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135 articles avec humeurs cinematographiques

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

C'est un film pour ceux qui savent écouter le vent, l'été dans les arbres, pour ceux qui préfèrent la neige des pétales des cerisiers en fleurs à celle de décembre, pour ceux, qui un jour, ont fêté hanami au parc Ueno et y ont trop bu de saké, pour ceux qui ont suivi des yeux le départ des pétales de sakura pour l'océan sur la rivière Sumida... et bien sûr pour les gourmands qui savent combien les dorayaki*, ces sortes de pankas fourrés à la pâte de haricots rouges (le an, qui est le titre original du film) sont savoureux et puis bien sûr pour tous les amoureux du Japon, ce pays qui ne ressemble à aucun autre. Les cinéphiles qui ont Ozu pour cinéaste préféré ne devraient n'être pas déçus non plus.

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

Un jeune homme, Sentaro, cuisine et vend ses doriyakis dans une petite échoppe. Comme celle-ci est près d'un collège, la clientèle de Sentaro est surtout composée de collégiennes pépiantes (les collégiennes japonaises me semblent encore plus bavardes que les anglaises. Est-ce possible?). Si la pâte de ses pâtisserie est bonne, le an que Sentaro se fait livrer est médiocre. Un jour alors que le grand cerisier qui fait ombrage à la boutique est en pleine floraison apparait une curieuse petite vieille aux doigts déformés (Kirin Kiki). Elle veut absolument travailler dans la boutique. Sentaro refuse. Quelques temps après la septuagénaire apporte du an de sa confection. Sentaro le goûte, il n'en a jamais mangé d'aussi bon. Il engage Tokue. Le commerce qui vivotait devient une petite affaire prospère grâce à la pâte de haricot rouge de Tokue. Mais bientôt quelques uns remarquent les doigts déformés de la vieille dame...

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

A ce sujet j'ai été très surpris d'apprendre d'une part que la lèpre semblait avoir été une maladie rependue au Japon à l'époque contemporaine et que les lépreux y était reclus  jusqu'en 1996!** Si un lecteur peut apporter un témoignage sur ce point, je le remercie d'avance. Naomi Kawase par le biais de son film avec discrétion nous montre combien la société japonaise est dure et exigeante.

Pour la première fois Nomi Kawase a choisi de filmer un scénario écrit par un autre en l'occurence Durian Sukegawa qui a adapté son propre roman, et c'est une bonne idée, cela ajoute une tension dramatique qu'il n'y avait pas dans les films précédents de Naomi Kawase.

La cinéaste a construit son film autour du cycle des saison, d'un printemps l'autre, illustré par un majestueux cerisier.

Il y a une parfaite harmonie entre l'histoire et les acteurs choisis qui jouent avec une grande sobriété, ce qui n'est pas toujours le cas dans le cinéma japonais. Le casting se résume presque à trois acteur, à ce propos je songe qu'il serait très facile d'adapter cette histoire au théâtre, mais c'est peut être déjà fait; les japonais étant les champions des recyclage des romans, mangas, animés, péra, dramatique radio, souvent pour le meilleur si bien que l'on a souvent du mal à dire qu'elle a été la forme première de l'histoire (ici c'est un roman). Or donc, il y a Kiri Kirin, grand-mère idéale du cinéma japonais, qui fit ses début à la Shoshiku dans les années 60. Elle est aujourd’hui une actrice familière des cinéastes Kore-eda et Kawase Naomi. Nagase Masatoshi que l'on est heureux de voir accéder enfin à un premier rôle. On l'avait vu en second rôle convaincant dans Mistery train, La servante et le samourai, Electric dragon... Un acteur au jeu raffiné dont le visage fermé s’épanouit à mesure que le récit avance. Et enfin dans le rôle de Wakana, la jeune collégienne réservée, une révélation qui s’appelle Uchida Kyara, elle n’est autre que la petite fille de Kiri Kirin

Les délices de Tokyo nous invite, avec modestie,  à une réflexion sur la transmission du savoir, l'importance de la communion entre le maitre et l'élève...

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

Il y a beaucoup d'émotion dans cette rédemption par le doriyaki pour Sentaro qui va se pacifier au contact de Tokue dont il retiendra la leçon d'humilité devant la nature et de plaisir qu'apporte  de faire bien une chose, avec amour même si ce n'est qu'un humble gâteau comme le doriyaki. Si le film est sombre, la dernière image est pleine d'espoir... Toute la leçon de vie de ce beau film tient dans cette réplique de Tokoe: << Quand je cuit le an, je tend toujours l'oreille à la parole des haricots rouges. C'est à dire que j'imagine les jours de pluie et les jours ensoleillés que les haricots ont vus. Je prend le temps d'écouter l'histoire de leurs voyages, de connaitre quel genre de vent a soufflé pour les amener jusqu'ici. Oui, j'écoute.>>  

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

Bande annonce du film

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En japonais, dora signifie « gong », et cela expliquerait donc le nom de la pâtisserie. Celle-ci consiste en deux pâtes en forme de pancake, faites en kasutera, enveloppant une garniture de pâte de haricot rouge nommée anko (ingrédient courant en cuisine japonaise). À l'origine, cette pâtisserie n'avait qu'une seule couche. La forme actuelle fut inventée en 1914 à la pâtisserie Usagiya à Ueno, un quartier de TokyoDans des endroits de la région du Kansai, comme Osaka ou Nara, cette pâtisserie est souvent appelée mikasa (). Le nom signifie initialement « triple chapeau de paille », mais est également un des noms du Mont Wakakusa, une petite colline se trouvant à Nara. La colline ayant une pente assez douce, on dit que de nombreux habitants pensent à la forme de la colline lorsqu'ils mangent un mikasa. Il y a un plus grand mikasa réputé à Nara, faisant environ 30 centimètres de diamètre.

 les délice de Tokyo n'est pas la première incursion du doriyaki dans une oeuvre de fiction. En effet ldorayaki est la nourriture favorite de Doraemon, héros du manga éponyme. On peut donc voir ce robot en forme de gros chat bleu sans oreilles se goinfrer de dorayaki.

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

Les doriyaki n'est pas une pâtisserie "noble" au Japon. Elle appartient à la catégorie des namban-gashi, littéralement "sucrerie des barbares du sud" des gâteaux influencés par l'occident et les premiers visiteurs portugais. Dans les doriyaki, comme dans les autres douceurs japonaises, il y a beaucoup moins de sucre que dans les pâtisseries occidentales. Elles contiennent beaucoup de protéines végétales. La plupart des gateaux nippons ne contiennent ni crême ni gluten.

Deux bonnes adresses pour les pâtisseries japonaises qu'hélas pour la bonne santé ma balance, qui ne peut supporter qu'un poids limité, j'ai testées (même si les gâteaux nippons sont moins caloriques que leurs homologues occidentaux): Aki 16 rue Sainte Anne 75001 Paris et Walaku 33 rue Rousselet 75007 Paris

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase

** La lèpre est attestée au Japon dès le VIe siècle. La possibilité d’une origine contagieuse est envisagée très précocement,mais les conceptions inspirées du bouddhisme font état d’une maladie dite kharmique, résultant des fautes commises dans les vies antérieures. Les malades rejoignent ainsi les confréries de mendiants aux abords des temples et des rizières. Il semble qu’à l’intérieur même de ces groupes ait également existé une discrimination.

La perspective change au XVIe - XVIIe siècle et la conception d’une maladie héréditaire s’impose progressivement. Dans la pratique, la situation des lépreux est très variable. Certains malades, rejetés par leurs familles, se trouvent condamnés à une vie d’errance et tendent à se regrouper autour de sources thermales, constituant peu à peu de véritables colonies, parfois bien acceptées par la population locale. D’autres continuent à être soignés à domicile. Quoi qu’il en soit, la notion de quarantaine, fondamentale en occident, ne joue ici aucun rôle et c’est surtout la crainte d’épouser un membre d’une famille de lépreux qui motive la discrimination.

Une loi de 1871 met fin à toutes les discriminations qui persistent dans la pratique. Les préjugés concernant l’hérédité subsistent au sein même du monde médical et bien après que la découverte de l’étiologie bactérienne, par le norvégien Hansen, ne soit connue au Japon. Jusqu’en 1895, la lèpre intéresse peu les pouvoirs publics et le gouvernement, plus préoccupé par les épidémies de choléra qui troublent l’ordre public et entraînent des émeutes, tend à négliger les maladies chroniques comme la lèpre ou la tuberculose. Dans les faits, ce sont des religieux occidentaux, comme le Français Testuide ou l’Anglaise Hanna Riddel, qui fondent entre 1889 et 1894 des léproseries. Tous ces occidentaux ont en effet été choqués par le spectacle de ces lépreux qui vagabondent avec leurs visages et leurs membres déformés par la maladie, spectacle désormais oublié en Occident.

Le dermatologue Mitsuda Kensuke, dont l’influence sur la politique du Japon en matière de lèpre ne cessera de croître, prône inlassablement la mise en place d’une quarantaine absolue. Les débats parlementaires aboutiront, en 1907, au vote d’un premier règlement pour la prévention de la lèpre. Celui-ci prévoit d’interner les lépreux surpris en situation de vagabondage dans cinq établissements publics. Les capacités d’accueil sont limitées (à peine 1000 patients pour environ 30000 malades) et paraissent bien dérisoires pour une maladie que l’on dit, à corps et à cris, plus contagieuse que le choléra.

En 1920 est créée une léproserie sur l’île de Nagashima ayant pour objectif d’enfermer 10 000 malades, rassemblés sur l’ensemble du Japon, dans les 10 ans à venir. Dans cet établissement dirigé par Mitsuda les conditions de vie ont tout du régime pénitentiaire. Sous des dehors paternalistes, Mitsuda, qui prône une structure familiale, impose une vie en autarcie avec une monnaie propre. Les patients sont assujettis à diverses corvées et subissent des châtiments corporels. L’encadrement médical et infirmier est quasi-inexistant et le personnel est en majorité constitué d’anciens policiers. On se dirige ainsi vers une quarantaine absolue, d’ailleurs consacrée par la loi qui sera votée en 1931. A la fin des années 30 les lépreux sont stérilisés.

1947 au Japon, un traitement par Promine est disponible. L’avènement de cette thérapeutique, qui va d’ailleurs transformer l’existence des lépreux et conduire à supprimer définitivement la quarantaine, ne suffit pas à mettre fin à la discrimination au Japon. Un malade traité et non contagieux reste considéré comme dangereux. Une nouvelle loi de 1948 prévoit cette fois explicitement la stérilisation des lépreux ou la pratique d’avortements thérapeutiques, ceci en dépit de la nature infectieuse de la lèpre.

Ce n'est qu'en avril 1996 que Le Parlement japonais vote l'abrogation de la loi de 1953 sur la prévention de la lèpre, stipulant l'internement obligatoire des malades. En juin 1995, une commission du ministère de la Santé avait reconnu que «le fait d'isoler les malades et d'attiser la peur malgré le caractère peu contagieux de la maladie» avait été une «grave erreur». Le milieu médical japonais fut bien obligé d'admettre à son tour qu'en approuvant tacitement cette loi il avait en fait fermé les yeux sur les progrès de la médecine. La léproserie d'Oshima Seisyoen (le Jardin des pins verts) est l'une des 15 léproseries au Japon. La plupart ont été créées au début du siècle. La France, par contraste, n'a pratiqué que des hospitalisations.  

    

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase
pétales de cerisier sur la rivière, Japon, avril 2010

pétales de cerisier sur la rivière, Japon, avril 2010

Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase
Les délices de Tokyo un film de Nomi Kawase
hanami au parc Ueno, Tokyo, avril 2010

hanami au parc Ueno, Tokyo, avril 2010

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Le vent se lève, un film de Miyazaki (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le vent se lève, un film de Miyazaki (réédition complétée)

Le vent se lève : Affiche du dernier Hayao Miyazaki - Affiche

 

 

C'est inévitablement avec un sentiment mélangé que nous découvrons « Le vent se lève » puisque c'est à la fois le nouvel opus de Miyasaki, peut être le plus grand cinéaste de films d'animation de l'Histoire du cinéma, et le dernier puisqu'il a annoncé, il y a quelques semaines, sa retraite.

 

Le vent se lève - Miyazaki

 

Pour ce, qui sera donc vu comme son testament artistique, le cinéaste n'a pas choisi la facilité, rien de consensuel dans cette histoire qui ne s'adresse pas vraiment aux enfants et dont le sujet est la biographie de Jiro Horikoshi, certes rêvée, le film commence par une magnifique séquence onirique qui semble une sorte d'hommage à Little Nemo. Jiro Horikoshi (1903-1982) est l'ingénieur en aéronautique qui fut le père du fameux chasseur zéro qui lors de la dernière guerre s'est illustré dans l'attaque de Pearl Arbour et qui a été l'un des avions des kamikazes. Choix d'autant plus curieux chez un homme qui clame haut et fort son pacifisme. D'ailleurs tout au long du film on a l'impression que Miyasaki est un peu géné aux entournures avec sont personnage. Il force un peu le trait sur sa bonté naturelle. Il veut absolument démontrer que ce créateur d'une arme redoutable est fondamentalement bon et quasiment pacifiste...

 

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Mais très intelligemment par des partis pris audacieux, le cinéaste montre que Jiro a gardé son innocence d'enfant. Il garde jusqu'à la fin la tête du jeune garçon qui rêvait de construire de belles machines volantes.

Eliminons d'emblée la question de l'animation, elle est sublime. Peut on faire mieux, difficile à croire. Presque tout est réalisé à l'ancienne, dessiné à la main sauf pour des objets bien particulier comme la règle à calcul et les pages imprimées des livres.

Il y a un véritable tour de force dans ce film qui est de rendre visible ce qui est invisible par essence, le vent.

Le film se divise en deux parties relativement distinctes: la jeunesse et l’apprentissage de Jiro pour son métier d'ingénieur puis son histoire d’amour avec Naoko qui va de paire avec l'apogée de sa carrière. La première est fascinante pour quelques scènes extraordinaires: le rêve de Jiro enfant, le tremblement de terre de Tokyo de 1923 et plus généralement, une description minutieuse de la vie à l’époque. Jiro vit dans un pays pauvre qui rêve de devenir l’égal des grandes puissances occidentales et il fait partie, sans en avoir conscience, de cette marche en avant qui conduira à la guerre contre les États-Unis. On voit autour de lui le pays se moderniser et s’occidentaliser petit à petit.

 

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Si à première vue le sujet surprend, il le fait beaucoup moins lorsqu'on voit le film. Miyasaki a toujours été passionné d'aviation, son père dirigeait une usine de fabrication de pièces pour les avions, ce qui peut en partie expliquer cela. Il a déjà réalisé un film centré sur l'aviation, « Porco roso » et les machines volantes font presque toujours irruption dans ses films.

L'ingénieux ingénieur, comme dirait Boris, que je fus dans une autre vie, s'est tout de même posé des questions sur la façon de travailler d'un ingénieur et d'un bureau d'étude dans le Japon les années 30. Cette représentation devrait en interloquer plus d'un qui a sué devant une planche à dessin, planche à dessin que l'on précise d'importation! En effet ces dessinateurs nippons semblent ignorer le té et de toutes manières, ils ne fixent pas leur plan sur la planche et semblent dessiner qu'avec des équerres ou des formes (appelés escargots ou pistolets dans le jargon professionnel) dans ces conditions je ne vois pas bien comment ils peuvent tracer des parallèles et des perpendiculaires. Leur table a dessin s'apparente plus à celle d'un architecte du début du XX ème siècle qu'a celle d'un dessinateur industriel. Elle n'est pas muni d'un pantographe système qui existait depuis longtemps pourtant à cette époque en Europe. Autres bizarreries ces dessinateurs sont assis face à leur planche et ils ne portent pas de blouse. A un moment on voit le héros tracer un projet de détail de l'avion, une attache sur une aile qu'il exécute en perspective comme une vue artistique, pratique qui a été utilisée en Europe au XIX ème siècle maisplus du tout sur notre continent en 1930. Je met peu en doute l'exactitude dans le contexte japonais, surtout à l'époque où se déroule le récit, de ce que je vois à l'écran dans un film de Miyasaki quand on sait le soin qu'il apporte au moindre détail, si bien que chaque décor est un régal sur lequel on voudrait faire un arrêt sur image pour complètement en profiter. Maisj'aimerais bien que quelqu'un ayant des lumières sur la vie d'un bureau d'étude au Japon dans l'entre deux guerre m'apporte quelques explications sur les points précis que j'ai soulevés plus haut.

 

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Pour tous les jeunots qui sont nés avec une machine à calculer dans leur couche, je voudrais les informer que la curieuse règle que manipule Jiro est une règle à calcul, instrument longtemps indispensable pour tout ingénieur et calculateur. Après un rapide apprentissage cet élégant boulier plat vous permettait de faire des calcul avec une célérité qui ébahissait le béotien moyen. On pouvait même en tirer des sons qui rappelaient un peu la trompette bouché et qui égayaient les entre-cours. Ah quand la nostalgie nous tient...

 

Le vent se lève - Miyazaki

 

Sans doute que beaucoup de spectateurs trouveront que Jiro est un égoïste en préférant son travail à sa femme gravement malade, ou plutôt en essayant de concilier ses deux amours son aimée et sa passion de l'aviation. C'est méconnaitre la sorte de folie créatrice qui peut envahir un ingénieur. Jiro est très représentatif de ces techniciens qui, tout emplis de leur soif de créer, le plus souvent une petite partie d'un ensemble, contrairement à la vision romantique du film où Jiro oeuvre sur un avion en entier, oublient la finalité à ce quoi il travaille. Les horreurs de la guerre et la guerre elle même ne sont montrées que dans la toute dernière séquence dans laquelle Jiro erre dans un cimetière d'avion et constate que s'ils furent nombreux à partir combattre aucun n'en est revenu... Cette attitude de fixation sur un ouvrage en ne voulant pas voir son but est des plus courante mais le public en est peu informée car tout simplement parce que la fiction en France s'intéresse bien peu au travail qui pourtant occupe beaucoup du temps de chacun. C'est beaucoup moins le cas au Japon où par exemple de nombreux mangas sont ancrés dans une activité professionnelle particulière. Pour cette bel et véridique illustration du labeur, Il faut, ne serait-ce que pour cela, remercier Miyazaki.

 

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Miyasaki démontre que l'on peut tout raconter par le biais du dessin animé. En quelques images inoubliables il évoque de grands faits de société comme la crise économique des années 30, la militarisation de son pays, la révolution industrielle qui bouleverse le Japon à cette époque, la calamité qu'était encore à cette époque la tuberculose (le roman « La montagne magique » de Thomas Mann est cité. La mère de Miyazaki était aussi tuberculeuse ce qui explique ces personnages de femmes malades dans ses films comme ici et comme la mère de « Mon voisin Totoro »). C’est une partie très émouvante et qui justifie le film à mes yeux.)... La référence à « La montagne magique » n'est pas la seule allusion littéraire européenne du film. A plusieurs reprise des personnages du film citent la phrase de Paul Valéry: << Le vent se lève il faut tenter de vivre.>>. Phrase qui donne le titre du film.

 

Le vent se lève - Miyazaki

 

Il montre l'horreur du grand tremblement de terre du Kanto de 1923 et du gigantesque incendie qui s'en est suivi qui détruisit une grande partie de Tokyo, tout ce qui était au sud du parc Ueno (sur cet événement capital qui modifia considérablement l'Histoire du Japon, on peut considérer qu'il est le déclencheur de la marche du pays vers le militarisme, il faut lire « Le grand tremblement de terre du Kantô d'Akira Yoshimura, paru aux éditions Actes sud. On ydécouvre que de nombreux Coréens furent lynchés par la foule à cette occasion et que des membres important de la gauche nippone furent éliminés à ce moment ce qui passa presque inaperçu dans le désordre ambiants...).

 

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La grande nouveauté chez Miyazaki est l'émergence d'une histoire d'amour pas trop édulcorée. Jiro rencontre une jeune fille Naoko dans le train qui le conduit pour la première fois à Tokyo. En quelques séquences lyriques très réussies Miyazaki orchestre cette tragique histoire d'amour. Encore une fois Miyazaki fait passer par l'intermédiaire de la relation entre Jiro et Naoko beaucoup de choses sur la société japonaise d'alors. On voit par exemple qu'il était mal vu qu'un homme et une femme (nos sommes dans la bourgeoisie) habitent ensemble sans être mariés. La valeur des films de Miyazaki tient beaucoup à l'importance que le réalisateur accorde aux détails et particulièrement à ceux des rapports entre Jiro et Naoko comme leur premier baiser ou la façon dont la jeune femme recouvre avec sa couette Jiro qui vient de s'allonger auprès d'elle.

 

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Si le film s'inspire de la vie de Jiro Hirikoshi, il est aussi imprégné du livre de souvenirs de Tatsuo Hori (1904-1953), écrivain et traducteur de Cocteau, dans lequel il évoque la mort de sa fiancée tuberculeuse. Une autre figure historique apparaît dans le film, celle de Giovanni Battista Caproni (1886-1957), célèbre constructeur d'avions italien qui, on l'imagine a du faire rêver Miyazaki enfant; on retombe sur l'importante prégnance autobiographique du « Vent se lève ». Caproni incarne pour notre héros une sorte de mentor paternel. A ce sujet, à part sa soeur, on ne voit jamais les parents de Jiro, en faisant une sorte de Peter Pan... Caproni (et le vent) est une figure majeure dans l'oeuvre de Miyazaki car le nom de son studio d'animation Ghibli est certes le nom d'un vent chaud du Sahara mais c'est surtout le nom d'un avion de reconnaissance italien créé par... Caproni!

 

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Le film contient de nombreuses réflexion sur la vie. Je trouve très juste cellesur le fait que les personnages soulignent qu’un homme ne peut espérer que dix années de créativité...

Le final est très mélancolique: ses Zéros ont été les avions des Kamikazes se suicider et les bombardiers américains ont ravagé son pays. Jiro n’a qu’une unique consolation: l’encouragement de Naoko à continuer de vivre. << Les avions sont des objets magnifiques et maudits avalés par l'immensité des cieux.

 

 

Le vent se lève - Miyazaki

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La bande annonce

 

Commentaires lors de la première 

Sixte04/02/2014 00:26

Comme vous j'ai remarqué la forme du
"Té dont la tête a une forme curieuse lorsque Jiro travaile chez lui"
ce qui me semble une très bonne forme pour épouser celle de la main, et peut-être aussi des inclinaisons autres que l'horizontale, qui sait ? Simplement alors, n'aurions-nous pas eu en main un
instrument d'un tel luxe.
Mais pour les règles à calcul, je crois bien (à vérifier lorsque le film sera disponible en video), je crois bien en avoir un modèle tout-à-fait semblable, un modèle allemand en bois et ivoire de
marque "Nestler". Tout cela a-t-il totalement disparu des formations et des professions que vous ou moi avons connues ?

 

lesdiagonalesdutemps04/02/2014 07:12



Très juste remarque pour le té en effet cette forme doit être agéable à la main. Vous avez vu pas de pantographe. On pourra voir en effet cela tranquillement en faisant des arrêt sur image
lorsque le film sortira en blue ray. Ce format est d'ailleurs particulièrement intéressant pour les animés.


La régle à calcul a disparu des formations voila au moins 35 ans avec la généralisation des calculatrices de poche.

 

Sixte02/02/2014 23:01

Le té est bien absent des salles de dessinateurs, mais il est présent quand le héros travaille chez lui (ce que l'on voit à trois reprises). Pour les autres détails, je n'en sais moins que vous
(mais j'ai la même expérience que vous de la planche et de la règle à calcul). Il se peut que les scènes d'atelier collectif veuillent suggérer plus une assemblée de calculateurs et de "designers"
(avant la lettre), plus qu'une réunion de traceurs et faiseurs de parallèles ???
Merci de vos articles en général, et sur les films en particulier.

 

lesdiagonalesdutemps03/02/2014 08:07



merci pour ces remarques. En effet j'avais bien remarqué le Té dont la tête a une forme curieuse lorsque Jiro travaile chez lui. Votre hypothèse est plausible mais quand on connait le souci du
moindre détail chez Miyazaki je suis surpris, comme le fait qu'il pousse ses croquis en perspective jusqu'aux détails. Les dessins techniques que l'on voit me font rappeler ceux en France de la fin du XIX ème siècle. J'en ai vu également de similaires en Angleterre qui devaient dater des années 1880. 50 ans plus tard au Japon ce type de représentation serait encore courante? Ce n'est pas impossible, le film insistant à plusieurs reprise sur le retard du pays...


 

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joli hommage des Simpson à Miyazaki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 joli hommage des Simpson à Miyazaki

 

 

 joli hommage des Simpson à Miyazaki

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Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda

 

Il est difficile de rendre compte d'un film aussi riche qui je le sais s'inscrit déjà parmi les tous meilleurs films que je pourrais voir cette année. Il est encore plus difficile de résumer une intrigue aussi foisonnante. Un prologue à l'esthétique propre en voix off nous annonce que nous allons être confronté à une histoire où cohabite deux mondes parallèle, celui des humains et celui des bêtes. Le monde des humains est celui du Tokyo d'aujourd'hui, ou plutôt au début du film de celui d'il y a une dizaine d'années (repérez vous aux voitures entre-aperçues) alors que le celui des bêtes, très humanisé, à quelque chose de vaguement méditerranéen, les maisons m'ont évoqué celles des Cyclade et y vaque une foule d'artisans et de marchands au faciès d'ours, de porc, de chat, de sanglier... Ils vivent en pais sous l'égide d'un seigneur, un vieux lapin sage et souriant. Mais le seigneur fait savoir qu’il a décidé de prendre sa retraite prochainement pour se réincarner en divinité. Deux prétendants à sa succession s’opposent : Iôzen, très populaire, accompagné de nombreux disciples et père de deux enfants, et Kumatetsu, très puissant, mais solitaire et paresseux. Le seigneur des bêtes  demande à ce dernier de former un disciple avant de pouvoir aspirer à devenir son successeur... Chez les humains nous faisons d'emblée connaissance avec le héros, Ren 9 ans qui est bien joli à regarder. Il vient de perdre sa mère. Comme il refuse d'être confié à de lointains parents, il s'enfuit et se retrouve au centre de Tokyo, plus précisément à Shibuya, célèbre pour son carrefour le plus fréquenté au monde (les nostalgiques de Tokyo s'émerveilleront de voir ce quartier si bien transposé en dessin). Il est vite repéré par les policiers qui le poursuivent mais aussi par un étrange voyageur qui cache son corps et son visage sous une grande houppelande pour échapper aux premiers il suit le second qui s'engage dans une ruelle qui bientôt débouche dans le surprenant monde des animaux. Le mystérieux personnage s'avère être Kumatetsu, un ours mal léché qui prend sous sa protection Ren pour en faire son disciple. Ce qui ne va pas aller tout seul! S'il n'a pas de troupe le nouveau mentor de ren à tout de même deux compères, deux « sages », le singe et le cochon-bonze, qui commentent les relations difficiles entre le maitre et son élève. L'apprentissage de « la force » durera 8 ans mais alors le garçon sera attiré par le monde des humains dans lequel il tombe amoureux d'une sérieuse étudiante. Il est alors tiraillé entre les deux univers peut-il abandonner son mentor bravache alors qu'il est tout près d'atteindre son but...

 

 

Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Shibuya, avril 2010

Shibuya, avril 2010

Je suis bien conscient que mon petit résumé rend imparfaitement compte du résultat de l'imagination foisonnante de Mamoru Hosoda (qui est aussi le scénariste du film). Entre le début noir du film et sa fin apaisé, dix ans se seront écoulés... Le seul défaut de Mamoru Hosoda c'est d'avoir trop d'idées si bien que ses plus jeunes spectateurs, s'ils ne s'ennuieront jamais risquent de se perdre parfois. Par exemple dans la formidable séquence du voyage initiatique chez les sages, il y a plusieurs autres films potentiels. Le garçon et la bête charrie sans effort plusieurs grands thèmes, les rapports filiaux, le droit à la différence, l'éternel lutte du bien et du mal. Pour s'aider à traiter des questions aussi lourdes, le cinéaste n'hésite pas à s'appuyer sur de grandes oeuvres comme le Moby Dick d'Herman Melville.

Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda

Tout en restant très personnel le graphisme de Mamoru Hosoda est pour la partie « humaine » dans la lignée de ses pairs japonais et... de lui même puisque le joli Ren aurait pu trouver sa place dans les beaux films précédent du cinéaste que sont « Les enfants loups » (un chef d'oeuvre que je préfère à ce néanmoins formidable « Garçon et la bête » on peut aller voir le billet que j'ai consacré à ce film: Les enfants loups, Ame & Yuki, un film de Mamoru Hosoda), « La traversée du temps » ou encore « Summer wars » quant au monde des bêtes il emprunte en l'améliorant aux studios Disney l'esthétique de « La belle et la bête ». L'émouvante scène de fin a des réminiscences d' « Amer béton ».

Ce qui est très fort avec Mamoru Hosoda c'est que malgré toutes ses inspirations, on trouve aussi un bonze au visage de Jedi, la petite boule blanche indéfectible compagne de Ren vient tout droit du « Voyage de Chihiro »... c'est qu'il reste absolument singulier. 

Les photos ci-dessous ont été prises au Carreau du Temple, samedi dernier lors de ma visite à la petite exposition consacrée en ces lieux au film Le garçon et la bête.

Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Paris, janvier 2016

Paris, janvier 2016

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Pour retrouver Tokyo sur le blog: Tokyo, la nuit   Asakusa, Tokyo, Japon   sanctuaire de Yasukuni-jinja,  Le jardin national Shinjuku-Gyoen, Tokyo, Japon,  mon florilège du musée d'art moderne de Tokyo, Japon,  un soir à Shibuya, Tokyo, Japon,  Le bureau de Goebbels à Okaihabara, Tokyo, Japon,  Un joli photographe sur Ginza, Tokyo, Japon,  Contrastes japonais du parc Hama Rikyu à Tokyo,  la jeunesse tokyoite fait les magasins...,  Mandarake à Tokyo,  Takeshita dori, la rue la plus animée de Tokyo,  Tokyo, Shibuya,  street art et garçons à Tokyo,  hommage à Rotella ? à ... Tokyo,  Asakusa, Tokyo, Japon,  Takeshita street, Tokyo, un dimanche après midi d'automne,  Ginza, jour, Tokyo, Japon,  Les fresques de Mark Beard dans le magasin Abercrombie & Fitch à Tokyo,  Minets et minous dans le parc Hibiya de Tokyo,  Les corbeaux du parc Ueno à Tokyo,  Deux amis dans le métro de Tokyo,  Tentative d'épuisement photographique de la Tokyo Tower depuis ma chambre d'hôtel ,  Devenez incollable sur le réseau de transport à Tokyo,  Voyage au Japon,Tokyo de Rémi Maynègre et Sandrine GarciaTokyo, quartier Yanaka, le royaume des chats,  Préservatifs nippons,  Quelques menues suggestions pour un séjour à Tokyo,  Les chats du cimetière de Yanaka, à Tokyo,  le promeneur de Tokyo,  Les dormeurs de Tokyo par Adrian Storey,  un soir à Tokyo, quartier AkaihabaraL'Hotel de Ville de Tokyo et ses parages,  Odaiba, une presque ile dans la baie de Tokyo,  Tokyo magnitude 8

Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Le garçon et la bête, un film de Mamoru Hosoda
Shibuya, octobre 2011

Shibuya, octobre 2011

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petit palmarès maison des films 2015

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
 
 

Comme je l'ai déjà écrit dans mes derniers bilans annuels cinématographiques, depuis quelques années je fréquente moins les cinémas. Sans doute pour de multiples raisons que j'ai peine à identifier, la première étant mon vieillissement. Pourtant m'assoir devant un grand écran est toujours une fête, plus même qu'auparavant car je suis plus parcimonieux dans mes sorties et donc je choisis les films que je vais voir avec plus de soin; si bien que j'ai encore plus de difficulté à rédiger mon rituel palmarès annuel des dix films qui m'ont le plus marqué ces douze derniers mois. Comme à l'habitude, je ne retiens dans ma sélection que les films que j'ai vus en salle (Ce serait une bonne idée, chers lecteurs, de m'envoyer chacun votre propre liste). A la suite de chacun des titres, j'ai fait suivre les indications qui m'ont fait sortir de mon antre. Car ce sont tantôt le réalisateur, tantôt le sujet et parfois, plus rarement les acteurs qui guident mon choix. Pourquoi vous direz vous peut être, n'avez vous pas écrit sur ces morceaux de bonheur que furent à chaque fois la découverte de ces film et bien par manque de temps, de talent, de savoir... Si vous avez vu certains dites moi donc ce que vous en avez pensé...

 

1- Imitation game (bio d'Alan Turing) 

2- Avril et le monde truqué ( film d'animation d'après l'univers graphique de Tardi)

3- Mia madre (Moretti)

4- Shawn le mouton (studio Aardman)

5- Marguerite (Michel Fau et Catherine Fau)

6- L'homme irrationnel (Woody Allen)

7- Le pont aux espions (Spielberg)

8- Comme un avion (Podalydes)

9- Le cercle (mi-fiction, mi-documentaire gay)

10 Microbe et gaz oil (Michel Gondry)

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À propos de « star wars »... Il y a quelques temps.

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Star Wars n°1 éditions Atlas
À propos
de « star wars »
(la guerre des étoiles)

 

 

... Je sais d’avance ce que Sadoul et les amoureux de ce film vont en dire : beau, bien fait, entraînant, agréable, on s’amuse une heure et demie, on serait bien bête de faire la fine bouche, étant donné la nullité du cinéma de S-F. OK, c’est tout ça, c’est distrayant. Presqu’autant qu’un James Bond. Mais aussi con. On se croirait revenu 50 ans en arrière, comme si Hugo Gernsback avait écrit le script consternant de ce Fleuve Noir de mauvaise qualité. Qu’est-ce que c’est que ce film ? Un petit western avec deux bagarreurs qui délivrent une princesse ringarde, aidés par un gorille digne de Victor McLaglen et un mystique tout droit sorti des plus mauvais numéros de Planète. Le reste, c’est le l’électronique comme seuls les Américains ou les Russes ou les Chinois, enfin des pays mégalos peuvent croire que ça fascine les masses. Et puis du gadget : mutants rigolos, robots humanisés (je préfère Robbie), design des années 60 (cf article de Bonnefoy).

 

Ce qui m’afflige – bien que séduit sur le moment par certains passages pas mal foutus – c’est qu’une telle série Z soit l’œuvre de George Lucas, auteur il y a sept ans d’un des plus beaux films de S-F. jamais tournés, THX 11-38, un des plus aboutis, pas encore à la hauteur des nouvelles et romans de S-F, maisen bonne voie. Star wars nous fait enregistrer un recul dans le temps tel que des films comme Les soucoupes volantes attaquent ou Godzilla peuvent auprès de lui faire figure de speculative-fiction audacieuse. Pauvre Lucas. On se croirait dans un article d’Eizykman où il aurait fait le catalogue de tout ce qui est reduplication : western-fiction, polar-fiction, Delly-fiction et autres avatars, sauf ce qui est annoncé, la S-F. On a plus de chance d’en trouver dans Autant en emporte le vent Encore pire que 2001 dans le mysticisme, pire que Silent running dans l’apologie de la technologie, pire que les Bérets verts dans l’idéologie, la misogynie et le racisme, avec tout ça, le cinéma américain est mal barré. La S-F sur pellicule aussi.

 

 

Yves  Frémion, décembre 1977

 

 

À propos
de « star wars »
(la guerre des étoiles)

 

 

Bien entendu, Star Wars est le plus beau film de science-fiction jamais tourné.

 

Certes, en tant que film, il n’est pas à l’abri de tout reproche. Le scénario est faible, certains acteurs médiocres et un petit nombre de trucages laissent à désirer. Si la Guerre des étoilesest une réussite parfaite, c’est avant tout parce qu’il s’agit de science-fiction à l’état pur. Comment ! 
Mais il s’agit simplement d’un western de l'espace, prétendront certains esprits réactionnaires ; d’autres, les cuistres benêts, iront jusqu’à parler de reduplication. Mais le space-opera a-t-il jamais été autre chose ? Et pourtant, nul mieux que lui n’a réussi à éveiller chez le lecteur le fameux sense of wonder, cette faculté d’émerveillement qui caractérise les jeunes Américains et manque tellement aux vieux Français. 
Il n’y a aucune idée de science-fiction dans Star Wars. Et c’est un bien, Car si l’on fait de la bonne littérature avec des idées, on fait aussi du bien mauvais cinéma. En revanche, vous trouverez dans ce film tout ce qui donna le sense of wonder à la science-fiction de l’âge d’or : les astronefs rococo, les robots anthropomorphes, les duels au pistolet-laser, la jeune princesse enlevée, les héros purs et bons, les méchants totalement mauvais et même la fameuse taverne galactique, chère aux dessinateurs de Galaxy, où des extra-terrestres hideux jouent au poker avec des astronautes terriens.
Pour la première fois, avec Star Wars, nous avons une transposition à l’image réussie de tous les archétypes de la science-fiction. Je dis bien à l’image, car George Lucas, le metteur en scène, a aussi écrit un roman à partir du scénario du film. Il ne reste plus qu’un texte inepte, montrant bien que la Guerre des étoiles est avant tout une réussite visuelle. Le succès de ce film est fabuleux outre-Atlantique car les Américains ont su garder leur sense of wonder. S’il n’en était pas de même en France, ce serait à désespérer de nos compatriotes.
 
Jacques Sadoul, décembre 1977

La Guerre des Etoiles (vue par l'hebdomadaire Spirou en 1977)

 
Il s'agit d'un article paru le 20 octobre 1977, soit le lendemain de la sortie du film de George Lucas sur les écrans de France& de Navarreextrait de l'hebdomadaire SPIROU (n°2062) :

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Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

La veille de l'entrée en guerre de la France contre la Prusse Napoléon III et Bazaine ont un rendez vous secret avec un savant concoctant un sérum devant rendre les soldats français invincibles mais l'expérience tourne mal. Comme dans la chanson de Boris Vian, "La java des bombes atomiques", tout ce beau monde est volatilisé. Le successeur de Badinguet, Napoléon IV signe le lendemain un traité de paix avec la Prusse. Et nous voilà en pleine uchronie. Après ce préambule explosif, le film nous transporte en 1941 dans un monde où les plus grands scientifiques de la planète disparaissent les uns après les autres. Le progrès technologiques est en panne. L'humanité en est toujours à l'âge de la vapeur triomphante. Nous sommes dans monde sans électricité ni pétrole où Europe et Amérique se livrent une guerre pour le contrôle des dernières forêts pour les transformer en charbon de bois. Il y a longtemps que les mines de charbon sont épuisées... L'air est devenu irrespirable.

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

Nous faisons la connaissance de la jeune Avril Franklin arrière petite fille du savant vaporisateur d'empereur. La jeune Avril est accompagnée de son chat parlant, la seule réussite des expériences paternelles. Les parents d'avril ont disparus dans un étrange accident. Heureusement il lui reste son grand père. Celui-ci poursuit  les recherches de son père sur le fameux sérum capable d'offrir l'invulnérabilité à quiconque le boirait...

Si le scénario de cette fantaisie steampunk n'est que courses poursuites et rebondissements en dépit de son inventivité c'est surtout le dessin de Tardi qui est l'atrait principal du film. Il est étonnant de voir comment les réalisateurs, Franck Ekinci et Christian Desmares, ce dernier a été directeur de l'animation sur Perepolis, se sont emparé de cette esthétique qui en fait à généré toute l'histoire. C'est le Paris de Tardi, un peu celui brumeux de Léo Malet mais revisité par le steampunk où il y a une double tour Eiffel, des voitures à vapeur, des zeppelins et à la place du Sacré-Coeur, une monumentale statue de napoléon III, dans l'oeil de laquelle habite Avril avec Darwin, son chat bavard et intello. On retrouve principalement le monde d'Adèle blanc sec dont certains personnages font un petit caméo en étaient figurants ou silhouettes; les clin d'oeil à la série sont nombreux, avec ce même savant dosage d'aventure et d'humour. Mais question bande dessinée le film n'est pas seulement auto-référencé le découpage et la ligne claire viennent aussi d'Hergé et le grand père d'Avril m'a aussitot fait penser au comte de Champignac de Franquin. Coté cinéma on pense parfois à Brazil avec ces architectures Parisiennes Haussmanniennes perforés de tuyauteries fumantes.

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

Si nous retrouvons toutes les sources d'inspiration de Tardi à commencé par Jules Verne, le film est aussi sous la bonne influence de quelques dessins animés nippons tels "Steamboy", "Le chateau hanté" et la série "Last exile"; cette dernière en particulier pour les engins volants qui doivent aussi beaucoup au génial dessinateur du début du XX ème siècle Robida. 

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

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Le doublage n'est pas toujours convaincant. Si Marion Cotillard avec sa gouaille parisienne est très bien en Avril, Jean Rochefort parfait dans le rôle du grand père et Philippe Catherine à la fois désopilant puis émouvant en chat bavard, les rôles secondaires, qui bien qu'interprétés par des acteurs de renoms, prouvent encore une fois que comédien de doublage est un métier à part entière.

Le tour de force du film est de ne pas s'être fagocité par le fascinant décor rétrofuturiste de tardi mais d'offrir une aventure passionnante. Le film bénéficie d’une animation traditionnelle et qui semble plus être de la bande dessinée animée que du dessin animé dont on a l’habitude.  

A conseiller à tous les fan de Tardi et... aux amoureux des chats

Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci
Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

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Montgomery Clift en 1938 à 17 ans

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Montgomery Clift  en 1938 à 17 ans

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Godzilla mon amour

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Quand j'étais ado j'adorais les film de Godzilla que j'allais voir avec des copains dans des cinémas assez crapoteux ou dans une petite salle près de chez moi qui privilégiait ce genre de programmation sans doute peu couteuse. Ce qui me chagrinait c'est que l'on voulait toujours faire du mal à ce sympathique gros lézard. A l'époque, je ne connaissais rien du Japon. Aujourd'hui pour avoir parcouru les rues de Tokyo que l'animal suceptible a une passion de détruire, je suis un peu plus partagé. 

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Souvenir de Marnie

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Souvenir de Marnie

 

Il n'est jamais judicieux de révéler le résumé d'un mélo car son charme risque de s'évaporer dans les mots. Le dernier animé des studios Ghibli, « Souvenir de Marnie » est un pur mélo et il a beaucoup de charme. Sachez que ce film est pour vous, si vous aimez les vieilles maisons un peu brinquebalantes ( Hiromasa Yonebayashi, le réalisateur, dont c'est le deuxième film après le très beau Arrietty, les aime assurément), ouvrir leurs fenêtres sur une baie ensoleillée où toussent de petits bateaux de pêche, observer les courlis qui picorent la vague, admirer le lent rougissement des tomates... Comme tous les cinéaste de Ghibli, le réalisateur à la nostalgie d'un Japon bucolique et agricole d'avant l'industrialisation. Souvenir de Marnie présente une image idéalisée de la campagne nipponne. C'est une vision récurrente dans tous les films de Ghibli mais elle est aussi largement partagée par toute l'animation japonaise. Si le film se déroule aujourd'hui, il est surtout une réflexion sur le temps et la filiation à travers les destins croisées de deux jeunes filles. N'oubliez pas votre mouchoir mais je vous rassure cela se termine bien. Les petite fille vont adorer (je dois en être une.).

Souvenir de Marnie n'est pas le plus grand film sorti des studio Ghibli, il est parfois un peu trop insistant mais c'est un beau film comme il n'y en aura pas beaucoup cette année. Je ne prend pas trop de risque en faisant ce pari.

Souvenir de Marnie

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