt à l’histoire sans oublier malheureusement le martyrologe chrétien. Son style doit beaucoup à l’imagerie populaire, à la bande dessinée et au roman photo. Ces intrigues mêlent aventure, l’héroisme et l’amour. Les héros de ces films semblent tous sortir du même moule. Ils sont jeunes beaux et musclés.


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Ils incarnent les valeurs positives de justice et de liberté. Ils sont les porte parole des opprimés. Le héros idéal est Hercule, comme il n’est qu’un demi dieu, il reste soumis à la condition de simple mortel. Ainsi le public peut mieux s’identifier à lui et le réalisateur lui faire subir les pires avanies dont il sortira indemne et plus valeureux que si on l’avait cru invincible. D’autres presque dieu eurent leur part de Gloire, ils s’appellent Maciste, Samson, Ursus Goliath... La vogue en Italie va se poursuivre jusqu’au milieu des années 60 et faire les beaux jours des acteurs culturistes .


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Sergio Leone tourne en 1961 Le colosse de Rhodes, film catastrophe autant que péplum. La vision de cette merveille du monde est particulièrement délirante puisque le film nous la présente comme une gigantesque statue creuse emplie de machines de guerre. Les italiens vont user le genre jusqu’à la corde, des dizaines de films seront tournés en dix ans. Il y eu quelques confrontations improbable comme Hercule contre les vampires de 1961 du à ... Mario Bava! Il y eut aussi un Hercule à la conquête de l’Atlantide de Vittorio Cottafavi dans lequel Hercule (Reg Park)  libère le peuple de l’Atlantide d’une reine qui fait peser sur l’humanité une terrible menace. On peut y voir une parabole anti nucléaire  (ce n’ai pas du tout ce que j’ai compris lorsque je vis ce film vers ma dixième année, depuis je cherche à le revoir, aimé lecteur si vous en avez une cassette ou un dvd de cette herculade contactez moi).


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Il est amusant de constater le glissement d’un genre épuisé à un autre en devenir, le western spaghetti, dans l’improbable film Samson et les incas. Au milieu du tournage du film, sans changer les péripéties du scénario le producteur décide de déplacer son histoire du monde antique à l’ouest américain! Ce qui montre que le péplum est aussi un genre populaire; le propre d’un genre populaire est d’avoir des intrigues interchangeables avec un autre genre populaire. Nous sommes alors très loin de la filiation shakespearienne directe pour le Jules César de Mankiewicz  ou indirecte pour la série Moi Claude empereur.


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Ce n’est pas un hasard si la littérature populaire foisonne de romans à l’antique où l’on retrouve les grosses ficelles des feuilletons du XIX ème siècle. De même les escapades de la littérature de jeunesse vers l’antiquité sont nombreuses. Ces livres, souvent illustrés, offrent quelques représentation affriolantes de beaux éphèbes. En particulier dans ceux écrits par Jean-François Pays , que ce soit dans Le dieu du Nil, qui se déroule dans l’Egypte de Toutankhamon ou dans la trilogie composant Le signe de Rome, qui a pour cadre la Rome impériale, les amitiés y sont torrides surtout lorsqu’elles sont magnifiées par les dessins de Michel Gourlier...

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La littérature populaire à l’antique, le plus souvent ne fait que recycler les schémas simplistes de la littérature sentimentale en les plaquant sur des décors de forum en carton pâte. Ces gros volumes aux couvertures cartonnées sous des jaquettes pelliculées sur lesquelles on aperçoit le mâle profil d’un impérator dont le casque au cimier pourpre cache les parties intéressantes d’une louve alanguie sur sa couche, envahissent les devantures des librairies américaines. Mais il se cache dans cette pléthorique production des chef d’oeuvre comme le Sinouhé l’égyptien de Mika Waltari (édition Olivier Orban). Ce livre fait revivre l’Egypte antique avec une truculence inégalée. Longtemps j’ai rêvé sur la décoction bue dans ce roman, la queue de crocodile qui semble aussi délicieuse qu’ enivrante. Après des multiples lectures de l’ouvrage je n’y ai toujours pas trouvé la recette. L'adaptation de Michael Curtiz, sous le titre L'égyptien, si elle n'est pas honteuse est néanmoins très inférieure au livre.


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S’ils n’ égalent pas cette merveille, les livres de Mary Renault sont cependant aussi gays que bien écrits. Je ne connaît d’elle que sa geste sur Alexandre. Dans Le feu du ciel, elle n’ occulte rien de l’ amours d’Alexandre pour Hephaistion. Les jeux funéraires traite de la rivalité des généraux du conquérant après sa mort. Mais le meilleur volume de son alexandriade (Julliard éditeur) est L’enfant perse qui s’intéresse aux dernières années d’Alexandre le grand vues par son jeune favori Bagoas. A propos de ce personnage historique voici ce qu’en dit Quinte-Curce :


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" Nabazanes ayant reçu un sauf conduit rencontra Alexandre en apportant de grands présents. Parmi eux était Bagoas, un eunuque d’une remarquable beauté et dans toute la fleur de son adolescence qui avait été aimé de Darius et ensuite devait être aimé d’Alexandre...". A ce propos il faut tordre le cou à cette croyance qui voudrait que tous les eunuques deviennent gras et flasques. Un portrait du grand Farinelli, fameux castrati de l’opéra, le montre à l’age mûr doté d’un beau visage et d’une taille bien prise... 

On peut considérer que la conquête de l’ouest est un peu l’ équivalent de la sortie d’Egypte. On peut penser qu’intuitivement cette similitude a favorisé l’éclosion du péplum biblique américain qui sera toujours écartelé entre un moralisme étriqué et un imaginaire débridé. Cecil B. DeMille, fils de pasteur, est la quintessence de cet antagonisme. Il tourne en 1956 Les dix commandement où l’on retrouve un des grands poncifs du roman de gare: un bébé de haute naissance est abandonné par ses parents, il est recueilli par de pauvres, mais braves gens mais après moult mésaventures, l’enfant retrouvera sa haute position sociale à laquelle sa naissance le destinait, ici le bébé c’est Moîse! Les fondateurs de Rome, Remus et Romullus ont, eux aussi été abandonnés, recueillis cette fois par une louve; lupa en latin un mot qui désignait aussi les prostituées qui faisaient le tapin sur les bords du Tibre... Cecil B. DeMille avait tourné une première version des Dix commandements en 1923 qui est typique des films de l’époque du muet. Chaque fois que l’on tournait un film sur l’ancien testament il y avait un volet antique et un volet moderne. La partie antique servant de précepte moral à la partie moderne. On voulait alors montrer par le truchement de l’antiquité que le monde moderne était corrompu... Cecil B DeMille revient au film biblique en 1949 avec Samson et Dalila dans lequel paradoxalement le mot hébreux n’est jamais prononcé...

 

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les dix commandements


Petit décodage pour ce film, exercice à conseiller pour tout péplum, genre friand de masques comme on l’a déjà vu; Samson et Dalila se passe à Gaza; Samson (Victor Mature) est juge de la tribu des danites qui subissent le joug des philistins (d’où vient le mot Palestine). En 1949, juste après la création de l’état d’Israel on peut faire sans grande malice l’association des danites avec les juifs qui chassent les philistins / les anglais. Cecil B. DeMille en bon fils de son père, détourne les yeux des épisodes scandaleux de la vie de Samson (Stone ne fera pas autre chose avec celle d’ Alexandre), comme celui dans lequel Samson va à Gaza pour trouver une prostituée. Il passe la nuit avec une femme mais il est surpris par les philistins. Il parvient à leur échapper. Par vengeance, en fureur, il brise les portes de la ville, les charge sur son dos et va les jeter dans le désert... Pourtant quelle belle scène à filmer.

 

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En 1959 on assiste à un détournement politique du péplum avec Salomon et la reine de Saba dirigé par King Vidor. Le tournage est endeuillé par la mort de Tyrone Power qui jouait Salomon, victime d’un infarctus lors d’un duel qu’il l’opposait à George Sanders. Il est remplacé par Yul Brynner. Le clou du film est la scène de bataille qui oppose les chars (à cheval) hébreux, peu nombreux, à la multitude des chars égyptiens. Le tournage a lieu trois ans après l’épopée des chars (motorisés) de Moshe Dayan à travers le désert du Sinai qui écrasèrent l’armée égyptienne du régime du colonel Nasser. Le spectateur de 1959 ne pouvait que penser à la guerre israélo-égyptienne en voyant le film. Notation amusante renforçant l’identification moderne, si les chars égyptiens du film sont attelés à l’antique, les chars hébreux, j’allais écrire israéliens, sont eux, attelés d’une façon moderne, alors que cet attelage n’a été inventé qu’au moyen âge... J’ajouterai que Salomon n’a jamais fait la guerre à l’Egypte, il a même épousé une égyptienne!


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Autre appropriation de l’antiquité par le XXème siècle, l’importance faite au personnage de Spartacus dont historiquement on ne sait pas grand chose, c’est peut être pour cela qu’il a enflammé l’imagination...


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En 1960 Stanley Kubrick tourne Spartacus. Il a remplacé, à la demande de Kirk Douglas  l’acteur vedette et le co-producteur du film, Anthony Mann qui tournera en 1963 La chute de l’empire romain. Kubrick qui reniera ensuite plus ou moins le film, le fait par amitié pour Kirk Douglas et aussi pour des raisons militantes. C’était un peu braver la censure, car Spartacus est adapté d’un roman d’Howard Fast (et aussi de celui, plus philosophique, d’Athur Koestler, édité au livre de poche Hachette); écrivain de gauche américain il était sur la liste noire du maccarthysme qui sévissait toujours en 1960. Encore un film dans lequel le sous texte, ou le derrière les images est important. Par exemple il est curieux de remarquer que tous les bons sont joués par des acteurs américains et tous les méchants par des acteurs anglais! A Hollywood, Spartacus devient une figure christique, puis une figure christique inversée, lorsque la femme du révolté, au pied de la croix, montre à leur fils son père crucifié... Il existe un autre beau Spartacus celui de Ricardo Freda plus conforme à la réalité historique bien qu’il ait ignoré qu’en - 73 la ville de Rome ne possédait pas encore d’amphithéâtre construit en dur . Il ne sera construit qu’en -20 lorsque Statilius Taurus en fera bâtir un en pierre, celui que l’on voit dans le film sont les arènes de Vérone où Spartacus devait défendre sa bien-aimée contre les crocs des lions. On l'oublie trop fréquemment tant les gladiateurs sont devenus un cliché “des Romains”, mais cette pratique d'origine campanienne, ou peut-être étrusque, n'apparaît que tardivement à Rome où les combats avaient lieu au Forum, dans des installations provisoires, en bois, et il en sera donc ainsi jusqu'en -20. Pour ceux qui s’intéressent aux gladiateurs il ne faut pas manquer Gladiateur, suite du sulpicien La tunique (premier film en cinémascope), dans lequel, comme dans le film de Kubrick l’entrainement des gladiateurs est bien montré quant au récent téléfilm "Spartacus" il vaut surtout pour l’acteur qui tient le rôle titre et qui est très “mignon” renouvelant l’idée que l’on se faisait du héros ( depuis l'écriture de cet article nous avons eu droit à une version australienne de Spartacus, riche en sexe et en sang, voir le billet que j'ai écrit sur cette série: Spartacus: Blood and sand (saison 1) réédition complétée).


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Ces corps virils, musclés, huilés à demi-nus (toujours trop habillés dans les films par rapport à la vérité historique) ont fait de Spartacus une icône gay qui donna son nom au guide gay international de voyages... Dans le film de Kubrick, une scène qui subtilement par le dialogue, indiquait une relation entre un maître et son esclave “privé” a été censurée comme on nous le montre dans Celluloid closet.


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Dans deux films américains qui sont aux extrémités de la précédente vague de péplums s’épanouissent les deux créatures de l’antiquité qui ont le plus fait fantasmer à travers le temps. Il s’ agit dans Quo Vadis de Néron et de Cléopatre dans le Cléopatre de Mankiewicz dont l’échec financier, du en grande partie par le surcoût occasionné par les caprices des deux stars du film, Elisabeth Taylor et Richard Burton, causa l’arrèt du péplum pour trois décennies. On a du mal à s’imaginer l’énorme succès que rencontra le livre de Sienkiewicz (édition le livre de poche) et l’impact qu’il eut sur ses lecteurs mais aussi la haine dont le poursuivait l’intelligentia française de la belle époque. Il suffit de lire, pour mesurer la tempête que provoqua le roman, La Fortune de Quo Vadis en France de Maria Kosko (librairie José Corti). Henry de Montherlant confesse ce qu’il doit à cet œuvre: << A huit ans, je baigne dans Quo Vadis comme la plaque photographique baigne dans le révélateur chimique: Quo Vadis fait apparaître la plus grande partie de ce qu’il y a en moi, et qui y sera toujours.>>. Par ailleurs il décèle très bien ce qui en fait encore aujourd’hui la qualité: << L’ œuvre est résolument artificielle. Mais le miracle est que des personnages qui ne sont pas fouillés sont cependant assez vivants et assez vrais pour s’imprimer dans l’imagination du lecteur et y prendre une place inexpugnable." (Le treizième César).

 

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Quo Vadis

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L’attrait qu’exerce le roman est surtout du aux personnages de Néron et de Pétrone. S’il est toujours lisible aujourd’hui c’est qu’il n’est pas écrit dans le style amphigourique 1900, comme par exemple à la même époque le Byzance de Paul Lombard, mais dans une langue claire et directe. Il échappe également à la bondieuserie galopante qui gâte Ben Hur, le livre comme le film, qui n’est à voir que pour ses moments de bravoure, l’abordage de la galère, la course de chars et aussi pour la tendre relation que l’on suppute entre Massala et Ben Hur lors de leurs retrouvailles, en maintenant un subtil équilibre entre personnages chrétiens et païens. Equilibre que malheureusement Mervyn Le Roy n’a pas su imposer dans le film (1951) et si Peter Ustinov bien que trop âgé pour jouer Néron est convainquant le rôle de Pétrone (Leo Genn) n’est pas assez développé. Quant à la véracité historique de l’intrigue qui tourne autour du martyr des chrétiens mieux vaudrait ne pas en parler! Il n’y avait à rome au temps de Néron que quelque judéo-chrétiens, des juifs convertis au christianisme et ils pas été plus de quelques dizaines a apaiser la fringale des lion dans l’arène. Tout cela a été fantasmé d’abord par les pères de l’église à commencer par l’apocalypse de Jean qui considère que Néron est la bête de l’apocalypse parce que les lettres de son nom transposées en chiffres donneraient 666! Néron est victime des patristiques relayés par Hollywood!


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Autre réservoir à fantasmes Cléopatre qui dans l’antiquité était déjà qualifiée par Juvénal de “serpent du Nil”. Au cinéma la fortune de Cléopatre aurait pu être tout autre si l’on se penche sur d’autres aspects de sa biographie que ceux habituellement représentés. Par exemple la reine d’Egypte était présente à Rome lors de l’ assassinat de Jules César. Elle logeait dans la villa d’une riche romaine, en résidence surveillée en quelque sorte. Marc Antoine l’aida à échapper aux troubles qui suivirent le meurtre en la faisant fuir de la ville. Voilà une belle trame pour un scénario mais elle ne fut jamais utilisé car elle ne correspond pas aux fantasme du public pour qui Cléopatre est une femme fatale, croqueuse d’hommes politiques, ce qui ne cadre pas avec la femme traquée fuyant Rome grâce à son amant. 

 


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Je dois un de mes premiers grands émois tant sexuels que cinématographiques à un péplum, Fellini-Satyricon. Presque en même temps Mort à Venise de Visconti me remua aussi beaucoup. Je suis sûr que bien des lecteurs seront outrés de voir le maestro ravalé au rang d’un faiseur d’anticailleries. Je leur rappellerais que le film à l’antique est loin d’être l’ apanage des tâcherons, voir certains noms qui parsèment cette rêverie sur un genre. Si on peut dénier la qualité de péplum à Fellini-Satyricon c’est pour une toute autre raison. Le film péplum est une reconstitution de l’antiquité à partir d’un scénario moderne écrit spécialement ou tiré d’un roman écrit la veille ou pour les plus anciens à la fin du XIX ème siècle ou au début de XXème comme Ben-Hur ou Quo Vadis. Il est souvent, comme j’ai tenté de le montrer une projection d’aujourd’hui sur hier.

 


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La source du film de Fellini est radicalement différente puisque c’est l’adaptation d’un roman antique contemporain de Néron. Il nous est parvenu malheureusement incomplet d’où les lacunes narratives du film qui malgré son titre est fidèle au roman tout en étant une lecture personnelle de celui-ci par Fellini. Mais revenons à notre érection d’antan. J’avais eu la curieuse idée pour ma découverte de ce qui était alors le dernier opus d’un des cinéastes les plus célèbres d’alors, de me faire accompagner par une délicieuse dinde que j’avais levée sur ma plage. Inutile de dire qu’elle n’avait jamais entendu parler de Petrone et peut être pas plus de fellini. Il n’y a que Gabriel Matzneff (http://www.matzneff.com/) pour dénicher des minettes dont le QI est aussi vaste que les bonnets de leur soutien à boite à lait. Je dois avouer que ce n’est pas les caresses que je prodiguais à la demoiselle qui me mirent dans un état intéressant mais l’apparition de giton (Max Born jamais revu sur les écrans), d’où depuis peut-être ma prédilection pour les crevettes roses; Giton qu’ensuite, pendant de nombreuses années j’ai recherché en vain sur les trottoirs de la planète... J’ajouterais que les parents de mon éphémère conquête furent horrifiés que leur fille qu’il devait imaginer vierge, les pauvres, ait vu cette chose. Il lui interdire de me revoir, ouf!

 


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Montherlant rappelle que " Le génie de l’empire, aux heures difficiles de Rome, se montrait aux Césars endormis, quelques fois sous les espèces d’un adolescent au front pensif "(Le treizième César, édition Gallimard). Je me demande s’il en est toujours ainsi pour les grands de notre monde?

 


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Pour boucler notre songe, revenons à ce qui l’a fait naître, la série Rome. Sa grande originalité est de faire des personnages les plus imaginaire, Pullo et Vorenus, qui ne sont évoqué que brièvement dans la guerre des Gaules de Jules César (éditions de La Pléiade) les moteurs de l’intrigue et paradoxalement de l’Histoire d’autant que les scénaristes se sont ingéniés à établir des parallèles entre les destins fictifs et historiques. Mais cette gageure réussie fait que le téléspectateurs s’attachent aux vies des héros non historiques ce qui contrebalance le fait de manque de suspense. En effet Rome, un peu comme le film Titanic,  est l’une des rares séries dont on connaît le dénouement, l’assassinat de Jules César pour la saison 1 et l’écrasement de Marc-Antoine par Octave, le futur Auguste, dans la saison 2.

Si Rome nous fait entrer dans les palais, on fréquente surtout des lieux que l’on avait jamais arpentés dans les autres péplums, les insulae de la plèbe, les bordels et même les latrines publiques à l’instar de la bande dessinée Murena qui ne nous épargne rien des recoins fangeux de la Rome de Néron. Rome nous fait bien entrevoir quelle société de classe était le monde romain antique ce que l’on percevait peu dans les autres films à l’antique, y compris dans Spartacus qui a pourtant un sous texte marxiste. Ne serait-ce par le choix des comédiens et de leur accent respectif (encore un film à voir en V.O.) comme l’explique Bruno Heller l’un des pères de la série: " J’en suis revenu à Ken Loach et à la notion de classe, qui était très présente dans la société romaine. Pour traduire cette hiérarchie la plus simple est de la traduire dans sa version anglaise. Le prolétariat de Londres parle un anglais cockney et ses dirigeants un anglais plus technique. Il en est de même dans Rome. Lucius Vorenus et Titus Pollo, qui viennent des provinces, parlent avec un accent gallois et irlandais. Mettre dans cette organisation un américain ou un australien la bouleverserait."

 


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Ce fut donc le déclic de la série Rome qui me fit butiner aussi bien dans ma vidéothèque que dans ma bibliothèque un film me faisant consulter un livre, un roman provoquant le désir de voir une peinture ou une sculpture, le tout me faisant lisser mes souvenirs. D’ errance sur le net en albums de photos j’ai un peu vécu, l’espace d’un été, dans l’intimité de Trajan et consort...

Lors de ces voyages autour de “ma chambre” je me félicite d’avoir une bibliothèque si fournie, qui ne cesse de déborder, tant la pièce que les meubles qui portent ce nom, même s’il m’arrive de pester devant la masse de ces volumes qui s’empoussièrent.

 

Nota: la plupart des illustrations proviennent du merveilleux site d'Hervé Dumont: http://www.hervedumont.ch/L_ANTIQUITE_AU_CINEMA/ 


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Commentaires lors de la première édition de ce billet

Voilà un texte bien riche et qui m'a fait également voyager dans mes souvenirs, mes associations littéraires, cinématographiques et ... érotiques.

J'ai bien aimé l'orthografe d"agraphée" comme si tu étais envouté par l'écriture grecque. J'ai lu qu'il existe une agraphie et heureusement tu n'en sembles pas atteint.

En vrac quelques associations: j'ai pensé au film "Caligula" de Tinto Brass qui me semble pourrait entrer dans cette série sur les films sur l'antique d'autant que dans ce film il y a une scène où l'on voit Claude nager avec de jeunes éphebes "mes petits poissons" , scène dessinée dans un épisode d'Alix !

Tu fais un rapprochement entre le peplum et le western spaghetti (dans leur enchainement chronologique) , peut on penser que le western hollywoodien n'aurait pas été le pendant du peplum façon américaine ? Il y a dans le western cette même référence à l'histoire, à la simplicité du récit (les bons et les méchants) etc...

et en ce qui me concerne le western avec ses indiens souvent bien dévêtus avaient de quoi émoustiller ma libido.

Je vais tacher de visionner la série "Rome" et lire cette BD "Murena", en attendant "les mémores d'Hadrien" façon Boorman. Charlie Hunnam n'étais-ce pas cet acteur qui jouait dans la série anglaise "queer as folk" ?

Posté par psykokwak, 22 août 2007 à 18:02

Pour une fois (mes textes comportent des fautes diverses) l’orthographe d’agraphe n’est pas fautive. C’est l’une possible de la pièce qui, dans l’antiquité, reliait deux pans d’étoffe d’un même vêtement, souvent sur l’épaule. J’ai choisi cette forme pour que l’on ne confonde pas avec l’agrafe moderne, même si leurs fonctions sont proche.

 

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J’ai oubliè bien des titres de films (Pharaon), comme de romans (les assez médiocres de Rachet ou Jacques comme les bons de Fontaine, Bordonove...). C’est un songe et non un essais. Le film de Tinto Brass avait sa place mais il n’a pas traversé ma rêverie... Comme beaucoup d’autes, et puis ils suffisaient qu’ils soit cachés dans mes bibliothèques par d’autres volumes ou dvd ou perdus, ou ailleurs...

Je n’ai rien dit de la poésie pourtant Cavafi, José Maria de Hérédia...

Tu fais une erreur ce n’est pas l’empereur Claude (la série est un chef d’oeuvre à voir absolument) qui barbote dans un bassin avec ses petits poissons c'est Tibère. Quant à la série d’Alix, elle est censée se passer à l’époque de Jules César...

Il me semble que j’ai écrit, mais peut être est-ce ailleurs que la sortie d’Egypte des juifs avait quelque chose à voir avec la ruée vers l’ouest.

Charlie Hunnan est bien l’acteur qui jouait le rôle du jeune Nathan dans le Queer as folk anglais.

Posté par Bernard Alapetite, 23 août 2007 à 08:34

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félicitations

Juste ces quelques mots pour vous dire combien votre site est bien documenté et passionnant, tout en étant très personnel. Ai-je manqué "Sebastiane" en déroulant les pages ? C'est aussi un peplum, pas au sens azizien mais au sens propre,et romain qui plus est, ce qui correspond à vos goûts.

Encore bravo.

Y.Quintin

Posté par Yvan Quintin, 03 décembre 2007 à 12:12

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Du péplum sur le blog:  Agora,  L'aigle de la neuvième légion,  Pompéi, un film de Paul W. S. Anderson,  Spartacus: Blood and sand (saison 1) réédition complétée,  300, naissance d'un empire, un film de Noam Murroun songe autour du péplum

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300, naissance d'un empire, un film de Noam Murro

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


 

Après Pompei j'ai continué mon immersion dans la culture régressive du péplum gore avec 300, naissance d'une nation qui était plus ou moins annoncé comme la suite de 300, en fait ne se déroule pas après, mais pendant ce qui s'est passé durant le premier film.

Avant d'aller plus loin, pour ceux qui aurait oublié leurs cours d'Histoire, petit rappel historique: Les "Guerres Médiques" sont la résistance des cités grecques, menée par Athènes et Sparte, face aux tentatives d'invasion par l'Empire perse. Il y eut deux Guerres Médiques. La Première (- 490 avant JC) qui fut menée par l'empereur perse Darius en réponse au soulèvement des Grecs (la révolte de l'Ionie) qui cherchaient à contrecarrer l'expansionnisme perse et la domination de leur empire sur les productions de blé de bois. La Seconde Guerre fut commandée coté perse par Xerxès (Rodrigo Santoro), devenu empereur à la mort de son père. Il y eu deux batailles capitales : celle des Thermopyles (voir le film « 300 » mise en scène par Zack Snyder en 2006, dont « 300 la naissance d'un empire » est à la fois une préquelle et une sorte de suite. Les deux sont des adaptations des romans graphiques de Frank Miller ) et la Bataille de l'Artémision (dans le film les batailles navales d'Artémision et de Salamine sont quasiment fondue en une seule). La première fut terrestre avec le sacrifice légendaire du roi Léonidas ; la seconde s'est déroulée majoritairement sur mer (dans le détroit de l'Artémision), les grecs étaient menés par le général athénien Thémistocle. Les deux batailles se déroulèrent à la même époque (- 480 avant JC).


 


Dans « 300 » de où l'on avait vu la phalange des amis des vaillant spartiate massacré par les odieux perses qui n'avait du leur victoire qu'à la traitrise d'un scrofuleux spartiate qui aurait du par bon sens esthétique être éliminé dès sa naissance. Cette fois ces barbares de perses (qui ont tout de même une bien belle capitale tout en ayant un goût sur question mobilier, je suis très envieux du page de Darius) veulent débarquer, façon Normandie 44, à Athènes pour réduire les athéniens en esclavage et détruire la perle de l'occident. Heureusement Thémistocle (Sullivan Stapleton) à la tête d'une poignée de trirènes va dans une colossale bataille navale à Salamine réduire en buchettes l'armada perse conduite pourtant par la courageuse et très cruelle Artémise (Eva Green) qui si j'ai bien compris n'était pas tout à fait perse mais avait du sang grec, bon sang ne saurait mentir... Néanmoins les perses emmenée par le dieu-roi Xerxès réussissent à détruire Athènes.

Je suis sortie de cette boucherie en 3 D comblé. Tout d'abord j'ai eu mon compte d'enslipés musculeux et glabres. Je vous recommande particulièrement le jeune Calisto, joué Jack O'Connell qui a dix sept ans (dans le film) arbore des bras qui ressemblent aux cuisses d'un sprinter du tour de France et des abdos en barres de chocolat qui devraient repaitre jusqu'à satiété les plus gourmands en la matière. C'est la plus grosse surprise de la distribution car il y a quelques années dans la série Skins, dans le rôle de James Cook, il ne laissait pas augurer une telle métamorphose. Sa plastique m'a ravi jusqu'à la dernière image, car, bonheur, la jeune belle plante survit au carnage. Autre motif de satisfaction voir ces enturbannés de perses (qui allez savoir pourquoi m'ont rappelé nos perfides irakiens ou afghans de nos actualités télévisées) prendre une palanquée de talmouses dans le burnous. Je sors de ces représentations de roustées de bistres, repu, et ainsi, je n'ai pas besoin de voter Front National le lendemain, d'où l'intérêt républicain d'un tel film; ce qui n'a peut être pas sauté aux yeux de nos critiques circonscrits dans le centre de la capitale. Et puis pour les amateurs de péplums dont vous avez du comprendre que je suis du nombre, « 300, la naissance d'un empire » est une immense nouveauté, nous avons là le premier péplum maritime (si un spécialiste peut m'en indiquer d'autres je suis preneur) car à part la scène des galériens dans « Ben-hur » je ne me souviens pas d'avoir vu de batailles ou de séquences maritime se déroulant dans l'antiquité sur un écran.

 

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Ce deuxième volet des 300 s'inscrit dans le nouveau courant du péplum gore lancer par la série Spartacus.

Les acteurs qui ne sont pas que des gros bras tiennent très correctement leur partition. C'est d'autant plus méritoire qu'en raison des effets spéciaux, ils jouent le plus souvent sur fond de toiles vertes pour permettre les incrustations des décors antiques à l'image. Les personnages manquent un peu d'épaisseur d'ou une difficulté à s'identifier à eux et à vibrer à leurs malheurs. Clairement la psychologie est sacrifiée au profit du spectaculaire guerrier. Si Eva Green est parfaite, Sullivan Stapleton manque un peu de Charisme pour incarner Thémistocle.

 

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Cinématographiquement la continuité avec « 300 » est parfaite. On retrouve dans « 300, La naissance d'un empire » tout ce qui a fait le succès du premier, sa photographie si particulière, ses ralentis et accélérations.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord le film n'est pas si éloigné de la réalité historique. La seule grosse entorse par rapport à la réalité est que Thémistocle n'a pas tué Artémise (et ne l'a probablement pas sodomisée comme on le voit dans le film!). Elle a survécu bien des années à la bataille de Salamine. Bon le scénario du à Zack Snyder et Kurt Johnstad fait de Thémistocle un chantre de la démocratie alors qu'il est plutôt connu historiquement pour ses penchants tyranniques et son absence total de scrupule mais ses talents de stratège sont bien mis en valeur.

Les amoureux des bateaux et de l'antiquité seront subjugués par toutes les séquences de batailles navales. L'apparition de l'armada perse au somment de la vague est un grand moment de cinéma.

 

Du péplum sur le blog:  Agora,  L'aigle de la neuvième légion,  Pompéi, un film de Paul W. S. Anderson,  Spartacus: Blood and sand (saison 1) réédition complétée300, naissance d'un empire, un film de Noam Murro    

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Diplomatie, un film de Volker Schlondorff

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Pour une fois je vais plaider pour ma chapelle, ou plutôt pour mon ancienne chapelle car je crois qu'aujourd'hui plus personne aurait l'idée de me confier la captation d'une pièce de théâtre, d'ailleurs les éventuels commanditaires doivent me croire mort... Définitivement je ne vois pas l'intérêt d'adapter une pièce de théâtre au cinéma quand celle-ci a été correctement mis en scène surtout quand c'est avec les acteurs qui ont joué la pièce que l'on tourne le film. Une captation serait tout aussi efficace et aurait l'avantage de ne pas dénaturer l'oeuvre initiale. N'ayez plus en tête les captations de jadis style « Au théâtre ce soir », aujourd'hui avec quatre ou cinq caméras pour une pièce comme Diplomatie ont peut donner à l'image le même dynamisme que dans un film classique. Bien sûr certains metteur en scènes font de leur film tout autre chose que la pièce d'origine, si bien que l'on reconnaît à peine la pièce qui a inspiré le film, il n'y a qu'à penser à Resnais alors que d'autres filment leur propre mise en scène. Ils réalisent en somme leur propre captation, voir certains film de Guitry mais vous conviendrez que des auteurs du calibre de Resnais ou de Guitry n'encombrent pas les studio.

Après ce long préambule examinons le cas de « Diplomatie » où Volker Schlondorff n'a guère fait qu'ajouter scénaristiquement que de fâcheuses broderies sur la pièce de Cyril Gély.

Evacuons d'emblée la prestation des acteurs. Elle est époustouflante et mérite toutes les louanges, mais André Dussollier et Niels Arestrup étaient déjà fabuleux sur scène où, comme dans le film ils interprètaient respectivement l'ambassadeur suédois Nordling et le général von Choltitz gouverneur de la place de Paris. Nous sommes en aout 44, les alliés sont aux portes de Paris. Nordling est venu rencontrer von Choltitz pour persuader ce dernier de ne pas détruire Paris comme le lui a ordonné Hitler. L'histoire est déjà connue, non qu'on apprenne cela sur les bancs de l'école puisque depuis Tarantino la jeunesse (enfin celle qui a un vague intérêt pour l'Histoire dont l'unique héros ne serait pas Saladin le magnifique) est persuadée qu'Adolf a été flingué par des juifs américains dans un cinéma de quartier à Paris vers 1943, mais par ceux qui ont découvert cet épisode dans « Paris brûle-t-il? », le film des années 60 de René Clément. Les protagonistes de cette négociation étaient alors interprétés par Gert Frobe et Orson Welles, pas des nains, mais qu'Arestrup et Dussolier parviennent à éclipser, ce qui n'est pas rien. J'étaye ce que j'avance, que les spectateurs de « Diplomatie » sont presque tous des survivants de ceux du film de Clément. Lorsque je prend place dans une salle de cinéma, je regarde toujours sa composition. Pour ce film j'ai eu l'impression d'être tombé dans une après midi récréative d'une maison de retraite. C'est pas avec « Diplomatie » que la vente de pop-corn va exploser!

Le cinéaste qui adapte une pièce se croit malheureusement obligé de l'aérer. C'est à dire de tourner des scène hors du huis clos où est le plus souvent circonscrit l'action de la pièce. Dans le cas présent c'est particulièrement fâcheux. Cette « aération » consiste principalement en deux scènes. Une particulièrement lourdingue: deux SS dépêché par Himmler viennent donner un ordre à von Choltiz, la scène n'a pour but que de rappeler que les SS sont très méchant et que l'armée régulière allemande l'est beaucoup moins, on sait aujourd'hui que c'est un peu plus compliqué que cela. Cet ajout est d'autant regrettable que l'on peut penser que cette intervention à aidé au changement de décision du général allemand alors que dans la pièce la bascule est plus forte car ne venant que de lui même. La seconde principale modification est toute tarantinesque et n'est pas dans la couleur du reste du film qui rappelle par sa facture celle du « Souper » qu'avait filmé Edouard Molinaro d'après la pièce de Jean-Claude Brisville. On y voit un collabo passer brusquement à la résistance tuant d'une balle en plein front un allemand qui avait décider passant outre les ordres de von Choltitz de détruire Paris, scène bien sûr complètement inventée et parfaitement irréaliste.

J'en viens au problème de la liberté prise par les cinéastes sur la vérité historique ou tout du moins ce que l'on considère comme telle. Les récentes entorses faites à cette réalité me paraissent grosses de conséquences sur une population où l'ignorance historique progresse chaque jour. Certes Diplomatie ne va pas jusqu'à falsifier l'Histoire à l'instar d'un Tarantino (ce qui n'enlève rien à son talent formel de cinéaste) mais il est erroné de faire de Nordling un résistant. Les partis pris idéologiques que l'on voit dans Diplomatie semblent dater du résistantialisme du temps du général....

 

Pour retrouver Volker Schlondorff sur le blog: Les désarrois de l'élève Toerless, un film de Volker Schlondorff (réédition augmentée)Diplomatie, un film de Volker Schlondorff

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The grand Budapest hôtel, un film de Wes Anderson

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Voilà enfin une bonne adaptation de Tintin, bien meilleure que celle de Spielberg. Tintin ne s'appelle pas Tintin car Wes Anderson n'a pas voulu cracher au bassinet de la sourcilleuse compagnie Moulinsard c'est donc Zéro. Nous sommes dans un palace d'Europe centrale, The Grand Budapest Hôtel (pourquoi Grand Hôtel Budapest alors qu'il est situé en pleine montagne mystère!), probablement à la fin des années trente. Zéro se fait engager comme groom dans le palace (Tonnerre de Brest ce n'est pas Tintin mais Spirou). Il est sous la coupe de Monsieur Gustave, l'homme aux clés d'or de l'hôtel, joué par Ralph Fiennes, acteur aussi excellent que caméléonesque à un tel point que je ne le reconnaitrais pas si je le croisais dans un ascenseur. Pour qu'il n'y ait pas de soupçon de relations contre nature entre Zéro et son mentor (comme de mauvaises langues l'insinuent à propos de Tintin et du capitaine Haddock), Wes Anderson a choisi un acteur, Tony Revolory très moche et pakistanais (enfin je crois car il ressemble aux vendeurs de maochos que je vois l'hiver sur les trottoirs de Paris); ceux qui crient au pléonasme sont de vilains racistes, mais n'auront pas à passer par la case Lissac. Monsieur Charles est la perle de sa profession et un éducateur prévenant pour Zéro d'où malgré le laideron qu'est le garçon de forts soupçons de relations autres que professionnelles entre eux... D'autant que les manières de Monsieur Gustave font penser qu'il ne fait pas de mal aux dames. Erreur il leur fait du bien! Enfin uniquement aux riches clientes cacochymes de l'hôtel. On a même droit à une image subliminale de monsieur Charles se faisant faire une fellation entre deux portes par sa « cliente préférée » la comtesse Céline Villeneuve Desgoffe und Taxis dit Madame D (Tilda Swinton).Donc contre toute attente Monsieur Gustave aime les vieilles dames (un peu comme la capitaine Haddock avec la Castaphiore) enfin on peut penser que c'est surtout par conscience professionnelle et un peu par intérêt. Monsieur Gustave leur offre un doux ramonage à moins que ce ne soit qu'une douceur pour leur glotte en guise de service d'étage, en un mot il est in peu gigolpince comme le disait le regretté Alphonse. Tout allait pour le mieux dans ce palace Syldave (j'ai tout de suite reconnue les uniformes des policiers typique de Syldavie, même si j'ai envisagé un instant que nous pourrions être au Bonhalla) malgré les bruits de bottes venant de la Bordurie voisine (à moins que ce soit le Bretzelbourg car je n'ai pas vu de moustaches en plexiglas! Mais de la pilosité à la Lubitsch), jusqu'au jour où la cliente préférée de Monsieur Gustave, Madame D., qui est en outre la propriétaire du Budapest Hôtel, avale son râtelier. Elle a la généreuse idée de léguer à Monsieur Charles, le joyaux de sa fortune, un tableau, « Le garçon à la pomme » qui aurait pu être peint par Ricco Wassmer. La famille est offusquée par ce lègue en particulier le fils de la dame, Dmitri Desgoffe und Taxis auquel le trop rare, à mon goût, Brody prête ses traits. A travers l'identité ronflante du personnagej'ai immédiatement reconnu Zantafio. L'héritier spolié fera bien des misères à Monsieur Gustave que Zéro n'hésitera pas à spontanément aider. Il le fera même jeté en prison car entre temps Dmitri s'est révélé être un des chefs des bordures. Ces derniers envahissent la Syldavie. Zantafio, car c'est bien lui, la preuve, ses hommes de mains portent sur la manche de leur uniforme le sinistre double Z (comme Zantafio pour ceux qui n'auraient pas compris), fait du Grand Budapest Hôtel son quartier général. A ce moment du film, alors que je m'étonnais de n'avoir toujours pas vu ni Milou, ni Spip pas plus que le Marsupilami, voilà que rapplique Chéribibi qui aide Monsieur Gustave à s'évader de son ergastule. Il retrouve Zéro et les deux compères partent rechercher le fameux tableau. Ils sont poursuivi par un tueur psychotique (Willem Dafoe) que l'on croirait sorti d'un film des frères Cohen...

 

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Mais en fait les trépidantes péripéties ne sont qu'annexes, les véritables vedettes du film en sont les décors et en particulier celui de l'hôtel filmé avec un grand sens de la symétrie qui donne la très curieuse impression deux fois la même image mais inversée.

Tout cela est raconté par Monsieur Charles devenu vieux. Bizarrement il ne ressemble pas du tout à ce qu'il était jeune. Notre laideron de pakos s'est transformé en un grand juif américain dont le nez bulbeux fait subodorer qu'il n'a pas du que sucer de la glace. Il raconte toute son histoire à un écrivain (Jude Law)qui serait un avatar de Stefan Zweig, je ne l'avais pas reconnu, mais j'ai lu le dossier de presse..., dans le grand hôtel Budapest une quarantaine d'années plus tard. L'hôtel a entre temps connu une transformation due à un fameux designer communiste qui avait une prédilection pour l'orange...

 

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Les nostalgiques des truquages par transparence vont être ravis. On n'avait plus vu cela depuis sir Alfred. Il y a aussi une maquette surannée d'un téléphérique dans le passage de la poursuite extravagante dans la neige à ce propos cette séquence m'a fait penser non à un roman de Zweig mais à « L'oiseau bariolé ».

On passe un très agréable moment ne serait-ce qu'a repérer les apparitions de comédiens célèbre, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, Bill Murray, Owen Wilson, Léa Seydoux, apparitions tout aussi fugitives pour la plupart que la pipe que j'ai mentionné au début du billet, mais je crains que ce « Grand Budapest Hôtel » s'oublie assez vite.

 

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Epilogue: Un ami à qui je tenais à peu près les mêmes propos sur le film que ceux que vous venez de lire me répondit que j'étais une buse et que je n'avais rien compris au film. Il m'assena que sous un aspect léger « The grand Budapest hôtel » était à la fois une dénonciation du communisme, du fascisme et même de l'ultra libéralisme (Vous avez sans doute remarqué que depuis quelques saisons le libéralisme ne se porte plus qu'ultra.). Sans oublier que le film dénonçait combien les domestiques étaient avilis par les nantis. Et qu'il y avait probablement une discrète allusion à un scandale récent qui avait vu un libidineux haut fonctionnaire international sauter avec la dernière des brutalités sur une jeune femme de chambre, noire de surcroit... Mon ami est un intellectuel qui voit de profondes intentions que le béotien que je suis est incapable d'apercevoir...

 

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Pompéi, un film de Paul W. S. Anderson

Publié le par lesdiagonalesdutemps

[Critique] POMPÉI

 

 


Si vous êtes sourcilleux d'exactitudes historiques et amoureux des acteurs qui jouent tout en nuance je ne vous conseillerais pas le film d'Anderson; mais si en revanche les fantaisies historiques vous amusent, même si nous sommes ici plus dans le film catastrophe que le péplum, et que vous êtes nostalgique des péplums genre Ulysse contre les martiens (ne cherchez pas dans votre vidéothèque ou votre bibliothèque de cinéphile j'ai inventé ce titre mais je suis sûr que les amateurs me comprennent) ne vous privez de ce plaisir un peu honteux (mais vous n'êtes pas obligé d'avouer à votre entourage que vous fréquentez des mauvais lieux). En plus vous ferez une bonne affaire pour le prix d'un billet vous verrez plusieurs films dans l'ordre Spartacus, pas le film de Kubrick mais la série australienne que le scénariste de Pompéi a un peu trop regardé (on peut aller voir mon billet sur cette série:  Spartacus: Blood and sand (saison 1) réédition complétée. Durant toute la première partie on a l'impression de voir une séquelle de cette série, malheureusement l'érotisme en moins. Puis le volcan fume et nous sommes dans « Les derniers jours de Pompéi » en beaucoup moins romantique. Le noeud de l'histoire, dénouée si je puis dire par l'éruption du Vésuve, est que le très méchant sénateur poursuit de ses assiduité une belle jeune femme, Flavia (Emily Browning)fille d'un des patriciens les plus important de la ville. Celui-ci est prêt à tout pour la mettre dans son lit. Mais par bonheur elle est aimée par un beau gladiateur, Milo le celte Milo joué par Kit Harington (vu dans le trône de fer), l'acteur manque un peu de charisme et de muscle pour le rôle. Les parents de Milo ont été massacrés jadis par l'affreux sénateur. Le celte n'a qu'une obsession se venger du vilain romain qui en plus convoite son aimée. Il sera aidé dans son entreprise par un autre gladiateur, Atticus (Adewale Akinnuoye-Agbajevu dans Oz et Lost, le meilleur acteur de cette curieuse distribution) très fort et très gentil donc noir. L'affreux sénateur est joué à la truelle par Jack Bauer, alias Kiefer Sutherland tout en rictus et regards torves. Comme vous le constatez les subtilités scénaristiques ne sont pas de mise. En bonus vous aurez droit à une poursuite en char à situer cinématographiquement entre « Bullit » et « Ben-hur » et un tsunami avec un vaisseau sur la crête de la monstrueuse vague poursuivant la foule éperdue dans une rue de la ville. Enfin coté pyrotechnie vous devriez pas être déçu non plus et vous aurez une bonne représentation de ce qu'a pu être le bombardement de Dresde ou de Tokyo par des bombes incendiaires en 1945, ce qui n'a bien sûr aucun rapport avec ce qui s'est passé en réalité à Pompéi car si ce que nous voyons sur l'écran avait réellement eu lieu il n'y aurait plus rien à voir au pied du Vésuve.

Le scénario du film vous rappellera si vous êtes doué pour les transpositions « Le titatic » de James Cameron et la première scène, le massacre des habitants du village celte le « Gladiator de Ridley Scott.Si vous êtes vraiment pervers vous vous souviendrez peut être aussi de Conan le barbare dans lequel un enfant abandonné devenait gladiateur. Ils se sont mis à quatre pour concocter le scénario qui ne semble être au final qu'un patchwork de films et de séries...

Tout dans le film d'Anderson n'est tout de même pas qu'élucubrations, si la ville n'est pas judicieusement placée par rapport au Vésuve, elle est beaucoup plus près du volcan que dans la réalité, la reconstitution de la ville dans ses détails monuments et rues me paraît assez juste (je l'ai arpentée il n'y a pas si longtemps) en revanche sa géographie générale est assez fantaisiste ou disons qu'on lui a adjoint Herculanum. La topographie de la villa romaine est bien reconstituée dans celle des X, le modèle en étant probablement la villa des mystère tant par sa situation par rapport à la ville que par la répartition des pièces.

Grâce aux effets spéciaux et au colossal budget alloué pour le film on ne s'ennuie pas mais on espère que pas trop de lycéen iront voir ce film dèjà qu'ils sont persuadés qu'Hitler a été flingué dans un cinéma parisien par un commando de juifs américain grâce à Tarantino, cette fois à cause d'Anderson ils auront une curieuse image de la fin de Pompéi...

 

 

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