Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

220 articles avec bande-dessinee

Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme


 

Le Corentin de Simon et Van Hamme était, cette année la bande dessinée que j'attendais le plus non que je sois féru des anniversaires, le personnage a été créé par Cuvelier, il y a juste 70 ans, ni que je pense que le prolifique Van Hamme soit le plus grand scénariste actuel de la bande dessinée franco-belge mais parce que je pense que Christophe est un des plus grands dessinateurs de cette même bande-dessinée, voir pat exemple sa reprise d'Alix dans "Le Démon du Pharos" où il montre toute la variété de ses talents. En outre, il est peut être le seul à l'instar jadis d'un David ou d'un Girodet sache dessiner l'anatomie humaine.

C'était aussi avec quelques inquiétude, comme à chaque reprise sur l'utilité de ressuciter un personnage, en l'occurrence, le petit Corentin Feldoé qui parcourt le monde au milieu du XVIII ème siècle accompagné de son ami Kim, d'un gorille, Belzebuth, et d'un tigre, Moloch. Vous conviendrez que tout cela n'est pas facile à caser dans une histoire. Quelle est-elle cette fameuse histoire (je rappellerais que l'on attend la suite des aventures du garçon depuis 1974!):

Accusé à tort du vol de trois perles d’une valeur inestimable, Corentin est menacé de bannissement par le Maharadjah de Sompur. Il ne pourra compter que sur l’aide de ses derniers amis – Kim, Moloch et Belzebuth – pour sauver son honneur et démasquer le vrai coupable.

(c) Le Lombard - Christophe Simon/Van Hamme/Carpentier
(c) Christophe Simon

(c) Christophe Simon

Les lecteurs cacochymes comme moi gardent des souvenirs émus des aventure (et de la plastique du jeune breton pour vous rafraichir la mémoire sachez que Corentin un personnage emblématique du journal Tintin créé par ce formidable conteur de Paul Cuvelier avant de bénéficier un peu plus tard de l’expertise de Jacques Van Melkebeke (que le Lombard n'a jamais crédité au scénario pour des raisons très extra-artistiques). Il reste que Corentin est né du seul fait de Paul Cuvelier car Corentin a fait ses premiers pas dans un livre de contes illustrés par Paul Cuvelier réservé à l'usage familial et en particulier à ses frères.
(c) Le Lombard - Christophe Simon/Van Hamme/Carpentier(c) Le Lombard – Christophe Simon/Van Hamme/Carpentier
Le plus troublant lorsqu'on ouvre ce magnifique album que l'on pourrait attribué à Cuvelier, tant Simon est au niveau de ce maitre du dessin qu'était Cuvelier c'est que cet album aurait pu paraitre dans les années 50. Aussi bien pour le scénario (j'y reviendrait) que pour le dessin, car l'érotisme des personnages était déjà présent dans la première aventure de Corentin dessinée par Cuvelier et l'érotisme est présent à chaque album de Christophe Simon qui pour correspondre aux canons de cette reprise c'est tout de même assagi sur ce sujet par rapport à sa série Sparte, que pour le scénario.
Cette reprise est différente de toutes les autres dans la mesure où Van Hamme a été scénariste de Paul Cuvelier, mais que Christophe Simon a longuement étudié le dessin de Cuvelier dont il possède des originaux.
 
Les lecteurs les plus assidus connaissent l’histoire des Trois Perles de Sa-Skya, puisqu’elle fut déjà éditée en juillet 1973 comme nouvelle dans le trimestriel Tintin Sélection (ce petit format m'avait échappé à l'époque je ne connaissait pas cette histoire). Christophe Simon a eu la bénédiction de Van Hamme pour l’adapter à sa guise.
Certes le scénario dans lequel Simon a pris également une grande part, dans un presque huis-clos au cœur du palais du Maharadjah, Christophe Simon réussit à tenir le lecteur en haleine, de rebondissement en rebondissement, et offre un dénouement imprévu. Il reste qu'autant de grands sentiments, de personnages tout d'une pièce paraissent aujourd'hui quelque peu anachroniques. Par exemple les repreneurs d'Alix, personnage auquel on ne peut ne pas penser lorsqu'on lit un Corentin, ont su complexifier la psychologie du jeune gaulois, mais il est vrai que Jacques Martin l'avait fait lui même. Je suis partagé devant la grandeur d'âme cornélienne des personnages des "Trois perles de Sa-Skya. En même temps elle est rafraichissante mais je me demande quel est le public visé. Les nostalgiques de Corentin seront comblés mais quand sera-t-il du jeune public (et moins jeune puisque le dernier album de Cuvelier est paru en 1974) qui va découvrir aujourd'hui le jeune breton?
Si le dessin est très fidèle à celui de Cuvelier, au sujet de la  fidélité, du respect d'un créateur, il y a tout de même quelque chose de gênant dans cet album. Il faut se souvenir que si c'est sous la forme d'une nouvelle qu'est parue l'histoire des Trois perles de Sa-Skia c'est parce que Cuvelier avait refusé de la dessiner parce qu'il trouvait que ce scénario était incompatible avec des éléments fixés de longue date.
En effet en 1949, en guise d'introduction aux aventures de Corentin chez les Peaux-Rouges avait entrevu et déterminé le detin de son héros: << Revenu à Minpore où l'attendait le sultan et la princesse Sa-Skyia, Corentin a connu, dans cette cour charmante où il n'était entouré que d'amis de longues années de bonheur (...) C'est en 1785 que furent solennellement célébrées les épousailles du jeune français avec la jeune princesse héritière....>>. Voilà qui est bien différent de ce qu'on peut lire dans le dernier album. Cuvelier voyait Corentin devenir ministre du frère du Rajah de Sompur après la mort de ce dernier, avoir un fils, lui aussi prénommé aussi Corentin (est-ce l'influence de la série des Timour?). Mais malheureusement peu après la naissance de Corentin junior  Sa-Skyia meurt d'un mal mystérieux. Accompagné de son jeune fils Corentin s'embarquait pour sa Bretagne natale...
Cuvelier avait même imaginé le destin de Corentin junior qui fait comme lieutenant les campagnes napoléoniennes (un dessin de 1949 le représente en cavalier chargeant à la bataille de Wagram) avant de trouver une mort glorieuse dans le désert algérien sous les balles des guerriers d'Abd el Kader. 
Mais comme le savent les lecteurs attentifs de la série, il y a un troisième du nom, petit fils du premier celui qui vivra de mémorables aventures chez les indiens d'où le préambule de Cuvelier cité plus haut.
 
(c) Christophe Simon

(c) Christophe Simon

Corentin renaît comme il a été, dans un classicisme de toutes beauté et splendeur. Il faut y regarder de plus près pour voir que c’est bien Simon qui dessine et non Cuvelier. Mais alors que l'on aurait pu penser que Christophe Simon s'inspirerait du dernier Corentin dessiné par Cuvelier, celui du royaume des eaux noirs et de L'ogre rouge (L'ogre rouge, scénario de Jacques Martin est l'album que Cuvelier n'a jamais terminé. On peut en voir les première page en appendice du bel essai que Philippe Goddin a consacré à Cuvelier, "Corentin et les chemin du merveilleux", éditions du Lombard (1984). Corentin apparait dans ces deux dernières histoire plus longiligne, un garçon à la fin de son adolescence), Christophe Simon a choisi de faire grandir un peu le Corentin du "Royaume des sables", déjà un scénario de van Hamme. Il est vrai que ce Corentin là, plus fessu, est plus proche des garçons de Simon que l'on voit dans sa trilogie spartiate.
(c) Le Lombard - Christophe Simon/Van Hamme/Carpentier

(c) Le Lombard – Christophe Simon/Van Hamme/Carpentier

 
(c) Christophe Simon

(c) Christophe Simon

 
Le compagnon de Christophe Simon, Alexandre Carpentier signe des couleurs remarquables. Carpentier crée des couleurs subtiles légèrement éteintes, sourdes et denses. La couleur est pensée pour chaque case, pour chaque séquence tout en ayant soin de donner une dominante à chaque double page. Elles nous renvoient aux fantastiques ambiances qui envoûtaient certaines des bandes dessinées des années 50. Pour l'épisode nocturne de Corentin s'introduisant dans la chambre du Rajah on pense beaucoup à celui d'Olrik pénétrant dans la chambre de Mortimer dans la "Marque jaune". 






Le principal attrait de ce livre est bien le dessin somptueux de Christophe Simon. Que ce soient la représentation des personnages, les détails du décor, ou les scènes d'action, chaque case est illustrée avec minutie, à la manière d'un petit tableau. Le monde hindou est en fait dessiné avec un mélange de réalisme et de poésie, et les scènes de foule sont particulièrement réussies.

Une des particularités de cet album est que les récitatifs, dans des phylactères rectangulaires, sont plus nombreux que les dialogues qui sont, eux dans des phylactères ovoides. Le texte comporte souvent des notations typiques du style de narration et de dialogues qui ont donné leur ton jadis à cet univers lui apportant ainsi une saveur si particulière et unique dans l'histoire de la bande dessinée.

Le gaufrier est classique beaucoup plus que dans la trilogie spartiate. La page est découpée en trois bandes horizontales qui comportent au maximum trois cases chacune. Le rythme de ce sage découpage est perturbé par quelques pleines pages, là encore un clin d'oeil à l'esthétique des albums du début des années 50.





L'album contient par ailleurs un cahier consacré au "making-of", avec crayonnés et dessins de recherche, en regard de ces merveilles on l'aurait aimé plus fourni; peut-être pour une prochaine édition? On rêve d'une exposition Cuvelier-Simon autour de cet album. Ce cahier nous apprend que Christophe Simon a voyagé aux Indes pour en ramener des images à la fois précises et esthétiques. Cela nous permet de comprendre le caractère véridique et enchanteur des décors.

Au dela de son contenu qui suffirait à lui seul, bien sûr, son achat, je voudrais aussi mettre l'accent sur le contenant. Voilà un album d'une parfaite élégance, remarquablement présenté et imprimé. Le dessin du quatrième de couverture est splendide, je ne l'ai pas reproduit pour vous laisser le plaisir de la découverte. 



 





 











 



Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme

Ci dessous une petite bio de Christophe Simon et une interview trouvées sur la toile

 

Né à Namur en Belgique dans la ville de Félicien Rops, le 16 août 1974,Christophe Simon n’est pas issus d’une famille d’artistes : ses parents sont comptables. Mais son grand-père, fils d’un menuisier-ébéniste, a un bon coup de crayon, même si, lui aussi, travaille comme comptable au ministère des affaires économiques à Bruxelles. "Quand je suis enfant, je le vois dessiner plein de choses de façon réaliste. Si je voulais un soldat pour ma chambre, il me le dessinait. Mes grands-parents habitaient à cinquante mètres de la maison familiale, c’étaient des gens assez bohêmes adorant les animaux, au milieu de la nature. Je les voyais plusieurs fois par jour. Je cherchais à l’imiter, je me suis mis à dessiner."

Son grand-père décède alors que le jeune Christophe a onze ans, mais il a le temps de poser cet acte fondateur : il lui offre un album de Corentin de Paul Cuvelier, point de départ de sa vocation de dessinateur. Mais pour l’heure, ses parents, rationnels et bienveillants, n’imaginent pas qu’il puisse faire son métier de la bande dessinée : ils lui concèdent des cours du soir de dessin, "à la condition qu’il travaille bien à l’école".

JPEG - 4.5 Mo
Corentin - Les Trois perles de Sa-Skya
© Lombard

Là, il apprend les rudiments du métier auprès de Vittorio Léonardo qui enseigne dans un atelier à Châtelet. Le coloriste carolorégien assure à ce moment la photogravure de Jacques Martin, le dessinateur d’Alix. Le contact est pris : Christophe Simon devient rapidement l’un des assistants de celui qui forgea le concept d’École de Bruxelles. Il travailla successivement sur les séries Orion, Alix, Lefranc, Loïs et assure également des Voyages d’Alix (Casterman) pour un vieux lion fatigué qui perd peu à peu la vue et qui le prend quelquefois comme son confident.

 

JPEG - 1.3 Mo

La planche d’essai, que Christophe Simon a réalisée pour convaincre l’éditeur et les ayants droits.
Photo : Charles-Louis Detournay
JPEG - 918.4 ko
Christophe Simon est également peintre. 
Photo : Charles-Louis Detournay
JPEG - 1.4 Mo
L’album comporte trois superbes hors-textes, dont cette scène qui profite directement du répérage photographique réalisé en Inde.
Photo : Charles-Louis Detournay

Jean Van Hamme ayant validé votre storyboard, vous vous êtes donc envolés, votre compagnon et vous, pour l’Inde ?

Christophe Simon : Cuvelier n’était jamais allé en Inde, mais nous nous sommes directement retrouvés dans les ambiances du Signe du Cobra. Alexandre a pris 7800 photographies. Une partie a été réutilisée pour Les Trois Perles de Sa-Skya. Je suis par exemple reparti de l’architecture mongole du XVIIe du Palais d’Orchhâ pour imaginer le Palais de Sompur. Je suis bien entendu reparti de quelques scènes que Cuvelier avait dessinées, entre autres dans Le Signe du Cobra, mais ce n’était pas suffisant pour reconstituer toutes les décors de ce récit qui se déroule principalement dans et autour du Palais. En revanche, la salle du trône est bien entendu restée à l’identique des dessins de Cuvelier.

JPEG - 52.7 ko
Superbe attitude de la princesse Sa-Skya
Photo : Charles-Louis Detou
JPEG - 1.6 Mo
La dernière séquence de l’album culmine dans l’émotion. Une réussite graphique.
Photo : Charles-Louis Detournay
JPEG - 962.8 ko
Le scan des planches a été réalisée à l’ancienne, à l’aide d’un film noir et blanc sur un bleu (ou un gris) pour la trichromie. Mais contrairement aux bleus de l’époque, la planche est ici imprimée 1/1, ce qui permet de peaufiner une mise en couleurs assurée par Alexandre Carpentier.
Photo : Charles-Louis Detournay

JPEG - 616.6 ko

Au-delà de l’album, Christophe Simon continue de travailler les personnages pour mieux se les accaparer. Des recherches que l’on retrouve dans le cahier graphique en fin d’album.
Photo : Charles-Louis Detournay
JPEG - 1.1 Mo
Christophe Simon et Alexandre Carpentier, dans leur demeure richement décorée de peintures et de sculptures.
Photo : Charles-Louis Detournay
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme
Corentin, Les trois perles de Sa-Skya de Simon et Van Hamme

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Christophe Simon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Christophe Simon
Christophe Simon
Christophe Simon
Christophe Simon

Publié dans Bande-dessinée, peinture

Partager cet article

Repost 0

Illustration de Corentin effectuée sur carton par Cuvelier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Illustration de Corentin effectuée sur carton par Cuvelier

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann
 Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann

Avant de parler de ce quatrième tome qui est en fait le premier tome d'une nouvelle trilogie qui prend une direction assez différente de la première, faisons le points sur cette série (on peut aller voir les billets que j'ai consacré aux premiers albums: Dent d'ours, Max de Yann & Henriet, Dent d'ours, Hanna de Yann & Henriet ). L'histoire débute en Haute silésie dans les années 30. Trois enfant deux garçons, Werner et Max et une fille Hanna rêvent de devenir aviateur. Ils sont inséparables. Bientôt Hanna et Werner intègre une école de pilotage dirigée par des nazi. Max qui est juif ne peut s'y inscrire... C'est la fin de l'innocence.

La saga Dents d'ours a débuté en 2013. Elle est éditée par Dupuis. Alors que les trois premiers volumes s'éloignaient assez peu de l'Histoire, le quatrième fait la part belle au fantasme nazi de l'arme secrète. il donne corps et crédit à la fantasmagorie de "L'amerika Bomber" un bombardier à très longue portée menaçant New-York d'une bombe atomique. Il est tout de même bon de rappeler que d'une part les nazis n'ont jamais possédé l'arme nucléaire et que le fameux bombardier à très longue portée n'a jamais quitté... les table à dessins... Parfois en regard du nombre impressionnant d'albums de bandes dessinées qui mettent en scène la victoire des nazi en 1945, je me demande si la profession de dessinateur de bandes-dessinées n'est pas celle qui compte le plus de révisionnistes...  

 

 

 

 

Annonce de la prépublication du tome 1 en Une de Spirou n°3903 (30 janvier 2013)

L'envol d'une amitié (extrait de Dents d'ours t.1, p.12 - Dupuis 2013)

Yann est un scénariste prolifique. La Seconde Guerre mondiale l'inspire particulièrement. Sur cette période, outre Dent d'ours, on lui doit déjà: « Pin Up » avec Philippe Berthet ; « Le Groom vert-de-gris » avec Olivier Schwartz. L’aviation est un autre de ses tropisme. Sur ce thème il a déjà scénarisé: « Le Grand Duc » et « Angel Wings » avec Romain Hugault ; « Mezek » avec André Juillard. Dans une saga d’aventure il mèle ses deux passion. La première trilogie a été brillamment menée. Il a su ne pas retomber dans l’académisme de séries plus anciennes; le titre fait par exemple songer au totem de « La Patrouille des Castors. En dépassant désormais – avec l’accord de l’éditeur, avec beaucoup d'audace, le carcan moraliste jadis imposé par la prépublication dans Spirou, Yann et Henriet peuvent ainsi montrer sans détours la violence nazie (mais aussi celle des résistant polonais), les conflits psychologiques ou la sexualité de leurs protagonistes… Max et Werner sont tous les deux amoureux d'Anna. Mais c'est avec beaucoup de tact que le scénario traite de ces sujet. Ce parfait dosage, en accord avec le trait réaliste magnifique d’Henriet (« Golden Cup »), explique du reste la très bonne réception de la série, saluée successivement en 2013 et 2014 par le Prix Saint Michel du meilleur scénario et le Prix des Collégiens d’Angoulême.

 

Couvertures des trois premiers tomes (Dupuis 2013 - 2015)

Berlin en 1945

Comme le suggèrent les visuels de couvertures des trois premiers titres de la série, « Dents d’ours » se fonde sur le destin de trois enfants émerveillés par les prouesses de l’aviation. Jouant avec des maquettes en bois, ils idéalisent le simple fait de pouvoir voler. Mais les nouvelles directives du parti nazi imposent aux pilotes d’adhérer aux thèses du national-socialisme. Pour Hanna Reitsch et Werner Zweiköpfiger, l’affaire n’est qu’un détail : il en va tout autrement pour Max, qui est issu d’une famille juive polonaise, et dont le destin tragique est irrémédiablement scellé. Comme on le comprend avec la couverture de « Dents d’ours T1 : Max » (prépublié dans Spirou n°3903 à partir du 30 janvier 2013 ; l'album est paru en mai 2013), le récit fait un lien temporel entre deux époques : les années 1930, où l’émerveillement est encore possible au sein d’un paysage idyllique, et la chute du Reich en 1944-1945, dans la mesure où le ciel semble ici déjà contrôlé par les Corsairs américains. Ces avions, ayant principalement servis durant les campagnes du Pacifique pour y affronter l’armée impériale japonaise, font aussi un lien avec la séquence d’ouverture du tome 1, où surgissent les pilotes kamikazes. En couverture du tome 2, « Hanna » (prépublication dès le 2 avril 2014 dans Spirou n°3964 ; album paru en mai 2014), la vision est symétriquement inversée : une fille remplace le garçon, le regard et la silhouette tournés vers la gauche suggèrent le blocage et les difficultés sous-jacentes, tandis que le paysage ruiné souligne l’agonie du troisième Reich. L’ultime parade contre les Alliés semble être le recours aux « Wunderwaffen » (armes miracles) de tous modèles, dont les Triebflügels (avions à rotor tripale et à décollage vertical, conçus par la société Focke-Wulf), mais qui ne furent en réalité jamais achevés.

 

Des armes nouvelles ! (Spirou n°3964, 2 avril 2014)

Un trio amoureux (extrait de Dents d'ours t.3, p.43 - Dupuis 2015)

Poster offert dans Spirou n°4021 (6 mai 2015)

Pour le tome 3, « Werner » (prépublié à partir de Spirou n°4014 le 18 mars 2015, album paru en mai 2015), la vision est amplement plus désenchantée : de dos, perdu dans les ruines berlinoises à proximité de la Porte de Brandebourg, le principal protagoniste ne lève plus les yeux vers le ciel. On imaginera sans peine son rêve brisé – voir le symbole de la maquette d’avion en bois, partiellement cassée – et l’échappatoire suggérée par l’envol d’un unique appareil (un Fieselier Fi 156 Storch, avion de reconnaissance allemand). Pour les connaisseurs de la période, ces éléments font référence à un évènement authentique de la fin de la guerre, repris en ouverture de ce troisième tome : le Generaloberst Robert Ritter von Greim, blessé aux commandes d’un Storch le 26 avril 1945 par la DCA soviétique, dut son salut à sa passagère, le pilote d’essai Hanna Reitsch (c'est Hanna Reitch qui sert de modèle pour la Hanna de "Dent d'ours" qui pour le récit est plus jeune de quelques années que la véritable aviatrice). Celle-ci prit les commandes par dessus les épaules du blessé et posa l’appareil près de la porte de Brandebourg à Berlin. Isolé dans son bunker, Hitler nommera Greim commandant en chef d’une Luftwaffe quasi-inexistante ! La véritable Hanna Reitsch, qui avait testé une version pilotée de la fusée V1 et tenté vainement d’évacuer Hitler en 1945 (comme dans le tome 3 de la saga), prendra conscience in fine de la terrible réalité des chambres à gaz et se liera d’amitié en 1948 avec une résistante et déportée française (Yvonne Pagniez) tout en reniant pas complètement son passé de nazi convaincu. Hanna volera jusqu’à la fin de sa vie… en 1979.

 

Démarrage de la prépublication du tome 3 dans Spirou n°4014 (18 mars 2015)

Des enjeux explicites (extrait de Dents d'ours t.2, p.44 - Dupuis 2014)

La série prend un assez malin plaisir à se jouer des clichés et des conventions du genre : des héros-enfants innocents liés par un serment scellé dans une grotte par une nuit d’orage (chacun adoptant dès lors comme porte-bonheur une authentique dent d’ours) ; deux adolescents pouvant changer d’identité (Max et Werner) ; le fanatisme froid d’une belle jeune femme insaisissable, qui aimera ses deux amis l’un autant que l’autre ; les missions-suicides confiées par les services secrets US (l’OSS, Office of Strategic Service alors dirigé par le major-général Donovan); les rebondissements à répétition causés par l’amour-haine que se portent les personnages. Yann réussit à doser ce périlleux cocktail. Il est dommage qu'au dessin Henriet se laisse aller parfois à la caricature, ainsi les méchant nazis ont des gueules ideuses qui tranchent avec le réalisme des physionomies des héros ou des personnages dans le bon camp. On se croirait revenu au temps de Batler Britton!

 

 

Spirou 4070 (13 Avril 2016)

Vivre et laisser mourir : amour et guerre froide ! Un trio amoureux (extrait de Dents d'ours t.4, p.13 - Dupuis 2016)

Dans ce premier tome de la deuxième trilogie de la saga la guerre est virtuellement terminée, puisque Adolf Hitler s'est donné la mort. Les alliés organisent méthodiquement des attaques sur les dernières poches de résistance, dont la base où Werner et Hanna sont réfugiés. Désormais convaincue que ce n'est pas Max qu'elle a en face d'elle, la pilote d'élite allemande lui explique que le projet « Amerika Bomber » n'est pas mort et qu'elle compte bien défendre jusqu'au bout la dignité de son pays et honorer son engagement. Lui-même avoue qu'il est là pour la tuer, sur ordre des forces alliées et notamment de l'Office of Strategic Services du général Donovan. Sans pouvoir pour autant cacher ses sentiments pour celle dont il est amoureux depuis l'enfance. Si bien que lorsqu'elle le convoque pour l'accompagner dans une mission dont elle ne dévoilera pas le but, Werner est tiraillé entre la volonté d'épargner peut-être le bombardement de New York, et la vie de la jeune femme. A bord d'un avion léger et vers une destination inconnue, il essaye de raisonner la pilote obnubilée par sa mission de mort. Mais lorsqu'un chasseur allié les prend en ligne de mire, il ne peut s'empêcher de tenter de la défendre. Il ignore encore que la détermination d'Hanna repose sur un secret militaire très bien gardé.

 

La première planche d'« Amerika Bomber » a été prépubliée dans Spirou n°4070 le 13 avril 2016. Dans ce deuxième cycle les Russes (et Staline) aurait aussi leur mot à dire? En couverture, le jeu entretenu entre réalité historique et fiction uchronique prend une nouvelle envergure, avec l’image d’une New-York totalement dévastée et dévorée par les flammes, survolée par une escadrille d’ailes volantes nazies sous les yeux d’une Hanna (adulte) arborant fièrement sa tenue de pilote militaire. Parmi celles-ci figure le Horten XVIII, un projet de bombardier transcontinental réellement développé dès 1942 dans l’optique d’aller détruire l’Amérique mais jamais finalisé. L’album évoque également le Silbervogel « Oiseau d’argent », projet de bombardier sub-orbital propulsé par un moteur-fusée, conçu par Eugen Sänger et Irene Sänger-Bredt dès les années 1930. Lui aussi resté dans les limbes de l'industrie aéronautique nazie. Il n'est pas bien difficile de s'apercevoir que P. E Jacob s'est inspiré de ce projet pour imaginer  L’Espadon des aventures de Blake et Mortimer. Ces appareils et avancées scientifiques, une fois récupérées grâce à l’opération Paperclip, donneront comme on le sait une sérieuse avance aux Américains dans la conquête de l’espace, lors des années 1950-1960. Russes anglais et Français hériteront aussi de certaines technologies: avions à réactions et essais sur le décollage vertical.

 

Vues conceptuelles du Silbervogel sur son rail de lancement

Crayonnés par Henriet

Visuel pour le coffret BDfugue des tomes 1 à 3 (2015)

Même si ce quatrième tome est très estimable et que l'on désire en connaitre la suite, d'autant qu'il se termine d'un manière abrupte inattendue sur un suspense intriguant.

Si la fin de l'album est surprenante, le début l'est encore plus. Alors que l'on avait laissé les protagonistes à la fin du troisième tome, on les retrouve dans les premières pages du quatrième à... New-York dans une séquence qui permet certes à Henriet de nous offrir un bien beau dessin mais qui est parfaitement inutile pour le développement de l'intrigue, séquence qui se termine par quelques cases ridicules... Dans une interview, Henriet donne la raison de ces cases malencontreuses: << Je suis fan de "The walking Dead". Pour me faire plaisir, Yann a ajouté ce prologue!>>. Voilà comment on abime une oeuvre. Un scénariste ne doit pas faire plaisir à son dessinateur mais on contraire lui rappeler qu'il est au service du scénario.

 Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann
 Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann

Il reste que je pense que cette suite n'était pas indispensable tant les trois premiers tomes constituent un chef d'oeuvre qui se suffisait à lui même. 

 

Couverture de l'intégrale (tomes 1 à 3) Khani éditions. Tirage limité de 200 exemplaires numérotés et signés par Henriet.

 
 Dent d’ours T4 : Amerika Bomber par Alain Henriet et Yann

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

case en exergue, Jean-Michel Arroyo

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue, Jean-Michel Arroyo

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

René Haussman est mort

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Rene-Hausman-c-Eric-LaurinLe dessinateur belge René Hausman s’est éteint le 28 avril à l’âge de 81 ans.

René Hausman, né à Verviers en Belgique en 1936, démarre dans le journal Spirou en 1958. Poussé par Raymond Macherot (auteur de Sybilline et Chlorophylle), il publie des illustrations animalières (Le Bestiaire), puis une bande dessinée intitulée Saki et Zunie. Mais ce sont bien ses dessins d’animaux qui assoient sa notoriété.

Puis viennent les collaborations fructueuses avecPierre Dubois (Laïyna, Capitaine Trèfle), Yann (Les Trois cheveux blancs, Le Prince des écureuls) ouMichel Rodrigue (Le Chat qui courait sur les toits). Et son coup de pinceau chaleureux, détaillé, empathique illustreront nombre de textes classiques, comme lesFables de La Fontaine, les Contes de Perrault ou Le Roman de Renart, et des bandes dessinées en solo chez Aire Libre (Les Chasseurs de l’Aube, Le Camp-volant). Il préparait depuis quelques mois un nouvel album chez le même éditeur, sur un scénario de son épouse Nathalie Troquette et de Robert Reuchamps.

hausman_couv

René Hausman avait publié récemment, au Lombard, un hommage au personnage de Macherot : Chrlorophylle et le monstre des trois sources, sur un scénario de Jean-Luc Cornette. Ses nombreux livres illustrés et bandes dessinées laissent un héritage visuel au graphisme traditionnel léché et à l’univers, entre nature et féérie, tout à fait singulier, immédiatement reconnaissable.

hausman_chlorophylle

 

Pour moi René Hausman restera surtout l'auteur de Saki et Zunie que j'aimais tant retrouver enfant dans mon Spirou que je lis encore chaque semaine près de 60 ans plus tard.

 

René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort
René Haussman est mort

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

La dernière conquête, une aventure d'Alix

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La dernière conquête, une aventure d'Alix

Voyons d'abord le scénario de "La dernière conquête: Alix et Enak sont aux abords d’Ariminium (actuelle Rimini), sur la côte Est italienne, où un inconnu leur a donné un mystérieux rendez-vous à l’aube. Après qu’ils aient montré patte blanche, un légionnaire conduit Alix dans une grotte, où le gaulois retrouve… Jules César ! Celui qui n’est pas encore l’empereur de Rome, mais déjà le glorieux conquérant de la Gaule, confie une mission secrète à Alix, qu’il considère comme son protégé. César ambitionne en effet de conquérir l’Orient et dans cet objectif, il veut avoir le soutien des dieux. Il demande donc à Alix de lui rapporter la bague d’Alexandre le Grand, jadis Empereur d’un gigantesque territoire allant de la Méditerranée jusqu’à l’Indus. Sur son lit de mort, Alexandre avait en effet dédié cet anneau, sur lequel se trouvait son sceau, au potentiel chef qui voudrait s’en montrer digne. Or 300 ans plus tard, nul ne sait ce qu’est devenue la dépouille d’Alexandre. Car le jour de sa mort, ses compagnons d’armes se disputaient et délitaient aussitôt son empire. Pour cette quête César possède un atout : un prisonnier appelé Asham, qui a été trouvé en possession de pièces d’or issues du trésor d’Alexandre. De fait, Asham doit forcément savoir où se trouve la tombe d’Alexandre, quelque part en Bactriane (au nord de l’actuel Iran). Malgré l’évidente mauvaise volonté du jeune homme, Alix décide de lui faire confiance. Il est aussi très intrigué par son attitude : Asham semble avoir plus d’importance qu’il ne veut bien le montrer. Leur première étape passe par la riche Byblos, ancienne ville phénicienne, puis ils se rendent vers la Perse. Ils découvrent peu à peu qui est Asham...

Avec "La dernière conquête" Alix pour la première fois était confié aux bons soins de Marc Jailloux qui se présenta sans vergogne lors de la parution de cet opus, non comme le énième héritier de Jacques Martin, mais comme le seul. Les fanfaronnades du monsieur m'avaient tant agacé que je n'avais pas acheté l'album dès sa sortie; ce que je fais habituellement pour tous les Alix. Certes Jailloux n'était pas un inconnu dans l'univers martinien, celui-ci a en effet déjà réalisé un Orion (le tome 4 de la série) et il faut reconnaître que son travail graphique sur le personnage d'Alix est très respectueux des codes du maître Martin, Marc Jailloux même s'il doit encore s'améliorer notamment au niveau des têtes des personnages que je trouve trop allongées néanmoins les visages des deux héros principaux sont très semblable avec ceux dessiné par Martin dans la période des "Légions perdues".

A chaque reprise des aventures d'Alix, je me demande toujours pourquoi de ses deux assistants principaux au moment où, en raison des trouble de la vue à la fin des années 90, il fut contraint d'abandonner le dessin, il a choisi, le moins attiré par le monde antique pour reprendre Alix: Rafael Morales. Epaulé par un autre assistant, cette équipe réalise, de O Alexandrie à Roma Roma des album qui, quant au dessin sont les plus médiocres de la série, le style graphique se dégradant à mesure que le temps passe. C'est d'autant plus dommage que le scénario de Roma Roma est l'un des meilleurs de la série. Lorsqu’on lit L'Odyssée d'Alix 2 dont les dessins sont assumés par Christophe Simon, et notamment une courte bande onirique, on se demande pourquoi l’éditeur n’a pas pu (ou su) convaincre Maître Martin de confier Alix à ce dessinateur. Ce qui est amusant, après avoir fait une très intéressante série antique sur Sparte, est que Christophe Simon reprend Corentin de Cuvelier qui était un des meilleurs amis de Jacques Martin...
Je suis donc toujours un peu dans le regret du dessin de Christophe Simon et bien sûr dans celui de Jacques Martin. Dans "La dernière conquête celui de Marc Jailloux n'est pas indigne mais pas aussi bon qu'il le proclame, depuis avec les deux albums qui ont suivi celui-ci, il faut reconnaitre qu'il a fait de notables progrès.
Le principal défaut de cet album réside dans la pauvreté des décors qui ne sont pas assez travaillés par rapport à ce que proposait Jacques Martin, surtout si, encore une fois, on se réfère à la période des "Légions perdues, période qui est considérée comme l’âge d’or de la série. Marc Jailloux semble s'intéresser moins que Jacques Martin aux reconstitutions archéologiques des lieux traversés. Par exemple les personnages passent par Byblos, puis Suze, mais ces lieux sont évoqués de manière très rapide. Les images et les commentaires se concentrent sur l'action et sur les personnages, plutôt que sur les décors. On rêve aux panoramiques que n'aurait pas manqués de dessiner le Maitre.

Parfois la fidélité frôle le pastiche comme par exemple, dans la séquence du cauchemar p16, on pense immédiatement à la scène qui se trouve page 10 dans "Le dernier spartiate" où Alix est confronté dans son rêve à une déesse au visage de félin. 

Néanmoins, pour une première, c’est plutôt convaincant. Le récit démarre par ailleurs très bien, et ceci dès la première image, avec un beau paysage et une ambiance poétique. Marc Jailloux semble aimer dessiner ce genre de paysage. Jailloux ponctue son album de nombreux hommages aux cases jadis dessinées par Jacques Martin piochées dans de précédents albums; cet imaginaire fera écho chez nombre de « vieux » lecteurs. En revanche la scénariste Géraldine Ranouil a eu plus de mal à s’affranchir des rigueurs narratives imposées. La problématique et l’intrigue globale ne manquent pourtant pas d’intérêt : à la demande de Jules César, Alix se met en quête du trésor d’Alexandre le Grand. Curieusement en 31 albums, il n’avait jamais été proposé pareille quête à Alix! Chronologiquement parlant, l’épisode est proche d’Alix l'intrépide, le premier album de la saga. Il est même possible de le dater précisément, puisqu’on voit ici César franchir le Rubicon, un épisode si célèbre, qu'il est devenu une expression passé dans le langage courant. Ce franchissement marque le début de la guerre entre César et Pompée. Nous sommes donc le 11 janvier en 49 avant JC.

 
Malgré les réticences que j'avais en lisant les déclarations de Marc Jailloux cet album m'a convaincu que l'on pouvait espérer que la série était cette fois entre de bonnes mains, si des progrès étaient effectués. Les albums suivants ont montré qu'il en fut ainsi. Reste à régler le problème de la pagination qui est toujours insuffisante pour développer une intrigue d'une manière satisfaisante.
 
La dernière conquête, une aventure d'Alix

J'ai récupéré cette intéressante interview de Marc Jailloux sur la toile. Elle devrait éclairer mes propos...

20140620-jailloux-marc-c-sophe-hervier

Marc Jailloux. Photo Sophie Hervier

 

Reprendre un héros qui a marqué l’histoire de la BD n’est pas chose facile, pas plus que redonner vie à une époque lointaine quand le père du personnage d’origine l’a tellement marqué que sa vision est devenue canonique. Marc Jailloux en est à son troisième Alix. Avec Mathieu Breda au scénario, il a redonné souffle et vigueur à une série qui menaçait ruine. Il a dû actualiser la vision de l’antiquité à l’aune des recherches récentes tout en gardant la ligne sans tenir compte des nouvelles séries sur le monde romain. Ancien assistant de Gilles Chaillet, Marc Jailloux est entré dans l’univers Martin par la reprise d’Orion.

Ce nouvel Alix est plus dense, psychologiquement que les autres, on ferme l’album avec plus de questions que de réponses.

Tant mieux, c’est un peu ce que je recherche. C’est vraiment le but d’une œuvre d’art, en ressortir avec plus de questions que de réponses. C’était notre objectif d’amener le lecteur à se poser des questions par rapport à Alix comme nous-même nous nous en posons. En l’occurrence, au travers de la quête identitaire d’Héraklion, on sent qu’il s’agit aussi de celle d’Alix, c’est quelque chose qui le touche de près, qui l’affecte particulièrement. On peut se demander si retrouver Astianax en Afrique n’est pas justifié par le fait que ce soit lui qui ait découvert la cité des derniers spartiates. C’est cette découverte qui entraine la fin de la rébellion grecque et l’orphelinat d’Heraklion. Alix a envie d’aider cet enfant mais il peut aussi culpabiliser et essayer de réparer. Je trouve ça justement très intéressant en bande dessinée de raconter ce qui passe entre les cases et entre les aventures, entre ce qui est raconté. Alix a vécu beaucoup de choses, plein d’aventures mais ce n’est pas pour cela qu’il ne se questionne pas.

alix-styx

Est ce que cela va à l’encontre de l’image qu’on a d’Alix. Malgré tout ce qu’il lui est déjà arrivé, il ne se pose pas trop de questions, il n’a pas de failles ?

Il y avait quand même dans les derniers Alix de Jacques Martin, des questionnements similaires. Dans Vercingétorix, il y a l’histoire de l’enfant abandonné, le père doit quand même retrouver son trésor et combattre César au même moment. Dans Le Cheval de Troie, Martin installe cette espèce d’ambiance familiale un peu dramatique. On sent qu’Horatius, le père adoptif d’Héraklion ne va pas bien, il est victime d’un jeu de dupe qui le conduit à s’immoler avec sa famille. On sent que la dimension est forte dans les Alix. Dans Par-delà le Styx elle est plus traitée, plus présente, plus dans l’air du temps. Après j’ai toujours dit que je ne voulais pas figer Alix dans le passé. Martin, si il était encore en activité, aurait fait évoluer le dessin et l’histoire, comme il l’a toujours fait. L’air du temps est beaucoup à la noirceur des héros. On ne peut pas mettre en scène des personnages qui ne ses posent pas de questions, on n’accepte plus l’histoire comme ça. Les médias, la science, tout ça évolue et on ne prend plus les récits pour argent comptant.

Les fans d’Alix vont quand même s’y retrouver, il y a tous les fondamentaux : une quête, une guerre, de l’action, des Romains, des ennemis de Rome…

(Rire) Oui, oui. Bon, Alix n’est pas dans un lit ou sur un canapé dans une thérapie avec un psy. C’est aussi, pour moi, une envie personnelle, ne pas se contenter d’une simple aventure. J’ai toujours envie de dessiner le Alix que j’aimerais lire. Il y a toujours un voyage. On part de Rome, et j’ai enfin pu dessiner Rome avec le temple de Vénus Genitrix en construction (voir Images changeantes de la Ville éternelle). On part de là pour aller vers l’Afrique, c’est un grand voyage et on a toujours un background historique majeur avec la guerre entre César et Pompée, surtout la bataille de Thapsus. C’est le dernier affrontement entre les forces de Pompée et César qui entraine le suicide de Caton. Dans la bataille, on trouve Metellus Scipion, Juba Ier. J’ai mis aussi un mercenaire, celui qui a un casque à tête de serpent, Citius, qui a vraiment existé. On passe de l’histoire personnelle d’Alix, d’Heraklion à la grande Histoire.

Ce sont des sujets et des personnages rarement abordés dans les autres albums sur l’Antiquité. Comment travaillez-vous quand arrive ce genre de sujet et qu’on a les contraintes liées à Alix ?

En fait, je ne les vois pas comme des contraintes. Les copains dessinateurs me demandent souvent «oh là là comment tu fais, moi je ne sais pas comment je m’en sortirais…». Pour moi, ce n’est pas du tout ça. Au contraire, c’est une richesse. J’ai toujours aimé Hergé, Jacobs, Martin, des auteurs qui bossaient avec de la documentation. C’est plutôt une alliée et une partie du boulot qui me plait beaucoup. Après il faut finir les albums donc il faut savoir arrêter les recherches pour avancer. C’est ce que j’aime. Imaginer des évènements peu ou pas représentés, reconstituer des villes, des ambiances. Pour La Dernière conquête, je me suis documenté sur les tribus d’Afghanistan. PourBritannia, idem, on a peu de documents. Depuis le temps, je vais plus vite, je baigne un peu dans ce monde. J’aime bien aussi jouer avec ce que tout le monde connait : des films, des bouquins d’archéologie, des photos de reconstitution. Le temps passe et je deviens moi-même source de documentation. C’est-à-dire que je me souviens très bien de mon premier Orion qui se passait au Necromanteion. Il n’y avait pas grand chose dessus à l’époque. J’ai vu depuis que des albums étaient sortis et que les dessinateurs avaient vu mon travail. Pour ma part, j’essaie vraiment de montrer des trucs que je n’ai jamais vus. C’est exaltant, ça surprend toujours le lecteur et la réalité, même antique, est plus forte que la fiction.

alix britannia

C’est un travail de tous les jours.

Exactement, tout peut nourrir les albums. Des expositions de peinture, des documentaires, des films… Après je fais un tri pour m’en emparer. Par exemple, pour la Grèce, ça a été très long. J’avais beaucoup de mal à me l’imaginer. Rome était au-dessus dans mon imaginaire, la Grèce de Périclès pour Orion m’était vraiment étrangère jusqu’au jour où la lecture du livre de Robert Flacelière La vie quotidienne en Grèce au siècle de Périclès m’a transporté au Ve siècle av. JC. Je me suis baladé dans l’Athènes de l’époque, c’était bon. Après il faut s’intéresser aux pays actuels, car certaines coutumes ou des pratiques n’ont pas vraiment changé. Par exemple, un puits. Il suffit d’aller voir comment sont faits les puits en Afrique du nord pour savoir comment ils sont construits, comment sont les poulies… Pour les dessiner, il faut saisir la logique des monuments ou des choses, surtout quand elles sont anciennes ou qu’elles ont disparu.

51Jrn4xFg2L._SX373_BO1,204,203,200_

Comment ces recherches servent-elles la narration ? C’est plus simple, plus fluide ?

Non, je ne pense pas. Ce n’est pas ce qui assoit le propos, c’est juste le background. C’est un écran sur lequel je projette les personnages. Avant ça c’est le récit, il prime sur tout.

Est ce qu’il y a une différence entre votre Antiquité et celle de Jacques Martin ?

Il y en a forcément une, comme il y en a une entre l’Antiquité du Martin des débuts et celle de la fin. En fait, la documentation est de plus en plus impressionnante. Par exemple, dans Par-delà le Styx, à un moment donné, on montre une charge de la garde noire, de dos, dans la citadelle et en face on voit les légionnaires romains se battre contre des hoplites grecs. Ce qui m’amuse c’est que j’ai gardé les costumes grecs du Dernier Spartiate mais je n’ai pu dessiner les soldats romains comme Martin l’aurait fait à l’époque. Je les ai faits comme les décrivent les historiens actuels. Martin, lui même, rectifie son dessin quand il dessine Vercingétorix, car une trentaine d’années sépare les deux albums et la documentation a évolué. Il n’y a plus qu’Astérix qui continue à être dessiné avec des Romains verts avec la cuirasse de lames métalliques. Mais on ne l’attend pas sur ce détails. Après j’ai le choix, il faut être équilibré car on ne peut pas dérouter le lecteur. Quelquefois, un soucis extrême d’exactitude peut perdre le lecteur, le désorienter ou rendre la lecture plus tendue. Par exemple dans Britannia, on sait que les costumes des Gaulois et des Romains se ressemblaient beaucoup. J’ai dû codifier : mettre les Romains tous bien en rouge et les Gaulois, très différents.

7895da10-5fdd-0130-6257-005056945a4e

Quelles différences voyez-vous entre votre Antiquité et celle de Murena par exemple ?

(Rires) Déjà, on ne dessine pas la même époque… C’est aussi une époque très documentée. On connait bien les costumes par exemple mais aussi l’architecture. Quand Martin commence, il dessine des soldats romains comme ceux qui sont sur la colonne trajane. C’est très tardif par rapport à l’époque d’Alix. On sait maintenant que les costumes, les plastrons, les casques étaient plus simples, moins impressionnants que pour les débuts de la période impériale. Après je prends quelques petites libertés en dessinant des casques différents pour marquer un grade, un statut et créer un peu de variété. Cette sophistication différente rend l’époque différente. L’autre différence, c’est que Murena fait clairement référence au cinéma récent. On pense à Gladiator par exemple.

Pendant très longtemps Alix a été la seule BD sur l’Antiquité, à côté des grand péplums de l’Histoire du cinéma. On a un peu l’impression que ce cinéma à grand spectacle a influencé Jacques Martin.

Ce qui a fait le succès d’Alix à l’époque, et Alix commence en 1948, est le fait qu’Alix est la première BD historique à faire un gros effort de documentation. C’est-à-dire qu’il y avait un vrai désir d’aller au-delà de l’histoire. Contrairement aux autres dessinateurs, Martin essayait de ne pas être schématique. Il ne mettait pas un Romain vaguement cuirassé avec un Gaulois coiffé de son casque à ailes ou à cornes avec un vague temple derrière. Martin a amené beaucoup de rigueur, bien sûr par rapport à la documentation de l’époque. Après, Martin était plus intéressé et influencé qu’on ne croit et qu’il l’a dit lui-même. Par exemple la course de char du Tombeau étrusque c’est celle de Ben Hur, puis celle de Murena. Tous ces créateurs finalement montrent une époque de telle manière qu’elle corresponde à ce que les gens, les lecteurs ou les spectateurs en attendent. Chaque nouvelle série semble plus réaliste que les précédentes. Gladiator ne l’est pas plus qu’Alix, qui ne l’est pas plus que Ben Hur. A partir de la documentation, on produit des esthétiques différentes. Pour Alix, je suis entre les deux. Donner à voir ce qui a dû être, le plus fidèlement possible, et s’insérer dans une série qui a des codes et un esprit romanesque fort. Il faut que le lecteur s’enrichisse, qu’il apprenne quelque chose sans qu’il s’en rende compte. C’est pour cela que j’ai dessiné trois lieux très différents, des événements différents. Dans le dernier Alix, nous avons mis un village de nomades, des mercenaires, des éléphants avec des cornacs. On avait eu ça dans un Voyage d’Alix mais ici, c’est une aventure.

L’apport pédagogique se fait aussi par le scénario.

Oui, par exemple notre bataille de Thapsus est très différente de celle dessinée dans Astérix légionnaire… (Rires)

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles (2)
Versailles, mars 2016

Versailles, mars 2016

Partager cet article

Repost 0

Alix l'intrépide de Jacques Martin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Alix l'intrépide de Jacques Martin
L'histoire commence à Khorsabad, en Mésopotamie, pendant la guerre entre Rome et les Parthes. Marsalla, un général romain qui n'aurait pas dû se trouver là, découvre un jeune Gaulois, Alix, dont il tente vainement de se débarrasser. Celui-ci est ensuite recueilli par des Parthes qui poursuivent les Romains. Après les avoir quittés, Alix rencontre d'autres personnages, tantôt bienveillants, tantôt inquiétants, et finit par arriver à Rome où il retrouve Marsalla. Mais entre temps, Alix est devenu citoyen romain... Contrairement à ce qu'il fera plus tard pour la plupart des autres aventure d'Alix, Jacques Martin a situé précisément celle-ci. 
L'événement historique qui ouvre les aventures d'Alix est la bataille de Carrhes, au cours de laquelle l'armée parthe de Suréna vainquit les légions romaines de Crassus ; elle eut lieu le 28 mai -53. L'épisode suivant, Le sphinx d'or, qui enchaîne sur celui-ci, commençant en septembre -52, cette première aventure d'Alix dure environ quinze mois, maistrès inégalement répartis : quelques jours ou quelques semaines au début et à la fin, entrecoupés par une séquence romaine résumée en une seule image, page 32 ! Mais s'il se passe tant de chose dans cet album, c'est que chaque page comporte 4 bandes qui contiennent elles-même 3 vignettes, ce qui fait donc 16 images par planche. Chaque case contient en plus un texte, composé aussi bien de récitatifs que de copieux dialogues. Il y a un total d'environ 900 cases par album ... soit le double de ce que l'on a actuellement dans un album 44 pages couleur. Quelle différence !
Alix l'intrépide de Jacques Martin
Alix l'intrépide de Jacques Martin

Toute cette aventure est sous l'influence de Ben Hur. L'histoire est globalement différente, bien sûr, mais il y a de multiples séquences qui semblent  être des "réminiscences" du livre ou du film muet de 1929 puisque ne faisons pas d'anachronisme, le grand film de William Wyler n'existait pas au moment où Jacques Martin a dessiné cet album en 1948. Premier exemple frappant : le début avec Alix qui se penche depuis un mur et qui fait tomber des pierres sur un général romain en train de défiler. Par la suite, on découvre aussi une galère attaquée par des pirate, l'adoption d'Alix par un patricien romain puis le décès de celui-ci, la fameuse course de char spectaculaire ... ce sont des scènes marquantes du roman de Lewis Wallace.

La planche 1 telle qu'elle est parue en 1948 dans l'hebdomadaire Tintin

ci-dessous l'originale de la planche

 

En ce qui concerne l'élaboration de cette première aventure n'oublions pas que nous sommes en 1948 et que les sources de documentation n'ont rien à voir avec ce qu'on trouve aujourd'hui. Dans "Avec Alix", J Martin explique qu'il se rendait régulièrement dans une bibliothèque de Verviers à l'époque et que sa source principale d'information était le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Charles-Victor Daremberg, qui comprenait 9 volumes. C'est là qu'il y découvrit les éléments pour reconstituer le palais du roi Sargon à Khorsabad, ainsi qu'une représentation du colosse de Rhodes et d'autres encore.
 

Alix l'intrépide de Jacques Martin

Une planche de l’épisode «Alix l’intrépide» représentant une scène navale comme celle ci-dessus et publiée dans le journal Tintin du 3 février 1949 a été vendue à 32.002 euros alors qu’elle avait été estimée entre 13.000 et 15.000 euros, indique dimanche soir la salle de vente bruxelloise Banque Dessinée.

Où sommes nous? On se déplace beaucoup, dans ce récit, qui commence à Khorsabad, puis on traverse l'Arménie et on arrive à Trébizonde ; après un voyage maritime au cours duquel on rencontre des pirates, nous voici à Rhodes ; nouvelle croisière pour arriver à Rome ; l'histoire se poursuit à Vulsini et s'achève au pied des Alpes.
Nous faisons connaissance d'Alix à Khorsabad. Nommé à l'origine Dûr-Sharrukin, « forteresse de Sargon », ce n'est plus qu'un petit village de l'Irak, à 15 km à l'est de Mossoul. En -713, l'empereur assyrien Sargon II ordonna la construction d'un nouveau palais au nord de Ninive. Cette cité rectangulaire mesurait 1760 m sur 1635 m pour 300 hectares. Ses murailles étaient protégées par 157 tours et étaient percées de sept portes, correspondant aux principales routes de la région. Une terrasse pavée accueillait le palais royal et les temples, ainsi qu'une ziggourat. La cour s'y installa en -706, mais Sargon mourut au combat l'année suivante. Son fils et successeur Sénachérib revint à Ninive. La cité inachevée fut abandonnée un siècle plus tard lors de la chute de l'empire assyrien. Il est fort peu probable qu'un trésor y soit resté intact pendant six siècles, s'il s'y trouva jamais. D'ailleurs, au temps d'Alix, la cité était déjà en ruines et inoccupée. Elle fut fouillée par des archéologues français au XIX° siècle, ce qui vaut à une partie de ses statues et bas-reliefs de se trouver au Louvre... et une autre partie au fond du Tigre, où le bateau qui la transportait coula en 1855, et jamais retrouvée.
Le choix de Khorsabad par Jacques Martin pour faire apparaitre Alix est assez curieux, car on peut se demander ce que Marsalla, le fictionnel légat de Crassus (décalqué sur le Messala de BEN HUR)! allait faire à Khorsabad avec toute sa légion, sur les talons d'Alix? D'autant qu'en marchant dans cette direction il s'enfonçait dans l'Empire parthe et rompait ses lignes de communication avec son Crassus son supérieur.
On peut penser que la raison de la présence de Khorsabad serait que JM avait dû lire quelque chose sur les fouilles archéologiques françaises de Khorsabad par Paul-Emile Botta (en1840-1850) (dont quelques Kerubs sont au Louvre), d'où l'imagination qu'un trésor s'y trouverait encore.
Alix l'intrépide de Jacques Martin
Alix l'intrépide de Jacques Martin

De Khorsabad à Trébizonde, Alix traverse le royaume d'Arménie, qui, chose curieuse, n'est jamais nommé. En -610, les Haïkans, une tribu thraço-illyrienne, se fixe en Médie, où elle se mélange pacifiquement aux anciennes tribus autochtones, formant un État indépendant (Alix rencontre une tribu de Haikanes qui semble être traquée par les autres groupes ethnique du lieu...) ; le nom d'Arménie n'apparaît qu'en -520. La région passe successivement sous la tutelle des Mèdes, des Perses et des Macédoniens d'Alexandre ; elle prend à cette occasion une forte teinture hellénistique qu'elle ne quittera plus. En -190, les Grecs ayant été battus par les Romains, l'Arménie redevient indépendante. En -95, son roi Tigrane le Grand fonde un vaste empire qui va du Caucase à Mossoul et de la Caspienne à Antioche. Mais Rome finit par s'inquiéter de sa puissance et, en -66, il est vaincu par les légions de Pompée ; le pays devient un protectorat romain, tout en restant gouverné par ses rois ; au siècle suivant, il sera partagé entre Rome et les Parthes. A l'époque à laquelle Alix le visite, le pays est en paix. A ce propos il y a une bizarrerie à relever : c'est la conquête de Khorsabad par le général Marsalla. Comme le récit débute quelques semaines après la bataille de Carrhes, au moment de l'entrevue entre Suréna et Crassus, j'imagine mal qu'un général romain ait poursuivi le siège d'une ville en territoire ennemi alors que l'armée principale était en train de faire retraite.

Alix l'intrépide de Jacques Martin

Khorsabad est un lieu crucial dans l'existence du héros il y retrouve sa mère, dans le roman "Le sortilège de Khorsabad".Elle avait été enlevé par Arbacès. Voici la biographie de Myrdinna, la mère d'Alix. C'est Arbacès qui parle:

"Elle a été mon esclave, Alix! A Délos, elle avait avalé une drogue qui l'avait fait passer pour morte. Le mélange de ce breuvage et de son antidote eut des effets imprévisibles.Ta mère a sombré inexorablement dans la démaence. Je ne te connaissais pas encore quand elle est entrée en ma possession, sinon...
-Monstre!Je ne sais ce qui me retient...hurle Alix
-Elle devint de +en+ incôntrolable. Pendant son séjour à Tyr, je l'ai cédée à un aubergiste nommé Damon pour payer mes dettes de jeu. Et tu vois Alix, les gardes, les archers , les citoyens de Tye, et même les chiens et les rats: tous savent que ta mère est folle!"
Plus tard, Alix retrouve Myrdinna, qui meurt dans les bras de son fils
"Myrdinna, petite mère...C'est moi, Alix, ton fils...Myrdinna petite mère...
Mais qu'arrive t'il? Son petit Alix s'est-il blesssé. Il pleure. Allons viens chez maman, elle va poser un doux bisou sur le vilain bisou. Et parce que tu es sage, j'ai un cadeau pour toi.Regarde, une belle poupée.
-Myrdinna petite mère...
Je sais, les poupées, ce n'est pas pour les garçons mais c'est tout ce que je possède. Je l'ai gardé rien que pour mon Alix. Je lui ai tellement parlé qu'elle est devenue un peu toi, un peu moi.Maintenant, tu peux l'avoir , mais tu dois cesser de pleurer. Ecoute la, elle t'aime comme je t'aime. Et toi?
-Oh, oui, je t'aime .Maman...
-Il se fait tard. Il faut dormir.Serre-moi encore dans tes bars....Et nous dormirons...Alix...
Alix étreint sa mère.Et pour elle, qui ne l'entend plus,il retrouve le langage lointain de son enfance et chante à voix basse:
-Un matin, petit moineau, tu étendras tes ailes et tu vaicras le ciel." 

Alix l'intrépide de Jacques Martin
Alix l'intrépide de Jacques Martin
 
Ensuite nous voici à Trébizonde. C'est l'ancienne Trapézonte grecque, fondée en -756 par des colons de Milet. C'est de là que Xénophon et ses Dix-Mille aperçoivent enfin la mer après leur retraite de l'empire Perse. ( L'Anabase, -IV° siècle ). Indépendante pendant la domination Perse, elle est intégrée par Alexandre au royaume du Pont, puis annexée par Rome en tant que cité libre ; elle resta très prospère. Elle fut la capitale d'un empire grec aux XIII° et XIV° siècles. C'est aujourd'hui la ville turque de Trabzon, 200 000 habitants.
Après une petite visite chez les pirates nous abordons à Rhodes célèbre pour son colosse. Peuplée par les Doriens, l'île commerça surtout avec la Grèce et l'Égypte. Elle conclut un traité avec Rome en -164. Son école de philosophie, où étudièrent Pompée et Cicéron, était célèbre.
Le colosse fut érigé en commémoration d'un siège qui eut lieu en -305 et qui échoua. La statue, d'une hauteur de 32 m, représentait Apollon-Hélios et était considérée comme la 6° des sept merveilles du monde. C'était l'œuvre de Charès de Lindos ( autre ville de l'île ), qui se suicida en découvrant une erreur dans ses calculs ; un de ses assistants les corrigea. C'était parti pour 12 ans de travaux.
 

minet 9154

DSC05577.JPG

le sanctuaire d'Apollon à Rhodes (octobre 2012)

A partir de là, les historiens ne sont plus d'accord. Sur l'emplacement de la statue d'abord : elle ne pouvait se trouver dans la posture traditionnellement représentée, enjambant l'entrée du port, un pied sur chaque jetée ; l'écart, d'environ 40 m, aurait été trop grand pour sa taille ; on pense qu'elle pouvait être érigée, soit sur les hauteurs de l'île, ou en contrebas de l'Acropole, ou encore sur un côté du port, et peut-être adossée à une falaise. Sur sa composition ensuite : sur un socle de marbre, elle aurait été constituée d'un bâti de bois recouvert de plaques de bronze, mais ces matériaux semblent difficilement compatibles avec sa hauteur pour des raisons de solidité ; alors, une statue de pierre recouverte de bronze ? La représentation qu'en fait Jacques Martin est néanmoins vraisemblable.
Toujours est-il que les Rhodiens n'en profitèrent pas longtemps : terminée en -292, un séisme la jeta bas en -226. L'oracle de Delphes aurait interdit aux habitants de la relever. Ses débris restèrent sur place jusqu'en 653, date à laquelle ils furent vendus : il y avait 13 tonnes de bronze et sept tonnes de fer. Il n'en reste absolument plus rien... S'il ne reste rien du colosse, il y a tout de même des vestiges romains comme le montre ci-dessus, les photos que j'y ai prises, il y a quelques années.
A Rome C'est l'époque où la population urbaine s'accroît considérablement sous l'effet de la transformation des structures économiques et sociales ; la petite propriété paysanne disparaît, remplacées par les grandes exploitations fondées sur le système esclavagiste. D'énormes quartiers d'habitations sont crées, avec pour corollaires : la spéculation immobilière, les effondrements et les incendies. Des architectures monumentales et de prestige transforment Rome en une capitale comparable aux grandes villes hellénistiques avec le concours d'architectes et d'artistes grecs, et comprenant notamment des nouveaux temples, des aqueducs et des magasins portuaires. La ville commence à se sentir à l'étroit dans son enceinte archaïque, dite de Servius, pourtant récemment étendue, dont le périmètre de 11 km englobe 427 ha : des faubourgs poussent à l'extérieur. L'époque de grandes réalisations architecturales dans la cité. Le théâtre de Pompée est construit au Champ de Mars entre -61 et -55, c'est le premier théâtre en pierre à Rome ; pour conserver l'aspect sacré donné aux représentations théâtrales, un temple dédié à Vénus Victrix se trouve au sommet des gradins ( on les voit bien page 19 de Roma, Roma ). De -54 à -46 s'érige le forum de César sur les côtés de la place s'élèvent les grandes basiliques destinées à abriter les procès, ainsi que les transactions financières et bancaires ; il sera le modèle des futurs forums impériaux. Mais à part la demeure d'Alix et quelques rues, on voit assez peu de choses de Rome dans cet album, à l'exception du Cirque Maximesiège des courses de chevaux et de chars depuis les débuts de la cité ; ses installations furent d'abord en bois, le premières structures en pierre datant du -II° siècle ; il pouvait contenir 250 000 spectateurs.
On voit aussi un amphithéâtre qui évoque le Colisée, mais celui-ci ne fut construit qu'un siècle plus tard, sous Vespasien ; son nom est d'ailleurs : l'amphithéâtre Flavien ; il pouvait contenir 60 000 spectateurs. Au temps d'Alix, les spectacles avaient lieu sur le Forum Boarium ( le forum aux bestiaux ), près du Champ de Mars, la place servant d'arène, avec des galeries de service creusées par en dessous et des gradins de bois autour pour les spectateurs. Le premier amphithéâtre en pierre de Rome ne fut construit qu'en -29. Les amphithéâtres servaient pour les spectacles de gladiateurs ( munera ), les batailles navales ( naumachies ), et les chasses aux fauves ( venationes ).
L'album se termine à Vulsini, une ville se situe à 100 km au nord de Rome ; c'est aujourd'hui Bolsena, près du lac du même nom. Alix y retournera au début des Légions perdues.
 
Quel était le contexte historique de l'album? Nous sommes à la fin de la République romaine, qui est gouvernée par le « triumvirat » Pompée-Crassus-César. Tandis que ce dernier, nommé par le Sénat proconsul des Gaules conquiert méthodiquement le pays depuis -58, à la fois pour s'assurer la gloire militaire et une fortune qui lui permettra de payer ses dettes, Pompée est le maître de Rome. Pour le « Grand Homme », comme il se fait appeler ( Pompéius Magnus ), la gloire et la fortune sont déjà là : ses campagnes en Espagne contre Sertorius, en Orient contre Mithridate et contre les pirates lui ont accordé l'une et l'autre ; ce bon stratège est très populaire,mais c'est un mauvais orateur et un piètre politique.
Quant à Crassus, on dit que c'est l'homme le plus riche du monde, sa fortune étant estimée à 170 millions de sesterces, pas tous acquis honnêtement...mais il lui manque la gloire militaire : même celle de son modeste succès contre Spartacus lui a été soufflée par Pompée, arrivé en ouvrier de la onzième heure. Alors, bien que Pompée ait signé un traité de paix avec les Parthes, dix ans plus tôt, Crassus le dénonce et se met en tête de conquérir leur royaume qui, accessoirement, contrôle l'accès de la Route de la Soie et des richesses de l'Asie qu'elle apporte. A la fin de l'année -54, le voilà à Antioche, à la tête de sept légions dont une de cavaliers Gaulois fournie par César. Pendant que Crassus perd son temps à piller le Proche-Orient, jusqu'au temple de Jérusalem, Suréna renforce l'armée Parthe.La confrontation aura lieu à Carrhes.... La seule chose dont nous soyons sûr, c'est que Crassus avait franchi l'Euphrate à la hauteur de Zeugma («le lien») où, comme le nom l'indique, il y avait un pont reliant Séleucie de Commagène et Apamée (deux villes se faisant face de part et d'autre du fleuve, aujourd'hui noyées par le barrage de Birecik). Crassus marcha donc vers Carrhæ - où il avait laissé une garnison l'année précédente - puis descendit le Ballissos (act. Balikh), un affluent de l'Euphrate.
Il semble que la bataille de Carrhæ eut lieu à 40 km au sud de cette ville, mais les spécialistes discutent encore pour savoir si ce fut sur la rive droite ou la rive gauche du Ballissos.
Crassus, de fait, ne sortit pas du bassin de l'Euphrate (Carrhæ est à la frontière de la Turquie/Syrie).

 
Jacques Martin a maintes fois raconté comment la première page d'Alix, fournie à l'éditeur de Tintin à titre « d'échantillon », fut publiée sans qu'il en soit prévenu et comment on lui réclama précipitamment la suite... Quand Leblanc lui a demandé de faire une planche par semaine après sa première planche-test qu'il avait proposée quelques semaines plus tôt et qui a d'ailleurs été publiée telle quelle, J Martin n'avait pas prévu de scénario pour la suite, persuadé qu'on ne le rappellerait plus. Il a donc du élaborer son scénario petit à petit, c'est pour ça que cet album fait un peu "feuilleton". Mais à partir du moment où Alix apprend d'Honorus Galla, son père adoptif, qu'il est le fils d'un chef gaulois, l'histoire décolle alors vraiment
Il faut croire néanmoins qu'il avait soigneusement préparé son affaire, accumulant références et documentation, car on ne sent guère l'improvisation.
Au début, cependant, il n'y a pas d'intrigue : Alix rencontre des Romains, des Parthes, traverse l'Arménie, comme si c'était une période d'observation, mais tout change avec l'arrivée d'Arbacès, puis de Galla, et Alix doit faire face à des enjeux de plus en plus importants, au péril de sa vie. Le scénario est serré et les rebondissements fréquents.
Si le caractère de notre héros est déjà bien fixé, et ne variera plus guère, le dessin se cherche : l'auteur n'a pas encore mis au point le style « martinien » que l'on trouvera quelques épisodes plus loin, bien que les attitudes des personnages soient déjà bien présentes. Les décors sentent parfois le dessin d'architecte et la couleur, assez neutre, ne les met pas en valeur.
Dans cet album commencé dans l'urgence, on trouve peu de décors détaillés ou de grande image panoramique. On peut signaler bien sûr une grande case spectaculaire qui représente le Colosse de Rhodes, mais est-elle véridique ? Les images sont le plus souvent subordonnées à l'action et l'auteur n'a pas le temps de se consacrer aux détails. Il y a parfois quelques vignettes aux décors étonnement précis, et c'est le signe que Jacques Martin est en train de rechercher son style.

Tout cela évoluera donc par la suite, mais après un départ qui aurait pu mener n'importe où, on voit le récit prendre de l'ampleur tout en conservant sa ligne directrice, et Alix, qui ne cherche d'abord qu'à sauvegarder son existence, se voit vite confronté aux exigences de la politique, et il ne s'en affranchira plus à l'avenir. 
Au début des aventure d'Alix, Jacques Martin dit avoir donné à son héros quinze ou seize ans. Comme il n'est pas tombé du ciel à Khorsabad, il a bien dû passer quelque part les premières années de sa vie, et il n'est certainement pas resté inactif.
Pourtant, à ce moment-là, on sait assez peu de choses sur lui et on n'en apprendra guère plus par la suite. Lorsque son portrait s'affinera, ce sera au fil de ses aventures, et il permettra de préciser certains aspects de sa personnalité, par exemple son rapport avec le pouvoir, ou ses relations, souvent controversées, avec les femmes. Mais on reviendra rarement en arrière, sur ses premières années, aussi est-il intéressant de faire le point à ce sujet.
Il est Gaulois, il est esclave ( on verra que c'est discutable ), il sait monter à cheval et combattre ( deux talents qui ne « collent » pas tellement bien avec son statut servile ), il connaît au moins une autre langue que la sienne, certainement le grec, la langue commune de tous les gens cultivés de l'époque, ce qui lui permet de converser d'égal à égal avec Suréna, alors que son interlocuteur est général en chef et premier ministre du roi des Parthes. Drôle d'esclave, en vérité !
Par la suite, grâce à Galla, on apprend qu'il est le fils d'un chef gaulois et que ses parents ont disparu pendant la guerre des Gaules, tandis que lui-même était vendu comme esclave.
Correction un peu plus tard : nous apprenons alors la participation des siens à la légion de cavalerie gauloise sous les ordres de Crassus à Carrhes ( dans Iorix le grand ) et nous le voyons arriver à Khorsabad après avoir voyagé avec cette armée et perdu de vue le reste de sa famille ( dans C'était à Khorsabad).
Enfin, dans plusieurs épisodes, nous constatons sa maîtrise à la conduite des chars de course, avec succès, puisqu'il gagne généralement ; à plusieurs reprises également, il se retrouve contraint de combattre comme gladiateur, toujours avec succès. Or, ces deux « métiers », difficiles et dangereux, ne s'improvisent pas et mettent du temps à s'apprendre.
Ces éléments disparates sont à peu près tout dont nous disposons pour esquisser une biographie sommaire du personnage, sans compter que certains sont contradictoires entre eux et avec les faits historiques et de société. C'est pourtant suffisant pour reconstituer sa vie en s'en tenant au plus vraisemblable.
Cette histoire commençant en -53, Alix est né en -69 ou -68 en Gaule. Rappelons que les opérations militaires de la guerre des Gaules n'ont commencé qu'en -57, Alix ayant alors 11 ou 12 ans, et ces opérations ne concernaient que la Gaule Belgique, entre Seine et Rhin, et la façade océane, pas encore l'intérieur du pays, qu'il a en fait quitté en -54, on verra comment.
Si on s'en tient au seul critère géographique, cet album ne nous dit rien de son lieu de naissance; fort heureusement, deux autres albums sont un peu plus bavards. Dans Le sphinx d'or, nous voyons Alix revenir au pays, alors que le siège d'Alésia se déroule non loin de là. Un peu plus tard, la localisation de ce pays, où il retrouve son cousin Vanick, est plus précise dans Vercingétorix : entre la Saône et Alésia. Ce territoire est celui des Eduens, un riche et puissant peuple Celte, allié de longue date des Romains, sauf pendant une brève période de l'année -52, lors de la campagne de Vercingétorix.
Mais les révélations de Galla nous disent tout autre chose : pour qu'un peuple Gaulois soit vaincu de la manière dont il le raconte, il aurait fallu qu'il soit Belge, Armoricain ou Aquitain, et que l'événement se soit déroulé entre -57 et -54.
Pourquoi cette dernière date ? Parce que si Alix a suivi l'armée de Crassus, avec ou sans sa famille, les légions étaient à pied d'œuvre en Orient dès l'automne -54, et on sait que Crassus perdit ensuite son temps à piller la région jusqu'en mai -53, une aubaine pour les Parthes. Or, les Eduens ne se joindront à la révolte qu'à l'été -52, après Gergovie.
Que peut-on conclure de ces indications ? Seul le critère géographique me paraît pertinent, en éliminant les peuples trop éloignés dont il n'est jamais question dans les récits : Alix est un Eduen, c'est l'hypothèse la plus vraisemblable. Ce peuple étant romanisé depuis longtemps, Alix n'aura pas beaucoup d'efforts à faire pour devenir citoyen romain par adoption.
Fils de chef gaulois, Alix appartient donc à une famille aristocratique celte. Ces nobles possèdent la terre que des paysans cultivent pour eux. Autour des nobles gravitent leurs « clients », les ambactes : guerriers sans fortune, paysans ou artisans à qui le noble donne des biens ou des denrées en échange d'un service militaire. Les nobles choisissent parmi eux leur roi ou leur magistrat suprême, le vergobret ; ceux-ci sont élus et leur charge n'est pas, en principe, héréditaire.
Seuls les nobles sont assez riches pour posséder des chevaux et disposent d'assez de temps pour recevoir un entraînement militaire très poussé. Du point de vue de l'équipement, rien ne ressemble plus à un légionnaire romain qu'un guerrier gaulois, d'autant plus que les Celtes, habiles métallurgistes, approvisionnent toutes les armées ; ce sont eux qui ont inventé la cotte de mailles, que portent tous les soldats de l'époque.
On voit donc qu'Alix était bien placé pour recevoir une bonne formation aux armes et à l'équitation ; il reçut également une bonne culture générale, puisqu'on le voit s'exprimer sans difficultés en grec et en latin. A son époque, les druides n'étant déjà plus chargés de l'éducation des jeunes nobles; il est probable qu'il a disposé d'un précepteur ( grec, naturellement ), et d'un maître d'armes. Comme il devait en outre avoir quelques loisirs, je suppose qu'il ne les consacrait pas seulement à la chasse, et c'est certainement là qu'il apprit, pour s'amuser, à si bien conduire les chars et aussi à combattre comme un gladiateur. En effet, ces deux « métiers », bien que parfois occupés par des hommes libres étaient considérés comme des métiers d'esclave, déshonorants pour un citoyen de haute lignée ; mais ceux-ci se distrayaient parfois en s'entraînant et en cherchant des émotions, sûrement pas pour faire carrière (comme on le voit dans Timour), d'autant plus que l'armement et les méthodes de combat n'avaient rien à voir avec ceux des militaires.
Tout cela a donc bien occupé Alix jusqu'à son adolescence et il est en pleine possession de ses moyens lorsque nous le trouvons lancé dans ses aventures : il aurait pu avoir une moins bonne préparation à ce qu'il allait vivre !
Comment Alix s'est-il retrouvé en orient? Il paraît difficile de retenir la version de Galla, qui est là pour renforcer l'aspect romanesque et dramatique du récit, mais qui se trouve corrigée par la suite, ainsi que l'appartenance d'Alix à un autre peuple que celui des Eduens, que rien ne vient appuyer. L'hypothèse la plus probable est que des membres de sa famille, ou de son clan, se sont engagés volontairement comme cavaliers mercenaires dans l'armée de Crassus, peut-être sur l'instigation de Galla et de César ; ce dernier devait « rembourser » Crassus, qui avait payé une partie de ses dettes, en lui fournissant un contingent de cavalerie levé en Gaule. Il n'y avait pas eu de contrainte, mais seulement l'attrait du butin. On sait que les choses, à Carrhes, se sont mal terminées pour les Gaulois comme pour les Romains, mais sans cela, il n'y aurait pas eu d'aventures d'Alix. Et voilà comment celui-ci s'est retrouvé vraisemblablement prisonnier de guerre, ce qui, à l'époque, était synonyme d'esclave, sauf si une rançon pouvait être payée.
De noble gaulois, Alix est devenu un noble romain après son adoption (parcours identique à Ben-Hur qui de noble juif devient un aristocrate romain après avoir été adopté) car il appartient désormais, selon toute vraisemblance, à la classe équestre ; les chevaliers étaient ceux qui, à l'origine, devaient le service militaire à cheval, considéré à juste titre comme le plus onéreux. Pour être chevalier, il fallait posséder 400 000 sesterces de biens fonciers, comme pour les sénateurs, mais à la différence de ceux-ci, les chevaliers pouvaient librement investir et commercer, et ils ne s'en faisaient pas faute. Au fil du temps, ils obtinrent les mêmes pouvoirs que les sénateurs, et ils purent défendre leurs intérêts dans toutes les instances de la vie publique et économique. Sans cela, Galla n'aurait pas été général en Gaule, ni gouverneur à Rhodes.
Tout cela n'est pas dit, ni montré, mais peut se déduire du train de vie apparent d'Alix à Rome, ainsi que de ses relations sociales. On ne voit que sa maison familiale de Rome, mais on sait qu'il doit posséder également des biens fonciers, sans doute des fermes en Italie, et probablement aussi des parts dans des fabriques ou des navires. En tout cas, il est visiblement à l'aise, à la différence d'Enak (dont on fera connaissance dans l'album suivant, le sphynx d'or), qui ne possède rien, sauf son titre ( discutable ) de « prince », et qui ne subsiste que grâce à la générosité de son ami.
Toutefois, Alix n'est pas patricien, contrairement à ce qui est parfois dit, tout simplement parce qu'un nom de patricien se termine obligatoirement en « ius », mais le nom en « ius » ne suffit pas pour faire un patricien : ainsi, C. Julius César et M. Licinius Crassus sont patriciens, mais C. Pompéius Magnus n'est que chevalier. Un Graccus n'est donc pas patricien ; à cette époque, il ne restait qu'une quinzaine de familles ( gens ) patriciennes, avec toutefois de nombreuses branches, soit quelques centaines de personnes seulement. Cela n'empêchait pas qu'on pouvait être noble tout en étant issu de la plèbe, comme l'étaient de nombreux chevaliers : la nobilitas s'acquérait par l'exercice de magistratures lorsqu'on était élu consul, prêteur, censeur, questeur ou édile. Il ne faut pas non plus confondre son nom avec celui de Tibérius et Caïus Gracchus, les célèbres « Gracques », qui vivaient au siècle précédent et dont le nom de famille était d'ailleurs Sempronius, Gracchus n'étant que leur surnom ( cognomen ).
Alix l'intrépide est en fait un album séminal, à la construction hâtive et aux idées multiples. Le récit frappe par son dynamisme et son enthousiasme, maisaussi quelques inexactitudes (j'ai déjà évoqué la curieuse présence de Pompée et César ensemble au cirque Maxime). L'auteur a tout mis dans ce premier récit où il devait faire ses preuves : des personnages historiques, un héros exemplaire, un méchant à la fois dangereux et séduisant, un monde antique richement documenté, des affrontements dramatiques et un magnifique voyage à travers la Méditerrannée.

 
 
Alix : si son aspect physique n'est pas encore celui auquel les albums suivants nous habitueront, son caractère est déjà bien affirmé et s'étoffe au fil des pages. D'abord simplement soucieux de sa survie, ce qui est légitime, il gagne en audace au fur et à mesure que les événements se précipitent à sa rencontre, et on découvre vite qu'il sait être altruiste et dévoué. Il est bientôt confronté à des questions politiques qui le dépassent un peu, mais desquelles il se tire honorablement. Dès qu'il s'agit d'action, on le sent à son affaire, mais chez lui, la réflexion approfondie entraîne parfois le doute. C'est pourquoi il tient encore aux images paternelles réconfortantes, comme Galla, Toraya, voire César, qui compensent l'inexpérience de sa jeunesse. Fort heureusement pour lui, il ne désespère jamais.
 
Et, par ordre d'entrée en scène :
 
Marsalla : voilà un général romain fort soucieux de ses intérêts et peu regardant sur le choix des moyens ; il faut dire qu'il était à bonne école : son chef Crassus ne venait-il pas de passer plusieurs mois à piller la région ? Son équipée à Khorsabad est du même ordre, tout comme elle signifie pour lui le début des ennuis : il ne va plus cesser de s'enfoncer, malgré l'alliance avec Pompée, vers une issue fatale. Pour avoir voulu s'enrichir au lieu de combattre, cet homme peu scrupuleux est devenu un perdant.
 
Suréna : le général des Parthes est aussi le premier ministre de son roi, Orodès II. On ne sait pas avec certitude si Suréna est son nom ou son titre : les historiens penchent plutôt pour la seconde solution, ce qui voudrait dire « général en chef ». C'est un personnage conscient de sa valeur, et on comprend pourquoi : battre l'armée romaine n'est pas à la portée de tout un chacun, mais il sait reconnaître la valeur d'autrui quand il la rencontre en la personne d'Alix, et le grand seigneur devient comme un compagnon d'armes. Orodès, jaloux de ses succès contre les Romains et les Arméniens, le fera assassiner ( voir l'album : C'était à Khorsabad ). En dehors de Jacques Martin, peu d'auteurs se sont intéressés à lui ; seul, Pierre Corneille lui a consacré sa dernière tragédie, en 1674 : ce n'est pas son chef d'œuvre, mais quel beau français !
 
Marcus : « le plus vaillant officier de l'invincible armée romaine » selon Arbacès, mais il ne faut jamais croire Arbacès ! Il est surtout vaillant devant des adversaires moins bien armés que lui. C'est aussi un combinard, comme son chef Marsalla, avec lequel il cherche désespérément à se sortir du guêpier où il se sont fourrés par esprit de lucre, et malgré ses efforts, il n'y réussira pas plus que lui.
 
Toraya : ce sympathique colosse est ému par la détresse d'Alix, qui lui rappelle son fils disparu. Il profite de cet incident pour régler quelques comptes avec son chef, n'étant pas d'accord avec sa conception de l'accueil des étrangers. N'ayant plus rien à perdre après son esclandre, il s'enfuit avec son protégé, et un séisme leur apportera une aide opportune. Par la suite, il partagera un temps le destin d'Alix et tombera, victime de son dévouement, en essayant de le tirer d'affaire une nouvelle fois. Il représente l'une de ces figures paternelles qu'Alix rencontre de temps à autre et qui viennent compenser la disparition de sa lignée naturelle.
 
Quintus Arenus : le proconsul de Trébizonde ne fait que passer, mais il représente bien le magistrat romain de l'époque : tout puissant et sûr de son fait,mais ne dédaignant pas à l'occasion un petit pourboire. Alix le retrouvera dans : La chute d'Icare et Roma, Roma.
 
Arbacès : c'est bien connu, une histoire est d'autant meilleure que le méchant est parfait ! Celui-ci commence sur un mode mineur, connaît quelques déboires avec la concurrence, et termine avec une montée en puissance tout à fait remarquable, et on n'a pas encore tout vu. Le voilà devenu l'homme de confiance de Pompée, qu'il semble connaître de longue date. On peut d'ailleurs se demander pourquoi il exerce tout d'abord ses talents si loin de son patron,mais il faut se souvenir que Pompée avait combattu en Orient contre Mithridate, de -66 à -62, pour soumettre les territoires anatoliens devenus provinces romaines ; leur complicité doit venir de là. Avide et sans scrupules, il rebondit à chaque fois qu'on le croit abattu, toujours pour retrouver sur son chemin cet Alix à qui il ne fait pas de cadeau ( il lui en a pourtant fait un d'importance : sa fameuse tunique rouge dont on peut voir le premier exemplaire page 22 ! ). Le nom d'Arbacès a déjà servi pour un autre « méchant » : le prêtre égyptien des « Derniers jours de Pompéi », roman écrit par Bulwer Lytton en 1834.
 
Honorus Graccus Galla : c'est, selon toute évidence, un brave homme que la seule trahison qu'il ait commise dans sa vie obsède jusqu'à la fin. Quand il a l'occasion d'offrir une compensation à celui qu'il a lésé, il n'hésite plus et donne à Alix une famille, un nom, une fortune et la considération. Ce n'est pas rien, et son souvenir servira souvent de caution à Alix par la suite. Mais il disparaît très vite, laissant Alix orphelin pour la seconde fois.
 
Rufus : cet agent de César est un officier dévoué et efficace, tout le contraire de Marcus quant à la mentalité. Il sait toujours ce qu'il a à faire et le fait bien sans se poser de questions.
 
Les personnages historiques : Pompée, César, Labiénus : à l'époque où se déroule la seconde partie de cette histoire, au milieu de l'année -52, Pompée est seul à Rome.
En effet, depuis sa nomination en -59 comme proconsul de Gaule Cisalpine, Gaule Transalpine et Illyrie, et jusqu'au passage du Rubicon le 12 janvier -49, César ne remet pas les pieds à Rome. Il risquait d'être mis en cause devant la justice pour des accusations d'illégalités commises pendant son consulat, maisla Lex Memmia interdisait toute poursuite contre un citoyen absent de Rome pour le service de la République, à condition qu'il ne revienne pas dans la ville. Les affaires de César étaient alors gérées à Rome par son secrétaire, le chevalier d'origine espagnole Lucius Cornélius Balbus.
Quant à Labiénus, adjoint de César en Gaule, il n'a pas non plus quitté ce pays ; on trouvera son portrait dans : La cité engloutie.
Alix n'aurait donc pas pu, dans la réalité, rencontrer César à Rome, mais le roman permet tout, à commencer par faire passer Pompée pour un infâme conspirateur, et ça ne s'arrangera pas dans les récits suivants. Pourtant, Pompée n'aurait pas eu besoin de jouer un tel rôle.
Pourvu de la gloire militaire à la suite de ses campagnes en Espagne contre Sertorius, en Orient contre Mithridate et contre les pirates, Pompée était riche et immensément populaire. Mais ce n'était pas un tribun, seulement, pour son malheur, un politicien maladroit, hésitant et mal conseillé. Pour l'instant, il cherchait plutôt les accommodements avec César et ne rompit réellement avec lui qu'après le coup de force du Rubicon qui allait entraîner la guerre civile.
César, lui, est un politicien dans l'âme depuis toujours. Patricien ruiné et endetté, il s'est enrichi au fil de ses campagnes, en particulier celle dans les Gaules. Il y a aussi gagné une armée puissante, entraînée, disciplinée et obéissante, et, pour lui-même, un immense prestige. Quand il faudra foncer, devant un Pompée peu sûr de lui, il foncera, et gagnera, mais son destin le rattrapera vite. Parfois débonnaire, parfois cruel, César était un personnage complexe dont c'est plutôt l'aspect positif et sympathique, soucieux du sort de Rome, qui nous est présenté ici quand il prend Alix à son service.
 
 
Conclusion : cette première aventure d'Alix est un peu l'ébauche de ce qui viendra ensuite, même si les principaux caractères, à commencer par celui du héros, y sont déjà. Plus tard, les scénarios seront plus serrés et le dessin perdra de sa rigidité. Mais tous les ingrédients y sont, de l'arrière-plan historique soigné, aux études physiques et psychologiques des personnages.

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles

L’exposition « Jirô Taniguchi, l’homme qui rêve », dans le cadre magnifique de l'espace Richaud (un ancien hôpital royal du XVIIIe siècle situé dans le centre-ville de Versailles, récemment réhabilité), encore une fois lors d'une exposition n'oubliez pas de lever la tête et de regarder par les fenêtres, est la même, adaptée à son nouveau cadre, que celle que l'on pouvait voir au Festival de bandes dessinées d’Angoulême en 2015. C'est une large rétrospective faite d'originaux et de reproductions qui devrait surprendre même ceux qui connaissent bien l'oeuvre du mangaka car de nombreuses oeuvres sont inédites en France soit que le manga n'ait pas encore été traduit, soit que ces planches ait été réservées à l'édition japonaise. On découvre aussi sont travail d'illustrateur, à peu près inconnu ici. Néanmoins les familiers du dessinateur auront un grand plaisir à voir des originaux de leurs albums préférés comme ceux de L'homme qui marche, Au temps de Botchan, Quartiers lointains, Les années douce... Cette belle exposition est surtout l’occasion d’apprécier la régularité de la production de l’auteur depuis 40 ans, son goût pour la bande dessinée européenne, et son talent pour se glisser dans différents genres de mangas, thriller, aventure, introspection, historique, animalier... Si le lieu est somptueux, la plupart des oeuvres sont exposées dans l'ancienne chapelle de l'hôpital, qui reprend le plan du panthéon de Rome, il n'est pas toujours bien adapté à la présentation d'oeuvre sous verre d'où les nombreux reflets dans mes photos. 

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
quartier-lointain

« Quartier lointain » © 1998 Jirô Taniguchi, édition française Casterman 2002-2003

journal-de-mon-pere

« Le journal de mon père » © 1994 Jirô Taniguchi, édition française Casterman 2000-2007

blanco

« Kami no inu/Blanco 3 et 4 » © Jiro Taniguchi 1996-2009, édition française Casterman 2010

furari

« Furari » © Jiro Taniguchi 2011, édition française Casterman 2012

journal-de-mon-pere2

« Chichi no koyomi – Le journal de mon père » © Jiro Taniguchi 1994, édition française Casterman 1999, 2000, 2004

montagne-magique

« La Montagne Magique » © 2005 Jirô Taniguchi, édition française Casterman 2007

sky-hawk

« Sky Hawk » © Jiro Taniguchi 2002, édition française Casterman 2009

Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Taniguchi, L'homme qui rêve à l'espace Richaud, Versailles
Versailles, mars 2016

Versailles, mars 2016

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>