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235 articles avec citations

La vogue du steak tartare

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La vogue du steak tartare

La vogue du steak tartare… est une opération d’exorcisme contre
l’association romantique de la sensibilité et de la maladivité : il y a dans
cette préparation tous les états germinants de la matière : la purée
sanguine et le glaireux de l’oeuf, tout un concert de substance molles et
vives, une sorte de compendium significatif des images de la préparturition.

Roland Barthes

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le murmure de quelques livres

Publié le par lesdiagonalesdutemps

aout 2014

aout 2014

« Je viens de passer plus de trois mois sur les routes de Grèce, de Belgique et du Danemark. Trois mois loin de mes livres. En rentrant chez moi j’ai été presque aussi content de les retrouver que de revoir mes proches. Je ne sais plus quel écrivain disait que lorsqu’il passait devant ses livres, il les entendait chuchoter. Tant de mots compressés dans tant de pages et traduisant tant de pensées et recelant tant de sens finissaient par émettre un brouhaha, un froissement presque audible. Je me suis approché de mes rayonnages pour y capter le murmure de quelques livres. »

Géographie de l’instant - Sylvain Tesson - Editions des Equateurs

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Sur l’usage des moustaches chez le chat et chez plusieurs autres animaux

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Clara, juillet 2014

Clara, juillet 2014

M. B. ayant disséqué avec soin sur un gros chat les rameaux de la 5e paire, qui se rendent aux moustaches, remarqua qu’un filet considérable se rendait à chaque bulbe, et que ces filets se perdaient dans l’intérieur de chaque poil. On conserve au musée Huntérien une semblable préparation faite sur le phoque. M. Andral fils, dans un des nos du Journal de physiologie expérimentale, a décrit, il y a déjà quelque temps, les filets nerveux qui se rendent aux moustaches de cet animal. La grosseur de ces nerfs ayant fait penser à M. B. que les moustaches sont des organes destinés à transmettre certaines sensations, il a fait quelques expériences pour vérifier cette supposition. Il rangea des livres sur le parquet, de manière à former des chemins disposés comme les rues d’une ville; puis, ayant bandé les yeux d’un jeune chat, il observa que cet animal se dirigea très-bien en appliquant sa tête sur le parquet, et évita les angles et les murs formés par les livres. On coupa ensuite les moustaches de ce chat, sans qu’il parut souffrir, et alors il fut évident, dit M. B., que l’animal, qui avait toujours les yeux bandés, eut peine à suivre la route formée par les livres; il se heurta à plusieurs reprises contre les livres et aux détours qu’ils formaient. D’après ces faits, M. B. pense que les moustaches servent aux animaux à éviter de se heurter dans l’obscurité contre les divers corps qu’ils peuvent rencontrer. Il n’est pas fort exact de comparer les moustaches du chat,» comme le fait l’auteur, aux bras de la sépia, aux antennes des insectes et des crustacés, ou aux tentacules du limaçon.D. F.

S. D. Broughton, « Sur l’usage des moustaches chez le chat et chez plusieurs autres animaux », Lond. med. and phys. Journ., mai 1823, p. 397, rapporté par le Bulletin général et universel des annonces et des nouvelles scientifiques dédié aux savans de tous les pays, t. 4, 1823.

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Fleur bleue

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Philippe, La Varenne, 1985

Philippe, La Varenne, 1985

« Toute caresse, toute confiance se survivent » : voilà ce que j’ose espérer, et qu’il me semble avoir jusqu’à présent vérifié. On remarquera que le poète, lui aussi, met la caresse avant la confiance. Mais il ne les dissocie pas. D’heureuses dispositions érotiques et sentimentales (ou que je juge telles parce que ce sont les miennes, admettons de l’envisager) m’ont fait associer, toujours, le plaisir et l’immédiate affection, la reconnaissance peut-être, la tendresse, un amour épars. Je n’ai pas eu besoin d’être amoureux, certes, comme d’aucuns, et surtout des femmes, soutiennent qu’ils doivent l’être, pour éprouver la volupté ; mais elle m’a toujours inspiré, pour peu qu’elle fût partagée dans la douceur, l’amusement et la facilité, des sentiments qui étaient d’amour, oui, et qui le demeurent. C’est dire une fois de plus que m’est totalement étrangère, indifférente ou vaguement rebutante, même si par libéralisme je la respecte chez les autres, à condition qu’ils n’y contraignent personne, toute érotique de la violence, de l’animosité soit-elle jouée, de la douleur infligée ou subie. Je ne comprends rien à tout cela. En ce qui me concerne, foin des coups, des morsures et pincements. Et puisque Eluard ne recule pas devant le mot, je n’en craindrai pas non plus l’obscène fleur bleue : ne me plaisent que les caresses. Elles ont seules le pouvoir de fondre en une jouissance unique, la plus intense, les deux passions jumelles qui me font vivre, celle des garçons, celle des lieux.

Renaud Camus Elégies pour quelques-uns Editions P.O.L, 1988

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Cocteau et Gide vus par Truman Capote

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Jean Cocteau, André Gide, Marie-Laure de Noailles et Georges Auric feuilletant La femme 100 têtes de Max Ernst à la Villa Noailles, Hyères, Var. Photographie de Marc Allégret, janvier 1930, diffusion RMN

Jean Cocteau, André Gide, Marie-Laure de Noailles et Georges Auric feuilletant La femme 100 têtes de Max Ernst à la Villa Noailles, Hyères, Var. Photographie de Marc Allégret, janvier 1930, diffusion RMN

André Gide cet immoraliste moralisateur à qui la sincérité fut donnée par grâce et refusée l'imagination, ne trouvait nullement à son goût Jean Cocteau, que les muses malignes avaient doté tout à l'inverse d'un art et d'une âme immensément imaginatif, mais allègrement inauthentiques. Ainsi est-il d'un grand intérêt que Gide nous ait laissé, de l'ainé de tous nos enfant terribles, une description très fidèle et pour cette raison même, très compréhensive.

Truman Capote

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Les beaux étés, Bernard Delvaille

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La Baule, septembre 2010

La Baule, septembre 2010

Les beaux étés à la veille des guerres 
les beaux étés où l'enfance est troublée 
tout finit par le meurtre 
et le sable des plages est froid désormais 
Dans les yeux des vieillards 
tremble la peur de vivre et d'être seul 
Les beaux étés où les jardins sont clos 
les beaux étés où commence l'automne 
tous les prés ont été incendiés 
et dans le soir les feuilles sont tombées 
Rien ne sera jamais comme autrefois 
mais je me souviendrai toujours 
des beaux étés aux scarabées des roses 
les beaux étés où tout était mensonge. 
 
Bernard Delvaille   Panicauts ou Le voyage d'été (in Œuvre poétique La Table Ronde, 2006)

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Constat

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, je mourrai comme ils meurent

Marguerite Yourcenar

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les soixante athlètes de marbre du Foro Italico de Mussolini forment la plus longue galerie et la collection la plus variée de fantasmes homosexuels qui soient jamais parues au monde.

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Tout nus la plupart, pourvus d'organes génitaux soigneusement et puissamment modelés, les soixante athlètes de marbre du Foro Italico de Mussolini forment la plus longue galerie et la collection la plus variée de fantasmes homosexuels qui soient jamais parues au monde. Ce stade n'attire guère de visiteurs ; il n'est pas inscrit parmi les monuments que les tours guidés de Rome proposent aux touristes. C'est pourtant une des curiosités les plus étonnantes de la ville éternelle, et à bien des égards une des plus belles. En tout cas, l'ensemble le plus cohérent de statues élevé depuis la ruine du monde antique. Si elles dérangent autant, si elles font honte, si on cherche à les faire oublier, est-ce seulement parce qu'elles portent une marque politique infamante ?

in "Le rapt de Ganymède", Dominique Fernandez

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Le rat de Jean Anouilh

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Un rat sortait de l’Opéra :
Plastron blanc et cravate noire ….
C’était un rat dont tout Paris savait l’histoire.
On disait que pendant l’occupation des chats,
Il avait stocké du gruyère.
Il était décoré pourtant, de mine fière,
Mais de cette fierté incertaine des rats.
Il est rare que ces gens-là
Aient la conscience tranquille …
Portant beau, poil lustré et ras
Ongles faits par les manucures ;
Costumes du meilleur tailleur ;
Dès qu’il sort de l’égout et se fait place en ville
Un rat a voiture
Et chauffeur,
Chevalière d’or, jolies filles.
Cette race toujours inquiète
A besoin pour se rassurer
De s’entourer de beaux objets
L’illusionnant sur sa puissance :
C’est un défaut qui tient au manque de naissance.
Le chauffeur de mon rat, un gros chien du pays,
Décoré d’ailleurs, lui aussi,
Pour avoir combattu les chats héréditaires
Lors de la précédente guerre,
Acceptait ses hauteurs sans lui montrer les dents
Tant le prestige de l’argent
Est, hélas ! puissant chez les bêtes …
« C’est un rat, disait-il, mais c’est un rat honnête.
Il en est. Et la preuve est qu’il est décoré. »
Ah ! mon Dieu que les chiens sont bêtes !...
Pauvres niais abusés, lisant journaux de rats,
Qui ne sauront jamais que ce que rat dira.

Ce soir-là, saluant son maître à la portière,
Le chien ravi lui fit le salut militaire.
Il exultait. La vie lui paraissait plus belle.
Il dit : « Monsieur sait la nouvelle,
Que, pendant que Monsieur écoutait l’opéra,
A donnée la radio ? » - « Qu’importe, dit le rat
Lassé, montant dans son automobile ;
Laissons la radio à un peuple imbécile –
J’ai mes informateurs. » - « Quoi, Monsieur ne sait pas ?
Je crois, Monsieur, qu’il faut, tous deux, qu’on s’y remette
Si on veut faire place nette.
La radio nous annonce une invasion des chats.
Il va falloir tuer tout cha ! »
(Il prononçait à l’auvergnate
Étant chien de Clermont-Ferrand.)
Le rat, entendant
Ces mots, bondit soudain des quatre pattes.
Laissant l’engin de luxe aux portes nickelées,
Dépouillant son plastron, sa pelisse fourrée,
Jetant sa canne et son chapeau
Rat nu, en poil de rat,
Comme au jour de naissance,
Le rat ne fit qu’un bond jusqu’à l’égout voisin
D’où il cria au sot :
« Apprenez, sotte engeance,
Que la race des rats a bien d’autres desseins !
Un rat gras à New York vaut un rat gras à Vienne
Ou à Paris.
Courage, mon ami !
Défendez le pays :
Et lorsque nous aurons enfin
Vaincu la race des félins,
Informez-moi, que je revienne. »

Jean Anouilh

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fraternité complémentaire

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Michel ne dédaignait pas de passer pour un snob et s’orientait assez adroitement parmi les snobismes opportuns et ceux qui sont de pures affectations. Guillaume, moins agile à détecter ces nuances, en gardait un oeil d’autant plus propre à faire sérieusement le point, et la nécessité de cette opération s’imposait souvent. Michel allait de l’avant, en fourrageur, rentrait avec des proies inégales, parfois assez grièvement désarçonné ; Guillaume occupait des positions travaillées en profondeur, solidement étayées. Dans les heures où ils revenaient à la chère étude d’eux-mêmes, ils se félicitaient longuement de leur “fraternité complémentaire”, ce roc où l’on reprenait souffle, d’où l’on pouvait faire face au monde entier, sans gloriole mais sans timidité, avec son petit baluchon, ramassé au temps naïf des collèges et des provinces, mais que l’on ne renierait jamais, qui enfermait quelques pièces d’or que l’on ferait toujours sonner fièrement.» 

Les deux étendards, Lucien Rebatet.

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