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220 articles avec bande-dessinee

case en exergue: Hal Foster

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

Une double expérience récente, d'abord la découverte de la cathédrale de Strasbourg, puis la visite d'une exposition autour de l'oeuvre de Jacques Martin dans une galerie parisienne m'a fait explorer ma bibliothèque pour en exhumer un album de bandes dessinée intitulé La cathédrale. Il est dessiné par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin. Cette aventure de Jhen se passe principalement dans et aux alentours de la cathédrale de Strasbourg. 

Pour ceux qui ne connaitraient pas Jhen, un petit rappel: Jhen" (appelé "Xan" dans les deux premiers volumes de la saga qui lui est cosacrée), est un jeune architecte italien (selon Jean Players, il a 25 ans en 1431 lorsque Jeanne meurt sur le bucher). Il vit donc en plein  Moyen Age européen. La série déjà plus d'une quinzaine d'albums, avec une majorité dessinée par Pleyers.

Aventures de Jhen (scénario Jacques Martin et dessin Jean Pleyers, jusqu’au N° 9)

1. L'Or de la Mort (1984) 
2. Jehanne de France (1985) 
3. Barbe bleue (1984) 
4. Les écorcheurs (1984) 
5. La cathédrale (1985) 
6. Le lys et l'ogre (1986) 
7. L'Alchimiste (1989) 
8. Le secret des Templiers (1990) 
9. L'archange (2000) 
10. Les sorcières (dessins Thierry Cayman, scénario Hugues Payen d'après un synopsis de J. Martin) (2008) 
11. La sérénissime (dessin Pleyers, scénario Payen, d'après un synopsis de J. Martin) (2009)
12. Le Grand Duc d’Occident (dessin Cayman, scénario Payen) (2011)
13. L’ombre des Cathares (dessin Pleyers, scénario Payen) (février 2012)
14. Draculea (dessin Pleyers, scénario Cornette et Frissen) (octobre 2013)

15. Les Portes de Fer, scénario Cornette et Frissen. dessin Paul Teng (2015)

3. Voyages de Jhen

1. Les Baux de Provence (Yves Plateau et Benoît Fauviaux) (2005) 
2. Paris - Notre-Dame (Yves Plateau) (2006) 
3. Carcassonne (Nicolas Van De Walle) (2006) 
4. Le Haut-Koenigsbourg (Yves Plateau) (2006) 
5. Venise (Enrico Sallustio) (2007) 
6. Strasbourg (texte Jacques Martin et Roland Oberlé, dessin Muriel Chacon) (2008) 
7. Les Templiers (Marco Venanzi) (2008) 
8. Gilles de Rais (Jean Pleyers) (2008) 
9. Paris, ville fortifiée (volume 2) (Yves Plateau) (2009)
10. L'abbaye de Villers-la-Ville (Yves Plateau) (2010)
11. Bruxelles (Nicolas Van de Walle) (janvier 2011)
12. Bruges (Ferry) (mai 2011)
13. Le Mont-Saint-Michel (Yves Plateau) (mars 2012)

En outre Jacques Martin au cours de différentes interview a évoqué les scénarios suivants:

- « Le Boyard Fou » : une poursuite de Moscou à Venise
- « Le Diable Baron » : un tournant dans les relations qu’entretiennent Jhen et Gilles de Rais (de plus en plus soumis à des influences démoniaques)
- « Le Campeador » : les horreurs des guerres religieuses dans le sud de l’Espagne
- « le Condotierre » : intrigues au Vatican

La cathédrale de Strasbourg
 

Si la cathédrale joue un rôle important. Elle représente surtout un somptueux décor. Malheureusement le livre ne s'intéresse pas trop à sa construction même si Jhen y travaille comme architecte. Pleyers ne la dessine d'ailleurs pas en entier et préfère nous montrer sa façade ou sa pointe inachevée, en utilisant souvent des plans dynamiques (plongées acrobatiques, contre plongées vertigineuses etc ...) 

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Le véritable sujet du livre, ce sont les deux châteaux d'Ottrot, près du Mont Sainte Odile. Le récit se passe en fait près d'Obernai et Jacques Martin s'intéresse à l'histoire des lieux de son enfance. Deux familles rivales vivent dans des châteaux voisins, séparés par environ 500 mètres et l'intrigue se concentre sur l'amour impossible de deux adolescents issus des clans ennemis (un remake de Roméo et Juliette). Il nous raconte aussi les manoeuvres louches de l'évêque de Strasbourg qui essaie de vendre ces forteresses à l'Empire Romain Germanique.







 

L'intrigue n'est pas réellement passionnante. Le début de l'histoire expose un mystère que Jhen arrivera facilement à résoudre et on n'y trouve pas cette tension qui existe dans les autres albums. Gilles de Rais est absent et il cela modifie l'ambiance de la série. L'album est assez contemplatif mais on a du plaisir à découvrir ce monde médiéval. Pleyers dessine avec finesse les rues de Strasbourg ou l'intérieur de la cathédrale.



Dans une interview, Jacques Martin avoue qu'il avait eu surtout du plaisir à reconstituer la ville de Strasbourg telle qu'elle était au Moyen Age. Ce gros travail n'apparait toutefois que dans quelques cases disséminées et il n'y a pas de case qui nous montre l'ensemble de la ville. Il y a seulement quelques illustrations comme celle immédiatement ci-dessous.



Par certains côtés, on peut rapprocher cet album de "L'arme absolue". il y a dans les deux cas un aller-retour entre le château (Chillon ou Otrott) et la ville (Strasbourg ou Sion). Il y a aussi cet intérêt pour une histoire bien enracinée dans une région (l'Alsace, le Valais) et richement documentée en faits authentiques. Les villes et les châteaux de l'époque sont magnifiquement dessinés. Jacques Martin se promène sur les lieux de son enfance et imagine une histoire, mais le charme de la reconstitution est plus important que le suspense du récit. Ce voyage dans le passé fait aussi un peu penser à l'histoire des "Sorcières". C'est un album un peu à part dans l'oeuvre de Jacques Martin c'est un de ceux où l'on trouve le plus de sensibilité avec cette histoire d'amour impossible rappelant Roméo et Juliette.

Il faut remarquer qu'il y a pas mal de scènes assez lestes dans les histoires de Jhen (voir la séquence immédiatement ci-dessous). Est-ce que cela tient à la personnalité de Pleyers? Car Jacques Martin introduit peu ce genre de scène dans ses autres séries.

Mais il ne faut pas oublier que Jacques Martin fut obligé pendant la plus grande partie de sa carrière de subir une censure implacable sur le sujet (presse enfantine oblige).
Jhen est né bien après la révolution des moeurs 
Jacques Martin à évoqué ce sujet et a expliqué sa position, notamment à propos de Malua dans "Les proies du volcan", où il avait du tricher tout au long de l'album pour masquer la nudité naturelle de la jeune sauvageonne, et l'astuce qu'il a prise pour sortir les dernières planches de cet album, faites telles qu'il les voulaient .

Ci-dessous une interview Intéressante de Jean Pleyers 

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Martin, L'Histoire en héritage

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage

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Alix l'intrépide (1948

Une bien belle exposition Martin et consort en la galerie Huberty & Beyne, 91 rue Saint Honoré, Paris 1 er, jusqu'au 19 mars. Que des planches magnifiques de Jacques Martin, Pleyers, Bob de Moor ou Chaillet. Elles permettent de voir d'après originaux l'évolution du dessin de jacques Martin et cela à partir d'une des toutes premières planches du premier album des aventures d'Alix, Alix l'intrépide jusqu'à L'empereur de Chine. Si vous êtes riches vous pouvez repartir avec une planche de Jacques Martin (entre 13000 et 15000 €) ou moins une splendide planche de Pleyers pour 1000€.

Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage

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Les légions perdues

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L'enfant grec et Le dieu sauvage 

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L'enfant grec

Le dernier des spartiates

Le dernier des spartiates

Le dernier des spartiates

Le dernier des spartiates

Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage

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Le dernier des spartiates

Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
L'ile maudite

L'ile maudite

Paris, mars 2016

Paris, mars 2016

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Le repaire du Loup, dessin de Bob de Moor (1970)

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L'ouragan de feu

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Le vol du Spirit par Chaillet

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Le repaire du loup par Bob de Moor

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Jhen l'archange dessiné par Jean Pleyers

Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage
Martin, L'Histoire en héritage

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Jhen la cathédrale dessiné par Jean Pleyers

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Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux
Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Grâce à la récente parution du « Artbook » de Murena, la série reviens dans l'actualité. A cette occasion je me propose de me pencher sur cette série phare de la bande dessinée historique. Il n'est pas mauvais, il me semble de porter un jugement sur une oeuvre quelques temps après sa sortie surtout, lorsque comme Murena, celle-ci a provoqué un sentiment de nouveauté dans son domaine, soit la bande dessinée historique. Son cas est en outre un peu particulier car si la saga n'est pas officiellement close, elle se trouve en suspend du fait de la mort soudaine et prématurée de Philippe Delaby, son dessinateur.  C'est Theo, celui du "Pape terrible" qui en reprendrais le dessin. La sortie du tome 10 est prévue fin 2017.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Peu après la mort de Delaby, le scénariste, Dufaux avait déclaré que la série continuerai avec un nouveau dessinateur. Précédemment, lors d'une interview il avait confié qu'il y avait quatorze albums de prévus. Neuf sont déjà disponible, à quoi on peut ajouter l'album « artbook ».

Le premier album de la série est parue en 1997. Il provoqua des critiques presque unanimement louangeuses. Dix huit ans après, il ne me paraît pas inutile de réévaluer Murena. Si sa nouveauté et son incontestable effet d'entrainement, il est loin d'être certain que sans Murena, Alix senator ait vu le jour, la création de Delaby et Dufaux, aujourd'hui pâti justement de la comparaison, qu'il est difficile de ne pas faire, avec la séquelle des aventures du héros inventé par Jacques Martin. Le point faible de Murena est plus le scénario que le dessin. Il y a bien peu d'invention scénaristique dans cette série tout du moins au début. Le récit est un habile collage post-moderne de nombreuses sources. L'érudition de Dufaux n'est certainement pas à mettre en cause mais il brode sur l'Histoire alors que Jacques Martin a inventé un monde. Il est temps de faire un subtil distinguo entre roman historique et Histoire romancée. Il me semble que ce sont deux genres différents que l'on a trop tendance à confondre. Chacun des deux ayant ses chef d'oeuvres. On peut parler d'Histoire romancée lorsque l'auteur n'invente pas véritablement de personnages mais raconte l'Histoire à travers des figures ayant réellement vécues. Alors que le roman Historique met en scène principalement un personnage de fiction, qui peut certes rencontrer des figures historique, mais il vit des aventures sur un fond d'Histoire dont les évènements interfèrent plus ou moins sur sa fictive existence. Si l'on prend comme exemple l'oeuvre de la grande Marguerite Yourcenar, « Les mémoires d'Hadrien » sont clairement de l'Histoire romancée, alors que « L'oeuvre au noir » est un roman historique; son protagoniste principal, Zénon, étant une invention de l'écrivain. Pour la période qui nous intéresse, les romans d'Histoire romancée sont beaucoup plus nombreux que les romans historiques. Dans la première catégorie on peut ranger « Moi Claude empereur de Robert Graves, Les louves du Palatin de Jean Pierre Néraudau alors que Neropolis d'Hubert Monteilhet relève du second genre. En bande dessinée les albums d'Alix sont des romans historiques alors que Borgia de Jodorowsky et Manara relève de l'Histoire (très) romancée. Il y a quelques oeuvres qui se situent entre les deux comme « Cesare » de Fuyumi Soryo dans lequel le personnage principale est Cesare Borgia mais sa geste est le plus souvent vue à travers les yeux d'un être de fiction. Le cas de Murena est proche de celui de « Cesare ». L'oeuvre de Delany et Dufaux est transversale aux genres que j'ai définis. Le premier volet est de l'Histoire romancée, les personnages de fiction n'étant guère plus que des figurants, puis au fil des albums leur place ne fait que grandir pour devenir prépondérante à partir du « Sang des bêtes », le sixième chapitre.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Il reste que la bande dessinée, comme le roman est finalement moins au service de l’Histoire que l’Histoire au service de la bande dessinée ou du roman. Ainsi le souci de véracité, même lorsqu’il existe, ne peut-il supplanter l’importance de la narration et l’efficacité du dessin. Dans bien des albums étudiés, l’Histoire est un objet d’inspiration plutôt qu’un but à atteindre, et les sources de l’historien ne sont utilisées que pour mieux faire apparaître les vides dans lesquels peut se glisser la fiction.

Dans ces interstices de l'Histoire c'est même la bande dessinée qui « raconte » l’Histoire en comblant par le biais de la représentation fictionnelle les lacunes de notre connaissance de tel ou tel événement, de l’habillement d’une époque précise, ou de l’allure de villes antiques parfois très mal connues. Certains ouvrages ont même été l’occasion d’une collaboration entre écrivains et scientifiques, que ce soit pour produire des bandes dessinées ou des ouvrages de vulgarisation tels Les Voyages d’Alix. De manière moins quantifiable, les évolutions historiographiques semblent pouvoir être mises en parallèle avec les changements observables dans la bande dessinée : l’intérêt croissant pour des personnages, des aires géographiques ou des périodes qui s’éloignent de l’Antiquité dite « classique » – le Haut-Empire romain et la Grèce du Vème siècle – pourrait ainsi être l’illustration du passage d’une histoire événementielle à une histoire plus culturelle, et de l’intérêt croissant pour ce qui constituait jusqu’alors les marges géographiques et chronologiques de l’Histoire antique. Une évolution vers des tentatives de plus en plus minutieuses de s’approcher du vraisemblable historique est par ailleurs notée, s’expliquant à la fois par un rapprochement entre historiens ou archéologues et auteurs de bande-dessinée, certains possédant même les deux casquettes, et par le goût d’un public semble-t-il de plus en plus connaisseur et exigeant, qui n’accepte plus de toujours retrouver les mêmes poncifs sur des périodes historiques pourtant bien connues. 

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Notons que Murena n'est pas la première incursion de Dufaux dans l'antiquité romaine, avec la complicité du dessinateur Xavier Musquera, il a précédemment donné le jour à un « Sourire de la Murène » (éd. des Archers, 1986) dont le héros était déjà Lucius Murena, et dont l'action se déroulait en 65. Une suite annoncée, L'homme au masque d'or, ne parut pas.

Le premier album de Murena n'est que la mise en image assez paresseuse de la fin du « Moi Claude empereur » de Robert Graves. La seule différence notable entre le roman et la bande dessinée est, dans cette dernière, le traitement de la figure de Néron, qui y apparaît plus faible que pervers, contrairement à celle décrite chez Robert Graves et surtout dans l'adaptation télévisuelle du roman. Mais soyons juste dés le deuxième chapitre, chaque chapitre coïncide avec un album, le scénariste prend du champ par rapport à ses sources et un bonheur ne venant jamais seul, le dessin lui aussi s'améliore et les couleurs s'éclaircissent par rapport au premier tome. D'ailleurs lors de la réédition de celui-ci, les couleurs seront refaites par un autre coloriste.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Les couleurs semblent être un problème constant dans cette série. Les coloristes se succédant, il n'y a pas de continuité dans ce domaine. Le hiatus le plus grand est entre l'épisode 4, qui clos le premier cycle de la saga « la mère », et le 5; autant dans le volume 4, les couleurs sont claires, autant dans le 5, elles sont l'oeuvre de Jérémy Petiqueux, elles sont sombres et puisent dans une palette limitée dans laquelle les bruns dominent. Les couleurs s'éclairciront petit à petit et dans le chapitre 7 seront plus contrastées.

Pour en rester momentanément sur le dessin disons tout de suite qu'il est remarquable et qu'il ne fera que s'améliorer au fil des albums en particulier en ce qui concerne le découpage. La géographie des pages des premiers albums ne dérogent pas d'un gaufrier classique d'une huitaine de cases. Delaby toutefois a plusieurs répartitions des cases ce qui évite la fatigue de lecture. D'album en album le nombre de cases par page à tendance à diminuer jusqu'à atteindre quelques fois une case en pleine page dans les derniers opus dessinés par Delaby.

Dans le premier chapitre les personnages de fiction apparaissent qu'à peine. Ils ne jouent aucun rôle dans le déroulement du récit. « Moi claude empereur » se terminant avec la mort de Claude, Dufaux est contraint de changer de guide; ainsi les épisodes suivants regardent beaucoup du coté de Quo Vadis. Ce qui ne veut pas dire que Jean Dufaux ne puise pas dans les auteurs antiques. Par exemple certains détails de l'assassina de Lollia viennent tout droit de Dion Cassius.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Le personnage de Lollia est un bon exemple de la méthode de Dufaux pour tordre l'Histoire du coté de la fiction. Si dans Murena, Lollia est la mère du héros, elle n'est pas pour autant un personnage imaginaire. Voyons ce que nous apprend les sources antiques (Tacite, Suetone, Dion Cassius) à son sujet: Lollia Paulina est la petite-fille de Marcus Lollius Paulinus, qui avait été consul en -21. Son père était Marcus Lollius Paulinus, un ancien consul et sa mère Volusia Saturnina, sœur du sénateur et consul Lucius Volusius Saturninus. Sa grand-mère maternelle était lointainement apparentée à l'empereur Tibère. L'oncle maternel de son père était le sénateur et consul Marcus Aurelius Cotta Maximus Messalinus. Une sœur cadette de Paulina était Lollia Saturnina qui épousa le consul Decimus Valerius Asiaticus à qui elle donna un fils. Paulina devint très riche après avoir hérité de biens appartenant à des membres de sa famille. Quand après la mort de Messaline en 48, l'empereur Claude pense à se remarier, ses conseillers lui parlent également de Lollia. L'affranchi Calliste la voit d'un bon œil, parce qu'elle n'a pas d'enfants, qui auraient pu être en concurrence avec Britannicus, le fils de Claude. Quand, au bout du compte, Claude choisit sa nièce Agrippine, celle-ci accuse Lollia d'avoir eu recours à la magie noire pour gagner le cœur de Claude. Lollia n'a même pas le droit de se faire entendre : elle est bannie et ses biens sont confisqués. Dans l'exil, elle est contrainte au suicide. Dion Cassius, historien grec du II ème siècle, précise qu'Agrippine, mère de Néron, fut l'instigatrice du suicide forcé, et demanda qu'on lui apporte la tête de Lollia, qu'elle ne reconnut pas dans un premier temps : elle examina alors les dents de la défunte qui, ajoute Dion, "possédaient quelques particularités" Dufaux fait de Lollia un personnage attachant, en cela il s'éloigne pour une fois de Graves qui la décrit << aussi stupide et têtue qu'une mule et n'aimant que les bijoux.>>. L'écrivain anglais avait puisé ce dernier détail chez Pline qui nous apprend que Lollia portait sur elle pour 40 millions de sesterces en bijoux. 

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Le Murena de Philippe Delaby et Jean Dufaux donnent une image vivante de l'antiquité qui de façon graphique et narrative renouvelle le genre tout en s'inscrivant dans la tradition franco-belge, très éloigné à cet égard des outrances et invraisemblances de fictions influencées par l'héroic-fantasy américaine sans cependant complètement en rejeter les influences graphiques. Influences dont le traitement récent de l'antiquité romaine n'est pas épargné, voir à ce propos la série Spartacus à la télévision. Dans certaines scènes de violence Murena n'est pas si loin de cette dernière.

Dans Murena le caractère très méticuleux de la série, comme dans celles des Alix confère au sujet une similitude avec le réel, gage d'une certaine forme de vérité pour le lecteur.

La période choisie par les auteurs n'est pas innocente. Celle des empereurs Julio-claudiens est celle réputée pour ses débauches. Elle autorise des développements érotiques et même pornographiques voir par exemple les fantasmes homosexuels développés par le dessinateur britannique Zack dans ses petits opuscules ayant pour cadre la Rome impériale. Toujours pour appâter le chaland le fait de mettre un personnage de gladiateur dans un rôle important n'est pas non plus une mauvaise idée. Le gladiateur étant toujours un personnage fort gouté du public, voir la série télévisée Spartacus, déjà citée plus haut. Et cet engouement ne date pas d'hier dans la B.D, que l'on se souvienne, dans les années 50, de Rock l'invincible paru dans « Hurrah! » et du petit format « Olac le gladiateur » (Marco en Espagne).

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Alors que l'antiquité n'a été guère présente sur le grand écran ces dernières années, le plus grand succès du genre dans la période récente a été Gladiator, sorti en 2000, film dans lequel, comme son titre l'indique, les combats dans l'arène ont une grande importance. Le film trouve des échos jusque dans des détail comme cette curieuse arme à cinq pointes que gladiateur de la planche 25 de l'opus 4 (Ceux qui vont mourir) portant le plastron et le casque des provocatores, manie bizarrement.

Lorsque l'on voit tous ces gladiateurs qui fourmillent dans les oeuvres de fiction, on peut se demander s'ils avaient une telle place dans le monde romain et surtout s'ils avaient l'aspect qu'on leur imagine c'est à dire le plus souvent des colosses bodybuldés! On peut douter qu'ils furent ainsi, mais lorsque l'on voit en réelle des performances de gens qui tentent de reproduire le plus exactement possible des combats de gladiateurs avec armes et accoutrement similaires à ceux de l'antiquité, les tenants de l'archéologie expérimentale, comme le fait Brice Lopez, professeur d’arts martiaux, et directeur d’Acta-Expérimentation (2), on se dit que nos gladiateurs ne devaient pas être chétifs. On a une petite idée de leur morphologie et de leur régime alimentaire suite à la découverte de 70 squelettes de gladiateurs à Ephèse. D'après ces restes les chercheurs en ont déduit qu'ils se nourrissaient principalement d’orge et de féculents. Et donc qu’ils devaient être assez… enveloppés. Jean-Léon Gérôme, peintre d’une fameuse Aue Caesar, morituri te salutant, ignorait les hypothèses des anthropologues autrichiens Karl Grossschmidt [médecin-légiste, Institut autrichien d'archéologie] et Fabian Kanz (Institut de chimie analytique de l'Université de Vienne), 
mais dans son œuvre la plus célèbre, 
Pollice uerso, il a montré un mirmillon (armatura de fantaisie, mais à l’époque… ) nettement bedonnant : c’est-à-dire le triomphe du combattant expérimenté, sur un jeune rétiaire encore inexpérimenté…

 
Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Éric Teyssier, dans une excellente communication dédiée à « soixante ans de gladiature en BD », dégage quatre grandes périodes, fortement influencées par la peinture puis le cinéma : après une première période marquée par l’influence des œuvres de Gérôme (qui perdure jusqu’à aujourd’hui) et des découvertes faites à Pompéi, c’est le Spartacus de Stanley Kubrick en 1960 qui semble inspirer les représentations que l’on trouve dans Astérix gladiateur (1962) ou dans Alix – Les Légions Perdues(1965). Ces représentations fantaisistes sont remises au goût du jour, et rénovées, à partir des années 2000 et de la sortie du film Gladiator de Ridley Scott (2000), comme en témoignent les tomes de Murena sortis après cette date, et il faut attendre la fin des années 2000 pour qu’une nouvelle génération d’auteurs, derrière Enrico Marini (Les Aigles de Rome, 1er tome publié en 2007) ou Laurent Sieurac et Alain Genot (Arelate, 1er tome paru en 2009) tentent des représentations bien plus réalistes, délaissant la mise à mort automatique et autres poncifs comme le « pollice verso » ou le fameux « Ave Caesar, morituri te salutant » imposés par Gérôme.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

L'incipit de l'album (écrivant cela, je m'aperçois que je dois faire oeuvre de novateur car je n'ai encore jamais vu ce terme appliqué à la bande-dessinée.) ou plutôt les incipits, l'un pour le texte, l'autre pour le dessin, situent d'emblée le projet narratif. Dans le temps d'abord pour le texte: << Rome. Mai 54. Il est midi. L'empereur Claude assiste aux combats.>>. L'image sous le phylactère montre l'empereur et son entourage dans la loge impériale du Colisée (Tout du moins c'est ce que l'on imagine, mais alors il serait fâcheux pour une série historique de commencer par un anachronisme car la construction du Colisée a commencé entre 70 et 72 ap. J.-C., sous l'empereur Vespasien, et s'est achevée en 80 sous Titus.). La deuxième montre des gladiateurs nus en train de s'étriper. On comprend tout de suite que nous seront dans un registre moins puritain que celui des aventures d'Alix. Dans le troisième bandeau de cette première page on découvre un jeune spectateur de la boucherie. Il ne nous est pas présenté mais l'habitué de B.D. peut supputer raisonnablement qu'il sera le héros de l'album. Dans les pages qui suivent apparaissent sans tarder Britannicus et Néron et un personnage, un nubien dont là encore on devine qu'il tiendra un rôle important dans le déroulement du récit. La mise en avant au début du premier épisode de grandes figures historiques fait supposer au lecteur que ces dernières dans le déroulement de la saga prendrons le pas sur les personnages inventés par le scénariste, et il aura raison. C'est la grande originalité du scénario et aussi sa faiblesse de faire que les personnages fictifs soient plus des faire-valoir des figures historiques que les moteurs de l'aventure, comme c'est le cas dans Alix (il est difficile je le répète de ne pas faire la comparaison entre les deux grandes séries qui illustrent l'antiquité romaine d'autant que le graphisme d'Alix senator, bien que son dessinateur s'en défende est proche de celui de Murena) en fait, c'est donc surtout avec Alix senator qu'il est judicieux de faire la comparaison.

 
Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Dans les séquences suivantes nous découvrons deux femmes, d'abord Agrippine, la femme de Claude et mère de Néron en conversation avec son affranchi Pallas qui espionne pour elle et dans la suivante Lollia qui se révèle être la maitresse de Claude, l'empereur, et la mère du joli garçon que nous avons aperçu à la première page. Les personnages ne sont pas annoncés d'emblée; le lecteur apprend petit à petit qui ils sont et quels sont les liens qui les unissent.

Arrêtons nous sur la figure de l'empereur Claude, figure sur laquelle Delany a malheureusement dérogé au principe de reconnaissance dont je parlais plus haut et qui est cher au lecteur un tant soit peu féru d'Histoire. Il me semble qu'il aurait été judicieux de prendre pour modèle pour la représentation de l'empereur l'acteur Derek Jacobi (d'autant que Delaby prend souvent comme modèle pour ses personnages des acteurs de cinéma), formidable interprète de Claude dans la superbe série « Moi Claude empereur », adaptation télévisée du non moins superbe roman éponyme de Robert Graves. Certes Delany représente le maitre de Rome avec un visage assez ingrat mais doté d'un corps musculeux, ce qui est assez improbable, puisque les sources historiques le décrivent comme boiteux (un pied bot?) et bossu. Ce choix me paraît assez incompréhensible, tant la scène entre Agrippine et Pallas est dans la droite ligne du roman et de son adaptation télévisuelle ce qui fait supposer que les auteurs connaissaient ces oeuvres. Dans une interview Delany a déclaré avoir vu tous les péplums, mais il se vantait peut être un peu. Pour rester dans l'aspect physique des protagoniste de notre histoire, c'est l'actrice Carole Bouquet qui, ici, aurait inspiré celui d'Agrippine. On peut aussi pour le druide-guerrier de l'opus 6, Cervarix, lui trouver de grandes ressemblances avec Saroumane-Christopher Lee, dans Le Seigneur des Anneaux...

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

En parcourant les albums, on est frappé par les références cinématographiques, particulièrement au Ben Hur de Wyler, la course de chars dans Murena est un décalque de celle du film (à son propos il est aussi fort probable que Delany se soit inspiré des dessins de Peter Connolly sur le sujet). Et cela jusque dans les détails comme l'harnachement des chevaux, et les curieuses figures de colosses assis dans la BD, mais qui sont accroupis dans le film de Wyler, qui lui-même les avait repris de la précédente version MGM, celle de Fred Niblo (1925). Tout droit aussi sorti de Quo Vadis cette scène où Néron s'extasie sur la maquette de la Rome à venir. On retrouve également beaucoup du Spartacus de Kubrick dont l'atmosphère imprègne largement toutes les images gladiatoriennes, depuis les coiffures - la fameuse «boucle du gladiateur» - jusqu'aux images de leur caserne, avec ses hautes grilles, son arène privée, ses mannequins d'entraînement et même, dans l'opus 3, le maillage de la manica de Balba !

Il arrive aussi des glissement d'un modèle l'autre pour certains personnages ainsi gageons que la figure de Juba/Djimon Honsou injecta une seconde vie au personnage de ce gladiateur à peau d'ébène, d'abord «nubien», puis «numide», déjà présent, de dos, à l'extrême-droite de la seconde vignette de la première planche du premier album - mais qui ne sera nommé «Balba», pour la première fois, qu'à l'avant-dernière planche de l'opus 3 (2001); dès lors, sa personnalité et sa physionomie glissent du Draba/Woody Stroode du Spartacus de Kubrick vers le Juba/Djimon Honsou de Gladiator, sorti en juin de l'année précédente, comme l'attestera le superbe portrait aquarellé en frontispice de ce même album. Gageons encore que cette première planche de gladiateurs combattant complètement nus, à la vive surprise du Professeur Jean-Paul Thuillier, devait beaucoup à une lecture trop consciencieuse du roman d'Howard Fast (l'auteur du roman d'Histoire romancée dont s'est inspiré le film de Kubrick)... qui, on l'oublie, n'était pas pour rien aussi un auteur de Science-Fiction !

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Pour en revenir à Claude est-il agréable pour un dessinateur visiblement aussi amoureux des corps, tant féminins que masculins, d'être contraint de représenter durant tout un album, une mocheté. Non bien sûr, Il ne faut peut être pas chercher plus loin la raison du corps body-buldé de Claude dans Murena.

Lorsqu'un dessinateur représente un personnage historique il est néanmoins forcé, pour obtenir l'adhésion de son lecteur, de se conformer si possible à ce que ce dernier pourrait connaître du physique de ce personnage. Examinons la représentation de Néron dans Murena. Les latinistes auront en mémoire la description qu'en donne Suétone (mais il n'est pas inutile de rappeler que l'auteur des Douze Césars » est né deux ans après la mort de Néron! Et qu'il n'était guère admiratif de ce dernier, c'est un euphémisme...): << sa taille approchait la moyenne; son corps était couvert de taches malodorantes; sa chevelure tirait sur le blond; son visage avait de la beauté plutôt que de la grâce; ses yeux étaient bleuâtre et faibles, son cou épais, son ventre proéminent, ses jambes très grêles, sa santé robuste.>>. Première remarque on ne sait pas à quel âge de la vie de Néron s'applique cette description. Lorsque nous le rencontrons dans Murena il a 17 ans quand à Claude et Agrippine ils sont alors âgés respectivement de 64 et de 39 ans. Le Néron que nous découvrons au début de Murena est assez joli garçon et doté d'un corps bien dessiné. Pour le visage de Néron adolescent tel qu'on le découvre dès la page 5 du premier album, On peut penser que Delany s'est inspiré du buste de Néron, datant de 54, qui se trouve au musée du Vatican où le jeune empereur présente des traits fins pas encore empâtés.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Il est temps maintenant de parler de Murena, le personnage éponyme de la série, avec qui nous avons fait connaissance physique dés la deuxième case du premier album de la série, sans savoir véritablement qui il était, car si on se réfère à la tradition de la bande dessinée, la série portant son nom, il n'en peut être que le héros. En réalité on s'aperçois assez vite qu'il n'en est rien. Murena est un héros discret qui subit les événements. En fait c'est une sorte d'antihéros dont la quête pour venger sa mère n'est qu'une façon habile de raconter par le menu les cinq premières années du règne de Néron, période qui se termine avec la mort d'Agrippine. Dans cette période, disons du premier Néron, le jeune homme est encore sous l'influence de Sénèque son précepteur ainsi que de celle de Burrus dont on apprend la mort au début du cinquième album. Après les quatre premiers chapitre qui compose le cycle de la mère, la tonalité de la saga change. Elle devient encore plus noire. Murena passe au premier plan, à égalité avec Néron. Néron et même Rome sont devenus ses ennemis...

Par rapport à la tradition de la représentation de l'empereur Dufaux a opéré un glissement; ce n'est plus Néron qui est le monstre mais Agrippine. Contrairement par exemple à la plupart des historiens antiques et modernes, le scénariste n'attribue pas la mort de Britannicus au jeune empereur mais à sa mère tout en laissant une ambiguité car on peut aussi penser que britannicus a succombé suite à une crise d'épilepsie, mal dont il souffrait.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Murena propose des interprétations originales de personnages par ailleurs bien connus, comme Néron et Poppée. Au point de parfois renverser notre perception héritée des sources antiques pour des figures majeures comme l’empereur Néron qui, depuis Suétone, était devenu une figure d’empereur fou voire, à partir du Moyen-âge, d’Antéchrist. Ce glissement dans la bande-dessinée semble là encore correspondre à un renouvellement historiographique qui s’attache à relire les sources antiques pour expliquer en termes politiques plus complexes les mauvais rapports entre Néron et la classe dirigeante dont sont issus les grands historiens romains. Les auteurs de bande dessinée s’emparent donc de l’Histoire pour écrire leurs histoires, dans un processus de réécriture finalement propre à la création artistique.

La vision de Néron par Dufaux correspond aux travaux menés par les historiens et les latinistes comme  Eugen Cizek, Jean-Michel Croisille, Pierre Grimal, Claude Aziza qui ont ces dernières années réévalué le règne et la politique de l'empereur. Par exemple pour Claude Aziza << Néron est resté un enfant naïf qui croit aux fariboles des astrologues et aux contes de fées, au point, nous dit Suétone, de compter, pour renflouer sa cassette, sur le trésor mythique de la reine Didon de Carthage! (…) Décidément Néron n'était pas fait pour être empereur. Cruel par nécessité, dispendieux par insouciance, mal aimé, mal conseillé, mal marié, histrion par nature, fou par démesure. >>.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

L'ambiguité règne en maitre dans le scénario ainsi Murena croit être l'ami de Néron alors qu'il n'en est rien. Ses yeux se décilleront ensuite, mais il est vrai que Néron aura changé. Un des atouts majeurs de cette série est de dépeindre l'évolution psychologique d'un homme, en l'occurrence celle de Néron, mais aussi celle de Murena (je reviendrai sur cette gémellité), chose extrêmement rare en B.D. Notre héros prend de l'épaisseur, lorsqu'il cesse d'être gentil et se rend compte que l'empereur n'est pas son ami mais son ennemi. C'est l'éloignement par Néron de sa maitresse Actée qui était l'ancienne maitresse de l'empereur qui lui ouvre les yeux.

Dans la saga, l’empereur Néron a du sang sur les mains sans être l’archétype du tyran sanguinaire et dépravé. Dépeint au contraire comme un jeune homme de bon sens, Néron est déchiré entre la raison, la passion et ses responsabilités politiques. Un homme dont la cruauté obligatoire, compte tenu du contexte de l’époque, le dispute à la bonté sincère. Selon les ressorts de la tragédie antique, le jeune empereur, manipulé par un entourage vil et sournois, sombre peu à peu dans la folie : à l’origine de la mort de ceux qu’il aimait (Britannicus), ayant ordonné la mort de sa mère qui sapait son autorité, le voila désormais poussé, sous la pression populaire, à signer l’arrêt de mort des Chrétiens et de Saint Pierre qu’il aime profondément. Comment ne pas penser, dans un cadre historique plus large, à l’indécision du préfet Pilate qui fut contraint pour maintenir l’ordre public de tuer un fameux Nazaréen, 60 ans auparavant ?

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

Il est regrettable que Dufaux n'ait pas su éviter le coté saint sulpicien et de nous imposer la figure de saint Pierre qui n'a pas grand chose à voir dans cette histoire. Il faut rappeler qu'à l'époque Néronienne les chrétiens ne sont qu'une minuscule secte juive. Il est amusant de noter que dans Murena nous rencontrons pour la première fois Saint Pierre (dans le tome 5) dans une sorte de bar gay qui me paraît assez anachronique dans l'esprit sinon dans les pratiques. Nous retrouvons Pierre dans le chapitre 7, ce qui nous vaut une scène entre lui et Néron d'un pénible saint-sulpicianisme... A partir du tome 8 l'influence de l'esprit bondieusard de Ben Hur, plus d'ailleurs celui du film de Wyler que du livre du général Wallace. Murena a la même trajectoire mentale que Ben Hur au début il est l'ami de Néron comme Ben Hur l'était de Messala puis cette amitié se transforme en désir de vengeance. La haine et devient le seul moteur de la vie de Murena comme elle l'est de celle de Ben Hur, lui permettant de survivre à l'épreuve des galère puis vient le temps de la rédemption si Ben Hur sous le regard de Jésus << vois le glaive de la haine qu'il tenait en main tomber à terre. >>, c'est la rencontre de Pierre pour Murena qui le conduit à la rédemption... Il est à craindre que le dernier cycle de Murena tombe dans le sirop sulpicien!

Il me semble qu'il n'est pas outré de parler de misogynie à propos du scénario de Dufaux. On y voit Néron successivement victime de deux femmes fatale d'abord sa mère Agrippine puis de l'intrigante Popée n'est-il à la merci de cette dernière grâce à un filtre d'amour qu'elle lui aurait fait boire ce qui exonère l'empereur de toute responsabilité. On a là une sorte de réhabilitation de Néron assez proche des thèses que développe Claude Aziza dans son « Néron Le mal aimé de l'Histoire » (éditions Découverte Gallimard). Si la plupart des sources et des historiens considèrent que Néron a empoisonné Britaniccus alors que Dufaux fait d'Agrippine la coupable, Claude Aziza avance une autre théorie: que c'est Agrippine en se rapprochant de Britannicus pour le jouer contre son fils qui aurait condamné le fils de Claude.

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

On s'est beaucoup gaussé de l'histrionisme de Néron qui n'hésitait pas à chanter en public s'accompagnant à la lyre, mais on ne replace jamais ces épisode dans les moeurs de l'époque et le regard qu'on y portait sur l'empereur. On a retrouvé dans les ruines d’une petite ville d’Asie-Mineure un décret du peuple de ce pays en l’honneur d’ambassadeurs étrangers qui avaient chanté en public en s’accompagnant de la cithare. Ce qu’on louait chez les ambassadeurs ne pouvait pas beaucoup choquer chez le prince.

Au long des six premiers albums, Néron n'arrêtera pas d'éprouver de la fascination d'abord pour la lumière, puis pour le feu, pour finalement apprécier l'odeur de la chair calcinée (celle du giton de Proctus - opus 5). Par petites touches, Dufaux et Delaby guident leur anti-héros Néron de la raison à la folie. La dernière page de l'opus 3 ne laisse planer aucun doute dans notre esprit : le lecteur est assuré de, bientôt, voir Néron organiser l'incendie de Rome, en vertu d'une loi qui veut que la légende soit préférable à la terne réalité et en dépit de l'opinion générale des historiens contemporains. Mais le lecteur devrait se méfier des évidences...

Murena de Philippe Delaby et Claude Dufaux

 

Si d'après les interviews on peut penser que la trame générale de la saga était déjà posée avant le premier coup de crayon de Delany, on peut s'étonner en vieux routier de la B.D. Que Dufaux se prive de personnages prometteurs en les faisant s'estourbir prématurément ou nous sorte inopinément de son chapeau des premier rôle comme la mystérieuse aurige dans le tome 5. J'ai d'abord pensée que ce « Michel Vaillant » du cirque maximus n'était autre qu'Octavie, la sœur de Britannicus et l'épouse répudiée de Néron. N'aurait-ce pas là été deux excellents motifs de vengeance ? (Sa mutilation du visage étant, dans ce cas, liée aux circonstances de sa «mort», certaines sources historiques mentionnent qu'elle aurait été ébouillantée dans une étuve...

Mais à propos du personnage d'Octavie, on voit un autre phénomène fréquent dans les fictions historiques, l'élidation d'un être qui a réellement existé mais dont le présence ralentirait l'action. C'est ainsi, que de son propre aveu, Dufaut à fait passer la soeur de Britannicus à la trappe!

A propos de personnages l'un des plus intrigants et des plus intéressants de ceux que nous croisons dans Murena est Pétrone. Ce dernier est une figure idéale pour un romancier ou un scénariste. Il est à la fois célèbre, il passe pour être l'auteur de plus célèbre roman de la Rome antique, « Le satyricon » et nous ne savons à peu près rien de lui, ce qui n'est pas contraignant pour qui veut le faire apparaître dans un roman. Le public cultivé ne le connait guère que par le portrait qu'en a fait Sienkiewicz dans son célèbre Quo Vadis. Mais l'écrivain polonais n'a fait que broder sur le portrait qu'en fait Tacite qui nous le décrit comme un homme efféminé préoccupé uniquement de son plaisir. Tacite l'a surtout immortalisé par le récit de sa mort, en 65, il est condamné par Néron à se suicider, une des plus belles de l'antiquité et la seule véritablement épicurienne de l'Histoire. Ce qui valut à Pétrone l'admiration pâmée de tous les épicuriens du XVIII ème siècle. Voilà, ce qu'en écrit Saint-Evremont: « Ou je me trompe, ou c’est la plus belle mort de l’antiquité. Dans celle de Caton, je trouve du chagrin et même de la colère. Le désespoir des affaires de la république, la perte de la liberté, la haine de César, aidèrent beaucoup à sa résolution, et je ne sais si son naturel farouche n’alla point jusqu’à la fureur quand il déchira ses entrailles. Socrate est mort véritablement en homme sage et avec assez d’indifférence ; cependant il cherchait à s’assurer de sa condition en l’autre vie, et ne s’en assurait pas ; il en raisonnait sans cesse dans la prison avec ses amis, assez faiblement, et, pour tout dire, la mort lui fut un objet considérable. Pétrone seul a fait venir la mollesse et la nonchalance dans la sienne. Nulle action, nulle parole, nulle circonstance qui marque l’embarras d’un mourant : c’est pour lui proprement que mourir est cesser de vivre. ». Tacite nous apprend qu'avant ce trépas sublime il fut << Proconsul en Bithynie et ensuite consul, on le vit faire preuve de vigueur, et il fut à la hauteur de toutes les affaires.  Après cet effort, il était revenu volontairement à sa vie oisive et voluptueuse.>>. Cette carrière officielle avant les plaisirs ne cadre pas complètement avec le Pétrone de Murena qui paraît seulement qu'un peu plus vieux que son ami Murena dont il désire le corps...

Murena est une série essentiellement urbaine. La ville de Rome en est un personnage à part entière. Dans un exposé l'universitaire Michel Thiébault remarque judicieusement que cette série répugne à sortir de l'urbs alors que l'économie de l'époque néronienne était fondamentalement agricole. Il voit dans la prédominance des zones urbaines dans la Murena la difficulté qu'ont nos société urbaines et industrialisées à se projeter dans un monde rural. Ce centrage sur la ville et même sur la cour impériale à le grave défaut de faire passer à la trappe la dimension monde de l'empire, non seulement on ne voit pas « les provinces » mais elles sont à peine évoquées sinon comme lieu de bannissement. A contrario la vaste étendue de l'empire est très bien rendu dans les deux sagas alixiennes et « Les bouclier de Mars » de Chaillet. Si bien qu'on se dit que ces intrigues sanglantes de palais pourraient se passer dans celui d'une minuscule principauté. Il faut attendre l'épisode 6 pour l'action s'aère avec la chevauchée de Murena dans la Gaule enneigée.

La représentation de Rome par Delaby doit beaucoup à la grande maquette de l'architecte Gismondi (1) qui restitue la Rome du IV ème siècle, maquette que Gilles Chaillet a magnifiquement transposée en Dessin dans son magnifique album « Dans la Rome des Césars » (les auteurs de Murena en fin d'un des chapitre rendent élégamment hommage à Gilles Chaillet). La principale difficulté de Delaby pour son décor romain a été de l'adapter au 1 er siècle. On remarquera que l'action de Murena se focalise surtout sur le secteur du théâtre de Marcellus. Il reste que la représentation de la ville par le dessinateur reste surdéterminé par son modèle. Les dessins de Philippe Delaby concourent à magnifier la capitale de l'empire. Cette représentation d'une ville bien ordonnée, jusque dans ces quartiers populaire (beaucoup plus par exemple dans celle qu'on voit dans la série télévisé Roma) conforte le lecteur un peu cultivé, le lecteur de Quo Vadis par exemple, dans ses connaissances, ce qui est toujours bon dans le succès d'une oeuvre. On sait bien que plus que connaître, l'homme préfère reconnaître...

Si Murena sort peu de l'urbs et est chiche en vues panoramiques sur la ville (3). En revanche quelques cases s'attardent sur la vie quotidienne des romains. Ces courtes incises sont parfaitement intégrées dans le déroulement du récit, par exemple la scène bien documentée des latrines au début du chapitre 5. On imagine mal un panoramique sur des latrines publiques dans Alix senator et c'est à mon avis dommage... Au sujet des latrine, Jacques Martin c'est d'ailleurs, si je puis dire, exprimé: << A La Roque d'Antheron, l'on m'a demandé pourquoi je ne représentais pas les choses comme elles étaient, des patriciens discutant en faisant leurs besoins dans les latrines publiques, etc. Vous imaginez ça, dans le journal Tintin ? (…) Aussi, je choquerais beaucoup de gens si dans mes histoires, je décrivais de façon réaliste les véritables mœurs romaines. Bon gré mal gré, je dois observer une certaine prudence dans le choix des situations que j'illustre : par exemple, je n'ai jamais voulu représenter les latrines publiques ni les Thermes. Si je le faisais, on ne manquerait pas de m'accuser de provocation, et la provocation est tout à fait étrangère à mes desseins.>>. Certes, certes mais le journal Tintin à disparu et Alix senator me paraît destiné à un autre public que celui de la série mère.

La série nous renseigne sur « les classes sociales » à Rome et les distinctions qu'il faut faire entre citoyen romains, affranchis et esclaves. Et bien avoir à l'esprit que si certaine pratique sont répréhensible pour une certaine population, elle ne l'est pas forcément pour une autre. Par exemple quand Pétrone explique à Acté que la prostitution à laquelle elle s'était autrefois livrée n'avait rien de répréhensible, c'est qu'elle n'était pas une citoyenne mais une esclave (album 5). Or, si le commerce était en principe interdit aux nobles romains, il n'était ni illicite ni honteux de tirer de substantiels revenus d'entreprises même les plus viles, lorsqu'elles étaient gérées par des intermédiaires! Les affranchis servaient entre autres à cela. C'est le cas de Pallas qui sert de proxénète à Acté. Faisons maintenant un peu de vocabulaire latin, ce qui est fort éclairant sur les mentalités de l'époque: Les termes lanista (maître de gladiateurs) et leno (proxénète) étaient d'ailleurs connexes et sémantiquement liés au trafic de la viande. En l'occurrence, la chair humaine. Pallas, donc, l'affranchi de Claude, comme affranchi d'origine grecque était loin d'être un citoyen respectable. Si riche était-il, il n'était qu'un homme de rien. Que, dans la BD du moins, il prostitue des filles, n'aurait rien eu de surprenant. Il faut savoir que même affranchi l'esclave demeure une créature de son patron; et c'est ce qui permet à Néron de contraindre Acté à épouser l'homme qu'il lui a choisi, le vieux centurion Sardius Agricola (opus 5).

On peut multiplier les exemples. Ainsi Massam peut bien, sans complexe, faire brûler vif le giton de Proctus car le dit giton ne peut être qu'un esclave. Un citoyens romain ne peut pas être passif (en théorie bien sûr) : il ne risque pas grand chose, juridiquement parlant. Quoique ce fût précisément sous Néron que furent promulguées des lois visant à protéger la population servile contre la cruauté des maîtres. Ainsi abolit-on, notamment, celle qui vouait à la mort toutes la maisonnée d'un maître qui aurait été assassiné par un de ses esclaves. Il arriva que des centaines d'esclaves périssent de la sorte, expiant la faute d'un seul 

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous savez que la chasse aux anachronismes est un de mes sports préférés. Je n'en ai guère trouvé dans Murena (à part l'incipit déjà décrypté), cependant des le début du premier tome j'ai été choqué par une case dans laquelle on voit Néron lire un livre dans le jardin de sa tante. Le livre n'est pas un rouleau mais un livre semblable à ceux d'aujourd'hui, un codex. Cette image m'a paru parfaitement anachronique. Après renseignement auprès de wikipédia et de quelques autres sources, celles-ci convergent et disent que le codex aurait été inventé à Rome deux siècles avant J.C. Mais commencé à être d'un usage courant seulement à la fin du premier siècle de notre ère. Il est donc pas impossible de voir Néron un codex dans les mains en 54. Mais il me semble qu'en l'espèce les créateurs de Murena ont enfreint une règle qui est de ne jamais mettre dans une fiction historique un élément par trop étrange pour l'époque traitée, même si sa présence est possible. Delaby n'a d'ailleurs pas persisté dans cette représentation de livre antique; quand Murena se rend chez ce libraire romain Chlirfus (en qui tous les bruxellois amateurs de BD auront reconnu le libraire Schlirf) , page 16 de l'album 6, on voit dans son échoppe des rouleaux et des sortes de dossiers mais plus de codex.

C'est dans cette librairie que Murena commettant un crime quasiment gratuit bascule dans le coté obscur. Voilà une des grandes nouveautés de cette bande dessinée faire que son héros évolue vers le mal! L'album 6 marque un tournant dans la série et un net durcissement du récit non seulement Murena devient meurtrier mais Balba «tue» Massam en le frappant dans le dos. Pour parvenir à ses fins, Evix n'hésite pas à poignarder la sentinelle romaine tout en conversant paisiblement avec lui. Cet album a été publié en 2006. Faut-il y voir une influence de Rome (HBO, 2005) où l'on voyait le jeune Octave, encore ado, torturer personnellement le beau-frère de Vorenus... seulement coupable d'adultère.

Contrairement à la série Alix mais tout comme Alix senator Murena bénéficie d'une chronologie rigoureuse:

LE CYCLE DE LA MÈRE
1. La pourpre et l'or (1997)
    De mai à octobre 54 : six mois
    La fin du règne de Claude
2. De sable et de sang (1999)
    Du 13 octobre 54 à quelques jours après le 13 février 55 : 4 mois
    La mort de Britannicus (41-54)
3. La meilleure des mères (2001)
    Mi-février 55 à, plus ou moins, 58 (?)
    Rivalité d'Agrippine et Domitia Lepida
4. Ceux qui vont mourir (2002)
    Courant 58 à mars 59
    Débuts de la liaison Néron-Poppée. Mars 59 : assassinat d'Agrippine
    (Près de trois ans se sont écoulés entre les opus 3 et 4)

LE CYCLE DE L'ÉPOUSE
5. La déesse noire (2005)
    Printemps 62...
    Néron épouse Poppée enceinte de ses œuvres. L'apôtre Pierre est à Rome
6. Le sang des bêtes (2006)
    ... à hiver 62
    Néron forme des projets urbanistiques pour Rome. L'apôtre Pierre est toujours à Rome
7. Vie des feux (2009)

L'été 63

8.

L'été 63

L'incendie de Rome

9.

L'automne 63

Le déblaiement de Rome, la crucifixion de Pierre.

L'ennui avec Murena, comme avec toutes les séries historiques récentes, et pas seulement celles sur l'antiquité, c'est qu'elle charge la barque plus que de raison en atrocités. Serait-ce pour faire paraître notre époque plus douce en comparaison, pourtant elle ne manque pas non plus de massacres gratuits et sanglants. Ainsi était-il nécessaire de faire occire l'empoisonneuse Locuste par Agrippine alors qu'en réalité elle fut exécutée quelques années plus tard sous le règne de Galba...

S'il est amusant de débusquer les clin d'oeil cinématographiques, qui ne manquent pas dans la série, il l'est tout autant de chercher dans la statuaire antique, les pièces qui ont inspiré certaines cases. Ainsi quand les prétoriens de l'empereur Claude escortent le jeune Néron dans, La pourpre et l'or. Philippe Delaby s'est inspiré du fameux haut relief du Musée du Louvre. A l'origine, ce relief en marbre semble avoir fait partie d'un arc célébrant le triomphe de Claude sur la Bretagne, mais les spécialistes discutent encore pour savoir s'il faut bien voir ici des prétoriens, ou peut-être tout simplement un quarteron d'officiers supérieurs. A noter les luxueux casques de type attique très différents de ceux portés, à la même époque, par la troupe des légionnaires. Avec leur cimier de plumes non pas raides mais ondoyantes, ils vont inspirer ceux à plumes d'autruche que l'on verra dans de nombreux péplums hollywoodiens, notamment le consul Quintus Arrius/Jack Hawkins, lors de son triomphe, dans Ben Hur, 1959.

Nos auteurs font feu de tout bois pour leur inspiration. Ils puisent aussi dans la mythologie gréco-romaine. Par exemple à la planche 6 de l'opus 1Néron a la vision d'un dieu de lumière, qui lui promet l'Empire pour peu qu'il sache s'en emparer. La scène n'est pas sans rappeler Mercure (chapeau ailé, caducée) apparaissant à Jason, dans Jason et les Argonautes et le coachant vers l'Olympe où, contre l'avis de son époux Zeus, Héra le prend sous sa protection, sauf que Mercure est, ici, nu. Et que les ailes à son front sont en fait fixées à un casque, non au chapeau de voyageur qui est normalement l'attribut de Mercure. En fait, ce dieu de lumière que Dufaux ne nomme jamais mais qui apparaît dans la saga de manière récurrente, tantôt comme une vision parlante, tantôt comme une statue dans le décors, témoin muet tantôt de Néron, tantôt de Murena, avec son casque ailé, serait plutôt le héros Persée, le vainqueur de la Gorgone Méduse, à qui Hermès-Mercure transmit ces symboles : les ailes sur le casque, et peut-être le caducée, toujours bien en évidence dans les vignettes; et dont les deux serpents affrontés et toujours prêts à se mordre anticipent le drame qui va opposer la mère et le fils. Quand à Méduse, mi-Gorgone mi-Furie, son masque tout aussi récurrent dans la saga est l'image subliminale de l'empoisonneuse Locuste, la sorcière attachée à Agrippine.

Etant moins intéressé probablement par le corps des dames que les auteurs, je n'ai pas encore abordé le volet sexuel de l'oeuvre. Dans Murena le sexe est essentiellement hétérosexuel. Si l'on excepte quelques regards appuyés entre jeunes gens ou moins jeunes... et le chaste baiser de Pétrone à Murena, même si la case suivante peut faire penser qu'ils ont consommé, le sexe entre mâle est bien peu présent. En revanche le lecteur a droit à chaque album à une femme nue alanguie que n'aurait pas reniée je crois Frazetta... Ces pulpeuses nudités ont posé des problèmes pour l'édition de la série dans certains pays, il suffit de faire comme la fait judicieusement Isabelle Schmitt-Pitiot la comparaison entre les versions française et américaine de Murena pour proposer une réflexion sur la censure et le degré de tolérance de la société américaine sur la nudité d’une part, les personnages sont régulièrement « rhabillés »,et la violence de l’autre, les scènes même les plus crues ne sont absolument pas retouchées...

 

 

1- Cette maquette a été construite en 1937 pour être présentée au Musée de la Civilisation Romaine (où elle est toujours, elle était fort empoussiérée lorsque je l'ai vue en 1978, espérons qu'elle a été nettoyée depuis. Si un lecteur a des informations sur ce sujet qu'il nous en fasse profiter...). La maquette a été construite à l'instigation du Duce. Il ne faudrait donc pas mésestimer la charge politique que contient cette vision de Rome même si cette réalisation s'inspire d'une maquette plus ancienne construite par l'architecte Paul Bigot en 1911, dont un exemplaire est toujours visible au Musée d'Art royaux de Bruxelles. Un exemplaire qui se trouvait à l'Ecole des Beaux Arts de Paris a été détruite en 1968 en un acte de vandalisme qui exprimait de façon symbolique (et imbécile) le rejet de l'esthétisme classique.

2- http://www.acta-archeo.com/ )

3- Le dessinateur a néanmoins eu la bonne idée de ressuscité une pratique que l'on trouvait dans les albums du début des années 50, Les aventures de Corentin, Le secret de l'espadon, celle de la case en pleine page ce qui nous vaut quelques belles vues de Rome.

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Wimbledon raconté par Raymond Reding

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Wimbledon raconté par Raymond Reding
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case en exergue: Christophe Simon

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case en exergue: Mittei

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case en exergue: Mittei

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Bakuman (article augmenté et actualisé)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Bakuman (article augmenté et actualisé)

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Bakuman est un manga dessiné par Takeshi Obata sur un scénario de Tsugumi Oba, les auteurs de Death Note. Obata est aussi le dessinateur d'Hikaru No Go. Takeshi Obata (小畑 健) est Né en 1969 à Niigata. Il commence à être mangaka assez tôt en travaillant auprès de Nobuhiro Watsuki, mais se rend compte qu'il est beaucoup plus doué en dessin que dans la création de scénarii. Il va donc travailler avec des scénaristes. Hikaru no go sera son premier grand succès.

La première qualité qui me subjugue dans le manga est de s'emparer de sujets qui paraissent inadaptables en bande-dessinée en particulier en raison de leur coté statique, comme la fabrication du pain ou le jeu de go et d'en faire des séries passionnantes dont on attend avec impatience chaque livraison.

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C'est encore le cas avec Bakuman qui est centré sur le manga et son élaboration de la table à dessin jusqu'à sa parution.  Les différentes techniques de dessin comme l’utilisation des plumes et leurs différents types, les étapes de création graphiques, de l'élaboration des personnages à l'apposition des trames,  le découpage, le passage par les Nemus et même les relations avec les éditeurs, tout cela est présenté en détail. Cet odyssée est racontée à travers l'éclosion de deux jeunes mangakas, Mashiro, le dessinateur et Takagi le scénariste. Ils sont âgés de quatorze ans au début de l'histoire. Pour renforcer l'impression documentaire, le premier manga du tandem de collégien, ce qu'ils sont au début du récit, est publié dans ce qui est dans la réalité le plus célèbre de tous les magazines de pré publication de mangas, Weekly Shônen Jump dans lequel on peut lire en vrai  One piece, Naruto... et Bakuman! On est invité ainsi à découvrir le fonctionnement de ce célèbre journal. Il est probable que nombre des protagonistes qui y gravitent sont directement inspirés de personnes réelles. Si ce n'est pas la première fois que le manga se penche sur lui même, on peut citer ce chef d'oeuvre qu'est une vie dans les marges ou encore l'hagiographique vie de Tezuka parue chez Casterman, sans oublier  Ma Voie de père d’Horoshi Hirata, Journal d'une disparition d'Hideo Azuma, qui ne présentait pas cet univers d’une manière très positive ou encore le très bon Un zoo en hiver de Taniguchi mais dans ces trois derniers cas le métier de mangaka n'était pas au centre des récits; donc  c'est habituellement dans des seinen (manga pour adultes), cette fois c'est dans le cadre d'un shonen (manga pour garçons) , on peut même dire que parfoidont le public visé est clairement celui des adolescents et jamais le lecteur n'a été immergé jusque là dans ce milieu comme dans Bakuman. Pour bien appuyer leur approche didactique de l'univers manga, les auteurs ont glissé dans chaque tome des nemus originaux (planches dessinées sous la forme de storyboard) de leur travail.  Il est a noter que la B.D. Franco-belge a bien peu révélé ses coulisses, il ne me vient à l'esprit que « Pauvre Lampil » dont l'intégrale vient d'être éditée. A  propos de cette dernière série, il serait intéressant de savoir à quel point Bakuman est autobiographique. 

 

La série a connu un grand succès au Japon, il n'y avait qu'à entrer dans les boutiques qui vendent des mangas pour s'en apercevoir en voyant les piles de Bakuman qui attendaint l'acheteur; la parution d' un nouveau tome etait annoncée dans le métro de Tokyo comme le montre la photo ci-dessous. Le succès fut également au rendez-vous en France où à chaque nouveau volume une gondole entière lui etait dévolu par exemple à la FNAC Chatelet.

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Le réalisme de Bakuman est saisissant et nous montre avec une certaine neutralité les méthodes des éditeurs et leur droit de vie ou de mort sur les séries qu'ils publient. 
On voit aussi plus que jamais comment la popularité de la série influe directement sur le manga lui-même.

Avec une série qui nous parle de la vie de mangaka, on aurait pu penser qu'en quelques tomes on en aurait fait le tour (mais c'est mal connaître les scénaristes japonais). Bakuman nous prouve l'inverse en arrivant à se renouveler quasiment à chaque tome en abordant un nouvel aspect de ce métier bien particulier.

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Quatre chapitres sur cinq sont entièrement consacrés à de nombreuses et très détaillées explications sur le processus complexe qu'est celui de la création et de l'édition d'un manga. Chaque étape du travail d'édition nous est exposé clairement et simplement, des discussions entre auteurs et éditeurs aux concours pour jeunes mangakas et autres sondages.

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Il serait dommage cependant de considérer Bakuman comme seulement un documentaire romancé sur l'univers du manga même si c'est une extraordinaire radiographie de cet univers et de ses mécanismes, beaucoup plus sophistiqués que ceux qui régissent la bande-dessinée en Europe cette série est bien autre chose.

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En préambule, une remarque historiciste sur le genre: La grande originalité de la bande dessinée japonaise par rapport à ses homologues européennes et américaines est qu'elle a segmentée son offre ciblant par des mangas spécifiques, les jeunes garçons, les femmes au foyer, les employés des grandes entreprises, les étudiants... Toutefois Bakuman n'est pas le reflet exact de la situation du manga au Japon aujourd'hui. Il serait plutôt celle d'il y a cinq ans. Car aujourd'hui l'édition papier du manga, même si elle connait des tirages sans communes proportions avec ceux de la presse française, toutes catégories confondues, connait une crise sans précédant dont la cause principale (il y en a d'autre) est l'omniprésence du téléphone portable dans la société japonaise (comme dans la notre) en effet une grande partie de la lecture des manga se faisait dans les transports en commun extrêmement fréquentés par les tokyoites et les habitants des autres grandes villes de l'archipel, c'était un spectacle habituel d'y voir, côte à côte les occupants d'un wagon de métro plongé dans de gros albums hebdomadaires de pré publication de manga, aujourd'hui, les mêmes ont les yeux rivés sur leur portable.

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Curieusement pour une série pour adolescent, Bakuman est dans son début très pessimiste et teinté par la désillusion de ses héros malgré cela grâce au talent des auteur s le lecteur est immédiatement accroché.

Bakuman répond à toutes les règles du shonen avec son histoire d'amour ultra romantique qui paraît extravagante à des yeux occidentaux mais qui dans le contexte nippon ne l'est pas tant que cela. Sans oublier les codes graphique du genre. Le héros a des mèches rebelles et son ami a les cheveux décolorés (très fréquent chez les ados à Tokyo et à Osaka).

En filigrane la série offre une photographie pas innocente de la jeunesse japonaise. Elle nous renseigne aussi sur des valeurs de la société nipponne que nous ne partageons pas toujours ou qui sont même quasiment tabou dans la société française comme l'hérédité, ce qui n'est une pas contradiction dans un pays où les postes de commandes et les premiers rôles sont le plus souvent dévolus à des héritiers. On voit par exemple que pour les dirigeants du Jump, il est normale que Mashiro soit doué en dessin puisque son oncle était un mangaka talentueux, même s'il n'a pas connu le succès. De même, au vu de leur maison les parents d'Asuki ont réussi, donc ils sont intelligents par conséquent leur fille ne peut être qu'intelligente.

 

© Tsugumi Ohba·Takeshi Obata / SHUEISHA Inc. All rights reserved.

Bakuman au fil des épisodes met de plus en plus en lumière l'importance de l'éditeur et la pression que les lecteurs font peser sur les auteurs par le biais des sondages sur la popularité de leur manga. Outre sur les arcanes de l'éditions japonaise, Bakuman n° 10 sur penche sur des aspect technique de la création comme la forme du texte que le scénariste propose au dessinateur ou l'utilisation des trames par ce dernier. On voit également qu'un mangaka doit faire preuve de psychologie pour gérer son équipe d'assistants. Tout cela est raconté avec beaucoup de légèreté et d'humour (les auteur parviennent à se moquer de leur propre manga). Certaines pages contiennent de véritables leçons de manga.

Il n'en reste pas moins que pour l'état des lieux de l'édition du manga au Japon, Bakuman ne reflète plus la réalité d'aujourd'hui mais celle d'il y a quelques années car en 2012, ce ne sont plus les journaux de prépublication qui sont les moteurs de l'édition du manga comme ils le furent depuis une cinquantaine d'années et comme le montre Bakuman, mais les adaptations en animé ou au cinéma qui boustent les ventes des albums (c'est le cas pour Bakuman). L'un exemples les plus frappants est celui de Thermae Romae qui a été adapté au cinéma, avec de véritables acteurs, et en animé pour la télévision sans que la revue de prépublication dans lequel il paraît, connaisse une embellie significative de ses ventes. Autre exemple, « Les vacances de Jésus et Bouddha » de Nakamura Hikaru, qui vend en moyenne un million d'exemplaires de chacun des volumes de la série, n'a pas fait sortir la revue dans lequel il paraît en prépublication d'une relative confidentialité.

Alors qu'auparavant la source principale de revenu des éditeur provenait de la vente des journaux de prépublication, puis de la vente des albums lorsqu'une série avait été plébiscitée par les lecteur, c'est ce processus qui est décrit dans Bakuman, aujourd'hui ils tirent leurs bénéfices de plus en plus de la vente des droits pour la télévisions et l'édition en dvd sans oublier un pourcentage sur les entrées en salle qu'une adaptation cinématographique peut générer. Beaucoup d'éditeurs d'ailleurs participent directement à la production de ces adaptations (celles-ci qui ne nous arrivent presque jamais sont néanmoins pas trop difficile à voir via la toile si on est un peu malin, je ferai un article dans quelques temps à ce sujet).

Il est bon de rappeler quelques chiffres qui donne au Japon l'importance économique et culturelle du manga. Pour une population d'environ quatre vingt millions d'habitants, l'hebdomadaire Shonen jump ou est censé paraître Bakumen a vendu, il y a quelques années jusqu'à 6 millions d'exemplaires. Ses ventes sont aujourd'hui retombée à 3 millions chaque semaine (tout de même). Ce sont essentiellement deux séries, « One piece » (dont le tirage initial pour chaque tome est de 4 millions) et « Naruto » dont le tirage est approchant de celui de « One piece ».

 

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On remarque à certains détails à la fois la hiérarchie et l'entraide qui existent dans la société japonaise; ce qui peut aller de paire avec un certain isolement des cellules familiales entre elles. L'oncle de Mashiro est à la fois tenu en piètre estime par sa famille, c'est un artiste et pire un artiste qui ne réussit pas, et aidé par celle-ci au moment des étrennes, alors qu'il est adulte on comprend qu'il reçoit une somme importante d'argent qui va l'aider à vivre durant l'année.

On voit au travers les hésitations de Mashiro malgré ses dons et sa passion à se lancer dans la carrière de mangaka combien le modèle dominant, celui du bon garçon qui devient un salaryman et fera tout pour gravir un à un les échelons dans l'entreprise dans laquelle il sera entrée est prégnant. La grande crainte du garçon est de causer des problèmes à ses parents.

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Bakuman illustre aussi combien le petit japonais (mais est ce si différent en France) est conditionné dès le plus jeune âge et combien les premières années de sa scolarité sont cruciales. Il faut rentrer dans une bonne école pour ensuite pouvoir rentrer dans une bonne université (c'est le modèle américain) et la comme le dit Mashiro, ce sont ceux qui auront les meilleures notes qui seront les futurs dirigeants. Le seul échappatoire est de devenir artiste, mais alors la sélection est encore plus impitoyable. C'est cette compétition pour la survie que nous narre Bakuman. On voit que le responsable éditorial des deux garçon peut perdre son job s'il ne lance pas en deux ans un succès.

Ce coté lisse et gentil du héros est un des défauts de la série, il n'a rien dexceptionnel contrairement aux protagonistes de Death Note qui avaient presque tous une très forte personnalité (seul le personnage de Fukuda rappelle ceux de Death Note).

Ici les deux mangakas ne se disputent jamais et ne semblent pas avoir des égos surdimensionnés, ce qui est bien rare pour des artistes. Le scénariste veut sans doute en cela montrer avec force combien la cohésion entre un dessinateur et son scénariste est indispensable pour créer une bonne oeuvre.

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Ce qui est le plus frappant est la difficulté de communication entre les membres de la société, jusque dans la famille. Lorsque Mashiro veut communiquer avec son père, il passe par l'intermédiaire de sa mère. A noter que l'on voit jamais le père de Mashiro, pas plus que celui d'Asuki, sa petite amie, probablement pour signifier l'absence fréquente du père de famille dans les foyers japonais accaparé par l'entreprise dans laquelle il travaille et aussi après le labeur préférant rester entre collègues homme que rentrer au foyer. Même lorsqu'il veut donner un conseil à son fils le père de Mashiro préfère lui téléphoner plutôt que lui parler face à face, évitement typiquement japonais. L'image du foyer est représentée par celle de la mère de famille; femme au foyer est encore l'horizon de bien des femmes japonaises, ceci dés leur mariage, même lorsque la femme a fait des études et avait préalablement une bonne situation c'est le cas par exemple de la mère d'Asuki.

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Autre image très traditionnelle de la femme japonaise, même lorsqu'elle a un physique de jeune bimbo comme Miho la copine de Takagi qui ne semble vouloir qu'être le modèle de la gentille et sage épouse ne rêvant que son Takagi chéri accomplisse ses propres rêves.

Pour corroborer ce que j'écrivais au début de ce billet sur la situation actuelle du manga, on a le sentiment que les jeunes mangakas de Bakuman sont nostalgique de l'âge d'or de leur art. Dans les premiers volumes on trouve de nombreuses référence aux maitres du manga comme Tezuka, Toriyama, Eiichiro Oda ou Masashi Kishimoto. Cette habile mise en abîme est à la fois un hommage à l'art du manga et une manière de rendre complice le lecteur. Chaque volume est long à lire car il comporte de nombreux dialogues très explicatifs mais jamais ennuyeux.

 

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Le dessin d'Obata est immédiatement reconnaissable, sa finesse fait encore une fois merveille. Il est souvent soigné, bien que la qualité, comme dans presque tous les mangas soit inégale (on en comprend la raison après justement avoir lu Bakuman) tout en étant d'une qualité supérieur à la quasi totalité de ses confrères; pour s'en persuader il suffit d'agrandir certaines cases pour s'en apercevoir. Sa tonalité est plus claire que dans Death note et se rapproche de celle d'Hikaru No Go. Il est recommandé d'être bien attentif aux détails de certaines cases pour gouter pleinement ce manga. Il est amusant de constater, alors que depuis le  volume numéro 1, nous en sommes aujourd'hui au 10, cinq ans ont passé, les deux garçons n'ont presque pas changé d'apparence physique en revanche, ils ont, normalement, évolués psychologiquement.

 

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© Tsugumi Ohba·Takeshi Obata / SHUEISHA Inc. All rights reserved.

 

Il serait naif de croire qu'il n'y a pas de différences de qualité entre les tomes d'une même série, mais il n'en est pas autrement avec les roman dont suivant les chapitres les temps forts alternent avec les temps faibles qui sont par ailleurs des respirations nécessaires au récit. Le tome 10 de Bakuman, est avec le premier le plus dense. Saikô et Shûjin, qui rêvent de devenir de grands auteurs de mangas, se sont mis eux-mêmes au pied du mur. Sans savoir que leur premier responsable éditorial, M. Hattori, tire les ficelles en cachette, ils préparent leur nouvelle série en suivant scrupuleusement les directives de M. Miura, leur responsable actuel. À quel manga génial vont-ils aboutir ?! Ce dixième opus nous donne un véritable documentaire sur les coulisses du plus grand magazine de pré-publication de mangas au Japon. Il montre en particulier le rôle crucial qu'a l'éditeur pour un auteur. A la lecture, on voit bien que l'éléboration d'un manga est une oeuvre collective (tout du moins pour ceux qui ne sont pas les grandes stars du média) et va à l'encontre de l'idée du créateur qui élabore son oeuvre dans l'isolement de son atelier, image inéxacte que tant pourtant à propager, par ailleurs l'excellente revue Animéland.

La fin de la série, elle comporte vingt tome, est un peu conventionnel, et puis on est si triste de la voir se terminer. On aurait aimé en savoir plus sur certains seconds rôles aussi attachant que les deux héros 

 

 



 

Bakuman est un de ces nombreux mangas instructifs, ce dernier mot est pour notre malheur devenu désuet alors qu'avec la complexité toujours plus grande du monde devrait être celui que l'on met le plus à l'honneur. Il possède au plus haut point le secret, qu'il partage avec quelques uns de ses semblables, celui de nous en apprendre beaucoup en nous distrayant.

 

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j'ai pris cette photo en octobre 2011 dans le métro de Tokyo

Après l'animé le manga a bénéficié d'une adaptation cinématographique, avec de vrais acteurs, sortie au Japon le 3 octobre 2015 curieusement bien après la fin de sa publication en manga. Le film est réalisé par One Histoshi, avec Satoh Takeru, Kamiki Ryunosuke, Komatsu Nana, Kiritani Kenta... Le film lors de son premier week-end a engrangé 184 263 spectateurs et plus de deux millions de dollars de recette!

Bande annonce du film

 

 

image publicitaire lors de la sortie du film au Japon.

image publicitaire lors de la sortie du film au Japon.

Cosplay >> Bakuman









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case en exergue, Russ Manning

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Russ Manning

C'était au temps où l'on pouvait dessiner de méchants nègres...

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Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

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Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Un navire marchand phénicien sombre peu avant son arrivée à Alexandrie. Privé de la lumière du feu sacré du Pharos (le fameux phare d'Alexandrie, une des sept merveilles du monde antique), il n’a effectivement pu éviter les récifs. Depuis que le roi, Ptolémé, a confié la gestion de l’île et l’entretien de son phare à un étranger, Polynice, un mystérieux crétois, de nombreuses rumeurs circulent dans la cité : disparitions mystérieuses, espionnage, vente du monument… Rien de tel pour attiser la curiosité du valeureux Alix, qui séjourne en compagnie d’Enak dans la ville, pour y remplir une mission secrète sur ordre de César en personne. Le jeune gaulois sent que l’île de Pharos, et surtout son mystérieux gestionnaire, cachent de biens inquiétants desseins. Un seul moyen d’en avoir le cœur net : s’y rendre à tout prix. Attendant de trouver le moyen d’en savoir davantage, il rencontre Cléopâtre qui lui confie l’objet de sa mission : transmettre à César la preuve d’un complot fomenté par Ptolémée et visant, entre autres, l’empereur romain. La reine se retire, laissant le soin à Cristène de veiller sur les deux amis. Car le meilleur moyen pour les deux romain pour passer inaperçus est de se faire passer pour deux étudiants sous la férule de Cristène , grand savant et pédagogue qui, un personnage bien intéressant. Ce grand savant et honnête homme a accepté, sans trop se faire prier apparemment, de participer à la mission d'Alix et d'Enak en les acceptant parmi ses étudiants, à la demande de Cléopâtre qui le protège et donc commande. Mais comme c'est le couple royal qui est le tuteur du Musée, il est bien difficile de se cacher du roi. D'autant qu'Alix et Enak sont épiè par Philippos un jeune grec fort joli qui est l'élève préféré de Cristème. Phippos est jalous des attentions de son maitre pour les deux jeunes romains qui pourtant s'avèrent pas très doués pour les études... Cristène est soumis à un douloureux dileme lorsque Philippos est mis en danger par les deux héros. C'st l'attachement au garçon qui explique l'attitude du savant humaniste. Rongé par la peur et l'amour qu'il porte à son meilleur élève Cristème va sacrifier un moment ses valeurs malgré lui. Ce amène une belle réflexion philosophique sur la théorie confrontée au réel. Et pourtant, c'est en toute connaissance de cause que Cristène agit à l'encontre de Ptolémé dont il a sans doute vite compris l'insuffisance et l'assujettissement à ses conseillers. Cela n'ira pas sans mal quand les évènements se précipiteront et qu'il lui faudra faire alliance avec le diable, en l'occurrence Polynice, pour protéger son élève Philippos. Obligé de participer à la mystification organisée par Nikanor et Polynice, il trouve alors Alix et sa mission bien encombrants, mais ils se réconcilieront une fois les comploteurs éliminés. 

L'aspect culturel de l'ensemble de l'album n'échappera d'ailleurs à aucun lecteur attentif, et on citera à ce sujet pour finir la visite par Alix et Enak de l'atelier du sculpteur Demosthène chargé de composer la statue qui orne le phare. Nos héros ressortiront d'ailleurs émerveillés par tant de talent. La soif de vérité est plus forte que la raison. Elle pousse nos deux jeunes aventuriers à s’infiltrer dans le monument. A l’intérieur, ils surprennent Polynice en pleine conversation. Plus aucun doute, l’homme utilise bien le phare pour s’enrichir aux dépens des navires marchands et ce, en utilisant la bonne vieille technique des naufrageurs. Alix et Enak n’en sont pourtant qu’au début de leurs découvertes, le crétois étant l’outil d’un plus vaste complot…

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Il est bon de rappeler que le scénariste Patrick Weber à oeuvrer d'après un synopsis de Jacques Martin. Ainsi ce dernier qui alors espérait dessiner lui même cet album, confiait en 2002 à Thierry Groensteen dans la dernière édition d'"Avec Alix", page 250 : << Le maître de Pharos" nous ramènera à Alexandrie où l'on apprendra comment Arbacès entretient le feu du fameux phare qui ne s'éteint jamais.>>. En fait Patrick Weber a fait jouer à Polynice le rôle qui était à l'origine destiné à Arbacès. Ce qui me parait une bonne idée car il aurait été un peu délicat d'introduire un personnage aussi connoté et aussi fictionnel dans une intrigue si finement insérée dans l'Histoire. Néanmoins le lecteur que je suis était persuadé, avant de découvrir sa physionomie, que le maitre du phare était arbacès, le meilleur énnemi d'Alix. Arbacès est un peu l'Olrik d'Alix...

 

Chronologiquement, nous sommes entre l'avènement des souverains actuels, Ptolémée XIII et Cléopâtre VII, qui a eu lieu en -51 après la mort de Ptolémée XII Aulète, et avant l'arrivée de César en Égypte, en octobre -48, et plus probablement avant le milieu de l'année -49. En effet, à partir de cette dernière date et jusqu'au milieu de l'année -48, Cléopâtre n'était pas à Alexandrie, qu'elle avait dû fuir pour se protéger des manigances de son frère-époux ; elle se trouvait alors en Syrie, où elle essayait d'engager des mercenaires pour contrer Ptolémée, qu'elle retrouvera à Péluse, peu avant les arrivées mouvementées de Pompée, puis de César. Disons, pour simplifier, que nous sommes au second semestre -50.

A l'époque de l'Antiquité, Alexandrie était une des villes où se situait l'une des Sept Merveilles du Monde. Construit pour protéger et guider les marins vers le port, le célèbre phare était aussi un monument qui témoignait de la puissance des Ptolémée, cette dynastie de grecs qui furent les derniers pharaons d'Egypte.

La côte sur laquelle était bâtie Alexandrie était particulièrement dangereuse, et les naufrages tels qu'on en voit dans cet album, même sans le concours de pillards, n'étaient pas rares. « La côte était remplie d'écueils, les uns affleurant au-dessus de l'eau, les autres invisibles. » écrit Strabon au -I° siècle.

Les épaves grecques et surtout romaines, retrouvées par les archéologues au large du Pharos, en témoignent. Or, Alexandrie était, dès l'origine, vouée à devenir un grand port commercial. L'idée fut donc naturelle de guider les marins avec une tour alimentée d'un feu durant la nuit, comme les Grecs en avaient déjà l'habitude à l'époque.

Son emplacement exact est décrit dans plusieurs textes anciens : sur la pointe orientale de l'île de Pharos ( Pharus en latin ), d'où le nom de phare. Sa construction est attribuée à Sostratos de Cnide, un ami des deux premiers Ptolémée. Le phare n'avait pas pour seule fonction de guider les marins, maisaussi de témoigner jour et nuit de la puissance des nouveaux maîtres de l'Égypte. C'est Ptolémée 1 er qui lance la construction du fameux phare. Après un conflit avec son voisin et collègue Séleucos, qui a hérité du Proche-Orient, pour fixer leurs frontières respectives, il prend en -305 le titre debasileus ( roi ). A partir de son règne, l'Égypte dominera une partie de l'Asie mineure : Ionie, Lycie, Pamphylie et Cilicie, c'est à dire la façade occidentale de l'actuelle Turquie, et sera installée à Chypre, en Phénicie, en Syrie-Palestine et en Cyrénaïque. La puissance et la cohésion de l'État Lagide, enrichi par l'exportation de blé, seront assurées par une marine longtemps invincible qui imposera une véritable « thalassocratie » dans le bassin oriental de la Méditerranée. Ptolémée 1er fait d'Alexandrie la capitale du royaume à la place de Memphis. Il innove en matière religieuse en instaurant le culte de Sérapis ( voir l'article ) et commande la construction du Phare à Sostrate de Cnide ; autre de ses grands chantiers : le Musée et la Bibliothèque. Il meurt de sa belle mort dans son lit à plus de 80 ans, en -282 ( il était né en -360 ). Comme il est dit page 6 de l'album c'est Ptolémée philadelphe (qui aime sa soeur) qui terminera la construction. Ptolémé Philadelphe monte sur le trône à 25 ans en -282 et épouse sa sœur aînée Arsinoé II ( d'où son surnom ? ) : c'est la première d'une longue série d'unions incestueuses censées garantir l'essence divine de la dynastie. Il accroît un empire déjà très vaste, modernise l'agriculture et fait édifier de nombreux temples. Sous son règne, on traduit la Bible en grec : la Septante. Alexandrie attire de nombreux savants auxquels on fournit d'excellentes conditions de travail pourvu qu'ils exaltent la gloire des Lagides. Il meurt à 63 ans en -247.

Le monument comprenait trois étages.

Le premier était de forme carrée et légèrement pyramidal ; il était bâti sur une plateforme d'une dizaine de mètres de hauteur ; une large rampe reposant sur seize arcades voûtées permettait d'y accéder ; ce premier étage mesurait 72 m de haut sur 30,60 m à la base ; il se terminait par une rambarde de 2,30 m de haut ; il contenait une rampe en colimaçon sur laquelle des bêtes de somme montaient le combustible jusqu'au sommet du premier étage, ainsi qu'une cinquantaine de pièces intérieures dotées de fenêtres qui servaient à loger le personnel et stocker le combustible ; des escaliers menaient ensuite aux étages supérieurs, mais à partir de là, le transport se faisait à dos d'hommes.

Le deuxième étage était de forme octogonale et mesurait 35 m de haut, chaque côté de l'octogone mesurant 6,80 m. Il était suivi d'un troisième étage, de forme cylindrique, haut de 9 m pour 8,60 m de diamètre. L'ensemble atteignait 130 m de haut, statue comprise.

 

Image hébergée par servimg.com

Image hébergée par servimg.com

 

La décoration sculpturale se composait des statues colossales du couple royal ( 13 m pour 20 tonnes chacune ) placées de chaque côté de l'entrée principale ( qui mesurait aussi 13 m de haut ), le roi à gauche, la reine à droite ; des tritons munis de cornes de brume étaient placés aux angles du premier étage et une statue était dressée au sommet de l'édifice. On n'a jamais su exactement ce que représentait cette statue ( pas Nikanor, en tout cas ) : il pouvait s'agir de Zeus, comme l'affirme un poème de Posidippos ( -III° siècle ), de Poséidon, dieu de la mer, comme l'atteste une représentation retrouvée sur un gobelet de verre du -II° siècle, ou encore d'Hélios, dieu du soleil, représenté sur une mosaïque datée du VI° siècle. Et pourquoi pas les unes et les autres successivement ? Le phare figure sur des monnaies frappées à partir du II° siècle ; il comporte selon les cas deux ou trois étages, et la statue et les tritons du premier étage sont toujours représentés. Sur la dernière image de l'album, le texte parle de Zeus Ptolémée tandis que la statue porte le trident de Poséidon.

On ne sait pas non plus comment fonctionnait précisément le phare, quel en était le combustible utilisé, ni comment le feu s'agençait avec la statue, au risque de la faire fondre si elle était en métal. L'archéologue Jean-Yves Empereur : « Comment protégeait-on ce feu du vent qui est souvent violent, de la pluie, des embruns ? On sait seulement qu'il y avait un feu de nuit et un filet de fumée qui guidait les voyageurs pendant la journée. » Voilà qui ressemble aux colonnes de feu ou de fumée qui guidaient Moïse et les Hébreux pendant l'Exode vers la Terre Promise ; le phare aurait-il inspiré les rédacteurs de laSeptante ?

Construit en calcaire local blanc et en granit d'Assouan, le phare fonctionna pendant près de 17 siècles. Mais le sol d'Alexandrie s'affaissant peu à peu, il se retrouva les pieds dans l'eau, et les nombreux séismes de la région le fragilisèrent. Durant l'été 365, un tsunami avec des vagues de plus de 20 m de haut envoya des bateaux jusque sur les toits des maisons et dans le désert, et fit souffrir le phare. Entre 320 et 1303, il y eut 22 séismes. En 796, le troisième étage s'écroula et fut remplacé par une mosquée. En 956, des pans se lézardèrent et l'édifice perd alors 22 m. En 1261, un nouveau séisme en fait s'effondrer une nouvelle partie. Le coup de grâce lui fut donné lors du séisme de 1303. Vers 1450, le sultan Qaitbay utilisa les décombres pour construire la citadelle qui porte son nom.

Depuis 1961, mais surtout depuis 1994, les archéologues explorent la rade et remontent des statues et des morceaux du phare.

 

Plutôt que cet orgueilleux phare, il me semble que la vraie merveille d'Alexandrie était sa célèbre bibliothèque, la plus grande du monde antique.

Le sanctuaire des Muses ( mousaiôn ), c'est le Musée d'Alexandrie, là, où entre autres activités, on joue de la musique. En effet, c'est aux Muses qu'on attribue l'inspiration philosophique ou artistique. Le Musée ressemblait à une Académie des Sciences et des Arts. Les savants y demeuraient à résidence, bénéficiant de divers privilèges : nourriture et exemption d'impôts. Mais le plus grand de ces privilèges était l'accès aux trésors incomparables de la Bibliothèque.

« Bibliothéke » signifie « rayonnage », ceux sur lesquels on dépose les livres, ou plutôt les rouleaux, puis par extension l'ensemble des rouleaux, enfin les salles où étaient placées les « bibliothékés ».
Il n'y avait pas de salle de lecture, ni de pièce dédiée, les ouvrages étaient dispersés sur l'ensemble du Musée.
Le Musée et la Bibliothèque se trouvaient, ainsi que la Soma, le tombeau d'Alexandre, à l'intérieur du quartier du Palais Royal, qui représentait un bon quart ( nord-est ) de la ville d'Alexandrie.
Le Musée était constitué de salles où l'on se livrait à toutes sortes de recherches, de la dissection à l'astronomie. Il y avait aussi un réfectoire et un zoo, car le Musée abritait une collection d'animaux exotiques vivants.
Les rouleaux constituant les ouvrages se présentaient sous la forme de papyrus enroulés autour d'un bâton, que le lecteur tenait de la main droite tandis qu'il saisissait la feuille de la main gauche. Chaque rouleau était étiqueté avec mention du titre, du nombre de lignes, parfois de la première ligne de l'œuvre pour distinguer les textes homonymes. Le classement était l'objet du plus grand soin : le catalogue, œuvre d'un directeur de la Bibliothèque, Callimaque, occupait à lui seul 120 rouleaux.
Ptolémée 1er fonda la Bibliothèque sur l'inspiration d'Aristote, qui avait été le précepteur d'Alexandre : c'était un bon moyen de se référer à deux modèles illustres dans leur aspiration à l'universel et leur volonté de rassemblement du savoir.
Ptolémée II la développa et dirigea personnellement les opérations : « Il écrivit des lettres dans lesquelles il demandait aux rois et aux grands de ce monde de lui envoyer des œuvres de quelque nature qu'elles fussent : poésie, prose, rhétorique, sophistique, magie, histoire ou tout autre. » ( Épiphane, IV° siècle ).
Ptolémée III poursuivit l'œuvre : « Il était si ambitieux et si fastueux en ce qui concernait les livres, qu'il ordonna que tous les livres de ceux qui débarquaient à Alexandrie lui soient apportés, afin qu'on en fasse immédiatement des copies et que l'on rende aux visiteurs non pas les originaux, mais les copies. » ( Zeuxis, -II° siècle ). On appela ces ouvrages : « les livres de navires ».
Il ne nous reste aucun vestige de la Bibliothèque : aucun papyrus, aucun rayonnage, aucun portique. Sa localisation elle-même est incertaine et sa destruction l'objet de nombreuses polémiques. On ne sait même pas combien il y avait de rouleaux, probablement entre 500 000 et 700 000. Et on ne se contentait pas de lire et de commenter, on traduisait et on éditait aussi des copies pour le public : 28 drachmes pour mille lignes, nous apprend un papyrus du II° siècle.
Parmi ces traduction, il y a la Septante, traduction de la Bible en grec  et aussi celle des textes religieux fondamentaux de l'Égypte, que Ptolémée II commanda à Manéthon de Sebennytos.
 

Les Ptolémée étaient de grands collectionneurs et ils avaient eu l'ambition de rassembler non seulement les ouvrages de la littérature grecque, mais également des oeuvres écrites dans d'autres langues. Ptolémée demanda donc aux autres nations de l'Antiquité de lui envoyer leurs manuscrits historiques, philosophiques, scientifiques ou littéraires et il les fit traduire en langue grecque par une cohorte d'intellectuels et de savants. C'est d'ailleurs à cette époque que fut écrite la Bible des Septante, qui fut pendant 2000 ans le texte de référence pour les chrétiens. Après quelques décennies, la bibliothèque avait rassemblé plus de 500'000 ouvrages, tous patiemment recopiés sur des rouleaux de papyrus par une armée de scribes (qui étaient bien souvent de simples esclaves). Tout le savoir de l'humanité avait ainsi été rassemblé en un seul lieu, et c'était devenu une sorte de temple du savoir.
Lorsque Jules César envoie Alix à Alexandrie pour une nouvelle mission, nous sommes probablement en -48 avant JC. La bibliothèque est toujours intacte,mais il ne reste plus que quelques mois avant sa destruction. Au début de l'histoire, Alix et Enak ont été accueillis par le bibliothécaire Clisthène et celui-ci les fait travailler sur d'anciens manuscrits, afin de leur permettre de passer inaperçus. Ce galopin d'Alix passe toutefois son temps à s'échapper de la bibliothèque (pour chercher l'aventure) plutôt que de profiter de cette chance unique de découvrir des documents rares. 
Le bibliothécaire était un personnage important et de nombreux lettrés rêvaient d'obtenir cette place. Il avait également un certain pouvoir politique et, devant choisir entre le jeune Ptolémée et Cléopâtre qui luttent pour s'approprier le pouvoir, Clisthène a décidé de soutenir la reine. Alexandrie est alors une ville dangereuse dominée  par les rivalités, les complots et les morts violentes.

Il me semble donc qu'il n'est pas inutile de rappeler le contexte historique dans lequel va se mouvoir notre héros. Depuis qu'ils ont succédé à leur père Ptolémée XII Aulète. Le testament de Ptolémée XII, mort en -51, laissait le pouvoir en co-régence à Ptolémée XIII et à sa sœur-épouse Cléopâtre VII. Celle-ci, alliée à César, évincera le roi qui se noie dans le Nil en -47 à l'issue d'une bataille. Elle règne ensuite avec un autre frère, Ptolémée XIV, qu'elle empoisonne, ainsi que sa sœur Arsinoé. Ptolémée XIII et Cléopâtre VII sont en constante opposition. En fait, le roi laisse gouverner ses trois principaux conseillers : le vizir Pothinus ( un eunuque ), le général Achillas, chef des armées, et un certain Théodotus. Ces trois-là s'opposent parfois entre eux, leur seul point commun étant de circonvenir le souverain et d'écarter la reine des affaires. Cléopâtre ne se laisse pas faire, mais elle doit céder, à son corps défendant : du milieu de l'année -49 au milieu de l'année -48, elle quitte l'Égypte et se réfugie en Syrie où elle cherche à lever une armée de mercenaires. Elle y réussira et regagnera l'Égypte, mais ce sera pour tomber à Péluse sur les troupes de Ptolémée. Il n'y aura pas de confrontation cette fois-ci, ce sera pour plus tard, quand les Romains, après plusieurs mois de siège dans Alexandrie, auront reçu des renforts. En attendant, les évènements se sont précipités : Pompée, vaincu à Pharsale le 9 août -48, débarque pour se mettre à l'abri en Égypte où il croit que les nouveaux souverains sont dans le même état d'esprit à son égard que feu Ptolémée XII et le protégeront. Mais Ptolémée XIII et Pothinus ont entendu parler de la victoire de César, et, pour se faire bien voir du nouvel homme fort de Rome, font exécuter Pompée. César en est fort mécontent quand il débarque à son tour en octobre -48 ( aurait-il voulu se rabibocher avec son ancien complice devenu ennemi ? ) et prend les choses de haut avec Ptolémée et ses conseillers. C'est alors que Cléopâtre, qui a été tenue à l'écart jusqu'à présent, rencontre enfin César, avec ou sans tapis. Une émeute de la population d'Alexandrie  oblige César et ses hommes, en trop petit nombre pour faire face, à se retrancher dans le Palais royal. Une armée formée au Proche-Orient vient enfin à leur secours et bat les troupes d'Achillas au début de -47. Ptolémée et Pothinus sont liquidés, Cléopâtre a le trône, l'Égypte et César pour elle toute seule. Elle va régner pendant 17 ans.

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

A Rome, les choses ne sont pas plus simples. Si nous sommes en -50, comme c'est probable, César a terminé la pacification de la Gaule, et il gère sa conquête en proconsul consciencieux. Il assure qu'il lui reste du temps de commandement à faire dans sa province et demande la permission de se présenter aux élections du consulat sans être présent à Rome. Un succès le préserverait des poursuites judiciaires dont ses ennemis politiques le menacent : ils l'accusent d'abus de pouvoir en Gaule. Mais ses adversaires affirment aussi qu'il a épuisé la durée du pouvoir pour lequel il était désigné en Gaule, qu'il se trouve réduit au rang de simple particulier et qu'il peut être traîné devant les tribunaux.

Les uns et les autres ont raison, mais il est évident qu'ils ne calculent pas de la même façon. César compte deux fois cinq ans : sa province lui a été accordée par le Sénat pour 5 ans, de -58 à -54, et cette durée a été renouvelée de -53 à -49. Ses adversaires font partir la seconde étape du jour où la loi la concernant a été votée, soit un an avant la fin de la première étape, ce qui fait 5 + 4 = 9 ans, se terminant donc à la fin de -50, et non pas à la fin de -49 comme le soutient César.
A cette argumentation juridique, il faut ajouter le conflit d'ambition entre César et Pompée. Depuis son camp de Ravenne, César envoie des messagers à Rome où il a l'appui des tribuns de la plèbe. Il n'est pas certain qu'il eût été très heureux si ses exigences avaient été acceptées. Par chance pour lui, les Sénateurs les plus durs, sans doute appuyés par Pompée, refusent toutes ses requêtes.
Le 12 janvier -49, César franchit le Rubicon. Non seulement il ne veut pas être traduit en justice, mais encore il n'entend pas laisser le champ libre à Pompée. En s'engageant dans cette nouvelle phase de la guerre civile, il risque davantage qu'en combattant les Gaulois : il aurait contre lui des légionnaires menés par un chef qui a fait ses preuves. Cette guerre, il pourrait ne pas la gagner...
 

Dès le "Sphynx d'or" Jacques Martin nous avait montré le phare d'Alexandrie


Le Démon du Pharos nous raconte en fait une aventure policière, dominée par les intrigues et les complots de Ptolémée et de Cléopâtre. Au cours de son enquête, Alix découvre progressivement la fourberie de Polynice, le maître du phare qui est devenu le chef d’une bande de pirates afin de s’enrichir. L'intrigue est relativement complexe. Les péripéties sont assez nombreuses mais, curieusement, les images les plus marquantes correspondent à des portraits. il y a ainsi ce gros plan sur le visage de Philippos, cet élève énigmatique qui se place en rival d'Alix, et qui l'aide tout en souhaitant le faire partir... Au risque de me répéter je constate que cette intrigue est à l'étroit dans ses 46 pages. Les 64 pages du "vieux" format n'auraient pas été de trop pour un scénrio aussi complexe.




Il y a bien des combats et des poursuites dans le Démon du Pharosmais l'histoire avance plutôt sur un rythme tranquille. L'intérêt des auteurs pour les personnages semble prédominer sur le plaisir de l'aventure. Une séquence tout à fait exemplaire me semble être ainsi l'apparition de Cléopâtre. Le visage d'une femme voilée apparait soudain au grand jour, dans toute sa beauté. On voit bien que ce que Christophe Simon préfère dessiner ce sont les visages et corps humains.

 

Le dessin ci-dessous pour la recherche d'une couverture de l'album, révèle pourquoi Christophe Simon est supérieur pour le dessin des personnages à tous les autres repreneurs de la série des Alix. Tout simplement parce qu'il ne fait pas fi des leçons de la peinture classique et en particulier de celles de David qui commençait toujours par dessiner nu les personnages qui peuplaient ses tableaux. Il les habillait ensuite. Christophe Simon fait de même ce qui lui évite de faire les grossières erreurs d'anatomie que font ses confrères qui ont souvent la fâcheuse habitude de faire commencer les jambes d'Alix et d'Enak juste en dessous de leur tunique! 

Christophe Simon est moins habile en ce qui concerne les visage en particulier celui d'Alix qu'il a du mal, tout comme ses confrères, à "tenir". 

Le dessin de Simon est un peu trop figé, cette impression est encore accentuée par un encrage un peu trop gras. Le dessinateur a vieilli les deux héros. Ce sont plus des jeunes hommes que des adolescents. Alix peut avoir 19-20 ans et Enak 16-17.

Le gaufrier de l'album est assez sage. Les pages sont divisées en trois bandes, elles même scindées en deux ou trois cases.

Les couleurs très réussie, jamais criardes sont dues à Bruno Wesel.

 

Comme dans un album de sa série Sparte, Christophe Simon s'est dessiné. Serait-il un brin narcissique? C'est page 26. Le dessinateur s'est représenté en assistant du sculpteur Désmosthème.

 

La preuve. D'abord dans l'album :



Et dans la réalité :



Les scènes de combat ne semblent pas être la spécialité du dessinateur. Relevons tout de même une belle séquence de combat naval, avec une attaque de pirates racontée avec précision, mais elle semble se dérouler en pleine nuit. Est-ce bien réaliste, car les manoeuvres de bateaux ne pouvaient se faire que pendant la journée à l'époque antique ?


C'est la deuxième aventure d'Alix entièrement due à Christophe Simon au dessin ; il est signalé une participation aux décors de Manuela Jumet.
La gigantesque métropole qu'était Alexandrie ne nous est montrée qu'avec parcimonie. On voit souvent le phare, mais il n'y a sinon que quelques vues sur le port ainsi que des  images de rues qui nous montrent une foule en pleine activité. On est plongé vraiment dans une ville vivante et colorée où l'on croise des représentants de toutes les populations existant autour de la Méditerranée et même plus loin. On va à peu près partout avec le même bonheur : au port, dans le Phare, dans la Bibliothèque, au palais royal, dans l'atelier du sculpteur Démosthène, et, bien entendu, dans les rues. On aurait souhaité un peu plus de plans généraux sur la ville, pour mieux préciser le contexte. Il n'y a aucune vue d'ensemble, alors que la disposition des bâtiments dans la ville est assez bien connue, et on ne comprend pas toujours très bien comment les personnages vont d'un endroit à un autre. On peut compléter la lecture de cet album par "L'Odyssée d'Alix", tome 1, pages 38/39 dans lequel figure la visite du tombeau d'Alexandre. on y voit également un peu les palais dans les pages suivantes ainsi que la grande artère est-ouest qui traversait la ville ( 30 m de large, paraît-il ) s'appelait la voie Canopique, ou Via Canopia, parce qu'elle prenait la direction du port de Canope, à l'est d'Alexandrie. 



Ces petites réserves étant exprimée, il faut dire que le Démon du Pharos est un bel album. Le "Démon de Pharos", paru en 2008, confirmait la direction plus adulte de la série amorcée par Jacques  Martin depuis quelques albums et son aspect beaucoup plus documentaire développé par ailleurs dans la série parallèle : "Les voyages d'Alix ". Cette orientation se maintiendra mais ne s'emplifiera pas. Alix senator étant arrivé, série clairement plus adulte maigrè un pusillanisme coté sensualité que n'a bien sûr pas Christophe Simon. Le démon de Pharos est un album qui est digne de la tradition de qualité que souhaitait préserver Jacques Martin

 
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

 Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

 
Pour retrouver Christophe Simon sur le blog: Sparte, tome 2, Ignorer toujours la douleur de Simon et Weber     
 

Deux vidéos de Jacques Martin interviewé sur Youtube en 1 et en 2

Tous les Alix chroniqués sur le blog d'argoul 

Pour ne rien manquer de l'actualité "martinienne" il faut aller sur l'indispensable site alix mag

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Publié dans Bande-dessinée

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