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220 articles avec bande-dessinee

case en exergue: Bob de Moor

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

 

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Comme dans le dernier Alix de la série mère, c'est, comme son titre l'indique, Sparte qui est au centre de cette nouvelle aventure. Je ne sais si les deux équipes se sont concertées mais on retrouve un peu un échos de "Par-delà le Stix dans Les démons de Sparte puisque là également apparait Héraklion. Une des bonnes idées de cette belle séquelle est de renvoyer régulièrement à la série mère. La précédente trilogie faisait allusion notamment au "Tombeau étrusque" alors que cette nouvelle aventure en appelle au "Dernier de spartiates". 

Auguste envoie Alix en mission en Grèce afin de récupérer et d’envoyer à Rome les fameux livres sibyllins. Il avait précédemment envoyé Marcus Atilius de les rapporter. Pour convoyer les précieux rouleaux sibyllins à Rome, Marcus Atilius ne dispose que d'une demi-douzaine d'hommes à pied et d'un chariot, alors qu'Alix bénéficie ensuite d'une centurie entière. C'est très imprudent ! D'ailleurs la petite escorte sera détruite. N'aurait-il pas mieux valu une meilleure escorte ? Mais il n'y aurait pas eu d'histoire! Ces livres légendaires collationnent l’ensemble des prophéties des oracles d’Apollon. C’est d’ailleurs une prophétie d’un de ces oracles qui a appuyé le statut divin d’Auguste (voir Alix Le Tombeau Etrusque).
Un commando de dissidents spartiates opposés à Rome et réclamant l’indépendance tente de s’emparer de ces livres, trésors nationaux. Alix doit intervenir. Khéphren continue discrètement à jouer un double jeu. Sa rancoeur envers Alix est attisée par ce nouvel évènement. Il trouve légitime le fait que les livres restent en Grèce.
Lors de son périple, Alix croise Héraklion, descendant spartiate, dont il a été une sorte de tuteur lorsque Héraklion était enfant (voir "Le dernier des spartiate" et "Par-delà le Styx"). Ce dernier est un patriote, mais il admet la puissance de Rome et conteste les actes de « terrorisme » de certains de ses compatriotes.
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue parmi les soi-disant alliés de Rome. Un nouveau complot se trame….

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Précisons tout de suite que le transfert des Livres sibyllins dans le temple d'Apollon sur le Palatin à la demande d'Auguste est un fait historique qui a bien eu lieu en -12 av. J.C. comme il est mentionné dans l'album.

Delphes est au centre du récit, puisque le scénario y situe l'existence d'un mystérieux livre, je reviendrai sur le sujet. La période faste de Delphes se situe entre le -VIII° siècle et le -II° siècle, puis elle commence à décliner après la destruction du temple d'Apollon par un séisme. Mais grâce à son oracle, elle reste une ville riche qui se gouverne démocratiquement par une assemblée remplacée au début de l'Empire par une oligarchie réservant les droits politiques à une élite.
Restée maîtresse de son oracle jusqu'à la fin de son histoire, au V° siècle de notre ère, son importance et son prestige sont sans commune mesure avec sa taille et sa puissance ; il faut se garder des affirmations de Plutarque ( 46/125 ), qui était prêtre d'Apollon, quand il déplore le déclin de l'oracle. L'essentiel de l'activité de celui-ci concernait la vie privée des gens et non les consultations politiques de cités.

La Pythie se consultait à jours fixes. Elle était toujours accompagnée d'au moins deux prêtres d'Apollon et on ne lui posait pas directement les questions : elles étaient reformulées par les prêtres, généralement sous forme d'alternative ( ou "question fermée" ), ce qui permet de confirmer ou d'infirmer la demande, de même que ses réponses. Ce n'est pas du tout représenté ainsi dans "Les démons de Sparte". Mais les vestiges du temple n'ont pas permis de reconstituer le décor d'une séance oraculaire. Le trépied de la Pythie n'est connu que par des images athéniennes de peintres ne l'ayant jamais vue et pour qui il n'existait que le support des chaudrons.

La "sybille" était au départ le nom d'une oracle. C'est à elle que le roi Tarquin avait acheté ces fameux livres "sybillins", qui contenaient tout simplement ses prédictions. Les romains utilisaient ces livres pour savoir quoi faire lorsque survenaient des circonstances graves pour la cité.


Ces livres ayant été détruits par un incendie lors de la "guerre sociale", les romains ont recherché d'autres recueils semblables dans les pays conquis. Ils en ont trouvé en Grèce, en Afrique ou en Sicile, et Auguste les entreposa finalement dans un temple dédié à Apollon, sur le Palatin.

En revanche un Livre sybillin delphien est une invention de la scénariste. La pythie, sous l’inspiration du dieu, vaticinait au coup par coup assise sur son trépied, et les prêtres déchiffraient à leur gré ses éructations. « Les communautés autrefois recouraient à elle pour se mettre d’accord. Ce sont les démocraties qui ont donné aux oracles leur importance politique, accrue en ces moments difficiles où aucune majorité ne se dessine, ou trop faiblement pour être obéie.>> Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (...) Des régimes autoritaires n’ont que faire d’une juridiction supérieure et, du reste, n’accepteraient pas d’y recourir. Mais le messianisme politique les accompagne toujours, soit qu’eux s’appuient  sur lui, soit au contraire qu’il se développe pour les détruire. Ce moment où la pythie ne donne plus de réponses aussitôt traduite en résolutions collectives est justement celui où la littérature sibylline joue son plus grand rôle, et dans l’Empire[romain], et dans les origines judéo-chrétiennes. C’est le temps aussi où le besoin du merveilleux, attribuant au sanctuaire delphique des miracles dont il ne s’est jamais targué, invente une pythie liseuse de pensées, proférant sans être interrogée, en état de demi-démence, plus semblable à une ménade qu’à une prêtresse. Tout cela est littérature.>>  Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (Payot, 1955)


Valérie Mangin s'inspire donc de données historiques pour imaginer le thème principal son récit. On peut croire sans peine que les grecs furent consternés de voir leur patrimoine historique pillé sans scrupule par les romains.


C'est avec une grande fluidité que Valérie Mangin parvient à faire passer beaucoup d'informations sur le monde romain à l'époque d'Auguste, sans pour cela nuire à la fluidité du récit. Valérie Mangin a découvert la série Alix avec Le dieu sauvage, elle est restée très impressionnée par les scènes de l’armée des légionnaires morts, dressés et liés à des pieux. La référence à cet épisode de la saga est bien visible planche 28 : 

Picture 048.jpg

Le kouros du musée de Delphes fait le modèle parfait pour cette étrange statue. 

 

Les quatre tomes d'Alix senator se déroulent en -12 av. J.C. Le choix de cette année là pour faire réapparaitre Alix, n'en doutons pas, a été murement réfléchit et il me parait judicieux. -12 a été riche en évènements tout en étant pas une date cruciale; donc un millésime où il sera aisé de glisser dans l'Histoire les aventures des protagonistes de la série.

Cette année là en effet les livres Sybyllins sont bien apportés à Rome. En revanche Lépide meurt en -13 av J.C. et non en -12 av J.C. comme dans les premières pages des "Aigles de sang". Mais c'est bien Auguste qui lui succède comme Grand pontife, un an plus tard que dans l'album. En revanche c'est bien en -12 qu'Agripa décède. Lépide comme Agripa seraient mort de maladie et non de l'attaque d'aigles comme dans le scénario d'Alix senator. A cette date le préfet d'Egypte est bien Barbarus comme il apparait dans le deuxième volume de la série.

La plus grande entorse historique des quatre albums d'Alix senator me parait être l'assassina, en plein sénat, en -12 av J.C., de Cesarion. Ce dernier est né en - 44. Il est le fils de César et de Cléopâtre. Dans la réalité il fut probablement tué sur ordre d'Auguste dès la victoire de ce dernier sur Marc-Antoine mais il n'y a aucune certitude sur ce fait; c'est de ce doute que très habilement le scénario profite.  

En - 12 Auguste est agé de 51 ans, il est né en -63 av J.C. Si l'on se réfère au Tombeau Etrusque, première apparition conjointe d'Alix et d'Octave (le futur Auguste), Alix est plus âgé que l'empereur. L'érudit en martinologie, qu'est Jacky-Charles  situe le Tombeau Etrusque en -49, ce qui est possible, Octave a donc 14 ans et Alix étant né en -68, 19. Lorsque débute la série d'Alix senator Alix aurait donc 56 ans et l'on peut envisager que son fils, Titus à 16 ans et celui d'Enak, Kephren, dont il a la charge, à 18 ans.

Tégyre vu Thierry Demarez

Tégyre vu Thierry Demarez

Il n'est pas inutile me semble-t-il, pour bien apprécier l'album de faire quelques rappels historiques par exemple pour Tégyre et l'omphalos, voir immédiatement ci-dessous:

Histoire de la divination dans l'antiquité

Histoire de la divination dans l'antiquité

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Selon la cosmogonie de la religion grecque antiqueZeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

Ce qui sera sans doute la plus grande surprise en ce qui concerne l'arrière plan de cet album est l'état de la Grèce telle qu'elle nous est présentée. Le dessinateur accumule les belles images, tandis que les personnages commentent le triste destin des villes grecques.



Aux villages dépeuplés succèdent des monuments oubliés. Ces images devraient devrait être tristes, mais elles suscitent paradoxalement une pointe d'admiration. Le drame est remplacé par une émotion esthétique. On éprouve une sorte de "plaisir des ruines" pendant cette traversée du Péloponnèse, et cet attrait pour la belle image domine même le récit tout entier. Ce plaisir des ruine est par exemple différent de celui qu'on trouverait dans la peinture d'Hubert Robert chez qui l'évocation des ruines exprime une forme de mélancolie non dépourvue de dimensions ténébreuses, paradoxalement propres à l'Age des Lumières lorsque celui-ci atteint les lisières de la sensibilité préromantique. Ce qui se voit aux lumière fauves et au cieux souvent chargés ou nimbés d'une clarté diffuse qui évoque les fins de journée quand le soleil a déjà basculé, alors que dans "Les démons de Sparte, nous avons une plénitude des lieux sous la lumière exacte du soleil et de l'azur. Ci- dessous par Hubert Robert, les ruines de Nîmes, une toile de 1760 :

Image hébergée par servimg.com
La beauté des lieux représentés évoque, mais d'une autre façon le temple abandonné du Lac sacré, dans les aventures d'Orion (voir illustration immédiatement ci-dessous): dans l'album de Jacques Martin, la ruine est mystérieuse, mais bucolique et apaisante. Elle jouera d'ailleurs un rôle protecteur. Dans Les Démons de Sparte, en dépit  de sa beauté sous le soleil, elle est d'une étrangeté un peu angoissante, ce que traduit d'ailleurs l'exclamation du personnage.
Les Démons de Sparte est d'une exceptionnelle richesse qui fait qu'indépendamment du récit lui-même et du plaisir qu'il nous donne, nous pouvons également lire cet album comme une suite magnifiquement orchestrée de vues de Grèce au début de l'empire. C'est à ce titre aussi un album au sens classique, c'est-à-dire un recueil de belles images, tels qu'on aimait les parcourir et les contempler jusque au XIX° siècle.


Image hébergée par servimg.com
Cet état de la Grèce interpelle d'autant que Jacques Martin dans le "Cheval de Troie" nous la préentait beaucoup plus pimpante. Valérie Mangin imagine Delphes presque désertique. Ce regard contraste en tout cas singulièrement avec les images que nous montrait Jacques Martin. Comparons ci-dessous les deux visions de Delphe:

Une image de Delphes par Thierry Demarez, tout d'abord !




Et maintenant une image du Cheval de Troie


La Grèce représentée dans le Cheval de Troie par Martin est un flagrant anachronisme, c'est la Grèce de Péricles soit cinq siècles avant César et donc Alix. Celle dessinée par Thiérry Demarez est-elle beaucoup plus proche de la réalité historique. Essayons de répondre à cette question dans les lignes qui suivent. 

Ce n'est pas brocarder le maitre d'écrire qu'il lui est arrivé plusieurs fois de goûter aux plaisirs, pas toujours volontaires, de l'anachronisme. A tel point qu'un martinologue distingué a même supputé qu'Alix pouvait être un voyageur spatio-temporel! Plus sérieusement un universitaire, Michel Thiébault, s'est intéressé aux costumes dans "Les légions perdue" (paru en album en 1965). Il a ainsi découvert que le vestiaire de cet album venait principalement du "Costume historique" de Racinet paru en 1888. Le costume de César et des soldats romain sont dessinés d'après des modèles de l'époque des Antonins (deux siècles après J.C.)! Le casque et l'armure du chef gaulois ressemble fort à une brigandine du XIV éme siècle; quant au chef germain il serait vêtu d'atours du VI ème siècle av J.C. d'après des trouvailles archéologiques exhumés sur le site de Hallstatt!

La soumission de la Grèce par les romain s’est opérée en plusieurs étapes, petit rappel chronologique :

-197 : le proconsul Titus Quinctius Flamininus vainc Philippe V.de Macédoine  [allié de Carthage] à Cynoscéphales en Thessalie. 
L’année suivante (196), aux Jeux isthmiques à Corinthe, ce grand philhellène proclame la liberté des cités grecques qu’il a libérées de la domination macédonienne. Ce qui ne l’empêcha pas de piller Sparte avec l’aide d’autres cités grecques et de la Macédoine.

-191 : le consul M. Acilius Glabrio et son légat M. Porcius Cato, et 40.000 Romains descendant du nord, affrontent aux Thermopyles 10.000 Gréco-Syriens d'Antiochos III (seulement 500 d'entre eux survivront au massacre).

-168 : le consul  Paul-Emile (Lucius Aemilius Paullus Macedonicus) vainc le roi de Macédoine Persée à Pydna (22 juin). Fin de la Troisième guerre de Macédoine.

-146 :  le préteur de Macédoine Q. Cecilius Metellus Macedonicus affronte aux Thermopyles Critolaos, stratège de la Ligue achéenne (vaincu et capturé, ce dernier se suicide).

De son côté, le consul Lucius Mummius Achaicus vainc la Ligue achéenne à Leucopétra et rase Corinthe en cette même année 146 Scipion Emilien, lui, rase Carthage la même année.

Au temps de Jules César, la Grèce était romaine depuis environ un siècle. Notons au passage que la défaite assez rapide de la Grèce en face des légions romaines reste un sujet d'étonnement, dans la mesure où les phalanges grecques avaient dominé auparavant le Moyen Orient pendant au moins trois siècles. Même divisées, les cités grecques constituaient une puissance militaire redoutable, mais elles n'ont finalement pas pesé lourd face à l'extension romaine (la très belle série "Sparte" de Simon et Weber nous montre une Grèce très affaiblie). En fait c'est le contraire c'est justement parce que l"équipement de l'hoplite grec était plus lourd que celui du légionnaire romain que ce dernier a pris le dessus dans les corps à corps. Et c’est encore plus vrai quand s’affrontent les bataillons soit : les syntagmes macédoniens (256 hommes, organisés en files en profondeur) et les manipules romains (160 hommes). Polybe, qui raconte la défaite macédonienne de Pydna, explique que la phalange est tributaire du terrain plat, alors que les formations légionnaires contournent les obstacles. C’est donc grâce à leur souplesse exceptionnelle et leur capacité manœuvrière que les légions surclassent la phalange.

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Rappelons quelques principes militaires antiques:  Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge, on ne se bat pas sans bouclier. Bien sûr, on n'en a pas toujours sous la main. Mais la base même de l'escrime romaine c'est d'avancer le côté gauche, celui qui tient le bouclier, et de ramener en arrière le droit qui tient le glaive, arme d'estoc. «Armé» un peu comme la queue du scorpion, si vous voulez. Et de planter son arme dans la poitrine de l'ennemi dès que se présente une ouverture ou de lui trancher un tendon par-dessous le bouclie. Tout le contraire de l'escrime moderne où c'est le côté droit qui s'avance, celui qui tient l'épée... qui inspire encore cinéma et BD.

il faut savoir que dans les armées de l’antiquité – tant grecques de romaines – l’aile droite est toujours plus importante que les autres. Pourquoi ? Parce que comme le combattant porte son bouclier à gauche, son flanc droit est plus exposé. Et c’est tellement vrai que l’agema (la garde royale) était placée à l’extrême droite. Afin de couvrir le flanc exposé de la phalange. Equipés à l’ancienne, comme les hoplites, avec un bouclier plus large et une lance plus courte ces « hypaspistes » [« porteurs de boucliers »] faisaient facilement une conversion en cas d’attaque sur le flanc droit.

 

Picture 042.jpgRevenons à l'aspect saisissant que "Les démons de Sparte" offre au lecteur. En -86, Athènes commet l'imprudence de s'allier à Mithridate du Pont, irréductible ennemi de Rome. Sylla l'assiège et la ravage en partie: il épargne les monuments et les bâtiments publics, mais détruit les fortifications et de nombreuses habitations. Cela était-il encore visible trois quarts de siècles plus tard? Depuis l'époque hellénistique, Athènes était devenue un grand centre intellectuel et le restera jusqu'à la fin de l'Empire. Par exemple le futur empereur Hadrien est allé compléter sa formation à Athènes. Les écoles : l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Jardin d'Epicure, le Portique de Zénon... avaient survécu à leurs fondateurs et l'élite du monde gréco-romain venait y étudier. Après la défaite face à Sylla, l'éphébie devint une sorte de formation supérieure pour les jeunes gens de l'élite où les étrangers étaient souvent plus nombreux que les Athéniens. La cité est gouvernée par des notables et le conseil de l'Aréopage, formé des anciens archontes, y joue un rôle important. Il me paraît peu probable qu'Athènes soit la ville en déshérence qu'on aperçoit : des stigmates encore visibles peut-être, mais une cité qui continue à vivre intensément en renouvelant quelques-une de ses constructions, justifiant ainsi l'intérêt des étrangers et de leurs élites.

Picture 046.jpg

La promenade athénienne d'Alix au début de l'histoire est très belle avec cette gigantesque statue d'Athéna que le dessinateur nous montre en gros plan.

NAMA Athéna Varvakeion.jpg

Athéna de Varvakeion, statuette de marbre pentélique trouvée à Athènes près de l'école Varvakeion. C'est la mieux préservée des copies connues de la statue chryséléphantine d’Athéna Parthénos de Phidias. L'original avait environ douze fois la taille de cette copie de Varvakeion qui est assez différente que celle que représente Thierry Démarez. Mais est-ce bien la même car la statue de l'Athena de Varvakeion était située à l'intérieur du Parthénon et non à l'extérieur comme elle figure dans l'album.


Le nom du constructeur nous est donné par Numa Sadulus (il s'agit de Phidias) et ceci m'a permis de retrouver facilement quelques informations sur cette statue géante qui n'existe plus. Elle date du temps de Périclès, et est restée debout jusqu'à la fin de l'empire Romain. Une page de Wikipédia lui est dédiée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ath%C3%A9na_Parth%C3%A9nos

Voici encore une vue aérienne du Parthénon, avec bien sûr cette statue !


En cette même année, -86, Sylla assiège Delphes. Les romains pillent le cite. Des œuvres d’art et même des bâtiments ont été démontés pour être emportés à Rome. On peut donc concevoir que des traces de combat devaient subsister (quand on songe que le sénat de Rome, qui avait brûlé en février 52, n’avait toujours pas été reconstruit lors de l’assassinat de César, mars 44, qui eut lieu au théâtre de Pompée !!!). Valérie Mangin et Thierry Demarez ont choisi de mettre l’accent sur le fait que les Romains ont pillé la Grèce. Il ne faudrait pas oublier qu'auparavant le pays a connu bien d'autres vissicitudes: Philippe de Macédoine y a guerroyé ; que les Diadoques (les généraux, successeurs d’Alexandre) s’y sont à maintes reprises affrontés ; qu’en 290, les Gaulois d’un autre Brennus ont attaqué Delphes ; puis que les deux ligues rivales – l’étolienne et l’achéenne –, pro- ou anti-macédonienne, se sont fait la guerre (rappelons la rivalité en Argos et Sparte, qui a fait qu’en définitive Nabis, dernier tyran de Sparte, entoura la ville de murailles en - 192 du jamais vu), et que finalement les Romains vainqueurs de la Ligue achéenne rasèrent Corinthe en 146.

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L'histoire de la Grèce s'arrête en - 323, à la mort d’Alexandre, dans la plupart des livres d'Histoire, et on connait assez mal ce que s'est passé ensuite. Les images de cette Grèce "romaine" sont des reconstitutions qui sont imaginées par les dessinateurs, à partir de quelques ruines et de certaines descriptions. Plusieurs hypothèses peuvent en fait être défendues, et aucune d'entre elles ne peut être écartée d'emblée. Dans le récit de Valérie Mangin, il y a une sorte de "parti nationaliste" grec (ou plutôt spartiate), qui  est incarné par Héraklion, et qui cherche à retrouver la grandeur passée. La vision d'un monde grec dévasté permet de soutenir cette idée, et de construire un récit cohérent pour la scénariste. 

C'est peut-être une  décision politique qui explique le plus l'état de la Grèce que nous voyons dans l'album. Elle vient de Flaminius ( Titus Quinctius Flaminius, -228/-174 ), qui vainquit Philippe V de Macédoine à Cynoscéphalès en Thessalie en -197. Mais ce qui rendit surtout célèbre en Grèce cet "ancien combattant" de la deuxième guerre punique, c'est sa proclamation de -196 aux Jeux Isthmiques de Corinthe : la liberté pour les cités grecques ! Autrement dit, l'anarchie : chaque cité faisant désormais ce qu'elle voulait, comme avant la domination macédonienne, elles n'étaient plus solidaires les une des autres dans un Etat constitué, et donc pas dangereuses pour Rome. Diviser pour régner : Flaminus était un grand politique!

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 

Après ces petits rappels d'Histoire romaine, revenons à notre bande dessinée.

L'album n'est pas avare de clins d'oeil pour les férus de péplums et aussi d'Histoire de la bande dessinée ainsi dans l'image ci-dessus j'ai cru, tout au fond de l'image, reconnaitre le mignon Giton du Satyricon de Fellini. Le personnage de Numa Sadulus est inspiré d'un ami de Jacques Martin, l'écrivain tintinilogue Numa Sadoul.

En reprenant des personnages épisodiques de la série mère, "Alix senator" épaissit la saga martinienne, répondant à la question que se pose immanquablement tous les lecteurs curieux: Que sont-ils devenus. Avec "Les démons de Sparte" nous avons la réponse pour l'un des plus attachant, Heraklion. Dans les "3 albums grecs" de Jacques Martin, il n'est qu'un enfant assez passif. Il a une certaine noblesse dans son maintien, mais s'exprime peu. Comment deviner ce qu'il va devenir?

Valérie Mangin et Thierry Demarez nous proposent une réponse assez logique à cette question.. L'enfant est devenu un vrai spartiate, ce que Marc Jailloux suggére d'ailleurs déjà dans Par delà de Styx.  Nous découvrons qu'Heraklion est devenu un soldat barbu, d'aspect énergique et aux traits assez sévères. Cette transformation est séduisante, et elle nous suggère toute une vie (encore mal connue) d'aventures de combats et d'expériences diverses. Une petite remarque tout de même sur ce nouvel aspect d'Heraklion. Dans la série initiale, Héraklion il a six ou sept ans de moins qu'Alix, ce qui, ici, le rend néanmoins quinquagénaire, comme Alix, Enak et Auguste. Or, il paraît beaucoup plus jeune que cela... La confrontation du portrait que dessine Marc Jailloux, avec celui de Thierry Demarez, est à cet égard intéressante.

      

 

Autre grand retour dans "Les démons de Sparte": celui de Numa Sadulus ! Ce personnage est apparu dans l'Enfant grec, pour le créer, Jacques Martin s'était inspiré du critique de bande dessinée Numa Sadoul. Ce dernier a fait une belle carrière de critique, en publiant plusieurs interviews très complètes de grands auteurs de BD (Franquin, Hergé ou Uderzo) et Jacques Martin lui trouvait une personnalité un peu équivoque.  Ci-dessous à gauche une photo de Numa Sadoul à l'époque de l'Enfant grec et à droite Numa Sadulus dans ce même album. 



Numa Sadulus s'était compromis avec Arbacès dans la Chute d'Icare avant de s'éclipser avec une bande de pirates. Il réapparait dans les Démons de Sparte et ressemble cette fois-ci beaucoup plus à un scélérat, même s'il reste élégant et cultivé. A noter qu'Alix est un peu naïf, à moins que ce soit de la fausse naïveté, à son égard, car il parle au début à Numa comme si ils étaient amis, comme si il avait oublié La chute d'Icare. Heureusement, au fil des pages, il va s'apercevoir que Sadulus reste fidèle à lui-même...

Quelle est la situation exacte de notre Sadulus, on ne le sait pas. est il encore citoyen romain? A t-il renoncé à la nationalité romaine ? Cela n'est écrit nulle part. En fait, ses origines n'ont jamais été très claires, puisqu'il nous apparait dans l'Enfant Grec comme un citoyen romain. Avait-il malgré tout des origines grecques, lui permettant d'obtenir une sorte de double nationalité ? On pourrait le penser, car il n'était pas si facile que cela d'obtenir le titre de citoyen à Athènes (quoique ... l'argent et le pouvoir peuvent parfois bien aider). Il était imaginable, en tout cas, d'être à la fois citoyen romain et et de s'identifier à la communauté d'un peuple conquis. L'exemple de l'apôtre Paul, qui était juif ET citoyen romain, suffit à nous le rappeler.  

Ce grand retour explique bien sûr le choix de Numa Sadoul pour écrire la préface des Démons de Sparte.
Sadoul dans cette préface semble s'étonner de la ressemblance persistante de Numa Sadulus avec lui-même, mais je pense qu'il n'y a pas de hasard. Thierry Demarez s'est probablement aidé de photos récentes du critique que l'on peut trouver facilement sur internet. Ci-dessous une nouvelle comparaison entre le visage actuel, à droite, de Numa Sadoul et à gauche le Numa Sadulus dans Les démons de Sparte.





Remarquons que dans ce nouvel album, Numa Sadulus se montre plutôt malfaisant, mais qu'Alix semble incapable de le punir de ses méfaits. Alix serait-il lui aussi devenu "ambigu" ?

Dans la saga d'Alix senator, il y aurait même des personnages qui ne seraient pas inventés mais dont la scénariste à modifié la destiné outre Césarion dans la trilogie précédente, il y a aussi le tyran Euryclès, ami d’Auguste, qui détient en otage la famille d’Héraklion en compulsant les dictionnaires on trouve en effet un Eurycles en cette période mais il n'est pas sûr du tout qu’il soit devenu tyran de Sparte, mais cette promotion n’aurait rien eu d’impossible vu les services qu’il rendit à Octavien (Auguste) à la bataille d’Actium. Voici ce qu’en dit Plutarque :

« Cléopâtre, reconnaissant son vaisseau, éleva un signal sur le sien : Antoine approcha du navire, et y fut reçu ; puis, sans voir la reine et sans être vu d’elle, il alla s’asseoir seul à la proue, gardant un profond silence, et tenant sa tête entre ses mains. Cependant les vaisseaux légers de César [= Octavien], qui s’étaient mis à sa poursuite, ne tardèrent pas à paraître : alors Antoine commanda à son pilote de tourner la proue de sa galère contre ces bâtiments, qu’il eut bientôt écartés. Il n’y eut qu’un certain Euryclès de Lacédémone qui, s’attachant plus vivement à sa poursuite, agitait de dessus le tillac une longue javeline, qu’il cherchait à lancer contre lui. Ce que voyant Antoine, il s’avança sur la proue, et dit : « Quel est celui qui s’obstine ainsi à poursuivre Antoine ? — C’est moi, répondit le Lacédémonien : c’est Euryclès, fils de Lacharès, qui profite de la fortune de César pour venger, s’il le peut, la mort de son père. » Or, ce Lacharès, accusé de quelque vol, avait été décapité par ordre d’Antoine. Toutefois, Euryclès ne put joindre la galère d’Antoine ; mais il alla contre l’autre galère amirale, car il y en avait deux, et la heurta si rudement, qu’il l’a fit tournoyer, et que, l’ayant jetée à la côte, il la prit, et, avec elle, un autre vaisseau, lequel était chargé d’une magnifique vaisselle de table. Dès qu’Euryclès se fut retiré, Antoine retourna s’asseoir à la proue, dans la même posture et le même silence qu’auparavant. Il passa trois jours ainsi seul, soit qu’il fût irrité contre Cléopâtre, soit qu’il eût honte de la voir ; mais, arrivés au cap Ténare, les femmes de Cléopâtre leur ménagèrent une entrevue particulière, et finirent par leur persuader de souper et de coucher ensemble »(PLUTARQUE, Vie d’Antoine, 67 – trad. Alexis Pierron, 1853).

Après avoir parlé des personnages qui réapparessent voyons en un nouveau: Xanthos. C'est l'esclave et l'homme de confiance d'Alix. Xanthos est issu d'une vieille famille de Sparte. Ses grands parents ont été réduits en esclavage et déportés en Italie à l'issue de l'expédition du consul Sylla en Grèce. Alors que Xanthos est très brun son nom en grec signifie blond! Ce nouveau personnage est intéressant à plus d'un titre. Il fait entrer dans la saga d'Alix, un esclave qui n'est pas cette fois un personnage "décor" mais un véritable actant de l'histoire. Il donne à la scénariste la possibilité de faire entrer dans le récit la problématique cruciale de l'esclavage dans le monde romain. Plus trivialement il donne un interlocuteur à Alix, lors de ses déplacements. Il prend un peu la place, pour cette fonction de celle que tenait Enak dans la série mère, en même temps il est un peu le fidèle "Nasir" d'Alix.

Valérie Mangin intègre dans son récit quelques énigmes dont on peut supposer qu'elles seront la source de nouvelles aventures, dans des albums ultérieurs. Il y a en particulier cette énigmatique rencontre de Titus avec la pythie de Delphes. Manifestement, le fils d'Alix s'interroge depuis longtemps sur l'identité de sa mère, mais l'oracle lui donne une réponse énigmatique. Pauvre Titus, dont nous partageons un peu le désarroi, puisque nous aussi aimerions savoir le nom de sa mère. Quel est donc ce danger mortel qui plane autour de la mère de Titus ? Qui peut être cette grande dame romaine, probablement entourée d'intrigues, qui n'a probablement pas intérêt à faire connaître l'existence de son fils ? N'écoutant que mon courage, je fais l'hypothèse suivante en ce qui concerne la mère de Titus: Il pourrait s'agir de Lidia Octavia, la propre soeur de l'empereur dans Roma Roma, on apprend qu'Alix est amoureux de Lidia Octavia depuis leur première rencontre dans Le Tombeau étrusque...  


 

On peut considérer que le vrai sujet de cette histoire tourne autour de la Grèce occupée. Toutes les conversations d'Alix et de ses compagnons pendant le voyage entre Athène et Delphes sont consacrées à thème. De plus, il existe de nombreuses cases intermédiaires qui ne sont pas nécessaires à l'intrigue, et qui n'ont pas d'autre intention que de montrer les réactions des grecs soumis à l'occupation romaine.

En voici un exemple caractéristique. Cette case sombre forme d'ailleurs un véritable petit tableau de vie quotidienne qui, dans cet intérieur obscur, n'est pas sans évoquer certaines peintures de Georges de La Tour, ou des frères Le Nain. 


Durant son périple, Alix découvre les multiples réactions et réflexions que suscite la présence romaine chez le peuple grec. En fait, on pourrait aisément comparer les attitudes des grecs à celles des français pendant l'occupation allemande, de 1940 à 1944.

Il y a d'abord les partisans de la collaboration pure et dure, qui profitent de la situation. Au premier rang d'entre eux, il y a bien sûr Numa Sadulus (mais n'est-il pas romain ? ), scélérat superbe qui joue un double jeu. Il y a surtout l'ensemble des responsables politiques, comme par exemple les archontes d'Athènes, qui proclament leur fidélité à l'empereur.




En face de ces "collabos", il y a les résistants qui luttent pour préserver une certaine intégrité de la Grèce. Heraklion en est le premier exemple, et on découvre chez lui un passionnant mélange d'ardeur et de prudence. De quoi est-il capable ? Les prochains albums nous le révéleront peut-être.  



Entre ces deux extrêmes, il y a la majorité du peuple grec qui essaie de survivre, et dont l'opinion flotte au gré des circonstances. C'est ainsi que le métayer grec (qui reçoit Alix pendant son voyage) considère qu'il faut bien vivre et travailler dans cette Grèce en ruine. Nécessité fait loi !



L'esclave Xanthos penche lui aussi vers une attitude soumise, et ce n'est pas étonnant (vu sa condition). Il se montrera toutefois capable de combattre lorsqu'il en aura l'occasion.



L'intendant Phalaris (à Delphes) se montre bien plus veule. Derrière les obligations de sa fonction, il cherche visiblement à protéger ses propres intérêts.



Et puis, de même qu'il y avait des bandes de gangsters aux convictions politiques douteuses pendant les années 39-45, on trouve dans cette Grèce occupée des bandes de soldats qui ne sont pas ce qu'ils veulent paraître. Héraklion est le premier à s'en indigner.



Tous les personnages suivent leur propre logique, et Valérie Mangin évite tout manichéisme. Elle ne voit pas le peuple grec sous la forme de deux clans qui s'affrontent, et nous raconte plutôt une sorte de voyage intelligent au sein d'un pays occupé. Personne n'a complètement tort ni complètement raison, et l'intrigue nous entraîne vers une relative indécision.

Cette mise en parallèle de deux pays occupés à des époques est une lecture possible de cet album (qui n'est d'ailleurs que le début d'une nouvelle trilogie). Faut-il résister (et lutter) ou alors se soumettre ? L'idéalisme des résistants nous parait aujourd'hui un peu fou, car on sait pertinemment que leur combat est sans espoir, mais dans d'autres circonstances ... une telle attitude aurait pu être visionnaire. 

Le dessin de Thierry Demarez est très beau surtout pour les architectures. Dans ce domaine, par rapport au premier album il a corrigé les défaut de perspective et en particulier il a eu le bon ton de supprimé les fuyantes verticales, ce qui était presque un défaut de débutant. Il a également grandement amélioré son encrage qui était défectueux dans certaines cases du premier album. Il a toujours un léger souci avec les visages des personnages et en particulier avec celui d'Alix qu'il ne "tient" pas encore complètement et malheureusement ses corps manquent de sensualité.

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Malgré ces quelques réserve, Alix senator est la plus belle série historique en cours de la bande-dessinée franco-belge.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

Commentaires lors de la première parution de ce billet.

xristophe02/12/2015 19:40

Ah, rien que pour avoir un Découvertes Gallimard de plus - en plus sur Rome... Le titre de ce Découvertes ? "Néron" ?

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 22:15

Il s'agit de Néron le mal aimé de l'Histoire par Claude Aziza (je me suis honteusement trompé dans le nom de l'auteur que pourtant j'apprécie beaucoup). Il a écrit un très bon petit livre sur le péplum : Claude Aziza, le péplum un mauvais genre.

 
 

xristophe02/12/2015 16:27

Certes ! mais l'Histoire n'est pas le problème de Fellini... L'Histoire c'est l'Histoire, et Fellini c'est Fellini... (Là je reconnais que je n' me surpasse pas...) Et puis l'Histoire a elle-même à faire avec la Légende - qui à son tour entre dans l'Histoire et la fait) (Je pense à Napoléon ; sa vogue (et la nave va...) s'envole, prend son ampleur avec le Mémorial de Saint Hélène.)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 17:29

Allez savoir pourquoi, moi je pense plutôt à Néron, un empereur sans doute assez différent de sa légende que reprend par exemple Murena, dans une certaine mesure (pour rester dans la B.D.) voir à ce sujet le joli petit livre d'Azema dans la collection Découverte chez Gallimard.

 
 

xristophe02/12/2015 01:35

Mais le mignon Giton de Fellini est encore bcp bcp plus mignon ! Et sa tunique est bien plus courte encore ! Rasibus au dessus de la naissance des fesses : je viens de vérifier... Mais le problème c'est qu'il y a encore plus beau que le Giton de Fellini, c'est le film lui-même de Fellini ! dont rien que la première séquence, que je viens de revoir (et j'en sors essoufflé), à la fois kaléidoscopique et fuyante, endiablée d'enivrantes propositions juxtaposées, chacune étant joyau extrême définitif, pourtant emporté dans un glissement sans fin et toujours aboli par le suivant - et ceci sans parler hélas de l'envoûtante et mirifique bande-son acousmatique -, est tellement hypnotique, quoique galvanisante, que, même les fesses, le sourire de Giton, sa perfidie, ses cuisses, ses yeux et ses cheveux bouclés sont transcendés dans ce déroulement déferlant affolant de génie pur, du plus beau film de plus grand géant du cinéma - Fellini... (Comme je suis désolé que mon talent verbal soit si indigne de l'Objet auquel il s'attaque dérisoirement...)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 07:16

Le film de Fellini est très beau, ce n'est pas le seul de ce cinéaste à l'être (voir par exemple nave va) mais il me semble que vous privilégiez toujours les créations d'hier. Les démons de Sparte est une B.D. splendide certes beaucoup moins sensuelle que le film de Fellini, mais beaucoup plus riche en enseignements sur la Rome antique.

 
 

Bruno01/12/2015 15:06

Celui qui sait placer un extrait du Daremberg et Saglio dans un billet concernant un album de bande dessinée, est homme remarquable

 

lesdiagonalesdutemps01/12/2015 15:43

En l'espèce nous avons à faire à une fiction qui ne se sert pas de l'Histoire comme toile de fond mais qui se glisse dans ses interstices comme "L'oeuvre au noir", "Une bataille de chats" (livre que j'ai traité il y a quelques semaines) ou "La pierre angulaire"... On pourrait citer bien d'autres titres. Leur qualité dépend de points particuliers à ce genre (que ce soit une B.D est anecdotique en la matière): l'exactitude des faits historiques mentionnés et surtout le bon ajustement des dits faits par rapport à la fiction qui est proposée; sur ces deux points les scénarios de Valérie Mangin, qui je le rappelle est diplômée de l'Ecole des Chartes, sont remarquables. Elle bouscule sérieusement l'Histoire seulement dans le cas de Césarion mais comme ce garçon n'a joué aucun rôle historique (mais qu'il aurait pu en jouer un) c'est un véhicule parfait pour la fiction. En revanche il me semble que dans l'état actuel des connaissances sur l'antiquité romaine, il n'aurait pas été inutile d'apporter quelques explications en fin de volume, comme l'ont fait par exemple les mangakas auteur de "Cesare" et de "Zipang", cette absence à généré les longues citations dont vous parlez. Il en aurait fallu une autre sur l'état de la Grèce sous Auguste, que j'ai découvert grâce à cet album mais je n'en ai pas trouvée. Je pense qu'il ne faut pas se priver de références sérieuses lorsque l'on traite d'une oeuvre faite avec sérieux, le fait que ce soit une bande dessinée ne change rien à l'affaire.

Très bon numéro de cette excellente émission où l'on voit la duplicité d'Auguste en matière de sexe qui pourrait se résumer par faites ce que je dis et pas ce que je fais...

 

La Fabrique de l'Histoire

La Fabrique de l'Histoire

Syndiquer le contenupar Emmanuel LaurentinLe site de l'émission
Emission La Fabrique de l'Histoire

du lundi au vendredi de 9h06 à 10h Durée moyenne : 53 minutes

 
Ecoutez l'émission53 minutes

Histoire de la sexualité 4/4 0

03.12.2015 - 09:06

 

Débat historiographique : sexualité à Rome

Co-animé par Delphine Saltel

 

Comment les mythes fondateurs de Rome ont-ils justifié un certain ordre sexuel à Rome ? Quelle frontières romaines et romains établissaient-ils entre le licite et l'illicite dans le domaine sexuel ? Y-a-t-il eu une évolution dans les rapports de couple entre la période républicaine et celle de l'Empire ? Ovide a-t-il été exilé pour avoir prôné plus de liberté pour les femmes dans ses élégies ? 

 

Invité(s) :
Virginie Girod, docteur en histoire
Géraldine Puccini, maître de conférences de littérature latine à l'Université de Bordeaux Montaigne.
Sylvie Laigneau-Fontaine, professeur de langue et littérature latine à l'université de Bourgogne

Thème(s) : HistoireHistoriographie

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case en exergue: Christophe Alvès

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case en exergue: Mittéï

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La photographe T1 par Kenichi Kiriki

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La photographe T1 par Kenichi Kiriki

Les japonais sont réputé pour photographier à tout va (comme moi) lors de leurs séjours à l'étranger et je peux témoigner qu'il font de même lorsqu'ils font du tourisme (beaucoup) dans leur propre pays. Avec "La photographe" ont voit comment le virus de l'image prospère chez les jeunes nippon. L'héroine de "La photographe" Ayumi a Choisi de devenir membre du Club Photo de son lycée, pour s'exercer elle décide de faire des petits reportages photographique dans différents quartiers de Tokyo. Avec elle nous découvrons un Tokyo ignoré des touristes et même de beaucoup de tokyoite.

Petit à petit elle réalise un véritable carnet de voyage, elle nous balade de quartier en quartier, la photo étant un prétexte pour nous faire découvrir des lieux méconnus. Au final, Ayumi prend peu de photos, elle travaille encore en argentique et chaque cliché a un coût indéniable pour une jeune lycéenne. Cette ignorance du numérique est assez étonnante aujourd'hui et donne un coté rétro à ce manga. Au-delà de la ville et de ses aspects méconnus, c'est aussi une jolie ode au plaisir de la photographie. L'héroïne expérimente, réfléchit, mais suit surtout beaucoup son instinct pour réaliser ses clichés, où la technique est aussi importante que l'émotion du moment. 

La photographe est constitué de courts chapitres qui racontent chacun une promenade de l'héroïne. Chaque sortie est pour elle l'occasion de se plonger dans l'histoire de sa ville. À ses côtés, on en apprend plus sur la vie d'écrivains célèbres, sur des monuments ou des lieux atypiques à visiter... On pourra regretter que chaque chapitre soient si courts. Ce qui empêche de complètement s'immerger dans l'ambiance des lieux, dans l'atmosphère contemplative que l'auteur met en place. On a aussi l'impression de survoler les histoires passionnantes de beaucoup d'élément abordés. Le ton du récit, lui, déborde peut-être un peu trop de bons sentiment. Les chapitres sont très variés. Certains sont axés sur la vie de tel quartier, alors que d'autres se concentrent plutôt sur les relations entre les personnages, ou la photographie.

 Entre chaque chapitre, un carnet explicatif donne la propre expérience du lieu de l’auteur lors de ses repérages. Complémentaire et très informatif (comme l'adresse d'un bon restaurant de ramen dans le secteur), cela permet d’aller plus loin que la simple anecdote traitée dans le manga. On prolonge ainsi l’immersion touristique par des anecdotes souvent assez amusantes. De plus, certains quartiers sont décortiqués plus profondément sur deux pages entre certains chapitres. Là, on rentre vraiment dans les faits concrets, les mêmes que l’on pourrait trouver dans un vrai guide touristique.

Les images prises par la jeune fille sont chargées d’histoires et d’anecdotes qui font tout l’intérêt du récit. Plus qu’une simple déambulation de lieu en lieu, ce manga nous amène dans un Tokyo que nous ne pouvions soupçonner. Chaque chapitre se focalisant sur un endroit, un bâtiment, un monument, une fête, une spécialité locale ou même un personnage célèbre. De quoi contempler la culture du Japon au gré des tribulations de cette jeune fille. On y découvre, avec délectation, un Japon moderne, mais également ancré dans ses traditions. Il faut tout de même prévenir le lecteur et je l'espère pour lui le futur promeneur dans ce Tokyo que les trace du passé sont souvent bien minces et se limitent à une plaque commémrative car Tokyo au XX ème siècle a subit deux terrible destruction la première lors du tremblement de terre de 1923 (sur le sujet il faut lire l'indispensable ouvrage de Akira Yoshima, Le grand tremblement de terre du Kantôt, édité par Actes Sud) quasiment tout ce qui était au sud du parc Ueno fut détruit, plus par l'incendie qui suivi le tremblement de terre que par ce dernier, la seconde lors des bombardements américains de 1945 qui ne laissèrent quasiment aucun quartier intact.

Le graphisme est en accord avec le thème. Il est très... photographique. Les planches se partagent entre les personnages, au design fin et un peu rétro, qui apportent l'émotion, et une reproduction plus réaliste, presque photographique, des lieux visités. Le résultat est un peu froid, mais accentue le côté guide, comme une invitation à venir savourer ces décors de nos propres yeux. Comme l’explique l’auteur, Kenichi Kirki, il s’est lui-même promené dans les endroits et ce sont ses propres observations qu’il retranscrit dans son manga. On peut se demander alors pourquoi il a jugé bon d'user du truchement de la jeune Ayumi sur laquelle on a peu de détail et qui est dans ce premier tome un peu transparente même si semble s'ébaucher une histoire d'amour avec un de ses camarades. 

L’éditeur compare ce titre à celui de Jiro Taniguchi «  L’Homme qui marche ». Il est vrai que ces deux œuvres ont un fond commun : une balade menant à de nombreuses découvertes. Mais contrairement à l'oeuvre de Taniguchi, La photographe est plus léger, moins introspectif. Il n’amène pas le lecteur dans une méditation contemplative. Le manga de Kenichi Kiriki est également plus centré sur les vraies découvertes de lieux connus. Son héroïne, jeune lycéenne, est constamment émerveillée par des choses que les plus anciens trouveraient banales (l'émerveillement chez les jeunes japonais semblent inépuisable, voilà une jeunesse qui ne parait pas blasé).

La photographe est un manga frais et dépaysant pour découvrir un Tokyo souvent méconnu, même par les autochtones.

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case en exergue: Luca Erbetta

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case en exergue: Luca Erbetta

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L'ARABE DU FUTUR - Tome 2: Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 - 1985).

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L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient. Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.

Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et ce n'est pas du gâteau pour plaire à son père qui me parait pourtant un crétin fini. Il me semble que le pauvre gosse aurait du s'employer un maximum pour ne pas ressembler à son triste géniteur. Le livre dépeint parfaitement la misère sociale, intellectuelle, sexuelle de cette vie sans horizon dans le bled syrien. Les chapitres les plus savoureux sont ceux qui décrivent les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, plus abruti c'est difficile à imaginer. Triste en regard de l'actualité est la partie décrivant les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre. ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.

 

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Il faut remercier Riad Sattouf pour ce livre qui nous rend la lectures des quotidiens beaucoup plus joyeuse. En effet ceux (autant vous dire que je n'en ai jamais été) qui versaient leur larme en ouvrant chaque soir "Le Monde" qui annonce rituellement chaque jour que quelques syriens sont passés de vie à trépas napalmés par leur rais mal aimé, raccourcis par une horde de rebelles quelconque, bombardés par des avions de nationalités diverses ou encore noyés pour avoir utilisé des yachts avariés... Dorénavant, ils arboreront un grand sourire et s'exclameront joyeusement; << ah quel bonheur quelques cons de moins sur terre (ce qui est inestimable)>>. Et ça fait du monde Car le premier tome s’est vendu au moment de la sortie du tome 2 à plus de 600.000 exemplaires ! Un vrai phénomène de l’édition et en plus chez un éditeur qui n’est pas spécialisé en bande dessinée ! 600.000 exemplaires par les temps qui courent, c’est exceptionnel, rarement vu ces dernières années. Les gens lisent de moins en moins mais le talent de Riad Sattouf, via son dessin et sa façon de se raconter, a emporté les derniers points de résistance.

Il faut d'urgence le faire lire au suédois pour qu'ils aient conscience du niveau intellectuel des réfugiés qu'ils accueillent si volontiers.

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Les plus hallucinants passages sont ceux où le petit Riad  va à l’école pour apprendre l’arabe, apprendre à lire et à compter, enfin c'est ce qu'on lui fait croire en fait l'activité principale consiste à être battu comme plâtre par la maitresse (entendez ce mot comme le comprenne les masochistes en quête de dominatrice). Lui, le petit franco-syrien aux cheveux blonds. Tout le monde à l’école le prend pour un étranger, un type spécial voire suspect à un tel point que certains le traitent de juif, l'injure suprême dans cet improbable pays.

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

Riad Sattouf continue sur sa lancée au niveau graphique. C’est dans la parfaite continuité du premier tome.En ce qui concerne le scénario, l’histoire est tellement hors du commun, et vraie en plus, que l’auteur qui a du être tellement traumatisé qu'il ne doit probablement pas trop se creuser les méninges pour que tout cela ressorte. Ca lui évite de longues et couteuses séances chez le psy. 

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

A noter pour la petite histoire que Riad Sattouf n’a plus de cheveux blonds… 

Le livre le plus anti-arabe du siècle, un merveilleux vaccin contre le tiers mondisme bêlant!

L'arabe du futur, Riad Sattouf, Allary, 8.5/10, Syrie, Jeunesse, école, 06/2015

 

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Case en exergue: Chris Ware

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Case en exergue: Chris Ware

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda (réédition complétée)

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dernier album des aventures d'Alix, "Par-delà le styx", dessiné par Marc Jailloux sur un scénario de Mathieu Breda, s'il est réussi, met paradoxalement en évidence la tare de la bande-dessinée franco-belge et particulièrement la série Alix: Soit qu'il est impossible pour une bande dessinée ambitieuse comme l'est celle-ci de développer un scènario complexe en 48 pages. Je n'arrive pas à comprendre comment ce fait qui dure depuis des années n'est presque jamais soulevé. Les albums n'ont pas assez de pages. Mathieu Bréda a astucieusement contourné l'obstacle en faisant de "Par-delà le styx" la suite de l'album "Le dernier spartiate". Les deux albums rassemblés en un seul on obtient une remarquable histoire, peut être la meilleure de la série. Jacques Martin cette fois peut être fier de ses successeurs. Mais là où le bât blesse c'est que "Par-delà le Styx", lu seul, est presque incompréhensible. C'est comme de lire "Vingt ans après" sans connaitre "Les trois mousquetaires".  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Par quelle aberration en est on arrivé à cet étiage de 48 pages alors que les albums dessinés par Jacques Martin, jusqu'à "Iorix le grand", avaient une pagination qui oscillait entre 56 et 64 pages. Pour des raisons commerciales bien sûr, qui, à courte vue, ont prévalues sur les considérations artistiques. 

J'ai déboursé 11,50 € pour l'achat de cet album. Il me semble qu'en poussant le prix jusqu'à 15€ pour 64 pages (pagination du "Dernier des spartiates") on ne découragerait que fort peu d'acheteurs et qu'au contraire sur un long terme ceux-ci augmenteraient.

L'amateur de bandes-dessinées n'a plus, comme c'était le cas au début des années 60, le choix unique des albums (je laisse de coté les petits formats) issus du gisement de la B.D. franco-belge. Il y a les comics américains, de plus en plus présentés sous forme de recueils bénéficiant d'une reliure rigide, et surtout les mangas que j'apparente beaucoup plus par leur ambition et la très grande qualité artistique de certains d'entre eux, au grandes séries franco-belges qu'à nos petits formats de jadis, même, s'ils en possèdent le format.

Il se trouve qu'en même temps que l'album d'Alix, j'ai acheté le tome 11 de "Cesare", un manga de Fuyumi Soryo, qui détaille la vie de Cesare Borgia. L'auteure en profite pour faire un vaste panorama  des enjeux politiques, artistiques et philosophiques de la Renaissance. Si les différences avec la saga martinienne sont évidentes, à commencer par le fait que "Cesare" prend comme héros principal un personnage ayant réellement existé, Angelo, le jeune et joli garçon inventé par Fuyumi est plus un témoins narrateur qu'un véritable acteur de l'histoire. Mais les points communs sont nombreux, en premier lieu, le genre, celui de la bande dessinée historique. On peut donc penser que les deux séries s'adressent au même public (j'en suis la preuve vivante). Pour ce nouveau fascicule de Cesare, j'ai déboursé 7, 90 € pour quelques 250 pages, certes la plupart sont en noir et blanc et toutes d'un format plus réduit. Il reste que pour allez de novembre 1491 à juillet 1492 il a fallu à notre japonaise érudite 2750 pages même si celles-ci ont le 1/3 de la superficie de celle d'un album d'Alix, on arrive, si l'on fait l'équivalence, à un peu plus de 900 pages; pages qui ne m'ont pas ennuyé une seconde. Je ne préconise pas un tel ralentissement du temps dans les scénarios des bandes-dessinées occidentales mais il n'est pas interdit ni de comparer, ni de réfléchir à cette dilatation du temps dans les mangas (j'aurais pu prendre comme exemple d'autres mangas historique tel "Zipang", "Jin", "Vagabond" ou encore "Le chef de Nobunaga"). Cette dilatation du temps n'exclut pas l'action; elle ne manque pas dans Cesare. Maisune telle temporalité permet de développer moult personnages et intrigues annexes et surtout dans Cesare d'offrir de nombreuses cases montrant la magnificence du décor de l'Italie de la Renaissance. On regrette qu'en raison du peu de place il ne soit laissé dans les albums d'Alix, à celle de l'antiquité, que la portion congrue. C'est d'autant plus regrettable qu'en matière de représentation de monuments Marc Jailloux n'a rien à envier à la pourtant excellente Fuyumi Soryo.

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Avant de détailler le riche scénario de cet album, il me semble qu'il est bon d'en expliciter le titre: Le Styx, c’est le fleuve qui, dans la mythologie grecque, sépare les enfers de la vie terrestre. Le fleuve infernal a été traversé voici longtemps par un héros mort au combat, Heraklios, le père d’Heraklion, le jeune Spartiate rencontré par Alix et qui est devenu son protégé. Heraklion est le pivot de cette aventure d'Alix.

Le scénario d'"Au-delà du Styx" est à la fois mince et complexe par le cadre dans lequel il se déroule, la recherche par Alix d'un père de substitution pour le garçon dont il a la charge mais dans un monde en guerre. Or donc, Alix part en Afrique du nord pour retrouver Astyanax, le dernier soutien d'Héraklion, garçon dont Alix à la charge, et quelle charge! Le garçon d'une douzaine d'années semble à la fois caractériel et mélancolique; traumatisé qu'il est, par la mort de sa mère et l'écroulement des derniers pans de la civilisation spartiate qui l'a vu naitre (Tout est dans "Le dernier spartiate", album dans lequel nous faisons la connaissance d'Héraklion et d'autres acteurs majeurs de "Par-delà le Styx") part en Afrique du nord où va se dérouler la grande bataille de Thapsus dans laquelle les derniers partisans de Pompée vont affronter l'armée de César. Les férus de Montherlant se rappelleront que c'est dans cette période que l'académicien situe sa pièce "La guerre civile", exactement avant la bataille de Dyrrachium qui aura lieu elle du 12 au 15 juin soit un peu plus de deux mois après les combats mis en scène dans l'album. Comme dans "La guerre civile" nous allons croiser plusieurs personnages historiques dans "Par-delà le Styx". Tout d'abord Marc-Antoine qui alors règne à Rome pendant que César bataille, puis César, Caton et Juba.

"Par delà le Styx" aurait pu s'intituler "Heraklios", comme le confie Marc Jailloux dans Alix Mag, et cette hésitation dans le titre est révélatrice. Cet album revisite aussi un personnage plutôt méconnu (bien qu'il soit récurrent) en lui donnant une intéressante dimension psychologique. Dans les albums dessinés par Jacques Martin, Héraklion était surtout un jeune enfant à protéger, une sorte de victime potentielle qu'il faut continuellement sauver de divers dangers, qui n'est bon qu'à se faire enlever, ou à tomber en pleine mer. Dans ce nouvel album, il change d'apparence et devient plus autonome. Il semble maintenant un peu caractériel, fait des fugues, conteste l'exemple d'Alix et se cherche manifestement un nouveau modèle.Pourtant la préoccupation qui anime Alix tout au long de l’histoire est de veiller sur le sort troublé de ce jeune garçon, et pour cela il défie non seulement Marc-Antoine, mais aussi les derniers Pompéiens en guerre contre César, ainsi que leur allié le fourbe Roi de Juba. Cette tâche de percepteur rencontre bien des obstacles, mais à cœur vaillant rien d’impossible.


Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Petits rappels historiques qui auraient été bien utiles en fin d'album par exemple, puisque cette fois l'aventure étant précisément située dans le temps et l'espace. La bataille de Thapsus (aujourd’hui Rad Dimassen Tunisie) qui est au coeur de cette aventure, se déroule le 6 avril 46 av. J.C. On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum (maître de cavalerie) de Jules César, fonction qu'il exerça en 48 et 47, en alternance avec Lépide (magister equitum 45-44). (En 46, César étant consul, il n'y a ni dictateur ni maître de cavalerie.).

On appelle «maître de cavalerie» le bras droit du dictateur. La dictature est une magistrature spéciale, normalement limitée à six mois. En des circonstances graves, un dictateur va donc remplacer les deux consuls (élus pour un an). En 49 av. n.È., Jules César s'était octroyé la dictature pour un an, puis se l'était faite conférer pour dix ans (47) et à vie enfin (44), rompant avec le principe républicain d'une magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulguera une lex Antonia de dictatura tollenda abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Pour cause d'obsolescence, Auguste ne la rétablira pas.

D'abord comme propréteur puis comme maître de cavalerie, Marc Antoine a donc la charge d'administrer l'Italie (la ville de Rome relevant du préteur urbain Lépide) en l'absence du dictateur. Mais comme le confie Mathieu Bréda dans une interview il a réalisé un léger glissement temporel car dans la réalité historique quelques moi avant la temporalité de l'aventure César avait destitué Marc Antoine à cause de son manque de rigueur (ce que lui reproche Enak dans une case de la page 1). Marc Antoine a été remplacé par Curion, qui bien que de grand mérite n'aurait rien évoqué à l'immense majorité des lecteurs d'où le choix de faire "glisser" un peu l'Histoire, afin que Marc Antoine soit présent dans l'album.

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Dans sa jeunesse Antoine, cousin de César (sa mère étant une Julia), scandalisa Rome le en affichant une liaison homosexuelle avec son ami Curion [C. Scribonius Curio], chose très mal vue entre citoyens. Réalité ou, de sa part, provocation de dandy ? Homme austère (la formule César «mari de toutes les femmes et femme de tous les maris» est de lui), C. Scribonius Curio (cos. 76), aurait épongé les dettes de Marc Antoine (250 talents) pour qu'il fasse taire la rumeur et s'éloigne de son fils.

 

Autre exemple de "glissement" historique: si le mercenaire Publius Sittius a réellement existé et a bien pris part à la guerre en Numidie en revanche son invasion de Rusicade est une invention du scénariste. D'autre part si Metellus scipion est un personnage historique qui a pris part à la bataille de Tharpus, après celle-ci il tente de s'enfuir pour l'Espagne mais se fait capturer par des hommes de.... Publius Sitius!

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Thapsus marquera la fin de l'affrontement entre Jules César et Pompée puis après la mort de ce dernier avec ses anciens partisans. L'armée du parti conservateur Optimates est conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie. Elle se bat contre les forces de Jules César qui finissent par avoir le dessus. Les pachyderme utilisé à la guerre Juba 1er sont des éléphant de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis), 3,5 m au garrot, 5 tonnes. Dans cette bataille, la fameuse légion gauloise Alaudae s'est illustrée contre eux, et prit l'éléphant pour emblème sur ses enseignes. Les aspects stratégiques de la bataille sont évoqués, même si les combats eux-mêmes ne sont que brièvement montrés. Le dessinateur semble éviter les grandes scènes de bataille (qui fourmillent de personnages) mais il se montre tout de même capable de composer de belles illustrations guerrières.

 

Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu. Auparavant ont eu leu les combats de Dyrrachium (dans l'actuelle Albanie) le 10 juillet 48 avant Jésus-Christ" A Dyrrachium "les Populares de Jules César sont vaincus mais le 9 aout de la même année, ils sont vainqueurs dans la bataille décisive de Pharsale. Pompée sera assassiné le 16 aout lors de son arrivée en Egypte (ce sont les dates que donnent Carcopino d'autres érudits les décalent de quelques jours mais restent dans les mêmes eaux.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Après avoir donné une précision historique regardons la géographie de "Par delà le Styx". Dans ce nouvel album on voit la demeure d'Alix. On la découvrait dans la première image des "Légions perdues". On constate que la terrasse de la maison d'Alix domine les toits de Rome. Nous savons donc que sa maison sur trouve sur une colline, mais laquelle? On désigne souvent Rome comme la ville aux 7 collines. Il y a le Palatin, le Capitole, l'Aventin, le Caelius, l'Esquilin, le Viminal et le Quirinal. Toutes ces collines se trouvent à l'est du Tibre. Vous pouvez le vérifier dans la carte ci-dessous.





Les "Légions perdues" ne nous donnent pas plus d'information. Il faut parcourir les pages du "Fils de Spartacus" pour continuer l'enquête. Au début de cet album, Maia et Spartaculus se rendent vers la maison d'Alix. Jacques Martin nous apprend alors qu'elle se trouve sur les pentes du Janicule. 
Le Janicule est une autre colline. Elle se trouve à l'ouest du Tibre (dans les parages de l'actuel Vatican). Elle
 domine le quartier du Transtévère, où du reste César possédait une villa où il logea Cléopâtre laquelle, en tant que reine, n’avait pas le droit de franchir l’enceinte républicaine du Pomoerium (le sillon tracé par Romulus).. Cela est surprenant, cette région était encore placée "extra muros" à l'époque de Jules César. Toutefois, en continuant la lecture du Fils de Spartacus, Jacques Martin nous confirme cette localisation atypique. En effet, lorsqu'Alix quitte sa maison pour se rendre vers le forum, au centre de la ville, il doit traverser le Tibre.

En prenant en compte la vue depuis la terrasse, et le fait qu'à la page 13 des Légions perdues, lorsqu'Alix discute avec Agerix, on voit le pont Aemilius en contrebas, la maison d'Alix doit à peu près se trouver dans la zone encadrée en rouge sur la carte dessous :


 

 

Si Alix habite bien le Janicule, la vignette d’ouverture des LEGIONS PERDUES prend tout son sens : on y voit à gauche le Palatin avec son temple de Jupiter très bon et très grand, puis au centre du paysage le mont Caelius et, à droite, l’Aventin.



Il existe un troisième album qui nous montre la maison d'Alix, c'est "Roma Roma". On y retrouve une terrasse qui domine la cité, mais rien d'autre. Les alentours de la maison d'Alix se situent sur le flanc d'une colline. C'est indiqué aussi bien par Jacques Martin que par Morales. Ci-dessous l'extérieur de la maison dessiné par Jacques Martin, dans "le Fils de Spartacus". 



Et voici la même rue dans Roma Roma. On découvre une contradiction entre les deux albums, car la rue monte de façon continue chez Morales, tandis qu'elle grimpe en escaliers chez Jacques Martin. 

Dès la première page, on découvre Alix et Enak qui avancent dans la nuit, dans une rue qui se trouve certainement sur la haut de sa maison. Elle est perpendiculaire par rapport à la pente de la colline.

Il y a ensuite une petite rue qui remonte le Janicule et qui longe la maison d'Alix avant d'arriver à cette même rue. Jacques Martin la montrait ainsi, dans le Fils de Spartacus. Les cases de Marc Jailloux sont tout à fait cohérentes avec celle dessinée par Jacques Martin (immédiatement ci-dessous).



On peut penser que la terrasse se trouve du côté de la demeure qui fait face au Tibre, et qui offre une vue spectaculaire sur la ville. Rafael Morales la dessinait sur deux niveaux et Marc Jailloux par cohérence adopte le même choix. Il nous montre ici la maison et sa terrasse vue depuis la petite rue montante..



Dans l'image immédiatement ci-dessus, on découvre les demeures qui sont à côté de la maison d'Alix, sur le Janicule. Cette vue "latérale" provient totalement de l'imagination de Marc Jailloux, et elle est logique si on prend en compte la position des personnages, qui se trouvent sur la partie haute de la terrasse.
 
 
Dans la série Alix senator, la maison d'Alix n'est manifestement pas sur une colline d'où il aurait une vue panoramique sur Rome. Il a dû déménager, se rapprocher du centre de l'Urbs... 

Outre sa situation on a quelques difficulté à imaginer la demeure de notre héros. Il semble bien que les images où elle apparait dans les différents albums, dus à plusieurs dessinateurs, permettent que difficilement de se la représenter. Ce qui n'a pas empêché un lecteur d'Alix marseillais, martinophile distingué, Loup 79 (voirhttp://lectraymond.forumactif.com/t369p45-la-demeure-d-alix) d'en proposer une vision très convaincante, mais quid de la terrasse!
 
 
reconstitution d'une villa de Pompei

reconstitution d'une villa de Pompei

Dans un même album on peut trouver des incohérences architecturales

Par exemple ces deux images de la demeure d'Alix dans "Roma roma", dessiné par Morales, ne me paraissent pas complètement raccords.

Mais plus grave à propos de ces images et des terrasses qui apparaissent dans les différents albums, la maison d'alix est représenté la première fois "La légion perdue", il y est à craindre que nous soyons là en présence d'un de ces anachronismes que pourtant Jacques Martin et ses successeurs ont de cesse de traquer. Car les villas pompéiennes types de ce que pourrait être la domus d'un patricien comme Alix ne comportent pas ce genre de terrasses, en revanche elles sont très présentes dans l'architecture italienne et méditerranéenne actuelle.

Certes on retrouve des balcons dans d'autres péplums qu'Alix dans la série SPARTACUS (peut être pas un modèle d'exactitude historique, c'est un euphémisme.) par exemple le balcon de la maison de Batiatus; mais ce n'est pas une villa ordinaire qu'habite ce laniste. C'est un ludus. On peut penser que le propriétaire d'une école de gladiateur devait disposer d'un point d'observation pour surveiller l'entraînement de ses hommes, et éventuellement y inviter de riches organisateurs de combats intéressés de lui en louer quelques uns de ses gladiateurs. Du reste, ce balcon est manifestement inspiré de la loge qui domine l'arène privée (en bois) où Peter Ustinov/Batiatus convie ses invités dans le SPARTACUS de Kubrick. Et puis en peinture Alma-Tadema affectionne particulièrement les terrasses mais d'une part je ne fais guère confiance à ce peintre en matière de vérité historique et d'autre part il ne faut pas confondre Rome et Baïes.  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Jacques Martin répugnait à se laisser trop ligoter par des faits historiques trop précis qui auraient bridé sa liberté de scénariste. Sur 34 albums, 4 seulement sont clairement datés par un fait historique connu: il s'agit des albums suivant: « Alix l'intrépide », « Le sphinx d'or », « L'Ibère » et donc ce dernier opus  Martin rêvait une sorte de Rome intemporelle sans trop se focaliser sur la chronologie événementielle. Rendons donc hommage a Mathieu Breda qui a su parfaitement enserrer son histoire dans une trame historique aussi serrée.

Mais cette imbrication serrée des péripéties d'un personnage de fiction avec des fait historique, si elle semble se répandre de plus en plus dans la bande dessinée et pas seulement franco-belge et aussi japonaise, je reviendrais sur ce sujet, va à l'encontre de l'un des dogmes de la B.D. classique: le non vieillissement des personnages. Dès l'instant où l'on fait mouvoir le héros dans l'Histoire cela devient impossible de même, comme c'est le cas ici lorsqu'on produit une suite à un album déjà existant, alors le facteur temps ne peut plus être nié.

S'il était possible de garder une éternelle juvénilité à Alix lorsqu'il affrontais le démoniaque et élégant Arbacéres tout aussi imaginaire que lui, la Rome de la fin de la république n'était alors qu'un décor à leur rivalité exacerbée, il en va tout autrement lorsque Alix croise Caton, Marc-Antoine et consort...

Certes il était déjà en relation avec César depuis bien des albums. A propos de ce dernier, j'ai lu quelque part que César est cogonem, autrement dit un surnom, que le divin Jules tiendrait de son arrière grand-père qui aurait tué un éléphant lors d’une des guerres puniques. Caesar serait en fait le mot punique pour désigner l’éléphant. La thèse qui veut qu'il  tire son nom d’une naissance par « césarienne » du verbe latin Caedere « couper » est le fait de gens qui n'ont pas peur des anachronismes. A l’époque, beaucoup de femmes mourraient en mettant au monde leur premier enfant et notamment, en -53,  Julia, fille de Jules César et épouse du Grand Pompée mais l’idée d’une césarienne à une époque où la chirurgie est balbutiante est in-envisageable. Ce ne fut qu’après sa mort et sa divinisation que « César » devint une sorte de titre qui nous donnera plus tard Kaiser, Tsar ou Chah.

On assiste dans le monde de la bande dessinée  à un phénomène relativement nouveau, celui de placer des héros nés du cerveau de leur créateur dans une trame historique; ceci pas seulement pour les séries dites réalistes. Prenons comme exemple celle de Blake et Mortimer. Dans ce dernier cas on voit que le souci du scénariste du dernier album des aventures du duo so british a été de rendre cohérente la chronologies de leurs péripéties. On peut s'amuser à situer chaque histoire des héros inventés par Jacobs sur une échelle temporelle. On part ainsi de 1944 pour arriver à environ 1970 soit une période d'un peu plus de vingt cinq ans. Dans la représentation de nos deux héros on ne constate pas de changements importants dans leur physionomie dans les différents albums. Si l'on ajoute que depuis la disparition de Jacobs les repreneurs de la série situent plus particulièrement les aventures de Blake et Mortimer dans les années 50, on voit qu'au rythme des parutions nos deux compères risque d'avoir des emplois du temps très surchargés. On peut dire la même chose de cet autre duo qu'est Alix et Enak.

Autre exemple d'immersion d'un héros de papier dans l'Histoire, celle de Spirou. On aurait époustouflé Franquin, si on lui avait dit que son groom aurait à voir avec l'invasion de la Pologne par les nazis ou annoncé qu'il rencontrerait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir à la terrasse des Deux magots. 

On assiste bien à un changement de paradigme dans la bande dessinée dont le dernier album d'Alix est un exemple.  

 

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crayonné de Christophe Simon pour la conjuration de Baal 

Un érudit en martinologie, Jacky-Charles

 

auquel je n'arrive pas à la cheville en matière de saga alixienne a établi une chronologie des aventure du jeune gaulois qui vaut son pesant de savoir. Je vous la livre dans son jus, je n'ai fait qu'y ajouter "Par-delà le styx" ainsi que les date d'apparition des aventure, d'abord dans le journal Tintin puis en album. J'ai fait suivre cette date par le noms des auteurs en commençant par le ou les scénaristes (le je dans cette chronologie est celui de Jacky-Charles et non le mien :

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

1°) PERIODE « POMPEIENNE »


Repère historique : Pompée est au pouvoir, soit jusqu'au passage du Rubicon par César, en janvier -49.

Alix l'intrépide 
1948-1949 Jacques Martin : entre la bataille de Carrhes ( 28 mai -53 ) et l'été -52. ( 15 )

Le sphinx d'or 
1949-1950 Jacques Martin : commence avec la chute d'Alésia ( 27 septembre -52 ), l'histoire se poursuivant en Égypte dans les semaines ou les mois qui suivent, peut-être jusqu'en -51. ( 6 )

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : suite du « Sphinx d'or » en -51, d'après les personnages d'Enak et d'Arbacès ; mais, page 4, Alix parle de l'offense faite à Rome et à César, donc celui-ci gouverne ; qu'aurait-il eu à faire avec Carthage en tant que proconsul de Gaule ? Nous sommes donc soit dès -49, soit après la fin de la guerre contre les pompéiens en Afrique du nord ( juillet -46 ), c'est à dire au second semestre de -46 ou bien en -45. On reparlera de Lydas dans « Le spectre de Carthage ». Je privilégie pour cette fois le romanesque sur l'exactitude historique. ( 12 ) 

La tiare d'Oribal 
1955-1956 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Arbacès revient dans « La chute d'Icare » et Oribal meurt dans « La tour de Babel ». ( 12 )

La griffe noire 
1957-1959 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais on reparle de Rafa dans « Le spectre de Carthage », et Galva et Horatius reparaissent dès l'album suivant, Servio revient dans « Roma, Roma... ». ( 12 )

Les légions perdues 
1962-1963 Jacques Martin : Pompée est présent, César est en Gaule, Galva et Horatius reviennent. ( 3 )

Le dernier spartiate 
1966-1967 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Héraklion doit entrer en scène puisqu'on le retrouve dans des épisodes suivants, Galva et Horatius sont présents. ( 3 )

Le tombeau étrusque 
1967-1968 Jacques Martin  : pourrait également faire partie de la période suivante, la guerre civile n'ayant vraiment eu lieu qu'entre janvier et mars -49, mais il semble plutôt s'agir ici d'escarmouches entre partisans, qui peuvent donc avoir eu lieu avant janvier -49, seule période à retenir en raison de la présence de Brutus qui reparaîtra dans « Le spectre de Carthage ». ( 1 )

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Enak retrouve son nom de Menkharâ et son titre de prince qui sera réutilisé dès « L'enfant grec », en contradiction avec l'indication qui laisse supposer que César est au pouvoir, donc en -49 ou après. ( 6 ) 

Le fils de Spartacus 
1974 Jacques Martin : il est plusieurs fois question de Pompée au pouvoir, César est en Gaule, Héraklion et Galva sont présents, Fulgor arrive. ( 2 )

Le spectre de Carthage 
Jacques Martin 1976 : pas de repère historique apparent, mais Rafa et Lydas sont cités, Brutus revient et meurt, Corus Maler arrive et réapparaîtra dans « Roma,Roma... » ( 3 )

L'enfant grec 
1979 Jacques Martin : Pompée apparaît page 9, Enak fait état de son titre de prince d'Egypte. ( 2 )

Vercingétorix 
1985 Jacques Martin : Pompée apparaît page 4, César est en Gaule. ( 4 )

Les barbares 
1998 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par César page 9 ; mais César est « consul » ( page 10 ), alors qu'il ne retrouvera cette fonction qu'en -47 ! ( 12 )

La chute d'Icare 
2001 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par Numa page 27. Arbacès, Archéloa et Quintus Arenus reviennent, Julia arrive. ( 3 )

Roma, Roma... 
2005  Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : César est en Gaule ( page 12 ), et Pompée apparaît page 16 ( « suite » du « Tombeau étrusque » avec les mêmes personnages : Octave, Lidia, Héraklion, les Molochistes, plus Julia, Quintus Arenus, Servio, Fulgor, Corus Maler ). ( 1 )

C'était à Khorsabad 
2006 Jacques Martin,François Maingoval / Cédric Hervan Christophe Simon : César « doit terminer sa campagne en Gaule » ( page 48 ), Arbacès réapparaît. Nous sommes sans doute en -50. ( 12 )

La cité engloutie 
2009 Patrick WeberJacques Martin / Ferry  : se déroule en Armorique pendant la campagne de Gaule, Labienus est encore adjoint de César. Nous sommes également en -50. ( 6 )

Britannia 
2014 Mathieu Breda / Marc Jailloux paraît se situer en -54 au moment de la seconde expédition de César en Bretagne dont elle emprunte le déroulement, mais certains détails dont les noms des personnages montrent que cette expédition est une fiction qui se situe dans la continuité des aventures, toujours à la date de -50. ( 3 ) 

Le dieu sauvage 
1969 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. Héraklion est présent, Adréa meurt, Horatius 
est encore vivant. On apprend que le voyage en Cyrénaïque se situe juste avant « La conjuration de Baal » ( 1° trimestre -49 ), donc à la fin de -50. ( 6 )

N'oublions pas les romans :

Le sortilège de Khorsabad : Pompée et Arbacès sont présents ( et toujours complices ). ( 6 )

La conjuration de Baal 2011 Michel Lafon / Christophe Simon: se situe au 1° trimestre -49, entre le passage du Rubicon par César ( 12 janvier -49 ) et le départ de Pompée pour la Grèce, au moment où Alix revient de Cyrénaïque ( 2 ).

 

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La denière conquête Géraldine Ranouil / Marc JaillouxCorinne Billon 2013 : commence au moment où César passe le Rubicon, l'action de cet album recouvre donc complètement celle du précédent, tout en durant nettement plus longtemps ( 24 ). 

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : devrait se situer historiquement à partir de -49 ou de -46, César étant au pouvoir.

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Djefer dit à Alix, page 16, « César projette d'envahir l'Égypte après son retour de Gaule. » Nous serions donc entre mars -49 et septembre -48, arrivée de César à Alexandrie.

Ô Alexandrie 
1996 Jacques Martin / Jacques MartinRafael MoralèsMarc Henniquiau : César est « consul » ( page 48 ), mais n'est pas encore arrivé en Égypte, donc même période que ci-dessus. En -48, il est nommé en fait dictateur pour un an et ne redeviendra consul qu'en -47. ( 6 )

Le fleuve de Jade 
2003 Jacques Martin / Rafael Moralès Marc Henniquiau : idem ci-dessus, nous sommes toujours entre mars -49 et septembre -48. ( 12 )

Le démon du Pharos 
2008 Patrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : idem. ( 3 

 

L'empereur de Chine 1982 Jacques Martin : selon Mardokios ( page 9 ) César est consul, donc en -47. ( 48 )

 

Par-delà le Styx 2015 Mathieu Breda / Marc Jailloux : On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum de Jules César; fonction qu'il exerça en 48 et 47. Il se termine quelques jours après la bataille de Thapsus qui se déroula le 6 avril 46 av. J.C 


L'ombre de Sarapis 2012 François Corteggiani /  Marco VenanziMathieu BarthélemiVéronique Robin : page 47, Cléopâtre dit à Alix qu'elle se rendra à Rome pour le prochain triomphe de César, celui-ci ( en fait, il y en eut 4 ) ayant eu lieu en août/septembre -46, après son retour d'Afrique du nord le 28 juillet -46, nous sommes en juin/juillet -46. ( 2 ) 

Le testament de César 
2010 Marco Venanzi : se situe au moment du départ de César pour l'Espagne et le début de la guerre contre les pompéiens racontée dans « L'Ibère », soit à la fin de l'année -46. ( 1 )

L'Ibère, 
2007 François MaingovalPatrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : une des rares histoires datées, de -46/-45 ( guerre contre les pompéiens en Espagne, bataille de Munda le 17 mars -45 ). ( 6 )

Les proies du volcan 
1977 Jacques Martin : en -45, César veut reprendre la guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Carrhes, et envoie Alix et Enak en mission en Inde. Nous sommes en -45/-44. ( 24 )


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3°) PERIODE « OCTAVIENNE »

Après l'assassinat de César en mars -44, Octave cherche à prendre le pouvoir. Le nom donné à cette période ne veut pas dire qu'Octave est présent dans ces histoires, au contraire. Elles n'entrent pas historiquement dans une des deux périodes précédentes et peuvent donc se situer après, ce que j'ai imaginé pour respecter un peu le temps qui passe !

Iorix le grand 
1971-1972 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. ( 12 ) 

La tour de Babel 
1981 Jacques Martin: pas de repère historique apparent. Oribal meurt, Adroclès apparaît et reviendra dans « Le cheval de Troie ». ( 3 ) 

Le zane noir (roman) : se situe pendant une année olympique, en -52, -48 ou -44 ( mais au moins 4 ans avant « Le cheval de Troie », cf. ce commentaire ). ( 2 )

Le cheval de Troie 
Jacques Martin 1988 : se déroule au cours d'une année olympique, après les Jeux, aux mois de Juillet et Août, donc, par rapport aux aventures d'Alix, soit en -52 ( impossible, on sait qu'il était en Gaule et en Égypte ), ou plutôt en -48 ( année très chargée : lutte contre Pompée et ses partisans, débarquement à Alexandrie ), ou encore en -44 ( année de la mort de César : Alix aurait-il été disponible ? ). Héraklion et Adroclès sont présents, Horatius meurt. ( 6 )

L'hydre bleue (roman) : cette aimable fantaisie est indatable. ( 1 )

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4°) PERIODE « AUGUSTEENNE »

Avec l'arrivée de la série dérivée « Alix Sénator », nous entrons de plein pied dans cette période en franchissant d'un coup au moins 32 ans ! Octave est devenu Auguste et donne une seconde fois son nom à cette période.

Alix Senator 
2012  Valérie Mangin Thierry Démarez : 1) Les aigles de sang : cette histoire est datée de -12. ( 2 )

Alix Senator 
2013 Valérie Mangin Thierry Démarez : 2) Le dernier pharaon : suite du précédent. ( 2 )

Alix Senator 
2014 Valérie Mangin Thierry Démarez : 3) La conjuration des rapaces : suite des précédents ( 1 )

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Plus que dans beaucoup d'autres aventures du jeune gaulois, le scénariste a fait la part belle à la psychologie et aux doutes qui assaillent le héros, comme le montre la planche ci-dessus. En effet si Alix n'avait pas découvert la citadelle qui était l'ultime refuge des spartiates désireux de secouer le joug des romains sur la Grèce, Héraklion ne serait pas le dernier des spartiates (voir l'album éponyme sans lequel, je le répète, "Par-delà le Styx est incompréhensible.). On comprend ainsi en quelque sorte la quête d'Alix pour qu'Héraklion retrouve sont équilibre, c'est une manière de réparer le tort qu'il a causé à son jeune protégé...

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dessin de Marc Marc Jailloux n'est pas sans quelques défauts, en particulier en ce qui concerne l'anatomie de ses personnages. Il est tout de même très convenable et se rapproche de la qualité de celui des meilleurs albums de Jacques Martin. Il bénéficie d'une belle et délicate mise en couleurs de Robin Le Gall. Il faut apprécier à sa juste valeur de documentation la ressemblance des personnages historiques dessinés par Jailloux avec qui, les statues de leur buste pour Caton, qui, leur profil frappé sur des pièces pour Juba 1er. En revanche je n'ai pas "reconnu" César. Je sais bien que l'on a quasiment pas de portrait du vivant du divin Jules mais César étant devenu un personnage récurrent de la série, il serait bon que sa représentation soit uniformisée d'album en album comme l'est celle d'Alix ou d'Enak.

Image hébergée par servimg.com 

De grands progrés ont été réalisés par le dessinateur depuis son premier Alix sur la représentation du décor antique. Regardez attentivement les cases ci-dessous qui mettent en valeur les ex-voto du temple d’Asclépios. Tout est reproduit d’après des vestiges archéologiques. 

Picture 013.jpg

Marc Jailloux travaille sur du papier de format 35X67, il encre à la plume et à l’encre de Chine dans la plus pure tradition. Son implication dans la conception scénaristique est manifeste d’une étroite collaboration avec Mathieu Bréda. Le tout se fait sous la supervision de la fondation Martin qui lui fourni d’ailleurs ce fameux papier. Observez ci-dessous l’art subtil de la citation : un petit cheval de Troie proche de la main d’Enak figure à la devanture du sculpteur.

Picture 014.jpg

La fidélité avec le dessin du père d'Alix frôle parfois le pastiche, comme dans cette case représentant un banquet qui ouvre l'album, ou dans les deux séquences oniriques, typiquement martiniennes. Ces dernières sont particulièrement réussies. Dans la seconde  Héraklios avertit Alix que Xiphos s'apprête à frapper Astyanax, Marc Jailloux met en parallèle sur deux cases successives l'irruption du songe et le réveil d'Alix. Il est frappant de constater qu'alors, le visage qui fait écho à celui du spectre d'Héraklios est celui du jeune Mapta qui ne tardera pas à mourir, comme s'il fallait qu'une victime innocente soit sacrifiée pour qu'Héraklios guérisse... 

Nota

On peut écouter en cliquant sur la ligne ci-dessous une très intéressante interview de Jacques Martin

For intérieur - Jacques Martin (1ère diffusion : 16/04/1998)

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5134465
 

 

 
 
 
 

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
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Un Géant dans la vallée par Jack Kirby

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Il y a quelques jours je vous entretenais de ma nostalgie des petits format et en particulier de ceux des éditions Artima. A l'époque de ma lointaine jeunesse ces publications étaient honnies par ceux qui croyaient penser pourtant certains de ces titres étaient dessinés par de grands dessinateurs comme celui que je vous propose, rien de moins que par Jack Kirby (certes la qualité des scénarios était souvent bien en de ça de celle des dessins), cerrtain sont même réédité aujourd'hui chez Marvel comme cette curieuse histoire parue pour la première fois à la fin des années 70, il mettait en récit un duo composé d'un "pré-humain" et d'un tyrannosaure rouge sang. En ce temps-là c'était un "Moon-boy" qui était associé au dinausore écarlate (pour 9 numéros). C'est de cette série que je vous propose une aventure, celle paru aux U.S.A en 1978 sous le titre de Giant, mais dans sa version française paru elle en 1980 dans un format "pocket" dans l'anthologie Etrange aventure (n°66) chez Artima. Il est amusant de faire une comparaison entre les pages françaises et les pages américaines parce que les éditeurs hexagonaux avaient assez souvent, l'habitude de retoucher les planches américaines. Parfois pour mettre l'histoire au format des "pockets" (plus petit que les celui des comic books) par exemple, d'autre fois pour atténuer le dynamisme voire la violence de certaines cases (ou du moins jugées comme telles à l'époque).
Il y avait donc des ateliers de retouches au sein des maisons d'éditions françaises. Par exemple Jean-Yves Mitton a travaillé dans un de ces ateliers pour LUG. 
Ici, pour le Dinosaure Écarlate, les premières pages sont fidèles puis, assez bizarrement, quelqu'un chez Artima a fait le choix de changer le format d'une case :
 
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
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Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
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Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
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Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby
Un Géant dans la vallée par Jack Kirby

Jack Kirby, né Jacob Kurtzberg le  à New York et mort le  à Thousand Oaks enCalifornie, est un des artistes les plus influents, célèbres et prolifiques de la bande dessinée américaine. Surnommé « the King of Comics » (« le Roi de la bande dessinée »), il est à l'origine de nombreuses séries qui marquèrent l'histoire des comics américains.

En 1940, il crée, avec Joe SimonCaptain America ; en 1947, toujours avec Joe Simon il invente le genre descomics de romance ; dans les années 1960, avec Stan Lee, il crée de nombreux super-héros qui font la renommée de l'éditeur Marvel Comics, notamment : Les Quatre FantastiquesL’Incroyable Hulk, le puissantThorLes VengeursLes X-Men ; enfin dans les années 1970 pour DC Comics il entreprend son œuvre la plus ambitieuse, constituée de quatre comics reliés pour former une seule saga, Le Quatrième Monde. Après cela, il poursuit une carrière moins marquée par la nouveauté mais toujours fructueuse pour Marvel ou pour des éditeurs indépendants.

Il marque ainsi le monde des comics en produisant des œuvres qui connaissent un réel succès populaire et toujours admirées par ses pairs. Son goût pour le grotesque valut à quelques-unes de ses œuvres de se faire censurer en France, y compris par ses propres éditeurs.

Malgré cette reconnaissance, Jack Kirby connaît des déboires avec ses éditeurs, surtout Marvel, qui ne reconnaît pas de droits d'auteur ; ce conflit, qui s'était achevé du vivant de Jack Kirby, a depuis repris car ses enfants, en 2009, réclament à Marvel le retour des copyrights des séries créées dans les années 1960 ; la justice a rejeté le bien-fondé de cette demande même si l'avocat a fait appel. Mais, si son nom est toujours connu dans l'univers des comics, c'est essentiellement grâce à la force de son art qui s'est parfaitement adapté au style épique des histoires de super-héros.

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