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136 articles avec humeurs cinematographiques

Gomorra de Matteo Garrone

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Tout comme dans le film de Mike Leigh, “Be happy”, on a beaucoup de mal à se persuader que les hommes que l’on voit sur l’écran soient des acteurs et non des membres de la Camorra napolitaine tant ils sont les personnages. Dans une excellente interview, au non moins excellent “Positif”, Matteo Garrone précise que la plupart de ses acteurs viennent du théâtre mais que certains ont fait leurs premiers pas sur les planches en prison, dans le cadre des ateliers théâtre que l’on propose aux détenus.
Ils ne ressemblent pas à des acteurs. Habituellement les acteurs sont beaux, c’est ainsi que nous les voyons, abreuvé que nous sommes de films et de séries américaines, où même les plus laids sont beaux à leur manière. Serge Daney synthétise très bien, en quelques phrases dans l’entretien qu’il a avec Régis Debray dans itinéraire d’un ciné-fils (jean michel place éditeur), le rapport qui s’est tissé entre le spectateur français et l’acteur américain (ces deux derniers mots forment déjà pour beaucoup une tautologie): << On nous a présenté à nous enfants, pas encore cinéphiles, mais enfants des cinémas, des monstres pour s’identifier. Je ne parle pas des auteurs, je parle des acteurs: c’est bien plus intéressant. Avoir dix ans et dire: << Ah! Michel Simon, c’est un grand acteur! >>, ça va pas la tête! Avoir dix ans c’est dire: << Qu’est ce que j’aimerais ressembler à James Stewart! Lui aussi il est grand et maigre, mais il sait se servir de ses poings, contrairement à moi, et en plus il sait danser, donc il est mieux que moi en tout...>>.
Les acteur de “Gomorra” ne sont donc pas beaux, à l’exception d’un cas dont je parlerai ultérieurement, mais il ne sont pas non plus archétypales de leur rôle. Le cinéma français s’il se méfie depuis toujours de la beauté des acteurs, il est très difficile d’y faire carrière si l’on possède un beau profil, a fait de l’archétype un des ressorts de ses fictions, même si cette ficelle est plus ténue aujourd’hui que dans le cinéma pré nouvelle vague. Lorsque nos parents voyaient apparaître sur l’écran de la séance du samedi soir, Pauline Carton, ils savaient que c’était la concierge, Raymond Bussière, le prolétaire à qui on ne la faisait pas, Jean Parédes, l’histrion, Henri Crémieux le boutiquier propret... ( ceux que le sujet intéresse doivent se précipiter sur le merveilleux ouvrage d’Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir & blanc, 250 acteurs français 1930-1960, Flammarion éditeur ).
Rien de tel dans Gomorra où les maffieux ne ressemblent en rien à ce que nous a habitué le cinéma américain, grand prescripteur d’archétype pour nos imaginaires. Ce décalage est d’autant plus flagrant que le film commence par une scène quasiment obligée dans ce genre, le cinéma de maffia est un genre à part entière, le massacre chez le barbier, séquence que l’on voit par exemple dans Le  parrain de Coppola et dans un des premiers épisodes, “un fauteuil vide” de la fameuse série “Les incorruptibles” qui, bonne nouvelle, vient d’être édité dans une copie superbe en dvd.
Comment imaginer que ces beaufs au petit bedon accoutrés de marcel voyant faussement américain et de short fluo duquel émerge des jambes grêles et que l’on imaginerait aisément sur une plage populaire, sous un parasol, au coté de la mama qui insensiblement devient mémère , puissent instantanément se transformer en tueurs sanguinaires.
Si je vous ai parlé des corps, sans même aborder ce que le film raconte c’est que peu sont aussi incarné que Gomorra dont le scénario, véritable tour de force puisqu’il est tiré d’une enquête journalistique qui devint un immense succès de librairie en Italie, est le subtile tricotage de cinq histoires qui couvrent à la fois le champ de tous les âges de la vie et de toutes les activités dans lesquelles prospère la maffia napolitaine.

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Il y a toto un ange de treize ans dont le rêve est de rentrer dans le clan de sa zone. Il y a don Ciro (Gianfelice Imparato) le comptable payeur de l’organisation qui amène rituellement les maigres subsides dont les familles dépendent. Il y a Servillo celui qui traite tous les déchets surtout les plus toxiques. Il y a Pasquale (Salvatore Cantalupo) le tailleur chef d’un atelier clandestin de confection et enfin Mario et Ciro, deux jeunes chiens fous qui se rebellent contre le parrain local. Tous ces personnages nous en fait découvrir une foule d’autres dont la vie est entièrement aux mains de la camorra. 
Avec Gomorra et ses trognes, j’ai retrouvé un plaisir oublié de mes jeunes années, celui que j’avais à voir les films de Fellini et a y débusquer au fond d’un plan une de ces trombines dévastées dont la présence était l’une des signatures du maître. Mon admiration pour le cinéaste s’est trouvée un peu amoindrie dès ma première visite à Naples car lors de mes déambulations dans la ville je me suis aperçu qu’il n’était pas rare d’y croiser des monstres felliniens. Et voici qu’à nouveau, après bien des années ces silhouettes mafflues me font signe...
Et soudain dans cet océan de gueules tuméfiées apparaît un profil d’une pureté absolue, celui de Toto, qui illumine l’écran, comme Giton le faisait dans le satyricon de Fellini. Mais ce garçon va faire bientôt se serrer nos cœur d’artichaut de spectateur lorsque l’on apprend que son désir le plus cher est de rentrer dans l’organisation. Le beau Toto m’a fait repenser au candide et souriant Beppo dont j’ai fait de nombreuses photos en 1985 dans cette même ville. Qu’est il devenu... Je m’interroge souvent sur le devenir de ces garçons dont j’ai fixé une infime fraction de vie lorsqu’ils étaient à l’apogée de leur beauté...

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Avant ce “Gomorra” inoubliable je ne connaissais Matteo Garrone que par son seul film distribué en France, “L’étrange Monsieur Peppino” bien différent dont je ne tarderais pas à vous parler car il a sa place dans ma cinéphagie gay.
Ce n’est pas à Fellini que fait penser Gomorra mais à un autre grand cinéaste italien, Francesco Rosi. D’ailleurs la filiation entre les deux cinéaste s’inscrit sur l’écran. Dans son “journal napolitain, Francisco Rosi, survole le quartier de Chiaiano avec ces grands immeubles en terrasse où quinze ans plus tard Matteo Garrone a tourné une grande partie de son film.   

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Valse avec Bachir

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Lorsque après la projection de "Valse avec Bachir" la lumière s'est rallumée, au milieu du générique de fin, tous les spectateurs sont restés silencieux et immobiles, figés dans leur fauteuil d'une des petites salles du multiplex parisien de la Grand Bibliothèque...
Que dire, pour n'être pas redondant avec la grande et petite presse sans oublier les blogs, de ce magnifique film, largement commenté par ailleurs lors de son passage au Festival de Cannes où inexplicablement il ne fut pas primé. Peu de choses, cinématographiquement sinon d'abord qu'il démontre que le dessin animé n'est pas réservé aux distractions enfantines pas plus qu'aux peurs adolescentes et qu'il peut être un véhicule idéale à l'introspection, comme aux grandes fresques guerrières. Cela avait déjà été patent avec "Jin roh", "Le tombeau des lucioles" et "Zipang" par exemple; mais comme ces productions venaient du Japon, elles n'ont pas été traité avec le sérieux qu'elles méritaient.
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Pour ma part, malgré l'indéniable efficacité du procédé, je regrette que le cinéaste ait cru bon, à la toute fin du film, de substituer les dessins par de vraies prises de vues, en l'occurence celles des camps palestiniens détruits jonchés de cadavres. Cette réserve n'est pas dictée par une quelconque raison morale mais par une éthique technique. Je trouve dommage que le réalisateur n'est pas eu confiance jusqu'au bout dans le médium qu'il avait choisi.
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Je n'ai pas lu, ce qui pourtant me sauta aux yeux rapidement, la reconnaissance de la dette du film envers "Shoa" de Lanzmann, même quête d'une vérité mouvante et angoissante par le biais d'interviews, même si dans le cas de "Valse avec Bachir", contrairement à Shoa l'interviewer est un personnage à part entière, s'inscrivant dans ce que l'on peut imaginer comme une fiction ou tout du moins comme une auto fiction.
Je n'ai noté aucune mention non plus, sur l'érotisme de deux séquences du film. La première d'essence hétérosexuelle dans laquelle le héros malade sur le bateau qui le conduit vers le théâtre des opérations militaires, s'évade en pensée du pont du navire sur lequel il est affalé pour aller se réfugier dans le giron plantureux d'une naiade faisant la planche sur une mer de vacances. Là encore on voit quel avantage procure le dessin sur les prises de vues réelles pour les scènes oniriques. N'est pas Fellini qui veut, cette séquence rappelant beaucoup les merveilleux rêves filmés du maestro. La seconde, elle se réfère à une libido homosexuelle que l'on est surprit de voir surgir. Il s'agit du débarquement de trois jeunes soldats nus sur une plage libanaise dont les silhouettes graciles se détachent avec grâce sur une nuit d'été.
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Le temps de latence créé par la stupeur du public m'a permis de me remémorer mes sentiments de l'époque sur ce massacre, largement partagés par ceux que je cotoyais alors, d'abord une relative indifférence, puis une approbation muette. Il faudrait se souvenir qu'à cette période une large partie de l'opinion française, considérait Israel et ses affidés chrétiens libanais  comme les sentinelles de l'occident au Moyen Orient. Alors que le vent a tourné dans la population française (l'origine d'une partie de sa composition n'est peut être pas étrangère à cela) je n'ai pas changé d'opinion sur le sujet.
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On peut mesurer à la lecture de la presse d'aujourd'hui combien on est loin de la ferveur que la France a connu pour la défense d'Israel lors de la guerre de 1967, moi même (nourri des livres de Joseph Kessel et de Michel de Saint-Pierre) et nombreux de mes camarades étaient navrés d'être trop jeunes pour s'engager dans ce combat...
"Valse avec Bachir" est le film le plus ambitieux et le plus intelligent de l'année qui fera naitre chez tous ses spectateurs entre autres une réflexion profonde sur l'art cinématographique comme sur la situation et l'histoire du Moyen Orient et plus largement sur l'absurdité, inhérente à l'homme, de la guerre.

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Oorlogswinter (War Winter) de Martin koolhoven

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le film est situé au nord de la Hollande, plus précisément dans une petite ville de la Veluwe, durant l'hiver 44 - 45, qui fut surnommé aux Pays-Bas, l’hiver de la faim ("Pour un soldat perdu" se déroule, non loin de là, durant cette même période). Cet hiver là il y eut beaucoup de neige. Michiel van Beusekom, (Martijn Lake Meier) le héros du film est un garçon de 14 ans. Il est le fils de Johan, le maire du village (Raymond Thiry), qui tente de faire coexister diplomatiquement ses concitoyens avec les Allemands pour essayer de limiter la misère, la faim dans son bourg... Dirk le frère aîné du meilleur ami de Michiel fait confiance au garçon et lui confie une lettre à apporter à Bertus, le maréchal ferrant du village, s’il ne revient pas d’une attaque contre un dépôt d’armes. Dirk est arrêté. Bertus est tué. Désemparé, Michiel ouvre la lettre. Elle contient les indications d’un emplacement dans la forêt. Michiel y découvre un aviateur anglais (Jamie Campbell Bower), dont au début du film on avait vu l’avion se faire abattre. Le fugitif est tapi, blessé, dans un abris de fortune creusé par les résistants. L’aviateur est presque encore un adolescent. Michiel qui rêvait de rentrer dans la résistance, décide de l’aider en cachette de son père et au risque de sa vie et de celle des membres de sa famille... La présence du soldat britannique va provoquer une suite de drames...
Martin koolhoven encore jeune cinéaste à la pourtant filmographie copieuse, il est né en 1969, a réalisé ce film en 2008. “Oorlogswinter” est l’adaptation du livre éponyme, célèbre aux Pays-Bas, de Jan Terlouw.
On a un peu peur durant la première demi-heure d’être devant un film édifiant pour adolescents à la gloire d’un jeune héros de la résistance néerlandaise; puis le spectateur après ce début trop sage, voit à la fois l’action s’intensifier et surtout les personnages se complexifier rendant bien le flou de certains engagements, la traîtrise de ceux que l’on imaginait nobles, le courage jusque là insoupçonné d’autres. Oorlogswinter devient un film passionnant.

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Le cinéaste fait tout sont film sur les frontières, frontière entre le courage et la lâcheté, frontière entre l’engagement et de la neutralité, frontière enfin entre l’enfance et l’âge adulte. Cette dernière est illustrée par la magnifique séquence de fin dans laquelle ont voit Michiel, le jour de la libération, mûrit, assis au bureau de son père, refusant de se mêler à la liesse générale. Mais son meilleur copain l’appelle. Michiel à contre cœur le rejoint et pour lui faire plaisir joue avec lui. Petit à petit un sourire se dessine sur sa figure, Michiel rajeunit, redevenient le garçon insouciant, ne serait-ce qu’un instant, qu’il était au début du film.

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L’image est soignée. Les tons froids dominent. Les mouvements de caméra sont judicieux et fluides. Le directeur de la photo alterne bien les plans larges, belles images de forêt enneigée avec des gros plans sur le visage de qui respire l’intelligence. Sa belle figure fait penser à celle du jeune héros de “Pour un soldat perdu” mais dans Oorlogswinter si l’ ambiguité est très présente, comme dans “Black book” et “Soldier of Orange”, auxquels on pense beaucoup pour le désenchantement du héros, elle n’est pas sexuelle, c’est de la soeur de Michiel que le jeune aviateur est amoureux.


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Martijn Lake Meier dans le rôle de Michiel est excellent comme toute la distribution.
Le film, avec un budget de 4 millions d'euros,a été tourné en partie en Lituanie en raison des nombreuses scènes dans la neige.
La musique très belle de Pino Donaggio est tout de même un peu trop présente...
Du même livre a été tiré une série télévisée qui du 2 Octobre au 25 Décembre 1975 a été diffusée en Hollande par la VARA. Elle était réalisée par Aart Staartjes avec Paul Rottger dans le rôle de Michiel et Peter Winter dans le rôle de Jack le parachutiste. La série a eu alors beaucoup de succès.


Le film est sorti sur les écrans belges en décembre dernier. Il existe en dvd en Hollande et belgique avec des sous-titres en français pour les non néerlandophones. Il existe même une édition spéciale avec 2 dvd et un CD.
Oorlogswinter est un beau film à ranger dans sa vidéothèque aux coté de "Black book”, “Soldier of Orange" et "pour un soldat perdu" quatre grands films aux histoires fortes et singulières qui ont su restituer la tragédie de la Hollande durant la dernière guerre.


P.S: Merci à Alain M. de m'avoir fait découvrir ce film .
Trailer Oorlogswinter


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Etreintes brisées d'Almodovar

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

En général avant d’aller voir un film, surtout lorsqu’il s’agit du énième opus d’un réalisateur confirmé dont j’ai vu tous les les films ou la plupart d’entre eux, j’évite le plus possible de lire ou entendre les critiques à son propos (même dans mon cher Positif). Mais en ce qui concerne la dernière création d’Almodovar, je n’ai pu, malgré mes efforts, échapper aux flatulences cannoise. Elles m’ont encore paru encore plus nauséabondes après avoir vu le film qui se classera sans mal au moment du bilan cinématographique de fin d’année, parmi les meilleurs de l’année, sinon le meilleur principalement en raison de l’horlogerie d’une diabolique habileté de son scénario, inexplicablement non primé au Festival de Cannes. Je n’arrive pas à comprendre comment les critiques français, mais c’est encore pire en Espagne, peuvent faire la fine bouche devant un tel film qui n’a quasiment pas d’équivalent en ce qui concerne la qualité dans la production française. On peut lire sur le blog du cinéaste l’ écho de la polémique qui s’est installé entre Almodovar et la critique cinématographique de son pays sur l’accueil fait à “Etreinte brisée”.
Ce qui est remarquable dans “Etreinte brisée” c’est que l’ intelligence du scénario ne bride en rien l’émotion. Penelope Cruz est extraordinaire dans un personnage complexe qui est en définitive assez peu sympathique. Lluis Homar qui interprète une sorte de double du réalisateur est également remarquable comme il l’était déjà dans le rôle du curé dans “La mauvaise éducation”. Dans ce dernier film, Almodovar réussit encore mieux qu’à son habitude, à la fin du film à dénouer les fils des multiples intrigues qu’il a tricotées avec habileté. C’est ce qui fait le jubilatoire plaisir de ce scénario qui oscille entre mélodrame et comédie avec cette fois plus de noir que de rose.
Etreintes brisées devrait combler les attentes des spectateurs qui veulent s’émouvoir avec intelligence. De même les cinéphiles trouveront à se repaître copieusement grâce aux multiples citations qu’Almodovar fait des des cinéastes qu’il admire, Antonioni, Fellini, Woody Allen... sans oublier lui même.

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Le pensionnat

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Il y a des jours où je mesure ma chance d'habiter la région parisienne et ainsi d'avoir le privilège de pouvoir découvrir un beau film comme Le pensionnat de Songyos Sugmakanan. Il est aussi sorti dans quelques grandes villes de province. En même temps je suis inquiet qu'il ne soit à l'affiche de seulement deux salles parisiennes, alors que son statut de film de genre, le film de fantômes, et sa qualité auraient du lui permettre d'accéder à un plus large public dans un plus grand panel de salles. Mais il est vrai que le public jeune auquel il est naturellement destiné a, depuis de longues années été formaté pour ne pas dire d'écervelé par l'omniprésence des grosses machines américaines comme Les quatre fantastiques et le surfer d'argent (vous me direz que c'est tout de même mieux que Camping ou Les bronzés 3), une télévision d'un marchand de béton et une école qui ignore toujours la richesse intellectuelle du cinéma plus d'un siècle après son invention. Ainsi la curiosité cinématographique (et pas que celle là) est morte chez presque tous. Ils ne veulent pas connaître, mais reconnaître!
 
Alors qu'une telle production devrait être soutenue par ce qui reste de la critique, il n'en est rien. On reproche au film son classicisme; lire que le cinéaste connaît toute la grammaire du cinéma, même s'il est vrai qu'il abuse un peu parfois de sa virtuosité. Mais comment n'être pas émerveillé devant une telle maîtrise de son outil par le réalisateur surtout si on la compare à celle de nos cinéastes nationaux choyés par cette même critique. Sugmakanan est un metteur en scène, et ce n'est pas si fréquent, qui connaît bien les optiques. Il sait jouer des différentes profondeurs de champ de ses objectifs pour mettre l'accent sur l'étendue de son décor (comme dans les scènes du dortoir) grâce à de courtes focales. Mais le plus souvent il utilise de longues focales; ce qui lui permet d'isoler un personnage ou un objet dans son plan où il est le seul net, le reste devenant flou. Procédé qui accentue par exemple l'impression de solitude, et dans le cas présent d'angoisse, de son héros dans un environnement hostile. Le réalisateur n'utilise pas ces procédés par coquetterie mais pour augmenter le mystère de son intrigue. Il y a longtemps d'autre part que je n'avais pas vu un metteur en scène se servir aussi élégamment des ombres, ou des grilles et barreaux en contre-jour pour rythmer et découper ses plans.
On peut s' étonner, dans un film aussi soigné, des fautes de raccords qui concernent uniquement d'ailleurs les cheveux du héros qui rallongent ou raccourcissent, d'un plan à l'autre, dans une même scène. Il ne me paraissait pas absolument nécessaires, pour intérêt du film, d' infliger au malheureux garçon cette coupe militaire. Le réalisateur et sa scripte se seraient évités ainsi bien des désagréments. Ce choix assez malheureux fut pris sans doute pour renforcer l'authenticité  de l'histoire.  Je suppose que cette coiffure prussienne est obligatoire pour les collégiens thailandais... 
A ce propos, voir un film d'une cinématographie que l'on a pas l'habitude de fréquenter, nous oblige à nous poser une multitude de questions sur des détails de la vie courante des personnages, d'autant plus si nous somme pas allé dans le pays où se déroule l'action, qui sont sans doute évidents pour les autochtones de ce cinéma... Le trouble et le dépaysement est d'autant plus grand que le cinéaste a pris soin de rendre toutes datations de son histoire difficiles par la rareté des marqueurs chronologiques. Il n'y a guère que l'automobile du père, une BMW du début des années 80 et les téléviseurs qui semblent dater d'une trentaine d'années qui puissent nous donner des indications quant à l'époque. 
J'ai été surpris du mélange d'équipements et d'inconforts de la pension, comme de la sévérité de son régime allant de paire avec sur d'autres pointsun grand laxisme. Et puis quelle curieuse façon ont les garçons de se doucher (comme dans les films de Tsai Ming Liang, on se lave et on pisse beaucoup!). Des questionnements sur des petits riens qui renforcent le plaisir de voir ce film où l'on ne s'ennuie jamais. Si Le pensionnat fait penser à L'échine du diable, mais sans la complexité que donnait l'arrière plan historique à ce dernier, il renouvelle cependant le genre, à la fois par son curieux souci de rationaliser l'irrationnel et d'offrir un happy-end rarissime pour ce type de films.

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Lust caution

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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La matière romanesque de “Lust Caution” est plus épaisse que celle du “secret de Brokeback Mountain qu’Ang Lee avait étirée plus que de raison, ce qui donne un rythme languissant au film, sauvé par l’émotion, son image soignée due au même chef op,  Rodrigo Prieto  que Lust caution, et sa remarquable interprétation. Pour rester dans le registre gay avec “Un garçon d’honneur” le cinéaste en disait plus  et avec beaucoup plus de légèreté  sur la perception de l’homosexualité qu’il ne l’a fait dans son “western gay”.
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Il en va tout autrement dans son dernier film pendant lequel on ne s’ennuie pas une seconde durant les 2h 40 mn de projection. L’histoire et l’atmosphère rappellent celles des romans cruels et surannés d’ Ambler. Un groupe d’étudiants de Hong-Kong décident de tendre un traquenard pour tuer un haut dignitaire chinois, monsieur Yee qui collabore avec l’occupant japonais. Pour appâter le traître ils se servent d’une de leurs camarades, la belle Wong. Le rôle est tenu par une débutante, Tang Wei. Née en 1979, cette ex-mannequin fut finaliste du concours Miss Univers à Pékin en 2004.  Après quelques péripéties et hésitation le collabo, interprété par Leung qui semble avoir séché sur pied depuis sa dernière apparition, tombe dans le piège. Une relation sado masochiste s’engage entre les deux amants. Ce qui nous vaut des scènes de sexe torride (et parfaitement filmées), du jamais vu dans le cinéma chinois et d’un paroxysme rarement vu ailleurs... 
Lust, Caution est l'adaptation d'une nouvelle d'Eileen Chang (1920-1995), un des plus grands noms de la littérature chinoise du XXe siècle. Son oeuvre a déjà inspiré plusieurs longs métrages : “Fleurs de Shanghai” de Hou Hsiao Hsien (1998)., “Love in a Fallen City” (1984) et “Eighteen Springs” (1997) d'Ann Hui ou encore “Red Rose, White Rose” de Stanley Kwan (1994), dans lequel on retrouve déjà Joan Chen au casting. C’est le plus beau film avec “Center stage” du cinéaste de Lan Yu.

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L’argument rappelle bien sûr celui de “Black book” de Verhoeven, mais c’est aussi à deux autres films du hollandais que Lust caution fait penser d’abord à “Soldier of orange” pour cette bande de courageux mais naïf patriotes qui se dresse avec témérité contre l’occupant et à “Basic instinct”.
Lust caution est beaucoup plus noir que Black book. Les dits résistants sont assez lamentables et au final leurs sacrifices aura été inutile, quant à l’homme à abattre c’est une absolue ordure qui ferait passer l’officier ss du film du hollandais pour presque fréquentable. Pourtant l’ accorte infiltrée tombera amoureuse, ou plutôt sexuellement dépendante de lui. Aucun des personnages du film sera sauvé, peut être parce qu’il n’y en a pas un qui le méritait.
Dans l’état actuel des choses je m’explique mal comment la censure chinoise a pu laisser passer un film où tous les chinois brillent surtout par leur cynisme, sans doute parce qu’elle était obnubilée par les scènes de sexe qui sont coupées pour le public chinois.

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Le film d’Ang Lee a d’autres atouts que son scénario passionnant tout d’abord une impeccable interprétation et un montage soigné même si la construction aurait pu être simplifiée pourquoi ces retours en arrière qui n’apporte rien à la narration. Mais c’est surtout les stupéfiantes reconstitution des rue de Shanghai et d’Hong-kong qui m’ont bluffées, on est parfois dans le Lotus bleu d’Hergé. Le dossier de presse nous livre quelques secrets sur l’élaboration de ces décors, << Lust, caution a nécessité un gigantesque travail de reconstitution. Le film a été tourné dans différentes régions d'Asie (Malaisie, Hongkong, Shanghaï), pendant 118 jours. Pour le tournage en extérieurs à Shanghaï, il a fallu retirer provisoirement la climatiseurs de pas moins de 3000 habitants... Le scénariste et producteur James Schamus se souvient avec émerveillement des décors créés dans les Shanghaï Film Studios : "Vous pouviez vous tenir là et regarder jusqu'en haut d'une rue entière, puis de l'autre côté, jusqu'en bas d'une autre. L'équipe a habillé 182 devantures de magasin différentes, les a stockées, puis les a toutes vieillies pour qu'elles ne semblent pas neuves.>>.
Ces prodigieux décors semblent avoir laissé de marbre l’ensemble de la critique déjà blasé par les prouesses du numérique. Un bel hommage au cinéma classique à voir aussi pour se rappeler de David Lean.

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Adoration d'Atom Egoyan

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Atom Egoyan est un des rares cinéastes à nous concocter régulièrement des films “à idées”, à ne pas confondre avec le film à thèse. Le cinéaste ne délivre pas de réponses aux questions qu’il soulève, d’ailleurs faudrait-il encore qu’il y en ait. Je suis  toujours admiratif de ce réalisateur qui arrive à transmuter ses interrogation de plomb en or artistique. Son dernier film remue ses questionnements habituelles sur la mort, le deuil, la famille, la vérité, le mensonge, la dissimulation, l’ exhibitionnisme, la manipulation et les faux semblants. Plus prosaiquement le scénariste-réalisateur traite aussi d'un sujet comment à beaucoup de gens, en pariculier durant la période de l'adolescence, le besoin de se créer une histoire familiale différente de la réalité.
Je suis toujours surpris que les films d’Atom Egoyan d’un indéniable raffinement intellectuel et cinématographique n’ait pas plus d’échos tant cet artiste interpelle les hommes avec des problèmes qui les assaillent chaque jour dans le secret de leur cœur. Peut être parce que les objets filmiques d’Egoyan manquent un peu de chair. C’est le seul défaut que je trouverais à “Adoration” dont l’intrigue nous est délivrée, comme dans ses autres films, d’une façon sinueuse et habile, à grand renfort de flash back, de films dans le film et de points de vues croisés. A la fin de cette histoire, dans laquelle un adolescent, Simon (Devon Bostick) seize ans, imagine et propage une fiction, qu’il fait passer pour la vérité, dans laquelle son père était un terroriste ayant instrumentalisé sa femme, alors enceinte, pour faire sauter un avion en partance pour Israel, le nœud gordien familiale sera défait et si tous les protagonistes n’auront pas entièrement perdus leur part d’ombre, les masques seront néanmoins tous tombés.
Le réalisateur réussi a situer son mélodrame dans un paysage résolument moderniste dans lequel la technologie tient toute sa place. Les tensions du monde sont aussi présentes puisque la source du mensonge est donnée par les conflits du moyen orient. En outre le film est clairement post 11 septembre 2001.
Il n’est pas si fréquent de voir un film aussi intelligent et encore plus rare que son héros principal soit aussi plaisant à regarder.
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Les plages d’Agnès d'Agnes Varda

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les Plages d'Agnès

Les palmarès désignant le meilleurs films de l’année fleurissent un peu partout. La plus belle toile de ces douze derniers mois n’est pas bien loin il suffit, il en est encore temps, de se promener sur “Les plages d’Agnes”.
C’est toujours un peu intimidant d’écrire sur un chef d’oeuvre. Dans “Les plage d’Agnès”, Agnès Varda raconte sa vie en se mettant elle même en scène. Elle présente elle même sa posture ainsi: << Je joue le rôle  d’une petite vieille rondouillarde et bavarde...>>. Oh pas n’importe quelle vie, une vie d’artiste et une vie d’artiste bien remplie. Un peu comme le ferait une grand mère  à ses petits-enfants, un soir d’été, sur une de ses plages où elle a aimé, simplement, par ordre chronologique. Des plages de Belgique à celles du coté de Sète ou d’autres plus lointaines,  de Californie ou plus Atlantiques  de Noirmoutier. Il n’y a pas de gloriole, juste le désire d’être le plus près de sa vérité, << Bien sûr j’ai pensé à mes petits-enfants et aux jeunes qui m’ont découverte dans “Les glaneuses”. Est-ce qu’ils savent comment ça se déroule une vie de cinéaste?.. Ce n’est pas un projet prétentieux, juste le comportement de beaucoup de vieux qui racontent leurs souvenir...>>. Elle réussit se tour de force de transformer cette entreprise immodeste en un chef d’oeuvre de pudeur.
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda
 
Il faut dire q’elle en a rencontré du beau monde à commencer par Jean Vilar, un ami de voisins de Sète où fuyant Bruxelles et la guerre les chemins de l’exode y avaient conduits toute la famille de la jeune Agnès. C’est le créateur du festival d’Avignon qui lui a mis le pied à l’étrier en faisant d’elle, toute jeune et peu expérimentée, la photographe du dit festival. Tout est parti de là. Dans la cour carré du Palais des papes elle photographiera Gérard Philippe, Maria Casares et le jeune Philippe Noiret qui sera la vedette du premier film d’Agnes Varda, “La pointe courte” du nom d’un quartier de Séte.
Plus inattendu, lorsqu’elle suit Demy à Los-Angeles, elle fait passer un bout d’essai à Harisson Ford pour un film qui ne se fera pas et elle se lie d’amitié avec Jim Morisson...
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda
Sa curiosité que j’imagine à la fois pugnace et gentille l’a fait rencontrer Cocteau, la belle ouverture avec les miroirs sur la plage est sans doute un hommage à l’oiseleur, et aussi Calder qu’elle photographie dans sa cour de la rue Daguerre. Le film est parsemé de référence aux arts plastiques. On reconnais par exemple un tableau de Magritte. On y voit également des allusions à Brasai, à Bunuel. En fait elle fait semblant de parler d’elle même pour mieux parler des autres. A ce sujet la séquence la plus significative est celle dans la maison de son enfance. Elle y découvre un collectionneur de trains miniatures s’intéressant à ce que lui raconte cet homme elle en oublie de traquer les traces de ses jeunes années.
Les Plages d'Agnès

Presque tout le film est comme sous le regard de Demy, qui est là dans une sorte de contrechamp hors cadre, le grand absent, y passe aussi avec discrétion Piccoli, Jane Birkin, Chris Marker, Jean-Luc Godard 
Le cinéma d’Agnès Varda avec son coté collage adhère parfaitement au projet. Ce n’est jamais lisse une vie, il y a des aller et retour des hauts, des bas,s des deuils des joies, un patchwork de faits grands et petits publics et intimes qui, mis tous ensemble, font une existence.
On y pleure souvent quand l’émotion vous submerge, on y rit parfois des incongruités et des clowneries du guide, par exemple Agnès Varda est irrésistible déguisée en pomme de terre, c’est un Cueco en trois dimensions, on s’y émerveille toujours.
Il y a quelques temps dans un petit précis de la critique que j’aurais aimé à la fois plus modeste et plus ramassé je fustigeais les films qui ne comptaient que sur l’émotion qu’ils produisaient chez leurs spectateurs. Il n’en rien ici c’est d’abord à notre intelligence que s’adresse la cinéaste mais de cette profonde réflexion sur l’art et le temps nait l’émotion.
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda (à gauche)

Dans cette année cinématographique que j'ai trouvée à l'unisson de l'actualité morose, “Les plages d'Agnès Varda” est pour moi de loin le film de l'année. j'y ai ri et pleuré. Elle y parle merveilleusement de la vie, de la sienne et comme chacun devrait le savoir, lorsque l’on a du talent, comme c’est le cas ici, c’est en parlant de la particularité que l’on devient universel. Et donc elle nous parle de notre vie, de chaque vie, tant elle a été, et est disponible au temps et aux autres, sans pour cela dévier d'une ligne intransigeante qu'elle seule connaît.
Comme j'ai passé une grande partie de ma vie sur des plages, je suis un peu jaloux de la belle formule que la cinéaste a trouvée et que je pourrais faire mienne, << Moi si on m’ouvrait, on trouverait des plages.>>. Le film m'a ainsi rappelé quelques souvenirs puisque avec Agnès Varda, à défaut d'avoir le talent, j'ai en commun quelques plages comme Noirmoutier, Ostende et surtout Venice en Californie.
Dans cet apparent tohu bohu cinématographique, en fait parfaitement pensé et qui est une grande leçon de montage, s’Il y a peut être quelques plans de pas complètement réussis , il y en surtout d' époustouflants comme celui des trapézistes face à la mer. Séquence extrêmement difficiles à régler et surtout à éclairer. Il y a comme cela dans ce film quelques prouesses techniques, presque en contrebande, qu'il est bon de saluer. Il ne faut surtout pas rater ces plages que je vais aller revoir une deuxième fois.

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Un conte de Noël, un film de Despléchin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L’argument du film est à la fois simple et alambiqué, mais rien ne peut être simple chez Despléchin. La mama (Catherine Deneuve) est atteinte d’un cancer rare du sang. Seule une greffe de moelle, ne pouvant venir qu’un proche membre de sa famille, peut éventuellement la sauver. Tous les membres de la smala qui se retrouvent dans la grande maison familiale de Roubaix pour fêter Noël, ont fait un test pour savoir s’ils peuvent être donneur. Seul le fils maudit et le jeune fou de la famille sont compatibles. Le fils noir va se dévouer.

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On comprend bien, malgré une documentation médicale sans faille, cette histoire de cancer n’est qu’un habile prétexte pour faire l’autopsie d’une famille (qui à de nombreux points communs avec celle mise en scène dans “Rois et reine”, le précédent film du réalisateur) et insuffler du romanesque dans ce huis-clos bourgeois dans l’inévitable grande maison, c’est tout de même curieux cette propension à la vastitude des demeures dans le cinéma français, située à Roubaix, ce qui est à la fois original et tendance suite au succès des “Chtis”.

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Cinématographiquement le film se place sous le parrainage revendiqué de Bergman dont on aperçoit un extrait d’un de ses films et plus discrètement sous celui de Woody Allen pour l’humour et le cynisme tranquille des dialogues. Leur brillant m’a fait autant penser à l’américain qu’à Sacha Guitry et les situations à Tchékov. Tout cela pour vous dire que Depleschin me semble se tromper de médium et que sa place est plus au théâtre qu’au cinéma. Les points forts du film étant outre des dialogues éblouissants, une direction d’acteur exceptionnel. C’est à ce propos la première fois que je vois Emmanuelle Devos, elle qui plombait le pourtant excellent “Rois et reine”. Roussillon est aussi extraordinaire qu’à l’habitude apportant sa truculence ahurie aux échanges verbaux. Amalric nous ressort son numéro de bobo borderline de “Rois et reine”, mais qui s’en plaindraient et Catherine Deneuve son registre de salope gourmée ,mis au point chez Valérie Lemercier, drôle et glaçant. Une grande découverte pour moi, Laurent Capelluto, comédien que je ne connaissais pas et que je trouve formidable de densité dans le rôle de Simon. La révélation est Emile Berling qui dans un rôle ingrat ne démérite pas du talent de son père. Il faut signaler la très bonne utilisation de la voix off, et celle de la figure, toute théâtrale, on y revient, de l’aparté. Mais cela se gâte sérieusement quand le réalisateur, sans la béquille du verbe, n’utilise que la grammaire cinématographique. Si bien que l’on pense parfois que nous assistons à l’adaptation au cinéma d’une pièce de théâtre. Certains subterfuges sont même un peu misérable comme celui de faire défiler les enseignes de café de la ville en sur impression d’un plan de la ville de Roubaix.

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Autre défaut inhérent au cinéma branché français, son incapacité à filmer le travail, sauf ici les actes médicaux, sans doute parce que nos cinéastes ont bien peu l’expérience d’un autre labeur... Les métiers des protagonistes semblent ainsi être choisis au hasard. On s’etonne par exemple qu’un aussi fin lettré et musicien que le personnage magistralement interprété par Roussillon soit teinturier et paraisse jouir d’une telle aisance financière peu en accord avec son humble état d’artisan. On voit tout aussi mal sa névrosée de fille en auteur à succès et ce n’est pas une vêture de dandy qui transforme Hippolyte Girardot, de plus en plus précocement décati, en grand architecte, rôle d’une inconsistance totale.

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Il n’en reste pas moins que c’est un véritable plaisir de passer près de 2h 30 non avec de simples actants, comme on le disait au beau temps du structuralisme triomphant, mais avec de vrais caractères à l’épaisseur romanesque que nous sommes ravis de côtoyer pendant ce moment d’intelligence qu’est la projection de ce conte de Noël.   
Pour un avis éclairé ne manquez pas la critique du bon docteur Orlof 

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Le grand alibi, un film de Pascal Bonitzer

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Un brillant chirurgien volage est assassiné par balles lors de sa villégiature dans le manoir d’un de ses amis, sénateur et collectionneur d’armes à feu. Voila pour le pitch du scénario très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Bonitzer que l’on n’ est pa peu surpris de trouver aux manettes d’un tel film pour notre grand plaisir très nouvelle qualité française façon Podalydes, s’il a pris beaucoup de libertés avec la lettre, a été parfaitement fidèle à l’esprit de la reine du roman à énigmes. Le grand alibi est un titre quelque peu trompeur, si l’on grand plaisir à voir ce film cela ne doit guère aux mânes de sir Alfred. Il faut attendre la fin pour retrouver dans la poursuite sur les toit quelque chose du Hitchcock de “Sueur froide” même si cette séquence m’a encore plus évoqué “Frantic” de Polanski. Ce qu’il y a de plus hitchcockien dans ce “Grand alibi” là, c’est sans doute la musique très “hermanienne”.
On remerciera Bonitzer d’avoir joué humblement le jeu de l’adaptation, d’avoir réalisé le film sans l’écraser sous les références et autres clins d’oeil post moderniste. La réalisation est propre servie par un montage particulièrement efficace. Enfin un cinéaste qui ne fait pas son malin tout au service de ses acteurs, sans pourtant oublier de les diriger et ils donnent le meilleur d’eux même. Miou Miou est exceptionnelle dans son rôle d’épouse de notable et de conne supersonique. Lambert Wilson que l’on regrette de voir nous quitter si tôt est admirable dans la précision de son jeu où le moindre haussement de sourcil ou frémissement de rides construit son personnage, lui et Arditti parfait en huile maniaque apporte une touche à la Resnais, façon Smoking, no smoking fort bien venue que renforce la superbe affiche signée Floc’h nous sommes d’ailleurs peut être encore plus chez François Rivière que chez Agatha Christie. Tous les acteurs seraient à citer, la jeune génération avec Céline Sallette et Agathe Bonitzer ne démérite pas. J’ai seulement trouvé Maurice Bénichou un peu à coté de son rôle, et quand on voit que c’est un acteur du calibre de Bénichou que l’on trouve un peu juste, cela donne une idée de la performance des autres...
Près de deux heures de plaisir enfantin retrouvé. Grâce au Grand alibi je me suis souvenu des heures de bonheur que j’avais aux alentours de la onzième année à lire les petits volumes brochés du masque qui avaient déjà des couvertures aux photos incitatives et que je traquais dans un magasin de planche, face à la mer, à l’enseigne du dauphin vert et qui ne se consacrait qu’à la vente de livres de poche, objet qui passait encore, alors pour certain, comme une nouveauté vaguement sulfureuse. Dès que j’avais acquis le précieux petit parallélépipède je le dévorais tantôt le ventre raclé par le sable de la plage, tantôt les cotes et les coude malmenés par la chaise longue de pont dévoluée à la lecture de plein air au jardin. L’hiver pour ce plaisir que j’entrevoyais comme presque  interdit je me repliais sur le divan du salon dont les ressorts et la toile rêche et fleurie n’étaient pas tendre pour mon dos.


Les professeur de nos collèges devraient se rappeler qu’Agatha Christie est l’auteur idéal pour faire aimer la lecture aux jeunes adolescents et puis on y apprend à respecter les belles demeures et le sens de la hiérarchie, ce qui me paraissent être de bonnes choses en ces temps de plèbéisme triomphant...

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