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220 articles avec bande-dessinee

case en exergue: Nicolas Barral

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: Nicolas Barral

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Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

 

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Nostalgique du Japon ce beau petit livre est pour vous. Dans petites coupures à Shioguni vous reconnaitrez sans doute pas tout à fait le Japon que vous connaissez. D'ailleurs ne cherchez pas Shioguni sur une carte vous ne le trouverez pas. Mais ce Japon des bras cassés vous l'avez peut être aperçu dans les films de Kitano. La première scène du livre, celle qui va tout déclencher en vient tout droit: Il était tard dans un petit restaurant sans client. Il pourrait être dans un quartier un peu lointain du centre de Tokyo ce rade miteux. Trois gangsters le costard anthracite et les lunettes assorties y font irruption. Ils viennent récupérer le fric que Kenji a emprunté à leur boss et comme il ne peut pas le rendre on subodore qu'il va passer une mauvaise nuit mais à cause de son incurie d'autres vont en passer une encore plus mauvaise. C'est aussi saignant que dans un film de kitano et aussi drôle que dans un livre de Chester Himes.

Petites coupures à Shioguni narre plusieurs faits divers se déroulant dans un quartier japonais durant quelques heures d'une nuit. Toutes les histoires se croisent et s'entrecroisent. La trame prend la forme d'un dossier d'enquête ou chaque protagoniste raconte sa version de cette nuit. L'intérêt repose sur le fait que, comme dans une enquête de police, la vérité de l'un n'est pas celle d'un autre. L'histoire ne suit pas un ordre chronologique et, selon les intervenants du récit, le spectateur migrera dans le temps à un moment donné de la nuit. La trame, éclatée, rappelle Pulp fiction. Le lecteur est quasi dans le rôle de l’enquêteur.

J'admire sans restriction Chavouet depuis Tokyo Sanpo, dans lequel il croquait les quartiers tokyoïtes avec ses crayons de couleur. C'était une sorte de carnet de voyage, un voyage immobile dans la capitale nipponne au grès de la Yamanote, l'indispensable ligne de métro qui encercle le centre de Tokyo, entre B.D. et illustration. Quelque temps après pour s'aérer il a fait le portrait d'une petite ile dans ce que les japonais appellent la mer intérieure. C'était Manabé Shima. Ca donnait une folle envie de larguer les amarres avec une caisse de saké. J'ai vu, que depuis, il a aussi fait une halte au Louvre entre deux accidents de vélo, mais c'est une autre histoire... Avec cette histoire de yakusa à la manque il s'attaque à un récit complet. C'est un peu comme dans Chandler on ne comprend pas immédiatement tout dans cette histoire morcelée dessinée en des planches dans laquelle l'invention formelle est constante sans pour cela nuire à la lisibilité. De toutes manières l'affaire criminelle aussi burlesque que trépidante n'est pas l'intérêt principal car en plus une fois que l'on aura rassemblé les pièces du puzzle, en démêlant les dépositions contradictoires, on s'apercevra que ce n'était pas si compliqué que cela. Ce qui fait tourner les pages au lecteur ce n'est pas l'impatience de connaitre la résolution de l'énigme mais le plaisir de la découverte à chaque page d'une trouvaille graphique.

 

 

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Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet
Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet

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case en exergue: Mac-Manus

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: Mac-Manus

Tout enfant, avant que je sache déchiffrer, vers quatre ans je me faisait lire les bandes dessinée qui paraissaient dans le journal de mon père, L'aurore. Il y en avait une page. J'aimais particulièrement la famille Illico...

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Pour se souvenir d'Artima

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Ce sont peut-être ce que l'on appelle aujourd'hui dans le petit monde des collectionneurs de bandes dessinée, les petits formats qui m'ont donné le goût des livres (un plaisir presque aussi dispendieux que celui du jeu car en plus du coût d'achat, il demande de vastes demeures pour les "ramasser" comme on dit dans certaines de nos provinces.
Ces petits magazines furent mes premières lectures, vers 5, 6 ans, (avec le journal de Mickey, les hebdomadaires Spirou et Tintin viendront un peu plus tard) avant les beaux albums cartonnés des Tintin et autres Spirou qui m'étaient offert pour noel ou à mon anniversaire ou si j'avais bien travaillé. Pour cela il fallait au moins le tableau d'honneur. C'est donc dans ces opuscules que j'ai quasiment appris à lire. Je précise que s'ils existaient, je continuerais à les lire. C'est d'ailleurs ce que je fais de temps en temps lorsque j'en croise dans les brocantes. Certains de ces petits livrets atteignent aujourd'hui des prix déraisonnables mais la plupart sont encore accessibles à ma plate bourse (hélas je n'ai gardé aucun de ces chers illustrés).
J'ajouterais que ces petits formats étaient très décriés comme toute la B.D. mais encore plus particulièrement car ils étaient censé empêché la lecture de vrais livres. Ce qui est une parfaite imbécilité car lorsque l'on aime que l'on vous raconte des histoires, en fait peu importe la forme. Et on lira, si je prend les fictions historiques en exemple, sans distinction, "Les mémoires d'Hadrien, les albums d'Alix, la saga Murena ou Néropolis... 
Artima n'était pas l'éditeur qui me fournissait le plus de pâture. C'était plutôt "Mon journal". Tout gamin j'avais déjà repéré "ces marques" sous lesquelles se rangeaient mes illustrés préférés. Mais chez Artima il y avait Foxie qui me réjouissait avec son renard snob et stupide et son corbeau roublard. Voyons ce que dit sur mes chers Fox et Croa Henri Philipini dans son dictionnaire encyclopédique des héros et dessinateur de bande-dessinée:
 Fox, le renard pas très futé portant nœud papillon, et son comparse Croa, le corbeau malin fumant le cigare, sont créés en 1941 pour une série de dessins animés. Ils sont imaginés par Fred Tashlin alors directeur de Screen Gems, département animation de Columbia Pictures, USA. Au cours du premier film, il s’inspire librement de la fable « Le corbeau et le renard ». Les héros débutent leur carrière de personnages de BD sous le nom de Fox and the Crow dans le comic book Funnie, publié à partir de 1945 par National Periodical (DC). (…)»
En France, les éditions Artima puis Aredit en publient une traduction dans le pocket Foxie, qui paraît de 1956 à 1985.
  
Les fascicules de récits complets, illustrés bon marché et populaires étaient fort  nombreux au cours de années 50-60.
Le grand éditeur de province, sous la direction d’Émile Keirsbilk, fut sans doute Artima (ARTisans en IMAgerie) de Tourcoing, débutant de 1943 à 1949 par les "Albums du P’tit Quinquin" (surtout illustrés par J.E Dupuich), puis en 1948 par des séries de récits complets. Surtout depuis l’abandon, en 1952, du format à l'italienne (17,5 sur 23 cm.) pour le format « français », de la taille d’un cahier d’écolier, on connaît ses fameuses nouvelles séries aux couvertures mémorables et éclatantes de couleurs (mais l’intérieur est en noir et blanc). Les dessinateurs sont très internationnaux. Ces récits illustrent de nombreux genres. Ils étaient français (Bob DanRoger MellièsLe RallicBob LeguayEugène GireGervy, Bild, BrantonneRaoul et Robert Giordan, Pierre Le Goff,Raymond CazanaveJ.P. DecoudunGaston NiezabAndré Gosselin, Erik,…), espagnols (Fernando Fernández, qui n'avait que 16 ans en 1956, pour Ray Comet et Mr. TV, Bayo pour Atome KidFrancisco Hidalgo, qui prendra plus tard le pseudonyme d'Yves Roy, pour Angel AudazBoixcarJaime Rumeu,…), anglais (Graham Coton pour la famille Rollinson dans l'espace), néerlandais (Henk Sprenger pour Pilote Tempête et Kick WilstraMarten Toonder), et américains (Joe KubertCarmine InfantinoNick CardyMurphy Anderson,…).
 
 
En 1958, l’éditeur annonce lui-même les thèmes suivants :
Cow-boys : Audax, Aventures Film, Ouragan, Red Canyon
                        Brousse : Tarou, Ardan
Aviation, Espionnage, Police :Dynamic, Vigor, Hardy, Mystic, Éclair
Aventures : Big Boy
Science Fiction : Météor, Spoutnik, Cosmos, Atome Kid, Aventures Fiction, Sidéral  
Historique : Vengeur, Téméraire [et ses bandes guerrières], Fulgor
Humoristique : Panda, Foxie
Sport : Olympic
 
 
Apparurent d’abord en 1952 ,Ardan, Audax, Aventures film, riche en westerns (un genre présent aussi dans Tex Bill, dessiné par René Mellies et intégré maintenant dansAventures Film). Il y eut aussi Dynamic et Tony Cyclone, une mémorable histoire d’aviation. En 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan), un genre représenté aussi en 1956 par Atome Kid, Aventures Fiction et Cosmos, en 1957 par Spoutnik et un an plus tard par Sidéral. Jungle, histoire de l’Ouest et guerre sont présentes en 1954 avec la naissance de Tarou, une sorte de Tarzan débonnaire, Red Canyon (pour le western) et Vigor
 
 
Il faut encore citer Fulgor (1955-58), Foxie (1956-1985), Hardy (1955-58), Panda (1957-59), aventures animalières par l’atelier hollandais de Martin Toonder, Téméraire (1958-1962). Tempest, né en mars 1955, a disparu en août 1957. L’adoption du format de poche en 1960 et les comics marquent la fin d’une période mythique. Malgré un bon chiffre d’affaires et des bénéfices substantiels, les Éditions Artima sont rachetées par les Presses de la Cité en 1962 puis deviennent  Aredit en 1963. 
 
 

Attardons nous sur les fascicules de science-fiction et de fantastique publiés par l’éditeur. 
En mai 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan, surtout sur des textes de Lortac). La série compte les aventures du trio constitué par Spencer, Sam Spade et Texas jusqu’en juin 1962.
Le genre est encore représenté en 1956 par Atome Kid (1956-1959) et Cosmos (1956-1961), ces deux fascicules étant surtout connus pour la bande anglaise La Famille Rollinson dans l’espace. En 1957, peu de temps après le lancement du satellite russe qui lui donne son nom, apparaît Spoutnik qui reprend d’abord lecontenu des 8 premiers Météor des frères Giordan. Un an plus tard paraissent Sidéral (1958-1962), Aventures Fiction (1958-1960), un des meilleurs titres Artima et Monde futur (1959-1960) avec des bandes d’origine surtout espagnole. Pour finir apparaît l’éphémère Bat Man (1960).
Si les jeunes lecteurs se précipitent sur ces fascicules colorés et peu coûteux, inutile de préciser que les « prescripteurs » condamnent ou feignent d’ignorer ces lectures populaires.



Nota: ce billet doit beaucoup au site magnifique: http://raymondperrin.blogspot.ch/ indispensable pour tout savoir sur la littérarture de jeunesse, tenu par le grand spécialiste de la question.

 

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Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

 

Avant de chroniquer plus particulièrement l'album le Gladiateur masqué, il me paraît utile de présenter la série des Timour qui est hélas, je le crains, ignorée des plus jeunes. Pourtant elle bénéficie d'une belle réédition par « Le coffre à B.D. » à un prix honnête, 20 € chaque album (http://www.coffre-a-bd.com/). La série des Timour est une des plus chère « madeleine » de mon enfance. Elle a été  créée en 1953 par Sirius (1911-1997) dans le n°  813 du journal SpirouCertes le dessin en est un peu "rugueux" et les scénarios bien moralistes. L'Antiquité et le Moyen-âge que nous présentent Sirius et Xavier Snoeck, le scénariste des premiers récits, n'obéissent pas à une esthétique chatoyante. Les auteurs dédaignent d'ailleurs les grands moments de l'histoire pour s'intéresser à des périodes moins connues. Ils racontent volontiers la vie des petites gens, chose assez rare dans la bande dessinée historique. La modestie de leurs récits ne les empêche pas d'être souvent imprégnés d'un délicieux romantisme(1).
Le héros de la série change à chaque épisode puisqu'à chaque fois c'est un Timour d'une époque différente. Tous ont une apparence physique proche, ce qui simplifie les choses. L'ensemble de la série ne constitue pas un feuilleton. Chaque histoire se suffit à elle-même et le héros de l'album n'accumule pas les aventures improbables. Le Timour concerné change d'ailleurs à chaque album; Sirius raconte finalement qu'un court moment de sa vie. Cette absence de surenchère donne du réalisme aux situations qui sont montrées (même si elles ne le sont pas). J'ai l'impression que les auteurs sont souvent très proches de la vérité du temps. La plupart de ces aventures tournent autour d'un voyage, et le Gladiateur Masqué n'échappe pas à la règle.

Silhouettes athlétiques, sourires éclatants et chevelures rouges vifs, la similitude des Timour n'est pas seulement décelable de par leur aspect physique. Ils entretiennent la même philanthropie et partagent une notion identique de certaines valeurs humaines (le courage, l'honneur, la sincérité, la fraternité). Timour est l'archétype du héros intègre. La similitude des différents avatars des Timour peut faire penser que c'est une même figure de justicier qui parcourt le temps, un voyageur spatio-temporel. La permanence du physique et surtout des qualités humaines peuvent trouber, mais il aurait été difficile de construire une personnalité unique à chacun des différents Timour. Sirius aurait sans doute rencontré beaucoup de difficulté à développer individuellement le tempérament de ses personnages, et dérouté ses lecteurs à défaut de continuité.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Transmis de père en fils, chaque Timour possède le talisman familial. Une mystérieuse relique sur laquelle leur ancêtre commun avait gravé des motifs prônant un message universel. Au fil des épisodes, les héritiers recherchent leurs significations tombées dans l'oubli. Mais avant d'aboutir à une interprétation personnelle, les Timour sont témoins et acteurs d'événements riches en enseignement. En effet, au delà d'une série contant les aventures de ces guerriers-nés, Sirius utilise ses personnages tel des figurants pour jouer les professeurs d'Histoire. On est pas loin parfois du genre "Histoire de l'oncle Paul" qui voisinait avec la saga des Timour dans les pages du journal de Spirou. 

 

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Les intrigues dans lesquelles sont plongés les Timours varient très peu dans le fond. Durant leurs périples, ils rencontreront toujours des âmes charitables qui leurs viendront en aide et sauront les conseiller pour éviter de recourir systématiquement à la force. En contre-partie, les grands gaillards roux devront affronter la colère et la jalousie d'esprits corrompus. Traversant les batailles et complots malfaisants, défiant les lois de la nature, ils rencontrent de grandes figures emblématiques (Alexandre de Macédoine, César, Attila...).

 

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Il est courant que le dessin soit complété par un encadré résumant une action qui aurait dû être développée en plusieurs vignettes. L'auteur ayant préféré réserver cet espace pour y ajouter des références historiques importantes au risque sinon de se retrouver avec des albums de 100 pages. Sa recherche de documentation pour donner un aperçu exact de la période retranscrite est facilement discernable. C'est sans doute dans ce dernier point que réside principalement l'intérêt et l'originalité des Timour. Chaque situation dans lequel se trouve le héros est propice pour Sirius à nous instruire sur l'époque dans laquelle Timour évolue. Sirius n'hésite pas à faire un petit aparté d'une case de temps à autre dans laquelle il donne au lecteur un complément d'information sur ce qu'il vient de lire.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Le Gladiateur Masqué a été publié en 1957 dans le journal de Spirou du n°  1001 au n°  1023. L'aventure se situe aux 2ème siècle après JC, lors des premières persécutions des chrétiens exactement en 176. Elle donne une vision intéressante de la vie quotidienne au temps des romains. On y voit intervenir l'évêque Potin (2), seul personnage "historique" du récit. L'album raconte en quelque sorte les "années d'apprentissage" du jeune Timour qui à 18 ans. Il est étudiant en droit à Rome. Mais notre jeune homme est plus intéressé par les combats de gladiateurs que par ses livres. Pour le dresser, son père le confit à son oncle, un stoicien pur et dur, qui vient d'être nommé par l'empereur Marc Aurèle, légat à Lyon. Il emmène son neveu en Gaule en tant que secrétaire. Mais le jeune homme cause catastrophes sur catastrophes. Son oncle le chasse. Timour décide de retrouver son père à Rome. Il prend la route mais celle-ci est périlleuse. Après bien des déboires, alors qu'il est mal en point, il rencontre un groupe de chrétiens qui l'aide... La fin est belle comme l'antique bien qu'un peu trop saint-sulpicienne à mon gout. A noter que le titre est assez mensongé, la gladiature ne tenant pas une grande place dans le scénario.

En relisant ce Timour, j'ai pensé au roman pour adolescent de Pierre Debresse, La ville aux sept collines, paru en 1970 qui a quelques points communs avec Le gladiateur masqué. Peut-être que Pierre Debresse en écrivant son roman s'est souvenu de la lecture de ce Timour? 

Même si les décors et le ton restent modestes, le récit fourmille de petits détails justes et il est plein de vie. On peut dire que la représentation du monde romain par Sirius est tout le contraire de celle de Jacques Martin. Les décor de Sirius sont assez justes mais ils sont dessinés de façon sommaire. Il n'y a pas un seul plan général de Rome dans tout l'album. Seulement une toute petite vue très géométrisée de Lyon. En dehors de cela, il ne dessine que des maisons toutes simples ou des rues dénudées, mais Sirius sait créer une ambiance et le lecteur se sent tout de même transporté dans le monde romain.  L'intérêt historique reste entier malgré cette étonnante économie de moyens.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

1- Liste des aventure des Timour

 

Le premier album de la série sort en 1955 aux éditions Dupuis.

  • 1955 La tribu de l'homme rouge (1)

  • 1956 La colonne ardente (2), Le talisman de Timour (3).

  • 1957 Le glaive de bronze (4), Le captif de Carthage (5)

  • 1959 Le fils du centurion (6), Le gladiateur masqué (7))

  • 1960 Timour contre Attila (8), Le cachot sous la Seine (9).

  • 1961 Le cavalier sans visage (10), La francisque et le cimeterre (11)

  • 1962 Timour d'Armor (12), Mission à Byzance (13)

  • 1963 Le drakkar rouge (14)

  • 1964 Alerte sur le fleuve (15), Le serment d'Hastings (16)

  • 1965 L'ombre du Cid (17), La galère pirate (18)

  • 1966 Le fils du croisé (19), L'oiseau flamboyant (20)

  • 1967 Le sceau du templier (21), La gondole noire (22)

Après une longue interruption, la série reprend sa publication avec

  • 1986 L'Or du gouffre (23)

  • 1987 Terre sauvage (24), La nuit rouge (25)

  • 1988 Terre des fleuves (26)

  • 1989 Au fil du temps (27)

  • 1990 Requiem pour un pirate (28)

  • 1991 Aux temps d'avant (29)

  • 1992 Les traîneurs de sabre (30)

  • 1993 Le fouet d'Arafurat (31)

  • 1994 La fin des temps (32)

2- Notule historique sur Pothin 

On ne connaît que les conditions de son arrestation et de sa mort grâce à une lettre devenue célèbre, adressée peu après par l'Église de Lyon à celle d'Asie et reproduite par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique. Il fut arrêté en 177 sous le règne de Marc Aurèle en même temps que Blandine et qu'un groupe de chrétiens qui forment les premiers martyrs de Lyon. Âgé alors de plus de quatre-vingt-dix ans et infirme, Pothin meurt en prison vraisemblablement le 2 juin à la suite des mauvais traitements infligés par ses bourreaux. Cependant, l'âge de sa mort (plus de 90 ans), à une époque ou l'espérance de vie était limitée est discuté. Mais les historiens modernes n'ont pas d'informations, mais dans tous les cas, Pothin était âgé de plus de 70 ans.

 

Arrivée de Saint Pothin, N.D. de Fourvières

Son nom simple et d'origine grecque semble indiquer une provenance orientale et qu'il n'a pas le statut de citoyen romain. Toutefois la signification de son nom – Pothin signifie en grec « Désiré » – peut également être un surnom indiquant qu'il a été attendu par la communauté chrétienne de Lyon. On ne sait pas quand il arrive à Lyon, ni quand il a été élu à l'épiscopat, ni l'étendue de son ministère. On estime qu'il a pu être élu évêque au milieu du IIe siècle. Il est à cette époque le seul évêque des Gaules et la lettre relatant sa mort semble indiquer qu'il a sous son magistère les communautés de Lyon et de Vienne.

Il est l'un des patrons du diocèse de Lyon, il est fêté le 2 juin, en même temps que sainte Blandine (à Lyon, Ste Blandine est fêtée séparément le 9 août) et leurs compagnons martyrs.

Il existe sur le site de l'Antiquaille, dans l'ancien couvent des Visitandines, une salle souterraine présentée comme le cachot de saint Pothin à côté d'une crypte dédiée aux martyrs de Lyon. Cette identification ne date que du XVIIe siècle et ne repose sur aucune source fiable.

Saint Irénée lui succède comme évêque de Lyon.

 

 

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case en exergue: Raymond Poïvet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: Raymond Poïvet

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sur les pas d'Alix au Machu Pichu

Publié le par lesdiagonalesdutemps

sur les pas d'Alix au Machu Pichu
sur les pas d'Alix au Machu Pichu
sur les pas d'Alix au Machu Pichu

Je ne suis pas peu ému d'avoir mis, il y a quelques semaines, mes pas dans ceux d'Alix. 

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Sparte tome III, Ne pas craindre la mort de Christophe Simon & Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Je suis ébahi qu'une oeuvre de cette qualité sorte en quasi catimini alors que d'autres, de moindre envergure apparaissent avec fanfares et trompettes. Mais visiblement comme le dit le cher Michel Ciment, Christophe Simon n'a pas "la carte". C'est grâce à mes baguenaudages sur la toile que j'ai appris que la suite (et la fin) de série Sparte était parue.

Dans ce billet, je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà écrit dans les recensions des deux premiers tomes (1), vous pourrez utilement vous y reporter mais m'intéresser aux spécificités de cette ultime livraison et appréhender l'oeuvre dans son ensemble maintenant que nous pouvons la lire dans sa totalité.

Il faut vraiment lire les trois ensemble en raison de la complexité de l'intrigues ou plutôt des intrigues entremêlées et du défaut majeur de la narration, son manque de fluidité. Si le récit se tient bien et que ces trois albums se suffisent en eux même on peut néanmoins penser que la fin du dernier album ne conclut pas la geste puisqu'il se termine  par exemple avec la promesse d'Agésilas de se venger de son frère (voir case immédiatement ci-dessous).




Ou avec le départ du jeune Icare à la poursuite de Dorkis. Lui aussi veut se venger (case immédiatement ci-dessous). En outre la toute dernière case est assez énigmatique.

Cela laisserait-il espérer une deuxième époque; la première étant close avec ce troisième album. Mais si c'est ce que les auteurs ont dans la tête, il faudra être patient puisque actuellement Simon est attelé à la reprise de Corentin, la sortie de cet album reprise ne devrait pas trop tarder.

Voyons maintenant le résumé du scénario de "Ne pas craindre la mort" qui ne simplifie pas l'intrigue bien au contraire. J'ai mauvaise grâce à me plaindre d'un scénario riche pour ne pas dire obèse à l'indéniable ambition dramatique et historique, alors que j'ai regretté que certains scripts d'Alix par exemple soient étiques ou que Murena ne fasse pas assez d'embardées fictionnelles par rapport à l'Histoire, mais là Wéber y va tout de même un peu fort rajoutant sans cesse de nouveaux personnages, heureusement il en fait mourir quelques uns...

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Grace au chasseur de primes Diodore, le roi de Sparte Nabis a fait arrêter son ennemi Agésilas, qui menait la tête d’un groupe de frondeurs à son autorité. Il a ainsi découvert qu’Agésilas était une femme… et il entend bien la reléguer au rang de servante pour l’humilier plus encore. Il la rebaptise Athanasia et montre sa vraie nature à l’un de ses lieutenants… qui préfère la mort plutôt que d’endurer la honte d’avoir été dirigé par un vagin ! En marge de cette machiavélique vengeance, Nabis reçoit une proposition d'alliance du roi de Macédoine. En échange, il lui offre la garde de la ville d’Argos. Nabis accepte, évidemment, et y place son général Alexandros en tant que gouverneur. Pendant ce temps, Diodore comprend qu’en trahissant Agésilas, il a été roulé dans la farine. Car Dorkis, le fils d’Hélène kidnappé, ne lui a pas été rendu pour autant. Dorkis a intégré le redoutable centre de formation des guerriers spartiates. Désormais, il apprend à combattre jusqu’à la mort, et il se révèle progressivement doué pour cette vie d’abnégation…

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

 

 

Le dessin de Simon est toujours aussi somptueux aussi bien en ce qui concerne les décors que les anatomies. A propos de ces dernière il me semble que Simon a tendance à faire les torse un peu trop long ou les jambes un peu trop courtes. Toujours à propos des corps, les ligues de vertus ont du souffler. Le dessinateur a rhabillé ses spartiate, plus de bites, pardon plus de nudité frontales, alors que dans le premier tome, elles se comptaient par dizaines (ci dessus une case du tome III et ci-dessous du tome I).

 

La géographie de la page est toujours aussi inventive et généralement très réussie avec ces cases qui servent de fond à d'autres cases; ceci n'est pas sans rappeler un procédé cher aux comics américain, appliqué à une histoire antique comme Sparte, où les scènes d'action ne manquent pas c'est très efficace et de surcroit plaisant à l'oeil, toutefois le dessinateur aurait pu éviter la case ronde en milieu de planche. Ce n'est guère heureux. On n'avait pas vu cela depuis Bécassine!

Il est dommage qu'a l'instar de son mentor, Jacques Martin, le duo Simon Weber n'est pas vu les bienfaits de la pose dans l'action, car si l'intrigue est bien ficelé, avec dilemme cornélien, fils cachés, lourd secret de familles, félons à la pelle et sang en flot contrairement au modèle martinien, la lenteur n'y a pas sa place. Les dialogues des fondateurs de l'école belge étaient certes ampoulés et abondants mais écrit dans un bien plus beau français que ceux proposés ici par Weber mais il avait le mérite de faire s'attarder le lecteur sur l'image dans laquelle le dessinateur pouvait faire abonder le détail.

Les couleurs, qui ont été vraisemblablement appliquées grâce à un programme informatique par Simon lui même, sont réussies, à la fois cassées et claires, très agréables pour les yeux.

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Christophe Simon : autoportrait à gauche dans le premier tome de la série

Historiquement non seulement situer une bande dessinée au deuxième siècle avant J.C est original mais en plus relativement tranquille pour le dessinateur car si je ne m'abuse, on ne sait pas grand chose à quoi pouvait ressembler la cité lacédémonienne en ce temps là. Il reste que la reconstitution de Sparte proposé par Simon est très crédible.  Les colonne rouge, que l'on rencontre au début du tome 1, sont tout de même un peu curieuses et font penser au cités minoènnes...

Pour continuer sur l'aspect historique le seul reproche que l'on peut faire aux auteurs est de ne pas avoir cherché à contextualiser leur histoire. Il aurait suffit d'ajouter 15 ou 20 lignes explicatives par-ci par-là ou un petit mémo historique en fin de volume car nous avons à faire à une période assez méconnue du grand public et même du public éclairé (pour être tout à fait informé sur la question, lire: Edmond Levy, Sparte : Histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, Éditions du Seuil. juin 2003. et/ou  le n° 56 de la Revue d'Histoire antique et médiévale, paru en juillet 2011, justement consacré à Sparte), une période de décadence pour Sparte qui vit ses dernière heures de liberté avant de tomber sous la coupe de son allié romain. Les hilotes n'ont plus du tout le même statut qu'à l'époque classique : l'armée de Nabis était constituée d'hilotes et le mercenaires étrangers. En cause : le déclin démographique des Egaux! Nombre d'entre eux avaient perdu leur citoyenneté en raison de leurs dettes, et les réformes des rois Agis et Cléomène n'avaient pas rencontré le succès espéré.

A propos du dernier monarque cité il me semble que le moment est venu d'en parler quelque peu car un des héros de "Sparte" est le petit fils de ce Cléomène que l'on peut considérer comme le dernier grand homme de Sparte.

Cléomène III (en grec ancien Κλεομένης / Kleoménês) a été roi de Sparte de 235 à 222 av. J.-C. Issu de la famille des Agiades, c'est le fils de Léonidas II. On peut considérer Cléomène III comme le dernier roi d'envergure de Sparte. Acquis à l'idée d'une réforme radicale de la société lacédémonienne, il s'est efforcé de lui rendre sa grandeur passée en cherchant à restaurer le projet social et politique de Lycurgue. Dans un premier temps, Cléomène cherche à obtenir des succès militaires face à la ligue achéenne pour que dans un deuxième temps, il puisse bénéficier d’un prestige suffisant afin de mettre en place sa politique de réformes. 

 

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

De retour à Sparte après une expédition en Arcadie, il réussit un coup d’État en 227 qui se conclut par des reformes radicales du système politique afin de restaurer la puissance spartiate. Fidèle à l’esprit réactionnaire de son époque, Cléomène cherche à revenir à la constitution originelle de Lycurgue. Pour ce faire, Cléomène supprime l'éphorat, fait exécuter les éphorestitulaires, avant d'annoncer la restauration des institutions traditionnelles spartiates comme les syssities ou l’agogè. Cléomène procède également à un partage des terres et à une abolition des dettes. Il confère la citoyenneté à 4 000 Périèques ce qui permet de renforcer les effectifs militaires qui s'étaient progressivement effondrés. Dans la continuité, il fait équiper la phalange spartiate à la macédonienne. Contrairement à Agis IV, le règne de Cléomène III est marqué par la guerre lors de la période s’étalant de 229 à 222. Dans la première phase de cette guerre qui est dite cléoménique, son armée fait subir défaite sur défaite à la ligue achéenne dont le chef, Aratos, après la prise d'Argos puis de Corinthe par Cléomène, n'a d'autre solution que de se tourner vers l’ennemi héréditaire des Grecs qui est la Macédoine. Afin de regagner de l’influence dans le Péloponnèse, d’Antigone III Doson répond favorablement à cette proposition. L'intervention de la Macédoine dans le conflit change la donne. Bien que soutenu par l'Égypte lagide de Ptolémée III Evergète, Cléomène est chassé d'Arcadie. La guerre se termine par la déroute spartiate àSellasia en juillet 222. Cette défaite provoque le déclin irrémédiable de Sparte. Cléomène s'enfuit en Égypte où il est reçu par le souverain lagide, son ancien allié. Mais après une tentative de soulever le peuple alexandrin contre le jeune Ptolémée IV en 219, il est arrêté et contraint au suicide.

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

L'histoire de Cléomène est connue par Polybe qui pourtant lui est hostile. Les écrits de Polybe ont comme source les Mémoires d'Aratos. Tite-Live voit en Cléomène « le premier tyran de Lacédémone». Plutarque a écrit sa biographie dans ses Vies parallèles en même temps que celle d'Agis IV. Les deux personnages sont mis en parallèle avec les Gracques. Plutarque est favorable à Cléomène III même si cet auteur utilise Phylarque comme source principale avec une certaine prudence.

On peut dire que que les fascistes du xxe siècle ont été fasciné par l'idéal guerrier de Cléomène III ainsi que par sa capacité à régénéré un corps civique malade. Sa politique de violences notamment celle de son coup d'État en 227 a pu servir de modèle à des acteurs politiques souhaitant s'emparer du pouvoir par le force. En revanche, les théoriciens et les acteurs politiques marxistes n'ont pas su intégrer Cléomène III dans leurs corpus idéologique en raison de l'inexistence d'une universalité dans le cadre de sa politique de réformes sociales.

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Les auteurs donnent un véritable documentaire sur les mœurs et l’organisation sociale de la Sparte antique avec par exemple une explication de ce qu'était l'éducation spartiate ou une représentation du lesché, petite fête eugéniste où l’on jetait les bébés dans un précipice lorsqu’ils étaient trop frêles. Avec une variante moins spectaculaire voilà une solution à méditer  de nos jours comme remède aux surcouts sociaux...

C'est un beau tour de force dans le domaine de la bande dessinée historique qu'ont réussi Simon et Weber, à travers des personnages attachant et ayant une véritable épaisseur que de raconter, surtout par l'intermédiaire de Diodore, la fin politique de Sparte. Elle va d'ailleurs précéder de peu la chute de la Grèce, et sa conquête par l'Empire Romain. Même si ces considérations historiques me semblent trop peu valorisées, en dépit du personnage de Nabis (tyran et dernier roi de Sparte) qui reste au premier plan durant toute l'histoire. Et puis ce n'est pas tous les jours que l'on peut se mettre sous les yeux une bande dessinée crypto gay d'ailleurs assez peu crypto...

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Nota

-1 (http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-sparte-de-christophe-simon-et-patrick-weber-84142664.htmlhttp://www.lesdiagonalesdutemps.com/2014/08/sparte-tome-2-ignorer-toujours-la-douleur-de-simon-et-weber.html)

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Shigeru Mizuki nous a quitté

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C'est une triste nouvelle que nous avons appris le 30 novembre 2015 : le mangaka Shigeru Mizuki nous a quitté à l'âge de 93 ans, après avoir marqué le monde du manga durant plus de cinquante ans.

 

Shigeru Mizuki est un maître reconnu du manga; il a compté parmi ses assistants de grands noms comme Tsuge Yoshiharu, Tatsumi Yoshihiro, ou encore Ikegami Ryôichi. Shigeru Mizuki est né en 1922 dans une petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît une enfance libre et heureuse, période faste dont il s’inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. A 20 ans, il est enrôlé dans l’armée impériale japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Il est envoyé en Nouvelle-Guinée, où il va vivre un crai cauchemar : malaria, mort de ses camarades... Il a transposé cette terrible expérience dans "Opération Mort". Lors d’un bombardement il perd son bras gauche avec lequel il dessinait... Détenu sur place, il se lit d'amitié avec une tribu locale qui le sauve de la famine, de la maladie et de la folie.… Ce n’est finalement qu’en 1957 qu’il entame sa carrière de mangaka qui a fait de lui l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son pays. Professionnellement, il est issu du monde de l’édition populaire de la région d’Osaka. Il s’est rapidement spécialisé dans les histoires de fantômes, démons et esprits traditionnels japonais (les yôkais), même après être devenu un auteur à succès chez le grand éditeur Kôdansha. Il participe en 1964 aux débuts du magazine Garo fondé par Katsuichi Nagai. Le Gekiga (manga dramatique pour adulte) est une partie importante de son oeuvre voir par exemple "Hitler" ou "opération mort". 

Son chef d'oeuvre NonNonBâ a été écrit au début des années 1990. Mizuki pour ce dernier livre a été le premier mangaka à être récompensé par un Fauve d'or en 2007 par le festival d'Angoulême. Shigeru Mizuki est un explorateur du surnaturel mais surtout de l'âme humaine. Pour ceux qui s'intéresse à l'histoire du manga NonNonBâ est en plus précieux car on y voit la naissance de l'imaginaire d'un grand mangaka.

 Sakaiminato, la ville natale de Shigeru Mizuki, située face à la mer du Japon, dans la province de Tottori, a su tirer profit du succès de l'enfant du pays. Autrefois réputé pour sa pêche de crabes, le port a transformé son activité sur le déclin en économie touristique florissante. Désormais, 120 statues de bronze à l'effigie de yōkai bordent les 800 mètres de son avenue principale, rebaptisée la Route Shigeru Mizuki , Mizuki Shigeru Road), et mène à un musée consacré au maître Mizuki Shigeru kinenkan  mémorial Shigeru Mizuki. Ces attractions drainent près d'un million de touristes par an. Les autorités locales sont allées jusqu'à ériger l'univers animé de Mizuki en religion, en élaborant un guide de ses "esprits " et de leurs pouvoirs présumés, comme le don du bonheur ou de la réussite.

Misuki a été mangaka jusqu'à ses derniers instants, puisqu'il a terminé sa dernière oeuvre Watashi no Hibi en mai dernier.

ci-dessous la réédition complétée du billet que j'avais consacré à NomNomBâ

NomNomBâ de Shigeru Mizuki

 

NomNomBâ ne barguignons pas, est un chef d'oeuvre. Et comme beaucoup de cette catégorie, peu étendue, il peut être lu à tous les âges de la vie. Curieusement ce récit d'une enfance, d'une initiation, typiquement japonais, m'a évoqué ceux de Pagnol comme le "Château de ma mère"... Shigeru Mizuki nous raconte son enfance, au début des annèes trente dans une petite bourgade de la cote ouest du Japon. Shigeru est le second enfant d'une fratrie de trois garçons. Le gamin est surnommé Gégé.  Le récit tourne autour de la figure marquante de cette enfance, une vieille dame, presque indigente, que la famille , alors qu'elle n'est guère riche, un peu par charité, emploie pour s'occuper des trois enfants. Shigeru est le plus turbulent, un peu goinfre. Il travaille mal à l'école, passionné de dessin, il préfère réfléchir à la bande dessinée qu'il est en train de réaliser que suivre les cours. Lorsqu'il ne dessine pas il se bat avec sa bande contre une autre bande du bourg. C'est la version nippone de la guerre des boutons... Mais ce qu'il aime par dessus tout c'est écouter les histoires horrifiques que NonNonBâ lui raconte le soir. Nous voyageons dans l’imaginaire du jeune Shigeru, qui cherche sans cesse à en savoir plus sur les yokaïs. La vieille dame dynamique, elle m'a fait penser à cette autre mémé pétulante de la bande dessinée qu'est Prudence Petitpas, est aussi très superstitieuse, pour elle le monde est rempli de Yokais, ce qui explique bien des choses que l'on ne s'explique pas.

 

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Les yōkai sont des êtres surnaturels, monstres, esprits, fantômes...  Il revêtent une multitude de formes et font partie intégrante de l'imaginaire japonais depuis les temps les plus reculés. Ils  proviendraient de la culture animiste des premiers habitants de l'archipel, les Aïnous.

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Dans NonNonBâ, la superstition ne débouche pas sur l'obscurantisme, outre que chaque histoire de NonNonBâ est un conte extraordinaire où l'inquiétant côtoie le merveilleux, mais surtout la vieille dame en tire une leçon de vie pour Shigesu (et par ricochet pour le lecteur). Par exemple si on ne se lave pas bien Akaname la nuit venu vous possède et vient lècher la crasse que l'on a laissé sur sa peau avec sa longue langue brulante...

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Sous le trait de Shigeru Mizuki les yokais ne sont guère terrifiants mais plutôt sympathiques, contrairement à ceux peints par Gekko Hayashi auquel j'ai consacré un billet, c'est ici . Sans parler de ceux nomenclaturés par Toriyama Sekien (1712-1788) qui a réalisé la série des Hyakki Yakô, une encyclopédie en quatre volumes des êtres surnaturels du Japon. D'ailleurs petit à petit Shigeru a moins peur de ces créatures maléfiques, et fait même copain avec l'une d'elle...

On a vu des yokais également chez Osamu Tezuka, dans "Hato" dans lequel les yokais ont également une bonne tête, dans le beau film de Keiichi Hara, "Un été avec Coo" où comment adopter un yokai  et chez Miyazaki en particulier dans "Le voyage de Chihiro" et dans "La princesse Mononoke" d'ailleurs mononoke est l'autre nom des yokais...

 

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Si lors de mes voyages au Japon, j'ai scruté les arbres, en particulier aux alentours de Nara que je trouvais propice à cela, pour voir s'il n'y avait pas un totoro perché attendant l'autobus-chat, durant le prochain, cette fois en plus, j'examinerai le plafond de ma chambre pour tenter d'apercevoir Akaname. Je surveillerai mes arrières pour que Nurunur bôzu ne s’accroche pas à mon dos sinon je serais très fatigué et j'aurais très faim jusqu'à peut être mourir d'inanition, à  moins que pour m'en débarrasser je m'expose au soleil... Lorsque je me promènerai sur la petite plage de la baie de Tokyo, j'aurai garde que Umi-Zu le bonze des mers, ne m'entraine pas vers le fond...

Ce livre merveilleux est une immersion dans un Japon à jamais disparu tué à la fois par la dernière guerre qui a occasionné des destructions massives dans tout l'archipel et par le modernisme qui a profondément modifié le peuple japonais qui a déserté les campagnes.

C'est avec beaucoup de tendresse et de générosité que Shigeru Mizuki campe son petit monde, NonNonBâ, la nounou que nous aurions tous voulu avoir, mais aussi ses parents, son père, inoubliable farfelu, intellectuel philosophe, un brin mythomane et un peu feignace mais bougrement perspicace, qui, d’employé de banque dilettante, se mue un beau jour en gérant de cinéma avec l'ambition de répandre la culture dans sa petite province… La mère aussi, fière de ses origines familiales prestigieuses d'après ce que l'on comprend, de samouraïs tombés dans la dèche, très inquiète du caractère fantaisiste de son époux, mais qui, par amour, finit toujours par le suivre dans ses choix pas toujours judicieux. Sont merveilleusement exprimés les sentiments qui couvent, les non-dits, la mutation du Japon des années 30 ...

 

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Le récit progresse tranquillement, au rythme des souvenirs d’enfance, doux ou amers, racontés sans urgence. Il est scindé en deux parties chacune suivant deux amitiés de Shigeru qui sont des prémices de l’amour. Ces deux chapitres sont eux même constitués de plusieurs petites saynètes qui sont autant d'étapes dans la vie de Shigeru. 

La lecture de ce long récit, 413 pages, qui parait trop court, est rendu fluide par le découpage, qui ne dépaysera pas les habitués de la bande dessinée franco-belge, et par un dessin très clair. Ce dernier à la particularité de faire mouvoir des personnages assez caricaturaux et sympathiques sur des décors parfois extrêmement dépouillés ou en d'autres occasions très fouillés et très beaux, visiblement issus de photographies.

 

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Les personnages de NonNonBâ ne sont guère héroïques; ils sont simplement humains, bien peu d'êtres de papier sont aussi humains que ceux là... Parfois ils émettent des sentences qu'il serait bon de méditer, comme celle-ci: " Prends bien soin de ton chagrin, c'est un trésor (...). L'école, tu sais... il suffit de travailler juste assez pour ne pas rater les examens. Mais ce qui compte vraiment, c'est d'accumuler les trésors de l'instant qui passe. Un jour ils te serviront " ou encore: "Enfin... Si tu veux vraiment mourir, vas-y... Personnellement, je crois que ça n'en vaut pas la peine, mais bon... Pour un homme, les femmes sont des sortes de profs, qui t'enseigneront quantité de choses qu'on apprend pas à l'école. Tu peux arrêter l'école, mais ne cesse jamais de tomber amoureux des femmes. Voilà, c'est mon dernier mot avant mon départ".

 

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Il est difficile de parler d'un tel ouvrage qui est un bonheur constant de lecture, même lorsqu'il vous tire des larmes, tant il est riche. Il est tant de choses à la fois, Il mêle en effet chronique familiale, récit d’initiation, incursions dans le merveilleux, étude sociologique d'une petite ville avant que la guerre la dévaste et que le modernisme rende obsolète son mode de vie, enfin pas tout à fait lorsqu'on lit un autre merveilleux livre, Manabé Shima de Florent Chavouet (que j'ai critiqué ici). C'est aussi un album qui nous en apprend beaucoup sur le Japon de cette époque, un pays pauvre (mais la pauvreté n'est que suggérée, évitant tout misérabilisme), si pauvre que dans certaines campagnes des parents sont contraints de vendre leurs enfants. Un pays saoulé de propagande militariste jusque d'en ses moindres recoins; à ce sujet l'incipit de l'album " Il y a à peu près soixante ans de cela, au tout début des années 1930, les enfants de mon quartier passaient leur temps à jouer à la guerre." est révélateur. Si Mizuki fait de ses, tout compte fait gentil monstres, son principal thème, il aborde aussi par la bande, c'est le cas de le dire, des problèmes de société comme l'esprit militariste, les difficultés financières familiales, l'arrivée de cultures étrangères et de la modernité, la condition des enfants...

 

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L'éditeur, Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations qui fournissent au lecteur de nombreux éléments lui permettant de mieux appréhender une culture étrangère et complexe et d'enrichir ainsi considérablement sa lecture. Le volume  est un beau gros livre d'  un grand format avec un papier épais et d'un beau blanc. En 2007, le jury du festival d’Angoulême a attribué le prix du "Meilleur album " pour le manga à NonNonBâ qui est le premier manga à avoir été primé au Festival. Depuis Shigeru Mizuki a reçu l''essentiel patrimoine' au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2009 pour "Opération mort". 

Après cette plongée dans ce Japon le lecteur, qui aura bien du mal tantôt à cacher ses larmes, tantôt à réprimer son rire, comme Shigeru, grâce à la morale de NonNonBâ, respectueuse des équilibres de la vie, des réalités visibles comme invisibles et de celle du père de Shigeru qui lui transmet une vision de l’existence à la fois détachée et épicurienne sortira riche d'u regard sur le monde qui l’aidera, tout comme pour Shigeru à surmonter ces douleurs qui "font grandir le cœur".

 

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Nota

1- Pour plus d'informations sur les yokais il faut lire  "Esprits et créatures fabuleuses du Japon"  de Sylvain Jolivait aux éditions You Feng.

2- Pour en savoir plus sur la revue Garo, je vous conseille vivement d’écouter à ce propos la capsule audio d’Erwin Dejasse consacrée à la revue et enregistrée pour l’émission Radio GrandPapier. Huit minutes passionnantes pour découvrir succinctement le contexte de parution de GARO Voici le lien : http://radio.grandpapier.org/La-rev...

 

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Comme dans le dernier Alix de la série mère, c'est, comme son titre l'indique, Sparte qui est au centre de cette nouvelle aventure. Je ne sais si les deux équipes se sont concertées mais on retrouve un peu un échos de "Par-delà le Stix dans Les démons de Sparte puisque là également apparait Héraklion. Une des bonnes idées de cette belle séquelle est de renvoyer régulièrement à la série mère. La précédente trilogie faisait allusion notamment au "Tombeau étrusque" alors que cette nouvelle aventure en appelle au "Dernier de spartiates". 

Auguste envoie Alix en mission en Grèce afin de récupérer et d’envoyer à Rome les fameux livres sibyllins. Ces livres légendaires collationnent l’ensemble des prophéties des oracles d’Apollon. C’est d’ailleurs une prophétie d’un de ces oracles qui a appuyé le statut divin d’Auguste (voir Alix Le Tombeau Etrusque).
Un commando de dissidents spartiates opposés à Rome et réclamant l’indépendance tente de s’emparer de ces livres, trésors nationaux. Alix doit intervenir. Khéphren continue discrètement à jouer un double jeu. Sa rancoeur envers Alix est attisée par ce nouvel évènement. Il trouve légitime le fait que les livres restent en Grèce.
Lors de son périple, Alix croise Héraklion, descendant spartiate, dont il a été une sorte de tuteur lorsque Héraklion était enfant (voir "Le dernier des spartiate" et "Par-delà le Styx"). Ce dernier est un patriote, mais il admet la puissance de Rome et conteste les actes de « terrorisme » de certains de ses compatriotes.
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue parmi les soi-disant alliés de Rome. Un nouveau complot se trame….

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Précisons tout de suite que le transfert des Livres sibyllins dans le temple d'Apollon sur le Palatin à la demande d'Auguste est un fait historique qui a bien eu lieu en -12 av. J.C. comme il est mentionné dans l'album.

C'est avec une grande fluidité que Valérie Mangin parvient à faire passer beaucoup d'information sur le monde romain à l'époque d'Auguste sans pour cela nuire à la fluidité du récit.

Les quatre tomes d'Alix senator se déroulent en -12 av. J.C. Le choix de cette année là pour faire réapparaitre Alix, n'en doutons pas, a été murement réfléchit et il me parait judicieux. -12 a été riche en évènements tout en étant pas une date cruciale; donc un millésime où il sera aisé de glisser dans l'Histoire les aventures des protagonistes de la série.

Cette année là en effet les livres Sybyllins sont bien apportés à Rome. En revanche Lépide meurt en -13 av J.C. et non en -12 av J.C. comme dans les premières pages des "Aigles de sang". Mais c'est bien Auguste qui lui succède comme Grand pontife, un an plus tard que dans l'album. En revanche c'est bien en -12 qu'Agripa décède. Lépide comme Agripa seraient mort de maladie et non de l'attaque d'aigles comme dans le scénario d'Alix senator. A cette date le préfet d'Egypte est bien Barbarus comme il apparait dans le deuxième volume de la série.

La plus grande entorse historique des quatre albums d'Alix senator est l'assassina en plein sénat en -12 av J;C. de Cesarion, né en - 44, fils de César et de Cléopâtre; dans la réalité il fut probablement tué sur ordre d'Auguste dès la victoire de ce dernier sur Marc-Antoine.  

En - 12 Auguste est agé de 51 ans, il est né en -63 av J.C. Si l'on se réfère au Tombeau Etrusque, première apparition conjointe d'Alix et d'Octave (le futur Auguste), Alix est plus âgé que l'empereur. L'érudit en martinologie, qu'est Jacky-Charles  situe le Tombeau Etrusque en -49, ce qui est possible Octave à donc 14 ans et Alix étant né en -68, 19. Lorsque débute la série d'Alix senator Alix aurait donc 56 ans et l'on peut envisager que son fils, Titus à 16 ans et celui d'Enak, Kephren dont il a la charge à 18 ans.

Tégyre vu Thierry Demarez

Tégyre vu Thierry Demarez

Il n'est pas inutile me semble-t-il, pour bien apprécier l'album de faire quelques rappels historiques par exemple pour Tégyre et l'omphalos, voir immédiatement ci-dessous:

Histoire de la divination dans l'antiquité

Histoire de la divination dans l'antiquité

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Selon la cosmogonie de la religion grecque antiqueZeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 

Après ces petits rappels d'Histoire romaine, revenons à notre bande dessinée.

L'album n'est pas avare de clins d'oeil pour les férus de péplum et aussi d'Histoire de la bande dessinée ainsi dans l'image ci-dessus j'ai cru, tout au fond de l'image, reconnaitre le mignon Giton du Satyricon de Fellini. Le personnage de Numa Sadulus est inspiré d'un ami de Jacques Martin, l'écrivain tintinilogue Numa Sadoul.

En reprenant des personnages épisodiques de la série mère, Alix senator épaissit la saga martinienne, répondant à la question que se pose immanquablement tous les lecteurs curieux: Que sont-ils devenu. Avec "Les démons de Sparte" nous avons la réponse pour l'un des plus attachant, Heraklion. Dans les "3 albums grecs" de Jacques Martin, il n'est qu'un enfant assez passif. Il a une certaine noblesse dans son maintien, mais s'exprime peu. Comment deviner ce qu'il va devenir?

Valérie Mangin et Thierry Demarez nous proposent une réponse assez logique à cette question.. L'enfant est devenu un vrai spartiate, ce que Marc Jailloux suggére d'ailleurs déjà dans Par delà de Styx.  Nous découvrons qu'Heraklion est devenu un soldat barbu, d'aspect énergique et aux traits assez sévères. Cette transformation est séduisante, et elle nous suggère toute une vie (encore mal connue) d'aventures de combats et d'expériences diverses. La confrontation du portrait que dessine Marc Jailloux, avec celui de Thierry Demarez, est à cet égard intéressante.

      

 

Autre grand retour dans "Les démons de Sparte": celui de Numa Sadulus ! Ce personnage est apparu dans l'Enfant grec, pour le créer, Jacques Martin s'était inspiré du critique de bande dessinée Numa Sadoul. Ce dernier a fait une belle carrière de critique, en publiant plusieurs interviews très complètes de grands auteurs de BD (Franquin, Hergé ou Uderzo) et Jacques Martin lui trouvait une personnalité un peu équivoque.  Ci-dessous à gauche une photo de Numa Sadoul à l'époque de l'Enfant grec et à droite Numa Sadulus dans ce même album. 



Numa Sadulus s'était compromis avec Arbacès dans la Chute d'Icare avant de s'éclipser avec une bande de pirates. Il réapparait dans les Démons de Sparte et ressemble cette fois-ci beaucoup plus à un scélérat, même s'il reste élégant et cultivé. Ce grand retour explique bien sûr le choix de Numa Sadoul pour écrire la préface des Démons de Sparte.
Sadoul dans cette préface semble s'étonner de la ressemblance persistante de Numa Sadulus avec lui-même, mais je pense qu'il n'y a pas de hasard. Thierry Demarez s'est probablement aidé de photos récentes du critique que l'on peut trouver facilement sur Internet. Ci-dessous une nouvelle comparaison entre le visage actuel, à droite, de Numa Sadoul et à gauche le Numa Sadulus dans Les démons de Sparte.





Remarquons que dans ce nouvel album, Numa Sadulus se montre plutôt malfaisant, mais qu'Alix semble incapable de le punir de ses méfaits. Alix serait-il lui aussi devenu "ambigu" ?

Après avoir parlé des personnages qui réapparessent voyons en un nouveau: Xanthos. C'est l'esclave et l'homme de confiance d'Alix. Xanthos est issu d'une vieille famille de Sparte. Ses grands parents ont été réduits en esclavage et déportés en Italie à l'issue de l'expédition du consul Sylla en Grèce. Alors que Xanthos est très brun son nom en grec signifie blond! Ce nouveau personnage est intéressant à plus d'un titre. Il fait entrer dans la saga d'Alix, un esclave qui n'est pas cette fois un personnage "décor" mais un véritable actant de l'histoire. Il donne à la scénariste la possibilité de faire entrer dans le récit la problématique cruciale de l'esclavage dans le monde romain. Plus trivialement il donne un interlocuteur à Alix, lors de ses déplacements. Il prend un peu la place, pour cette fonction de celle que tenait Enak dans la série mère, en même temps il est un peu le fidèle "Nasir" d'Alix.

Valérie Mangin intègre dans son récit quelques énigmes dont on peut supposer qu'elles seront la source de nouvelles aventures, dans des albums ultérieurs. Il y a en particulier cette énigmatique rencontre de Titus avec la pythie de Delphes. Manifestement, le fils d'Alix s'interroge depuis longtemps sur l'identité de sa mère, mais l'oracle lui donne une réponse énigmatique. Pauvre Titus, dont nous partageons un peu le désarroi, puisque nous aussi aimerions savoir le nom de sa mère. Quel est donc ce danger mortel qui plane autour de la mère de Titus ? Qui peut être cette grande dame romaine, probablement entourée d'intrigues, qui n'a probablement pas intérêt à faire connaître l'existence de son fils ? 

 

Le dessin de Thierry Demarez est très beau surtout pour les architectures. Dans ce domaine, par rapport au premier album il a corrigé les défaut de perspective et en particulier il a eu le bon ton de supprimé les fuyantes verticales, ce qui était presque un défaut de débutant. Il a également grandement amélioré son encrage qui était défectueux dans certaines cases du premier album. Il a toujours un léger souci avec les visages des personnages et en particulier avec celui d'Alix qu'il ne "tient" pas encore complètement et malheureusement ses corps manquent de sensualité.

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Malgré ces quelques réserve, Alix senator est la plus belle série historique en cours de la bande-dessinée franco-belge.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Publié dans Bande-dessinée

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