Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

403 articles avec cinema gay

WRECKED

Publié le par lesdiagonalesdutemps

wre1.jpg

 

Fiche technique :

Avec Theo Montgomery, Forth Richards (Ryan), Benji Crisnis (Daniel), Jake Casey, Womack Daryl, Peter Petersen, Beatrice Carina, Heidi Blissenbach et Garett Dragovitz. Réalisation : Harry & Bernard Schumanski. Scénario : Harry & Bernard Schumanski. Image : Stephan Jones. Montage: Bernard Schumanski.

USA, 2009, Durée : 73 mn. Disponible en VO (zone 1) et bientôt en VOST (zone 2).

 

 


Résumé :

Wrecked a pour sujet la descente aux enfers causée par la drogue et le sexe, le sexe considéré comme une drogue, de Ryan (Forth Richards), un adolescent gay de 18 ans qui essaye de devenir acteur et de mettre sa vie sur la bonne voie. Mais ce désir est rapidement supplanté par le retour soudain de son ex, Daniel (Benji Crisnis). Ce dernier demande à Ryan un endroit pour l’héberger, en lui promettant une vie normale et une relation amoureuse stable. Ryan sait que Daniel est incorrigible et que ce garçon est mauvais pour lui, pourtant il l'accueille, par faiblesse, par attirance physique incontrôlable. Mais la toxicomanie de Daniel et sa soif inextinguible de sexe sapent tout espoir de normalité pour Ryan. Daniel entraine le garçon dans sa spirale de sexe et de drogue.




L'avis critique:


La première chose qui me paraît important d’écrire est que Wrecked est l'un des films les plus économiques, un des plus faibles budgets que l'on peut voir. C'est aussi l'un des films les plus sexuellement explicites que le cinéma américain nous ait montré.

Le film multiplie les séquences très justes, comme celle où l'on voit Ryan tenté d'obtenir un rôle lors d'une audition digne de la pure ethnologie sur la tribu du cinéma indépendant, idem pour toutes les scènes de répétitions. J'adore le personnage de l'assistante du metteur en scène, quasi muet et qui pourtant parvient à exister très fort à l'écran.


wre3.jpg

Une de mes premières surprises devant ce film a été de voir apparaître des dollars, alors que j'étais persuadé que ce que je voyais se passait en Europe, et plus particulièrement en Angleterre tant la forme de Wrecked est plus proche du cinéma indépendant européen que de son homologue américain.

Wrecked a été tourné avec une caméra de poche qui suit les personnages (souvent fort attrayants) dans leurs moindres gestes d'où aussi, malheureusement, la fréquente instabilité de l'image.


wre4.jpg

Je suppute, après une petite enquête, que tous les acteurs du film (d'ailleurs tous excellents) ont utilisé des pseudonymes. Ceci, peut-être, pour ne pas gêner leurs futures carrières ou vis-à-vis de leurs familles, en raison des scènes de sexe on ne peut plus crues. Sont-elles simulées (se demande le voyeur libidineux et quasi professionnel que je suis) ? Nous voyons quatre des acteurs complètement nus. Chacun se donne beaucoup de mal pour que ses partenaires aient une érection (que nous voyons aussi). Mais il ne faudrait pas croire que Wrecked est un porno. Les scènes de sexe, ici, ne sont pas tournées pour exciter le chaland. Leur grand intérêt est que leur contenu sexuel explicite construit les personnages, fond leurs l'actions et ancre d'avantage l'histoire et les personnages dans la réalité. Wrecked a plus besoin de cela, étant une pure fiction, que par exemple le film Shortbus avec lequel il présente bien des similitudes car Shortbus a (en partie) des gens de la vie réelle comme acteurs.


wre5.jpg

La force de Wrecked est que l'on entre immédiatement en empathie avec Ryan. Son très agréable physique n'est sans doute pas pour rien dans l'affaire. On a envie de crier à ce pauvre garçon de laisser tomber Daniel qui ruine sa vie. Pendant la journée, Ryan travaille en tant qu'acteur mais bientôt il commence à avoir des difficultés avec son rôle du fait de ses inquiétudes quant à la sincérité de son amant, qui, pendant ce temps-là, est continuellement à la recherche de nouvelles drogues ou d'argent pour en acheter ou… de sexe. Daniel est immergé toujours plus dans son monde de drogué mais lui fait croire que tout va bien. Quand les deux garçons sont ensemble, on a le sentiment que le sexe est l'arme qu'utilise le couple pour s'éviter d'aborder les véritables questions auxquelles ils devraient faire face. La meilleure partie du film est celle qui décrit le quotidien de la relation tumultueuse entre les deux garçons.


wre6.jpg

La production a des faiblesses techniques multiples. Par exemple, on voit une fenêtre dans la maison de Ryan, recouverte d'un drap (pour le tournage). Certains dialogues semblent s'évanouir. La pellicule est assez granuleuse. Surtout la scripte ne devait pas être très vigilante car par exemple, dans une séquence, Ryan va au lit torse nu, se réveille tôt avec un t-shirt, puis sort du lit avec un autre totalement différent ! Les faux raccords lumière sont innombrables. Paradoxalement, le film est néanmoins assez bien éclairé. Les réalisateurs jouent sur la lumière et l'intensité des couleurs pour appuyer leur narration. Les scènes dans lesquelles Ryan est seul sont lumineuses et sont dominées par les couleurs vives, alors que lorsque Daniel est à l'écran, l'image est à la fois plus sombre et plus granuleuse (tournées avec une autre caméra ?). Et qu'on ne vienne pas me dire que ce genre de bourde a un rapport quelconque avec un petit budget ! Il suffit d'ouvrir les yeux au moment du tournage et encore plus à celui du montage. L'argument scénaristique est mince : un parasite, vivant aux crochets de son hôte, le manipule… mais après tout leTartuffe de Molière n'est pas autre chose...


wre7.jpg

Wrecked est le premier film des frères Schumanski, cinéastes dont je ne sais rien.

La fin du film, quelque peu en divorce avec le reste, est aussi brusque que puissante. Sans être moralisatrice ou didactique, elle ne se laisse pas oublier même si elle est ratée. Probablement que tout simplement les cinéastes ne savaient pas comment terminer leur film.

C'est seulement en voyant cette fin malheureuse que je me suis aperçu que le jeune acteur qui interprète Ryan, que tous les amateurs de choupinets devraient adorer, ressemblait beaucoup à Vincent Branchet dans F est un salaud que Wrecked rappelle dans la dépendance (sexuelle) qu'a Ryan envers Daniel. Cela m'étonnerait beaucoup que les frères Schumanski ne connaissent pas F est un salaud.


wre8.jpg

Le plus gros reproche que je ferais au film est d'être trop court, ce qui est plutôt bon signe. J'aurais aimé suivre un peu plus longtemps le parcours de Ryan. D'autant que quelques minutes de plus auraient permis d'approfondir la psychologie des deux principaux protagonistes, ce qui n'aurait pas été inutile.

Wrecked est un film provocateur et hypnotique qui, comme Shortbus, ose prendre des risques.

 

 

Capture_d__cran_2010_02_05___08

 

pour télécharger le film cliquez ci-dessous

RAPIDSHARE ↴ 01 ↴ 02 ↴ 03 ↴ 04 ↴ 05 ↴ 06 ↴ 07

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

MIROIRS D’ÉTÉ

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

cahiers1.jpg

 

Fiche technique :

Avec Xavier Dolan, Stéphane Demers, Julie Beauchemin, Patrick Martin, André Nadeau et Maxime Allaire. Réalisation : Etienne Desrosiers. Scénario : Etienne Desrosiers, d'après le roman Cahier d'été de My Lan To. Images : Stéphane Ivanov. Musique : Pierre Desrochers. Montage : Christophe Flambard.

Canada, 2006, Durée : 14 mn.


cahiers2.jpg

Résumé :

Julien (Xavier Dolan) est un adolescent mélancolique d'une quinzaine d'années. Il passe ses vacances d'été au bord d'un lac, dans le chalet familial, avec sa mère et l'ami de celle-ci. Ce dernier est accompagné de son fils un peu plus jeune que Julien. Près de là, dans une grande et belle maison, vit Hervé un quadragénaire raffiné que Julien connaissait des étés précédents. Julien rend une visite à l'homme qu'il semble apprécier.


cahiers3.jpg

 

Mais Julien et Hervé n'ont plus les mêmes regards l'un pour l'autre d'autant qu'Hervé, cette année, habite avec un jeune homme. Petit à petit, Julien s'aperçoit qu'il préfère l'ami d'Hervé aux filles de son âge qui viennent se baigner dans le lac près du chalet...


cahiers4.jpg

L'avis critique

Mon résumé est bien grossier pour un court-métrage dans lequel rien n'est asséné mais où tout est suggéré. Aux spectateurs de mettre un nom sur les relations qu'entretiennent les nombreux personnages qui traversent ces Miroirs d'été dans une atmosphère élégante qui m'a rappelé les ambiances des pièces de Tchekov… comme je l'ai fait moi-même avec quelque impudence.

Il est à noter que le joual que parlent les personnages fait un curieux contraste avec cette atmosphère. Mais on entend peu les protagonistes. Au dialogue, le réalisateur préfère la magie d'un plan, fait d’images lumineuses aux cadrages soignés, qui laisse entrevoir une situation ou suggère un rapport entre les personnages.


cahiers5.jpg

En cela, ce court-métrage est une leçon de cinéma. Etienne Desrosiers, grâce à des scènes d'une concision parfaite, montées avec beaucoup de fluidité, en dit beaucoup d'autant que ce que l'on peut en déduire n'est presque jamais univoque.

Ainsi Miroirs d'été est un film que l'on ne fait qu'affaiblir à trop expliquer, ce qui démontre toute sa richesse et la parfaite connaissance de la grammaire du cinéma de son réalisateur.


cahiers6.jpg

Les acteurs, tous d'une grande présence, réussissent à donner de l'épaisseur à leur rôle dans la moindre de leurs apparitions. Julien est joué de belle manière par le très prometteur Xavier Nolan, le réalisateur de J'ai tué ma mère et actuellement au Festival de Cannes 2010 avec son nouveau long métrage, Les Amours imaginaires.


cahiers7.jpg

Le seul défaut que l'on puisse trouver à ces Miroirs d'été est sa brièveté, tant on est frustré qu'une telle merveille ne dure que quatorze minutes !

 

On peut voir ce court métrage en cliquant sur la flèche sur l'écran

 



Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

CHEMIN DE CROIX

Publié le par lesdiagonalesdutemps

chemin1.jpg

 

Fiche technique :


Avec Fabien De Marchi, Johan Libéreau, Christian Giudicelli, Thomas Badek, Alexandre Palmieri, Nathalie Mann et Sabine Bail. Réalisation : Cyril Legann. Scénario : Cyril Legann. Images : Kosta Asmanis & Antoine Aybes-Gilles. Montage : Jean-Luc Simon. Musique : Franck Sforza.

France, 2007, Durée : 50 mn. 

 

 

Résumé :


Jonathan (Fabien De Marchi), un garçon de seize ans, vit en banlieue avec son père et sa belle-mère, mais la cohabitation est difficile, surtout depuis que cette dernière attend un bébé. Il trouve un peu de réconfort auprès du prêtre de la paroisse locale, avec lequel il entretien une relation forte depuis longtemps.

Sur un coup de tête, il vole de l’argent dans le sac de son père (Thomas Badek) et entraîne Steve, son meilleur ami, dans un périple à la capitale où ils espèrent profiter de plaisirs interdits.


chemin2.jpg

Ils se rendent dans un squat pour acheter du cannabis, et Jonathan décide de s’y réfugier pour la nuit, n’osant plus rentrer chez lui. Alors que Steve (Alexandre Palmieri) est reparti, il s’endort, embué par la fumée du joint. C’est bâillonné et ligoté qu’il est réveillé par Shooter (Johan Libéreau), un dealer qui fuit lui aussi quelque chose. Actuellement recherché pour une affaire qui a mal tourné, il décide de garder Jonathan en otage.


chemin3.jpg

Profitant d’une absence momentanée, Jonathan tente de s’enfuir. Lorsqu’il est rattrapé par Shooter, c’est l’escalade dans la violence. Devant l’état alarmant de l’adolescent, le junkie est pris de compassion et décide de le soigner.

Une relation ambiguë s’installe entre le bourreau et sa victime.


chemin4.jpg

Au sortir de cette expérience, Jonathan est bouleversé et décide de rejoindre un pensionnat religieux afin de devenir prêtre.


chemin5.jpg

L'avis critique

Chemin de croix, c'est un peu Mauriac chez les lascars. Vous supputez déjà l'absolue obsolescence, pour ne pas dire l'ineptie, d'une telle prémisse. Cyril Legann a imaginé et a pris pour héros de son film une créature fort improbable, un adolescent, Jonathan, demi-sel de banlieue touché par la grâce, comme Claudel le fut planqué derrière un pilier de Notre-Dame de Paris.


chemin6.jpg

Ce qui plombe encore plus l'opération est le choix du chérubin endossant le redoutable rôle de Jonathan dont on devine que ses ancêtres viennent plus du côté de Sidi Bel Abbes que de Lourdes. Par ce déplorable choix on devine que Legann doit être un maraisien de fraiche date, car ces autochtones sont friands de produits exotiques. Faire jouer un garçon mystique à un énergumène dont le regard est moins expressif que celui d'une vache normande est le signe d'une totale cécité de la part du réalisateur, ce qui est gênant pour un cinéaste.


chemin7.jpg

De plus, Fabien De Marchi se montre un bien médiocre acteur, mais c'est presque tout le casting qui est calamiteux. La palme revenant à « l'actrice » qui joue la mère de Jonathan et qui ânonne péniblement son texte. Dans l'insane médiocrité, elle devance de peu Alexandre Palmieri (trop vieux pour le rôle) qui interprète Steve, le meilleur ami de Jonathan, qui est censé être issu sinon de la bourgeoisie au moins de la classe moyenne, alors que par son aspect et son accent tout chez ce garçon sue la cité...


chemin8.jpg

 

Pour sans doute accentuer son erreur, Cyril Legann a affublé le personnage du prénom de Steve qui ne connote pas vraiment une provenance de la classe moyenne. Je ne voudrais pas trop insister, je l'ai fait ailleurs, sur la médiocrité en tant qu'acteur de Johan Libéreau, curieusement très surestimé mais qui a néanmoins la bonne idée de ne pas encombrer les écrans.


chemin10.jpg

Il y a tout de même quelques éléments dans Chemin de croix qui sauvent la réputation du métier d'acteur, malheureusement ils ont tous des rôles très secondaires. À commencer par un amateur, l'écrivain Christian Giudicelli, savoureux en prêtre. Il faut encore citer Thomas Badek, un habitué des productions de Josée Dayan, très convaincant en père du héros. C'est avec plaisir que l'on retrouve Nathalie Mann que l'on avait perdu de vue depuisUne autre femme de Jérôme Foulon dans une excellente apparition en mère de Steve.


chemin11.jpg

Si la direction d'acteur est affligeante et le scénario pas crédible, il est en revanche indéniable que le réalisateur a un véritable sens de l'image. Le cadre est toujours soigné avec un grand souci de la composition et certaines prises de vues, comme celles dans l'église, sont de toute beauté.

 

chemin9.jpg

 

Comme cette séquence le démontre, Cyril Legann a un grand sens également des décors et de leur utilisation. La prise de vue en plongé de la nef de béton de l'église est une vraie trouvaille. Belle idée également de perdre ses personnages dans un plan large qui embrasse un bel exemple de Street Art dans la scène d'arrivée au squat. Ce souci des décors et leur choix judicieux parviennent à monopoliser l'attention du spectateur, tant le jeu des acteurs qui s'y agitent est indigent. C'est cette qualité de l'image qui parvient à faire que l'on regarde ce film sans ennui malgré des personnages dénués de vérité psychologique.


chemin12.jpg

L'éclairage, s'il n'est pas toujours sans défaut, est parfois inventif et suggère une atmosphère, comme par exemple la séquence dans laquelle apparait Johan Libéreau. Le son, quant à lui, est souvent désynchronisé.

Le montage donne beaucoup de fluidité et de nerf au récit, il est seulement dommage que ce dernier nous importe peu...


chemin13.jpg

Ce film raté, en dépit de ses réelles qualités techniques, démontre une fois de plus que le métier de cinéaste est un métier exigeant et qui fait appel à de nombreuses qualités rarement réunies dans une même main. Cyril Legann devrait éviter d'écrire ses scénarios et encore plus de diriger des acteurs.


chemin14.jpg

chemin15.jpg

Je lui conseillerais de se consacrer uniquement à la prise de vues, en particulier dans le porno soft, la scène de triolisme est bien filmée, beaucoup mieux que celle dans Douche froide.


chemin16.jpg

Dans le même ordre d'idée, une autre séquence réunit Steve, Jonathan et le dealer joué par Johan Libereau, nus, dans un songe érotique cinématographiquement d'une totale complaisance...

 


http://www.imdb.com/title/tt1414813/


http://anatom.fr/chemindecroix/index.html


Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us




http://rapidshare.com/files/404740926/Chemin_de_Croix.avi.001
http://rapidshare.com/files/404744218/Chemin_de_Croix.avi.002
http://rapidshare.com/files/404747873/Chemin_de_Croix.avi.003
http://rapidshare.com/files/404751331/Chemin_de_Croix.avi.004
http://rapidshare.com/files/404754254/Chemin_de_Croix.avi.005
http://rapidshare.com/files/404756976/Chemin_de_Croix.avi.006
http://www.megaupload.com/?d=U17YU7SC
800x448 526MB 49min
http://www.megaupload.com/?d=RXC6I2NQ

Unir / Join:
http://www.jaist.ac.jp/~hoangle/filesj/

Leitor Completo / All in one directshow player:
http://www.baixaki.com.br/download/the-kmplayer.htm

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

JOHAN, JOURNAL INTIME HOMOSEXUEL D'UN ÉTÉ 75 de Philippe Vallois

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

  


Fiche technique :

Avec Jean-Paul Doux, Philippe Vallois, Jean-Lou Duc, Georges Barber, Manolo Gonzales, Alexandre Grecq, Eric Guardagnan, Walter Maney, Patrice Pascal, Yvan Roberto et Nicole Rondy. Réalisé par Philippe Vallois. Scénario : Philippe Vallois.
France, 1976, Durée : 90 mn. Disponible en VF.

 

  
Résumé :

 
Un jeune cinéaste, Philippe Vallois dans son propre rôle, inspiré par l’amour qu’il porte à un garçon, Johan, décide de le mettre en scène dans un film. Mais Johan est arrêté juste avant le tournage. Le jour du premier clap, il n’est pas au rendez-vous. Il est en prison. Le film se fera quand même.  Sa construction est faite du « tricotage » du film en train de se faire sous nos yeux, avec le film que l’auteur rêvait de faire à la gloire de son « égérie ». Nous sommes constamment entre le réel et la fiction. Le réalisateur recherche à travers d’autres celui qui est absent. Sa quête le conduit dans les milieux homosexuels les plus divers dont on ne peut que constater l’optimisme et l’étonnante vitalité. Il évoque le film qu’ils devaient faire ensemble. Portrait en creux, Johan finit par être recréé par ses amis, ses ennemis, ses remplaçants. Succession de séquences de factures différentes où se mêlent reportages, fictions, spectacle... La dernière scène du film est très réussie : toute l’équipe de tournage se donne rendez-vous devant la prison. Johan va être libéré. Le mot « Fin » apparaît à l’écran avant sa sortie, nous ne verrons jamais Johan…


L’avis de critique

 
Comme le déclare Philippe Vallois, dans l’introduction du passionnant Secrets de tournages, le supplément de cet indispensable DVD : « Le plus difficile est de se remettre dans l’ambiance de l’époque... » Petits malins des années 2000, damoiseaux à l’esprit fort, cette galette n’est pas pour vous. Mais si au contraire, vous êtes curieux du vécu passé des gays dans ces années lointaines de la Giscardie triomphante, d’après la culpabilité et d’avant le sida, suivez le charmant guide qu’est Philippe Vallois. Vous visiterez l’histoire et les lieux mythiques de la communauté, découvrirez le « pédéland » de 1975, au temps des vespasiennes, du drugstore Saint-Germain-des-Prés et, déjà, du jardin des Tuileries qui avait encore ses bosquets ! Vous vous extasierez sur les costumes d’époque : les pantalons pattes d’éph’ avec poutre apparente, les slips kangourou, les chemises près du corps avec col pelle à tarte, mais  soyez vigilant, car les protagonistes de Johan ne gardent pas longtemps leurs atours exotiques. Pas de chichis, nous ne sommes pas dans un film américain avec nudité frontale, interdite dans Johan, mais ça bandent en noir et blanc et en couleurs, ça s’enculent, ça se roulent des pelles à vous « karchériser » les amygdales, ça se malaxent le fessier avec la dernière vigueur, et même scoop du scoop, vous aurez droit à un fist-fucking des deux poings, avec son direct, une première à ma connaissance (mais elle est loin d’être encyclopédique dans le domaine…) au cinéma, « X » compris. Le trivial n’est pas exclu : vous participerez même à une chasse aux morpions… Enfin, vous assisterez à la confession candide d’un sadique et vous vous apercevrez que Strip-tease(l’émission culte de France3, DVD MK2) n’a rien inventé !
Après cet inventaire non exhaustif de ce que vous trouverez dans Johan, il faut tout de même parler de ce qui ne s’y trouve pas. La grande surprise, c’est de n’y trouver presque aucun écho de l’extrême politisation d’alors, mis à part un court propos sur la situation des homos cubains, influence sans doute de Nestor Alemendros, le grand chef op’ à l’époque du cinéma français, lui-même gay et cubain. Il est alors ami de Philippe Vallois. Donc pas de FHAR, pas de pédés révolutionnaires. Vous dites apolitique, ce qui subodore de droite comme souvent les listes électorales qui se réclament de ce flou ? Pas vraiment, nous ne sommes pas non plus chez les nostalgiques de la gestapette qui sévissait encore en ces temps reculés. C’est d’autant plus surprenant cet apolitisme que la politique, au sens noble du terme, sera loin d’être absente dans d’autres films du cinéaste. Encore une originalité de Philippe Vallois : il s’est politisé quand tout le monde se dépolitisait !

 

Image Hosted by ImageShack.us.

 


C’est seulement une sorte de journal filmé d’un jeune mec, que sa belle gueule permet de réaliser son rêve : tourner un film. À ce propos, en cette période de grande fracture cinéphilique, pas non plus d’échos de cette moderne bataille d’Hernani. Philippe Vallois, sans le savoir, est le grand précurseur de l’autofiction cinématographique, vingt ans avant Rémi Lange et trente avant Tarnation. Sauf qu’avec lui, c’est heureusement beaucoup plus ludique.
Avec le recul, on s’aperçoit que Johan, avec maintenant son inséparable Secrets de tournages, est le premier volet de la saga autobiographique du cinéaste. Il lui donnera une suite, près de vingt-cinq ans plus tard, dans une tonalité toute différente, avec On dansait sous les bombes, sous-titré « Deuils croisés », où il mêle le deuil de son ami Jean, mort du sida, avec celui de Beyrouth détruite. Le troisième épisode, Le Caméscope est un tombeau, au sens littéraire du terme, surréaliste pour Jean. Si le précédent chapitre était une sorte d’adieu à la vie, celui-ci est un peu le film de la culpabilité d’un ressuscité, du survivant qui se pose cette obsédante question : pourquoi est-il mort et pas moi ? Avec Un Parfum nommé Saïd, chant d’amour au Maroc et aussi à un beau marocain, le cinéaste retrouve l’alacrité qui irriguait tout Johan. Un nouvel épisode est annoncé, Sexus dei ; espérons que ce ne sera pas le dernier. Avec beaucoup d’habileté sous une apparente naïveté, Philippe Vallois avec ces quelques films – parfois maladroits mais toujours novateurs (beaucoup de spectateurs auront découvert avec Johan les poppers) et émouvants – nous aura fait parcourir quarante ans d’amour gay.
Si les films de Philippe Vallois sont entre autres des inestimables témoignages sur l’évolution de la sensibilité gay en France, il est cependant intéressant de noter combien l’itinéraire de  leur auteur est singulier, alternant une grande naïveté (feinte ?), un optimisme revendiqué et la plus grande noirceur. Comment passe-t-on de la légèreté deJohan au tragique de Nous étions un seul homme ? Là est le grand mystère d’un créateur plus profond qu’il ne veut le laisser croire.
Il faut tout de même prévenir le voyageur dans cette œuvre que même s’il fait fi de tout cynisme, il aura tout même parfois le sentiment de voir Sodome et Gomorrhe filmé par le ravi de la crèche. Il faut également préciser que Johan est dans l’esthétique underground de l’époque. C’est-à-dire filmé souvent avec les pieds. Mais l’hétérogénéité de la réalisation nous offre de belles surprises, tel ce magnifique plan où l’un des truchements de Johan se prélasse lascivement sur un canapé art déco sous une grande toile représentant des nus masculins. Il faut tout de même beaucoup d’ingénuité pour suivre le réalisateur quand il nous parle de New York en nous montrant Barbès ! Philippe Vallois nous apprend qu’il sort de l’école Louis Lumière, la pépinière des chefs op’ français. Alors de deux choses l’une : ou notre cinéaste n’a pas appliqué ses cours pour le tournage de Johan ou l’enseignement de la-dite école s’est grandement amélioré depuis trente ans ! Vallois nous prouvera avecNous étions un seul homme qu’il est capable de faire des « images propres » et même des magnifiques et baroques, en 1991, dans son Nijinski.
Rubrique carnet mondain, on reconnaît, au début du film, Pierre de « Pierre et Gilles » avant leur rencontre.
Laissons le dernier mot à Jean-Louis Bory, grand admirateur de Johan : « Quelles que soient les amours, cette absence entraîne la quête et l’inquiétude. Mais il appartient peut-être aux amours homosexuelles d’ajouter à l’entonnoir tourbillonnant de l’absence : le hors-la-loi qui menace l’amour. Comment lui échapper ? Par la lucidité et la franchise du regard. »

johan-1.jpg     johan-2.jpg




johan-3.jpg     johan-4.jpg


Interview de Philippe Vallois par Hugues Demeusy
 (La Lucarne)

HD : Bonjour Philippe, racontes-nous comment est né Johan... ? 

PV : Je viens de Bordeaux et, comme tout bon pédé provincial, j’ai débarqué à Paris en 1968 (!), plein d’ambitions et surtout, celle de réussir dans le cinéma. J’avais eu le concours de l’Ecole Louis Lumière à Vaugirard, et j’en ai donc suivi les cours. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’un organisme (le GREC), pour réaliser mon premier court-métrage, Elisa répète, fait avec des copains de l’école et avec très peu de moyens. Ce court a été projeté à Avignon, lors du Festival. Là, j’ai rencontré Bernard Lefort, qui venait d’être nommé directeur de l’Opéra. Il est tombé amoureux fou de moi. Ensemble, nous avons beaucoup voyagé et j’ai rencontré grâce à lui des personnages remarquables. Mais je ne voulais pas être un gigolo, j’avais le désir de faire des choses. J’ai commencé à réaliser des portraits filmés de personnalités artistiques pour la Gaumont (notamment Marcel Jouhandeau, Hervé Bazin, Ionesco...). J’ai ensuite conçu avec une bande de potes un premier long-métrage intitulé Les Phalènes, où trois filles enfermées dans un appartement voient entrer des personnes atypiques et font leur connaissance. Il y avait entre autres un superbe travesti, Julia, et un jeune routier dont j’étais amoureux. Ce film a été projeté au cinéma le Seine, à Saint-Germain. Très transgressif dans son propos, le film a été interdit aux moins de 18 ans. Je suis ensuite parti aux Etats-Unis où j'ai découvert une nouvelle vision de la vie gay beaucoup plus libérée, déjà obsédée par le culte du corps. J’ai visité New-York, San-Francisco, Los Angeles... J’ai participé à ma première gay pride. En rentrant à Paris, motivé à fond par cette découverte, j’ai eu très envie de tourner un film sur la vie des homosexuels à Paris, afin de normaliser les choses, et de mettre en lumière ce qui était dans l’ombre. 

HD : En effet, il faut se remettre dans le contexte de l’époque, où il n’y avait eu aucun film traitant de l’homosexualité en France. C’était donc un véritabe défi de réaliser Johan. D’ailleurs, Johan était-il un personnage réel ? 

PV : Absolument, je l’ai croisé dans un restaurant. Il était magnifique, habillé de cuir, en militaire, avec du strass, très "mauvais garçon", mais très sensuel au lit. Je lui ai proposé de faire un film sur lui, et sur notre relation. Il a accepté, mais dans sa folie des grandeurs, il a exigé des décors somptueux... Evidemment, je n’avais pas de budget. Par contre, j’avais rencontré un chef-opérateur, François About, gay lui aussi, prêt à me suivre dans l’aventure. Entre-temps, Johan a été arrêté et mis en prison, à la Santé. C’était l’été... J’ai pris la décision de faire mon film sur Johan, sans Johan. Le tournage a donc démarré sans vrai scénario, avec une équipe technique réduite mais efficace, des assistants "amis" et des "acteurs" non professionnels, castés sur les quais ou ailleurs. Au-delà du personnage de Johan, à moitié fantasmé, notamment son expérience dans la légion, on découvre la vie "gay" des années 70, en mêlant fiction et reportages comme cette drague aux Tuileries. Il y avait aussi beaucoup de scènes de sexe "hard", qui ont été coupées pour éviter le visa de censure. Ma voix "off" raconte l’histoire de cette liaison peu ordinaire. 

HD : Etais-tu conscient, en tournant, que tu faisait à la fois ton coming-out, et que tu réalisais un film "historique", témoignage des années 70 et premier film montrant frontalement l’homosexualité ? 

PV : J’étais inconscient, fougueux et très amoureux. J’ai tourné sans véritable fil conducteur, si ce n’est cette quête de la véritable histoire de Johan, avec les moyens du bord... Mes amis assistants étaient très fiers d’être sur un tournage. En ce qui concerne le coming-out que vous évoquez, il faut se remettre dans le contexte des années 70 où les médias étaient très peu nombreux Ce film devait rester dans un circuit "underground", donc, je me suis surtout laissé porter par mon enthousiasme et mon opiniâtreté... et j’ai fini ce film, alors que Johan était toujours en prison ! Il a été distribué dans quatre salles à Paris et une à Marseille. Il n’a pas vraiment eu de succès car, comble de malchance, il y a eu à ce moment-là une canicule insupportable à Paris. Et à l’époque, les cinés n’étaient pas climatisés. Par contre, je suis fier d’avoir été sélectionné par le Festival de Cannes, où le film a été très bien accueilli ! 

HD : Il y a des scènes emblématiques sur les pissotières, les fameuses "tasses", qui sont de véritables documents d’archives ? 

PV : Oui, mais sur le moment, je filmais ce qui faisait mon quotidien, ce que je voyais et ce qui constituait notre vie marginale.. 

HD : Pourquoi cette association entre les images tournées en noir et blanc qui traduisent le quotidien et ces passages oniriques en couleurs, qui font la singularité de ce film ? 

PV : J’avais quelques rouleaux de pellicules couleurs que j’ai utilisés effectivement pour certaines scènes, mais la distinction n’est pas aussi marquée. C’est avant tout un problème de moyens ! 

HD : J’ai la sensation que, plus qu’un film sur Johan, c’est un film qui parle de vous et de vos rencontres. De l’auto-fiction avant l’heure ? 

PV : Peut-être, mais je n’en ai pas été conscient. Il y a eu beaucoup d’improvisation, de scènes inventées... En tout cas, Johan est le catalyseur de ce film. D’ailleurs, vous avez constaté que Johan est interprété par plusieurs comédiens, qui ne sont jamais aussi beaux que le vrai ! On pénètre un peu dans la propre vie de ces garçons. Et pour finir, c’est moi qui interprète Johan, et j’émets l’hypothèse qu’il est peut-être mon double ! 

HD : Les scènes hard ont été rajoutées dans ce DVD : le film est donc livré dans son intégralité.

PV : Oui ! Pour la petite histoire, juste avant d’éditer le DVD, le CNC a retrouvé au fond d’un tiroir une bobine contenant les scènes coupées il y a 30 ans afin d’éviter la censure... Je les ai donc rajoutées dans le DVD. Formidable, non ?

 


 
Image Hosted by ImageShack.us

http://www.imdb.com/title/tt0222067/


Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.us


new links:
http://rapidshare.com/files/108341580/Johanmonete75.avi.001
http://rapidshare.com/files/108333403/Johanmonete75.avi.002
http://rapidshare.com/files/108327400/Johanmonete75.avi.003
http://rapidshare.com/files/108320718/Johanmonete75.avi.004
http://rapidshare.com/files/108310736/Johanmonete75.avi.005
http://rapidshare.com/files/108298044/Johanmonete75.avi.006
http://rapidshare.com/files/108288160/Johanmonete75.avi.007
http://rapidshare.com/files/108275576/Johanmonete75.avi.008
528x400 9x82MB=700MB 80min
http://rapidshare.com/files/337638402/Johanmonete75.srt
http://rapidshare.com/files/337638406/Johanmonete75_es.srt
http://rapidshare.com/files/337638400/Johanmonete75_en.srt

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

PLEIN SUD de Sébastien Lifshitz

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

sud1.jpg

 

Fiche technique :

Avec Yannick Renier, Léa Seydoux, Nicole Garcia, Théo Frilet, Pierre Perrier, Micheline Presle, Gérard Watkins.

 

Réalisation : Sébastien Lifshitz. Scénario : Vincent Poymiro,Stéphane Bouquet et Sébastien Lifshitz. Image : Claire Mathon. Montage :Stéphanie Mahet. Musique : Marie Modiano, John Parish, Jocelyn Pook.

France, 2009, Durée : 90 mn. Disponible en VF.

 

 

Résumé :

C’est l’été, Sam (27 ans) file tout droit vers le sud au volant de sa Ford. Avec lui, un frère et une sœur rencontrés au hasard de la route : Mathieu et Léa. Léa est belle, pulpeuse et archi féminine. Elle aime beaucoup les hommes, Mathieu aussi. Partis pour un long voyage, loin des autoroutes, en direction de l’Espagne, ils vont apprendre à se connaître, s’affronter, s’aimer. Mais Sam a un secret, une ancienne blessure qui l’isole chaque jour un peu plus. Séparé de sa mère depuis l’enfance, ce voyage n’a qu’un seul but : la retrouver.


sud111.jpg



sud11.jpg




sud2.jpg



sud3.jpg


L’avis critique :

Voilà un film pour lequel je suis parti avec les meilleurs a priori. Tout d'abord il est signé Sébastien Lifshitz, un cinéaste dont tous les films précédents, même s'ils n'étaient pas exempts de défauts, ont retenu mon attention tant par leur fond que par leur forme aux savantes déconstructions. Mais c'est surtout l'alléchant casting qui m'y a fait courir à la première séance. Lifshitz a eu l'excellente idée de confier le rôle pivot de Plein sud à Yannick Renier qui me semble être un des acteurs trentenaires français (en fait il est belge) les plus talentueux et malheureusement les plus sous-employés. Il était formidable dans Nés en 68 et très bien aussi dans Un Élève libre, deux films qui (à mon avis) n'ont pas eu les échos qu'ils méritaient. On retrouvera bientôt Yannick Renier, au printemps prochain, dans le nouvel opus de Ducastel et Martineau, L'Arbre et la forêt.

Lifshitz argumente avec beaucoup de pertinence pourquoi il a choisi cet acteur : « La première fois que j’ai vu Yannick Renier, il m’a tout de suite fait penser à un acteur américain. Par son charisme, son physique, son corps très sec, son regard affirmé et très perçant, il me faisait un peu penser à Clint Eastwood jeune, notamment dans les films de Sergio Leone. Pour moi, Yannick possède ce genre de physique-là. D’ailleurs durant le tournage, je lui ai demandé d’avoir très peu d’expressions : son visage se présente vraiment comme un masque. Les très rares expressions qu’il a dans le film sont là pour lui donner une présence physique directe, brutale, sans psychologie. Je voulais que, par sa froideur et sa mise à distance, le présent du personnage fasse contre-point avec son passé, où on le voit dans des situations chargées d’affects et d’émotions. D’où un effet de collage qui fonctionne dans la confrontation du passé avec le présent, et qui peut rappeler certaines attitudes de cow-boy. »

On poursuit par deux des acteurs les plus craquants de leur génération. D'abord Pierre Perrier qui réussit à être bon dans un film aussi mauvais que Chacun sa nuit et surtout Théo Frilet. J'avais admiré autant le jeu que la plastique de ce garçon, les deux sans défaut, lorsque je l'avais découvert dans Nés en 68. Lifshitz explique son choix des deux autres garçons : « Théo Frilet, avec son côté "petit prince", sa gueule d'ange, incarnait immédiatement la part romantique de son personnage. Pierre Perrier, c'est le garçon terrien, charpenté, le surfeur. Ils sont tous une sorte de cliché de la jeunesse d'aujourd'hui. Mais petit à petit, il se dégage de ces "figures" quelque chose de plus profond. »

On continue par Léa Seydoux qui était lumineuse dans La Belle personne et qui ici, en Lolita de Prisunic, est d'une sensualité ravageuse qui m'évoque celle de Brigitte Bardot dans ses premiers rôles.

Je passe sur Nicole Garcia toujours aussi tête à claques mais parfaite dans son rôle de mère borderline, pour en arriver à Micheline Presle qui enchanta jadis ma pré-adolescence dans Les Saintes chéries vers 1965…

Et bien malgré ce casting, pour moi de rêve, qui fait qu'également tous les petits rôles sont parfaitement interprétés, Plein sud est un film raté.

Le plus curieux est que je ne lui vois pas de défauts rédhibitoires et je peine à cerner ce ratage.

L'image est constamment belle et Claire Mathon se hisse au niveau d'Agnès Godard à qui l'on devait les superbe vues de Wild Side, le précédent film du réalisateur, c'est tout dire.

Dans Plein sud les couleurs sont souvent pimpantes, format scope, couleurs saturées. Plus encore qu'à son habitude, Lifshitz s'y montre grand paysagiste. Quelle science du repérage pour nous donner des décors à la fois beaux et inattendus !

J'avancerais que le relatif échec du film (j'ai pris tout de même beaucoup de plaisir à le voir et ses personnages lacunaires habiteront longtemps mon esprit, à tel point que j'aimerais demander au cinéaste de nous donner un Plein sud 2 pour en savoir un peu plus sur eux) tient à son hétérogénéité que le type du film, le road-movie, ne parvient pas à unifier. Lifshitz n'est pas parvenu à fondre son film solaire dans ses obsessions coutumières. Le collage entre une américanité revendiquée, par le type même du film, le road-movie, mais aussi par le choix des acteurs, qui paraissent assez peu français, et l'aspect social de l'histoire ne fonctionne pas. Ce dernier aspect n'est qu’ébauché. Plein sud est encore un film français dans lequel on ne travaille pas, dans lequel les personnages n'ont aucun ancrage professionnel. Ce souci social ainsi que la tragédie familiale vécue par Sam sont d'ailleurs en complet antagonisme avec les personnages stéréotypés du scénario.


sud4.jpg


Ses propos sont révélateurs des deux pôles qui écartèlent le film : « J'avais besoin probablement d'aller vers quelque chose de plus lumineux… J'avais envie de filmer une jeunesse brute, magnifiée, érotisée, insolente, presque agressive. Mes personnages n'ont peur de rien, ce ne sont pas des figures réfléchies qui dissertent sur leur situation. Ils sont tous dans la spontanéité. Ils n'ont de flamboyant et de positif que la beauté et le corps. Je voulais absolument montrer que Sam était dans l'obsession du passé, qu'il ne sortait pas de son roman familial. Le film tente de raconter le voyage intérieur d'un jeune homme prisonnier de son histoire, mais qui a la chance de rencontrer des gens susceptibles de l'extraire de cet espace temps très noir dans lequel il est enfermé. Ce sont des questions qui m'ont toujours intéressé : comment on compose l'origine avec l'adolescence, l'enfance, ce qui nous précède. Le passé est comme un fantôme. Sam se souvient, et il se souvient que des choses dures. C'est comme une note incessante qui assène une douleur, une souffrance, une colère. Et c'est effectivement toujours la même note. Je tenais à ce martèlement. » Ce qui est merveilleux avec un cinéaste aussi intelligent et cultivé que Sébastien Lifshitz, c'est qu'après ses déclarations il n'y a plus grand chose à ajouter puisqu'il a dit tout ce qui était important à dire sur son film et a même involontairement pointé ses faiblesses.

« Ils n'ont de flamboyant et de positif que la beauté et le corps » nous dit Lifshitz et c'est un des problèmes de son film qui est de nous proposer des personnages, mis à part celui de Sam, sans épaisseur du fait qu'il n'en dit rien au spectateur. Lifshitz est probablement victime d'avoir voulu prendre le contrepied des films où tout est expliqué et surligné. Mais à vouloir manier en virtuose l'ellipse et faire une totale confiance aux spectateurs, le cinéaste les laisse en déshérence. D'autant que son montage est parfois maladroit, un comble pour cet as de la déconstruction signifiante comme il l'a montré dans Presque rien. Ainsi si l'on arrive à reconstruire le parcours de Sam à son départ vers l'Espagne, en quête de sa mère à force de nombreux flashbacks, on ne sait rien des autres protagonistes qui sont autant de pages blanches tendues aux fantasmes du spectateur ‒ une maladresse, ou est-ce voulu ? ‒ trouble ce dernier. Dans un des flashbacks, on voit deux adolescents, un garçon et une fille, seuls dans une maison bourgeoise avec une femme, que l'on subodore être leur mère. À un moment, les deux jeunes s'isolent dans la chambre du garçon. La fille, pour faciliter l'endormissement du garçon, lui propose de le branler. Le garçon, après avoir hésité, décline l'offre (à ma grande déception). Dans leur échange, on comprend que la fille n'est pas tout à fait la sœur du garçon. À cet instant du film, j'ai pensé que les deux protagonistes que l'on venait de voir étaient Léa et Mathieu quelques années auparavant. J'ai alors élaboré un scénario dans lequel Mathieu avait couché avec sa sœur et l'avait mis enceinte. La première scène du film nous apprend que cette fille, que nous ne connaissons pas encore, est dans les premières semaines de sa grossesse. Et damned, dans le flashback suivant, on s'aperçoit que le garçon qui batifolait avec sa sœur était en réalité Sam. Je ne suis pas sûr qu'un tel risque de confusion soit bénéfique pour le film.

Jusqu'à Plein sud, Lifshitz s'était montré un maître dans le filmage des relations sexuelles, en particulier dans Wild Side et dans Presque rien, rien de semblable ici, où il ne montre pas la même audace dans le rendu des corps à corps que ce soit homosexuel entre Sam et Mathieu ou hétérosexuel entre Jérémie et Léa.

Né en 1968, Sébastien Lifshitz est un enfant attiré par le dessin, il s'oriente d'abord vers le monde de l'art contemporain : après un passage à l'École du Louvre et à la Sorbonne en Histoire de l'art, il travaille auprès du conservateur Bernard Blistène au Centre Pompidou. Il réalise en 1993 son premier court métrage, Il faut que je l'aime, et signe deux ans plus tard un documentaire sur Claire Denis dans le cadre de la collection « Cinéastes de notre temps ». Il sera l'assistant de celle-ci sur Nénette et Boni.

Comme la réalisatrice de Beau travail, Sébastien Lifshitz est moins intéressé par les dialogues que par la représentation des corps, comme en témoigne son moyen métrage très remarqué, Les Corps ouverts, Prix Jean Vigo 1996. Ce portrait d'un ado en plein questionnement révèle le regretté Yasmine Belmadi, acteur-fétiche du cinéaste, disparu en 2009. Belmadi joue le rôle principal des Terres froides, téléfilm qui mêle lutte des classes et sexualité, tourné pour la série d'Arte « Gauche-Droite ». Après cette fiction hivernale, Lifschitz réalise l'estival Presque rien (2000), son premier long métrage de cinéma, une histoire d'amour tendre et douloureuse entre deux garçons. Il change de registre, tout en restant dans le domaine de l'intime, avec le documentaire La Traversée (2001) : il y filme son ami scénariste Stéphane Bouquet, parti aux États-Unis à la recherche de son père. Lifshitz revient à la fiction en 2003 avec Wild Side, qui évoque les relations unissant une transsexuelle, un émigré russe et un prostitué arabe. Cette œuvre discrètement audacieuse est une nouvelle réflexion sur l'identité, tout comme Plein sud (2009).

Avec Plein sud, Lifshitz est fidèle aux thèmes forts de ses films précédents. Il nous en donne ici une version américanisée et relativement plus optimiste qu'à son habitude. Le réalisateur procède ici à une relecture, presque à une continuation des intrigues qu'il nous a déjà proposées. Plein sud, film sensuel contient des thématiques et motifs présents dans ses précédents films : l' homosexualité, dans tous ses films, la quête de ses origines, le road-movie comme dans La Traversée, amours de vacances comme dansPresque rien, l'envahissement du passé dans le présent, la destruction d'une famille, comme dans Les Corps ouverts ou Wild Side, le ménage à trois et la marginalité comme dans Wild Side, les relations difficiles et complexes d'un garçon avec sa mère, comme c’est souvent le cas dans le cinéma de Sébastien Lifshitz.

 

er.

Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImaeShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
http://www.megaupload.com/?d=AVZGV68K
720x304 719MB 86min
http://www.megaupload.com/?d=GABMJ57Cpor veictor (nova)
http://www.megaupload.com/?d=5OPOR5LQ
http://www.megaupload.com/?d=8TQELA9A

 

 

Download from Megaupload.com: 
ou
DOWNLOAD:

Rapidshare:
http://rapidshare.com/files/390715843/Plein.Sud.FRENCH.DVDRip.XviD-AYMO-www.archivetr.net.part1.rar
http://rapidshare.com/files/390715919/Plein.Sud.FRENCH.DVDRip.XviD-AYMO-www.archivetr.net.part2.rar
http://rapidshare.com/files/390715869/Plein.Sud.FRENCH.DVDRip.XviD-AYMO-www.archivetr.net.part3.rar
http://rapidshare.com/files/390714200/Plein.Sud.FRENCH.DVDRip.XviD-AYMO-www.archivetr.net.part4.rar

Megaupload:
http://www.megaupload.com/?d=2SYUQ886

ou


http://www.megaupload.com/?d=AVZGV68K
720x304 719MB 86min

Leitor Completo / All in one directshow player:
http://www.baixaki.com.br/download/the-kmplayer.htm

 


Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.usImage Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.us

 


Commentaires lors de la première édition de ce billet



Passéiste

Bonjour! Comme je suis passéiste, Plein sud m'a rappelé Plein Soleil, de René Clément. J'avais été ébloui par les vêtement d'été du jeune Alain Delon. Suite à ce film, je me suis toujours acheté des costumes d'été. J'ai pensé aussi à ce film de François Rachenbach (?), Forty Deuce, tourné à New York City durant un week-end (Labor Day week-end). Auriez-vous, par hasard, de la documentation sur ce film? Merci. Claude
Posté par claude simard, 06 janvier 2010 à 18:41


Forty Deuce

Je pense que vous faite allusion au film de Paul Morrissey
Forty Deuce 1982 sortie en France sous le titre (New York 42éme Rue) avec Esai Morales et Kevin Bacon.


Posté par Alain, 06 janvier 2010 à 23:24


Désolé mais je ne pouvez pas laissez passer ça

Désolé mais je ne pouvais pas laissez passer ça, (Lifshitz régresse) comparer le nullissime Yannick Renier (acteur hautain et imbu de sa personne, qui d’ailleurs fait merveille dans ce genre de personnage car il est lui-même un petit chouchou des intellectuels friqué, vivant en autarcie dans leurs monde aseptisés) à Clint Eastwood Jeune, il faut le faire !!!
Quant au film c’est à ce jour le plus mauvais films de Lifshitz (son chef d’oeuvre étant les Terres Froides en 99) 

Alain.


Posté par Alain., 31 mai 2010 à 09:50


réponse à Alain

Ce n'est pas moi qui compare Yannick Renier à Clint Eastwood jeune mais Lifshitz. Je dois dire que je trouve contrairement à vous Yannick Renier très bon acteur et sous employé dans le cinéma français. Mais je dois dire aussi qu'il ne me serait pas venu à l'idée de le comparer à Clint Eastwood jeune? Quand à dire qu'il est hautain et imbu de sa personne, ne le connaissant pas je n'en ai aucune idée. Qu'il soit le chouchou des intellectuels friqués (intellectuel et friqué dans la France d'aujourd'hui sont deux mots qui ne vont pas bien ensemble) je ne vois pas sur quoi une telle affirmation s'appuie, cet acteur n'étant pas très connu... En revanche en effet je suis d'accord avec vous Plein sud est le moins bon film de Lifshitz et Terre froide le meilleur.
Posté par b a, 31 mai 2010 à 19:57

 


Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

L'AIR DE PARIS (mise à jour le 13/04/2011)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

Fiche technique :

 
Avec Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daëms, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris et Ave Ninchi

 

Réalisé par Marcel Carné. Scénario de Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd. Directeur de la photographie : Roher Hubert. Compositeur : Maurice Thiriet.

 
France-Italie, 1954Durée : 110 mn. Disponible en VF.

 

 

Résumé :

 
À Paris, en 1954, un ancien boxeur, Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eut une carrière très brève, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraîne pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune... antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche à André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.


 

L'avis critique

 
L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parler, disons que c’est un film crypto-gay. En politique, comme en dessin industriel, il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue « de gay » d’Un air de Paris.
Deux passionnés de boxe, Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot, décident de traiter le sujet en mettant en évidence l’arrière-plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations : « Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring... » Plus prosaïquement, on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lesaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontrés par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port.  Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier, alors spécialisé dans la presse du cœur et les romans à l’eau de rose (il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes) veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin. Ce dernier ronchonne mais reste à bord. L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifient l’histoire était centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnès Delahaie (à la ville madame Dorfmann) mais celle-ci se dispute avec l’épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film ! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daëms à quelques jours du premier clap.

Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de cœur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre, comédien médiocre, est pourtant dans ici convaincant, bien que trop âgé pour le rôle, il a alors 27 ans, mais il est choisi entre autres parce qu’il a été lui-même boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant-guerre, Le jour se lève, Pépé le Mocko... où il incarnait les fils du peuple.

 


 

En outre, Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque : « Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis : Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes : Pas question, je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout. » En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.

 




 

Le film tombe dans le ridicule et l’incompréhensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor, la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dansL’aîné des Ferchaux, Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corps imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût !

Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film : « Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo ; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire l’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup. »

Carné n’était pas le courage incarné au sujet de ses mœurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Parédès illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédès ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portrait de ce comédien que dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1950 (ed. Flammarion).

 


 

On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (excellente Simone Paris) parallèle pas assez développé avec le duo Gabin–Lessaffre.
Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs : Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraîneur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle de la caméra portée et de son trop fréquent corollaire : le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty–Gabin, sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.
Curieusement Carné, cinéaste de plateau par excellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.

 

 


 

Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français, on peut y voir les derniers feux du néo-populisme d’après-guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.
Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate, il est urgent de le situer à sa vraie place : un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ?

L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut-être l’abandon de La fleur de l’âge, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’île de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...
Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographies sélectives de certains protagonistes du film.

 


Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

PRAYERS FOR BOBBY (BOBBY SEUL CONTRE TOUS)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

bobby0.jpgprayers.jpg

 

Fiche technique :

Avec Sigourney Weaver, Austin Nichols, Carly Schroeder, Ryan Kelley, Henry Czerny, Dan Butler, Scott Bailey, Linda Boston, Susan Ruttan, Melanie Wilson, Dan Wells, Lauren Mae Shafer, Sam Logan Khaleghi, Ele Bardha, Ber Fox, William C. Fox, Jeff Fryer, Kyle Clarington, Shannon Eagen, Brent Mata, Rebecca Louise Miller, Rusty Mewha, Billy Whitehouse, Marshall McClean, David G.B. Brown, Alyssa McMillan, Chris Hendricks, Tevis R. Marcum, Axel Harney, Patrick Michael Kenney, Madge Levinson, Steve Jasgur, Sean Scarlett, Jaime Moyer, Anna Badalamenti, Anthony Moscato, Hadas Corey, Amanda Ryskamp, Julia Mogerman, Rusty Daugherty et Janice O'Neill. Réalisation : Russell Mulcahy. Scénario :  Katie Ford, d’après le livre de Leroy Aarons. Images :  Thom Best. Musique :  Chris Ward. Montage:  Victor Du Bois.

USA, 2009, Durée : 90 mn. Bientôt disponible en DVD Zone 2, VO, VOST et VF (octobre 2010).



Résumé :

Au début des années 1980, à Walnut Creek, au nord de la Californie, Mary Griffith (Sigourney Weaver) est une chrétienne dévote qui élève ses enfants selon les enseignements conservateurs de l'église presbytérienne. Cependant, quand Bobby (Ryan Kelley), le plus jeune de ses fils, un garçon angélique de 17 ans, confie à son frère aîné Ed (Austin Nichols) qu’il est peut-être gay (car il rêve de garçons, pas de filles !), la vie change pour toute la famille. La mère enquête et a bientôt la conviction que son fils est gay. Tandis que le père de Bobby et le reste de la famille acceptent lentement le fait que Bobby soit homosexuel, Mary refuse cette évidence qui la désespère car d’après les écriture Bobby serait condamné aux flammes éternelles.


bobby1.jpg


Elle estime que si Bobby n'est pas « guéri » de son homosexualité, la famille ne sera pas ensemble dans l'au-delà. Elle commence une campagne visant à "guérir" son fils. Elle affiche des passages des Écritures sur le miroir de salle de bain. Elle le force à participer à des séances de thérapie. Elle est persuadée que Dieu peut guérir son fils de ce qu’elle considère comme une maladie.


bobby2.jpg

Elle persuade Bobby de prier plus fort et de rechercher une consolation dans des activités ayant trait à son église. Dans l’espoir de changer, et surtout devant le désespoir de sa mère, Bobby fait ce qu’elle lui demande. Mais son rejet par l’église en raison de son homosexualité fait que le garçon se renferme de plus en plus sur lui-même. Il culpabilise devant la peine qu’il inflige à sa mère. Bientôt, il s’abime dans une dépression qui le conduit au suicide.


bobby3.jpg


Confrontée à cette tragédie, Mary commence à remettre en cause sa foi quand elle ne reçoit pas de réponses de son pasteur au sujet de son deuil dévastateur. Par un long et douloureux cheminement, Mary intègre lentement la communauté gay où elle découvre un réconfort inattendu. Finalement, de façon posthume, Mary acceptera l’homosexualité de son fils et deviendra alors une militante des droits des gays aux USA.


bobby4.jpg


L’avis critique

Peu de choses m'agace autant que de voir apparaître au début d'un film une phrase telle que « d'après une histoire vraie » ou quelque autre texte approchant. Je vois dans cette augmentation indéniable des films tirés de faits et de personnages ayant existés, un signe évident de notre décadence. Car ce manque de confiance dans la fiction sape les fondements d'une civilisation bâtie sur des mythes qui n'est qu'un autre nom de la fiction...


bobby5.jpg


Or donc Bobby seul contre tous (Prayers for Bobby) est basé sur le livre américain éponyme de Leroy Aarons ; les noms propres n'ont même pas été changés. Les producteurs expliquent leurs motivations : « Le livre Leroy Aarons a changé l’état d’esprit d’innombrables personnes et a ainsi sauvé des centaines de vies depuis qu'il a été édité. Nous espérons que le film, puissant, continuera à faire changer les mentalités et à rendre justice à la mémoire de Bobby Griffith. »


bobby6.jpg


Dire que le film n’est pas révolutionnaire dans sa mise en scène est un euphémisme, mais la réalisation est efficace. Même s’il est dommage que parfois Mulcahy gâte cette efficacité par un petit nombre de fioritures inutiles. Même si l’on comprend bien qu’il utilise ces astuces pour accentuer avec sa caméra notre empathie pour la détresse émotionnelle de Bobby. Stratagème qui lui évite un long discours explicatif en voix off. Le scénario n’évite pas les clichés (le frère, joueur de football américain, par exeple), néanmoins tout sonne juste en particulier les dialogues dont l'intervention de la mère devant le conseil municipal qui est très forte.


bobby7.jpg


Il faut resituer historiquement le drame. Le scénario couvre trois années. Le film commence en 1979, époque où l’homosexualité était au cœur d’un débat aux USA qui posait la question de l’acquis et de l’inné des préférences sexuelles. On peut penser d’autre part qu’en 1979, l’homosexualité était moins bien perçue aux USA qu’aujourd’hui, même si la récente controverse sur la proposition 8 en Californie pourrait nous faire penser le contraire...


bobby8.jpg


Le talent de Sigourney Weaver, qui a rencontré la vraie Mary Griffith, et celui des autres acteurs (en particulier de Ryan Kelley qui défend son personnage avec beaucoup de sensibilité) parviennent à nous faire oublier le didactisme du film. On comprend bien que le film a d’abord été fait à l’usage des parents de jeunes gays. Interrogée sur l’opportunité d’une prestation dans un téléfilm (ce sont ses débuts à la télévision), Sigourney Weaver a déclaré que plus de gens sont susceptibles de voir ce téléfilm que n’importe lequel des films de cinéma qu’elle a tournés auparavant. Il est amusant en regard de leur navrante programmation habituelle de remarquer que M6 ait passé ce film à 13h 30 un lundi, sans doute pour éduquer la ménagère de moins de cinquante ans oisive ! On peut toutefois penser que le diffuser à 20h30 aurait été bien plus courageux...


bobby9.jpg


S’il est normal qu’en raison de sa notoriété on se focalise sur Sigourney Weaver, il ne faudrait pas oublier les autres acteurs presque tous chevronnés, même les plus jeunes, et en particulier Ryan Kelley qui est loin d’être un inconnu… que l’on se souvienne de l’excellent Mean Creek de Jacob Aaron Estes et plus récemment Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood. Il retrouve Carly Schroeder qui incarne la sœur de Bobby et qui jouait également dans Mean Creek.


bobby10.jpg


Qu’un tel film ait eu beaucoup de mal à se monter dénote d’une homophobie certaine du milieu cinématographique américain. Sigourney Weaver avait déjà essayé de monter l’affaire dans les années 1990. Elle est aujourd'hui productrice associée sur le film. Le producteur principal, Daniel Sladek, depuis sa découverte du livre en 1997, a du batailler ferme pour y parvenir. Il y a eu un autre projet qui a avorté avec NBC avec Susan Sarandon dans le rôle de Mary Griffith. En 2000, une autre tentative a également échoué. Le film a été pensé dès sa mise en œuvre pour essayer de rafler des Emmy Awards.


bobbysui.jpg


Le réalisateur, Russell Mulcahy, est l’auteur du premier Highlander. On lui doit aussi des épisodes de Skins et Queer as Folk.


bobby11.jpg


La diffusion du film, le 24 janvier 2009, a fait grand bruit aux USA. Il a été vu par beaucoup d'associations LGBGT comme un modèle pour la lutte contre l'homophobie. L’équipe du film a participé à un gala du Trevor Project (une association fondée par James Lecesne qui vient en aide aux jeunes LGBT).


bobby12.jpg


Un film militant qui réussit à être émouvant et qui dénonce l’obscurantisme religieux et la bigoterie. Il devrait être montré obligatoirement à tous les parents qui envisageraient de renier leur enfant s’il était gay.


bobby13.jpg

Un film dans la lignée de Milk.

Pour plus d’informations :

Le site du film : http://www.prayersforbobby.com/

 

 

Pour voir le film sur votre ordinateur cliquez sur la flèche de l'écran ci-dessous

 

 

 

 

Pour télécharger le film cliquez sur les lignes ci-dessous

 

 

Download from Megaupload.com
Link
Subtitulos en español
Legenda em Portugues (Br)

Download from Rapidshare.com: (Copia de exhibición. No es un DVD Rip)
ou
http://rapidshare.com/files/216388563/Prayers_For_Bobby.avi.001
http://rapidshare.com/files/216394376/Prayers_For_Bobby.avi.002
http://rapidshare.com/files/216399891/Prayers_For_Bobby.avi.003
http://rapidshare.com/files/216405390/Prayers_For_Bobby.avi.004
http://rapidshare.com/files/216411131/Prayers_For_Bobby.avi.005
http://rapidshare.com/files/216417407/Prayers_For_Bobby.avi.006
http://rapidshare.com/files/216423486/Prayers_For_Bobby.avi.007
http://rapidshare.com/files/216429270/Prayers_For_Bobby.avi.008
http://rapidshare.com/files/216435131/Prayers_For_Bobby.avi.009
http://rapidshare.com/files/216441063/Prayers_For_Bobby.avi.010
http://rapidshare.com/files/216447256/Prayers_For_Bobby.avi.011
http://rapidshare.com/files/216452524/Prayers_For_Bobby.avi.012
http://rapidshare.com/files/216456739/Prayers_For_Bobby.avi.013
http://rapidshare.com/files/216480509/Prayers_For_Bobby.avi.014
http://www.megaupload.com/?d=M9AHMBVR
720x416 14x=104889KB=1,36GB 90min
br.jpghttp://rapidshare.com/files/220225480/Prayers_for_Bobby.srtTradução: Nemo Griffith, sincronia: Tiago Dion
es.jpghttp://rapidshare.com/files/220225482/Prayers_for_Bobby_es.srt
en.jpghttp://rapidshare.com/files/223339091/Prayers_for_Bobby_en.srtposted by Jenoe
fr.jpghttp://rapidshare.com/files/223339092/Prayers_for_Bobby_fr.srtposted by Jenoe

Unir / Join:
http://www.jaist.ac.jp/~hoangle/filesj/

Leitor Completo / All in one directshow player:
http://www.baixaki.com.br/download/the-kmplayer.htm

ou


prayers+for+bobby+-01.jpg


prayers+for+bobby+-02.jpg


prayers+for+bobby+-03.jpg


prayers+for+bobby+-04.jpg


prayers+for+bobby+-05.jpg


prayers+for+bobby+-06.jpg


prayers+for+bobby+-07.jpg


prayers+for+bobby+-08.jpg


prayers+for+bobby+-09.jpg


prayers+for+bobby+-10.jpg

bobby14.jpg

prayers1.jpg

prayers2.jpg

prayers3.jpg

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU, Proust, adapté par Nina Companeez

Publié le par lesdiagonalesdutemps



Tout d'abord il faut saluer le courage de Nina Companeez pour s'attaquer à l'imposant massif qu'est la recherche du temps perdu d'autant que tout est occasion à trébucher avec Proust (1871-1922)... En dépit des réserve qui vont suivre il faut d'abord la remercier pour les deux belles soirées de télévision qu'elle nous a données et dont je garde précieusement l'enregistrement. Un dvd ne devrait pas tarder à suivre, espérons que ses suppléments seront copieux. Certains beaux esprits feignent à cette occasion de découvrir Nina Companeez, oubliant qu'elle fut la collaboratrice talentueuse de Michel Deville et qu'elle nous a offert jadis de grands moments de télévision avec "Les dames de la coté" remarquable tableau romanesque de la vie durant la guerre de 14, en l'absence des hommes. C'est dans cette saga télévisée que le public et... François Truffaut découvrirent Fanny Ardant, ce qui n'est déjà pas rien. Dans ces "Dames de la cote", film tourné en 1979, Fanny Ardant, parlant du premier tome de la Recherche" disait à son frère: "Tu dois lire ce livre, tu ne peux pas ne pas le lire". Comme on voit la passion de Nina Companeez pour Proust remonte à loin... L'audace est d'autant plus grande que contrairement à ces prédécesseurs dans la même folle aventure, Raul Ruiz qui sut à merveille faire ressortir une fantaisie et un fantastique, que l'on méconnait généralement dans l'oeuvre de Proust, et Volker Schlondorff, à la tentative moins mémorable, Nina Companeez a choisi de prendre La recherche dans son ensemble et ne pas en traiter qu'une partie comme ses prédécesseurs déjà cité ou encore Chantale Ackerman qui ne s'intéressa qu'à "la prisonnière", rebaptisée "La captive", en 2000 dans une habile transposition moderne. Le projet avorté de Losey, sur un scénario d'Harold Pinter n'embrasse également qu'une partie du monumental ouvrage. Petite incise, je signale qu'il existe une adaptation de La recherche en bande dessinée qui n'est pas honteuse et que Roland Petit en a brodé sur ses thèmes un merveilleux ballet dont la captation est trouvable en dvd.
Déblayons d'emblée la question de la qualité cinématographique de l'adaptation de Nina Companeez. Elle est comparable à ce que la télévision française sait donner lorsqu'elle y met les moyens sans audace mais offrant une belle qualité d'image dans une réalisation classique dont le modèle sont les récentes adaptations de  Maupassant.
Le lecteur de la Recherche prend donc un plaisir certain à voir mis en images certains passages de livre préféré. Nombre d'entre eux s'y prêtent par leur théâtralité. A ce propos l'adaptation met bien en évidence la science et le brio des dialogues chez Proust. A les entendre on mesure quelle perte pour le théâtre au fait qu'il ait négligé cet art. Un autre atout pour une adaptation est que l'oeuvre fourmille de personnages hauts en couleurs. Adaptation oblige, Nina Companeez a du faire des coupes sombre dans cette foule bigarrée. Je reviendrai sur le sujet. Autre avantage pour notre voyeurisme moderne la Recherche ne manque pas de scènes scandaleuses ou même scabreuses; Nina Companeez n'a pas fait l'impasse sur les scènes homosexuelles même si, elles auraient pu être plus torrides. Pour ce qui est de la reconstitution historique, décors, costumes, paysages, photographie... le résultat est à la hauteur de l'ambition. Nina Campaneez en fait même un peu trop pour le personnage du narrateur qui change de tenue à chacune de ses apparition transformant un peu son rôle en un défilé de mode masculine au tournant du XIX ème siècle. Néanmoins le salon Guermantes manque un peu d'"aristocratisme". Si les paysages vénitiens sont un peu étroits à contrario Balbec est habilement traité. Nina Companeez a filmé dans le "Grand Hôtel" de Cabourg où Proust a plusieurs fois résidé et qui a servi de modèle pour celui de Balbec. Elle a mélangé des images de Cabourg avec des vues d'autres stations balnéaire de la Manche pour un Balbec tel qu'on le rêve en lisant la Recherche. 
Le choix des acteurs est intéressant mis à part celui désastreux de Micha Lescot dans le rôle du narrateur dont malheureusement Nina Companeez a fait le pivot de son adaptation. Le casting comporte peu de célébrités contrairement à celui du "Temps retrouvé de Raoul Ruiz ce qui évite les rejets immédiats du spectateur, qui, s'il est déjà lecteur du roman s'est souvent fait dans son imagination, un portrait précis du personnage. Nina Companeez a surtout puisé dans le vivier  des acteurs de la Comédie Française qui en ce moment à retrouvé une troupe digne de celle de la grande époque des Jacques Charron, Robert Hirsh, Jean Piat et autre Denise Gense ou Roussillon. au phrasé impeccable. Celui que l'on remarque le plus est Didier Sandre, fantastique et émouvant en Charlus auquel l'adaptation a fait la part belle, ce qui me parait fort habile. Charlus étant à mon avis le personnage le plus intéressant et le plus complexe de la Recherche qui pourtant n'en manque pas. Dominique Blanc est une Madame Verdurin convaincante. Caroline Tillette fait une jolie Albertine. Elle est d'une fraîcheur parfaite ainsi que toutes les jeunes filles en fleurs sorties du cours Florent qui semblent sorties d'un tableau de Renoir. Les références à la peinture impressionniste d'ailleurs abondent. Ainsi le peintre Elstir joué avec beaucoup d'assurance par Jean-Claude Drouot appartient à cette école alors qu'à la lecture de la Recherche, je l'avais plus imaginé en double d'Helleu, ce qui expliquerait mieux les visites des jeunes filles à son atelier.
Andy Gillet campe un Saint-Loup tel un vif godelureau, ce n'est pas ainsi que je le voyais, mais c'est recevable.






La grande difficulté pour une adaptation d'oeuvre d'une telle longueur consiste dans les choix scénaristiques et donc de l'inévitable sélection sélection drastique qui s'impose des épisodes essentiels sans pour autant nuire à la compréhension du récit ni à la fluidité du récit. Sur ce point, il me semble qu'étant un lecteur de longue date de la Recherche, il m'est difficile d'avoir un avis tranché. En effet le lecteur inconsciemment comble les béance que l'adaptation par la force des chose est contraint de faire dans ce fleuve narratif. Je ne peux d'ailleurs absolument pas me rendre compte de la façon dont peut appréhender ce film, un spectateur qui n'aurait pas lu la recherche. Le défi impossible est à relever en 3h30 de téléfilm! On aurait pu espérer que, devant un tel chef d'oeuvre, la télévision française s'engage un peu plus et donne non pas deux soirées mais quatre pour que Nina Companeez puisse développer sereinement son adaptation. D'où le recours permanent à la voix-off, qui parfois vient en concurrence avec  les dialogues qui par contre nous fait bien entendre la langue inimitable de Proust. 







Venons en maintenant au principal défaut de cette adaptation le désastreux choix de Micha Lescot pour le rôle du narrateur. Il y a déjà le physique curieux de l'acteur qui s'il a bien les yeux de faon selon la formule de Saint-Loup a surtout un nez qui le fait ressembler à un tapir et qui doit lui permettre de jouer Cyrano sans prothèse. Mais l'erreur capitale a été d' en faire un dadais niais. Ce qui, tout d'abord, empêche le spectateur d'avoir toute empathie, tout du moins durant la première époque, avec ce pitoyable fils à maman. On comprend bien que Nina Companeez a voulu affubler le malheureux de tous les tics, manies, caprices et ridicules dont Marcel Proust ne manquait pas et dont les description s'étale dans les biographies, à ce sujet je ne saurais trop vous recommander celle signée de Ghislain de Diesbach parue en 1991 aux éditions Perrin. Cette biographie, comme les autres nous rappelle que si Proust avait bien des ridicules et devait souvent pénible, il avait aussi beaucoup de charme et était souvent un compagnon fort drôle. C'est d'ailleurs un des points très positif de cette adaptation que de mettre en lumière la drôlerie du texte, ce que l'on oublie trop souvent de mentionner. En avoir fait une chochotte niaise rend certaines scènes ridicule et même dérangeante comme celle où la grand mère cajole son niais de petit fils lors de leur premier séjour à Balbec. Outre que Micha Lescot est alors trop vieux pour l'emploi, Nina Companeez n'est guère habile en ce qui concerne le vieillissement des personnages, sa molle passivité le fait ressembler à un veule gigolo accomplissant une passe avec une douairière!
Autre choix discutable, celui de Michel Fau, en Jupien dont le physique ingrat rend improbable la parade de séduction qu'il danse devant Charlus et qui est beaucoup plus grotesque qu'excitante. 




Il y a d'ailleurs un contre sens dans cette adaptation d'avoir voulu faire une seule et même personne de l'écrivain qui relate les fait au soir de sa vie et le narrateur, et plus encore avec Proust. Confusion que Barthes, grand lecteur de Proust, appelait le "marcellisme'. Cette vision va à l'encontre de toute la réflexion de Proust sur la littérature qui ne se dressait contre l'idée qu'un auteur puisse être réduit "à ce misérable petit tas de secrets" qu'est toute vie. Il suffit pour cela de lire son "Contre Sainte-Beuve"


 

Nota

Pour améliorer votre proustolatrie, cette très bonne émission diffusée sur France-Culture: La Métaphysique de la jalousie chez Proust | France Culture, Les Vendredis de la philosophie - Commentaires, 7 avril 2006, par Raphaël Enthoven. Avec Nicolas Grimaldi.


Télécharger

 

et une autre sur l'adaptation de Proust par Raoul Ruiz

 


 

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

ER MORETTO (VON LIEBE LEBEN) de Simon Bischoff

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Fiche technique :

Avec Alevino Di Silvio (Franco), Francesco Gnerre (Renato), Franco Mazzieri (Vampir), Vinicio Dimanti (Tunte), Ciro Cascina, Rosa Di Brigida, Renato Faillaci.

 

 

 

Réalisation : Simon Bischoff. Scénario : Simon Bischoff. Image : Raffaele Mertes. Musique : Alberto Antinori. Montage : Annerose Koop.


Suisse-Allemagne, 1885Durée : 85 mn. Disponible en VOSTfr.



Résumé :

L’évocation de la prostitution masculine à Rome au début des années 80, à travers le cas de Franco, surnommé « Er Moretto », qui a commencé à se prostituer dès l’âge de treize ans... À travers une interview du garçon réalisée par le cinéaste, on reconstruit (difficilement) le chemin de Franco. Après deux ans d’une vie d'expédients, il rencontre dans une discothèque gay un homme d’une cinquantaine d’années, Renato (interprété par Francesco Gnerre), ce qui lui change la vie. Les deux entament une relation qui va évoluer avec le temps. Franco cesse de se prostituer et trouve un travail...



L’avis critique

Un des films les plus hallucinants que j’ai pu voir (un grand merci à Alain M. qui m’a procuré cette curiosité dont je n’avais jamais entendu parler avant la semaine dernière). Er Moretto oscille constamment entre le documentaire et la fiction. Le film peut être vu comme un plaidoyer, à peine déguisé, pour la prostitution des adolescents pauvres et en difficulté familiale, puisque le jeune Franco, rejeton d'une famille nombreuse, battu par son père et vivant dans une banlieue si sinistre qu’elle ferait passer notre 9-3 pour un lieu de villégiature paradisiaque, se retrouve cinq ans après avoir commencé à faire le commerce de son corps, cravaté, muni d’un travail et vivant dans un appartement d’un quartier résidentiel de Rome (l’E.U.R.). On ne saura que peu de choses de ce qui amené notre tapin à cette aisance petite bourgeoise.



Nous apprenons des brides de vie du dit Franco lors d’une interview, fort lacunaire, réalisée par Bischoff alors que le garçon a 18 ans et dit avoir arrêté la prostitution. Cette confession est filmée frontalement sur un fond neutre. Elle est entrecoupée de longues séquences sensées évoquer la vie du garçon et son contexte dans le milieu de la prostitution romaine.



Franco, qui visiblement n’a pas inventé la pelle à charbon pas plus que le fil à couper le beurre (à sa décharge, Bischoff semble un piètre interviewer mais néanmoins roublard et conscient de sa faiblesse puisqu’il prend soin de faire dire à Franco, dès le début de l'entretien qu’il ne voulait pas jouer dans le film), nous sert un discours petit bourgeois assez antipathique propre en effet aux gigolos que j’ai pus fréquenter dans les mêmes années du côté du drugstore de Saint-Germain-des-Prés (je me demande combien aujourd'hui survivent de ces stakhanovistes du sexe que l'on voyait tourner, parfois des heures durant, moulés dans leurs jeans, l'œil éteint mais néanmoins vigilants, autour du pâté de maisons du drugstore). Bien sûr Franco se veut hétérosexuel et n’admet que du bout des lèvres qu’il lui est arrivé de s’attacher à certains de ses clients.



Franco nie avec force être un “frocio”. Il dit ne pas apprécier le sexe avec les hommes et avoir eu pour Renato, son mentor et bienfaiteur, seulement un rapport d'affection comme celui que l’on a pour des amis ou celui qui existe entre un père et son fils, mais jamais de l’amour. La relation entre Franco et Renato est une histoire qui ressemble à celle que l’on a pu apercevoir ici ou là dans les chroniques mondaines, particulièrement en Italie où nous voyons quelques personnages connus, qui adoptent leur petit ami aimé, et ensuite lorsque ce dernier se marie, « le père » devient le parrain des enfants nés du mariage. C’est un peu l’histoire de Pasolini avec Ninetto...

Le réalisateur, Simon Bischoff, a rencontré le garçon à 13 et 17 ans. Mais malheureusement, il n’y a que des images fixes de leur première rencontre. Le film constate les tristes changements physiques intervenus chez ce garçon durant ces années...



L’extravagance complète du film vient des séquences dans lesquelles Bischoff tente de faire jouer par des acteurs (probablement des amateurs d'ailleurs, aucun n'a tourné d'autres films) et Franco lui-même, des pans significatifs de la vie du garçon. Le cinéaste s’y révèle un exécrable directeur d’acteurs. Mais le plus bizarre sont les séquences où il évoque la prostitution masculine à travers les âges. Ce qui nous vaut des plans fixes qui sont tantôt dans le style de Von Gloeden, tantôt dans celui de Tony Patrioli… et des sketches qui sont des hommages à Fellini. Voir en particulier l’ahurissant pastiche de la célèbre scène de la fontaine de Trevi dans La Dolce Vita, quand d’autres images font référence à Roma Roma ou au Satiricon. Le plus étrange, c’est que de ces machins nait une poésie tout à fait inédite. Si Bischoff n’est pas doué du tout avec les acteurs, il a en revanche un grand sens de l’image, quelques unes dont celles de garçons dans les ruines romaines (j’ai cru reconnaître outre le cirque Maximus, le forum et les thermes de Caracalla) sont très belles.



Je suppute que ce monsieur doit être un bien meilleur photographe que cinéaste (connaît-on ses photographies ? Il semble que oui, car voici ce que j’ai pu lire, sur le net, sur une page culturelle venant du Maroc : « La galerie Lawrence-Arnott à Tanger abrite du 12 au 30 septembre les œuvres photographiques de l’artiste suisse Simon Bischoff. Cette exposition a pour thème : Obsession Morocco. Artiste aux activités diverses, il semble surtout préoccupé par tout ce qui est image puisqu’il est également metteur en scène et écrivain. Né à Berne, il vit actuellement entre Rome et Tanger. Son travail photographique a déjà été exposé aux quatre coins du territoire européen (Suisse, Allemagne, Hollande, Italie) et aux États-unis. »)



L’étrangeté du film doit beaucoup du choc que crée le naturalisme des images de l’interview et le surréalisme des séquences illustratives.

Un des aspects les plus curieux de Er Moretto est son côté nostalgique pour ces endroits de drague qui n’existent plus aujourd’hui à Rome, en particulier celui du circus Maximus, et à un moindre degré ceux du Colisée et de la gare Termini. Je dois confesser que plusieurs soirs, à la fin de l’été 1978, j’ai rodé autour du Colisée et n’y ai vu, comme seule bestiole, que des chats efflanqués à demi sauvages. C’est un peu comme si un vieux micheton parisien faisait un film pour déplorer la fermeture du drugstore Saint-Germain.



Du circus Maximus, un des lieux principaux du tournage de Er Moretto, il ne reste plus aujourd’hui qu’une vallée que domine le palais impérial, long de 640 mètres. Il demeure le plus grand monument jamais construit dans le monde pour accueillir un spectacle...

Malgré sa singularité, le film peut être rapproché des opus passablement crapoteux du polonais Wiktor Grodecki ou du film suisse Garçon stupide qui possède le même mélange de fiction et de cinéma vérité. Mais ces films sont beaucoup plus crus que Er Moretto. À la vision de ce dernier, on ne peut s’empêcher de penser à tout un cinéma underground gay des année 70, comme Race d’ep dont l’œuvre de Bischoff semble être un surgeon tardif.



Simon Bischoff est né en 1951 à Berne. Après une formation de photographie, il a étudié la philosophie, l'art et la musique au conservatoire de Zurich. Pour le théâtre et le cinéma, il a travaillé comme assistant-réalisateur. Aujourd'hui, il vit au Maroc et y travaille comme metteur en scène, cinéaste, photographe et écrivain. Bischoff a édité un livre illustré où il rend compte des conversations qu’il a eu avec Paul Bowles. Bischoff a tourné en 1998, un documentaire dont le titre est Mon beau petit cul... Ce dernier film, que je n’ai pas vu, serait la chronique de la vie intime de Jean Neuenschwander, un sexagénaire, heureux et extravagant qui a choisit de vivre sa retraite à Tanger pour y vivre pleinement sa sexualité gay auprès des jeunes marocains...

Er Moretto est un film qui doit être vu par tous les amateurs de curiosités cinématographiques et les amoureux de Rome.



Le DVD :

Le DVD suisse du film, facilement trouvable sur Amazon et autres sites de ce genre, comporte des sous-titres français et comme bonus, on trouvera une interview du cinéaste, réalisée en 2004 à Tanger. Celle-ci est en allemand et ne bénéficie pas de traduction.

 

Download from Hotfile.com:
Part 1 Part 2
Subtítulo en español
Subtitles track MKV: SpanishEnglishGermanFrench

 

 

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

ANGEL IN THE TOILET

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

angel1.jpg

 

Fiche technique :

Avec Narumi Hiroki, Nao, Ashima Takiyuki, Kobayashi Takahito, Hasegawa Tomotsugu, Masa. Réalisation : Imaizumi Koichi. Scénario : Imaizumi Koichi. Directeur de la photographie : Ide Yutaka & Imaizumi Koichi. Montage : Suguira Fuyuhiko, Otsuka Takashi & Imaizumi Koichi.

Japon, 1999, Durée : 33 mn. Disponible sur le Net. Film muet.

 

 

 

 




Résumé :


Un jeune ange, bien de sa personne, habite (hante ?) des toilettes pour hommes quelque part au Japon. Le lieu est décati, mais propre, grâce à ses soins. La fréquentation est modeste et le séjour donc tranquille. Il y a bien quelques distractions comme un SDF qui décide d'y passer la nuit ou deux garçons qui élisent l'endroit pour y faire l'amour...


angel17.jpg


Pour se distraire, l'ange joue avec ses deux colocataires, un boa en peluche et un escargot mécanique... D'autres fois il regarde fixement un extérieur que le spectateur ne verra pas... Passent les jours, passent les heures et coule la pissotière, l'ange demeure. La plupart des visiteurs ne le voit pas, comme s'il était transparent. Mais parfois des urineurs de passage le découvrent, trouvent l'ange à leur goût et le sodomise pour son plus grand plaisir...


angel3.jpg

L'avis critique

On peut considérer ce film comme un film expérimental. Il est muet et assez peu bruyant : quelques sons feutrés et une musique parcimonieuse. Silence qui n'aide guère à sa compréhension profonde. Mon interprétation sera donc sujette à caution. L'ange est-il un vrai ange ou un clampin ayant revêtu des atours angéliques ? En l'occurrence une serviette de toilette blanche et des ailes déplumées à l'armature en fil de fer. Je pencherais pour la première supposition car, par instants, l'ange devient transparent et s'évanouit entre les urinoirs. D'un autre côté, il est curieux qu'un ange connaisse le plaisir anal. Je me perds donc en conjonctures...


angel4.jpg

On peut comprendre grâce à quelques inserts clignotants que notre jeune homme, avant de devenir un ange, a aimé des garçons...

Je ne peux pas dire que l'action soit trépidante, et on s'ennuie tout de même un peu à observer notre ange batifoler entre les latrines. D'autre part, considération toute personnelle, j'ai été surpris de constater le délabrement de ces toilettes publiques. Je n'en ai jamais rencontré de semblable dans mon petit périple japonais. Le Japon est un pays extrêmement propre et les toilettes y sont particulièrement bichonnées.


angel5.jpg

Sur le plan technique, comme quasiment tous les films underground, il est sous-éclairé. L'image est presque toujours granuleuse mais je ne suis pas parvenu à discerner dans ce fait quelle était la part du filmage et celle de la mauvaise qualité de la version téléchargée qui est en ma possession. Parfois, fugitivement, l'écran devient neigeux. Tout cela serait-il vu par le biais d'une caméra de télésurveillance ? Encore une autre hypothèse... Lorsqu'un plan est bien éclairé, ce qui arrive tout de même, on s'aperçoit de la beauté des cadrages.


angel7.jpg

À la fin du film, il semble que notre bel ange soit libéré de ses vespasiennes nippones et gagne le ciel. Cet heureux dénouement dans l'optique du salut de l'éphèbe ailé soulève une question théologique qui me semble d'une certaine actualité : se faire enculer conduit-il à la rédemption ?


angel6.jpg

À ceux qui ne verraient dans ce film qu'une fantasmagorie, une fois n'est pas coutume, je vais me fendre d'une anecdote personnelle qui a été ravivée dans ma mémoire par Angel in the toilet. Par une belle après-midi de l'été 1983, j'étais aux alentours du boulevard Saint-Germain avec mon petit ami d'alors. Nous fûmes pris soudain d'une envie de chair. Où aller ?


angel8.jpg

J'habitais en ce temps-là la banlieue et il fallait bien quarante minutes pour arriver à ma chambre. Lui était encore chez ses parents, dans une autre banlieue, guère plus proche et rien ne disait que son domicile serait vide. Où aller ? Tenaillé par le désir, il me vint soudain une idée ! Nombre d'immeubles parisiens possédaient des toilettes entre les étages d'habitation. Celles-ci directement accessibles par l'escalier. Ces cabinets étaient les vestiges du temps où il n'y avait pas de lieu d'aisance dans chaque appartement. Ils étaient souvent fermés et servaient de débarras mais il y en avait presque toujours un d'ouvert dans lequel la concierge ou le préposé au ménage remisait ses produits d'entretien.


angel9.jpg

J'avisais un immeuble qui pouvait répondre à ce type de commodité, les immeubles haussmanniens ou datant du XXème siècle sont à bannir, et j'y entrainais mon ami. Heureux temps où les digicodes et autres barrières électriques n'étaient pas encore en service. Nous voilà bientôt dans l'escalier, j'essaye la première porte. Elle s'ouvre. Nous entrons. On s'enferme et un peu fébriles constatant que le lieu était propre et en plus bien éclairé par une fenêtre, je n'aime pas faire la chose à l'aveugle, nous nous mettons sans attendre à l'action.


angel12.jpg

Et puis en plein travail sensuel, pris de distraction ou sentant quelque chose d'inhabituel, je lève la tête. Tout d'abord je constate la grand hauteur de plafond de l'endroit puis je m'aperçois qu'aux deux tiers de la hauteur, une forte planche est fixée formant une large étagère qui forme une sorte d'alcôve dans laquelle était accroupi un homme jeune, un peu négligé de sa personne et qui visiblement à la vue des ustensiles qui l'entouraient y avait élu domicile, il nous regardait forniquer.


angel15.jpg

S'apercevant que j'avais découvert sa présence, il me fit un bon sourire en mettant son index sur sa bouche en signe de silence. Me découvrant un flegme que j'ignorais, j'ai continué mon ouvrage comme si de rien n'était. Une fois jouissance faite, nous nous sommes rhabillés. Et nous sommes sortis. Mon ami ne s'est aperçu de rien. Avant de quitter ce petit lieu témoin de notre impatient désir, avant de fermer la porte, j'ai osé un regard furtif et sur sa plateforme, j'ai cru voir que notre vigie se masturbait...


angel13.jpg


Comme quoi même les films les plus incongrus peuvent faire remonter des souvenirs...

Deux ans plus tard, Imaizumi Koichi, qui par ailleurs fut acteur dans plusieurs films, tourneNaughty boy, puis en 2007 son deuxième long métrage Hatsu-koi.

Ce film est à recommander chaudement aux fétichistes des anges et aux nostalgiques des vespasiennes.


angel16.jpg

Pour télécharger le film cliquez sur la ligne ci-dessous

Publié dans cinéma gay

Partager cet article

Repost 0

<< < 10 20 30 40 41 > >>