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237 articles avec bande-dessinee

case en exergue: René Follet

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Raoul Hausman

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Raoul Hausman

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Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)

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Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)
Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)

 

 
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Je ne sais pas vraiment, comme je le suggérais un jour, si les bons peintres se sont aujourd'hui réfugiés dans la bande-dessinée. Mais il est indéniable que Jean-Pierre Gibrat est un grand aquarelliste. Paradoxalement, j'ai même trouvé que l'excellence de son métier dans le cas de la représentation de la boucherie de la Guerre de 14, pouvait être gênant. Quand Gibrat "éclaire" une case par une touche de rouge, qui est en l'occurrence du sang, une scène de tranchée, il arrive que l'on peut ressentir un malaise. Il connait bien son métier ce bougre de Gibrat. Ce truc était déjà utilisé par les peintres hollandais du XVII ème siècle qui parsemaient leurs compositions de petits bonnets rouges, taches qui les structuraient. Pour clore cette remarque, disons que Gibrat se permet des joliesses que Tardi ne se permet pas. Lorsque l'on parle bande dessinée et guerre de 14, nouveau sujet récurrent de la bande dessinée franco-belge, il est impossible de ne pas faire référence à Tardi. Evacuons la d'emblée en disant que si Tardi est plutôt du coté du documentaire, Gibrat lui se place dans la lignée feuilletoniste du beau livre de Sébastien Japrisot, "un long dimanche de fiançailles" qui est supérieur à son adaptation cinématographique, dans le premier tome et de la série des aventures de Boro de Dan Franck et Vautrin dans le deuxième.
 
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Venons en à ce que nous raconte ces deux albums, dont le héros est Mattéo, qui sont dus tant au scénario qu'au dessin au seul Gibrat qui fait également la mise en couleur. Un auteur unique donc, une situation actuellement assez rare dans la production dans la bande dessinée.

 
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Au début du premier album, nous sommes en 1914 à Collioure. Mattéo est un jeune ouvrier agricole qui vit seul avec sa mère depuis la mort accidentelle en mer de son pécheur de père. Ce dernier a fuit avec sa famille l'Espagne où, étant anarchiste, il se sentait menacé. Mattéo s'est amouraché d'une belle jeune fille, Juliette qui a été plus ou moins été adoptée par le hobereau local pour lequel Mattéo travaille. La guerre éclate. L'enthousiasme du début fait vite place à la litanie des morts. Etant espagnol Mattéo n'est pas mobilisé. Il continue à travailler dans les vignes,mais la pression sociale est telle qu'il se sent obligé de s'engager, contre l'avis de sa mère et de son meilleur ami qui est revenu du front aveugle alors qu'il se destinait aux beaux arts. Mattéo est très vite confronté aux horreurs de la guerre. Il est difficile d'en dire plus sans tuer le plaisir de lecture. Un des grands intérêts de ces deux albums réside dans le choix malin du héros qui est un peu en marge, dans les deux univers, la guerre de 14 puis la révolution russe dans lesquels il est plongé, ce qui permet à Gibrat de donner regard un peu décalé sur ceux-ci. 

 
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Sachez que le deuxième volume verra Mattéo plongé en pleine révolution russe à Pétograd et de passage à Paris. Ces "dépaysements" nous valent des planches encore plus somptueuses que celles du tome 1.
Mes lecteurs habituels ne seront pas surpris d'apprendre que je me suis livré à la chasse aux anachronismes. Par exemple, mais sans certitude, je me suis étonné que les dessins du front que reçoit Mattéo de son ami soient faits sur des feuilles venant d'un carnet à spirale. Les cahiers à spirale existaient-ils en 1914? Il y a en revanche un anachronisme flagrant et qui est récurrent dans toutes les représentations depuis cinquante ans de la guerre de 14, dans Mattéo moins que dans beaucoup, le déficit de moustaches! Il faut savoir qu'en France avant 1914, il n'y avait guère comme non moustachu que les acteurs et les curés. Les rares non moustachus étaient en but à la grande injure, qui était alors: face de cul! A la décharge de Gibrat il est bien difficile aujourd'hui de faire un héros de B.D. moustachu. Astérix occupe tout l'espace qui leur est dévolu...

 
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Dans une interview, Gibrat explique très bien son rapport avec le réel: " Je suis plus un dessinateur évocateur que réaliste. Il faut que le réalisme soit tordu pour qu’on puisse faire croire que c’est cela le vrai réalisme ! Par exemple les années 40 que j’ai dessinées ne sont pas les vraies années 40. Je dessine toutes les rues pavées alors qu’il y avait beaucoup de rues goudronnées. De même, dans la mémoire collective, 1944 c’était les tractions. En fait il y en avait très peu : les gens roulaient dans des voitures d’avant-guerre et les tractions étaient des bagnoles très modernes réservées à la Gestapo. J’ai donc dessiné des tractions. Et tout est un peu comme cela. Comme le béret rouge de Jeanne, à l’époque le rouge n’était jamais comme cela, mais pour une raison de mise en scène, je me suis appuyé sur ce truc-là. J’ai volontairement triché avec la vérité. Je me prends ce droit là parce que c’est plus important pour le récit. Ce n’était pas absurde, je n’ai pas non plus fait le béret branché du bobo d’aujourd’hui ! C’est le temps de la vérité où on laisse croire aux gens que c’est cela la vérité ou en tout cas que c’est crédible. Et c’est cela qui plait, je crois."
Cette position me fait problème, car elle renforce, surtout lorsqu'elle est traduite avec autant de talent qu'en possède Gibrat, les idées reçues sur une question, un lieu, une époque...

 
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Les planches de Gibrat sont divisées en relativement peu de cases, souvent réparties en trois bandes horizontales où le talent d'aquarelliste de l'auteur peu se développer au large et parfois il prend toute la page comme pour cette superbe vue parisienne de la gare du nord et de ses environs. Le fait qu'il travaille sur un format assez grand ses planches originales ont 47 cm de haut, n'est sans doute pas étranger à cette qualité. 

 
 
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On ne peu pas reprocher grand chose au dessin de Gibrat dont la somptuosité surprend le lecteur à chaque page sinon de représenter les jeunes femmes qui séduisent Mattéo toujours avec la même physionomie, très belle au demeurant; à sa décharge on peut toujours penser que Mattéo n'aime que ce type de femme...

 
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Le tome 2 est publié avec un cahier graphique grâce auquel on peut admirer la dextérité de dessinateur de Gibrat. Il est précédé d'une postface de Claude Gendrot qui nous apprend que le dessinateur "encre" au bic et où il parle bien du style de l'artiste: " Il n'aime rien tant que les portrait, les visages qui s'expriment, les corps qui se meuvent tout en souplesse ou se raidissent tout en noeuds, il jubile à faire éclore l'attitude gracieuse une Amélie dont la main saisit une chaise pour s'y asseoir ou l'expression d'un Mattéo dont la lassitude pèse sur la table de bistrot, il se réjouit de l'air goguenard qu'il réussit à donner à un vieux, de la pétillante malice qu'il offre à un jeune..."
 
 
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Le texte dans une B.D. se divise en deux espèces. Celui qui se trouve dans les bulles et qui sort de la bouche des personnages et celui qui est placé dans des rectangles, le plus souvent soit en haut ou en bas de la case et qui est un peu l'équivalent de ce qu'est la voix off au cinéma. Ces deux formes demandent, la première à l'auteur d'avoir un talent de dialoguiste, la deuxième qu'il possède avec les mots une force descriptive et évocatrice. Il faut que cette partie du texte d'une part ne fasse pas doublon avec le dessin et que d'autre part qu' il n'entre pas en conflit scénaristique et stylistique avec celui-ci. Dans le cas de Gibrat comme il se charge de tout, il faut donc qu'il soit un athlète complet de la B.D. Son écriture est si remarquable que chose exceptionnelle dans la bande dessinée, cette "voix off" pourrait se lire indépendamment des dessins quant aux dialogues souvent narquois et gouailleurs ils contribuent grandement à l'intérêt du récit.
 
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La construction du récit, nettement scindée en deux, est elle aussi remarquable. Le premier volet peut se lire seul, étant autonome du second et possédant sa propre fin. Le deuxième volets se passant principalement à Petrograd est plus intéressant scénaristiquement que le premier qui tournait assez classiquement autour des horreurs de la Grande guerre. Il nous montre une révolution russe bien différente de celle de la légende dorée que les partis communistes du monde entier ont propagée durant des décennies, la vision de Gibrat est dénuée d'angélisme et elle est plus pertinente que celle que l'on trouve dans "septembre rouge, octobre noir" (bande-dessinée que j'ai déjà chroniquée). Gibrat qui vient d'une famille communiste fait preuve d'une belle lucidité qui n'a pas été sans déchirement comme il dit:  " mes parents ont cru naïvement au communisme et ils ont été les cocus de l'histoire".
 
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Il est amusant, pour un vieux réactionnaire comme moi, de voir que les troupes des "parfaits" idéologiques ne font que fondre au fil des années les deux bandes dessinées que j'ai lues récemment, ayant pour cadre la révolution russe, est emblématique de ce phénomène. Lorsque j'étais adolescents, par exemple lorsqu'on traitait de la guerre civile espagnole, les bons étaient les républicains que l'on mettait tous dans le même sac, et cela va sans dire les méchants étaient bien évidemment les franquistes. Aujourd'hui le camp des saints se réduit aux seuls anarchistes. Le drapeau noir ne flotte toujours pas sur la marmite mais il est en voie de canonisation... 

 
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Les personnages de Mattéo, mis à part le rôle titre sur lequel je vais revenir, ont tous une véritable épaisseur psychologique et sont surtout en dehors de tout manichéisme. Si certains sont mus par leurs convictions, ceux là font souvent preuve de psychorigidité redoutables, quant aux autres c'est surtout leur égoïsme qui les font agir. Tous ces personnages sont bien éloignés des classiques personnages de bande dessinée lisses et à la morale bien définie. Mattéo, lui est le seul héros au sens propre du terme. Même s'il n'est pas sans tache, il est toujours tiraillé par le remord lorsqu'il agit contre sa conscience. Ce qui amène une fin (provisoire?) du deuxième tome pas complètement crédible, même si elle est logique par rapport au personnage qu'est Mattéo.

 
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La fin de cette histoire poignante est bien amère. Il est certain que le lecteur n'est pas prêt d'oublier Mattéo. Peut être que Gibrat nous donnera de ses nouvelles car il me semble que pour où il s'embarque à la dernière case, il y aura à raconter (il y aurait trois autres albums de prévus)...  
 
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case en exergue: Hermann

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Sept Frères par Hervé Boivin, Didier Convard et Jean-Christophe Camus

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 Sept Frères par Hervé Boivin, Didier Convard et Jean-Christophe Camus
 Sept Frères par Hervé Boivin, Didier Convard et Jean-Christophe Camus

Heureusement que nous allons avoir bientôt une autre guerre, elle est d'ailleurs déjà là, pour que les scénaristes puissent renouveler leur stock d'histoire. Nous revoilà donc dans ce passé qui ne passe pas. En janvier 1951 les sept survivants d'une loge maçonique, La rose silencieuse, qui a été décimé entre le 11 et le 13 février 1943 par la Gestapo reçoivent une lettre de leur vénérable maitre: Tous les frères survivants sont priés d’être présents à une réunion qui aura lieu le 26 du mois, à 19 heures à la Grande Loge de France…

Henri Demontheil, Elias Guttman, Jakob Ferret, Marcel Astier, André Lemourieux, Bernard Soulac et Jean Guérin ont tous ont perdu leur liberté et nombre de leurs proches le jour de la rafle qui a mis fin à l’existence de « La Rose silencieuse ». Il réponde tous à la convocation pourtant ils savent que leur vénérable a été abattu par les allemand lors de la raffle. Lorsqu'ils arrivent à la réunion il trouve un autre courrier qui leur demande de recréer leur loge mais auparavant il faut qu'ils démasque le traite qui a vendu leur résau de résistance. Le traite est l'un des sept frères. 

Il a fallu deux scénaristes pour ce démarquage de Marie-Octobre, le célèbre film de Julien Duvivier tout d'abord Didier Convard, lui-même franc-maçon et Jean-Christophe Camus (cofondateur de l’agence graphique Trait pour trait). Cette abondance de bien ne les a pas empéché de multiplier les invraisemblances. Très habilement la façon peu plausible dont chaque membre a été arrêté et a survêcu sert un temps le scénariste puisque l'on sait qu'au moins un des sept frères trois points ment. Hélas les six autres parcours ne sont pas plus convaincants que celui du coupable. Pourtant cela commence bien et après l'exposé des faits et la présentation des personnages ont a envie de connaitre le dénouement, la déception sera d'autant plus grande.

C'est vraiment dommage car le dessinateur fait un sans faute alors que le scénario multiplie les embuches; en premier lieu le nombre de personnages. Boivin parvient à leur donner une tête reconnaissable au premier coup d’œil. Autre performance remarquable l'impeccable reconstitution du Paris et de sa banlieue de 1951 dans le premier tiers de l'album. Dans la suite un autre tour de force attendait le malheureux dessinateur, rendre vivant une discution entre sept personnages sur près de 20 pages, et de ce point de vue là encore le pari gagné. Autre obstacle celui de rendre immédiatement lisible ce qui s'est passé en 1943, sept flashbacks retraçent le jour de l'arrestation de chacun des hommes et ce qui se déroule de nos jours. Boivin a utilisé un procédé simple, classique mais efficace, celui de représenter le passé en noir et blanc et le présent de l'action en couleur.

Vraiment dommage que les scénaristes n'aient pas été plus respectueux des réalités historiques.

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case en exergue: Grun

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case en exergue: Carlos Laffond

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case en exergue: Bob de Moor

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case en exergue: Bob de Moor
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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin (réédition complétée)

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

 

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Comme dans le dernier Alix de la série mère, c'est, comme son titre l'indique, Sparte qui est au centre de cette nouvelle aventure. Je ne sais si les deux équipes se sont concertées mais on retrouve un peu un échos de "Par-delà le Stix dans Les démons de Sparte puisque là également apparait Héraklion. Une des bonnes idées de cette belle séquelle est de renvoyer régulièrement à la série mère. La précédente trilogie faisait allusion notamment au "Tombeau étrusque" alors que cette nouvelle aventure en appelle au "Dernier de spartiates". 

Auguste envoie Alix en mission en Grèce afin de récupérer et d’envoyer à Rome les fameux livres sibyllins. Il avait précédemment envoyé Marcus Atilius de les rapporter. Pour convoyer les précieux rouleaux sibyllins à Rome, Marcus Atilius ne dispose que d'une demi-douzaine d'hommes à pied et d'un chariot, alors qu'Alix bénéficie ensuite d'une centurie entière. C'est très imprudent ! D'ailleurs la petite escorte sera détruite. N'aurait-il pas mieux valu une meilleure escorte ? Mais il n'y aurait pas eu d'histoire! Ces livres légendaires collationnent l’ensemble des prophéties des oracles d’Apollon. C’est d’ailleurs une prophétie d’un de ces oracles qui a appuyé le statut divin d’Auguste (voir Alix Le Tombeau Etrusque).
Un commando de dissidents spartiates opposés à Rome et réclamant l’indépendance tente de s’emparer de ces livres, trésors nationaux. Alix doit intervenir. Khéphren continue discrètement à jouer un double jeu. Sa rancoeur envers Alix est attisée par ce nouvel évènement. Il trouve légitime le fait que les livres restent en Grèce.
Lors de son périple, Alix croise Héraklion, descendant spartiate, dont il a été une sorte de tuteur lorsque Héraklion était enfant (voir "Le dernier des spartiate" et "Par-delà le Styx"). Ce dernier est un patriote, mais il admet la puissance de Rome et conteste les actes de « terrorisme » de certains de ses compatriotes.
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue parmi les soi-disant alliés de Rome. Un nouveau complot se trame….

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Précisons tout de suite que le transfert des Livres sibyllins dans le temple d'Apollon sur le Palatin à la demande d'Auguste est un fait historique qui a bien eu lieu en -12 av. J.C. comme il est mentionné dans l'album.

Delphes est au centre du récit, puisque le scénario y situe l'existence d'un mystérieux livre, je reviendrai sur le sujet. La période faste de Delphes se situe entre le -VIII° siècle et le -II° siècle, puis elle commence à décliner après la destruction du temple d'Apollon par un séisme. Mais grâce à son oracle, elle reste une ville riche qui se gouverne démocratiquement par une assemblée remplacée au début de l'Empire par une oligarchie réservant les droits politiques à une élite.
Restée maîtresse de son oracle jusqu'à la fin de son histoire, au V° siècle de notre ère, son importance et son prestige sont sans commune mesure avec sa taille et sa puissance ; il faut se garder des affirmations de Plutarque ( 46/125 ), qui était prêtre d'Apollon, quand il déplore le déclin de l'oracle. L'essentiel de l'activité de celui-ci concernait la vie privée des gens et non les consultations politiques de cités.

La Pythie se consultait à jours fixes. Elle était toujours accompagnée d'au moins deux prêtres d'Apollon et on ne lui posait pas directement les questions : elles étaient reformulées par les prêtres, généralement sous forme d'alternative ( ou "question fermée" ), ce qui permet de confirmer ou d'infirmer la demande, de même que ses réponses. Ce n'est pas du tout représenté ainsi dans "Les démons de Sparte". Mais les vestiges du temple n'ont pas permis de reconstituer le décor d'une séance oraculaire. Le trépied de la Pythie n'est connu que par des images athéniennes de peintres ne l'ayant jamais vue et pour qui il n'existait que le support des chaudrons.

La "sybille" était au départ le nom d'une oracle. C'est à elle que le roi Tarquin avait acheté ces fameux livres "sybillins", qui contenaient tout simplement ses prédictions. Les romains utilisaient ces livres pour savoir quoi faire lorsque survenaient des circonstances graves pour la cité.


Ces livres ayant été détruits par un incendie lors de la "guerre sociale", les romains ont recherché d'autres recueils semblables dans les pays conquis. Ils en ont trouvé en Grèce, en Afrique ou en Sicile, et Auguste les entreposa finalement dans un temple dédié à Apollon, sur le Palatin.

En revanche un Livre sybillin delphien est une invention de la scénariste. La pythie, sous l’inspiration du dieu, vaticinait au coup par coup assise sur son trépied, et les prêtres déchiffraient à leur gré ses éructations. « Les communautés autrefois recouraient à elle pour se mettre d’accord. Ce sont les démocraties qui ont donné aux oracles leur importance politique, accrue en ces moments difficiles où aucune majorité ne se dessine, ou trop faiblement pour être obéie.>> Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (...) Des régimes autoritaires n’ont que faire d’une juridiction supérieure et, du reste, n’accepteraient pas d’y recourir. Mais le messianisme politique les accompagne toujours, soit qu’eux s’appuient  sur lui, soit au contraire qu’il se développe pour les détruire. Ce moment où la pythie ne donne plus de réponses aussitôt traduite en résolutions collectives est justement celui où la littérature sibylline joue son plus grand rôle, et dans l’Empire[romain], et dans les origines judéo-chrétiennes. C’est le temps aussi où le besoin du merveilleux, attribuant au sanctuaire delphique des miracles dont il ne s’est jamais targué, invente une pythie liseuse de pensées, proférant sans être interrogée, en état de demi-démence, plus semblable à une ménade qu’à une prêtresse. Tout cela est littérature.>>  Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (Payot, 1955)


Valérie Mangin s'inspire donc de données historiques pour imaginer le thème principal son récit. On peut croire sans peine que les grecs furent consternés de voir leur patrimoine historique pillé sans scrupule par les romains.


C'est avec une grande fluidité que Valérie Mangin parvient à faire passer beaucoup d'informations sur le monde romain à l'époque d'Auguste, sans pour cela nuire à la fluidité du récit. Valérie Mangin a découvert la série Alix avec Le dieu sauvage, elle est restée très impressionnée par les scènes de l’armée des légionnaires morts, dressés et liés à des pieux. La référence à cet épisode de la saga est bien visible planche 28 : 

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Le kouros du musée de Delphes fait le modèle parfait pour cette étrange statue. 

 

Les quatre tomes d'Alix senator se déroulent en -12 av. J.C. Le choix de cette année là pour faire réapparaitre Alix, n'en doutons pas, a été murement réfléchit et il me parait judicieux. -12 a été riche en évènements tout en étant pas une date cruciale; donc un millésime où il sera aisé de glisser dans l'Histoire les aventures des protagonistes de la série.

Cette année là en effet les livres Sybyllins sont bien apportés à Rome. En revanche Lépide meurt en -13 av J.C. et non en -12 av J.C. comme dans les premières pages des "Aigles de sang". Mais c'est bien Auguste qui lui succède comme Grand pontife, un an plus tard que dans l'album. En revanche c'est bien en -12 qu'Agripa décède. Lépide comme Agripa seraient mort de maladie et non de l'attaque d'aigles comme dans le scénario d'Alix senator. A cette date le préfet d'Egypte est bien Barbarus comme il apparait dans le deuxième volume de la série.

La plus grande entorse historique des quatre albums d'Alix senator me parait être l'assassina, en plein sénat, en -12 av J.C., de Cesarion. Ce dernier est né en - 44. Il est le fils de César et de Cléopâtre. Dans la réalité il fut probablement tué sur ordre d'Auguste dès la victoire de ce dernier sur Marc-Antoine mais il n'y a aucune certitude sur ce fait; c'est de ce doute que très habilement le scénario profite.  

En - 12 Auguste est agé de 51 ans, il est né en -63 av J.C. Si l'on se réfère au Tombeau Etrusque, première apparition conjointe d'Alix et d'Octave (le futur Auguste), Alix est plus âgé que l'empereur. L'érudit en martinologie, qu'est Jacky-Charles  situe le Tombeau Etrusque en -49, ce qui est possible, Octave a donc 14 ans et Alix étant né en -68, 19. Lorsque débute la série d'Alix senator Alix aurait donc 56 ans et l'on peut envisager que son fils, Titus à 16 ans et celui d'Enak, Kephren, dont il a la charge, à 18 ans.

Tégyre vu Thierry Demarez

Tégyre vu Thierry Demarez

Il n'est pas inutile me semble-t-il, pour bien apprécier l'album de faire quelques rappels historiques par exemple pour Tégyre et l'omphalos, voir immédiatement ci-dessous:

Histoire de la divination dans l'antiquité

Histoire de la divination dans l'antiquité

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Selon la cosmogonie de la religion grecque antiqueZeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

Ce qui sera sans doute la plus grande surprise en ce qui concerne l'arrière plan de cet album est l'état de la Grèce telle qu'elle nous est présentée. Le dessinateur accumule les belles images, tandis que les personnages commentent le triste destin des villes grecques.



Aux villages dépeuplés succèdent des monuments oubliés. Ces images devraient devrait être tristes, mais elles suscitent paradoxalement une pointe d'admiration. Le drame est remplacé par une émotion esthétique. On éprouve une sorte de "plaisir des ruines" pendant cette traversée du Péloponnèse, et cet attrait pour la belle image domine même le récit tout entier. Ce plaisir des ruine est par exemple différent de celui qu'on trouverait dans la peinture d'Hubert Robert chez qui l'évocation des ruines exprime une forme de mélancolie non dépourvue de dimensions ténébreuses, paradoxalement propres à l'Age des Lumières lorsque celui-ci atteint les lisières de la sensibilité préromantique. Ce qui se voit aux lumière fauves et au cieux souvent chargés ou nimbés d'une clarté diffuse qui évoque les fins de journée quand le soleil a déjà basculé, alors que dans "Les démons de Sparte, nous avons une plénitude des lieux sous la lumière exacte du soleil et de l'azur. Ci- dessous par Hubert Robert, les ruines de Nîmes, une toile de 1760 :

Image hébergée par servimg.com
La beauté des lieux représentés évoque, mais d'une autre façon le temple abandonné du Lac sacré, dans les aventures d'Orion (voir illustration immédiatement ci-dessous): dans l'album de Jacques Martin, la ruine est mystérieuse, mais bucolique et apaisante. Elle jouera d'ailleurs un rôle protecteur. Dans Les Démons de Sparte, en dépit  de sa beauté sous le soleil, elle est d'une étrangeté un peu angoissante, ce que traduit d'ailleurs l'exclamation du personnage.
Les Démons de Sparte est d'une exceptionnelle richesse qui fait qu'indépendamment du récit lui-même et du plaisir qu'il nous donne, nous pouvons également lire cet album comme une suite magnifiquement orchestrée de vues de Grèce au début de l'empire. C'est à ce titre aussi un album au sens classique, c'est-à-dire un recueil de belles images, tels qu'on aimait les parcourir et les contempler jusque au XIX° siècle.


Image hébergée par servimg.com
Cet état de la Grèce interpelle d'autant que Jacques Martin dans le "Cheval de Troie" nous la préentait beaucoup plus pimpante. Valérie Mangin imagine Delphes presque désertique. Ce regard contraste en tout cas singulièrement avec les images que nous montrait Jacques Martin. Comparons ci-dessous les deux visions de Delphe:

Une image de Delphes par Thierry Demarez, tout d'abord !




Et maintenant une image du Cheval de Troie


La Grèce représentée dans le Cheval de Troie par Martin est un flagrant anachronisme, c'est la Grèce de Péricles soit cinq siècles avant César et donc Alix. Celle dessinée par Thiérry Demarez est-elle beaucoup plus proche de la réalité historique. Essayons de répondre à cette question dans les lignes qui suivent. 

Ce n'est pas brocarder le maitre d'écrire qu'il lui est arrivé plusieurs fois de goûter aux plaisirs, pas toujours volontaires, de l'anachronisme. A tel point qu'un martinologue distingué a même supputé qu'Alix pouvait être un voyageur spatio-temporel! Plus sérieusement un universitaire, Michel Thiébault, s'est intéressé aux costumes dans "Les légions perdue" (paru en album en 1965). Il a ainsi découvert que le vestiaire de cet album venait principalement du "Costume historique" de Racinet paru en 1888. Le costume de César et des soldats romain sont dessinés d'après des modèles de l'époque des Antonins (deux siècles après J.C.)! Le casque et l'armure du chef gaulois ressemble fort à une brigandine du XIV éme siècle; quant au chef germain il serait vêtu d'atours du VI ème siècle av J.C. d'après des trouvailles archéologiques exhumés sur le site de Hallstatt!

La soumission de la Grèce par les romain s’est opérée en plusieurs étapes, petit rappel chronologique :

-197 : le proconsul Titus Quinctius Flamininus vainc Philippe V.de Macédoine  [allié de Carthage] à Cynoscéphales en Thessalie. 
L’année suivante (196), aux Jeux isthmiques à Corinthe, ce grand philhellène proclame la liberté des cités grecques qu’il a libérées de la domination macédonienne. Ce qui ne l’empêcha pas de piller Sparte avec l’aide d’autres cités grecques et de la Macédoine.

-191 : le consul M. Acilius Glabrio et son légat M. Porcius Cato, et 40.000 Romains descendant du nord, affrontent aux Thermopyles 10.000 Gréco-Syriens d'Antiochos III (seulement 500 d'entre eux survivront au massacre).

-168 : le consul  Paul-Emile (Lucius Aemilius Paullus Macedonicus) vainc le roi de Macédoine Persée à Pydna (22 juin). Fin de la Troisième guerre de Macédoine.

-146 :  le préteur de Macédoine Q. Cecilius Metellus Macedonicus affronte aux Thermopyles Critolaos, stratège de la Ligue achéenne (vaincu et capturé, ce dernier se suicide).

De son côté, le consul Lucius Mummius Achaicus vainc la Ligue achéenne à Leucopétra et rase Corinthe en cette même année 146 Scipion Emilien, lui, rase Carthage la même année.

Au temps de Jules César, la Grèce était romaine depuis environ un siècle. Notons au passage que la défaite assez rapide de la Grèce en face des légions romaines reste un sujet d'étonnement, dans la mesure où les phalanges grecques avaient dominé auparavant le Moyen Orient pendant au moins trois siècles. Même divisées, les cités grecques constituaient une puissance militaire redoutable, mais elles n'ont finalement pas pesé lourd face à l'extension romaine (la très belle série "Sparte" de Simon et Weber nous montre une Grèce très affaiblie). En fait c'est le contraire c'est justement parce que l"équipement de l'hoplite grec était plus lourd que celui du légionnaire romain que ce dernier a pris le dessus dans les corps à corps. Et c’est encore plus vrai quand s’affrontent les bataillons soit : les syntagmes macédoniens (256 hommes, organisés en files en profondeur) et les manipules romains (160 hommes). Polybe, qui raconte la défaite macédonienne de Pydna, explique que la phalange est tributaire du terrain plat, alors que les formations légionnaires contournent les obstacles. C’est donc grâce à leur souplesse exceptionnelle et leur capacité manœuvrière que les légions surclassent la phalange.

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Rappelons quelques principes militaires antiques:  Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge, on ne se bat pas sans bouclier. Bien sûr, on n'en a pas toujours sous la main. Mais la base même de l'escrime romaine c'est d'avancer le côté gauche, celui qui tient le bouclier, et de ramener en arrière le droit qui tient le glaive, arme d'estoc. «Armé» un peu comme la queue du scorpion, si vous voulez. Et de planter son arme dans la poitrine de l'ennemi dès que se présente une ouverture ou de lui trancher un tendon par-dessous le bouclie. Tout le contraire de l'escrime moderne où c'est le côté droit qui s'avance, celui qui tient l'épée... qui inspire encore cinéma et BD.

il faut savoir que dans les armées de l’antiquité – tant grecques de romaines – l’aile droite est toujours plus importante que les autres. Pourquoi ? Parce que comme le combattant porte son bouclier à gauche, son flanc droit est plus exposé. Et c’est tellement vrai que l’agema (la garde royale) était placée à l’extrême droite. Afin de couvrir le flanc exposé de la phalange. Equipés à l’ancienne, comme les hoplites, avec un bouclier plus large et une lance plus courte ces « hypaspistes » [« porteurs de boucliers »] faisaient facilement une conversion en cas d’attaque sur le flanc droit.

 

Picture 042.jpgRevenons à l'aspect saisissant que "Les démons de Sparte" offre au lecteur. En -86, Athènes commet l'imprudence de s'allier à Mithridate du Pont, irréductible ennemi de Rome. Sylla l'assiège et la ravage en partie: il épargne les monuments et les bâtiments publics, mais détruit les fortifications et de nombreuses habitations. Cela était-il encore visible trois quarts de siècles plus tard? Depuis l'époque hellénistique, Athènes était devenue un grand centre intellectuel et le restera jusqu'à la fin de l'Empire. Par exemple le futur empereur Hadrien est allé compléter sa formation à Athènes. Les écoles : l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Jardin d'Epicure, le Portique de Zénon... avaient survécu à leurs fondateurs et l'élite du monde gréco-romain venait y étudier. Après la défaite face à Sylla, l'éphébie devint une sorte de formation supérieure pour les jeunes gens de l'élite où les étrangers étaient souvent plus nombreux que les Athéniens. La cité est gouvernée par des notables et le conseil de l'Aréopage, formé des anciens archontes, y joue un rôle important. Il me paraît peu probable qu'Athènes soit la ville en déshérence qu'on aperçoit : des stigmates encore visibles peut-être, mais une cité qui continue à vivre intensément en renouvelant quelques-une de ses constructions, justifiant ainsi l'intérêt des étrangers et de leurs élites.

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La promenade athénienne d'Alix au début de l'histoire est très belle avec cette gigantesque statue d'Athéna que le dessinateur nous montre en gros plan.

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Athéna de Varvakeion, statuette de marbre pentélique trouvée à Athènes près de l'école Varvakeion. C'est la mieux préservée des copies connues de la statue chryséléphantine d’Athéna Parthénos de Phidias. L'original avait environ douze fois la taille de cette copie de Varvakeion qui est assez différente que celle que représente Thierry Démarez. Mais est-ce bien la même car la statue de l'Athena de Varvakeion était située à l'intérieur du Parthénon et non à l'extérieur comme elle figure dans l'album.


Le nom du constructeur nous est donné par Numa Sadulus (il s'agit de Phidias) et ceci m'a permis de retrouver facilement quelques informations sur cette statue géante qui n'existe plus. Elle date du temps de Périclès, et est restée debout jusqu'à la fin de l'empire Romain. Une page de Wikipédia lui est dédiée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ath%C3%A9na_Parth%C3%A9nos

Voici encore une vue aérienne du Parthénon, avec bien sûr cette statue !


En cette même année, -86, Sylla assiège Delphes. Les romains pillent le cite. Des œuvres d’art et même des bâtiments ont été démontés pour être emportés à Rome. On peut donc concevoir que des traces de combat devaient subsister (quand on songe que le sénat de Rome, qui avait brûlé en février 52, n’avait toujours pas été reconstruit lors de l’assassinat de César, mars 44, qui eut lieu au théâtre de Pompée !!!). Valérie Mangin et Thierry Demarez ont choisi de mettre l’accent sur le fait que les Romains ont pillé la Grèce. Il ne faudrait pas oublier qu'auparavant le pays a connu bien d'autres vissicitudes: Philippe de Macédoine y a guerroyé ; que les Diadoques (les généraux, successeurs d’Alexandre) s’y sont à maintes reprises affrontés ; qu’en 290, les Gaulois d’un autre Brennus ont attaqué Delphes ; puis que les deux ligues rivales – l’étolienne et l’achéenne –, pro- ou anti-macédonienne, se sont fait la guerre (rappelons la rivalité en Argos et Sparte, qui a fait qu’en définitive Nabis, dernier tyran de Sparte, entoura la ville de murailles en - 192 du jamais vu), et que finalement les Romains vainqueurs de la Ligue achéenne rasèrent Corinthe en 146.

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L'histoire de la Grèce s'arrête en - 323, à la mort d’Alexandre, dans la plupart des livres d'Histoire, et on connait assez mal ce que s'est passé ensuite. Les images de cette Grèce "romaine" sont des reconstitutions qui sont imaginées par les dessinateurs, à partir de quelques ruines et de certaines descriptions. Plusieurs hypothèses peuvent en fait être défendues, et aucune d'entre elles ne peut être écartée d'emblée. Dans le récit de Valérie Mangin, il y a une sorte de "parti nationaliste" grec (ou plutôt spartiate), qui  est incarné par Héraklion, et qui cherche à retrouver la grandeur passée. La vision d'un monde grec dévasté permet de soutenir cette idée, et de construire un récit cohérent pour la scénariste. 

C'est peut-être une  décision politique qui explique le plus l'état de la Grèce que nous voyons dans l'album. Elle vient de Flaminius ( Titus Quinctius Flaminius, -228/-174 ), qui vainquit Philippe V de Macédoine à Cynoscéphalès en Thessalie en -197. Mais ce qui rendit surtout célèbre en Grèce cet "ancien combattant" de la deuxième guerre punique, c'est sa proclamation de -196 aux Jeux Isthmiques de Corinthe : la liberté pour les cités grecques ! Autrement dit, l'anarchie : chaque cité faisant désormais ce qu'elle voulait, comme avant la domination macédonienne, elles n'étaient plus solidaires les une des autres dans un Etat constitué, et donc pas dangereuses pour Rome. Diviser pour régner : Flaminus était un grand politique!

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 

Après ces petits rappels d'Histoire romaine, revenons à notre bande dessinée.

L'album n'est pas avare de clins d'oeil pour les férus de péplums et aussi d'Histoire de la bande dessinée ainsi dans l'image ci-dessus j'ai cru, tout au fond de l'image, reconnaitre le mignon Giton du Satyricon de Fellini. Le personnage de Numa Sadulus est inspiré d'un ami de Jacques Martin, l'écrivain tintinilogue Numa Sadoul.

En reprenant des personnages épisodiques de la série mère, "Alix senator" épaissit la saga martinienne, répondant à la question que se pose immanquablement tous les lecteurs curieux: Que sont-ils devenus. Avec "Les démons de Sparte" nous avons la réponse pour l'un des plus attachant, Heraklion. Dans les "3 albums grecs" de Jacques Martin, il n'est qu'un enfant assez passif. Il a une certaine noblesse dans son maintien, mais s'exprime peu. Comment deviner ce qu'il va devenir?

Valérie Mangin et Thierry Demarez nous proposent une réponse assez logique à cette question.. L'enfant est devenu un vrai spartiate, ce que Marc Jailloux suggére d'ailleurs déjà dans Par delà de Styx.  Nous découvrons qu'Heraklion est devenu un soldat barbu, d'aspect énergique et aux traits assez sévères. Cette transformation est séduisante, et elle nous suggère toute une vie (encore mal connue) d'aventures de combats et d'expériences diverses. Une petite remarque tout de même sur ce nouvel aspect d'Heraklion. Dans la série initiale, Héraklion il a six ou sept ans de moins qu'Alix, ce qui, ici, le rend néanmoins quinquagénaire, comme Alix, Enak et Auguste. Or, il paraît beaucoup plus jeune que cela... La confrontation du portrait que dessine Marc Jailloux, avec celui de Thierry Demarez, est à cet égard intéressante.

      

 

Autre grand retour dans "Les démons de Sparte": celui de Numa Sadulus ! Ce personnage est apparu dans l'Enfant grec, pour le créer, Jacques Martin s'était inspiré du critique de bande dessinée Numa Sadoul. Ce dernier a fait une belle carrière de critique, en publiant plusieurs interviews très complètes de grands auteurs de BD (Franquin, Hergé ou Uderzo) et Jacques Martin lui trouvait une personnalité un peu équivoque.  Ci-dessous à gauche une photo de Numa Sadoul à l'époque de l'Enfant grec et à droite Numa Sadulus dans ce même album. 



Numa Sadulus s'était compromis avec Arbacès dans la Chute d'Icare avant de s'éclipser avec une bande de pirates. Il réapparait dans les Démons de Sparte et ressemble cette fois-ci beaucoup plus à un scélérat, même s'il reste élégant et cultivé. A noter qu'Alix est un peu naïf, à moins que ce soit de la fausse naïveté, à son égard, car il parle au début à Numa comme si ils étaient amis, comme si il avait oublié La chute d'Icare. Heureusement, au fil des pages, il va s'apercevoir que Sadulus reste fidèle à lui-même...

Quelle est la situation exacte de notre Sadulus, on ne le sait pas. est il encore citoyen romain? A t-il renoncé à la nationalité romaine ? Cela n'est écrit nulle part. En fait, ses origines n'ont jamais été très claires, puisqu'il nous apparait dans l'Enfant Grec comme un citoyen romain. Avait-il malgré tout des origines grecques, lui permettant d'obtenir une sorte de double nationalité ? On pourrait le penser, car il n'était pas si facile que cela d'obtenir le titre de citoyen à Athènes (quoique ... l'argent et le pouvoir peuvent parfois bien aider). Il était imaginable, en tout cas, d'être à la fois citoyen romain et et de s'identifier à la communauté d'un peuple conquis. L'exemple de l'apôtre Paul, qui était juif ET citoyen romain, suffit à nous le rappeler.  

Ce grand retour explique bien sûr le choix de Numa Sadoul pour écrire la préface des Démons de Sparte.
Sadoul dans cette préface semble s'étonner de la ressemblance persistante de Numa Sadulus avec lui-même, mais je pense qu'il n'y a pas de hasard. Thierry Demarez s'est probablement aidé de photos récentes du critique que l'on peut trouver facilement sur internet. Ci-dessous une nouvelle comparaison entre le visage actuel, à droite, de Numa Sadoul et à gauche le Numa Sadulus dans Les démons de Sparte.





Remarquons que dans ce nouvel album, Numa Sadulus se montre plutôt malfaisant, mais qu'Alix semble incapable de le punir de ses méfaits. Alix serait-il lui aussi devenu "ambigu" ?

Dans la saga d'Alix senator, il y aurait même des personnages qui ne seraient pas inventés mais dont la scénariste à modifié la destiné outre Césarion dans la trilogie précédente, il y a aussi le tyran Euryclès, ami d’Auguste, qui détient en otage la famille d’Héraklion en compulsant les dictionnaires on trouve en effet un Eurycles en cette période mais il n'est pas sûr du tout qu’il soit devenu tyran de Sparte, mais cette promotion n’aurait rien eu d’impossible vu les services qu’il rendit à Octavien (Auguste) à la bataille d’Actium. Voici ce qu’en dit Plutarque :

« Cléopâtre, reconnaissant son vaisseau, éleva un signal sur le sien : Antoine approcha du navire, et y fut reçu ; puis, sans voir la reine et sans être vu d’elle, il alla s’asseoir seul à la proue, gardant un profond silence, et tenant sa tête entre ses mains. Cependant les vaisseaux légers de César [= Octavien], qui s’étaient mis à sa poursuite, ne tardèrent pas à paraître : alors Antoine commanda à son pilote de tourner la proue de sa galère contre ces bâtiments, qu’il eut bientôt écartés. Il n’y eut qu’un certain Euryclès de Lacédémone qui, s’attachant plus vivement à sa poursuite, agitait de dessus le tillac une longue javeline, qu’il cherchait à lancer contre lui. Ce que voyant Antoine, il s’avança sur la proue, et dit : « Quel est celui qui s’obstine ainsi à poursuivre Antoine ? — C’est moi, répondit le Lacédémonien : c’est Euryclès, fils de Lacharès, qui profite de la fortune de César pour venger, s’il le peut, la mort de son père. » Or, ce Lacharès, accusé de quelque vol, avait été décapité par ordre d’Antoine. Toutefois, Euryclès ne put joindre la galère d’Antoine ; mais il alla contre l’autre galère amirale, car il y en avait deux, et la heurta si rudement, qu’il l’a fit tournoyer, et que, l’ayant jetée à la côte, il la prit, et, avec elle, un autre vaisseau, lequel était chargé d’une magnifique vaisselle de table. Dès qu’Euryclès se fut retiré, Antoine retourna s’asseoir à la proue, dans la même posture et le même silence qu’auparavant. Il passa trois jours ainsi seul, soit qu’il fût irrité contre Cléopâtre, soit qu’il eût honte de la voir ; mais, arrivés au cap Ténare, les femmes de Cléopâtre leur ménagèrent une entrevue particulière, et finirent par leur persuader de souper et de coucher ensemble »(PLUTARQUE, Vie d’Antoine, 67 – trad. Alexis Pierron, 1853).

Après avoir parlé des personnages qui réapparessent voyons en un nouveau: Xanthos. C'est l'esclave et l'homme de confiance d'Alix. Xanthos est issu d'une vieille famille de Sparte. Ses grands parents ont été réduits en esclavage et déportés en Italie à l'issue de l'expédition du consul Sylla en Grèce. Alors que Xanthos est très brun son nom en grec signifie blond! Ce nouveau personnage est intéressant à plus d'un titre. Il fait entrer dans la saga d'Alix, un esclave qui n'est pas cette fois un personnage "décor" mais un véritable actant de l'histoire. Il donne à la scénariste la possibilité de faire entrer dans le récit la problématique cruciale de l'esclavage dans le monde romain. Plus trivialement il donne un interlocuteur à Alix, lors de ses déplacements. Il prend un peu la place, pour cette fonction de celle que tenait Enak dans la série mère, en même temps il est un peu le fidèle "Nasir" d'Alix.

Valérie Mangin intègre dans son récit quelques énigmes dont on peut supposer qu'elles seront la source de nouvelles aventures, dans des albums ultérieurs. Il y a en particulier cette énigmatique rencontre de Titus avec la pythie de Delphes. Manifestement, le fils d'Alix s'interroge depuis longtemps sur l'identité de sa mère, mais l'oracle lui donne une réponse énigmatique. Pauvre Titus, dont nous partageons un peu le désarroi, puisque nous aussi aimerions savoir le nom de sa mère. Quel est donc ce danger mortel qui plane autour de la mère de Titus ? Qui peut être cette grande dame romaine, probablement entourée d'intrigues, qui n'a probablement pas intérêt à faire connaître l'existence de son fils ? N'écoutant que mon courage, je fais l'hypothèse suivante en ce qui concerne la mère de Titus: Il pourrait s'agir de Lidia Octavia, la propre soeur de l'empereur dans Roma Roma, on apprend qu'Alix est amoureux de Lidia Octavia depuis leur première rencontre dans Le Tombeau étrusque...  


 

On peut considérer que le vrai sujet de cette histoire tourne autour de la Grèce occupée. Toutes les conversations d'Alix et de ses compagnons pendant le voyage entre Athène et Delphes sont consacrées à thème. De plus, il existe de nombreuses cases intermédiaires qui ne sont pas nécessaires à l'intrigue, et qui n'ont pas d'autre intention que de montrer les réactions des grecs soumis à l'occupation romaine.

En voici un exemple caractéristique. Cette case sombre forme d'ailleurs un véritable petit tableau de vie quotidienne qui, dans cet intérieur obscur, n'est pas sans évoquer certaines peintures de Georges de La Tour, ou des frères Le Nain. 


Durant son périple, Alix découvre les multiples réactions et réflexions que suscite la présence romaine chez le peuple grec. En fait, on pourrait aisément comparer les attitudes des grecs à celles des français pendant l'occupation allemande, de 1940 à 1944.

Il y a d'abord les partisans de la collaboration pure et dure, qui profitent de la situation. Au premier rang d'entre eux, il y a bien sûr Numa Sadulus (mais n'est-il pas romain ? ), scélérat superbe qui joue un double jeu. Il y a surtout l'ensemble des responsables politiques, comme par exemple les archontes d'Athènes, qui proclament leur fidélité à l'empereur.




En face de ces "collabos", il y a les résistants qui luttent pour préserver une certaine intégrité de la Grèce. Heraklion en est le premier exemple, et on découvre chez lui un passionnant mélange d'ardeur et de prudence. De quoi est-il capable ? Les prochains albums nous le révéleront peut-être.  



Entre ces deux extrêmes, il y a la majorité du peuple grec qui essaie de survivre, et dont l'opinion flotte au gré des circonstances. C'est ainsi que le métayer grec (qui reçoit Alix pendant son voyage) considère qu'il faut bien vivre et travailler dans cette Grèce en ruine. Nécessité fait loi !



L'esclave Xanthos penche lui aussi vers une attitude soumise, et ce n'est pas étonnant (vu sa condition). Il se montrera toutefois capable de combattre lorsqu'il en aura l'occasion.



L'intendant Phalaris (à Delphes) se montre bien plus veule. Derrière les obligations de sa fonction, il cherche visiblement à protéger ses propres intérêts.



Et puis, de même qu'il y avait des bandes de gangsters aux convictions politiques douteuses pendant les années 39-45, on trouve dans cette Grèce occupée des bandes de soldats qui ne sont pas ce qu'ils veulent paraître. Héraklion est le premier à s'en indigner.



Tous les personnages suivent leur propre logique, et Valérie Mangin évite tout manichéisme. Elle ne voit pas le peuple grec sous la forme de deux clans qui s'affrontent, et nous raconte plutôt une sorte de voyage intelligent au sein d'un pays occupé. Personne n'a complètement tort ni complètement raison, et l'intrigue nous entraîne vers une relative indécision.

Cette mise en parallèle de deux pays occupés à des époques est une lecture possible de cet album (qui n'est d'ailleurs que le début d'une nouvelle trilogie). Faut-il résister (et lutter) ou alors se soumettre ? L'idéalisme des résistants nous parait aujourd'hui un peu fou, car on sait pertinemment que leur combat est sans espoir, mais dans d'autres circonstances ... une telle attitude aurait pu être visionnaire. 

Le dessin de Thierry Demarez est très beau surtout pour les architectures. Dans ce domaine, par rapport au premier album il a corrigé les défaut de perspective et en particulier il a eu le bon ton de supprimé les fuyantes verticales, ce qui était presque un défaut de débutant. Il a également grandement amélioré son encrage qui était défectueux dans certaines cases du premier album. Il a toujours un léger souci avec les visages des personnages et en particulier avec celui d'Alix qu'il ne "tient" pas encore complètement et malheureusement ses corps manquent de sensualité.

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Malgré ces quelques réserve, Alix senator est la plus belle série historique en cours de la bande-dessinée franco-belge.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

Commentaires lors de la première parution de ce billet.

xristophe02/12/2015 19:40

Ah, rien que pour avoir un Découvertes Gallimard de plus - en plus sur Rome... Le titre de ce Découvertes ? "Néron" ?

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 22:15

Il s'agit de Néron le mal aimé de l'Histoire par Claude Aziza (je me suis honteusement trompé dans le nom de l'auteur que pourtant j'apprécie beaucoup). Il a écrit un très bon petit livre sur le péplum : Claude Aziza, le péplum un mauvais genre.

 
 

xristophe02/12/2015 16:27

Certes ! mais l'Histoire n'est pas le problème de Fellini... L'Histoire c'est l'Histoire, et Fellini c'est Fellini... (Là je reconnais que je n' me surpasse pas...) Et puis l'Histoire a elle-même à faire avec la Légende - qui à son tour entre dans l'Histoire et la fait) (Je pense à Napoléon ; sa vogue (et la nave va...) s'envole, prend son ampleur avec le Mémorial de Saint Hélène.)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 17:29

Allez savoir pourquoi, moi je pense plutôt à Néron, un empereur sans doute assez différent de sa légende que reprend par exemple Murena, dans une certaine mesure (pour rester dans la B.D.) voir à ce sujet le joli petit livre d'Azema dans la collection Découverte chez Gallimard.

 
 

xristophe02/12/2015 01:35

Mais le mignon Giton de Fellini est encore bcp bcp plus mignon ! Et sa tunique est bien plus courte encore ! Rasibus au dessus de la naissance des fesses : je viens de vérifier... Mais le problème c'est qu'il y a encore plus beau que le Giton de Fellini, c'est le film lui-même de Fellini ! dont rien que la première séquence, que je viens de revoir (et j'en sors essoufflé), à la fois kaléidoscopique et fuyante, endiablée d'enivrantes propositions juxtaposées, chacune étant joyau extrême définitif, pourtant emporté dans un glissement sans fin et toujours aboli par le suivant - et ceci sans parler hélas de l'envoûtante et mirifique bande-son acousmatique -, est tellement hypnotique, quoique galvanisante, que, même les fesses, le sourire de Giton, sa perfidie, ses cuisses, ses yeux et ses cheveux bouclés sont transcendés dans ce déroulement déferlant affolant de génie pur, du plus beau film de plus grand géant du cinéma - Fellini... (Comme je suis désolé que mon talent verbal soit si indigne de l'Objet auquel il s'attaque dérisoirement...)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 07:16

Le film de Fellini est très beau, ce n'est pas le seul de ce cinéaste à l'être (voir par exemple nave va) mais il me semble que vous privilégiez toujours les créations d'hier. Les démons de Sparte est une B.D. splendide certes beaucoup moins sensuelle que le film de Fellini, mais beaucoup plus riche en enseignements sur la Rome antique.

 
 

Bruno01/12/2015 15:06

Celui qui sait placer un extrait du Daremberg et Saglio dans un billet concernant un album de bande dessinée, est homme remarquable

 

lesdiagonalesdutemps01/12/2015 15:43

En l'espèce nous avons à faire à une fiction qui ne se sert pas de l'Histoire comme toile de fond mais qui se glisse dans ses interstices comme "L'oeuvre au noir", "Une bataille de chats" (livre que j'ai traité il y a quelques semaines) ou "La pierre angulaire"... On pourrait citer bien d'autres titres. Leur qualité dépend de points particuliers à ce genre (que ce soit une B.D est anecdotique en la matière): l'exactitude des faits historiques mentionnés et surtout le bon ajustement des dits faits par rapport à la fiction qui est proposée; sur ces deux points les scénarios de Valérie Mangin, qui je le rappelle est diplômée de l'Ecole des Chartes, sont remarquables. Elle bouscule sérieusement l'Histoire seulement dans le cas de Césarion mais comme ce garçon n'a joué aucun rôle historique (mais qu'il aurait pu en jouer un) c'est un véhicule parfait pour la fiction. En revanche il me semble que dans l'état actuel des connaissances sur l'antiquité romaine, il n'aurait pas été inutile d'apporter quelques explications en fin de volume, comme l'ont fait par exemple les mangakas auteur de "Cesare" et de "Zipang", cette absence à généré les longues citations dont vous parlez. Il en aurait fallu une autre sur l'état de la Grèce sous Auguste, que j'ai découvert grâce à cet album mais je n'en ai pas trouvée. Je pense qu'il ne faut pas se priver de références sérieuses lorsque l'on traite d'une oeuvre faite avec sérieux, le fait que ce soit une bande dessinée ne change rien à l'affaire.

Très bon numéro de cette excellente émission où l'on voit la duplicité d'Auguste en matière de sexe qui pourrait se résumer par faites ce que je dis et pas ce que je fais...

 

La Fabrique de l'Histoire

La Fabrique de l'Histoire

Syndiquer le contenupar Emmanuel LaurentinLe site de l'émission
Emission La Fabrique de l'Histoire

du lundi au vendredi de 9h06 à 10h Durée moyenne : 53 minutes

 
Ecoutez l'émission53 minutes

Histoire de la sexualité 4/4 0

03.12.2015 - 09:06

 

Débat historiographique : sexualité à Rome

Co-animé par Delphine Saltel

 

Comment les mythes fondateurs de Rome ont-ils justifié un certain ordre sexuel à Rome ? Quelle frontières romaines et romains établissaient-ils entre le licite et l'illicite dans le domaine sexuel ? Y-a-t-il eu une évolution dans les rapports de couple entre la période républicaine et celle de l'Empire ? Ovide a-t-il été exilé pour avoir prôné plus de liberté pour les femmes dans ses élégies ? 

 

Invité(s) :
Virginie Girod, docteur en histoire
Géraldine Puccini, maître de conférences de littérature latine à l'Université de Bordeaux Montaigne.
Sylvie Laigneau-Fontaine, professeur de langue et littérature latine à l'université de Bourgogne

Thème(s) : HistoireHistoriographie

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