Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

220 articles avec bande-dessinee

Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

Dad appartient à la grande famille de la BD classique, et plus précisément elle fait partie de ce que l'on appelle les séries familiale. Les garnements de Pim Pam Poum  pourchassés par le "capitaine" fut l'une des première. Elle ouvrit la voie à bien d'autres, les très sages Triplés, le machiavélique Calvin flanqué de son tigre en peluche, Hobbes, et surtout l'archétype du genre en BD franco-belge, Boule et Bill, l'amitié indéfectible entre un garçonnet et son chien, entouré d'une famille immuable : père qui travaille-mère au foyer, pavillon de banlieue et 2CV rouge. C'est sur ce modèle que se sont développés les personnages qui ont pris la suite de ce créneau, comme Cédric. Avec des figures imposées : la mère est au foyer (la maman de Cédric travaille dans une boulangerie pendant un demi-tome sur les 25 que compte la série), le père ramène l'argent au foyer et met les pieds sur la table basse en empoignant son journal le temps que le dîner soit servi.

Quand on compare Dad à Boule et Bill, bande dessinée assez semblable dans les intentions, destinée d'abord à un public enfantin et toutes deux circonscrites le plus souvent dans un tout petit périmètre, la maison et sa proximité pour Boule et Bill, l'appartement, le square et le supermarché tout près pour Dad, on voit combien la société à changé depuis la fin des années 50. Y pointe même la question de genre car on peut imaginer que les quatre mères de ses filles sont assez viriles. La première, que l’on entraperçoit dans le premier album est maire de sa cité. Dans Dad les femmes ne sont pas forcément la douceur et la bienveillance incarnées. Dad lui est un homme très rond et maternel. Il a un côté féminin et il est très zen...

Rien de commun, entre le quotidien du père de Bill, avec sa gentille femme, à la maison entre ménage et cuisine, d’il y a plus de 50 ans et celui de Dad à la tête d'une famille monoparentale d’aujourd’hui. Surtout celle de Dad, le héros de la série de Nob. Ce papa poule célibataire doit gérer la cohabitation de quatre filles, (chacune d'une mère différente, très différente) toutes aux caractères bien affirmés. Ce père moderne est un acteur quadragénaire plus dévolu aux panouilles qu'aux grands rôles. Comme jadis Boule et Bill on peut lire cette série chaque semaine dans l'indispensable Spirou où Nob sévit également avec talent dans le non moins indispensable "Atelier mastodonte".

 

On suppose au héros de la série, une jeunesse insouciante de fête en fête, et un passé de comédien en quête nonchalante d’un rôle pour assurer sa subsistance. À quarante ans bien sonnés, on subodore que c'est plus les pensions alimentaires des mères de ses filles que ses maigres cachets qui font bouillir la marmite. Avec son corps tout en rondeurs, et quatre filles cet éternel adolescent qui en a la garde àde quoi l’occuper toute la journée !

L’aînée, Pandora, est une étudiante sérieuse, un brin trop sérieuse, ce n’est pas le cas de la collégienne Ondine, assez futile, obnubilée par ses amours adolescentes, Roxane est une écolière sportive et espiègle, quant à la petite dernière, la métisse Bérénice, c’est encore un bébé, c’est pour cela que la famille la surnomme Bébérénice.

Le quotidien de Dad et de ses quatre filles est détaillé dans une série de courtes histoires, d’une à trois planches. Père attentionné, mais pas irréprochable, le comédien intermittent, affronte les humeurs de ses filles avec un détachement feint et beaucoup de tendresse. Il subit aussi leurs sarcasmes quand il doit monter, avec grande peine, un meuble IKEA ou qu’il s’essaye au sport.

Tous ces petits soucis sont oubliés quand ils passent ensemble de bons moments ou bien, lorsque des mamans inconnues le regardent avec bienveillance quand il emmène la petite dernière à la crèche ou, enfin, certains soirs, quand Dad console affectueusement un adolescent boutonneux, amoureux éconduit d’Ondine.

Dad c’est un papa poule au caractère de caramel mou, un héros du quotidien sans une once de méchanceté. Jamais grossier, dépourvu de tout cynisme, il réinvente l’esprit de famille comme Roba l’avait fait dans Boule et Bill. 

Nob a su trouver le ton juste pour parler de la famille d’aujourd’hui, loin des stéréotypes véhiculés par des BD plus anciennes telles « Boule et Bill » ou « Cédric ». Jamais de pathos dans de courts récits drôles et attachants, mais des rebondissements truculents et une fraîcheur très communicative. Nob est aussi un grand observateur de la société d'aujourd'hui avec la même acuité qu'avaient hier Claire Brétécher et Lauzier mais sans l'acrimonie de ce dernier.

Le dessin rond et efficace est un des atouts d’une série qui a d’ores et déjà rencontré son public. Le tome 1 a bénéficié d’un tirage initial à hauteur de 40 000 exemplaires, a été rapidement réimprimé pour 15 000 exemplaires supplémentaires, au vu de la demande. De fort bon augure pour la pérennité de la série. Un second album est sorti fin 2015. Deux autres sont prévus pour 2016

Dans une interview au "Soir" Nob confiait la part autobiographique qu'il y a dans Dad: << J’admire le talent d’illustrateur de Roba, ses couleurs aussi. J’essaie de retrouver un peu de tout ça dans Dad. Dans la vraie vie, je suis aussi très Boule et Bill. J’ai une famille sans problème avec une femme et des enfants. Au contraire de mon père qui a connu des situations très compliquées avec plusieurs épouses. D’ailleurs quand j’ai créé le personnage de Dad, il a cru que c’était lui. En fait c’est un peu lui mais pour le caractère, c’est surtout moi.>>.

 
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

L'Iliade par Cuvelier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'Iliade par Cuvelier
L'Iliade par Cuvelier
L'Iliade par Cuvelier

Dans les années 50, dans les pages du journal Tintin, Cuvelier résumait en l'iliade en quatre pages de bandes dessineés!

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dernier album des aventures d'Alix, "Par-delà le styx", dessiné par Marc Jailloux sur un scénario de Mathieu Breda, s'il est réussi, met paradoxalement en évidence la tare de la bande-dessinée franco-belge et particulièrement la série Alix: Soit qu'il est impossible pour une bande dessinée ambitieuse comme l'est celle-ci de développer un scènario complexe en 48 pages. Je n'arrive pas à comprendre comment ce fait qui dure depuis des années n'est presque jamais soulevé. Les albums n'ont pas assez de pages. Mathieu Bréda a astucieusement contourné l'obstacle en faisant de "Par-delà le styx" la suite du "Dernier des spartiates". Les deux albums rassemblés en un seul on obtient une remarquable histoire, peut être la meilleure de la série. Jacques Martin cette fois peut être fier de ses successeurs. Mais là où le bât blesse c'est que "Par-delà le Styx", lu seul, est presque incompréhensible. C'est comme de lire "Vingt ans après" sans connaitre "Les trois mousquetaires".  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Par quelle aberration en est on arrivé à cet étiage de 48 pages alors que les albums dessinés par Jacques Martin, jusqu'à "Iorix le grand", avaient une pagination qui oscillait entre 56 et 64 pages. Pour des raisons commerciales bien sûr, qui, à courte vue, ont prévalues sur les considérations artistiques. 

J'ai déboursé 11,50 € pour l'achat de cet album. Il me semble qu'en poussant le prix jusqu'à 15€ pour 64 pages (pagination du "Dernier des spartiates") on ne découragerait que fort peu d'acheteurs et qu'au contraire sur un long terme ceux-ci augmenteraient.

L'amateur de bandes-dessinées n'a plus, comme c'était le cas au début des années 60, le choix unique des albums (je laisse de coté les petits formats) issus du gisement de la B.D. franco-belge. Il y a les comics américains, de plus en plus présentés sous forme de recueils bénéficiant d'une reliure rigide, et surtout les mangas que j'apparente beaucoup plus par leur ambition et la très grande qualité artistique de certains d'entre eux, au grandes séries franco-belges qu'à nos petits formats de jadis, même, s'ils en possèdent le format.

Il se trouve qu'en même temps que l'album d'Alix, j'ai acheté le tome 11 de "Cesare", un manga de Fuyumi Soryo, qui détaille la vie de Cesare Borgia. L'auteure en profite pour faire un vaste panorama  des enjeux politiques, artistiques et philosophiques de la Renaissance. Si les différences avec la saga martinienne sont évidentes, à commencer par le fait que "Cesare" prend comme héros principal un personnage ayant réellement existé, Angelo, le jeune et joli garçon inventé par Fuyumi est plus un témoins narrateur qu'un véritable acteur de l'histoire. Mais les points communs sont nombreux, en premier lieu, le genre, celui de la bande dessinée historique. On peut donc penser que les deux séries s'adressent au même public (j'en suis la preuve vivante). Pour ce nouveau fascicule de Cesare, j'ai déboursé 7, 90 € pour quelques 250 pages, certes la plupart sont en noir et blanc et toutes d'un format plus réduit. Il reste que pour allez de novembre 1491 à juillet 1492 il a fallu à notre japonaise érudite 2750 pages même si celles-ci ont le 1/3 de la superficie de celle d'un album d'Alix, on arrive, si l'on fait l'équivalence, à un peu plus de 900 pages; pages qui ne m'ont pas ennuyé une seconde. Je ne préconise pas un tel ralentissement du temps dans les scénarios des bandes-dessinées occidentales mais il n'est pas interdit ni de comparer, ni de réfléchir à cette dilatation du temps dans les mangas (j'aurais pu prendre comme exemple d'autres mangas historique tel "Zipang", "Jin", "Vagabond" ou encore "Le chef de Nobunaga"). Cette dilatation du temps n'exclut pas l'action; elle ne manque pas dans Cesare. Mais une telle temporalité permet de développer moult personnages et intrigues annexes et surtout dans Cesare d'offrir de nombreuses cases montrant la magnificence du décor de l'Italie de la Renaissance. On regrette qu'en raison du peu de place il ne soit laissé dans les albums d'Alix, à celle de l'antiquité, que la portion congrue. C'est d'autant plus regrettable qu'en matière de représentation de monuments Marc Jailloux n'a rien à envier à la pourtant excellente Fuyumi Soryo.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le scénario d'"Au-delà du Styx" est à la fois mince et complexe par le cadre dans lequel il se déroule, la recherche par Alix d'un père de substitution pour le garçon dont il a la charge mais dans un monde en guerre. Or donc, Alix part en Afrique du nord pour retrouver Astyanax, le dernier soutien d'Héraklion, garçon dont Alix à la charge, et quelle charge! Le garçon d'une douzaine d'années semble à la fois caractériel et mélancolique; traumatisé qu'il est, par la mort de sa mère et l'écroulement des derniers pans de la civilisation spartiate qui l'a vu naitre (Tout est dans "Le dernier spartiate", album dans lequel nous faisons la connaissance d'Héraklion et d'autres acteurs majeurs de "Par-delà le Styx") part en Afrique du nord où va se dérouler la grande bataille de Thapsus dans laquelle les derniers partisans de Pompée vont affronter l'armée de César. Les férus de Montherlant se rappelleront que c'est dans cette période que l'académicien situe sa pièce "La guerre civile", exactement avant la bataille de Dyrrachium qui aura lieu elle du 12 au 15 juin soit un peu plus de deux mois après les combats mis en scène dans l'album. Comme dans "La guerre civile" nous allons croiser plusieurs personnages historiques dans "Par-delà le Styx". Tout d'abord Marc-Antoine qui alors règne à Rome pendant que César bataille, puis César, Caton et Juba.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Petits rappels historiques qui auraient été bien utiles en fin d'album par exemple, puisque cette fois l'aventure étant précisément située dans le temps et l'espace. La bataille de Thapsus (aujourd’hui Rad Dimassen Tunisie) qui est au coeur de cette aventure, se déroule le 6 avril 46 av. J.C. On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum (maître de cavalerie) de Jules César, fonction qu'il exerça en 48 et 47, en alternance avec Lépide (magister equitum 45-44). (En 46, César étant consul, il n'y a ni dictateur ni maître de cavalerie.).

On appelle «maître de cavalerie» le bras droit du dictateur. La dictature est une magistrature spéciale, normalement limitée à six mois. En des circonstances graves, un dictateur va donc remplacer les deux consuls (élus pour un an). En 49 av. n.È., Jules César s'était octroyé la dictature pour un an, puis se l'était faite conférer pour dix ans (47) et à vie enfin (44), rompant avec le principe républicain d'une magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulguera une lex Antonia de dictatura tollenda abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Pour cause d'obsolescence, Auguste ne la rétablira pas.

D'abord comme propréteur puis comme maître de cavalerie, Marc Antoine a donc la charge d'administrer l'Italie (la ville de Rome relevant du préteur urbain Lépide) en l'absence du dictateur.

Dans sa jeunesse Antoine, cousin de César (sa mère étant une Julia), scandalisa Rome le en affichant une liaison homosexuelle avec son ami Curion [C. Scribonius Curio], chose très mal vue entre citoyens. Réalité ou, de sa part, provocation de dandy ? 
Homme austère (la formule César 
«mari de toutes les femmes et femme de tous les maris» est de lui), C. Scribonius Curio (cos. 76), aurait épongé les dettes de Marc Antoine (250 talents) pour qu'il fasse taire la rumeur et s'éloigne de son fils. 

Thapsus marquera la fin de l'affrontement entre Jules César et Pompée puis après la mort de ce dernier avec ses anciens partisans. L'armée du parti conservateur Optimates est conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie. Elle se bat contre les forces de Jules César qui finissent par avoir le dessus. Les pachyderme utilisé à la guerre Juba 1er sont des éléphant de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis), 3,5 m au garrot, 5 tonnes. Dans cette bataille, la fameuse légion gauloise Alaudae s'est illustrée contre eux, et prit l'éléphant pour emblème sur ses enseignes. 

Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu. Auparavant ont eu leu les combats de Dyrrachium (dans l'actuelle Albanie) le 10 juillet 48 avant Jésus-Christ" A Dyrrachium "les Populares de Jules César sont vaincus mais le 9 aout de la même année, ils sont vainqueurs dans la bataille décisive de Pharsale. Pompée sera assassiné le 16 aout lors de son arrivée en Egypte (ce sont les dates que donnent Carcopino d'autres érudits les décalent de quelques jours mais restent dans les mêmes eaux.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Après avoir donné une précision historique regardons la géographie de "Par delà le Styx". Dans ce nouvel album on voit la demeure d'Alix. On la découvrait dans la première image des "Légions perdues". On constate que la terrasse de la maison d'Alix domine les toits de Rome. Nous savons donc que sa maison sur trouve sur une colline, mais laquelle? On désigne souvent Rome comme la ville aux 7 collines. Il y a le Palatin, le Capitole, l'Aventin, le Caelius, l'Esquilin, le Viminal et le Quirinal. Toutes ces collines se trouvent à l'est du Tibre. Vous pouvez le vérifier dans la carte ci-dessous.





Les "Légions perdues" ne nous donnent pas plus d'information. Il faut parcourir les pages du "Fils de Spartacus" pour continuer l'enquête. Au début de cet album, Maia et Spartaculus se rendent vers la maison d'Alix. Jacques Martin nous apprend alors qu'elle se trouve sur les pentes du Janicule. 
Le Janicule est une autre colline. Elle se trouve à l'ouest du Tibre (dans les parages de l'actuel Vatican). Elle
 domine le quartier du Transtévère, où du reste César possédait une villa où il logea Cléopâtre laquelle, en tant que reine, n’avait pas le droit de franchir l’enceinte républicaine du Pomoerium (le sillon tracé par Romulus).. Cela est surprenant, cette région était encore placée "extra muros" à l'époque de Jules César. Toutefois, en continuant la lecture du Fils de Spartacus, Jacques Martin nous confirme cette localisation atypique. En effet, lorsqu'Alix quitte sa maison pour se rendre vers le forum, au centre de la ville, il doit traverser le Tibre.

En prenant en compte la vue depuis la terrasse, et le fait qu'à la page 13 des Légions perdues, lorsqu'Alix discute avec Agerix, on voit le pont Aemilius en contrebas, la maison d'Alix doit à peu près se trouver dans la zone encadrée en rouge sur la carte dessous :


 

 

Si Alix habite bien le Janicule, la vignette d’ouverture des LEGIONS PERDUES prend tout son sens : on y voit à gauche le Palatin avec son temple de Jupiter très bon et très grand, puis au centre du paysage le mont Caelius et, à droite, l’Aventin.



Il existe un troisième album qui nous montre la maison d'Alix, c'est "Roma Roma". On y retrouve une terrasse qui domine la cité, mais rien d'autre. Les alentours de la maison d'Alix se situent sur le flanc d'une colline. C'est indiqué aussi bien par Jacques Martin que par Morales. Ci-dessous l'extérieur de la maison dessiné par Jacques Martin, dans "le Fils de Spartacus". 



Et voici la même rue dans Roma Roma. On découvre une contradiction entre les deux albums, car la rue monte de façon continue chez Morales, tandis qu'elle grimpe en escaliers chez Jacques Martin. 

Dès la première page, on découvre Alix et Enak qui avancent dans la nuit, dans une rue qui se trouve certainement sur la haut de sa maison. Elle est perpendiculaire par rapport à la pente de la colline.

Il y a ensuite une petite rue qui remonte le Janicule et qui longe la maison d'Alix avant d'arriver à cette même rue. Jacques Martin la montrait ainsi, dans le Fils de Spartacus. Les cases de Marc Jailloux sont tout à fait cohérentes avec celle dessinée par Jacques Martin (immédiatement ci-dessous).



On peut penser que la terrasse se trouve du côté de la demeure qui fait face au Tibre, et qui offre une vue spectaculaire sur la ville. Rafael Morales la dessinait sur deux niveaux et Marc Jailloux par cohérence adopte le même choix. Il nous montre ici la maison et sa terrasse vue depuis la petite rue montante..



Dans l'image immédiatement ci-dessus, on découvre les demeures qui sont à côté de la maison d'Alix, sur le Janicule. Cette vue "latérale" provient totalement de l'imagination de Marc Jailloux, et elle est logique si on prend en compte la position des personnages, qui se trouvent sur la partie haute de la terrasse.
 
 
Dans la série Alix senator, la maison d'Alix n'est manifestement pas sur une colline d'où il aurait une vue panoramique sur Rome. Il a dû déménager, se rapprocher du centre de l'Urbs... 

Outre sa situation on a quelques difficulté à imaginer la demeure de notre héros. Il semble bien que les images où elle apparait dans les différents albums, dus à plusieurs dessinateurs, permettent que difficilement de se la représenter. Ce qui n'a pas empêché un lecteur d'Alix marseillais, martinophile distingué, Loup 79 (voir http://lectraymond.forumactif.com/t369p45-la-demeure-d-alix) d'en proposer une vision très convaincante, mais quid de la terrasse!
 
 
reconstitution d'une villa de Pompei

reconstitution d'une villa de Pompei

Dans un même album on peut trouver des incohérences architecturales

Par exemple ces deux images de la demeure d'Alix dans "Roma roma", dessiné par Morales, ne me paraissent pas complètement raccords.

Mais plus grave à propos de ces images et des terrasses qui apparaissent dans les différents albums, la maison d'alix est représenté la première fois "La légion perdue", il y est à craindre que nous soyons là en présence d'un de ces anachronismes que pourtant Jacques Martin et ses successeurs ont de cesse de traquer. Car les villas pompéiennes types de ce que pourrait être la domus d'un patricien comme Alix ne comportent pas ce genre de terrasses, en revanche elles sont très présentes dans l'architecture italienne et méditerranéenne actuelle.

Certes on retrouve des balcons dans d'autres péplums qu'Alix dans la série SPARTACUS (peut être pas un modèle d'exactitude historique, c'est un euphémisme.) par exemple le balcon de la maison de Batiatus; mais ce n'est pas une villa ordinaire qu'habite ce laniste. C'est un ludus. On peut penser que le propriétaire d'une école de gladiateur devait disposer d'un point d'observation pour surveiller l'entraînement de ses hommes, et éventuellement y inviter de riches organisateurs de combats intéressés de lui en louer quelques uns de ses gladiateurs. Du reste, ce balcon est manifestement inspiré de la loge qui domine l'arène privée (en bois) où Peter Ustinov/Batiatus convie ses invités dans le SPARTACUS de Kubrick. Et puis en peinture Alma-Tadema affectionne particulièrement les terrasses mais d'une part je ne fais guère confiance à ce peintre en matière de vérité historique et d'autre part il ne faut pas confondre Rome et Baïes. 
 

 

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Jacques Martin répugnait à se laisser trop ligoter par des faits historiques trop précis qui auraient bridé sa liberté de scénariste. Sur 34 albums, 4 seulement sont clairement datés par un fait historique connu: il s'agit des albums suivant: « Alix l'intrépide », « Le sphinx d'or », « L'Ibère » et donc ce dernier opus  Martin rêvait une sorte de Rome intemporelle sans trop se focaliser sur la chronologie événementielle. Rendons donc hommage a Mathieu Breda qui a su parfaitement enserrer son histoire dans une trame historique aussi serrée.

Mais cette imbrication serrée des péripéties d'un personnage de fiction avec des fait historique, si elle semble se répandre de plus en plus dans la bande dessinée et pas seulement franco-belge et aussi japonaise, je reviendrais sur ce sujet, va à l'encontre de l'un des dogmes de la B.D. classique: le non vieillissement des personnages. Dès l'instant où l'on fait mouvoir le héros dans l'Histoire cela devient impossible de même, comme c'est le cas ici lorsqu'on produit une suite à un album déjà existant, alors le facteur temps ne peut plus être nié.

S'il était possible de garder une éternelle juvénilité à Alix lorsqu'il affrontais le démoniaque et élégant Arbacéres tout aussi imaginaire que lui, la Rome de la fin de la république n'était alors qu'un décor à leur rivalité exacerbée, il en va tout autrement lorsque Alix croise Caton, Marc-Antoine et consort...

Certes il était déjà en relation avec César depuis bien des albums. A propos de ce dernier, j'ai lu quelque part que César est cogonem, autrement dit un surnom, que le divin Jules tiendrait de son arrière grand-père qui aurait tué un éléphant lors d’une des guerres puniques. Caesar serait en fait le mot punique pour désigner l’éléphant. La thèse qui veut qu'il  tire son nom d’une naissance par « césarienne » du verbe latin Caedere « couper » est le fait de gens qui n'ont pas peur des anachronismes. A l’époque, beaucoup de femmes mourraient en mettant au monde leur premier enfant et notamment, en -53,  Julia, fille de Jules César et épouse du Grand Pompée mais l’idée d’une césarienne à une époque où la chirurgie est balbutiante est in-envisageable. Ce ne fut qu’après sa mort et sa divinisation que « César » devint une sorte de titre qui nous donnera plus tard Kaiser, Tsar ou Chah.

On assiste dans le monde de la bande dessinée  à un phénomène relativement nouveau, celui de placer des héros nés du cerveau de leur créateur dans une trame historique; ceci pas seulement pour les séries dites réalistes. Prenons comme exemple celle de Blake et Mortimer. Dans ce dernier cas on voit que le souci du scénariste du dernier album des aventures du duo so british a été de rendre cohérente la chronologies de leurs péripéties. On peut s'amuser à situer chaque histoire des héros inventés par Jacobs sur une échelle temporelle. On part ainsi de 1944 pour arriver à environ 1970 soit une période d'un peu plus de vingt cinq ans. Dans la représentation de nos deux héros on ne constate pas de changements importants dans leur physionomie dans les différents albums. Si l'on ajoute que depuis la disparition de Jacobs les repreneurs de la série situent plus particulièrement les aventures de Blake et Mortimer dans les années 50, on voit qu'au rythme des parutions nos deux compères risque d'avoir des emplois du temps très surchargés. On peut dire la même chose de cet autre duo qu'est Alix et Enak.

Autre exemple d'immersion d'un héros de papier dans l'Histoire, celle de Spirou. On aurait époustouflé Franquin, si on lui avait dit que son groom aurait à voir avec l'invasion de la Pologne par les nazis ou annoncé qu'il rencontrerait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir à la terrasse des Deux magots. 

On assiste bien à un changement de paradigme dans la bande dessinée dont le dernier album d'Alix est un exemple.  

 

alix_baal_011

crayonné de Christophe Simon pour la conjuration de Baal 

Un érudit en martinologie, Jacky-Charles

 

auquel je n'arrive pas à la cheville en matière de saga alixienne a établi une chronologie des aventure du jeune gaulois qui vaut son pesant de savoir. Je vous la livre dans son jus, je n'ai fait qu'y ajouter "Par-delà le styx" ainsi que les date d'apparition des aventure, d'abord dans le journal Tintin puis en album. J'ai fait suivre cette date par le noms des auteurs en commençant par le ou les scénaristes (le je dans cette chronologie est celui de Jacky-Charles et non le mien :

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

1°) PERIODE « POMPEIENNE »


Repère historique : Pompée est au pouvoir, soit jusqu'au passage du Rubicon par César, en janvier -49.

Alix l'intrépide
1948-1949 Jacques Martin : entre la bataille de Carrhes ( 28 mai -53 ) et l'été -52. ( 15 )

Le sphinx d'or 
1949-1950 Jacques Martin : commence avec la chute d'Alésia ( 27 septembre -52 ), l'histoire se poursuivant en Égypte dans les semaines ou les mois qui suivent, peut-être jusqu'en -51. ( 6 )

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : suite du « Sphinx d'or » en -51, d'après les personnages d'Enak et d'Arbacès ; mais, page 4, Alix parle de l'offense faite à Rome et à César, donc celui-ci gouverne ; qu'aurait-il eu à faire avec Carthage en tant que proconsul de Gaule ? Nous sommes donc soit dès -49, soit après la fin de la guerre contre les pompéiens en Afrique du nord ( juillet -46 ), c'est à dire au second semestre de -46 ou bien en -45. On reparlera de Lydas dans « Le spectre de Carthage ». Je privilégie pour cette fois le romanesque sur l'exactitude historique. ( 12 ) 

La tiare d'Oribal 
1955-1956 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Arbacès revient dans « La chute d'Icare » et Oribal meurt dans « La tour de Babel ». ( 12 )

La griffe noire 
1957-1959 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais on reparle de Rafa dans « Le spectre de Carthage », et Galva et Horatius reparaissent dès l'album suivant, Servio revient dans « Roma, Roma... ». ( 12 )

Les légions perdues 
1962-1963 Jacques Martin : Pompée est présent, César est en Gaule, Galva et Horatius reviennent. ( 3 )

Le dernier spartiate 
1966-1967 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Héraklion doit entrer en scène puisqu'on le retrouve dans des épisodes suivants, Galva et Horatius sont présents. ( 3 )

Le tombeau étrusque
1967-1968 Jacques Martin  : pourrait également faire partie de la période suivante, la guerre civile n'ayant vraiment eu lieu qu'entre janvier et mars -49, mais il semble plutôt s'agir ici d'escarmouches entre partisans, qui peuvent donc avoir eu lieu avant janvier -49, seule période à retenir en raison de la présence de Brutus qui reparaîtra dans « Le spectre de Carthage ». ( 1 )

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Enak retrouve son nom de Menkharâ et son titre de prince qui sera réutilisé dès « L'enfant grec », en contradiction avec l'indication qui laisse supposer que César est au pouvoir, donc en -49 ou après. ( 6 ) 

Le fils de Spartacus 
1974 Jacques Martin : il est plusieurs fois question de Pompée au pouvoir, César est en Gaule, Héraklion et Galva sont présents, Fulgor arrive. ( 2 )

Le spectre de Carthage
Jacques Martin 1976 : pas de repère historique apparent, mais Rafa et Lydas sont cités, Brutus revient et meurt, Corus Maler arrive et réapparaîtra dans « Roma,Roma... » ( 3 )

L'enfant grec 
1979 Jacques Martin : Pompée apparaît page 9, Enak fait état de son titre de prince d'Egypte. ( 2 )

Vercingétorix 
1985 Jacques Martin : Pompée apparaît page 4, César est en Gaule. ( 4 )

Les barbares 
1998 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par César page 9 ; mais César est « consul » ( page 10 ), alors qu'il ne retrouvera cette fonction qu'en -47 ! ( 12 )

La chute d'Icare
2001 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par Numa page 27. Arbacès, Archéloa et Quintus Arenus reviennent, Julia arrive. ( 3 )

Roma, Roma...
2005  Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : César est en Gaule ( page 12 ), et Pompée apparaît page 16 ( « suite » du « Tombeau étrusque » avec les mêmes personnages : Octave, Lidia, Héraklion, les Molochistes, plus Julia, Quintus Arenus, Servio, Fulgor, Corus Maler ). ( 1 )

C'était à Khorsabad 
2006 Jacques Martin,François Maingoval / Cédric Hervan Christophe Simon : César « doit terminer sa campagne en Gaule » ( page 48 ), Arbacès réapparaît. Nous sommes sans doute en -50. ( 12 )

La cité engloutie 
2009 Patrick WeberJacques Martin / Ferry  : se déroule en Armorique pendant la campagne de Gaule, Labienus est encore adjoint de César. Nous sommes également en -50. ( 6 )

Britannia
2014 : Mathieu Breda / Marc Jailloux paraît se situer en -54 au moment de la seconde expédition de César en Bretagne dont elle emprunte le déroulement, mais certains détails dont les noms des personnages montrent que cette expédition est une fiction qui se situe dans la continuité des aventures, toujours à la date de -50. ( 3 ) 

Le dieu sauvage 
1969 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. Héraklion est présent, Adréa meurt, Horatius 
est encore vivant. On apprend que le voyage en Cyrénaïque se situe juste avant « La conjuration de Baal » ( 1° trimestre -49 ), donc à la fin de -50. ( 6 )

N'oublions pas les romans :

Le sortilège de Khorsabad : Pompée et Arbacès sont présents ( et toujours complices ). ( 6 )

L'ombre de César : Pompée est présent, César également ( et toujours ennemis ). ( 1 )

-oOo-


2°) PERIODE « CESARIENNE »

Repère historique : entre le passage du Rubicon par César ( janvier -49 ) et son assassinat ( mars -44 ). Il est question de César en tant que seul gouvernant.

La conjuration de Baal
2011 Michel Lafon / Christophe Simon: se situe au 1° trimestre -49, entre le passage du Rubicon par César ( 12 janvier -49 ) et le départ de Pompée pour la Grèce, au moment où Alix revient de Cyrénaïque ( 2 ).

 

n3



La denière conquête Géraldine Ranouil / Marc JaillouxCorinne Billon 2013 : commence au moment où César passe le Rubicon, l'action de cet album recouvre donc complètement celle du précédent, tout en durant nettement plus longtemps ( 24 ). 

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : devrait se situer historiquement à partir de -49 ou de -46, César étant au pouvoir.

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Djefer dit à Alix, page 16, « César projette d'envahir l'Égypte après son retour de Gaule. » Nous serions donc entre mars -49 et septembre -48, arrivée de César à Alexandrie.

Ô Alexandrie 
1996 Jacques Martin / Jacques MartinRafael MoralèsMarc Henniquiau : César est « consul » ( page 48 ), mais n'est pas encore arrivé en Égypte, donc même période que ci-dessus. En -48, il est nommé en fait dictateur pour un an et ne redeviendra consul qu'en -47. ( 6 )

Le fleuve de Jade 
2003 Jacques Martin / Rafael Moralès Marc Henniquiau : idem ci-dessus, nous sommes toujours entre mars -49 et septembre -48. ( 12 )

Le démon du Pharos 
2008 Patrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : idem. ( 3 

 

L'empereur de Chine 1982 Jacques Martin : selon Mardokios ( page 9 ) César est consul, donc en -47. ( 48 )

 

Par-delà le Styx 2015 Mathieu Breda / Marc Jailloux : On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum de Jules César; fonction qu'il exerça en 48 et 47. Il se termine quelques jours après la bataille de Thapsus qui se déroula le 6 avril 46 av. J.C 


L'ombre de Sarapis 2012 François Corteggiani /  Marco VenanziMathieu BarthélemiVéronique Robin : page 47, Cléopâtre dit à Alix qu'elle se rendra à Rome pour le prochain triomphe de César, celui-ci ( en fait, il y en eut 4 ) ayant eu lieu en août/septembre -46, après son retour d'Afrique du nord le 28 juillet -46, nous sommes en juin/juillet -46. ( 2 ) 

Le testament de César 
2010 Marco Venanzi : se situe au moment du départ de César pour l'Espagne et le début de la guerre contre les pompéiens racontée dans « L'Ibère », soit à la fin de l'année -46. ( 1 )

L'Ibère, 
2007 François MaingovalPatrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : une des rares histoires datées, de -46/-45 ( guerre contre les pompéiens en Espagne, bataille de Munda le 17 mars -45 ). ( 6 )

Les proies du volcan 
1977 Jacques Martin : en -45, César veut reprendre la guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Carrhes, et envoie Alix et Enak en mission en Inde. Nous sommes en -45/-44. ( 24 )


-oOo-


3°) PERIODE « OCTAVIENNE »

Après l'assassinat de César en mars -44, Octave cherche à prendre le pouvoir. Le nom donné à cette période ne veut pas dire qu'Octave est présent dans ces histoires, au contraire. Elles n'entrent pas historiquement dans une des deux périodes précédentes et peuvent donc se situer après, ce que j'ai imaginé pour respecter un peu le temps qui passe !

Iorix le grand 
1971-1972 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. ( 12 ) 

La tour de Babel
1981 Jacques Martin: pas de repère historique apparent. Oribal meurt, Adroclès apparaît et reviendra dans « Le cheval de Troie ». ( 3 ) 

Le zane noir (roman) : se situe pendant une année olympique, en -52, -48 ou -44 ( mais au moins 4 ans avant « Le cheval de Troie », cf. ce commentaire ). ( 2 )

Le cheval de Troie
Jacques Martin 1988 : se déroule au cours d'une année olympique, après les Jeux, aux mois de Juillet et Août, donc, par rapport aux aventures d'Alix, soit en -52 ( impossible, on sait qu'il était en Gaule et en Égypte ), ou plutôt en -48 ( année très chargée : lutte contre Pompée et ses partisans, débarquement à Alexandrie ), ou encore en -44 ( année de la mort de César : Alix aurait-il été disponible ? ). Héraklion et Adroclès sont présents, Horatius meurt. ( 6 )

L'hydre bleue (roman) : cette aimable fantaisie est indatable. ( 1 )

-oOo-



4°) PERIODE « AUGUSTEENNE »

Avec l'arrivée de la série dérivée « Alix Sénator », nous entrons de plein pied dans cette période en franchissant d'un coup au moins 32 ans ! Octave est devenu Auguste et donne une seconde fois son nom à cette période.

Alix Senator
2012  Valérie Mangin Thierry Démarez : 1) Les aigles de sang : cette histoire est datée de -12. ( 2 )

Alix Senator
2013 Valérie Mangin Thierry Démarez : 2) Le dernier pharaon : suite du précédent. ( 2 )

Alix Senator
2014 Valérie Mangin Thierry Démarez : 3) La conjuration des rapaces : suite des précédents ( 1 )

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Plus que dans beaucoup d'autres aventures du jeune gaulois, le scénariste a fait la part belle à la psychologie et aux doutes qui assaillent le héros, comme le montre la planche ci-dessus. En effet si Alix n'avait pas découvert la citadelle qui était l'ultime refuge des spartiates désireux de secouer le joug des romains sur la Grèce, Héraklion ne serait pas le dernier des spartiates (voir l'album éponyme sans lequel, je le répète, "Par-delà le Styx est incompréhensible.). On comprend ainsi en quelque sorte la quête d'Alix pour qu'Héraklion retrouve sont équilibre, c'est une manière de réparer le tort qu'il a causé à son jeune protégé...

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dessin de Marc Marc Jailloux n'est pas sans quelques défauts, en particulier en ce qui concerne l'anatomie de ses personnages. Il est tout de même très convenable et se rapproche de la qualité de celui des meilleurs albums de Jacques Martin. Il bénéficie d'une belle et délicate mise en couleurs de Robin Le Gall. Il faut apprécier à sa juste valeur de documentation la ressemblance des personnages historiques dessinés par Jailloux avec qui, les statues de leur buste pour Caton, qui, leur profil frappé sur des pièces pour Juba 1er. En revanche je n'ai pas "reconnu" César. Je sais bien que l'on a quasiment pas de portrait du vivant du divin Jules mais César étant devenu un personnage récurrent de la série, il serait bon que sa représentation soit uniformisée d'album en album comme l'est celle d'Alix ou d'Enak.

Image hébergée par servimg.com 

La fidélité avec le dessin du père d'Alix frôle parfois le pastiche, comme dans cette case représentant un banquet qui ouvre l'album, ou dans les deux séquences oniriques, typiquement martiniennes. Ces dernières sont particulièrement réussies. Dans la seconde  Héraklios avertit Alix que Xiphos s'apprête à frapper Astyanax, Marc Jailloux met en parallèle sur deux cases successives l'irruption du songe et le réveil d'Alix. Il est frappant de constater qu'alors, le visage qui fait écho à celui du spectre d'Héraklios est celui du jeune Mapta qui ne tardera pas à mourir, comme s'il fallait qu'une victime innocente soit sacrifiée pour qu'Héraklios guérisse... 

Image hébergée par servimg.com 

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon

Reprise de Corentin par Christophe Simon. L'album devrait paraitre en avril 2016.

Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon
Corentin par Paul Cuvelier puis par Christophe Simon

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

L'amuse gueule, un conte égéen de Ian Hanks

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 
 
 

Je ne connais rien sur ce dessinateur. Un visiteur pourrait il m'apporter son savoir sur cet artiste?

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Message à l'empereur d'Oliver Frey

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

 
 
 
 
 
 


 

 

 
 
 
 


 

 

 
 
 
 
 


 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Le prince du Nil de Jacques Martin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'ai trouvé cette étude érudite à l'adresse ci-dessous, ne manquez pas d'y aller voir, il y a de très belles choses

http://lectraymond.forumactif.com/

 
 
LE PRINCE DU NIL


Onzième aventure d’Alix
 
 
Résumé de l’histoire
 
Alix et Enak sont invités en Nubie, dans le sud de l’Égypte, par le roi Ramès Menkharâ qui règne sur le territoire de Sakhara. Enak serait en effet apparenté à cette famille qui s’oppose à la dynastie des Lagides depuis que celle-ci est montée sur le trône d’Alexandrie. Mais c’est un piège : en réalité le souverain redoute maintenant une invasion romaine et cherche à obtenir le concours d’Alix pour empêcher celle-ci, par le chantage ou par la force…
 
 
Quand cela se passe-t-il ?
 
Le complot a pour but de s’opposer à un projet d’invasion de l’Égypte par César « après son retour de Gaule », selon l’un des conjurés. D’après le contexte des aventures d’Alix postérieures à celle-ci, César n’a pas encore franchi le Rubicon, en -49, et il n’est arrivé à Alexandrie qu’en -48, après sa victoire sur Pompée à Pharsale. Cette histoire se déroule donc entre -52 ( à la fin de la guerre des Gaules ) et -49.
 
 
Où cela se passe-t-il ?
 
Dans cet épisode, Sakhara n’est pas précisément située : en Nubie, c’est tout. Il faudra attendre Le fleuve de Jade pour avoir une indication plus concrète : Alix et Enak passent d’abord devant les temples d’Abou Simbel, puis, peu après, devant les ruines de Sakhara, avant d’arriver à Méroé. Sakhara se trouverait donc entre les deuxième et troisième cataractes.
Le site de Sakhara pourrait être l’île de Saî, qui se trouve à mi-chemin entre ces deux cataractes, qui mesure onze km sur cinq km et qui a été occupé sans interruption depuis le paléolithique jusqu’à l’époque ottomane. La ville du Nouvel Empire est l’une des mieux conservée de Nubie, notamment le temple daté du règne de Thoutmosis III.
 
 
 
Le contexte
 
De l'Histoire...
 
Il n’y a jamais eu à proprement parler d’invasion de l’Égypte par les Romains. L’Égypte ne perdit son indépendance qu’après la mort de Cléopâtre, en -30, même si la monarchie lagide est militairement et financièrement contrôlée par Rome dont les armées alliées avaient remis Ptolémée XII sur son trône en -55, après une révolte à Alexandrie : elle était donc devenue un protectorat romain de fait sinon de droit. Elle devint sous l’Empire une province romaine gouvernée par un préfet aux pouvoirs très étendus, chargée de fournir du blé, du papyrus et des matières précieuses.
Mais les relations – et le contentieux – entre les deux puissances ne datait pas d'hier. Il faut faire un retour en arrière pour bien comprendre ce qui s'était passé.
Depuis plusieurs siècles, l'Egypte est le grenier à blé des pays méditerranéens : la Grèce, l'Asie mineure et Rome s'y fournissent en céréales, vitales pour des populations dont la terre n'est pas toujours très riche, mais qui peuvent s'y approvisionner facilement grâce à des échanges commerciaux prospères. Quels que soient ses gouvernants : Pharaons locaux, Perses ou Grecs, L'Egypte est un pays riche, une puissance qui compte, longtemps la première en Méditerranée, en attendant les Perses, Alexandre et Rome.
Justement, entre Rome et l'Egypte, les premiers contacts diplomatiques datent de l'échange d'ambassadeurs à l'époque de Ptolémée II, en -273 ; les deux empires se parlent alors sur un pied d'égalité. Ce n'est plus le cas un siècle plus tard : en -168, Rome sauve les Lagides de la conquête Séleucide. Rappelons que Séleucos fut celui des généraux d'Alexandre qui “hérita” de la partie orientale de son empire, de la Syrie à l'Indus, dont il fut progressivement délogé par les Parthes, ses successeurs essayant de se rattraper sur d'autres régions, sans trop de succès, jusqu'à ce qu' ils entrent dans l'orbite romaine en -64.
En -164, Rome intervient encore pour arbitrer entre les deux frères Ptolémée VI et Ptolémée VIII : désormais, Rome sera directement impliquée dans les querelles de successions des Lagides. En -116, après la mort de Ptolémée VIII, l'un des candidats au trône, Ptolémée X, va même jusqu'à léguer son royaume au peuple romain pour l'emporter sur son rival. Mais quand il meurt en -88, l'annexion ne se fait pas.
Pourquoi ? C'est que l'Egypte est un gros, un très gros morceau : Rome redoute le surcroît de richesse et de puissance qu'en retirerait celui qui gouvernerait cette province.
A partir des années -60, la dépendance des souverains Lagides à l'égard de Rome augmente. En -58, le Sénat romain vote la transformation de Chypre, gouvernée par le frère de Ptolémée XII, en province romaine ; tandis que le souverain chypriote se suicide, Ptolémée XII est contraint, devant la vindicte des Alexandrins, de quitter précipitamment Alexandrie en cédant le pouvoir à sa fille aînée Bérénice.
 
 
La suite, vous pourrez en prendre connaissance en lisant “Alix raconte Cléopâtre”, qui raconte en détail les luttes d'influence que se livrent les diverses factions romaines et égyptiennes pour la conquête du pouvoir.
 
Et comme tout cela se passe surtout à Alexandrie, “ville grecque près de l'Egypte, mais pas ville égyptienne”, que devient pendant ce temps-là l'Egyptien moyen de la chôra, c'est à dire de la province ? Sa situation n'a guère changé depuis la nuit des temps, il continue à travailler de la même façon une terre qui appartient au Pharaon, à cette différence près que les taxes qui servaient auparavant à rémunérer les scribes, prêtres et soldats dans le cadre d'une économie de redistribution, ont désormais pour but, sous les Lagides, de faire prospérer l'Etat.
On comprend donc pourquoi les choses se compliquent quand le souverain dilapide le trésor pour tenter de sauvegarder son indépendance ; des révoltes ont lieu et les gouverneurs locaux deviennent des grands seigneurs quasi-autonomes menant leurs propres affaires loin du pouvoir central.
Les caisses de l'Etat devaient être si vides qu'on trouve plusieurs dévaluations monétaires sous le règne de Cléopâtre ; elle interdit, en -50, de transporter les céréales de moyenne Egypte ailleurs qu'à Alexandrie, ce qui suppose de sérieuses difficultés de ravitaillement de la capitale ; pour couronner le tout, le Nil fit la grève de la crue en -42 et -41, ce qui entraîna des récoltes désastreuses, mais la souveraine ne réagit qu'en exemptant de taxes... les propriétaires terriens d'Alexandrie !
 
 
... à l'histoire
 
Supposons que nous n’ayons pas affaire à un récit inventé, mais à des faits réels : quel en serait le contexte ?
A l’époque où se déroule notre histoire, les maîtres de Sakhara avaient-ils pour autant des raisons de se méfier des Romains ? Ils n’avaient sans doute pas lieu de craindre les Égyptiens, dont la domination sur la région s’arrêtait alors à la latitude d’Abou Simbel. Il faut pour les comprendre remonter au moment de leur installation dans le pays, trois siècles auparavant.
Ce n’est certainement pas par hasard qu’ils se sont installés ici. L’Égypte a colonisé cette région, qu’elle nommait Koush, au temps du Nouvel Empire ( -1550 ), puis, profitant d’un certain effacement égyptien, Napata ( à partir du -VIIIème siècle ) et Méroé ( à partir du -IIIème siècle ), plus au sud, se sont révélées ensuite des puissances régionales prospères très influencées par la culture de leur grand voisin du nord.
D’où provient la richesse de Sakhara qui témoigne d’un faste réel ? Certainement pas de ses conquêtes militaires, car la région semble pacifique, même si on y trouve un général.
En revanche, la région offre une situation incomparable, au carrefour du Nil et des routes caravanières de la mer Rouge, du centre et du sud de l’Afrique, pour les produits venant de la Nubie elle-même et pour ceux drainés par les liaisons commerciales qui existaient depuis longtemps pour transporter ces richesses variées : or, pierres précieuses, ivoire, ébène, encens, animaux exotiques, et, bien sûr, esclaves, dont le monde méditerranéen était avide. En fournissant ces produits, en contrôlant ces routes, et en protégeant les marchands d'éventuels pillards en échange d‘un péage, les pouvoirs locaux assuraient leur fortune.
Si l’Égypte avait laissé cette région en déshérence, il n’est donc pas étonnant que des gens entreprenants s’y soient fixés et ont pu y établir un État indépendant, aux dimensions limitées, mais à la prospérité indéniable. Mais à la fin de l’époque ptolémaïque, le pouvoir égyptien vacille et les rois de Sakhara pouvaient légitimement redouter l’esprit d’expansion d’une nouvelle domination qui ne pouvait être que celle de Rome.
Même si cette Sakhara ( qu'il ne faut pas confondre avec la nécropole de Saqqara, au sud du Caire, qui est bien réelle ) est imaginaire, elle reste vraisemblable. La signification possible de ce nom serait : Râ a mille fils.
 
 
 
Comment est racontée l’histoire
 
Le scénario de cette histoire est particulièrement serré : sans doute l’effet du passage du nombre de pages à 46 seulement. Il en résulte qu’il n’y a pas de temps mort dans ce récit où les évènements se précipitent et viennent se greffer sur un thème de départ qui aurait dû être pour les héros un voyage sans aléas, mais pas sans émotion, comme nous le verrons plus loin. La progression dramatique ne laisse donc pas un instant de répit aux personnages, et aux lecteurs non plus ! Quant à l’étude des caractères des personnages, tout est dit en quelques images et répliques.
Dans ses détails comme dans ses couleurs, le dessin est particulièrement somptueux, même s’il perd un peu en surface pour les mêmes raisons. En compensation, il est vif et nerveux, montrant un maximum d’action. La précision des détails, la ville, le temple, les expressions des personnages, témoignent d’une observation poussée et d’une documentation sans faille.
Dans “Avec Alix”, Jacques Martin nous dit qu'il s'est inspiré de l'histoire d'Antinoüs, telle que Marguerite Yourcenar la raconte dans “Mémoires d'Hadrien”. Je dois avouer qu'à part le fait que ces deux récits se passent sur le Nil, je ne leur ai trouvé aucun autre point commun, mais d'autres lecteurs ont peut-être fait preuve d'une plus grande perspicacité...
 
 
S.O.S. Météores
 
Cette idée de la destruction finale de Sakhara par une chute de météorites me semble parfaitement originale et certainement unique dans la littérature, du moins à ma connaissance. En effet, si de nombreuses cités ou ouvrages humains ont pu être détruits ou endommagés par des cataclysmes terrestres : éruptions volcaniques, séismes, cyclones, inondations, etc., il n’y a pas d’exemple, à l’époque historique, de ville détruite ou simplement affectée par des météorites.
Celles qui tombèrent en 1803 près de L’Aigle ( Orne ) conduisirent le physicien Biot, qui les examina, à reconnaître leur origine extra-terrestre, mettant ainsi fin à des millénaires de superstitions, malgré de nombreuses observations antérieures qui allaient aussi dans ce sens. Quant à celle qui tomba le 30 juin 1908 en Sibérie, on pense que ce devait être une petite comète, d’environ 50 m de diamètre, qui explosa et se désintégra avant de toucher le sol dans une région quasiment inhabitée. Pourtant, au cours de sa formation, notre Terre en fut généreusement arrosée, mais il n’y avait alors personne pour le voir et le raconter. Et ça continue : chaque année, 20 000 tonnes de micrométéorites tombent sur la Terre, mais pas de panique : leur taille et leur poids sont infimes, ce sont nos étoiles filantes ; le 7 octobre 2008, la chute d'un astéroïde de 4 m tombé sur le nord du Soudan a pu être observée en direct : entré dans l'atmosphère à la vitesse de 40 000 km/h, il explosa ( 1/10° de la puissance de la bombe d'Hiroshima ) en centaines de fragments ; on en a retrouvé 280 pesant en tout 5 kg.
Bien sûr, il y aurait eu le « feu du ciel » qui, selon la Bible, détruisit Sodome et Gomorrhe. Mais les archéologues qui retrouvèrent les ruines de deux cités, au bord de la Mer Morte, conclurent qu’elles furent plutôt détruites par l’incendie de poches de gaz souterraines, voici 3 900 ans. Des faits semblables furent observés depuis en Mésopotamie. On peut d’ailleurs se demander comment ces deux bourgades d’à peine un millier d’habitants chacune, purent passer, aux yeux des descendants de pasteurs nomades qui racontèrent l’histoire plus tard, pour des modèles de dépravation…
Les Égyptiens avaient déjà observé des phénomènes célestes tels que les météorites, ainsi que les éclipses et les comètes, mais leur astronomie rudimentaire ne savait pas les expliquer : leur science était une science religieuse basée sur l’observation du ciel nocturne par les prêtres pour établir une division de la nuit en heures, d’après laquelle ils déterminaient la position du soleil dans sa mystique course nocturne. Cela leur avait permis de cataloguer les étoiles, les constellations et les cinq premières planètes. En revanche, ils ne pratiquèrent l’astrologie que tardivement, sous l’influence des Grecs, puis des Romains, alors qu’ils connaissaient une sorte d’horoscope depuis le Nouvel Empire.
 
 
Une nouvelle pyramide
 
Sa construction n’a rien d’anachronique. Jusqu’au début du Nouvel Empire ( -1500 ), la pyramide resta la tombe royale par excellence, puis tomba en désuétude. Mais à l’époque ptolémaïque, les royaumes de Napata et de Méroé, déjà cités, en construiront pour se rattacher à une tradition dont ils avaient cependant oublié le sens et la grandeur. Rien d’étonnant, donc, que leurs voisins de Sakhara en fassent autant.
La pyramide classique est une évolution logique de l’extension des mastabas originels qui, par leur empilement, aboutirent d’abord à la pyramide à degrés. Elle est liée à la destinée solaire du roi qui doit monter au ciel pour rejoindre Rê : la pyramide est « l’escalier du ciel ». Elle se « lit » donc de bas en haut, mais aussi de haut en bas, car sa forme rappelle celle des rayons du soleil qui tombent sur le pyramidion et viennent illuminer le monde.
Et je ne peux pas résister au plaisir de citer une fois de plus ce gag attribué à plusieurs humoristes : “La forme même des pyramides prouve que, plus le temps passe, moins les ouvriers ont envie de travailler.”
 
 
Des pyramides en Egypte : où, comment, pourquoi ?
 
Pour Philon de Byzance, qui établit au IV° siècle la liste des sept merveilles du monde, « les pyramides sont des montagnes construites sur des montagnes. »
Selon Jean-Pierre Adam, architecte et archéologue, « la pyramide résulte de l’alliance du tas de sable et de l’angle droit. »
La pyramide naît de deux phénomènes que l’on rencontre à toutes les époques de l’Histoire et dans de nombreuses régions : le signal qui sert à marquer le passage d’un personnage illustre, comme le tumulus primitif, ou, plus tard, le mausolée des Grecs, et l'élévation vers le monde du divin, lorsque le roi divinisé rejoint le royaume des dieux.
Vers -2750, le première vraie pyramide égyptienne est construite pour le roi Djéser, par son architecte : Imhotep. Celui-ci est le premier personnage, qui n’était ni un dieu, ni un roi, dont l’Histoire a retenu le nom. Il fut aussi le premier à utiliser la pierre pour un bâtiment important, ainsi que l’architecture géométrique. Imhotep sera divinisé et deviendra le dieu protecteur de tous ceux qui détiennent un savoir de haut niveau.
Ces constructions nécessitaient de bonnes connaissances en géométrie. Les Egyptiens avaient acquis cette science de manière empirique grâce aux crues du Nil : chaque année le fleuve recouvrait de son limon fertile l’ensemble des zones cultivées et les redessinait, et il fallait tout mesurer à nouveau pour attribuer à chaque cultivateur ce qui lui revenait et établir l’assiette de l’impôt ( Hérodote ). C’est ainsi que les Egyptiens devinrent d’excellents arpenteurs, et le reste a suivi. Toutefois, il n'existait pas de plan-type des pyramides, mais des schémas et des maquettes.
On connaît actuellement 60 pyramides, mais il en resterait encore beaucoup à découvrir ; elle furent toutes construites entre le Caire et Assouan, de -2750 à -1750. La pyramide n’était que l’élément terminal d’un ensemble funéraire royal qui comprenait généralement, en partant du Nil : un port ( où arrivaient les matériaux, puis le cortège funèbre ), un temple bas suivi d’une chaussée dallée de longueur variable, parfois plusieurs centaines de mètres, qui s’achevait par une enceinte englobant un temple haut accolé à la pyramide. Celle-ci est avant tout une tombe, une matrice close dans laquelle le roi se transforme en soleil ; elle représente la gloire de son lien avec les dieux : rien ne doit y pénétrer pour que la transformation ait lieu : une fois le roi enterré, le monument n'était pas destiné au public. On va donc toujours de l’est, le soleil levant, la vie, vers l’ouest, le soleil couchant, la mort ; c’est pourquoi toutes les pyramides sont construites sur la rive occidentale du Nil.
Les méthodes égyptiennes de construction restèrent frustes : ils n’utilisaient ni roue, ni poulie, mais seulement des leviers et des traîneaux de bois glissant, non pas sur des rondins de bois, matériau peu disponible en Egypte, mais sur le sol lubrifié par du limon ; ainsi, 20 hommes pouvaient traîner un bloc de 2,5 tonnes. Les carrières n’étaient jamais très loin des chantiers : 300 mètres pour la pyramide de Kheops. Mais d’autres matériaux pouvaient venir de plusieurs kilomètres ou de plus loin encore, tels que le calcaire blanc utilisé pour les parements ou le granit d’Assouan pour les chambres funéraires ; mais dans ce cas, le transport est assuré par le Nil. L'outillage reste simple : percuteurs de pierre, maillets de bois, ciseaux en cuivre.
 
En revanche, les archives archéologiques sont muettes sur la manière dont les constructeurs hissaient les blocs de pierre. Les rampes droites, inclinées à 10 % environ, ne permettaient pas de dépasser le tiers de la hauteur ; pour atteindre le sommet de Khéops, il aurait fallu une rampe de 1,8 km de long. Une rampe hélicoïdale, comme on en voit une dans l’album, faisait perdre l’accès aux arêtes et aux faces de l’édifice, et empêchait de contrôler la forme de la construction. Enfin, il aurait été possible de hisser les blocs à l’aide de leviers et de cales en bois d’une assise à l’autre, mais l’espace disponible entre deux assises successives est très faible. Les trois systèmes ont pu être employés ensemble, mais on n’en a aucune preuve.
Quoi qu’il en soit, ces constructeurs savaient aussi se simplifier la vie ; une partie du volume des pyramides est occupé par le socle rocheux servant de base : 23 % pour Kheops, 17 % pour Khephren. Et elles sont parfois pleines… de vide : les estimations de densité effectuées sur Kheops ont montré en 1986 qu’elle était moins dense qu’elle devrait être ; en outre, la grande majorité du volume n’est pas constitué des beaux blocs bien taillés et parfaitement ajustés que l’on voit à l’extérieur, mais de tout venant, car on ne se souciait guère de l’aspect intérieur. Les pyramides de Nubie, les plus tardives, ne sont qu’un revêtement de pierres et de briques rempli de gravats.
Le grand atout des constructeurs, c’était de pouvoir compter sur des équipes de travailleurs consciencieux, méthodiques et efficaces, qu’il s’agisse des carriers, des transporteurs ou des maçons. Rappelons qu’il s’agissait d’ouvriers libres et bien payés, vivant en famille dans des villages proches de leurs chantiers, et en aucun cas des esclaves, un statut d’ailleurs quasiment inconnu en Égypte cette époque.
 
Et ailleurs ?
 
Il n’y a pas de pyramides qu’en Egypte.
A la même époque, vers -2700, au Pérou, les habitants de la vallée de Supe édifiaient à Caral, au nord de Lima, sur 66 hectares, six pyramides à degrés dont la plus élevée a 19 mètres de haut. Leur fonction était cérémonielle ; elles furent construites par les habitants des villages de pêcheurs vivant sur la côte toute proche, sur l’ordre de l’aristocratie locale.
Un peu plus tard, vers -2100, commencent à être édifiées les premières ziggourats mésopotamiennes. Elles avaient aussi une fonction religieuse, comme l’atteste le temple situé au sommet : elles formaient l’armature de l’univers. On en a retrouvé 16, dont le côté de la base varie entre 30 et 60 mètres, la hauteur entre 40 et 100 mètres ; le nombre de terrasses superposées varie entre trois et sept, comme la « Tour de Babel » figurant sur la couverture de l’album du même nom. C’était des montagnes de briques savamment agencées ; les tâches des ouvriers étaient déjà codifiées en volume, en poids et en durée, ce qui permettait de les payer au juste prix.
En Amérique centrale, les Olmèques construisent à partir de -1200 des pyramides tronquées, centres cérémoniels autour desquels s’organise la cité ; des offrandes sont ensevelies sous les fondations. Pour faire une ville, il faut cette montagne artificielle, le pilier cosmique reliant les trois parties de la cosmogonie : en haut, le monde céleste, au milieu, le monde des hommes, en bas, l’infra-monde où résident les ancêtres et les divinités de l’eau et du feu.
En Amérique du Nord, les habitants de la vallée du Mississipi érigent des tumulus en terre, en forme de pyramides tronquées, les Mounds Builders, ou dessinent sur le sol d’étranges et gigantesques silhouettes d’animaux : tortues, oiseaux, serpents. Les plus anciens ont été faits vers -4000 et les plus récents vers 900, certaines constructions s’étalant sur plusieurs générations. Leur but était, selon les époques, funéraire ou cultuel, lié aux mythes locaux de la création du monde.
 
 
Chronique d’un piège annoncé
 
Revenons à présent à nos héros. Sur le point de départ constitué par le voyage d’Alix et d’Enak, et l’accueil de ce dernier dans sa « famille » retrouvée, viennent se greffer un grand nombre d’évènements imprévisibles pour eux, qu’Alix doit affronter seul ou presque : la conspiration contre César, la passion de Saïs à son égard, leur fuite et la défection d’Enak, sa captivité douloureuse, la destruction de la ville enfin. Seules les retrouvailles avec Enak viendront apaiser ses tourments à la fin de l’histoire.
Le thème central de cette histoire semble être l’exercice du pouvoir, avec la solitude et les dérives qu’il entraîne pour le gagner et le garder coûte que coûte. Viennent s’y greffer deux thèmes annexes mais importants : une intrigue sentimentale et une justice immanente et… céleste.
Le déroulement du thème central a pour conséquence la mise à mal d’une solide amitié, alors que rien ne laissait prévoir, dans les épisodes précédents, la désinvolture d’Enak et son indifférence au sort d’Alix. Pourtant brève, cette attitude a marqué de nombreux lecteurs qui ont ressenti une méfiance, voire une antipathie envers le personnage.
L’auteur a certainement pris un risque en faisant jouer un rôle moins sympathique à son personnage jusqu’ici cantonné dans des emplois de faire-valoir ou de victime. Il le fait briller ici de tous les feux d’une gloire factice, avant que son héros, plus habitué aux maladresses et à la malchance, se rende compte de la tromperie.
Enak ne s’exprime guère, dans cette histoire, mais on peut imaginer ce que l’auteur lui fait passer par la tête : que la chance et la fortune sont enfin arrivées pour lui et qu’il va pouvoir se libérer de la tutelle de son aîné. Celle-ci est-elle donc si pesante, l’affection et la sécurité ne compensant pas le manque d’autonomie ? Croit-il qu’Alix repartira sans lui, le laissant maître de son nouveau destin ?
Apparemment, tous deux se sont conduits assez naïvement, s’embarquant pour Sakhara sans prendre le soin de vérifier ce qu’on leur a raconté, et croyant revenir ensuite chez eux, chargés de cadeaux, après une visite « familiale » de courtoisie.
Ce n’est que lorsque Saïs fera part de ses doutes à Alix, puis que ce dernier apprendra de Djefer ce qu’on attend de lui, que cette hypothèse « tranquille » bascule.
Si Alix a eu des doutes avant cela - il s’étonne à peine des révélations de Saïs - il croit encore pouvoir s’en tirer après quelques péripéties animées. On verra que cela sera plus compliqué et dramatique qu’il l’a prévu, en particulier parce qu’Enak va oublier tout ce qui n’est pas sa nouvelle fortune, à commencer par Alix ! On verra aussi que Saïs se piège elle-même en révélant une partie du complot : son amour pour Alix n’a plus d’intérêt pour celui-ci, s’il peut retrouver Enak et s’enfuir avec lui ; elle n’en restera pas moins fidèle jusqu’au bout à l’étranger que l’oracle lui a révélé. On a là deux remarquables exemples d'affections sans retour : de Saïs vers Alix, et d'Alix vers Enak, mais si les choses s'arrangent à la fin pour la seconde, cela restera sans espoir pour la première.
On peut se demander pourquoi ils ne se sont pas méfiés davantage ; depuis le temps qu’ils se connaissent, ils ont certainement eu l’occasion de se raconter leurs histoires « d’avant » et auraient pu tenir ainsi un début de piste en s’assurant que les envoyés de Ramès disaient vrai : la généalogie et la descendance de ces grandes familles ne devaient pas être impossible à reconstituer, et il en était de même dans tous les pays. Des esprits curieux n’auraient donc pas eu trop de difficultés à s’assurer de la véracité d’une si belle histoire. A cette époque, la lignée, qu'il ne fallait surtout pas laisser s'éteindre, par respect pour les ancêtres, primait sur le sort de l'individu. Alix le sait bien, lui qui a deux lignées : celle, naturelle, de Gaule, et celle, adoptive, de Rome. Et si Enak n'était qu'un étranger ou un bâtard inavouable, était-il normal qu'il soit reçu avec tant de faste ? Que de questions à se poser au préalable !
A ce stade, il est une question que le lecteur peut se poser :
 
D'où viens-tu, Enak ?
 
Tous les lecteurs d' Alix le savent : Enak apparaît pour la première fois à Alexandrie, dans “Le Sphinx d'or”, pages 20/21 pour être précis, où il permet à Alix d'échapper à ses ennemis qui le traquent. Que savons-nous d' Enak à ce moment-là ? Il a environ 12 ans, paraît en bonne forme, mais on ne l'entretient sûrement pas à ne rien faire, quoiqu'il semble disposer de quelques loisirs, puisqu'il dit à Alix “qu'il venait jouer dans les ruines avec des amis”. Cette première aventure achevée, il ne devait pas revenir, mais on sait que Jacques Martin fut contraint par ses lecteurs et son éditeur de le ramener dans “L'île maudite” où il débarque page 16. Là, son portrait est complété avec l'annonce la mort de Josah, son père adoptif, “le rendant orphelin pour la seconde fois”. Dans les histoires suivantes, on le retrouvera toujours, sinon sur le devant de la scène, du moins immédiatement après Alix.
Récapitulons : il a eu une première famille qui a disparu, on ne sait pas comment, et il a été recueilli et adopté par Josah, qui ne semble pas, lui, avoir d'autre famille. On ne sait pas non plus ce qu'il fait exactement auprès du marchand, ni si celui-ci pourvoit à son éducation, mais c'est probable car on découvre au fil des épisodes qu'il est relativement instruit, on le voit aussi dessinateur, musicien et même danseur, mais surtout archer émérite. Or, tout comme pour l'éducation qu'a reçue Alix, et sur laquelle je reviendrai dans une autre étude, tout cela ne s'improvise pas et commence à s'apprendre de bonne heure, hier comme aujourd'hui. En revanche, on ne sait pas s'il est né à Alexandrie ou ailleurs, dans quelle famille, ni si celle-ci a laissé de quoi l'entretenir, mais les Egyptiens, qui écrivaient tout, ont bien dû conserver quelques traces...
Par la suite, il ne poursuit pas son éducation, sauf par la pratique, en courant le monde avec Alix, au contraire d' Héraklion qui semble rester le plus souvent à Rome pour se former selon le contrat tacite passé entre Alix et sa mère. On voit la différence de statut entre les deux jeunes gens pour Alix : Héraklion est un pupille, Enak un compagnon ; et l'affection réciproque n'explique pas tout : il y a aussi la responsabilité et l'exemplarité dont Alix se fait une haute idée, et que le destinataire n'admet peut-être pas toujours, comme on le voit dans cette histoire. Et pourtant : même si le garçon est parfois encombrant et maladroit, Alix le considère quasiment comme son égal, et il est reçu partout comme tel, non pas comme un serviteur avec lequel on pourrait le confondre.
Conclusion provisoire : ou bien Enak est effectivement un enfant perdu et sans attaches, recueilli successivement par des gens de bien, ou alors il a conservé, quelque part dans le monde, des liens familiaux plus ou moins lointains, et ce sont ces derniers qu'on voit utiliser ici par d'autres gens dénués de scrupules, qu'il n'aurait cependant pas été imposible de démasquer avant qu'il soit trop tard.
 
Mais avec trop de réflexion, ils ne seraient pas allés se jeter dans la gueule du loup, ou plutôt des hyènes, et il n’y aurait pas eu d’aventure.
Cet épisode permet à l’auteur de nous dépeindre un Enak moins lisse et transparent que précédemment, mais il ne le laisse pas dans cette situation désagréable et nous le retrouverons plus tard dans des rôles plus classiques et même positifs.
Les personnages
 
Enak : puisqu’il tient le rôle-titre, accordons-lui pour une fois la première place. Pourtant, ce n’est pas un rôle très reluisant : preuve une fois de plus que non seulement le pouvoir corrompt, mais aussi la seule illusion ou l’espoir du pouvoir. Recueilli par Alix qu’il suit partout et parfois au péril de sa vie, il croit se stabiliser enfin, et qui plus est sur un trône ! Un esprit plus ferme et plus rassis que le sien en aurait chaviré, alors celui d’un gamin de treize ans… L’émerveillement qu’il suscite chez Ramès et le faste qui en résulte pour lui le fascinent, et il en profite. On le voit incrédule devant le danger et réticent à s’enfuir. Il n’en est pas pour autant excusable d’oublier Alix dans la peine et de croire à la fable de son crime sur la personne du prêtre, en échange d‘une adoption et d‘une succession hypothétiques. Il n'a même pas eu l'idée de se rebeller ni de plaider la cause d'Alix auprès de Ramès qui l'aurait certainement écouté, sinon suivi... Ce fâcheux moment d’égoïsme qui causera le désespoir d’Alix ne cessera qu’avec l’intervention de Saïs et le conduira à s’enfuir une seconde fois, mais seul, preuve qu’il a encore besoin d’être aidé à penser et à agir. Il lui restera alors le plus difficile à faire : recevoir le pardon d’Alix, mais celui-ci est compréhensif… Cet épisode aura peut-être contribué à lui mettre un peu de plomb dans la cervelle, car à partir de là, son rôle dans les histoires deviendra nettement plus positif, justifiant ainsi une possible signification de son nom : « l’énergie utile ( ou lumineuse ) » (N’-akh).
 
Alix : s’il a déjà connu des épreuves, ce qu’on lui réserve à Sakhara où il est venu de bonne foi et quasiment en touriste, est particulièrement cruel ; après la révélation du complot qui le contraint à choisir entre deux trahisons : celle envers César s’il accepte, celle envers Enak s’il refuse - et on comprend bien que ce dernier ne survivra pas longtemps à un refus - sa marge de manœuvre est réduite, malgré la passion et le dévouement de Saïs qu’il récompensera bien mal. Il est vrai que son sort est terrible après sa fuite manquée : emprisonné, lynché, torturé, réduit en esclavage. Pourtant, il parviendra à trouver les ressources pour reprendre l’offensive, avec un seul but : sauver Enak, ce en quoi il est logique avec lui-même, mais en négligeant Saïs, car il ne se partage pas. Il s’est déjà détourné d’autres femmes qu’il a croisé, et ce n’est pas vraiment une surprise pour nous. Ce trait de son caractère nous montre une fois de plus qu’il est loyal et fidèle, mais seulement à ceux qu’il a choisi et qu’il n’apprécie pas qu’on cherche à le contraindre par des sentiments qui lui sont étrangers.
 
Et, par ordre d’entrée en scène :
 
Djefer ( et les conspirateurs ) : seul le général est assez différencié par rapport à ses complices. S’il se met en avant, c’est qu’il a une haute idée de son rôle dans le royaume, jusqu’à présent plus défensif qu’offensif, et qu’il souhaite pérenniser ainsi. D’où le projet, dont il semble être le maître d’œuvre, consistant à prévenir une hypothétique invasion romaine. Même si on ne peut pas lui donner tout à fait tort sur le principe, il ne se montre guère scrupuleux sur le choix des moyens, tant il se juge supérieur aux autres et les méprise au point de croire qu‘il peut tout exiger d‘eux, mais sa morgue échouera contre Alix, et Ramès lui-même, pourtant le premier intéressé, cessera de jouer le jeu du complot.
 
Qaâ : un vrai prince, lui, quoique renié par sa famille pour cause de superstition. Son long séjour dans le désert et sa vie au milieu des bêtes sauvages lui permettent de tenir un discours virulent aux accents prophétiques. Cependant, il ne faut pas se fier à son allure d’homme primitif, car il ne semble pas parler au hasard : sans doute se tient-il un peu au courant des projets de Ramès. Il est même assez réaliste, plus lucide que son frère Ramès et moins sentimental que sa sœur Saïs. Pour avoir anticipé la destruction de la ville, il restera le seul survivant de sa famille.
 
 
Saïs : le plus fort caractère de sa famille, et de loin le personnage le plus intéressant de cette histoire. Ce n’est pas par hasard qu’elle lie son sort à celui d’Alix : son arrivée coïncide avec un oracle, et il lui est alors bien plus agréable de laisser parler le cœur plutôt que la politique. Mais son discours sera à sens unique : Alix a d’autres soucis, et s’il accepte d’abord son aide en recevant le pendentif, sans savoir qu’il a coûté la vie d’un prêtre, c’est dans l’espoir de fuir à jamais Sakhara, ses complots et ses gens. Pas plus que son élu, elle ne se décourage, et le soutient jusqu’au bout, n’hésitant pas à défier son frère le roi et à se promettre à Djerkao, qu’elle avait laissé sans grand espoir jusque là. Et tout cela pour rien : Alix ne se soucie pas d’elle et ne songe qu’à retrouver Enak. Elle aura contribué à leur délivrance sans rien obtenir de la part d‘Alix. C’est ce qui rend sa mort inattendue et inexpliquée si cruelle : le cœur brisé, à moins qu’une météorite… Il lui aura au moins été épargné de voir Sakhara détruite. Saïs est également le nom d’une ville du delta, qui fut capitale de l’Égypte sous la XXVIème dynastie, mais ce nom est la traduction grecque du nom égyptien de la ville : Saou ; en égyptien, Saïs serait un nom masculin et signifierait : « fils d’Isis ».
 
 
Ramès : on peut se demander ce qui est le plus important pour lui : sauver son État en éloignant la menace romaine, conformément au projet de Djefer et des conspirateurs, ou bien assurer sa succession en adoptant Enak ? S’il était conscient de ses responsabilités, il devrait privilégier la première action, qui pourrait devenir urgente et nécessiter tous ses moyens, car il finirait bien par trouver un candidat plus présentable à sa succession. Mais quand il a vu Enak, celui-ci a représenté le fils idéal qu’il n’a jamais eu, bien qu’il sache certainement à quoi s’en tenir à son sujet. Et s’il condamne Alix, c’est pour avoir enlevé Enak, pas pour avoir refusé de participer au complot. Il en arrive même à éluder la question du complot que Djefer lui rappelle ! Faut-il qu’il se sente au-dessus des évènements et des hommes pour réagir ainsi, et en retardant la fuite des habitants de Sakhara vers le désert, il sera la cause de leur destruction en même temps que celle de la ville : triste bilan de son règne. Le nom de Menkharâ pourrait signifier : Râ est stable ( se tient debout ) mille fois, autrement dit, le soleil brille toujours.
 
 
Djerkao : soupirant de Saïs, d’abord tenu à l’écart par la belle qui lui préfère ouvertement Alix, il revient en grâce dès que les problèmes s’accumulent et qu’une intervention musclée, qu’il reste seul à pouvoir mener à bien, devient indispensable. Entre sa fidélité à Ramès et sa passion pour Saïs, il a vite choisi : ce sera Saïs, et aux conditions de celle-ci. Hélas, il n’aura pas le temps d’être récompensé de son dévouement.
 
 
Satamon : ce garde-chiourme sadique finira mal. Il obéit platement à son roi et se croit obligé d’en rajouter un peu dans la cruauté. Son intervention parachève le désespoir d’Alix qui se croit abandonné de tous, puis provoque chez lui le sursaut salvateur et son intervention sur la pyramide. Ce nom est en réalité féminin : « fille d’Amon », celui de deux reines de la XVIIIème dynastie.
 
Conclusion
 
C’est une des histoires les plus complexes de la série par son thème et les évènements qu’elle propose, et malgré sa relative concision. Elle fait partie des meilleurs moments de la saga d’Alix où celui-ci est particulièrement mis à contribution, presque sans un instant de repos. Scénario, graphisme des décors et des personnages, rien n’a été laissé au hasard pour nous offrir un récit proche de la perfection.
 
 
Sources : la base documentaire est constituée par le « Dictionnaire de l’Antiquité » de Jean Leclant ( PUF ) et l’ « Histoire du Monde » de Jean Duché ( Flammarion ), complétés par des articles des revues suivantes : L’Histoire, Historia, Science et Vie, Le Courrier de l’Unesco, et des ouvrages, encyclopédies et dictionnaires divers, ainsi que d‘Internet. Sans garantie d’exactitude, la traduction des noms égyptiens vient du « Petit Champollion illustré » de Christian Jacq ( Pocket ).
 
 

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Alix à Drouot

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot
Alix à Drouot

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Tatsumi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Tatsumi
Tatsumi

Tatsumi, immence mangaka nous a quitté le 5 mars 2015 ne passez pas à coté de son chef d'oeuvre,  "une vie dans les marges" somptueusement édité par Cornélius.

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

La Patrouile des Castors, Le disparu de Ker-Aven (1957), Mitacq

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La Patrouile des Castors, Le disparu de Ker-Aven (1957), Mitacq

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>