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136 articles avec humeurs cinematographiques

Pour ne pas oublier Farley Granger (1925-2011)

Publié le par lesdiagonalesdutemps


 
La première fois que j'ai vu Farley Granger, c'était sur une télévision qui paraitrait aujourd'hui une antiquité avec sa belle boiserie en acajou et son écran bombé dont les coins étaient arrondis. C'était en cachette de mes parents pour voir "La corde" dont je ne sais pas comment la notoriété était arrivée à mes enfantines oreilles. Je devais avoir une dizaine d'années et ne savais encore rien, du moins consciemment de ma sexualité mais dès l'apparition de ce beau jeune homme, je fus subjugué par son élégance. Après cette révélation je n'ai eu de cesse que de guetter ses apparitions qui furent à mon gout bien trop rare. Et voila qu'il part alors que j'avais le dos tourné du coté de l'Andalousie où il est désormais assez difficile de trouver "Le Monde", ma gazette préférée, je n'ai donc appris la disparition de mon ancienne admiration qu'à mon retour. Décidément  en ce printemps, les étoiles hollywoodiennes s'éteignent une à une. Celle de Farley Granger brillait avec discrétion depuis quelques années mais son éclat m'arrivait grâce à ma vidéothèque lorsque je décidais de revoir un chef d'oeuvre signé Hitchcock ou Visconti où il s'illustra. Son élégance était inégalable, elle suintait d'une obscure sensualité. 
 


Le beau jeune homme, natif de San-José, a été découvert à 17 ans par Samuel Goldwyn. C'est  "La corde" que le talent de Farley Granger donne la pleine mesure. Son visage d'ange, sur lequel on peut déjà deviner les premiers stigmates de la déchéance, suggére d'obscures inquiétudes. La corde est emblématique d'un temps où l'homosexualité ne pouvait s'avancer sur les écrans que masquée; ainsi dans ce film, l'art du crime et de la dissimulation devient une métaphore de la sexualité cachée et mise au placard entre garçons. Chaque plan et chaque réplique sont des exercices de haute virtuosité du double-sens dans lesquels l'ironie est rarement absente. Je renvoie les plus curieux à l'excellente analyse de Clément Graminies sur le lien ci-dessous :



Dans l'inconnu du Nord-Express, il est un merveilleux joueur de tennis dragué dans le train fatal par le pervers Bruno, joué par Robert WalkerIl n'y a pas que chez Hitchcock que Farley Granger a brillé, il fut aussi le vénéneux officier autrichien qui faisait perdre la tête à la Comtesse Alida Valli dans le SENSO de Visconti, qui avait un grand talent assez rare, de donner des rôles consistants aux jeunes premiers.
Il fut aussi remarquable dans le film noir de Nicholas Ray, en 1949, "Les amants de la nuit" qui n'est pas sans rappeler "Bonnie and Clyde".
En 2003 dans son autobiographie, "Include me out", à ma connaissance toujours pas traduite en français, qu'il a rédigé avec le producteur Robert Calhoun qui était son compagnon depuis 1963, Farley Granger révèle sa bisexualité qui lui aurait été révélé à la suite d'une nuit très chaude où il aurait fait l'amour successivement avec un garçon puis une fille. Farley Gringer a été une des très rares vedette hollywoodienne a avoir parlé de son homosexualité.
 

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Mon humeur, souvent nostalgique

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mon humeur, souvent nostalgique, le fut plus encore lorsque je lus cette phrase dans le merveilleux L’Art de la fugue de Stephen McCauley dont je vous incite à dévorer tous les livres (éditions 10/18) : « Je compris que personne ne verrait jamais le jeune homme que j’avais été et que si je me séparais d’Arthur je perdrais irrémédiablement cette partie de moi. » Une phrase que l’on devrait méditer avant toute rupture...

Ma première colère est plutôt un ébahissement devant la manière dont la docte critique a expédié le film 300 – qui draine les foules  en quelques lignes méprisantes. Il faut dire qu'elle est fort occupée à gloser sur le dernier film de Jacques Rivette que personne n'ira voir ! Il s'agit tout de même d'un film clairement fasciste (ne pas voir sous mes doigts une injure mais seulement un qualificatif, comme marxiste par exemple) qui fait l'apologie de l'eugénisme. Les spartiates ne sont-ils pas trahis par le seul être contrefait qui n'ait pas été éliminé à la naissance ? Sous-entendu : massacrons tous les mal foutus et il ne restera que les cœurs purs.

Eugénisme qu’il serait inconscient de diaboliser. Je rappelle que la loi Veil, en son temps (1975), fut traitée par certains de loi eugéniste et que l’échographie prénatale obligatoire n’est pas autre chose qu’une mesure eugéniste qui évite bien des souffrances, même si elle peut déboucher sur une terrible interrogation comme le soulignait récemment toute une page du Monde titrée : « Le faire naître ou pas ? »

Le parallèle entre les spartiates, ultime rempart de l'Occident contre les barbares dirigés par les Perses (les Iraniens d'alors, mais je trouve cette grande follasse de Xéres beaucoup plus sympathique que les mollahs barbus) et les Américains se battant en Iraq est transparent…

 

    

 

Il se trouve que le film de Jacques Rivette et 300 sont deux films historiques… Ou plutôt Ne touchez pas la hache est un film en costumes – ce qui n’est pas la même chose ; alors que 300accepte néanmoins de se coltiner avec l’histoire, certes mythique, Ne touchez pas la hache l’évite consciencieusement. Par exemple, dans le roman de Balzac dont il est tiré, il y a en filigrane de la relation amoureuse la place des demi-soldes dans la France de la Restauration, en fait l’éternelle question du soldat au retour de guerre et sa place dans la société. Le cinéma a très bien traité ce sujet dans Né un 4 juillet, La Mémoire de nos père ou encore Maria’s Lover... Cet évitement fait de Ne touchez pas la hache un film dénué de tout intérêt : l’intrigue sentimentale, sortie de son contexte, perdant quasiment toute pertinence. Ce qui n’est pas le cas de 300 qui assume l’idéologie spartiate mais quand je lis dans MadMovies que « 300 est une ode à la liberté », je constate encore une fois l’aberration de considérer le cinéma comme une sorte de bulle étanche au monde, à la politique et paradoxalement à l’Histoire. Il me parait indispensable d’injecter un peu d’épaisseur historique dans la critique cinématographique qui ne devrait jamais être en apesanteur sociétale. Je rappelle que Sparte a été une des grandes références de l’extrême droite au XXe siècle, et ceci particulièrement en France. Pour preuve un des livres fondateurs de cette tendance après la dernière guerre : Sparte et les sudistes de Maurice Bardèche (Les sept couleurs ed., un bouquin facilement trouvable en flânant le long des quais parisiens où vous remarquerez que moult bouquinistes, ceux qui n’ont pas été remplacé par des marchands illettrés de bimbeloteries, ne semblent pas particulièrement gauchistes) par ailleurs beau-frère de Robert Brasillach et excellent spécialiste de Balzac et de Flaubert mais surtout directeur de la publication Défense de l’Occident. Un titre qui est tout le message délivré par le film. Une posture prise par l’Amérique bien avant celle de Bush junior, posture prise aussi par bien des pays avant elle, de la France de la troisième république à l’Allemagne nazie en passant par le Saint Empire Germanique, et déjà par l’Amérique elle-même, dans les débuts de la guerre du Vietnam. Je n’ignore pas que la BD de Frank Miller, à l’origine du film, fut éditée en 1998 donc largement antérieure à la deuxième guerre d’Irak, mais son adaptation cinématographique d’aujourd’hui ne peut pas être dénuée d’arrière-pensées. Et heureusement, cela démontre que le cinéma est un art vivant en prise avec les interrogations et les angoisses de notre époque. Par ailleurs, je suis certain que ce film à fort relent d’eugénisme ne doit pas plaire beaucoup au principal soutien de Bush fils : la droite religieuse évangéliste qui a kidnappé la révolution conservatrice américaine et qui veut interdire l’avortement.

Ce que je reproche au film, ce n’est pas tant l’idéologie qu’il véhicule mais la lourdeur de son exposé. Certains films qui ont défendu et illustré les politiques de régimes totalitaires sont de grands films. Il n’est besoin que de citer pour le communisme soviétique l’Enfance d’IvanLe Cuirassé PotemkineLa Jeune garde ; pour le nazisme Le Jeune hitlérien Quex et les film de Leni Riefenstahl ; pour l’Italie mussolinienne Scipion l’Africain... Mais ce n’est pas le cas de 300,même s’il y a un souci plastique indéniable qui doit beaucoup à la peinture de l’Histoire du début du XXIe siècle, ce qui n’est pas surprenant vue son origine. Il faut tout de même ajouter que propagande et art font rarement bon ménage au cinéma, comme ailleurs.

Je trouve en plus que le film est assez faux-cul. Comme cette réplique glissée dans le dialogue qui fustige les Athéniens amateurs de garçons alors que tout le film est clairement homo-érotique, là encore il me parait un peu naïf de n’y voir qu’une inadvertance... Mais il est indéniable que 300 procure une sorte de catharsis : mais là encore est-ce un hasard ? C’est aussi une explication de la fascination que provoquaient les discours d’Hitler sur le peuple allemand, même s’il est ridicule de qualifier ce film de nazi.

Au risque de passer pour un béotien, pour le peu que j’en connaisse, l’œuvre de Frank Miller me parait bien surévaluée. J'avais déjà trouvé Sin City particulièrement bête et répétitif mais 300 me confirme que Miller n'a pas inventé le pinceau. La scène où le méchant se fait poignarder et que les pièces d'or à l'effigie de l'ennemi, salaire de sa trahison, tombent à terre vaut son pesant de finesse scénaristique...

Quant aux dialogues, je préfère ceux du Jules César de Mankiewicz qu’on pourrait sans scandale traiter de césariste. À ce propos, il me semble que la télévision traite mieux l’antiquité que le cinéma, voir le Rome de HBO et la prochaine réédition de ce chef-d’œuvre de la BBC qu’est Moi Claude empereur d’après le merveilleux roman de Robert Graves (3 tomes chez Gallimard).

Pour en revenir à un aspect graphique, je n’ai jamais vu un effet numérique aussi moche que ce pauvre loup que j’ai tout d’abord pris pour une hyène totalement ratée.

Il faut bien avouer que l’on ne va pas toujours au cinéma que par passion cinéphilique. On peut y trouver parfois un plaisir des sens plus trivial, et pas toujours dans les chefs-d’œuvre. Si comme vous l’avez compris je suis quelque peu réservé sur la valeur de 300 (pour avoir un avis bien différent je vous conseille un petit tour chez l’ami Mérovingien, grand amateur de cinéma et... de muscles mâles), en revanche pour le matage c’est parfait, pectoraux et tablettes de chocolat de rêve… et les petits slips en cuir ne sont pas mal non plus. Je retiens particulièrement le fils du capitaine. En plus, le film ne semble attirer que des mecs. Dans le cinéma des Champs où je l’ai vu, j'étais cerné par les choupinets !!! Un peu de vocabulaire : « Choupinet » est un terme largement utilisé dans la pédéblogosphère qui définit un garçon consommable dont il est prudent et élégant de ne pas énoncer les âges limites définissant l’espèce, d’une part pour ne pas avoir d’ennuis avec les autorités pour la limite basse et d’autre part, en ce qui concerne la limite haute, pour ne pas vexer de nombreuses créatures qui s’imaginent encore désirables alors qu’elles ont largement atteint la date de péremption dans leur catégorie.

Or donc, pour changer des musculeux spartiates, je suis allez découvrir L'Éveil de Maximo Oliveros dont vous pouvez lire sur le site tout le bien que j’en pense. Une fois la lumière revenue dans la salle, l’éternelle minuscule salle du MK2 Beaubourg où sont relégués le peu de films gays qui sortent sur nos écrans parisiens, je me suis aperçu que la poignée de spectateurs qui se dirigeaient avec célérité vers la sortie semblait composée de vétérans des trottoirs de Manille qui réussissaient à avoir la mine à la fois butée et chafouine... Puis ensuite, j’ai jeté mon dévolu surHellphone, dans un cinéma presque vide, au départ donc surtout pour me repaître de beautés adolescentes, déjà sur ce plan-là je n'ai pas été déçu : Vladimir Consigny, ouuuuiiiiii, avec son immanquable strip-tease intégral, vu que de dos malheureusement.

 

Mais surtout je suis tombé sur une petite merveille de cinéma barge, un Atomik Circus sexy, bien filmé et superbement cadré : la scène des catacombes, le bureau du directeur... avec plein de petites trouvailles à chaque scène dans les coins du cadre (encore un DVD à acheter pour faire des arrêts sur image), des répliques qui ne sont pas loin de celles d'Audiard sénior. Le seul reproche que l’on peut faire à ce film c'est que cela va trop vite, que les gags n'ont pas le temps de s'installer et qu'un bon mot chasse le précédent trop rapidement. Un comble pour le cinéma français : un film qui a trop d'invention ! Si on aime les belles voitures et les clins d'œil au cinéma, on n'est pas malheureux non plus en sortant. Le film français le plus réjouissant depuis longtemps.

On peut penser que James Huth, qui nous avait déjà réjoui avec Sérial Lover, n’est pas insensible à la beauté adolescente pas plus qu’à celle des femmes mûres, ce n’est pas moi qui lui jetterait la pierre devant l’éclectisme de ses goûts sachant comme je le dis souvent que même à voile et à vapeur on tombe en panne souvent et qu’il faut toujours ramer.

En ces temps d’élections, il est bien difficile d’échapper à la chose, même pour quelqu’un comme moi qui ne se passionne pas pour cette compétition provinciale qui tient tout de même plus de la désignation de l’édile de Saint-Gondulphe-sur-Divette que du choix d’un futur maître du monde. Néanmoins mon ami, peut-être avec l’intention de réveiller une vieille passion politique, m’a incité à aller voir un site où il est possible de mesurer sa proximité culturelle avec le futur impétrant, à l’heure où je pianote, encore putatif, de la République. Je conseillerais toutefois ce divertissement, seulement les élections passées, sous peine, chers lecteurs, d’être soupçonné de vous inciter à l’abstention et même à l’émigration devant l’inanité du choix proposé découlant des discours, communiqués, déclarations et autres interviews des prétendants sur leurs livres, films et revues préférées lorsque vous considérerez le piteux viatique culturel de notre futur prince qui, malheureusement, ne peut sortir que de cette peu reluisante brochette. Ce triste constat me fait revenir à ma première hargne. Comment en vouloir à nos piteux critiques de cinéma devant la minceur de leur bagage alors que ceux qui aspirent à nous gouverner ont de si pauvres références ? Conseillons à tous la devise de Kant : « Oser le savoir. »

Demain sera un autre jour et les ornithorynques seront toujours aussi facétieux...


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Jaque Catelain

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Né Jacques Maxime Guérin le 9 février 1897, le beau ténébreux du cinéma français balbutiant a de lointaines origines russes et du sang suédois par sa mère. Sa première jeunesse se déroule dans un grand château en Flandres, c’est un petit garçon très sensible, artiste dans l’âme, qui pleure devant les tableaux de Memling au musée de Bruges. Il n’a que neuf ans! C'est un rêveur solitaire à l'imagination débordante, qui brûle d'envie d'exprimer tout ce qu'il ressent. Son père le laisse libre de se consacrer au dessin, à la peinture (il entre en 1913 à l'Académie Julian), à la musique - celle de Wagner le transporte. Puis c’est Nijinski qui le subjugue, au point que ses parents doivent s'opposer à une vocation subite de danseur. Lorsque la guerre éclate en 1914, "l'art semble mort pour chacun [...], toute ambition personnelle apparaît sacrilège, tout effort superflu." Les événements tragiques l’inquiètent et le déstabilisent… En 1915, il tâte de l’art dramatique au Conservatoire dans la classe de Paul Mounet, avant de s'engager en 1916 et de partir pour le front dans l’artillerie lourde. Réformé temporairement, il fait en 1917 la rencontre de sa vie : celle du cinéaste-esthète Marcel L'Herbier, qui lui communique sa passion et noue avec lui de profonds liens d'affection... pour ne pas dire davantage.




Le public découvre Jaque-Catelain. Il incarne le prince charmant dont rêve, entre autres, les demoiselles et les dames. "Veston noir, faux col jaune, chemise ocre, visage entièrement badigeonné de fond de teint rosé… Il est tellement joli malgré tout ce maquillage… Séduire? Catelain n’a vraiment aucun mérite à cela : la nature lui a donné en cadeau de grands yeux marrons, un nez idéalement fin …une grâce de mouvement incomparable… Il n’a qu’à paraître, sourire et ramasser les cœurs foudroyés…" peut-on lire dansCiné-miroir. En 1918, ce jeune homme de vingt ans entend ne pas se contenter d’être beau et de paraître, il veut prouver qu'il a surtout du talent : "devant l’appareil qui vous imprime tout vif, il ne s’agit pas de devenir, il s’agit d’être… Le charme d’un artiste, son action sur le public ne dépendent pas de la joliesse physique, mais du rayonnement de sa personnalité."

"Les initiés, seuls, savent ce qu'il faut vaincre lorsque, dans la chaleur de l'été ou du studio, l'émotion du site ou le bruit infernal des machines, la peur de se trahir soi-même... On se retrouve finalement aux prises avec la réalité brutale de la réalisation, face à face avec cet ennemi perspicace et exigeant : l'objectif ! Vous voici devant l'appareil, vous commencez à jouer et ce qu'il vous faut vaincre alors, c'est votre désir de jouer [...]. Quand on a dévêtu ce goût gênant de remplacer, par certaines conventions arrêtées d’avance par la réflexion, la manifestion mobile de soi-même, une nouvelle épreuve vient chaque fois effrayer l'interprète cinématographique : celle de savoir proposer à l’impressionnabilité de la pellicule une vie profonde, une vie essentielle : la vie de toute son âme."

Las d'être confiné aux rôles de séducteur mièvres, il passe à la réalisation pour deux films au titre évocateur, Le Marchand de plaisirs (en 1923) et La Galerie des monstres (1924), où, se réservant le premier rôle masculin, il s'emploie à casser son image trop lisse, s’affublant de haillons ou en enfilant un déguisement de clown… "Suis-je Don Juan ? Je ne le sais pas… mais il m’arrive de me suggestionner au point de vivre passionnément la vie de celui que j’incarne et cela non seulement sur le studio mais aussi au dehors." Officiellement marié en 1932 à une jeune femme gravitant dans l'entourage de... L'Herbier mais fréquentant un cercle d'amis ne faisant guère mystère de leur goûts homosexuels, il cultivera jusqu'à sa mort, en 1965, une grande discrétion quant à sa vie privée, aimant à dire, très élégamment, que "sa propre vie est un film que l'on doit être seul à regarder."

En 1933, il s'installe au États-Unis en tant qu'envoyé spécial du quotidien Le Journal, pour lequel il rédige une série de reportages sur les grandes vedettes disparues de l'écran. L'année suivante, Marcel L’Herbier lui demande de jouer dans Le Bonheur (1935). Il s'éloigne des écrans, où son "personnage mélancolique, romantique", son physique d'éphèbe, aux traits fins" n'est plus de mise face aux jeunes loups qui ont pris la relève. Il se tourne vers le théâtre, le doublage (notamment pendant la seconde guerre mondiale, où il vit sur le continent américain), tout en faisant quelques apparitions, à l'écran puis à la télévision, dans des rôles souvent très modestes, notamment chez Renoir (French CancanElena et les hommesLe Testament du Docteur Cordelier) ou le fidèle L'Herbier (Les derniers jours de Pompéi), auquel il consacre un livre honoré du Prix Canudo,Jaque-Catelain présente Marcel L'Herbier (1950).

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Aux sources de LA CORDE (THE ROPE), le film d'Alfred Hitchcock

Publié le par lesdiagonalesdutemps




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Le célèbre film d’Alfred Hitchcock a pour origine un fait divers particulièrement sordide dont deux gays furent les tristes héros.

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Nathan Leopold

Nathan Leopold est né le 19 novembre 1904 et mort en 1971. Richard A. Loeb et Nathan Freudenthal Leopold, Jr., généralement connus sous le nom de Leopold et Loeb, étaient deux étudiants aisés de l'université de Chicago qui ont assassiné en 1924 un garçon de 14 ans. Leur crime, immédiatement très médiatisé, était en grande partie motivé par un besoin apparent que le duo avait de se prouver que leurs intellects élevés les rendaient capables de commettre un crime parfait. Leur crime a eu également un rôle dans l'histoire de l’imaginaire et de la justice américaine. Il est à l’origine de la modification de l’application de la peine capitale aux USA. Léopold était âgé de 19 ans au moment du meurtre, et Loeb de 18 ans. En 1924, ils étaient considérés comme mineurs et à l’époque, dans la plupart des états, la peine de mort ne pouvait leur être appliquée.
Les deux garçons étaient persuadés d’être des surhommes, influencés par leur lecture de Nietzsche. Il est indéniable que les deux amis étaient exceptionnellement intelligents. Leopold avait déjà accompli un beau parcours à l'université et allait à l'école de droit à l'université de Chicago. Il parlait cinq langues et était déjà un expert en ornithologie, alors que Loeb était le plus jeune étudiant dans l'histoire de l'université du Michigan. Leopold projetait d’intégrer l'école de droit de Harvard en septembre, après un voyage en Europe. Loeb, quant à lui, devait entrer à l'université de droit de Chicago.
Leopold et Loeb vivaient à Chicago dans le quartier de Kenwood, peuplé principalement par des Juifs aisés. Le père de Loeb, Albert, a commencé sa carrière en tant qu'avocat puis est devenu le vice-président d’un grand cabinet. Il possédait un manoir impressionnant dans Kenwood, à deux blocs de la maison de Leopold. La famille de Loeb avait également un domaine d'été à Charlevoix dans le Michigan.
La paire d’amis avait, avant le crime, commis quelques petits larcins pour démontrer que leur intelligence les rendait invincibles. Le mercredi 21 mai 1924, ils ont mis en branle leur plan machiavélique en attirant un jeune voisin par un leurre. Dans une voiture de location, Loeb a frappé le garçon le premier avec un burin. Puis Leopold et Loeb l’ont étouffé. Ils ont ensuite caché le corps sous un petit pont d’une voie de chemin de fer de la banlieue de Chicago. Ils avaient au préalable brûlé le corps avec de l'acide pour rendre l'identification plus difficile.
Ils ont voulu faire croire à un kidnapping en demandant 10 000 $ de rançon aux parents du garçon ; la famille de la victime avait assez d'argent pour que cette somme soit plausible. Mais avant que ceux-ci aient pu payer la rançon, le corps avait été retrouvé ! Les enquêteurs virent immédiatement que le crime ne pouvait découler seulement d’un kidnapping, puisqu'il n'y aurait eu aucune raison pour qu'un kidnappeur tue le garçon. Les policiers découvrirent près du corps une paire de lunettes qui, par la suite, s’est avérée appartenir à Nathan Leopold. Ils trouvèrent que la demande de rançon avait été dactylographiée sur une machine à écrire que Leopold avait utilisée avec son groupe d'étude de son école de droit. La police interrogea Leopold et Loeb sur leurs alibis. Ils se décomposèrent et chacun admis sa participation au crime. Bien que leurs confessions s'accordent au sujet de la plupart des faits principaux, chacun accusa l'autre d’avoir tué de ses mains la victime.

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Ils avaient passé des mois à préméditer le crime, réfléchissant à la meilleure manière d'obtenir l'argent de la rançon sans être démasqués. Ils avaient pensé que le corps serait découvert longtemps après qu’ils aient touché la rançon. Mais l’argent n'était pas leur but principal, leur famille leur donnant tout l'argent dont ils avaient besoin. En fait, ils ont admis avoir été conduits au meurtre par désir de puissance et par l’excitation que l’acte de tuer devait leur produire.
Comme satisfaits de leur soudaine notoriété, ils régalèrent les journalistes à plusieurs reprises avec des détails sinistres du crime.
Le meurtre atteignit bientôt une “célébrité” mondiale. Une partie de la fascination qu’il provoqua était causée par le fait qu’il était perçu comme crime “juif”. En 1924, Chicago était principalement peuplé par des émigrants de fraîche date ou des enfants d’immigrés. La politique locale se basait beaucoup sur les étiquettes ethniques. Paradoxalement, ni l'un ni l'autre des meurtriers n'étaient juifs, leurs mères ne l'étant pas... Si le père de Loeb était bien juif, son fils était un catholique pratiquant. La famille de Leopold, bien qu'éthniquement juive, s'était convertie au christianisme.
Leopold et Loeb admirent sous la pression avoir eu entre eux un rapport sexuel, ce qui à l’époque, pour beaucoup, augmentait considérablement l’aspect sinistre de leur forfait.
Le procès était déjà présenté par les médias comme un spectacle et le procès du siècle.

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Clarence Darrow en 1925

La famille de Loeb chargea Clarence Darrow, célèbre avocat, âgé alors de 67 ans de la défense des deux garçons. Darrow augmenta encore sa célébrité l’année suivante pour avoir représenté John Thomas Scopes dans le fameux « procès du singe » face au célèbre procureur William Jennings Bryan. Il y défendit les thèses évolutionnistes avec succès contre les créationnistes. Il reste connu pour son esprit, sa compassion et son agnosticisme qui ont fait de lui l'un des plus célèbres avocats américains.

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Clarence Darrow et Loeb

Tandis que tous les médias s'attendaient à ce qu'ils plaident non coupable, pour cause de folie, Darrow étonna en demandant à ses clients de plaider coupable. Désamorçant ainsi l’explosion de haine qu’aurait provoqué la non reconnaissance de leur faute par les deux jeunes hommes.
Darrow plaida durant douze heures. Il a ensuite dit que c’était la meilleure plaidoirie de sa carrière. On peut penser que Darrow a accepté de défendre les deux criminels parce qu’il savait que son discours serait imprimé dans de nombreux journaux de par le monde et que cela allait lui offrir une tribune extraordinaire pour plaider l’abolition de la peine de mort, donnant une publicité inespérée à sa thèse comme quoi il ne fallait pas exécuter des meurtriers qui se repentaient de leurs crimes.

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Darrow lors du procès

En fin de compte, la stratégie de Darrow réussit. Le juge condamna Leopold et Loeb à la prison à vie pour le meurtre et à 99 ans chacun pour le kidnapping. Dans la prison de l’état de l'Illinois, Leopold et Loeb utilisèrent leur instruction pour la bonne cause en devenant professeurs dans l'école de leur prison. En 1944, Leopold a participé à une étude sur la malaria dans la prison de Stateville où il s’est porté volontaire pour se faire inoculer la maladie.

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Darrow et les accusés

Au début de 1958, après 33 ans en prison, Leopold obtint une libération conditionnelle. Libre, il a écrit son autobiographie qu’il a intitulé La vie plus quatre-vingt-dix neuf ans. Il se fixa à Porto Rico pour éviter l'attention des médias. Il y a enseigné les mathématiques et a travaillé dans les hôpitaux et dans les missions catholiques. Il a aussi écrit un livre qui fait autorité sur les oiseaux de l’île. Dans une interview en 1960, il déclara qu’il était toujours profondément amoureux de Richard Loeb. En dépit de cela, il se maria avec une veuve de son âge. Il est mort d'une crise cardiaque le 30 août 1971 à l'âge de 66 ans. Le matin suivant, ses cornées ont été enlevées. Une a été donnée à un homme, l’autre à une femme...
Richard Loeb fut moins ”chanceux”. Il a été assassiné par un codétenu, en 1936, à l'âge de 30 ans. En janvier 1936, Loeb a été attaqué par James Day, un de ses codétenus, dans les douches de la prison, il était armé d’un rasoir. Day lui infligea de nombreuses blessures qui entraînèrent sa mort peu après. Leopold se précipita à l'hôpital de la prison pour être au chevet de son vieil ami pendant son agonie. James Day argua que Loeb avait essayé de l’assaillir sexuellement et qu’il n’avait fait que se défendre. Les autorités pénitentiaires acceptèrent cette version. Day a été acquitté par un jury... 
L'histoire de Leopold et de Loeb s’est enracinée dans la culture populaire. Le crime a donc inspiré le film The Rope (La Corde, 1948) d'Alfred Hitchcock qui en a complètement gommé la judéité de l’histoire, se focalisant sur le complexe de supériorité des deux garçons. Hitchcock a très habilement suggéré l’homosexualité des deux personnages, renforcée par le fait que la victime a l’âge de ses assassins. On peut supputer entre ces jeunes gens rivalités et jalousies sexuelles... Une vision du crime que résume parfaitement Bill Krohn dans son petit livre sur Hitchcock (éditions Cahier du cinéma) : « La troisième absence qui structure La Corde, sans cesse signalée sans être jamais mentionnée, comme la guerre dans L'Ombre d'un doute, est l'homosexualité refoulée. Elle est le mobile du crime, subrogation de l'acte sexuel, bien qu'eux le considère comme une œuvre d'art, puisque commis sans raison. » Contrairement à un premier montage où l’on voyait la future victime avec sa fiancée, Hitchcock a choisit, en coupant cette scène, de ne pas montrer la physionomie du sacrifié, renforçant la possibilité d’identification du spectateur avec le malheureux.

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En 1992, Tom Kalin tourne Swoon, beaucoup plus proche de l’histoire originelle de Loeb et Leopold. Les deux assassins dans le film de Kalin sont clairement juifs et homosexuels. Le réalisateur a ancré le fait divers dans les années trente, choisissant de faire de la victime un enfant que l’on ne fait qu’apercevoir... Craig Chester, qui interprète le rôle de Leopold, apparaîtra dans plusieurs films gays et réalisera Adam et Steve...

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À la lumière du fait divers qui l’inspira, on peut lire La Corde comme une métaphore de l’avènement du nazisme et de ses conséquences. On peut voir dans le personnage interprété par James Stewart le truchement de ces penseurs, au-delà de Nietzsche, de la « Révolution conservatrice allemande » ou comme Baeumler, Spengler et Junger qui donnèrent, presque toujours à leur corps défendant et au grand désespoir des deux derniers, des fondements intellectuels et culturels au nazisme. Leurs idées ayant été déformées par Rosenberg « le penseur » du régime nazi.

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Petit jour, un Jacques Brel inédit?

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


C'est un court métrage métrage entre manifeste pour la nouvelle vague et clip avant l'heure pour deux des plus belles chansons de Jacques Brel dont c'est les premiers pas de comédien, d'un certain Jacques Pierre dont je n'ai jamais entendu parler Je l'ai découvert sur la toile soyez vigilant quant aux figurants. J'y ai reconnu Jacques Charrier, Jean Luc Godard, Anna Karina, Lino Ventura et peut être Roger Hanin et Yves Robert... mais il y en a bien d'autres si vous les trouvez dites le moi.

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Je n'ai pas oublié Pierre Clémenti

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Je n'ai pas oublié Pierre Clémenti, en cette fin des années 60 lorsqu'il apparu sur les écrans, je crois me souvenir que je l'ai découvert  dans Benjamin ou les mémoire d'un puceau film de Michel Deville, un cinéaste qu'il serait bon de tirer de l'oubli dans lequel il glisse, très osé pour l'époque, il s'est imposé à mes fantasme comme le jeune homme idéal. Ensuite, je n'ai eu de cesse de revoir son image, à défaut de le rencontrer. Je traquais chacune de ses apparition dans la presse et sur les écran. C'est lui qui me conduisit à voir "La porcherie" (Porcile) de Pasolini. Ce que je n'ai pas eu à regretter. Même si je me souviens n'être guère sorti enthousiasmé de cette histoire d'homme transformé en cochon. Il a titillé mon imagination dans Belle de jour en client pervers de Deneuve qui se prostitue par désoeuvrement. J'aurais bien aimé être à la place de Deneuve... Il est parti faire carrière en Italie où il a tourné dans quelques films, il apparait dans "Le guépard" de Visconti, au coté de Marc Porel autre merveille calciné par la drogue, mais il y a très vite été emprisonné pour une sombre histoire de drogue. Ce qui avait provoqué un peu d'émoi alors dans les milieux du cinéma. Et puis peu à peu on l'oublia. C'est presque avec effroi qu'il y a quelques années j'ai vu une image de ce qu'il était devenu; on y voyait la physionomie d'un homme qui s'était acharné à détruire sa beauté, peu être parce qu'il avait pris ce beau masque en haine... Peu de temps après que j'ai vu cette photo de lui, où il ressemblait à un Antonin Arthau chauve, à l'occasion d'un travail sur le cinéma expérimental, j'appris qu'il était également cinéaste, il est mort... 











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