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238 articles avec bande-dessinee

case en exergue: Christophe Alvès

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case en exergue: Mittéï

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La photographe T1 par Kenichi Kiriki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La photographe T1 par Kenichi Kiriki

Les japonais sont réputé pour photographier à tout va (comme moi) lors de leurs séjours à l'étranger et je peux témoigner qu'il font de même lorsqu'ils font du tourisme (beaucoup) dans leur propre pays. Avec "La photographe" ont voit comment le virus de l'image prospère chez les jeunes nippon. L'héroine de "La photographe" Ayumi a Choisi de devenir membre du Club Photo de son lycée, pour s'exercer elle décide de faire des petits reportages photographique dans différents quartiers de Tokyo. Avec elle nous découvrons un Tokyo ignoré des touristes et même de beaucoup de tokyoite.

Petit à petit elle réalise un véritable carnet de voyage, elle nous balade de quartier en quartier, la photo étant un prétexte pour nous faire découvrir des lieux méconnus. Au final, Ayumi prend peu de photos, elle travaille encore en argentique et chaque cliché a un coût indéniable pour une jeune lycéenne. Cette ignorance du numérique est assez étonnante aujourd'hui et donne un coté rétro à ce manga. Au-delà de la ville et de ses aspects méconnus, c'est aussi une jolie ode au plaisir de la photographie. L'héroïne expérimente, réfléchit, mais suit surtout beaucoup son instinct pour réaliser ses clichés, où la technique est aussi importante que l'émotion du moment. 

La photographe est constitué de courts chapitres qui racontent chacun une promenade de l'héroïne. Chaque sortie est pour elle l'occasion de se plonger dans l'histoire de sa ville. À ses côtés, on en apprend plus sur la vie d'écrivains célèbres, sur des monuments ou des lieux atypiques à visiter... On pourra regretter que chaque chapitre soient si courts. Ce qui empêche de complètement s'immerger dans l'ambiance des lieux, dans l'atmosphère contemplative que l'auteur met en place. On a aussi l'impression de survoler les histoires passionnantes de beaucoup d'élément abordés. Le ton du récit, lui, déborde peut-être un peu trop de bons sentiment. Les chapitres sont très variés. Certains sont axés sur la vie de tel quartier, alors que d'autres se concentrent plutôt sur les relations entre les personnages, ou la photographie.

 Entre chaque chapitre, un carnet explicatif donne la propre expérience du lieu de l’auteur lors de ses repérages. Complémentaire et très informatif (comme l'adresse d'un bon restaurant de ramen dans le secteur), cela permet d’aller plus loin que la simple anecdote traitée dans le manga. On prolonge ainsi l’immersion touristique par des anecdotes souvent assez amusantes. De plus, certains quartiers sont décortiqués plus profondément sur deux pages entre certains chapitres. Là, on rentre vraiment dans les faits concrets, les mêmes que l’on pourrait trouver dans un vrai guide touristique.

Les images prises par la jeune fille sont chargées d’histoires et d’anecdotes qui font tout l’intérêt du récit. Plus qu’une simple déambulation de lieu en lieu, ce manga nous amène dans un Tokyo que nous ne pouvions soupçonner. Chaque chapitre se focalisant sur un endroit, un bâtiment, un monument, une fête, une spécialité locale ou même un personnage célèbre. De quoi contempler la culture du Japon au gré des tribulations de cette jeune fille. On y découvre, avec délectation, un Japon moderne, mais également ancré dans ses traditions. Il faut tout de même prévenir le lecteur et je l'espère pour lui le futur promeneur dans ce Tokyo que les trace du passé sont souvent bien minces et se limitent à une plaque commémrative car Tokyo au XX ème siècle a subit deux terrible destruction la première lors du tremblement de terre de 1923 (sur le sujet il faut lire l'indispensable ouvrage de Akira Yoshima, Le grand tremblement de terre du Kantôt, édité par Actes Sud) quasiment tout ce qui était au sud du parc Ueno fut détruit, plus par l'incendie qui suivi le tremblement de terre que par ce dernier, la seconde lors des bombardements américains de 1945 qui ne laissèrent quasiment aucun quartier intact.

Le graphisme est en accord avec le thème. Il est très... photographique. Les planches se partagent entre les personnages, au design fin et un peu rétro, qui apportent l'émotion, et une reproduction plus réaliste, presque photographique, des lieux visités. Le résultat est un peu froid, mais accentue le côté guide, comme une invitation à venir savourer ces décors de nos propres yeux. Comme l’explique l’auteur, Kenichi Kirki, il s’est lui-même promené dans les endroits et ce sont ses propres observations qu’il retranscrit dans son manga. On peut se demander alors pourquoi il a jugé bon d'user du truchement de la jeune Ayumi sur laquelle on a peu de détail et qui est dans ce premier tome un peu transparente même si semble s'ébaucher une histoire d'amour avec un de ses camarades. 

L’éditeur compare ce titre à celui de Jiro Taniguchi «  L’Homme qui marche ». Il est vrai que ces deux œuvres ont un fond commun : une balade menant à de nombreuses découvertes. Mais contrairement à l'oeuvre de Taniguchi, La photographe est plus léger, moins introspectif. Il n’amène pas le lecteur dans une méditation contemplative. Le manga de Kenichi Kiriki est également plus centré sur les vraies découvertes de lieux connus. Son héroïne, jeune lycéenne, est constamment émerveillée par des choses que les plus anciens trouveraient banales (l'émerveillement chez les jeunes japonais semblent inépuisable, voilà une jeunesse qui ne parait pas blasé).

La photographe est un manga frais et dépaysant pour découvrir un Tokyo souvent méconnu, même par les autochtones.

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case en exergue: Luca Erbetta

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: Luca Erbetta

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L'ARABE DU FUTUR - Tome 2: Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 - 1985).

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L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient. Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.

Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et ce n'est pas du gâteau pour plaire à son père qui me parait pourtant un crétin fini. Il me semble que le pauvre gosse aurait du s'employer un maximum pour ne pas ressembler à son triste géniteur. Le livre dépeint parfaitement la misère sociale, intellectuelle, sexuelle de cette vie sans horizon dans le bled syrien. Les chapitres les plus savoureux sont ceux qui décrivent les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, plus abruti c'est difficile à imaginer. Triste en regard de l'actualité est la partie décrivant les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre. ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.

 

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Il faut remercier Riad Sattouf pour ce livre qui nous rend la lectures des quotidiens beaucoup plus joyeuse. En effet ceux (autant vous dire que je n'en ai jamais été) qui versaient leur larme en ouvrant chaque soir "Le Monde" qui annonce rituellement chaque jour que quelques syriens sont passés de vie à trépas napalmés par leur rais mal aimé, raccourcis par une horde de rebelles quelconque, bombardés par des avions de nationalités diverses ou encore noyés pour avoir utilisé des yachts avariés... Dorénavant, ils arboreront un grand sourire et s'exclameront joyeusement; << ah quel bonheur quelques cons de moins sur terre (ce qui est inestimable)>>. Et ça fait du monde Car le premier tome s’est vendu au moment de la sortie du tome 2 à plus de 600.000 exemplaires ! Un vrai phénomène de l’édition et en plus chez un éditeur qui n’est pas spécialisé en bande dessinée ! 600.000 exemplaires par les temps qui courent, c’est exceptionnel, rarement vu ces dernières années. Les gens lisent de moins en moins mais le talent de Riad Sattouf, via son dessin et sa façon de se raconter, a emporté les derniers points de résistance.

Il faut d'urgence le faire lire au suédois pour qu'ils aient conscience du niveau intellectuel des réfugiés qu'ils accueillent si volontiers.

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Les plus hallucinants passages sont ceux où le petit Riad  va à l’école pour apprendre l’arabe, apprendre à lire et à compter, enfin c'est ce qu'on lui fait croire en fait l'activité principale consiste à être battu comme plâtre par la maitresse (entendez ce mot comme le comprenne les masochistes en quête de dominatrice). Lui, le petit franco-syrien aux cheveux blonds. Tout le monde à l’école le prend pour un étranger, un type spécial voire suspect à un tel point que certains le traitent de juif, l'injure suprême dans cet improbable pays.

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Riad Sattouf continue sur sa lancée au niveau graphique. C’est dans la parfaite continuité du premier tome.En ce qui concerne le scénario, l’histoire est tellement hors du commun, et vraie en plus, que l’auteur qui a du être tellement traumatisé qu'il ne doit probablement pas trop se creuser les méninges pour que tout cela ressorte. Ca lui évite de longues et couteuses séances chez le psy. 

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

A noter pour la petite histoire que Riad Sattouf n’a plus de cheveux blonds… 

Le livre le plus anti-arabe du siècle, un merveilleux vaccin contre le tiers mondisme bêlant!

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

 

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Case en exergue: Chris Ware

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Case en exergue: Chris Ware

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda (réédition complétée)

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dernier album des aventures d'Alix, "Par-delà le styx", dessiné par Marc Jailloux sur un scénario de Mathieu Breda, s'il est réussi, met paradoxalement en évidence la tare de la bande-dessinée franco-belge et particulièrement la série Alix: Soit qu'il est impossible pour une bande dessinée ambitieuse comme l'est celle-ci de développer un scènario complexe en 48 pages. Je n'arrive pas à comprendre comment ce fait qui dure depuis des années n'est presque jamais soulevé. Les albums n'ont pas assez de pages. Mathieu Bréda a astucieusement contourné l'obstacle en faisant de "Par-delà le styx" la suite de l'album "Le dernier spartiate". Les deux albums rassemblés en un seul on obtient une remarquable histoire, peut être la meilleure de la série. Jacques Martin cette fois peut être fier de ses successeurs. Mais là où le bât blesse c'est que "Par-delà le Styx", lu seul, est presque incompréhensible. C'est comme de lire "Vingt ans après" sans connaitre "Les trois mousquetaires".  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Par quelle aberration en est on arrivé à cet étiage de 48 pages alors que les albums dessinés par Jacques Martin, jusqu'à "Iorix le grand", avaient une pagination qui oscillait entre 56 et 64 pages. Pour des raisons commerciales bien sûr, qui, à courte vue, ont prévalues sur les considérations artistiques. 

J'ai déboursé 11,50 € pour l'achat de cet album. Il me semble qu'en poussant le prix jusqu'à 15€ pour 64 pages (pagination du "Dernier des spartiates") on ne découragerait que fort peu d'acheteurs et qu'au contraire sur un long terme ceux-ci augmenteraient.

L'amateur de bandes-dessinées n'a plus, comme c'était le cas au début des années 60, le choix unique des albums (je laisse de coté les petits formats) issus du gisement de la B.D. franco-belge. Il y a les comics américains, de plus en plus présentés sous forme de recueils bénéficiant d'une reliure rigide, et surtout les mangas que j'apparente beaucoup plus par leur ambition et la très grande qualité artistique de certains d'entre eux, au grandes séries franco-belges qu'à nos petits formats de jadis, même, s'ils en possèdent le format.

Il se trouve qu'en même temps que l'album d'Alix, j'ai acheté le tome 11 de "Cesare", un manga de Fuyumi Soryo, qui détaille la vie de Cesare Borgia. L'auteure en profite pour faire un vaste panorama  des enjeux politiques, artistiques et philosophiques de la Renaissance. Si les différences avec la saga martinienne sont évidentes, à commencer par le fait que "Cesare" prend comme héros principal un personnage ayant réellement existé, Angelo, le jeune et joli garçon inventé par Fuyumi est plus un témoins narrateur qu'un véritable acteur de l'histoire. Mais les points communs sont nombreux, en premier lieu, le genre, celui de la bande dessinée historique. On peut donc penser que les deux séries s'adressent au même public (j'en suis la preuve vivante). Pour ce nouveau fascicule de Cesare, j'ai déboursé 7, 90 € pour quelques 250 pages, certes la plupart sont en noir et blanc et toutes d'un format plus réduit. Il reste que pour allez de novembre 1491 à juillet 1492 il a fallu à notre japonaise érudite 2750 pages même si celles-ci ont le 1/3 de la superficie de celle d'un album d'Alix, on arrive, si l'on fait l'équivalence, à un peu plus de 900 pages; pages qui ne m'ont pas ennuyé une seconde. Je ne préconise pas un tel ralentissement du temps dans les scénarios des bandes-dessinées occidentales mais il n'est pas interdit ni de comparer, ni de réfléchir à cette dilatation du temps dans les mangas (j'aurais pu prendre comme exemple d'autres mangas historique tel "Zipang", "Jin", "Vagabond" ou encore "Le chef de Nobunaga"). Cette dilatation du temps n'exclut pas l'action; elle ne manque pas dans Cesare. Maisune telle temporalité permet de développer moult personnages et intrigues annexes et surtout dans Cesare d'offrir de nombreuses cases montrant la magnificence du décor de l'Italie de la Renaissance. On regrette qu'en raison du peu de place il ne soit laissé dans les albums d'Alix, à celle de l'antiquité, que la portion congrue. C'est d'autant plus regrettable qu'en matière de représentation de monuments Marc Jailloux n'a rien à envier à la pourtant excellente Fuyumi Soryo.

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Avant de détailler le riche scénario de cet album, il me semble qu'il est bon d'en expliciter le titre: Le Styx, c’est le fleuve qui, dans la mythologie grecque, sépare les enfers de la vie terrestre. Le fleuve infernal a été traversé voici longtemps par un héros mort au combat, Heraklios, le père d’Heraklion, le jeune Spartiate rencontré par Alix et qui est devenu son protégé. Heraklion est le pivot de cette aventure d'Alix.

Le scénario d'"Au-delà du Styx" est à la fois mince et complexe par le cadre dans lequel il se déroule, la recherche par Alix d'un père de substitution pour le garçon dont il a la charge mais dans un monde en guerre. Or donc, Alix part en Afrique du nord pour retrouver Astyanax, le dernier soutien d'Héraklion, garçon dont Alix à la charge, et quelle charge! Le garçon d'une douzaine d'années semble à la fois caractériel et mélancolique; traumatisé qu'il est, par la mort de sa mère et l'écroulement des derniers pans de la civilisation spartiate qui l'a vu naitre (Tout est dans "Le dernier spartiate", album dans lequel nous faisons la connaissance d'Héraklion et d'autres acteurs majeurs de "Par-delà le Styx") part en Afrique du nord où va se dérouler la grande bataille de Thapsus dans laquelle les derniers partisans de Pompée vont affronter l'armée de César. Les férus de Montherlant se rappelleront que c'est dans cette période que l'académicien situe sa pièce "La guerre civile", exactement avant la bataille de Dyrrachium qui aura lieu elle du 12 au 15 juin soit un peu plus de deux mois après les combats mis en scène dans l'album. Comme dans "La guerre civile" nous allons croiser plusieurs personnages historiques dans "Par-delà le Styx". Tout d'abord Marc-Antoine qui alors règne à Rome pendant que César bataille, puis César, Caton et Juba.

"Par delà le Styx" aurait pu s'intituler "Heraklios", comme le confie Marc Jailloux dans Alix Mag, et cette hésitation dans le titre est révélatrice. Cet album revisite aussi un personnage plutôt méconnu (bien qu'il soit récurrent) en lui donnant une intéressante dimension psychologique. Dans les albums dessinés par Jacques Martin, Héraklion était surtout un jeune enfant à protéger, une sorte de victime potentielle qu'il faut continuellement sauver de divers dangers, qui n'est bon qu'à se faire enlever, ou à tomber en pleine mer. Dans ce nouvel album, il change d'apparence et devient plus autonome. Il semble maintenant un peu caractériel, fait des fugues, conteste l'exemple d'Alix et se cherche manifestement un nouveau modèle.Pourtant la préoccupation qui anime Alix tout au long de l’histoire est de veiller sur le sort troublé de ce jeune garçon, et pour cela il défie non seulement Marc-Antoine, mais aussi les derniers Pompéiens en guerre contre César, ainsi que leur allié le fourbe Roi de Juba. Cette tâche de percepteur rencontre bien des obstacles, mais à cœur vaillant rien d’impossible.


Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Petits rappels historiques qui auraient été bien utiles en fin d'album par exemple, puisque cette fois l'aventure étant précisément située dans le temps et l'espace. La bataille de Thapsus (aujourd’hui Rad Dimassen Tunisie) qui est au coeur de cette aventure, se déroule le 6 avril 46 av. J.C. On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum (maître de cavalerie) de Jules César, fonction qu'il exerça en 48 et 47, en alternance avec Lépide (magister equitum 45-44). (En 46, César étant consul, il n'y a ni dictateur ni maître de cavalerie.).

On appelle «maître de cavalerie» le bras droit du dictateur. La dictature est une magistrature spéciale, normalement limitée à six mois. En des circonstances graves, un dictateur va donc remplacer les deux consuls (élus pour un an). En 49 av. n.È., Jules César s'était octroyé la dictature pour un an, puis se l'était faite conférer pour dix ans (47) et à vie enfin (44), rompant avec le principe républicain d'une magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulguera une lex Antonia de dictatura tollenda abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Pour cause d'obsolescence, Auguste ne la rétablira pas.

D'abord comme propréteur puis comme maître de cavalerie, Marc Antoine a donc la charge d'administrer l'Italie (la ville de Rome relevant du préteur urbain Lépide) en l'absence du dictateur. Mais comme le confie Mathieu Bréda dans une interview il a réalisé un léger glissement temporel car dans la réalité historique quelques moi avant la temporalité de l'aventure César avait destitué Marc Antoine à cause de son manque de rigueur (ce que lui reproche Enak dans une case de la page 1). Marc Antoine a été remplacé par Curion, qui bien que de grand mérite n'aurait rien évoqué à l'immense majorité des lecteurs d'où le choix de faire "glisser" un peu l'Histoire, afin que Marc Antoine soit présent dans l'album.

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Dans sa jeunesse Antoine, cousin de César (sa mère étant une Julia), scandalisa Rome le en affichant une liaison homosexuelle avec son ami Curion [C. Scribonius Curio], chose très mal vue entre citoyens. Réalité ou, de sa part, provocation de dandy ? Homme austère (la formule César «mari de toutes les femmes et femme de tous les maris» est de lui), C. Scribonius Curio (cos. 76), aurait épongé les dettes de Marc Antoine (250 talents) pour qu'il fasse taire la rumeur et s'éloigne de son fils.

 

Autre exemple de "glissement" historique: si le mercenaire Publius Sittius a réellement existé et a bien pris part à la guerre en Numidie en revanche son invasion de Rusicade est une invention du scénariste. D'autre part si Metellus scipion est un personnage historique qui a pris part à la bataille de Tharpus, après celle-ci il tente de s'enfuir pour l'Espagne mais se fait capturer par des hommes de.... Publius Sitius!

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Thapsus marquera la fin de l'affrontement entre Jules César et Pompée puis après la mort de ce dernier avec ses anciens partisans. L'armée du parti conservateur Optimates est conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie. Elle se bat contre les forces de Jules César qui finissent par avoir le dessus. Les pachyderme utilisé à la guerre Juba 1er sont des éléphant de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis), 3,5 m au garrot, 5 tonnes. Dans cette bataille, la fameuse légion gauloise Alaudae s'est illustrée contre eux, et prit l'éléphant pour emblème sur ses enseignes. Les aspects stratégiques de la bataille sont évoqués, même si les combats eux-mêmes ne sont que brièvement montrés. Le dessinateur semble éviter les grandes scènes de bataille (qui fourmillent de personnages) mais il se montre tout de même capable de composer de belles illustrations guerrières.

 

Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu. Auparavant ont eu leu les combats de Dyrrachium (dans l'actuelle Albanie) le 10 juillet 48 avant Jésus-Christ" A Dyrrachium "les Populares de Jules César sont vaincus mais le 9 aout de la même année, ils sont vainqueurs dans la bataille décisive de Pharsale. Pompée sera assassiné le 16 aout lors de son arrivée en Egypte (ce sont les dates que donnent Carcopino d'autres érudits les décalent de quelques jours mais restent dans les mêmes eaux.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Après avoir donné une précision historique regardons la géographie de "Par delà le Styx". Dans ce nouvel album on voit la demeure d'Alix. On la découvrait dans la première image des "Légions perdues". On constate que la terrasse de la maison d'Alix domine les toits de Rome. Nous savons donc que sa maison sur trouve sur une colline, mais laquelle? On désigne souvent Rome comme la ville aux 7 collines. Il y a le Palatin, le Capitole, l'Aventin, le Caelius, l'Esquilin, le Viminal et le Quirinal. Toutes ces collines se trouvent à l'est du Tibre. Vous pouvez le vérifier dans la carte ci-dessous.





Les "Légions perdues" ne nous donnent pas plus d'information. Il faut parcourir les pages du "Fils de Spartacus" pour continuer l'enquête. Au début de cet album, Maia et Spartaculus se rendent vers la maison d'Alix. Jacques Martin nous apprend alors qu'elle se trouve sur les pentes du Janicule. 
Le Janicule est une autre colline. Elle se trouve à l'ouest du Tibre (dans les parages de l'actuel Vatican). Elle
 domine le quartier du Transtévère, où du reste César possédait une villa où il logea Cléopâtre laquelle, en tant que reine, n’avait pas le droit de franchir l’enceinte républicaine du Pomoerium (le sillon tracé par Romulus).. Cela est surprenant, cette région était encore placée "extra muros" à l'époque de Jules César. Toutefois, en continuant la lecture du Fils de Spartacus, Jacques Martin nous confirme cette localisation atypique. En effet, lorsqu'Alix quitte sa maison pour se rendre vers le forum, au centre de la ville, il doit traverser le Tibre.

En prenant en compte la vue depuis la terrasse, et le fait qu'à la page 13 des Légions perdues, lorsqu'Alix discute avec Agerix, on voit le pont Aemilius en contrebas, la maison d'Alix doit à peu près se trouver dans la zone encadrée en rouge sur la carte dessous :


 

 

Si Alix habite bien le Janicule, la vignette d’ouverture des LEGIONS PERDUES prend tout son sens : on y voit à gauche le Palatin avec son temple de Jupiter très bon et très grand, puis au centre du paysage le mont Caelius et, à droite, l’Aventin.



Il existe un troisième album qui nous montre la maison d'Alix, c'est "Roma Roma". On y retrouve une terrasse qui domine la cité, mais rien d'autre. Les alentours de la maison d'Alix se situent sur le flanc d'une colline. C'est indiqué aussi bien par Jacques Martin que par Morales. Ci-dessous l'extérieur de la maison dessiné par Jacques Martin, dans "le Fils de Spartacus". 



Et voici la même rue dans Roma Roma. On découvre une contradiction entre les deux albums, car la rue monte de façon continue chez Morales, tandis qu'elle grimpe en escaliers chez Jacques Martin. 

Dès la première page, on découvre Alix et Enak qui avancent dans la nuit, dans une rue qui se trouve certainement sur la haut de sa maison. Elle est perpendiculaire par rapport à la pente de la colline.

Il y a ensuite une petite rue qui remonte le Janicule et qui longe la maison d'Alix avant d'arriver à cette même rue. Jacques Martin la montrait ainsi, dans le Fils de Spartacus. Les cases de Marc Jailloux sont tout à fait cohérentes avec celle dessinée par Jacques Martin (immédiatement ci-dessous).



On peut penser que la terrasse se trouve du côté de la demeure qui fait face au Tibre, et qui offre une vue spectaculaire sur la ville. Rafael Morales la dessinait sur deux niveaux et Marc Jailloux par cohérence adopte le même choix. Il nous montre ici la maison et sa terrasse vue depuis la petite rue montante..



Dans l'image immédiatement ci-dessus, on découvre les demeures qui sont à côté de la maison d'Alix, sur le Janicule. Cette vue "latérale" provient totalement de l'imagination de Marc Jailloux, et elle est logique si on prend en compte la position des personnages, qui se trouvent sur la partie haute de la terrasse.
 
 
Dans la série Alix senator, la maison d'Alix n'est manifestement pas sur une colline d'où il aurait une vue panoramique sur Rome. Il a dû déménager, se rapprocher du centre de l'Urbs... 

Outre sa situation on a quelques difficulté à imaginer la demeure de notre héros. Il semble bien que les images où elle apparait dans les différents albums, dus à plusieurs dessinateurs, permettent que difficilement de se la représenter. Ce qui n'a pas empêché un lecteur d'Alix marseillais, martinophile distingué, Loup 79 (voirhttp://lectraymond.forumactif.com/t369p45-la-demeure-d-alix) d'en proposer une vision très convaincante, mais quid de la terrasse!
 
 
reconstitution d'une villa de Pompei

reconstitution d'une villa de Pompei

Dans un même album on peut trouver des incohérences architecturales

Par exemple ces deux images de la demeure d'Alix dans "Roma roma", dessiné par Morales, ne me paraissent pas complètement raccords.

Mais plus grave à propos de ces images et des terrasses qui apparaissent dans les différents albums, la maison d'alix est représenté la première fois "La légion perdue", il y est à craindre que nous soyons là en présence d'un de ces anachronismes que pourtant Jacques Martin et ses successeurs ont de cesse de traquer. Car les villas pompéiennes types de ce que pourrait être la domus d'un patricien comme Alix ne comportent pas ce genre de terrasses, en revanche elles sont très présentes dans l'architecture italienne et méditerranéenne actuelle.

Certes on retrouve des balcons dans d'autres péplums qu'Alix dans la série SPARTACUS (peut être pas un modèle d'exactitude historique, c'est un euphémisme.) par exemple le balcon de la maison de Batiatus; mais ce n'est pas une villa ordinaire qu'habite ce laniste. C'est un ludus. On peut penser que le propriétaire d'une école de gladiateur devait disposer d'un point d'observation pour surveiller l'entraînement de ses hommes, et éventuellement y inviter de riches organisateurs de combats intéressés de lui en louer quelques uns de ses gladiateurs. Du reste, ce balcon est manifestement inspiré de la loge qui domine l'arène privée (en bois) où Peter Ustinov/Batiatus convie ses invités dans le SPARTACUS de Kubrick. Et puis en peinture Alma-Tadema affectionne particulièrement les terrasses mais d'une part je ne fais guère confiance à ce peintre en matière de vérité historique et d'autre part il ne faut pas confondre Rome et Baïes.  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Jacques Martin répugnait à se laisser trop ligoter par des faits historiques trop précis qui auraient bridé sa liberté de scénariste. Sur 34 albums, 4 seulement sont clairement datés par un fait historique connu: il s'agit des albums suivant: « Alix l'intrépide », « Le sphinx d'or », « L'Ibère » et donc ce dernier opus  Martin rêvait une sorte de Rome intemporelle sans trop se focaliser sur la chronologie événementielle. Rendons donc hommage a Mathieu Breda qui a su parfaitement enserrer son histoire dans une trame historique aussi serrée.

Mais cette imbrication serrée des péripéties d'un personnage de fiction avec des fait historique, si elle semble se répandre de plus en plus dans la bande dessinée et pas seulement franco-belge et aussi japonaise, je reviendrais sur ce sujet, va à l'encontre de l'un des dogmes de la B.D. classique: le non vieillissement des personnages. Dès l'instant où l'on fait mouvoir le héros dans l'Histoire cela devient impossible de même, comme c'est le cas ici lorsqu'on produit une suite à un album déjà existant, alors le facteur temps ne peut plus être nié.

S'il était possible de garder une éternelle juvénilité à Alix lorsqu'il affrontais le démoniaque et élégant Arbacéres tout aussi imaginaire que lui, la Rome de la fin de la république n'était alors qu'un décor à leur rivalité exacerbée, il en va tout autrement lorsque Alix croise Caton, Marc-Antoine et consort...

Certes il était déjà en relation avec César depuis bien des albums. A propos de ce dernier, j'ai lu quelque part que César est cogonem, autrement dit un surnom, que le divin Jules tiendrait de son arrière grand-père qui aurait tué un éléphant lors d’une des guerres puniques. Caesar serait en fait le mot punique pour désigner l’éléphant. La thèse qui veut qu'il  tire son nom d’une naissance par « césarienne » du verbe latin Caedere « couper » est le fait de gens qui n'ont pas peur des anachronismes. A l’époque, beaucoup de femmes mourraient en mettant au monde leur premier enfant et notamment, en -53,  Julia, fille de Jules César et épouse du Grand Pompée mais l’idée d’une césarienne à une époque où la chirurgie est balbutiante est in-envisageable. Ce ne fut qu’après sa mort et sa divinisation que « César » devint une sorte de titre qui nous donnera plus tard Kaiser, Tsar ou Chah.

On assiste dans le monde de la bande dessinée  à un phénomène relativement nouveau, celui de placer des héros nés du cerveau de leur créateur dans une trame historique; ceci pas seulement pour les séries dites réalistes. Prenons comme exemple celle de Blake et Mortimer. Dans ce dernier cas on voit que le souci du scénariste du dernier album des aventures du duo so british a été de rendre cohérente la chronologies de leurs péripéties. On peut s'amuser à situer chaque histoire des héros inventés par Jacobs sur une échelle temporelle. On part ainsi de 1944 pour arriver à environ 1970 soit une période d'un peu plus de vingt cinq ans. Dans la représentation de nos deux héros on ne constate pas de changements importants dans leur physionomie dans les différents albums. Si l'on ajoute que depuis la disparition de Jacobs les repreneurs de la série situent plus particulièrement les aventures de Blake et Mortimer dans les années 50, on voit qu'au rythme des parutions nos deux compères risque d'avoir des emplois du temps très surchargés. On peut dire la même chose de cet autre duo qu'est Alix et Enak.

Autre exemple d'immersion d'un héros de papier dans l'Histoire, celle de Spirou. On aurait époustouflé Franquin, si on lui avait dit que son groom aurait à voir avec l'invasion de la Pologne par les nazis ou annoncé qu'il rencontrerait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir à la terrasse des Deux magots. 

On assiste bien à un changement de paradigme dans la bande dessinée dont le dernier album d'Alix est un exemple.  

 

alix_baal_011

crayonné de Christophe Simon pour la conjuration de Baal 

Un érudit en martinologie, Jacky-Charles

 

auquel je n'arrive pas à la cheville en matière de saga alixienne a établi une chronologie des aventure du jeune gaulois qui vaut son pesant de savoir. Je vous la livre dans son jus, je n'ai fait qu'y ajouter "Par-delà le styx" ainsi que les date d'apparition des aventure, d'abord dans le journal Tintin puis en album. J'ai fait suivre cette date par le noms des auteurs en commençant par le ou les scénaristes (le je dans cette chronologie est celui de Jacky-Charles et non le mien :

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

1°) PERIODE « POMPEIENNE »


Repère historique : Pompée est au pouvoir, soit jusqu'au passage du Rubicon par César, en janvier -49.

Alix l'intrépide 
1948-1949 Jacques Martin : entre la bataille de Carrhes ( 28 mai -53 ) et l'été -52. ( 15 )

Le sphinx d'or 
1949-1950 Jacques Martin : commence avec la chute d'Alésia ( 27 septembre -52 ), l'histoire se poursuivant en Égypte dans les semaines ou les mois qui suivent, peut-être jusqu'en -51. ( 6 )

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : suite du « Sphinx d'or » en -51, d'après les personnages d'Enak et d'Arbacès ; mais, page 4, Alix parle de l'offense faite à Rome et à César, donc celui-ci gouverne ; qu'aurait-il eu à faire avec Carthage en tant que proconsul de Gaule ? Nous sommes donc soit dès -49, soit après la fin de la guerre contre les pompéiens en Afrique du nord ( juillet -46 ), c'est à dire au second semestre de -46 ou bien en -45. On reparlera de Lydas dans « Le spectre de Carthage ». Je privilégie pour cette fois le romanesque sur l'exactitude historique. ( 12 ) 

La tiare d'Oribal 
1955-1956 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Arbacès revient dans « La chute d'Icare » et Oribal meurt dans « La tour de Babel ». ( 12 )

La griffe noire 
1957-1959 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais on reparle de Rafa dans « Le spectre de Carthage », et Galva et Horatius reparaissent dès l'album suivant, Servio revient dans « Roma, Roma... ». ( 12 )

Les légions perdues 
1962-1963 Jacques Martin : Pompée est présent, César est en Gaule, Galva et Horatius reviennent. ( 3 )

Le dernier spartiate 
1966-1967 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Héraklion doit entrer en scène puisqu'on le retrouve dans des épisodes suivants, Galva et Horatius sont présents. ( 3 )

Le tombeau étrusque 
1967-1968 Jacques Martin  : pourrait également faire partie de la période suivante, la guerre civile n'ayant vraiment eu lieu qu'entre janvier et mars -49, mais il semble plutôt s'agir ici d'escarmouches entre partisans, qui peuvent donc avoir eu lieu avant janvier -49, seule période à retenir en raison de la présence de Brutus qui reparaîtra dans « Le spectre de Carthage ». ( 1 )

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Enak retrouve son nom de Menkharâ et son titre de prince qui sera réutilisé dès « L'enfant grec », en contradiction avec l'indication qui laisse supposer que César est au pouvoir, donc en -49 ou après. ( 6 ) 

Le fils de Spartacus 
1974 Jacques Martin : il est plusieurs fois question de Pompée au pouvoir, César est en Gaule, Héraklion et Galva sont présents, Fulgor arrive. ( 2 )

Le spectre de Carthage 
Jacques Martin 1976 : pas de repère historique apparent, mais Rafa et Lydas sont cités, Brutus revient et meurt, Corus Maler arrive et réapparaîtra dans « Roma,Roma... » ( 3 )

L'enfant grec 
1979 Jacques Martin : Pompée apparaît page 9, Enak fait état de son titre de prince d'Egypte. ( 2 )

Vercingétorix 
1985 Jacques Martin : Pompée apparaît page 4, César est en Gaule. ( 4 )

Les barbares 
1998 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par César page 9 ; mais César est « consul » ( page 10 ), alors qu'il ne retrouvera cette fonction qu'en -47 ! ( 12 )

La chute d'Icare 
2001 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par Numa page 27. Arbacès, Archéloa et Quintus Arenus reviennent, Julia arrive. ( 3 )

Roma, Roma... 
2005  Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : César est en Gaule ( page 12 ), et Pompée apparaît page 16 ( « suite » du « Tombeau étrusque » avec les mêmes personnages : Octave, Lidia, Héraklion, les Molochistes, plus Julia, Quintus Arenus, Servio, Fulgor, Corus Maler ). ( 1 )

C'était à Khorsabad 
2006 Jacques Martin,François Maingoval / Cédric Hervan Christophe Simon : César « doit terminer sa campagne en Gaule » ( page 48 ), Arbacès réapparaît. Nous sommes sans doute en -50. ( 12 )

La cité engloutie 
2009 Patrick WeberJacques Martin / Ferry  : se déroule en Armorique pendant la campagne de Gaule, Labienus est encore adjoint de César. Nous sommes également en -50. ( 6 )

Britannia 
2014 Mathieu Breda / Marc Jailloux paraît se situer en -54 au moment de la seconde expédition de César en Bretagne dont elle emprunte le déroulement, mais certains détails dont les noms des personnages montrent que cette expédition est une fiction qui se situe dans la continuité des aventures, toujours à la date de -50. ( 3 ) 

Le dieu sauvage 
1969 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. Héraklion est présent, Adréa meurt, Horatius 
est encore vivant. On apprend que le voyage en Cyrénaïque se situe juste avant « La conjuration de Baal » ( 1° trimestre -49 ), donc à la fin de -50. ( 6 )

N'oublions pas les romans :

Le sortilège de Khorsabad : Pompée et Arbacès sont présents ( et toujours complices ). ( 6 )

La conjuration de Baal 2011 Michel Lafon / Christophe Simon: se situe au 1° trimestre -49, entre le passage du Rubicon par César ( 12 janvier -49 ) et le départ de Pompée pour la Grèce, au moment où Alix revient de Cyrénaïque ( 2 ).

 

n3



La denière conquête Géraldine Ranouil / Marc JaillouxCorinne Billon 2013 : commence au moment où César passe le Rubicon, l'action de cet album recouvre donc complètement celle du précédent, tout en durant nettement plus longtemps ( 24 ). 

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : devrait se situer historiquement à partir de -49 ou de -46, César étant au pouvoir.

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Djefer dit à Alix, page 16, « César projette d'envahir l'Égypte après son retour de Gaule. » Nous serions donc entre mars -49 et septembre -48, arrivée de César à Alexandrie.

Ô Alexandrie 
1996 Jacques Martin / Jacques MartinRafael MoralèsMarc Henniquiau : César est « consul » ( page 48 ), mais n'est pas encore arrivé en Égypte, donc même période que ci-dessus. En -48, il est nommé en fait dictateur pour un an et ne redeviendra consul qu'en -47. ( 6 )

Le fleuve de Jade 
2003 Jacques Martin / Rafael Moralès Marc Henniquiau : idem ci-dessus, nous sommes toujours entre mars -49 et septembre -48. ( 12 )

Le démon du Pharos 
2008 Patrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : idem. ( 3 

 

L'empereur de Chine 1982 Jacques Martin : selon Mardokios ( page 9 ) César est consul, donc en -47. ( 48 )

 

Par-delà le Styx 2015 Mathieu Breda / Marc Jailloux : On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum de Jules César; fonction qu'il exerça en 48 et 47. Il se termine quelques jours après la bataille de Thapsus qui se déroula le 6 avril 46 av. J.C 


L'ombre de Sarapis 2012 François Corteggiani /  Marco VenanziMathieu BarthélemiVéronique Robin : page 47, Cléopâtre dit à Alix qu'elle se rendra à Rome pour le prochain triomphe de César, celui-ci ( en fait, il y en eut 4 ) ayant eu lieu en août/septembre -46, après son retour d'Afrique du nord le 28 juillet -46, nous sommes en juin/juillet -46. ( 2 ) 

Le testament de César 
2010 Marco Venanzi : se situe au moment du départ de César pour l'Espagne et le début de la guerre contre les pompéiens racontée dans « L'Ibère », soit à la fin de l'année -46. ( 1 )

L'Ibère, 
2007 François MaingovalPatrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : une des rares histoires datées, de -46/-45 ( guerre contre les pompéiens en Espagne, bataille de Munda le 17 mars -45 ). ( 6 )

Les proies du volcan 
1977 Jacques Martin : en -45, César veut reprendre la guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Carrhes, et envoie Alix et Enak en mission en Inde. Nous sommes en -45/-44. ( 24 )


-oOo-


3°) PERIODE « OCTAVIENNE »

Après l'assassinat de César en mars -44, Octave cherche à prendre le pouvoir. Le nom donné à cette période ne veut pas dire qu'Octave est présent dans ces histoires, au contraire. Elles n'entrent pas historiquement dans une des deux périodes précédentes et peuvent donc se situer après, ce que j'ai imaginé pour respecter un peu le temps qui passe !

Iorix le grand 
1971-1972 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. ( 12 ) 

La tour de Babel 
1981 Jacques Martin: pas de repère historique apparent. Oribal meurt, Adroclès apparaît et reviendra dans « Le cheval de Troie ». ( 3 ) 

Le zane noir (roman) : se situe pendant une année olympique, en -52, -48 ou -44 ( mais au moins 4 ans avant « Le cheval de Troie », cf. ce commentaire ). ( 2 )

Le cheval de Troie 
Jacques Martin 1988 : se déroule au cours d'une année olympique, après les Jeux, aux mois de Juillet et Août, donc, par rapport aux aventures d'Alix, soit en -52 ( impossible, on sait qu'il était en Gaule et en Égypte ), ou plutôt en -48 ( année très chargée : lutte contre Pompée et ses partisans, débarquement à Alexandrie ), ou encore en -44 ( année de la mort de César : Alix aurait-il été disponible ? ). Héraklion et Adroclès sont présents, Horatius meurt. ( 6 )

L'hydre bleue (roman) : cette aimable fantaisie est indatable. ( 1 )

-oOo-



4°) PERIODE « AUGUSTEENNE »

Avec l'arrivée de la série dérivée « Alix Sénator », nous entrons de plein pied dans cette période en franchissant d'un coup au moins 32 ans ! Octave est devenu Auguste et donne une seconde fois son nom à cette période.

Alix Senator 
2012  Valérie Mangin Thierry Démarez : 1) Les aigles de sang : cette histoire est datée de -12. ( 2 )

Alix Senator 
2013 Valérie Mangin Thierry Démarez : 2) Le dernier pharaon : suite du précédent. ( 2 )

Alix Senator 
2014 Valérie Mangin Thierry Démarez : 3) La conjuration des rapaces : suite des précédents ( 1 )

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Plus que dans beaucoup d'autres aventures du jeune gaulois, le scénariste a fait la part belle à la psychologie et aux doutes qui assaillent le héros, comme le montre la planche ci-dessus. En effet si Alix n'avait pas découvert la citadelle qui était l'ultime refuge des spartiates désireux de secouer le joug des romains sur la Grèce, Héraklion ne serait pas le dernier des spartiates (voir l'album éponyme sans lequel, je le répète, "Par-delà le Styx est incompréhensible.). On comprend ainsi en quelque sorte la quête d'Alix pour qu'Héraklion retrouve sont équilibre, c'est une manière de réparer le tort qu'il a causé à son jeune protégé...

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dessin de Marc Marc Jailloux n'est pas sans quelques défauts, en particulier en ce qui concerne l'anatomie de ses personnages. Il est tout de même très convenable et se rapproche de la qualité de celui des meilleurs albums de Jacques Martin. Il bénéficie d'une belle et délicate mise en couleurs de Robin Le Gall. Il faut apprécier à sa juste valeur de documentation la ressemblance des personnages historiques dessinés par Jailloux avec qui, les statues de leur buste pour Caton, qui, leur profil frappé sur des pièces pour Juba 1er. En revanche je n'ai pas "reconnu" César. Je sais bien que l'on a quasiment pas de portrait du vivant du divin Jules mais César étant devenu un personnage récurrent de la série, il serait bon que sa représentation soit uniformisée d'album en album comme l'est celle d'Alix ou d'Enak.

Image hébergée par servimg.com 

De grands progrés ont été réalisés par le dessinateur depuis son premier Alix sur la représentation du décor antique. Regardez attentivement les cases ci-dessous qui mettent en valeur les ex-voto du temple d’Asclépios. Tout est reproduit d’après des vestiges archéologiques. 

Picture 013.jpg

Marc Jailloux travaille sur du papier de format 35X67, il encre à la plume et à l’encre de Chine dans la plus pure tradition. Son implication dans la conception scénaristique est manifeste d’une étroite collaboration avec Mathieu Bréda. Le tout se fait sous la supervision de la fondation Martin qui lui fourni d’ailleurs ce fameux papier. Observez ci-dessous l’art subtil de la citation : un petit cheval de Troie proche de la main d’Enak figure à la devanture du sculpteur.

Picture 014.jpg

La fidélité avec le dessin du père d'Alix frôle parfois le pastiche, comme dans cette case représentant un banquet qui ouvre l'album, ou dans les deux séquences oniriques, typiquement martiniennes. Ces dernières sont particulièrement réussies. Dans la seconde  Héraklios avertit Alix que Xiphos s'apprête à frapper Astyanax, Marc Jailloux met en parallèle sur deux cases successives l'irruption du songe et le réveil d'Alix. Il est frappant de constater qu'alors, le visage qui fait écho à celui du spectre d'Héraklios est celui du jeune Mapta qui ne tardera pas à mourir, comme s'il fallait qu'une victime innocente soit sacrifiée pour qu'Héraklios guérisse... 

Nota

On peut écouter en cliquant sur la ligne ci-dessous une très intéressante interview de Jacques Martin

For intérieur - Jacques Martin (1ère diffusion : 16/04/1998)

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5134465
 

 

 
 
 
 

Image hébergée par servimg.com 

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
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Un Géant dans la vallée par Jack Kirby

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Il y a quelques jours je vous entretenais de ma nostalgie des petits format et en particulier de ceux des éditions Artima. A l'époque de ma lointaine jeunesse ces publications étaient honnies par ceux qui croyaient penser pourtant certains de ces titres étaient dessinés par de grands dessinateurs comme celui que je vous propose, rien de moins que par Jack Kirby (certes la qualité des scénarios était souvent bien en de ça de celle des dessins), cerrtain sont même réédité aujourd'hui chez Marvel comme cette curieuse histoire parue pour la première fois à la fin des années 70, il mettait en récit un duo composé d'un "pré-humain" et d'un tyrannosaure rouge sang. En ce temps-là c'était un "Moon-boy" qui était associé au dinausore écarlate (pour 9 numéros). C'est de cette série que je vous propose une aventure, celle paru aux U.S.A en 1978 sous le titre de Giant, mais dans sa version française paru elle en 1980 dans un format "pocket" dans l'anthologie Etrange aventure (n°66) chez Artima. Il est amusant de faire une comparaison entre les pages françaises et les pages américaines parce que les éditeurs hexagonaux avaient assez souvent, l'habitude de retoucher les planches américaines. Parfois pour mettre l'histoire au format des "pockets" (plus petit que les celui des comic books) par exemple, d'autre fois pour atténuer le dynamisme voire la violence de certaines cases (ou du moins jugées comme telles à l'époque).
Il y avait donc des ateliers de retouches au sein des maisons d'éditions françaises. Par exemple Jean-Yves Mitton a travaillé dans un de ces ateliers pour LUG. 
Ici, pour le Dinosaure Écarlate, les premières pages sont fidèles puis, assez bizarrement, quelqu'un chez Artima a fait le choix de changer le format d'une case :
 
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby

Jack Kirby, né Jacob Kurtzberg le  à New York et mort le  à Thousand Oaks enCalifornie, est un des artistes les plus influents, célèbres et prolifiques de la bande dessinée américaine. Surnommé « the King of Comics » (« le Roi de la bande dessinée »), il est à l'origine de nombreuses séries qui marquèrent l'histoire des comics américains.

En 1940, il crée, avec Joe SimonCaptain America ; en 1947, toujours avec Joe Simon il invente le genre descomics de romance ; dans les années 1960, avec Stan Lee, il crée de nombreux super-héros qui font la renommée de l'éditeur Marvel Comics, notamment : Les Quatre FantastiquesL’Incroyable Hulk, le puissantThorLes VengeursLes X-Men ; enfin dans les années 1970 pour DC Comics il entreprend son œuvre la plus ambitieuse, constituée de quatre comics reliés pour former une seule saga, Le Quatrième Monde. Après cela, il poursuit une carrière moins marquée par la nouveauté mais toujours fructueuse pour Marvel ou pour des éditeurs indépendants.

Il marque ainsi le monde des comics en produisant des œuvres qui connaissent un réel succès populaire et toujours admirées par ses pairs. Son goût pour le grotesque valut à quelques-unes de ses œuvres de se faire censurer en France, y compris par ses propres éditeurs.

Malgré cette reconnaissance, Jack Kirby connaît des déboires avec ses éditeurs, surtout Marvel, qui ne reconnaît pas de droits d'auteur ; ce conflit, qui s'était achevé du vivant de Jack Kirby, a depuis repris car ses enfants, en 2009, réclament à Marvel le retour des copyrights des séries créées dans les années 1960 ; la justice a rejeté le bien-fondé de cette demande même si l'avocat a fait appel. Mais, si son nom est toujours connu dans l'univers des comics, c'est essentiellement grâce à la force de son art qui s'est parfaitement adapté au style épique des histoires de super-héros.

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case en exergue: Nicolas Barral

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case en exergue: Nicolas Barral

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Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

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Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

 

Petites-coupures-a-Shioguni-cases

 

 
 

Nostalgique du Japon ce beau petit livre est pour vous. Dans petites coupures à Shioguni vous reconnaitrez sans doute pas tout à fait le Japon que vous connaissez. D'ailleurs ne cherchez pas Shioguni sur une carte vous ne le trouverez pas. Mais ce Japon des bras cassés vous l'avez peut être aperçu dans les films de Kitano. La première scène du livre, celle qui va tout déclencher en vient tout droit: Il était tard dans un petit restaurant sans client. Il pourrait être dans un quartier un peu lointain du centre de Tokyo ce rade miteux. Trois gangsters le costard anthracite et les lunettes assorties y font irruption. Ils viennent récupérer le fric que Kenji a emprunté à leur boss et comme il ne peut pas le rendre on subodore qu'il va passer une mauvaise nuit mais à cause de son incurie d'autres vont en passer une encore plus mauvaise. C'est aussi saignant que dans un film de kitano et aussi drôle que dans un livre de Chester Himes.

Petites coupures à Shioguni narre plusieurs faits divers se déroulant dans un quartier japonais durant quelques heures d'une nuit. Toutes les histoires se croisent et s'entrecroisent. La trame prend la forme d'un dossier d'enquête ou chaque protagoniste raconte sa version de cette nuit. L'intérêt repose sur le fait que, comme dans une enquête de police, la vérité de l'un n'est pas celle d'un autre. L'histoire ne suit pas un ordre chronologique et, selon les intervenants du récit, le spectateur migrera dans le temps à un moment donné de la nuit. La trame, éclatée, rappelle Pulp fiction. Le lecteur est quasi dans le rôle de l’enquêteur.

J'admire sans restriction Chavouet depuis Tokyo Sanpo, dans lequel il croquait les quartiers tokyoïtes avec ses crayons de couleur. C'était une sorte de carnet de voyage, un voyage immobile dans la capitale nipponne au grès de la Yamanote, l'indispensable ligne de métro qui encercle le centre de Tokyo, entre B.D. et illustration. Quelque temps après pour s'aérer il a fait le portrait d'une petite ile dans ce que les japonais appellent la mer intérieure. C'était Manabé Shima. Ca donnait une folle envie de larguer les amarres avec une caisse de saké. J'ai vu, que depuis, il a aussi fait une halte au Louvre entre deux accidents de vélo, mais c'est une autre histoire... Avec cette histoire de yakusa à la manque il s'attaque à un récit complet. C'est un peu comme dans Chandler on ne comprend pas immédiatement tout dans cette histoire morcelée dessinée en des planches dans laquelle l'invention formelle est constante sans pour cela nuire à la lisibilité. De toutes manières l'affaire criminelle aussi burlesque que trépidante n'est pas l'intérêt principal car en plus une fois que l'on aura rassemblé les pièces du puzzle, en démêlant les dépositions contradictoires, on s'apercevra que ce n'était pas si compliqué que cela. Ce qui fait tourner les pages au lecteur ce n'est pas l'impatience de connaitre la résolution de l'énigme mais le plaisir de la découverte à chaque page d'une trouvaille graphique.

 

 

Petites-coupures-a-Shioguni-page

Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

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