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359 articles avec grandes expositions et musees

pour se souvenir de la collection Sigg d'art chinois contemporain à Barcelone

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L’exposition que je vous conseille de visiter, jusqu’au mai 2008 à la fondation Miro à Barcelone, est dans la ligne de celle du “sot art”  russe que l’on a pu voir l’année dernière à la Maison rouge à Paris. Elle porte un titre savoureux que l’on peut traduire en français par “Rouge à part”... Elle comporte 80 travaux de 51 artistes chinois.
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Paysages chinois tatouage n°4 photographie de Huang Yan.
L’idée commune de toutes ces œuvres est la contestation des régimes autoritaires, à la Maison rouge, celui de Moscou, à Barcelone, de Pékin. On retrouve par exemple souvent la même confrontation, à Pékin comme à Moscou, dans une image entre un symbole du communisme ou de la civilisation chinoise et un archétype de la société de consommation, pour ces artistes Coca Cola en semble être le drapeau idéal. Mais cocorico Chanel est aussi  mis au pinacle de l’occident dans l'installation de Wang Guangyi pour lequel on peut parler de pop art chinois.

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On peut tout de même remarquer d’emblée une différence sensible. Le “sot art” n’hésite pas à mettre en situation, pour les ridiculise, les dirigeants russes actuels, en particulier Poutine, alors que les œuvres exposées à Barcelone semblent se limiter surtout à la critique de l’époque maoïste. On peut néanmoins remarquer un tableau représentant la place Tiananmen  dans lequel la foule qui s’ y est massée semble être composée que par les ectoplasmes des étudiants massacrés.

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Derrière la porcelaine de Xu Yihui "Le garçon lisant le livre de Mao, on aperçoit La place de Tiananmen de Yin Zhaoyang

Il serait néanmoins réducteur de ramener “Rouge à part” à une exposition uniquement politique ou méta politique. Par exemple  les photographies de Liu Zheng, de O Zhang, de Zhang Huan... ne relèvent pas de cette catégorie.

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photographie de Wang Ningde.

Il est pourtant difficile, pour un visiteur occidental, de ne pas se focaliser, surtout dans le contexte actuel, sur les œuvres les plus politiques, celle ci dessous résume une partie de l'exposition.

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Art and politics de Wang Guangyi.

La contestation chinoise est ici souvent joyeuse et parodique. L’humour est heureusement bien présent comme dans le tableau de Shi Xinning où Mao septique (?) scrute l’urinoir de Duchamp.

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Comme on le voit les références à l’art occidentale sont constantes, Mao dans la toile de Yu Youhan peint à la façon de la Marilyn Monroe de Warhol, les accumulations à la manière d’Arman, photographiées par Hong Hao.

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Si presque toutes les pièces exposées relèvent de l’art figuratif, on ne trouve aucune trace d’une peinture naturaliste chinoise dont est issu au moins un grand peintre, Dong (voir le film que lui a consacré Jia Zhang Ke, disponible en bonus du dvd de “Still life” chez MK2)...

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une toile de dong que vous ne verrez pas à Barcelone
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“Rouge à part” ne se veut pas un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Il faut rappeler que toutes les pièces viennent d’une seule collection particulière, celle de Uli Sigg qui comporte aussi bien des œuvres que pour aller vite je vais qualifier de contestataires, c’est celle que l’on peut voir à la fondation Miro, que des installations des plus avant gardistes, sans oublier des peintures d’un pure style réalisme socialiste de la période maoïste, absentes à Barcelone.

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Tableau type du réalisme socialiste maoiste (reproduction photographié dans la boutique du musée).

80476.Uli Sigg, homme solitaire, est le plus influent collectionneur d'art contemporain chinois dans le monde. Sa collection est riche de 1200 pièces des toiles, des vidéos, des photos, des sculptures, des installations... qu’il rassemble depuis la fin des années 70. Uli Sigg est un grand nom dans le monde de l'art contemporain chinois. On peut même craindre, même s’il n’est pas un acheteur complètement hégémonique ( il y a aussi notamment le baron belge Guy Ullens de Schoten mais dont la collection est moins contestataire, elle a été exposée  dans la capitale chinoise), que ses choix influencent celui-ci. Ambassadeur de Suisse à Pékin de 1995 à 1998, Il est aujourd’hui le vice-président de Ringier Holding AG, la plus importante société de médias suisse.  Sa collection comprend des oeuvres créées par 160 artistes qui sont rares dans les musées nationaux chinois ou les galeries de Pékin ou de Shanghai, ce qui n’ étonnera guère.

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collage de Luo brothers

Il est évident que la collection ne pourrait pas être montrée en Chine. Pendant son séjour en Chine, Uli Sigg commença par acquérir (avec la discrétion de mise chez les entrepreneurs et les diplomates) les travaux d'artistes correspondant à ses centres d'intérêts, certes variés, mais toujours empreints de la culture occidentale. Il s’est surtout intéressé à la transition entre le réalisme socialiste et l’art international en vigueur dans les grands musées d’art contemporain. Par la suite il a recherché a établir un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Ainsi aujourd’hui le plus grand musée d'art chinois contemporain ne se trouve pas en Chine, mais près de Lucerne, au château de Mauensee. Le public n'y a toutefois pas accès, cette propriété étant la résidence de Rita et Uli Sigg. L’exposition de Barcelone est donc une occasion unique de pouvoir la découvrir.

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collage de Luo brothers

Le collectionneur est bien conscient de la mutation de l’art en Chine: << il y a 25 ans lorsque j’ai commencé à collectionné  l'art contemporain chinois, il y avait là l’art “mondialisé” et à coté l’art chinois. Mais maintenant nous les voyons les rapprocher. Ils vont fusionner à l'avenir... La production est totalement libre. Mais pas l'exposition, puisqu'elle empiète sur l'espace public. Ce qui veut dire: pas de Mao, pas de sexe! Et étonnamment, c'est plus strict à Shanghai qu'à Pékin. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J'en ai parlé avec beaucoup d'artistes, personne ne peut l'expliquer... >>.

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Zhang Xiaogang
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Avant Barcelone, un échantillonnage de la collection avait été montré en 2005 au Kunstmuseum de Berne et en 2006 à la Hamburger Kunsthalle de Hambourg. On peut toutefois espérer que cette manifestation voyagera et que d’autres institutions de par le monde, et en particulier à Paris, seront bientôt intéressées par cette formidable collection qui, en attendant, bénéficie à Barcelone d’une très belle présentation où chaque œuvre est bien mise en valeur, peut respirer et n’entre pas en confrontation avec sa voisine.

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Les commissaires de l’exposition ont sélectionné des œuvres lisibles (ils ont par exemple écarté les vidéos et les œuvres trop autobiographiques)  pour un public cultivé occidental un peu au fait de l’histoire récente de la Chine et de l’histoire de l’art. Car la plupart des peintures (ce n’est pas le cas pour la photographie) que l’on voit s’incrivent fortement dans un courant post modernisme revisitant les œuvres de l’art du passé. Le plus savoureux exemple est “La liberté guidant le peuple” interprété par Yue Min Jun. Le tableau fait partie d’une vaste installation, “An 2000” comprenant, outre le tableau pré cité, un autre où des personnages semblables, auto portrait de l’artiste, toujours s’esbaudissant, sont comme “connectés” entre eux formant une chaîne continue. L’oeuvre fait aussi un clin d’oeil à l’art chinois traditionnel. Les 25 clones hilares de l’ouvrier moderne, encore Yue Min Jun, sont le pendant moderne de l’armée de l’empereur enterré près de son tombeau pour le garder dans l’au delà.  Trois éléments qui dénoncent l’esprit moutonnier du peuple et son formatage par l’état.

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D’autres artistes préfère relirent l’art traditionnel chinois pour en donner une nouvelle vision. Ainsi c'est la calligraphie (on ne peut que constater combien dans de nombreuses oeuvres est présente une trace d’une écriture qu’elle soit chinoise ou occidentale) dans les photos de Zhang Huan qui est mise au service d’une critique de la surinformation.

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photographie de Zhang Huan.

Les artistes n'ont pas seulement échoué à abandonner leurs racines artistiques spécifiquement chinoises, de l’antiquité à la tradition du réalisme socialiste de la fin des années 1970 ,mais les revendiquent et ont en fait, relancé leurs pratiques tel les délicieuses et ironiques porcelaines de Geng Xue.

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Pour ce faire une idée de la cote des artistes chinois et de l’ engouement, le mot est faible, qu’ils provoquent, lors des enchères d'art contemporain qui se sont déroulées à Londres en octobre 2007, le tableau “Exécution (1995) de  Yue Min jun a été cédé par la sociétéSotheby's pour près de 7 millions $. Mais parfois les motivations artistiques semblent bien loin comme le dénonce l'artiste Yan Pei Ming, né à Shanghai en 1960, mais qui vit à Dijon depuis vingt-cinq ans, << ... Le marché de l'art chinois est exclusivement créé par les spéculateurs. Je ne veux pas vendre là-bas. Les acheteurs n'y sont intéressés que par l'argent. Il est très rare d'y rencontrer de vrais collectionneurs... >>.

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Zhang Xiaogang, bien représenté à la fondation Miro est exposé en France par Catherine Thieck de la Galerie de France . Cette année, lors d'une vente Sotheby's à New York, une de ses toiles de 1998 intitulée " Camarade no 120 ", qui semble reproduire la photo en noir et blanc d'un homme et dont le papier aurait été abîmé au niveau du visage, a été adjugée 979.000 $.

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Zhang Xiaogang

Toujours en faisant le parallèle avec le “sot art” on ne peut manquer de constater que la qualité “artisanale” des créateurs chinois est très supérieur à celui des russe. D’autre part du moins dans les pièces de la collection Sigg, le souci du beau semble être constant chez la quasi totalité des artistes représentés. Les chinois ont parfaitement intégré les techniques de l’art occidentale, des plus classiques aux plus novatrices. Ils ont bien compris aussi que la provocation était une arme médiatique efficace en témoigne ici cette colonne formée de cendres humaines ou à Berne ce fœtus dans le formol auquel on avait greffè une tête de mouette et qui avait fait scandale.

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Liu Ye
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Lors de ma visite les gardiennes, banalisées mais repérables, ce sont les seules qui semblent s’ennuyer, sillonnent l’exposition en poussant leurs babouches avec douleur, avec comme but principal d’interdire les photos. Comme vous pouvez le constater elles ne sont pas toujours efficaces, d’autant plus que l’une d’elle, ce matin là était très intéressé par le journal du jour que “lisait” le personnage de la sculpture hyper réaliste de Ai Wei Wei. Notre gardienne était plongé dans  les potins qu’elle déchiffrait par dessus l’épaule de l’avatar humain...

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Si vous êtes timorés coté photographies volées, achetez le splendide catalogue qui reproduit très bien presque toutes les œuvres. Le texte est en catalan mais à la fin de l’ouvrage on trouve une traduction en espagnole et en anglais. Et puis en ce qui me concerne il est indispensable pour retenir les noms des artistes que malgrè mon admiration je ne parviens pas à mémoriser. Enfin vous pourrez faire aussi comme moi s'amuser avec en ajoutant aux photos érotique des reconstitution des harems impériaux de  Liu Zheng des pims maoistes.

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Cette exposition témoigne du grand changement depuis l'ère Mao et de la très relative libéralisation du régime non si on le compare à l'occident mais à celui en vigueur à l'époque du "grand timonier". Si on peut être agacé par quelques provocations faciles, Il n’en reste pas moins que la Chine compte aujourd’hui des artistes de grande valeur il suffit pour s’en apercevoir de se rendre à la fondation Miro jusqu’au 25 mai 2008.

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photographie de Liu wei.   

Commentaires lors de la première édition du billet

J'ai vu cette expo également. Bravo ! tu as réussi à déjouer les rondes vigilantes des cerbères anti-photos ;-) j'en ai prises qqs unes aussi. Une expo inattendue !
Posté par Altarande, 22 mai 2008 à 13:08

réponse à Altarande

Merci pour ton commentaire. Cette interdiction de photographier m'énerve toujours au plus haut point surtout que presque toujours j'achète les catalogues des expositions que je visite. Mais dans ceux-ci il n'y a jamais des vues de l'accrochage qui nous est montré et ce qui m'intéresse de photographier, plus qu'une oeuvre en particulier, c'est la confrontation ou la coexistence des toiles mais c'est impossible à faire comprendre aux zélés cerbères même lorsque l'on est invité au vernissage et accompagné par un des peintres exposés comme ce fut le cas lors du vernissage de la Figuration narrative une exposition à ne pas manquer je le répète.

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pour se souvenir d'Art Paris 2008

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Art Paris est né en 1999 en opposition à la Fiac. C’était un peu le salon des refusés des galeries. Y figurait alors un bon nombre de celles que l’organisation de la FIAC avaient écartées. On y voyait surtout de la peinture.  Au début d’ailleurs Art Paris se déroulait en même temps que la FIAC, en Automne. Aujourd’hui Art Paris a déplacé ses dates au printemps. Et malheureusement nous y avons gagné une deuxième FIAC d’autant que plusieurs galeries exposent aux deux. Non que je n’aime pas la FIAC, mais il serait intéressant que les deux manifestations soient nettement différentes permettant ainsi d’attirer un autre public et des collectionneurs qui ne fréquentent pas habituellement Paris.
En haut des marches menant à la grande nef, le visiteur est accueilli par une colossale statue de Jan Fabre, “A la recherche d’Utopia” qui m’a fait irrésistiblement penser à la série délicieusement régressive qu’est “Dinotopia”.

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Le résultat cette année est un peu terne d’abord parce que peu de galeries ont fait le courageux pari de présenter qu’un seul artiste. Malheureusement celles qui ont fait cette démarche se sont fourvoyées à commencer par la galerie Claude Bernard dont je tairais par charité le nom du peintre qu’elle expose, et aussi en souvenir des beaux moments que j’ai passé jadis dans cette galerie. La quête spirituelle de Yoshiko aux Yeux fertiles m’a surtout paru mièvre.
Par rapport à la FIAC, il y a encore à Art Paris un peu plus de peintures et un peu moins de vidéo, beaucoup moins de galeries américaines et anglaises et plus de galeries françaises de province. Cette année aura été l’arrivée des chinois, pas seulement par l’intermédiaire des galeries leur pays, ils sont largement accueillis dans plusieurs galeries française. On assiste aussi à la confirmation de l’émergence des artistes russes. Les turlupins moscovites qui dynamitaient l’hiver dernier la maison rouge ont migré à la galerie Orel Art.
J’ai été particulièrement séduit par le travail de Huang Yan exposé par la galerieAlbert Benamou , qui touche à la peinture, à la photographie et au body art réussissant à réunir très habilement et esthétiquement les trois.

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Cette même galerie sous l’étendard pièce unique exhibe des colosses vociférants en bronze rouge.

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Actualité oblige, au détour des cimaises, beaucoup de Keith Haring et de petits Alechinsky chez Lelong, de superbes multiples pour presque toutes les bourses, de 500€ à 1000€.
L’exposition La figuration narrative ouvrant au Grand Palais le 16 avril, comme il se doit cette école est sur représentée cette année d’abord par une exposition Monory chez Sonia Zannettacci , intitulée roman-noir bien dans sa manière qui en plusieurs grandes toiles de son bleu-violet nous transporte dans le monde des films noirs américains du début des années cinquante.

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Beaucoup moins convaincante est l’accrochage des petits formats d’ Erro dont peut néanmoins voir une toile savoureusement uchronique.

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C’est toujours avec un plaisir renouvelé que je me rend à la galerie Arnoux, aussi bien chaque année à Art Paris, qu’à leur adresse germanopratine. Comme à leur habitude il présentait une belle sélection de l’abstraction chaude de l’école de Paris en particulier de magnifiques Oscar Gauthier (ci-dessous).

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Comme toutes les foires, Art Paris permet des confrontations aussi curieuses que cocasses comme cette rencontre entre une belle œuvre de AES+F et ce Combas de belle facture.

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Une telle manifestation permet aussi de prendre des nouvelles de vieilles connaissances, comme cette année Velickovic et Klassen qui ont un peu changé leur manière. Ce qui profite plus a Velickovic qu’à Klassen... Velickovic propose de grandes toiles inquiétantes sur lesquelles volent de sinistres corbeaux.

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Klassen quand à lui semble avoir définitivement laché les gros plans sur les compteurs et autres extincteurs pour se laisser aller à une influence cinématographique, un peu comme Monory. Il ajoute à ses toiles néons et loupiotes sans que ces coquetteries les améliorent grandement.

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La photographie est bien représentée mais les exposants a ne pas vouloir mettre en valeur qu'un seul photographe à la fois s' obligent à des juxtapositions absurdes où les images se détruisent entre elles. La galerie Dina Vierny a la judicieuse idée de se consacrer qu'à Frank Horvat, délectable...

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l'élégance et l'humour d'Horvat

Il arrive qu'au détour d'une allée on tombe sur une performance technique comme ce peintre qui , sur une toile vierge seulement avec de petits amas de peinture semblant sortir directement du tube donne l'impression au spectateur du tableau de surplomber une foule en marche.

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Mais le grand espoir dans un supermarché de l'art, pour un ignare dans mon genre est de faire une découverte (que par ailleurs tout le monde connait, mais c'est ainsi que l'on devient moins bête). Cette année je fus comblé par celle de Georges Noel et ses abstractions minimaliste élégante avec leur travail précis dans l'épaisseur de la matière.

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ci-dessus deux tableaux de Georges Noel réalisés à 32 ans d'intervalle en 1961 et 1993.

Art Paris donne enfin l’occasion de réviser son petit viatique de l’art moderne. Cette année il y a de très belles toiles de Matta, de Sam Francis et un exceptionnel Masson, “Les pies”, très peu Massonien.

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ci dessus deux superbes Sam Francis malheureusement trahis par la reproduction.

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Les pies, Masson

Sans oublier quelques curiosités qui amusent toujours la population un peu plus mélangée qu’à la Fiac qui rode dans les allées . Comme cette version chinoise du radeau ne la méduse (malheureusement quasi inphotographiable) ou cette "Marianne" adepte du bondage, bien pourvue qui donnerait un peu de gaité à nos mairies ou encore parfait pour votre gazon ce centaure couleur malabar...

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pour se souvenir de l'exposition Né dans la rue à la fondation Cartier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Cette passionnante exposition commence dès la rue, ce qui est bien normal pour une manifestation qui s'appelle "Né dans la rue". La fondation Cartier a fait ériger le long du parc de la fondation des palissades sur lesquelles elle a inciter les graffiteurs de passage a s'y exprimer; ce qui était le cas lors de ma visite.

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Immédiatement après le passage du guichet d'entrèe, le visiteur est confronté avec la première oeuvre qui illustre l'ambition un peu folle de cette exposition, tout du moins d'une partie de celle-ci, concentrée au rez de chaussée du batiment et dans le jardin qui se propose de témoigner de la vitalité du graffiti dans le monde entier.

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Dans ce lieu atypique d'exposition, presque entièrement vitré, donc transparent, sont exposées des oeuvres venue du monde entier, Sao-Paulo, Paris, San-Francisco, Amsterdam... dues à de nombreux artistes, Basco Vazko, Cripta, JonOne, Olivier Kosta-Théfaine, Barry McGee, Nug, Evan Roth, Boris Tellegen/Delta, Vitché et Gérard Zlotykamien...

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Certaines de ces productions rappellent celles d'artistes qui ne sont pas issus du street art comme celle ci dessus qui m'évoque beaucoup les tableaux de Joan Mitchell ou de Sam Francis...

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Si toutes les oeuvres présentées sont intéressantes, beaucoup sont même très belles, ma préférée, voir ci-dessus, est signée JoneOne.

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Cette exposition est riche de paradoxes. Le premier est qu'elle pérennise ce qui se voulait d'abord une trace donc une oeuvre éphémère dans laquelle le geste, la transgression étaient aussi importants que le résultat. Il est donc tout à fait curieux, de voir une telle pratique muséographié, ce qui va à l'encontre de l'origine de cette expression qui n'était pas d'emblée vêcu lors de son élaboration comme étant un art.

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Autre paradoxe, on ne connait le graffiti d'hier, parfois au sens propre du mot, un tague peut être recouvert aussitôt par un autre tout de suite après sa création, que par les photographies qui en portent témoigage.

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Enfin le plus grand paradoxe de l'affaire est que cette pratique, qui ne cesse de se renouveler, est assimiler au vandalisme et est punie de lourdes peines selon le code pénal (art. 322-1, 322-2 et 322-3).

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L'évolution du graffiti peut faire que l'on arrive bien loin du simple tague comme le prouve le travail ci-dessus, fait de morceaux de bois assemblés très ingénieusement. Si donc l'ensemble proposé, qui déborde dans le jardin, inexplicablement peu exploité, est très agréable d'autant que chaque pièce est généralement bien mis en scène, néanmoins elle ne peut pas raisonablement passer pour faire le point sur le graffiti dans le monde aujourd'hui pour cela il faudrait une exposition d'une autre ampleur.
En descendant au sous-sol on arrive dans une toute autre exposition et dans un lieu à l'atmosphère totalement différente du rez de chaussée, plus de belle lumière dorée venant du jardin mais une cave sombre éclairé de spots aux lumière crues bien en accord avec ce qui est proposer, nous raconter la naissance puis l' évolution du mouvement des graffiteurs dans le New-York au début des années 70 jusqu'à sa reconnaissance par le milieu de l'art contemporain.

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Cette deuxième partie est agréablement pédagogique et on y apprend une foule de choses sur ce mouvement artistique (le catalogue est à cet effet un précieux document). Les pièces présentées surtout des photos, souvent remarquable, rendent bien compte de ce qu'était le New-York d'alors. Pour ceux, qui comme moi , on connut le Manhattan de cette époque, la Fondation Cartier devient un formidable vehicule à remonter le temps.

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Il faut se souvenir du New-York tel qu'il fut jusqu'au milieu des années 80 pour bien comprendre ce que l'on voit et ce que l'on nous dit, une ville au bord de la faillite. C'est dans ce cadre qu'à la toute fin des années 60 , des adolescent se mettent à écrire leur nom sur les mur et les bus. Réalisées au marqueur puis à la bombe (la grande invention technique qui est la cause de l'essort du graffiti), ces signatures prolifèrent très rapidemment à travers la ville, cette nouvelle activité appelée writing faisant jour après jour plus d'adepte. Majoritairement issus du quartier ouvrier de Washington Heights à Manhattan, puis du Bronx, ils ont autour de quinze ans et appartiennent pour la plupart aux communautés hispanique et afro-américaine.
L'exposition a la bonne idée de diffuser, via des petits ecrans de télévision, plusieurs interviews, faites très récemment des survivants de cette épopée. La disposition des moniteurs est telle que l'on peut s'amuser à en suivre plusieurs à la fois. Ces petits films sont très instructif et éclairant sur le contexte et l'état d'esprit de ceux qui alors pratiquaient le tague. Ils sont aussi souvent émouvants. On peut parler de rescapés car une afichette, qui fait froid dans le dos, apposée près de la sortie de l'exposition, nous informe de la fin tragique de plusieurs de ces jeunes tagueurs, un sera écrasé par un bus alors qu'il était en train d'orner le flanc d'un autre bus, un autre sera décapité par l'entrée d'un tunnel car il peignait le toit d'un train, un autre encore sera coupé en deux par un métro car il était tombé sur les voie pendant qu'il taguait un wagon...
A ces films récent s'ajoute de nombreux documents d'époque des photographie de Jon Naar, Henry Chalfant, Martha Cooper, Flint Gennari et aussi des films et un extrait des archives de Jack Stewart, le premier intellectuel à s'être penché sur le phénomène du tag.
Le mouvement commence avec le tag, c'est à dire une signature constituée d'un pseudonyme, très souvent accompagné du numéro de la rue du writer, par exemple Julio 204, Taki 183 ou encore Joe 182. Le jeu consiste à ce que ces signatures soient le plus visible dans la ville d'où l'idée à partir de 1971 de taguer les wagons du métro. D'abord réalisés à l'intérieur des rames, les tags recouvrent peu à peu l'extérieur des trains et sont ainsi vus par tous les usagers. Ce qui fascinant c'est que les tagueur qui oeuvraient sur les flancs des wagons trçaient d'énormes lettres sans aucun recul.
Les styles évoluent. Les graffeurs souhaitaient se distinguer les uns des autres en élaborant des styles calligraphiques originaux. Les tags se voient petit à petit dotés d'un contour (outling) et des motifs divers comme des pois, des étoiles et parfois même des personnages de bande-dessinée. Les recherches stylistiques de PHASE 2 (on voit une pièce récente de cet artiste dans l'exposition), Blade, Kase 2 ou Dondi marquent à jamais le mouvement. S'il y a peu d'images illustrant mon propos est que les gardiens étaient particulièrement vigilant pour interdire de photographier, ce qui me parait particulièrement grotesque vu le thème de l'exposition...

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A la fin des années 70 le mouvement connait une transformation. Le monde de l'art commence à s'intéresser aux graffiti et certaines galeries se consacrent presque exclusivement à exposer des travaux de graffeurs comme La Fashion Moda de Stefan Eins, l'une des rares galeries installées dans le Bronx depuis 1978 et la Fun Gallery de Patti Astor, créé dans l'East Side exposent les premières toiles de Lee Dondi, FabFive Freddy, Futura, Lady Pink dont le beau tableau exposé évoque ceux de Pellaert, Crash, Daze et bien d'autres...
Deux artistes qui deviendront de grandes stars de l'art contemporain choisissent d'inscrire leur travail dans la rue Jean-Michel Basquiat (représenté à la fondation Cartier par un superbe tableau, voir photo ci-dessus, ainsi que par un grand carnet de croquis) et Keith Haring...
Il faut bien au moins deux heures pour assimiler tout cela, c'est pasionnant.

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Il est rare de voir une exposition qui se poursuit jusque dans le couloir de sortie, encore plus lorsqu'elle déborde sur la chaise d'un gardien (ci-dessus) et je crois que c'est une première lorsqu'elle investit aussi les toilettes (voir ci-dessous).

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Avant de sortir de l'enceinte de la fondation, il ne faut pas oublier de faire le tour du batiment par le jardin, toujours aussi mal tenu, c'est amusant il en était de même lorsqu'il y a bien longtemps à ce même endroit se trouvait le Centre Culturel Américain dans une vieille batisse où le me souviens avoir entendu, cela devait être vers 1967, pour la somme de 40 centime de franc à chaque fois, Pete Seeger, Peter Paul and Mary, Graeme Allwright...
Dans ce jardin aux herbes folles on découvre une curieuse oeuvre inspirée des affiches soviétique des années 20 et l'on a un point de vue amusant sur l'exposition.

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Pour retrouver le street art sur le blog

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pour se souvenir de Lovis Corinth au musée d'Orsay en 2009

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Alors que la programmation des expositions à Paris ne brille pas par son audace, on ne remerciera jamais assez le musée d’Orsay pour nous avoir fait découvrir tant de peintres de grands talents. Au moment où son directeur Serge Lemoine quitte son poste. Je ne suis pas trop inquiet puisqu'il est remplacé par Guy Cogeval qui fut commissaire des belles expositions consacrées à Hitchcock et à Walt Disney.
J’ose le pluriel car je ne crois pas être le seul à qui le musée d’Orsay a étendu grandement son horizon artistique. Lovis Corinth que nous découvrons aujourd’hui est certainement l’un des plus remarquables. Pour ma part j’ignorait jusqu’au nom de cet artiste qui pourtant joui, à juste raison, d’une grande notoriété chez ses compatriotes allemands. Par cet exemple, on voit combien on est très loin d’une culture européenne. Mes lecteurs habituels on sans doute remarqué mon très modeste effort pour que la peinture anglaise ne soit plus complètement ignorée de ce coté ci de la Manche. Avec cette exposition je m’aperçoit que l’on est également complètement ignorant de la peinture allemande. Le titre de la rétrospective, Lovis Corinth (1858-1925) entre impressionnisme et expressionniste est réducteur et un peu trompeur comme si l’artiste était entre les deux manières sans avoir réussi à en choisir une. C’est tout le contraire Lovis Corinth a été impressionniste évoluant vers un expressionniste pour le dépasser. Il a été bien d’autres choses encore à commencer par pompier il fut l’élève de Bouguereau mais aussi caricaturiste, réaliste et presque abstrait dans certains paysages à la fin de sa vie... Mais ce qui est remarquable chez cet artiste dont l’énorme personnalité et la gourmandise envers la vie transparaît dans chaque toile, c’est qu’il n’a jamais été prisonnier d’une école, n’hésitant pas pour donner plus de force à son propos à mélanger plusieurs manières en un seul tableau.

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L'artiste n'est pas seulement un grand peintre c'est aussi un remarquable dessinateur et graveur comme en témoigne ces études d'expression entre Ingre et Daumier...

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Quand à la liberté de regard sur les sujets, à la crudité du propos, Il faut attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour trouver des artistes aussi peu inhibé, je pense à Gilbert et George, que Lovis Corinth. Sa relecture de la passion du Christ n’est pas faite pour les gentils catéchumènes bêlants. Dans “Le grand martyre” on voit  jésus nu comme au premier jour, le sexe rabougri tordu dans un dernier spasme de douleur arc bouté à ses bois de souffrance pendant que quatre zigs s’affèrent pour le clouer au mieux. Dans une descente de croix, un malabar à la mine patibulaire tente, à l’aide d’une pince monstrueuse, qui m’a évoqué celle que manient les métallurgistes pour saisir le feuillard à la sortie des laminoirs, d’arracher les clous comac qui rivent le crucifié à son arbre de souffrance comme l’épingle fixe le papillon sur son velours de présentation.

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le tableau immédiatement ci-dessous n'était pas dans l'exposition
silverclocktower: monsieurlabette: Lovis Corinth - Martyrdomoil on canvas - 1907 I love this. It’s terrifying.
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Lovis Corinth a beaucoup produit (malheureusement quelques une de ses toiles ont été détruites durant la dernière guerre)  mais c'est sans doute dans ses nus de tous les âges et des deux sexes que son ode à la vie est le plus présent comme dans  son Diogène  de 1892.

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L’érotisme n’est jamais loin chez ce passionné de la chair, sans oublier parfois une pointe d’humour comme dans ce qui est mon tableau préféré, “Les armes de Mars” où il parvient à subvertir en un détail ce thème classique. On y voit trois charmants enfançons  nus qui portent les armes du terrible dieu pendant que Vénus qui, tout en se coiffant, se mire dans le bouclier de Mars. Mais si l’on suit son regard, ce n’est pas son image qui la captive en fait , et je la comprend, elle reluque le beau jeune homme nu qui maintient le bouclier miroir devant elle.

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Son véritable maître, et l’une de ses grandes sources d’inspiration c’est Rembrandt. Comme lui toute sa vie Corinth s’est pris pour modèle se regardant en face, sans jamais se flatter, se ridiculisant même parfois, jusqu’à cet ultime toile deux ans avant de disparaître où la mort déjà s’invite dans les yeux du peintre.

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Il a su tirer toute la substantifique moelle de l’enseignement du génie hollandais en regardant ses toiles. On voit bien dans le portrait d’une vieille femme dans lequel le visage est rendu par une succession de petites touches finissant par faire une pâte épaisse où se lisent les rides de l’ aïeule qui contraste avec la matière lisse du fond et de la vêture, combien il a parfaitement assimiler la technique de Rembrandt.
Ce n’est plus Rembrandt qu’évoque ce nu féminin couché de 1907, c’est du Lucian Freud soixante ans avant!
Quand aux paysages  de son cher lac de Walchen  dans lesquels la nature se convulse c’est du meilleur Soutine.

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On voit bien que Corinth a beaucoup scruté non seulement Rembrandt mais aussi Hals, Manet, Cezanne, Murillo... Mais face à la toile il a toujours su rester lui même. Il n’a jamais oublié non plus de regarder par la fenêtre, ou dans la chambre, sa femme se lever de son lit ou prendre son bain. Parfois il nous offre aussi de savoureuses extravagances comme Persée et Andromède (ci-dessous).

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Lorsqu’il est atteint, à la fin de 1911, d’une attaque cérébrale qui le laisse momentanément paralysé du coté gauche, ce boulimique de peinture travaille encore plus comme s’ il avait compris qu’il n’avait plus guère d’années pour mettre sur la toile ce qu’il avait en lui. Sa palette s’éclaircit, sa touche se fait plus large. Elle devient un élément d’équilibre du tableau, entrant dans la composition du cadre.
Peu après son accident de santé il peint une de ses toiles les plus magistrales Ecce Homo où pour ma part j'y voit un médecin conduisant un malade au tombeau autant qu'un soldat le Christ à son calvaire.

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On ne s’etonnera pas que tant de liberté dans les sujets le ton et la manière lui ait valu de figurer dans le panthéon de l’art dégénéré des nazis. Ces derniers c'est certain ne pouvaient pas voir en cette Salomé, (voir ci-dessous) sadique et aguicheuse une Lorelei génitrice.

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Le catalogue de l'expositon est fort bien fait, outre qu'il nous donne à voir les quelques toiles exposées seulement à Leipzig et Ratisbonne il nous renseigne sur la vie artistique en Allemagne à la fin du XIX ème siècle et au début du siècle dernier.
Il y a peu dans mon compte rendu de la visite de la rétrospective Louise Bourgeois j’exprimais combien il était difficile de communier avec une oeuvre, surtout quand elle est autobiographique, mais elles le sont toutes un peu, lorsque l’on éprouve pas de sympathie ou au minimum d’empathie pour le créateur, comme c’était mon cas pour l’artiste américaine. Il en va tout autrement avec Lovis Corinth dont il me semble qu’il est difficile de ne pas aimer non seulement l’art mais aussi l’homme tant toute son oeuvre crie l’amour de la vie et l’ouverture d’esprit d’un peintre qui a su si bien magnifier à la fois l’érotisme et la vie de famille et dont toute l’oeuvre est aussi bien une ode à la culture qu’à la nature.

L'exposition dure à Paris jusqu'au 22 juin. Elle ira ensuite à Leipzig du 10 juillet au 18 octobre, puis à Ratisbonne du 9 novembre au 15 février 2009

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Pour se souvenir de Felix Nussbaum au musée d'art et d'histoire du Judaïsme de paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 



Self portrait with tea towel, 1936
Self portrait with appel, 1936
Self portrait with brother, 1937
Self portrait in front of houses, 1938
Self portrait with appel blossoom, 1939
Je ne me souviens pas d'être sorti d'une autre exposition de peinture aussi bouleversé, choqué, remué... qu'après avoir vu celle dédié à Felix Nussbaum, remarquablement accrochée au musée d'art et d'histoire du Judaïsme de Paris.
Il faut féliciter ce lieu pour proposer une exposition de cette qualité d'un peintre qui sera une découverte pour la quasi totalité des visiteurs.
Je ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que Felix Nussbaum, avant cette exposition, copieuse et bien accrochée sur trois niveaux, était inconnu en France. Il n'a été redécouvert en Allemagne, on peut même dire découvert qu'au début des années 70, son pays, qu'il a fui dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Ce fils de la bourgeoisie juive allemande a été formé à la peinture au temps de la Neue Sachlichkeit ( la nouvelle objectivité ) et des avant garde européennes. 

 
 
 
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Felix Nussbaum - Le vainqueur avec son vélo - 1929 *
 

 Felix Nussbaum étudie aux beaux-arts à Hambourg et à Berlin. Il est en 1932 pensionnaire de  la Villa Massimo , qui est le siège de l’Académie allemande de Rome (un peu l'équivalent de notre villa Médicis). Mais à partir de 1933, il fut un peintre errant durant plus de dix ans. Passant les dernières années de sa vie, traqué, se cachant pour peindre jusqu'à son arrestation en Belgique. L’arrivée d’Hitler l’oblige à s’exiler en Suisse puis en France. En tant que sujet allemand il est interné au camp de Saint-Cyprien dont il s’évade. Il se cache à Bruxelles avec son épouse d’origine polonaise, l’artiste Felka Platek. (1899-1944). A ce propos il est dommage que l'exposition ne présente aucune toile d'elle. Le 31 juillet 1944, le couple est arrêté. Il sera du dernier train qui partira pour Auschwitz où il sera assassiné dés son arrivée.   
Mais ce serait faire injure à sa mémoire et à son talent de regarder la peinture de Felix Nussbaum qu'à travers le prisme de sa dramatique biographie même si sa peinture est essentiellement autobiographique et cela avant que sa vie prenne un tour tragique comme le montre une de ses toiles de jeunesse "Erinnerung an Norderney" dans laquelle ils se souvient des heureuse vacances familiales et balnéaires dans l'ile de Nordeney. 
Dans cette toile on décèle clairement l'influence du Douanier-Rousseau. Les influences que subira Nussbaum, dont il saura pourtant se dégager, seront assez diverses et multiples. Dans ces toutes premières toile c'est celle de Van Gogh qui apparait. Son père, lui même peintre amateur et collectionneur était un grand amateur du peintre hollandais. Puis on y décèle assez vite celle de Chirico et plus largement de la peinture métaphysique italienne (dont je vous ai déjà parlé dans mon billet sur Filippo de Pisis  ) et du surréalisme, en 1932 dans son Narcisse.
La trace de Chirico sera toujours présente dans les très belles natures mortes des années 40 que je considère comme le sommet de l'oeuvre de Nussbaum. Très importante fut aussi pour l'allemand sa rencontre avec l'oeuvre (et l'homme) de James Ensor.
Visiblement Nussbaum n'ignorait pas non plus le travail de ses compatriotes Otto Dix et Christian Schad (1894-1982).
Très troublant dans certains de ses derniers tableaux, tel juif à la fenêtre, de 1943, alors qu'il ne savait rien de la condition des déportés, même s'il en avait eu un avant gout lors de son séjour dans le camp français de Saint-Cyprien, Nussbaum peint des personnages semblables à ceux que peindrons pour témoigner, les artistes rescapés des camps à leur retour.

 
 
 
 
juif à la fenêtre, 1943

La plupart des oeuvres exposées viennent du récent musée qui est entièrement consacré au peintre dans sa ville natale d'Osnabruck. Les photos de ce musée que l'on voit dans l'exposition donnent très envie d'y faire une visite.
Il serait dommage de rater cette belle leçon de peinture et d'histoire.
En outre pour ceux qui ne connaitrait pas encore ce lieu où souvent se déroule des expositions originales et passionnante pour lesquelles le souci pédagogique est toujours présent, c'est aussi l'occasion d'admirer le magnifique hôtel qui sert d'écrin au musée avec dans sa cour l'intéressante statue représentant le capitaine Dreyfus, oeuvre de Tim, les lecteurs de l'Express "orange" se souviennent encore de ses caricatures. Il ne faut pas non plus manquer à l'intérieur l'émouvante installation de Boltanski.

Si par miracle un des responsable du musée d'art et d'histoire du judaïsme me lisaitje lui suggérerait de consacrer une exposition à un autre peintre juif de grand talent, également victime de la Shoah, Arturo Nathan, un surréaliste italien aux toiles envoutantes auxquelles je ne vais pas tarder à consacrer un billet...

Self-portratit with key, 1941
Fear, self portrait with niece Marianne, 1941
Soir (Self-portrait with Felka Platek), 1942
 
Self-portrait at the Easel, 1943
Self-portrait with jewish identity card, 1943
Masquerade, 1939
The secret, 1939
The wandering jew, 1939
The great destruction, 1939
The great destruction II, 1939
The refugee, 1939
Prisoner, 1940
Camp synagoge, 1941
The storm, The exiles, 1941
Women lamenting, 1941
Prisoners in S. Cyprien, 1942
Prison yard, 1942
Organ grinder, 1942/43
The damned, 1943
Autoportrait avec Felka et Jaqui  1944
Death triumphant, 1944

Nota
1- On trouve certaines de ses œuvres sur le site de Ten dreams et celui de Yad Vashem ainsi qu’un reportage sur Culture box
2- les toiles marquées de * ne sont pas dans l'exposition

Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
71 rue du Temple
75003 Paris



      

Les perles, en deuil, 1938

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pour se souvenir de Keith Haring à Lyon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Je n'aurais guère l' outrecuidance de rajouter à tout ce que l'on a pu écrire sur Keith Haring depuis sa disparition en 1990. Les amateurs d'art et la nébuleuse gay ont depuis longtemps célébré à juste titre l'artiste et l'homme. Je vous conseille vivement de faire un détour par le beau musée d'art moderne de la ville de Lyon, lieu d'exposition d'une qualité très supérieure à ce que propose Paris dans le domaine,  pour la rétrospective Keith Haring qui est heureusement prolongée jusqu'au 13 juillet.
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Je rappellerais juste que Keith Haring est né en 1958 à Kutztown aux Etats unis. En 1978 et 1979 il a fait ses études à la school of visual Arts de New-York. Dès la fin des années 70 Keith Haring commence à réaliser à la craie des sortes de dazibaos dans le métro new-yorkais. Ils se composent de petits personnages ou d' animaux "vibrants" qui sont simplement silhouettés s'y ajoutent quelques symboles croix, coeur, triangles... Ces éléments constituent peu à peu une iconographie facilement identifiable. A partir de 1980 il fait partie du mouvement graffitiste. Sa première exposition personnelle a lieu en 1981. Ami et fan d'Andy Warhol (dont il a réalisé un portrait que l'on peut voir dans cette exposition), il est reconnu dans le monde entier dès 1984. Il continue à intervenir directement dans la rue. Il a peint sur tous les supports des bâches, des toiles, du métal, du bois et même sur les corps. Artiste engagé, militant contre le sida, il est mort de cette maladie à New York en 1990.

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Saint Sébastien
La première impression lorsque l'on pénètre dans l'exposition est la clareté de l'accrochage, chaque toile respire sur son mur. Les oeuvres se répondent intelligemment l'une l'autre. La présentation est thématique et nom chronologique, ce qui est plus plaisant pour l'oeil mais moins efficace pour la compréhension de la démarche de Keith Haring. Il est à ce sujet indispensable de visionner le film projeter au troisième niveau de l'exposition. Si le film ne brille pas par sa distance critique, il a le grand mérite, d'une part de montrer l'artiste au travail, on est ébahi par la dextérité du dessinateur, et d'autre part de nous éclairer sur la démarche de l'artiste. Ce documentaire traite surtout du travail de muraliste de Keith Haring, absent à une exception près à Lyon, par la force des choses. Il met aussi en valeur l'action de l'homme et de l'artiste en faveur des enfants malades. Il a décoré plusieurs hôpitaux de pédiatrie, à travers le monde dont l'hôpital Necker à Paris. Son intérèt pour les enfants n'est pas surprenant tant on peut constater que son imaginaire est resté enfantin jusqu'à sa fin prématurée. Il est marqué par la télévision, avec des recurrences comme ceux des animaux de compagnie mais aussi d'un bestiaire  fantastique, d'extra terrestre'... Il est également très connoté année cinquante, peur du nucléaire, soucoupes volantes, martiens...
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Ceux qui connaissent bien Keith Haring seront pourtant surpris par cette rétrospective. Tout d'abord elle réussit a modifier l'image un peu convenue et surtout fausse que beaucoup ont encore de lui, celle d'un jeune et gentil graffiteur autodidacte. Si l'artiste faisait des graffitis dans le métro newyorkaisnewyorkais, sans oublier de se faire accompagner d'un excellent photographe, ce qui nous vaut de superbes photos, c'était sur le chemin de son école d'art plastique où il fut un élève studieux.
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Si l'on savait qu' Alechinsky avait durablement influencé Keith Haring, je pense que la plupart des visiteurs ignoraient la parfaite connaissance par l'américain de l'art moderne. On découvre à Lyon des tableaux directement inspirés de Picasso, de Dubuffet, de Fernand Léger, Basquiat et d'une manière plus diffuse par  Matta, Tinguely, Niki de Saint-Phalle...

 

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Mais sans faire de communautarisme, il est tout de même extrêmement curieux pour ne pas dire choquant de s'apercevoir que l'homosexualité de Keith Haring n'est jamais mentionnée dans les cartouches explicatifs alors que sa représentation est une partie importante de son oeuvre mais qui est complètement absente de cette exposition! Il n'y a (sauf dans les coins) aucune image explicitement sexuelle alors que la peinture de Keith Haring en regorge! Est-ce par crainte de choquer les enfants, très nombreux lors de ma visite ce mercredi...
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Autre bémol à mon enthousiasme le prix prohibitif du catalogue 70 euros! heureusement très bien imprimé et édité par Skira. Curieusement la boutique du musée propose assez peu d'objets dérivés de la création de Keith Haring, alors que cela faisait partie de façon intégrante de sa statégie de la diffusion de son art. A tel point qu'il avait ouvert deux boutiques, les pop shop, aujourd'hui fermées, l'une à Tokyo que l'on peut voir reconstituée, et l'autre à New-York.
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eune visiteur dans la pop shop reconstituée
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L'important est que l'on sort de l'exposition heureux et plus intelligent. Le visiteur voit une oeuvre d'un artiste qui avait le souci d'enchanter le monde et de faire du bien. Avec des moyens simples au service d'idées claires, Keith Haring montre, à condition d'avoir comme lui une grande maitrise et une connaissance de son art, que l'on peut  aborder des questions graves, le risque nucléaire, la nocivité des télé-évangélistes, la sexualité... par le biais de la peinture et être entendu par le grand public.




 



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Pour se souvenir de Louise Bourgeois au Centre Pompidou

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Il me parait indispensable pour apprécier une oeuvre auto proclamée autobiographique, comme celle de Louise Bourgeois, d’avoir quelque empathie avec l’artiste. Et bien je n’en pas la moindre avec cette incontestable créatrice de forme. Rien n’est plus loin de moi que cette macération dans de vieilles haines recuites pour son père, que cette alternance de famille je vous aime, famille je vous hait, que ce repli sur soi nombriliste dans l’humidité féminine qui a pour conséquence semble-t-il à la longue le rejet de tous ses proches, que cette attirance morbide pour la décomposition et les reste avec pour curieux corollaire cet acharnement à vivre quelque en soit la douleur. De toutes ces obsessions Louise Bourgeois s’en repaît depuis près de soixante dix ans. Elles nourrissent son oeuvre et sont ses meilleures viatiques pour la postérité. J’aurais vu jusque là peu d’expositions aussi dérangeantes. Celle-ci l’est éminemment par la crudité des œuvres montrées et la totale impudeur de leur créateur. On a l’inconfortable sentiment d’être en présence d’objets rituels d’une religion dont Louise bourgeois serait à jamais l’unique grande prêtresse. Du fouillage névrotique de son inconscient a accouché une oeuvre aux expressions multiples dont la plus achevée est la sculpture mais donc l’unique sujet est Louise Bourgeois.

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L’exposition rassemble dans trois espaces du Centre Pompidou près de deux cent pièces, peintures, sculptures, dessins, gravures, installations qui s’échelonnent sur une période allant de 1938 à 2007. On est accueilli dans le hall du musée par la grande araignée de bronze qui gambadait avec plus d’aisance dans celui de la Tate modern il y a quelques années... Au troisième niveau on trouvera ses dessins les plus récents, sortes d’exorcisme de la décrépitude alors que le gros de la rétrospective est au sommet du centre.
Comme elle le dit sans ambages toute son oeuvre est née des souffrances de l’enfance. Elle n’aura de cesse que de recréer par des moyens divers,  ces années, pourtant selon elle malheureuses, en posant sur elles un regard morbide. Voilà la version officielle qu’est donné de son enfance. << A l’âge de 11 ans Louise Bourgeois dessine les parties manquantes des tapisseries que restaurent ses parents dans leur atelier de Choisy-le-roi. Elle grandit dans un univers féminin de couturières, parmi les pelotes de fils et les aiguilles. Sa mère pragmatique et “féministe” dirige le travail, tandis que son père collectionne les antiquités et court le jupon. Il introduit dans la maison sa maîtresse, une jeune anglaise engagée comme gouvernante auprès des enfants. Cette double trahison, qui met en péril l’équilibre familial, perturbe profondément la jeune Louise qui se sent manipulée par les adulte. Une faille s’ouvre...>>. Cette enfance et sa posture vis à vis d'elle à quelque chose à voir avec celle de Céline...

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Voilà des fautes qui me paraissent bien bénignes pour avoir enfanté une telle haine du père qui se matérialisera en 1973, soit trente cinq ans après avoir quitté ce père honni, par la sculpture “The destruction of the father”; une figure aliénesque qui ferait passer les monstres de Giger pour des reproductions d’aimables animaux de compagnies. Devant cette pièce d’une force aussi incontestable que dérangeante on ne peut que soupçonner que la lisse biographie de la jeunesse ne soit que calembredaines. On pense immédiatement plutôt à une relation incestueuse entre le père et la fille faite d’attirances et de répulsions. Il faut tout de même rappeler qu’elle rencontre son futur mari, Robert Golwater un historien d’art spécialisé dans le primitivisme qui l’ emmènera à New York dans << la petite galerie qu’elle ouvre avec son père, boulevard Saint Germain>>.
On peut voir toute cette exposition comme un gigantesque exorcisme. On remarquera plusieurs petites figurines percées de clous...

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La rétrospective fait silence sur les années françaises et la formation de l'artiste. Il me semble qu’il n’est pas pourtant inutile de savoir que Louise Bourgeois a fait des études de mathématiques à la Sorbonne de 1932 à 1935. A partir de 1936, elle suit des cours de dessin et fréquente l’Ecole du Louvre et les Beaux Arts de Paris.
Les début sont marqué par l’autoportrait (mais son oeuvre n’est elle pas qu’un autoportrait proliférant?) d’abord sous forme de dessins, cela sera la seule période où l’extérieur sera présent. Elle se représente volant au dessus d’un gratte ciel (son atelier est alors situé sur la terrasse d’un immeuble) et dans un autre dessin en femme gratte ciel. C’est une première représentation de la “Femmes-Maison” qui prendra bien d’autres formes.
Elle fait sa première exposition personnelle en 1945 à New-York. En 1951 elle prend la nationalité américaine. Elle représentera e 1993 les Etats Unis à la Biennale de Venise.
Les années cinquante est la seule période qui semble lumineuse. Ce qui est pourtant en opposition avec ses déclarations: << J’ai adopté cet endroit en plein air (la terrasse déjà mentionnée ) et j’ai recréé tous les gens que j’avais laissés en France. ils étaient massés les uns contre les autres; ils représentent tous les gens dont je n’aurais pas admis qu’ils me manquaient. Je ne l’aurais pas admis, mais le fait est qu’ils me manquaient terriblement.>>. Elle sculpte des totems dans du bois, du balsa, le bois des réservoirs d’eau de New-York, qu’elle peint ensuite, ou elle assemble des morceaux de bois  de récupération (du bois flotté?) pour en faire des “personnages longilignes”. Elle dispose ensuite ces “figures” en groupe. Le résultat est à la fois presque joyeux et rassurant. Ces ensembles totémiques présentent une parenté avec les totems de Chaissac .

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Suivent des séries de très belles petites sculptures en marbre ou en bois aux formes pures très inspirées de Brancusi  qui sont des variations presque abstraites sur le corps.

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Malgré ses thèmes récurrents Louise Bourgeois a su constamment leur donner des formes différentes en particulier par l’emploi de matériaux inattendus comme le latex ou la tapisserie, réminiscence évidente de l’enfance. Ainsi dans les travaux des années 60 pendant lesquelles elle élabore des nids, des tanières, des refuges dans les matériaux les plus divers ou beaucoup plus recemment ses têtes inquiétantes en tapisserie ou bandes velpeau.

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A ce stade de l’exposition on a vu un ensemble de pièces qui forme un parcours dans la sculpture moderne, du minimalisme au surréalisme. On y a reconnu les influences de Brancusi mais aussi celles de Picasso, de Bellmer  et d’Etienne Martin , les nids de Louise Bourgeois cousinent avec les demeures de ce dernier.
Mais la découverte de la salle 4 provoque un choc. Nous sommes projeté dans l’antre d’un serial killer, écorcheur, adepte du bondage. Ce n’est pas sans répulsion que je me suis campé devant la vitrine dans laquelle pendouillaient des formes phallique. J’ai été saisi d’un profond malaise devant ces substituts de sexe, pour moi menaçant. Cet ensemble a pour postérité aujourd’hui dans l’esprit et dans la forme les sculptures dégoulinantes d’Elsa Sahal ...

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Dans la même salle, plus aimables mais aussi complexes et à connotations tout autant sexuelle sont les “soft landscapes” composés de champignons, de rotondités, de bosses qui évoquent seins et sexes, tétons et glands. Ils sont réalisés en divers matériaux latex, albâtre, marbre... du plus mou au plus dur. Cette nature anthropomorphe est on ne peu plus érotique...

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L’araignée est une des figures récurrentes de l’expositions et donne les pièces les plus spectaculaires. Elle évoque la figure maternelle comme le déclare Louise Bourgeois: << Pourquoi l’araignée, parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, indispensable, qu’une araignée.>>.
Le sentiment de grande gène sera renforcé par les grandes poupées humaines recouvertes de tissus rose, certaines unijambistes ou dotés d’un appareillage orthopédique en souvenir d’une soeur estropiée. Deux séries à mettre sans conteste sous le parrainage de Bellmer.

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Dans les années soixante dix Louise Bourgeois est sous l’emprise du féminisme. Ce qui nous vaut une étonnante sculpture d’un homme en bronze doré se convulsant par là l’artiste voulait signifier que l’ hystérie n’était pas l’ apanage des seules femmes! Quant à moi cette figure lisse, pourvu d’un bon paquet, m’a immédiatement fait penser à un super héros de comics vaincu, même suspension dans les airs, la salle d’exposition devient case, même posture outrée que chérissent les dessinateurs de bandes dessinées.

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En 1973, son mari meurt, elle le vit comme une trahison de sa part qu’elle exprime par une installation que je trouve peu convaincante. Mais cette réaction est typique de son rapport avec le monde (ou avec les hommes?). Ce serait elle senti trahi quand son père aimait une autre femme que sa mère (ou elle?)? Elle a aussi cette impression de trahison lorsque elle constate que son fils communique peu avec elle, comme elle le déplore dans un de ces dessins. Au vu de son expression artistique on peut subodorer que cela ne devait pas aider le jeune homme à s’épancher dans son giron! Il est difficile de ne pas voir dans ces curieuses réactions un égocentrisme exacerbé.
On n’est pas au bout du malaise car avant de retrouver le ciel salvateur de Paris, Le musée à cet étage offre peut être la plus belle vue de Paris que l’on puisse voir, il faut traverser les installations, en 1950 elle a été une des premières artistes à en réaliser, les cellules comme les appelle Louise Bourgeois, sans doute pour mieux emprisonner ses propres démons. Elle y évoque son passé à l’aide d’objets hétéroclites qu’elle enferme tantôt par des jeux de vieux paravents, tantôt par des panneaux grillagés. On pense alors beaucoup aux dernières réalisations deRauschenberg .

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Sans doute pour ne pas nous laisser partir sur une vision aussi sombre la dernière installation est plus ludique et plus claire, il s’agit d’une représentation d’un être à tous les âges de la vie, sous forme de poupées de chiffon placées devant un miroir déformant.

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Une exposition inconfortable mais inoubliable. 

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pour se souvenir de l'exposition en 2009 de Renoir au XX ème siècle au Grand Palais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Je ne serais sans doute pas aller voir cette exposition, Renoir au XX ème siècle (en fait les tableaux exposés vont de 1890 à la mort du peintre en 1919), si je n’avais pas reçu une invitation pour son vernissage, et bien sûr j’aurais eu tord car il est toujours utile de voir les toiles d’un peintre même si l’on connaît bien les reproductions d’un grand nombre de tableaux qui sont exposés au Grand Palais. Si j’y ai fait quelques découvertes picturales, je n’ai néanmoins pas changé d’avis sur cette peinture. Et encore une fois je vais aller au rebours du consensus national qui semble cet automne se faire autour de Renoir pour en chanter les louanges.

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Débarrassons nous d’ emblée du sujet, le choix d’un peintre pour ceux-ci, qui je ne le répéterais jamais assez, s’il n’est pas dérisoire il ne doit pas pour autant obnubiler le spectateur et lui masquer la manière. Il faut savoir que le visiteur verra surtout dans cette exposition des portraits de femmes et des nues féminins. Toujours à propos du sujet j’entendais dans l’émission, “les matins de France-Culture”, la commissaire de l’exposition dire qu’il fallait oublier les sujets des tableaux, tant aujourd’hui les canons de la beauté féminine sont bien loin de ceux que chérissaient Renoir. Le peintre meurt au moment où l’on invente le nouveau dogme de la beauté de la femme (et aussi dans une moindre ampleur de l’homme), la minceur. Cette remarque met en évidence combien Renoir dans les dernières années de sa vie a tourné le dos à son époque à la fois par les sujets traités, un retour à l’antique ou plutôt au fantasme de l’âge d’or, alors que lorsqu’il se voulait impressionniste (mais l’a-t-il été ? ses toiles des années 1870 sont bien différentes de celles de Sisley, Monet ou Pissaro, elle sont plus proche de celles de son ami Bazille) il revendiquait de peindre la modernité, un monde non rêvé mais réel qu’il allait croquer sur le motif.

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Mais plus gênant que l’obsession de l’artiste pour un certain type de femme, nymphes déjà mafflues aux lèvres pulpeuse et aux joues rouges de paysannes frisonnes, il y a l’indéniable faiblesse du dessin dont les mains des modèles sont un constant rappel, cette carence n’est pas toujours rattrapée par la construction du tableau qui est généralement solide ni par le chatoiement des couleurs dans certaines toiles Renoir est un formidable coloriste. Mais dans les oeuvres de la toute fin la profusion des tons et d’éléments sur la moindre surface du tableau sont mis en péril par une touche trop maigre qui laisse souvent deviner le grain de la toile.
C’est dans cette ultime période que les choses se gâtent vraiment, Renoir qui dans la vie semble un brave homme généreux envers ses jeunes confrères, dans la solitude de son atelier prend la posture du grand peintre et se mesure aux maîtres anciens tels que Titien, Rubens, Velasquez, Ingres, Boucher... et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne sort pas vainqueur de ces combats. Il me parait difficile en particulier de s’extasier sur sa dernière oeuvre à moins de considérer Botero comme un grand artiste, pas que je ne saurait franchir...
Cette visite m’a fait constater une curiosité qu’en à la manière du peintre; dans bien des tableaux peint à l’huile, on a le sentiment que ceux-ci, à cause du léger flou du rendu, ont été réalisés aux pastels ou avec des craies grasses...
La révélation (en ce qui me concerne) est de découvrir un Renoir en sculpteur rentré dans les quelques pièces exposées, dont un très joli buste modelé d’un de ses fils enfant, mais surtout dans de nombreuses toiles et les quelques trop rares dessins qui semblent être ceux d’un sculpteur par leur mise en volume et font beaucoup penser à l’oeuvre de Maillol.

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Les tableaux vraiment réussis sont ceux que le peintre à exécutés, vraisemblablement très rapidement, en observant les attitudes habituelles des personnes de sa maisonnée, ainsi le merveilleux petit format montrant Jean Renoir (le futur cinéaste) dessinant, datant de 1901, sans oublier "Gabrielle et Jean" ni "La frivolité (ci-dessous dans cet ordre).

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Il y a aussi quelques très belles réussites lorsqu’il s’agit de travaux ayant nécessité de nombreuses poses comme l’autoportrait datant de 1899, Claude Renoir en clown ou encore Jean Renoir adolescent en chasseur (ci-dessous dans cet ordre).

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La muséographie de l’exposition, au lieu prêt, plus labyrinthique encore qu’à l’habitude, j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver les quatre dernières salles, est irréprochable. La centaine de tableaux proposés, dont beaucoup viennent des Etats-Unis, se repartissent en quinze salles dans un accrochage qui allie habilement le chronologique avec le thématique. Chaque tableau est bien éclairé et accroché assez bas pour que même une personne de petite taille n’ai nul besoin de lever la tête pour le contempler. Deux salles proposent de nombreux documents photographiques, soigneusement encadrés, qui rendent compte de la quotidienneté du peintre et de son entourage. On s’aperçoit à cette occasion du courage de Renoir, qui victime de rhumatismes déformant a été privé de ses jambes durant les dernières vingt années de sa vie ce qui ne l' a pas empêché de continuer à réaliser un grand nombre de peintures pimpantes (bien que souvent la tristesse des regard contredit la gaité de l'ensemble). Il a du aussi, en raison de la déformation de ses doigts, apprendre à tenir son pinceau d’une nouvelle manière et donc changer les gestes de sa création.

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Alexandre Thurnyssen en jeune pâtre
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Les organisateurs ont eu l’idée intéressante de confronter certains tableaux de Renoir avec ceux de ses cadets, Picasso, Bonnard, Matisse... (il est seulement regrettable que cette démarche ne soit pas plus présente dans l’exposition) traitant un même sujet. Seulement c’est un bien mauvais service à rendre à Renoir tant les toiles de Bonnard sont supérieures à celles de Renoir. On arrive donc à ce paradoxe, que dans une exposition Renoir, les deux plus beaux tableaux soient signés Bonnard (ci-dessous).

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Vous pouvez entendre, en cliquant sur la ligne ci-dessous, la conférence de Jean Renoir prononcée le 16 juin 1954, Auguste Renoir, par Jean Renoir  dans laquelle il raconte entre autres l'arrivée à Paris de son père , son logement dans la cours du Louvre et sa rencontre avec Samson le bourreau de Louis XVI.

 http://dl.dropbox.com/u/51732244/Conf%C3%A9rence%20Auguste%20Renoir%20par%20Jean%20Renoir%2C%20%281954%29.mp3
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Art urbain, Mesnager, Mosko et associés, Nemo et Gérard Faure au Carré de Baudouin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Il est assurément bien dommage de vous parler d'une exposition qui est terminée mais l'ayant vue le dernier jour de son ouverture, dès que j'ai appris son existence, il était difficile de faire autrement. Et puis il aurait été dommage de ne pas montrer les images que j'en ai réalisées, non en raison de leur qualité mais parce qu'elles offre un témoignage de cette manifestation éphémère, qui paradoxalement montre des oeuvre qui elles sont pérennes, alors qu'habituellement, enchantant les rues de Paris, elles ont, presque toujours, une durée de vie assez courte, attaquées par les intempéries et la rage des hommes alors qu'elles sont un appelle à la contemplation, soit à la paix.

Il faut tout d'abord rendre hommage aux autorités du XX ème arrondissement de Paris qui ont offert à trois artistes majeurs du street art, Mesnager, Mosko et associés, Nemo et leur excellent photographe Gérard Faure, les impétrants préfèrent le terme d'art urbain, pour ma part je préfère l'art dans la rue, un beau lieu pour exposer, le Carré Baudouin.


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Mosko

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Les aras sur une palissade de Mosko.

L'art urbain est multiple. Au carré Baudouin, on pouvait voir certains maîtres du pochoir. Technique ancestrale, qui peut sembler simpliste pour le béotien alors qu'elle est particulièrement difficile à mettre en oeuvre surtout lorsqu'il y a plusieurs couleurs et que le support est difficile d'accès.

C'est dés le mur qui ferment le carré Baudoin que l'exposition commence.

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Nemo, Mosko et Mesnager se sont mis ensemble pour la fresque sur le mur de l'exposition, rue Ménilmontant, Paris XX ème.

Les artistes présentés illustrent les rues de Paris, et d'ailleurs, depuis le début des années 80. C'est en 1983 qu'est apparu pour la première fois la silhouette véloce du bonhomme blanc, depuis il a couru sur bien des murs de Paris, de Mesnager. Parallélement, comme on pouvait le voir dans l'exposition, Jérôme Mesnager développe une oeuvre importante sur toile. Peintre avant tout, il dit puiser son inspiration dans la peinture classique (Uccello, Brueghel, Ingres, Mucha, Michel-Ange...).

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Le jugement dernier vu par Mesnager.

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vue générale de la grande salle du rez de chaussée du carré Baudoin.

Sous le nom Mosko et associés, se cachent Michel Allemand et Gérard Laux. Ces artistes autodidactes sont des typographes de formations. Ils ont décidé, à la fin des années 80, de transformer les grises rues de Paris en un zoo joyeux et coloré. Ils ont commencé par mettre leurs pochoirs sur les immeubles murés, voués à la démolition, du quartier de la Moskowa, d'où leur nom; ceci pour entrer en résistance contre l'agonie du quartier. Depuis ils déploient leur bestiaire enchanté et multicolore, tigres, panthères, gazelles, éléphants ou girafes... Leur crédo est de mettre de la gaieté et de la couleur, là ou règne la grisaille et la tristesse. Une oeuvre sur toile et palissades vient compléter ce travail de rue. Un album intitulé fort justement "savanes urbaine" des photos de Gérard Faure présente un beau panorama du travail de Mosko et associés. Pour en savoir plus sur Mosko, voir leurs tableaux et les acheter c'est ici.

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Mosko et associés.

Nemo est sans doute le plus rare des artistes exposés au Carré Baudoin sur les murs de la ville. Comme le duo de Mosko c'est aussi un autodidacte, scientifique de formation. Nemo réalise ses premiers pochoirs, au début des années 1980. L'homme en noir, figure emblématique de Nemo, apparait dix ans plus tard dans les rues du XX ème arrondissement, terrain de prédilection de l'artiste. Cependant Nemo n'hésite pas à s'aventurer dans d'autres quartiers parisiens et bien au-delà, en Colombie, à Tokyo ou à Lisbonne. Des compositions savantes et magistrales de Nemo se dégage, outre le rêve et la poésie des premiers pochoirs, un univers insolite chargé de mystère proche de celui des surréalistes. Poète de la rue avant tout Nemo se fait avare d'expostions en galerie.

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Gérard Faure

Une des chances de ces virtuoses du pochoir est de voir leurs oeuvres, souvent éphémères, fixées par le très talentueux photographe Gérard Faure. Ce dernier photographie depuis plus de vingt cinq ans, les quartiers de Paris condamnés à disparaître, les immeubles voués à la démolition. Inévitablement, il rencontre, au début des années 1980, les artistes de rue qui, comme lui, arpentent les mêmes territoires. Il enregistre avec un rare sens de la composition et de la lumière (voir l'image ci-dessus), les traces de cet art éphémère par nature. Au fil des années son travail photographique est devenu une véritable mémoire de l'art urbain parisien. Ses photographies traduisent avec une profonde humanité l'alchimie qui s'opère entre les peintures de rue et les habitants.

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Mosko et associés

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Mosko et associés et Mesnager

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Nemo et Mesnager

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Nemo et Mosko et associés

La très bonne idée de cette exposition est d'avoir favorisée, comme on le voit ci-dessus, la collaboration des artistes, pour le travail "de chevalet" qui existait déjà largement dans les rues de Paris.

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Je voudrais faire une incise à ce billet. Il ne faudrait pas croire que je sois favorable à voir tous les murs de nos villes et en particulier ceux des bâtiments publics et des monuments maculer de tagues, pochoirs ou autres interventions. Lorsque cela se produit j'en suis navré et c'est une calamité mais lorsque des artistes investissent, comme c'est le cas de ceux exposés au Carré Baudouin, des murs lépreux ou voués à une démolition prochaine c'est un bienfait inestimable pour les habitants de ces quartiers, souvent tristes, et le promeneur attentif que je suis. Disons qu'il est aussi question dans l'utilisation des murs de la ville comme support de l'art, comme lieux de performances, du talents, du civisme et surtout de l'intelligences des intervenants.

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Mesnager

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Pour que vous ne soyez pas trop frustrés dans de prochains billets je vous proposerai des itinéraires dans Paris qui permettent d'admirer les oeuvre de ces artistes (et d'autres).

Lien:
Jungle urbaine: les pochoirs de Mesnager et Mosko et les poubelles sauvages
La savane de la rue de l'Ourcq

Archéologie du quotidien

Mosko et associés

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Autres billet sur le street art sur ce blog

 

street art, à La Havanestreet art, dans le XX èmeStreet art, Alechinsky rue Descartesstreet art, un serpentaire rue de SèvresStreet art à Cordouechat et street art à Grenadestreet art à Sévillestreet art et garçons à Tokyostreet art rue des rosiersstreet art du coté du XIX ème arrondissement         

 

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pour se souvenir de Guy Peellaert au musée Maillol en 2009

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

L'accrochage, j'hésite a appeler cela une exposition, de la série " Rock dream" de Peellaert confirme que le musée Maillol est un lieu impossible pour montrer de la peinture, passe encore pour la grande salle du rez de chaussée où pour l'instant s'ébrouent les toiles incongrues de George Condo , mais les pièces du deuxième étage où est relégué le malheureux Peellaert, ressemblent à celles d' un appartement petit bourgeois de l'entre deux guerres qu'un huissier aurait débarassé de ses meubles oubliant les tableaux sur les murs.

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Encore ne nous plaignons pas trop, l'infortuné a echappé aux pires salles avec moulures et cimaises couleur chocolat avarié. Peellaert a hérité de salles tendues d'une couleur bleu France sur laquelle au moins les oeuvres se détachent bien. L'éclairage comme toujours au musée Maillol est approximatif et les cartouches expliquatifs tout à fait rares.

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Mais si je me rend régulièrement au musée Maillol malgré les conditions calamiteures d'exposition c'est que le choix des artistes exposés est toujours pertinent et comble les innombrables manques des lieux officiels dans lesquel on montre de la peinture qui s'éloignent rarement des chemins balisés par le souci de rentabilité et le conformisme des conservateurs .

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Il faut donc néanmoins se rendre rue de Grenelle ne serait ce que pour saluer la louable initiative d'exposer Peellaert . On peut regretter qu'il ait fallu attendre que l'artiste meurt, à la fin de l'année dernière, même si cette exposition avait été programmé de son vivant, pour voir de ses originaux à Paris. Il ne faut jamais oublier que ces oeuvres n'ont pas été faites pour être accrochées sur des cimaises, comme d'autres oeuvres de Peellaert qu'il aurait été peut être plus judicieux d'exposer, mais pour être imprimées. Mais cette exposition qui ne concerne que les planches originales de l'album "Rock dreams" ne présente qu'une facette de cet artiste multiple qui a été peintre, illustrateur, muraliste, auteur de bandes dessinées (Les aventures de Jodelle (1966), Pravda la survireuse (1967) ... et dont certaines images, par exemple celles des pochettes de disque qu'il a réalisées pour de nombreux artistes ( Les Rolling Stone, David Bowie, Etienne Daho, Willy DeVille...) ou celle des affiches de film (Taxi Drivers, Paris Texas, Les ailes du désir...) sont dans toutes les mémoires sans que beaucoup en connaissent le nom de leur auteur.

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L'exposition réunit donc trente planches originales de l'album "Rock dream" qui a connu à sa parution un succès considérable dans toute l'Europe et encore plus aux Etats Unis. Chaque oeuvre traite d'un artiste ou d'un groupe dont certains sont déjà totalement oubliés aujourd'hui et ne seront sauvés du néant guère que par l'oeuvre que leur a consacrée Peellaert. Ces tableaux me rappellent ce que me disait Edouard Mac Avoy devant le portrait de Mauriac qu'il avait peint: <<>>.

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Pellaeert associe plusieurs techniques pour réaliser ces planches sur lesquelles il a travaillé durant trois ans: aérographe, projection de photographies, encre calque pastels... Il réussit à gommer toute présence du geste de la main, livrant une image presque photographique qui joue avec l'effet du réel et où les frontières entre les différentes techniques sont insiscernables.
Les images de Peellaert sont plus des images rêvées du monde du rock et de l'Amérique que des images réelles. Les figures évoquées, Janis Joplin, Bob Dylan ou Tina Turner sont mis en scène dans une fiction née de l'imaginaire de Peellaert; comme celle dans laquelle Ray Charles conduit une voiture, masquant sa cécité par l'écran noir de ses lunettes. Dans une autre planche apparait Jerry Lee Lewis sur une affiche derrière la jeune mineure en tenue de mariée qui faillit lui coûter sa carrière.
Rock Dream nous donne à voir l'imaginaire du rock'n'roll américain rêvé par un grand graphiste européen.

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site officiel de Guy Peellaert ici

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