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226 articles avec bande-dessinee

Tsubasa et L'ile des téméraires

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Comme vous l'avez, sans doute remarqué, si vous êtes un fidèle lecteur, je suis à la fois un maniaque des listes et des classements. Je voudrais vous en proposer un en ce qui concerne les mangas. Visuellement, donc en ce qui concerne leur forme, pour ma part je les divise en mangas blancs et en mangas noirs selon que lorsque l'on ouvre un manga et qu'on le regarde d'un peu loin, ou mieux pour les presbytes sans leurs lunettes, on discerne soit une dominante claire, ce sont les mangas blancs, soit une dominante sombre, et alors nous sommes en présence de mangas noirs. En général  en ce qui concerne le dessin, ma préférence va aux mangas blancs.

Ce préambule, j'affectionne particulièrement les préambules, ce qui n'a sans doute pas non plus échappé aux habitués du blog, pour vous entretenir de deux mangas, l'un noir, L'ile des téméraires de Syuho Sato aux éditions Kana, l'autre blanc, Tsubasa les ailes d'argent d'Ayumi Tachihara aux éditions panini comics, attention ce titre est paru en  2003, contrairement à l'autre qui vient de reparaitre, et est peut être malheureusement pas facile à trouver.

 

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Tsubasa

 

Ces deux ouvrages ont comme point commun de traiter de la guerre du Pacifique, vue du coté japonais, et plus particulièrement des armes suicides mises en oeuvre par l'armée japonaise à la fin du conflit.

Je ne crois pas m'avancer beaucoup en supposant que les européens sont assez ignorants sur ce terrain d'opérations de la deuxième guerre mondiale. Peut être un peu moins depuis la diffusion de la superbe série pour la télévision qu'est Pacific, sans oublier, le non moins superbe film de Clint Eastwood, "Lettres d'Iwo jima. Ceux qui liront ces deux mangas le seront encore beaucoup moins; surtout s'ils se plongent également dans l'immense saga qu'est Zipang, paru aux éditions Kana, tellement immense dans tous les sens du terme que je repousse de mois en mois le moment où j'aurai à me colleter avec cette série tant le travail que cela représente pour vous faire saliver sur ce chef d'oeuvre, à la fois historique et uchronique,  est également immense.


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Les iles des téméraires

 

Ces deux livres éclairent l'occidental du rapport qu' a le japonais avec l'histoire de son pays et en particulier avec celle de la dernière guerre et de leur défaite qui reste encore un véritable traumatisme pour les nippons soixante cinq ans plus tard.

Les deux mangas reflètent bien les sentiments ambiguës qui existent pour les japonais vis à vis de ce moment de leur histoire. Peut on imaginer un jeune  dessinateur allemand prenant pour héros un S.S. ou même un soldat de la wermarch, cela me parait très peu probable, à moins qu'il soit un révisionniste convaincu, visiblement ce n'est pas le cas des deux mangakas dont il est question ici, néanmoins on sent une empathie des deux auteurs avec leurs héros, deux jeunes hommes qui se sont portés volontaire pour des missions suicides, empathie que leur talent réussit à faire partager à leurs lecteurs.

 

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Tsubasa

 

Il y a beaucoup à dire sur ce "volontariat" car les deux romans graphiques mettent bien en évidence, le poids de la pression sociale qui pousse, ces presque adolescents à  être volontaire pour mourir. Ils montre bien  aussi la différence de mentalité entre un japonais de l'armée impériale et les occidentaux. On voit aussi que si pour les soldat il était naturel de se sacrifier pour leur pays, ce sentiment n'était pas unanime dans la population de l'archipel.  

Si l'on connait ou plutôt que l'on croit connaitre les kamikazes, qui sont le sujet de Tsubasa qui nous fait entrer dans la tête du jeune aviateur Daisuke Shibusawa et nous fait partager ses angoisses et paradoxalement ses espoirs et ses désirs alors qu'il sait que sa mort est inexorable. Je dois dire que je n'avais jamais entendu parler des torpilles suicides pilotées par des hommes qui sont le sujet de "L'ile téméraires (depuis ma lecture j'ai visité Le sanctuaire de Yasukuni-jinja, et son musée où l'on peut voir une de ces torpille). Là encore l'auteur nous fait pénétrer dans la psychologie, avec moins de finesse que le fait Ayumi Tachihara dans Tsubasa, d'un de ces hommes qui ont choisi de se sacrifier pour sauver leur pays car c'est ainsi que l'on présentait l'engagement irrémédiable à ces hommes.

L'ile des téméraires met également en scène les inventeurs de ces engins de mort que sont les torpilles humaines et interroge leurs motivations d'autant qu'ils se portent volontaire pour en être aussi des utilisateurs.

Ayumi Tachihara avec pudeur et intelligence raconte le destin tragique des kamikazes dans ce récit poignant. Il ne fait pas de commentaires. Il laisse le lecteur se forger sa propre opinion.

 

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L'ile des téméraires

 

Chose pas si fréquente que cela dans l'univers du manga, que ce soit Tachihara et Sato auteur d'une formidable série médicale  Say Hello to Black Jack, ils sont à la fois leur scènariste et leur dessinateur. Alors que la graphisme de Sato est homogène, il n'est pas sans rappeler celui de la série Rainbow, série que je conseille grandement. La manière de Tachihara est beaucoup plus hétérogène. Il n'est pas évident dans Tsubasa que l'auteur des dessins des décors, en particulier ceux superbes des avions, soit le même que celui qui croque les personnages qui sont dans un style différent de celui dans lequel sont campés les décors dans lequel ils se meuvent, même si pourtant c'est le cas. Le mangaka a des difficultés, comme souvent dans les mangas, avec ses personnages qui par ailleurs par leur graphisme ont quelques parentés avec ceux d'Hugo Pratt. Il n'empêche que ce livre à la force des "Croix de bois" ou d'"A l'ouest rien de nouveau", rien de moins et marquera pour longtemps son lecteur. On y lit des phrases comme celle-ci, qui rendent compte de tout le dilemme qui ravageait ses garçons aux portes de la mort: << Je suis destiné à participer à une attaque kamikaze. Mais j'ai beau être dévoué à mon pays... Ca ne m'empêche pas d'aimer la liberté.>>. 

 

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Ci dessus un appareil, le célèbre zéro dont certains furent utilisés par les kamikaze, photo prise en octobre 2011 au musée du sanctuaire de Yasukuni-jinja

 

 

kosaburo-1945-03.jpgDépart de kamikazes japonais salués par des étudiantes


 

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Tsubasa

 

Tsubara et à un moindre degré L'ile des téméraires, apporteront un grand plaisir,  de natures différentes et diverses, à plusieurs types de lecteurs, par exemple à ceux qui s'intéressent aux armes de la seconde guerre mondiale où encore à ceux qui s'interrogent sur les motifs de l'héroïsme et à bien d'autres encore... Ces livres devraient aussi ravir les anciens lecteurs de Buck Danny ou du petit format Battler Britton dont j'étais un fan dans mon enfance...  

Si Tsubasa est un one shot ( récit complet en un volume ) alors que L'ile des téméraires pourrait être le premier tome d'une série, mais à priori cele ne serait pas le cas

Voici encore deux livres qui démontrent combien le manga peut être instructif, et cela d'ailleurs à différent niveaux de lecture, en particulier pour Tsubasa.

 

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 photo prise en octobre 2011 au musée du sanctuaire de Yasukuni-jinja

D'autres billets sur le manga sur le blog:  Une vie dans les marges de TatsumiBakumanTatsumiNomNomBâ de Shigeru MizukiTezuka à Japan expo 2011Ayako de TezukaColor Mandarake à Tokyo

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Villerupt 1966 de Baru

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Sous le titre, « Villerupt 1966 », les excellentes éditions des Rêveurs ont regroupé trois albums de Baru: Quéquette blues, La piscine de Micheville et Vive la classe. C'est une judicieuse idée car ces albums en définitive n'en font qu'un, les deux derniers étant des talentueuses extensions du premier qui, avec ses 140 pages, couvre plus de la moitié du volume. Ce remarquable travail d'édition est présenté sous un coffret de carton fort dans lequel, en plus du livre, on trouve un non moins remarquable dvd du film « Génération Baru » de Jean-Luc Muller (le dvd contient aussi de très bons bonus) qui est un parfait complément à la lecture à « Villerupt 1966 ».

 

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Dans le dvd, Baru met en évidence les problèmes de la société que dans ses dessins il instille avec tact. Les bandes-dessinées de Baru sont des oeuvres engagées mais le talent de l'auteur réussit à faire passer ses idées sans nuire au plaisir de la lecture.

 

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Le hasard a fait que j'ai lu « Villerupt 1966 » peu de temps après avoir découvert le beau roman qu'est « Le club des incorrigibles optimistes ». Ce sont deux romans de formations de garçons d'âges proches, nés dans les mêmes années. Il est intéressant de comparer les itinéraires des deux héros de ces livres, issus de milieux et d'espaces géographiques différents. Ces deux oeuvres montrent bien le poids sociétal qui pesait sur la jeunesse d'alors, à commencer par cette épée de Damocles qu'était la guerre d'Algérie toujours au-dessus d'elle, jusqu'en 1962. Mais aussi le poids de rites générationnels comme le conseil de révision et le bal des conscrits; des coutumes qui semblent, pour le lecteur d'aujourd'hui venir d'un passé lointain, alors que ce n'est pas si vieux. Mais l'album nous parle d'un autre temps, une époque où l'industrie était centrale en France où les patrons habitaient à coté de leurs usines...

 

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Je ne voudrais surtout pas que l'égaré sur ces lignes puissent croire que Baru soit un nostalgiste et ait quelque chose à voir avec les chantres de la France moisie qui se sont engouffrés dans le paysage culturel français à la suite de la dommageable Amélie Poulain. Il n'y a qu'à lire pour s'en persuader l'effarant "reportage" (il y a du documentariste chez Baru) qu'est "Vive la classe" sur les rites de la conscription. Ce que regrette Baru c'est la désindustrialisation de sa chère Lorraine et non quelques anciennes traditions ou moeurs qu'au contraire il dénonce. A propos de terroir, Baru fait en bande-dessinée pour son coin de Lorraine aux confins du Luxembourg, ce que Robert Guédiguian fait au moyen du cinéma pour Marseille. Tout deux ont beaucoup de tendresse pour leurs personnages, mais si Baru est aussi engagé que le cinéaste, il fait passer ses idées d'une manière plus légère.

 

 

 

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Quéquette blues et sa suite furent des albums précurseurs lorsqu'ils sortirent en France en librairie. Le premier tome est paru en 1985. Il n'y avait pas alors, dans la bande-dessinée franco-belge, de semblables récits autobiographiques. Depuis qu'il a ouvert cette voie beaucoup s'y sont engouffrés mais malheureusement souvent pour produire des albums nombrilistes. Quelques uns cependant sont dignes de leur précurseur comme par exemple Bruno Loth et son bel « apprenti » (paru aux éditions La boite à bulles) dans lequel, tout comme Baru, il part de son histoire pour mieux parler des autres, dans le cas de Loth de son père, ouvrier au chantier naval de Bordeaux avant la dernière guerre.

 

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Par le prétexte d'un pucelage rétif à se perdre, Baru aborde bien des sujets qui ne sont pas galvaudés, comme les chatiments corporels dans les collèges et les lycées,  qui sévissaient encore dans la France gaullienne ou le racisme dans la classe ouvrière qui n'a pas attendu Le pen pour se manifester.   

 « Quéquette blues » a la particularité assez rare en bande-dessinée,de se dérouler en un laps de temps très court, un peu plus de deux jours. L'histoire a un pitch simplissime: Un groupe de copains au soir du 31 décembre 1965 lance le défi, à l'un des leurs, Baru, 18 ans, de perdre son pucelage dans les trois jours; sinon il devra leur payer le champagne, et se sont de sacrés soiffards.

Le talent d'un narrateur consiste à vous faire vous intéresser à des personnages et à des histoires dont vous n'aviez rien à faire avant d'ouvrir son livre. Je dois dire que les préoccupations de grands dadais (voici un mot que je n'entend plus beaucoup) plutôt bas du front n'arrivant pas à tremper leur biscuit durant les fêtes d'une saint Sylvestre ancienne ne devraient en rien m'intéresser; mais pas plus, à la réflexion, que les tentatives besogneuses d'un raté littéraire pour rentrer dans le cénacle d'aristocrates finissants, n'est-ce pas un résumé recevable de « La recherche » mais voilà c'est Proust qui raconte et cela change tout; et bien Baru c'est pareil, il réussit à nous faire entrer en empathie avec sa bande de bras cassés du sexe et à nous faire aimer ses paysages entre campagne et usine, à tel point que je suis fort tenté d'aller en pèlerinage du coté de Micheville.

 

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Novateur, Baru l'était aussi en situant, en 1985, je le rappelle, sa première bande dessinée dans le monde ouvrier et qui plus est dans la lointaine (pour les parisiens) Lorraine qui était aussi exotique pour bien des lecteurs et encore plus pour les éditeurs que Tombouctou, la magie du mot en moins.

Le décor chez Baru est un personnage à part entière, il est même le véritable héros de ses romans graphiques. Les personnages sont d'ailleurs les produits de ce décor que le dessinateur parvient à ré-enchanter sans pourtant que la nostalgie étouffe le récit. Paradoxalement je ne vois que la série des aventures d'Alix et à un degré moindre l'oeuvre de Tardi dans lesquelles les personnages soient autant en symbiose et le fruit du décor dans lequel ils évoluent. Trop souvent, en particulier dans la bande dessinée japonaise, le héros n'est pas dans, mais sur le décor, comme collé sur lui et d'une autre essence. On peut lire les albums de Baru comme on admirerait le catalogue d'une exposition du grand paysagiste qu'il est. La mise en couleur par Daniel Ledran pour Quéquette blues est une très belle leçon pour les aquarellistes. Certaines cases prennent une page entière, ce qui permet à l'auteur d'installer son décor et de mettre l'accent sur certaines ambiances. En cela il revient aux sources de la bande dessinée de la ligne claire (qui n'est pas la ligne de Baru), Hergé, Martin et Jacobs utilisaient aussi ce procédé.

 

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Quéquette blues et ses prolongements sont chronologiquement la suite des « Années Spoutnik », série pourtant parue bien après, aux éditions Casterman. Elle raconte l'enfance, les années d'école primaire, du petit Baru. Les années Spoutnik me paraissent la meilleure entrée dans l'oeuvre du dessinateur. On est transporté dans une sorte de très réjouissante guerre des boutons à l'ombre des hauts fourneaux vers 1955.

 

 





En 1985, Quéquette blues a obtenu l'Alfred du meilleur premier album en langue française au festival d'Angoulême.Baru a aussi reçu en 2009, le Grand Prix de la ville d'Angoulême. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire de ce prix que j'ai découvert, bien tardivement, j'en ai honte, ce formidable auteur, grâce à la belle exposition qui l'année suivante lui rendait hommage à Angoulême. Les photos immédiatement ci-dessous ont été prises lors de ma visite de cette manifestation.

 

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Angoulême, janvier 2O11

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Tatsumi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

En avant première la bande annonce de Tatsumi avant la sorti en France le 1 er février 2012. Le film d'Eric Khoo retrace la vie du mangaka Yoshihiro Tatsumi, l'auteur du remarquable Une vie dans les marges .

 

 

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Le Fleuve de Jade, une aventure d'Alix par J. Martin et R. Morales

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

J'espère que l'indispensable blog d'Argoul et son créateur (mais je ne comprend pas bien s'il y a un ou plusieurs contributeurs à ce blog néanmoins aussi brillant que cohérent ) voudront bien me pardonner de leur emprunter à nouveau un article sur mon cher Alix, mais comme je n'aurais pas su écrire mieux...

Un envoyé du sud propose à Cléopâtre de marier Enak, prince de Menkharâ, avec la sœur du prince Djerkao afin d’unir les terres de Menkharâ à celles de Méroé. La reine d’Égypte rigole mais, devant une caisse d’or, se dit que ce n’est finalement pas idiot : ça lui profite.

Telle est l’impression que se font les jeunes de la politique : opportunisme et cynisme, aucun sentiment dans les intérêts supérieurs de l’Etat ou de l’argent. Tout l’album sera du même type : l’individualisme du couple d’amis en butte à la société politique des États et des princes.

Voilà donc Enak invité en Égypte avec « son mentor, en quelque sorte » Alix. L’expression est du prince Djerkao qui cherche à traduire les relations modernes des deux jeunes gens. C’est par la réaction de Cléopâtre, en première page, que l’on apprend qu’Enak a « à peine 14 ans ». Depuis que Jacques Martin s’est retiré du dessin, pour cause de maladie des yeux, puis de décès, les âges d’Enak et d’Alix restent éternellement figés à leur époque 14-18.

Mais Cléopâtre réussit toujours aussi bien les banquets.

Enak réagit donc en gamin à la proposition de mariage, il manque de s’en étrangler. Puis il cherche à s’enfuir, s’exclame devant le portrait à l’égyptienne de sa fiancée « mais c’est une vieille, elle a au moins 20 ans ! ». Mis devant le fait accompli – qui porte une robe seins nus – il révise son jugement et la trouve « plus… plus jeune… ».Désirable ? Pas encore, mais… En tout cas il ne veut « pas se marier à cette fille ! », il veut « retourner à Rome ». Pour continuer l’enfance à vivre en copain avec son aîné.

Heureusement, la princesse Markha ne veut pas se marier non plus avec lui. Elle incline secrètement vers Alix aux cheveux d’or, « fils de Râ » le soleil. D’ailleurs son frère ne serait pas contre mais dans un second temps, après la réunion des domaines égyptiens, pour s’attirer les bonnes grâces de César dont Alix est proche. Mais Enak, marié d’abord, devra alors disparaître pour qu’Alix s’unisse à sa soeur… C’est de la politique – les sentiments humains n’ont vraiment aucune place.

La fuite va régler la question. Alix et Enak aiment à coucher nus dans la même chambre pour parler de leur avenir.

Ils adorent rester tous les deux, vivre en Robinson, survivant en bons scouts de leur industrie et de leur astuce, loin du monde adulte dépourvu de tout sentiment, contre la loi de la jungle, féroce avec les perdants. La bulle fusionnelle de l’amour-amitié contre la jungle sociale hostile. Les jeunes lecteurs sont sensibles à cette thématique qui correspond bien à leur âge.

Markha aide les garçons à fuir vers le sud et le pays des nègres ; elle les accompagne. Ils font d’étranges rencontres, aidés par les buffles et les chimpanzés.

Enak est toujours aussi habile à l’arc. Mais cela se termine mal pour Markha qui ne pouvait décemment survivre à l’indépendance exigée des garçons. Enak trouve dans son amour pour Alix l’antidote à la loi de la jungle. Culture contre nature, amour et amitié contre sauvagerie, s’entraider épaule contre épaule – belle leçon morale à la jeunesse d’aujourd’hui qui en a bien besoin.

Ceux-ci sont finalement pris comme esclaves par une caravane arabe pour être vendus sur le marché d’Alexandrie, où Cléopâtre les délivre. Elle les choie et fait mettre à mort le marchand. La politique, finalement, a du bon : elle supplante l’économie. L’Etat règle par la force les mœurs avides des pillards arabes.

L’histoire est captivante, distillée en feuilleton hebdomadaire, ce qui entretient le suspense à chaque fin de page double. Cléopâtre baise d’ailleurs Alix après l’avoir baigné, thème récurrent des aventures.

Mais le dessin est toujours aussi partagé. Autant les paysages, les animaux et les bâtiments sont crayonnés avec minutie et précision, autant les humains sont maladroits.

Surtout les corps adolescents et les visages. Microcéphales, dégingandés, les traits à la serpe, les deux éphèbes sont dessinés comme au moyen âge : des adultes en réduction.

Les muscles de camionneur d’un gamin de 14 ans au bain ne sont ni gracieux ni réalistes. Les barboteuses des garçons dépouillés sont stupides à l’oeil. Pourquoi donc Morales est-il si malhabile ? Les personnages sont ce qu’il y a de plus important dans une bande dessinée, pour l’identification des lecteurs. Il est dommage que Jacques Martin ait confié les clés de ses héros à un tel apprenti.

Heureusement qu’il y a les filles nues. Morales les réussit mieux que les garçons et cela sauve son dessin.

Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

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Gringos Locos de Yann et Olivier Schwartz

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Chaque semaine, et ceci depuis plus de cinquante ans, je lis Spirou, seul hebdomadaire de bandes - dessinée survivant, dans mon enfance je lisais également Tintin et Pilote, que j'ai accompagnés jusqu'à leur fin, et épisodiquement, en cachette parce qu'il était d'obédience communiste, Vaillant.

Spirou qui au fil des années a connu des hauts et des bas est en ce moment, et depuis quelques années un beau renouveau avec la venu de Trondheim avec sa série Ralph Azham, dans l'esprit de Donjon, et l'heureuse permanence de Bertschy et de son petit diablotin orange Nelson ou encore les Tuniques bleues de Lambil et Cauvin. Mais ce sont les nouveautés qui sont les plus ébouriffantes, depuis quelques semaines il y a une étonnante uchronie et depuis cette semaine Gringos Locos série dans laquelle Yann se penche sur un épisode fondateur de la bande dessinée belge, le voyage en Amérique de Jijé, Franquin et Morris, somptueusement dessinée par Olivier Schwartz... 

 


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une exposition Kawaguchi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Depuis le 1er octobre, une exposition consacrée à l'auteur de "Zipang", Spirit of the sun, Eagle et "Boku wa Beatles" (non traduit en France) se tient au Musée de la ville de Onomichi. Si vous passez par la ne faites pas comme moi qui ai manqué cette merveille alors que j'e  suis passé à quelques encablures. Zipang est le chef d'oeuvre absolu de l'uchronie. Kawaguchi est un des plus grands mangakas actuels mais n'est pas encore reconnu à sa juste valeur en France.

 

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"Kawaguchi Kaiji Ten - Manga Hyogen to sono Gemba" présente les 40 années de carrière du mangaka avec plus de 300 planches originales ainsi que la documentation. Pour l'inauguration, un talk show et une séance de dédicace a été organisée. A noter que l'entrée est gratuite (ci un passant peut m'envoyer son avis et surtout des images sur cette manifestation, j'en serais très heureux.

L'exposition prendra fin le 17 novembre.

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La conjuration de Baal de Christophe Simon et Michel Lafon

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Alix et Enak sont en villégiature à Pompéi, reçus par l'édile de la ville, lorsque une nuit un un homme est poignardé à mort à la porte de la villa. L'infortuné a juste le temps de prévenir le garçon que César est en danger et de prononcer le sinistre mot de Baal. Nos héros rejoignent Rome pour constater que des sectateurs de Moloch y font régner la terreur et qu'ils sont à la solde du grand Pompée.

Le scénariste de cette aventure, située entièrement en Italie, elle commence et se termine à Pompéi, Michel Lafon, l'a située immédiatement après celle du « Dieu sauvage, la neuvième dessinée par Jacques Martin. Pour cela Lafon ressuscite la secte des molochistes que l'on avait cru éradiquée depuis « Le tombeau étrusque ». Ce retour s'il fait que le lecteur fidèle des aventures d'Alix se retrouve immédiatement en pays connu, manque d'originalité, même si cette fois les adorateurs du dieu dévoreur d'enfants sont aussi des affidés de Pompée, ce qui est une pure invention historique, Pompée n'ayant à ma connaissance aucune accointance avec des adorateurs de Baal.

 

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Bientôt Enak est enlevé par les conjurés et après une exposition bavarde de la situation politique à Rome, la suite de l'album se résume presque à la tentative d'Alix pour sauver son ami.

C'est un peu mince comme ressort scénaristique et le moins que l'on puisse dire c'est que cela ne renouvelle pas la saga d'Alix et Enak. D'après la postface que donne Michel Lafon à l'album le renouvellement n'était pas son but, il a voulu clore la geste des cinq premiers albums des aventures d'Alix, Alix l'intrépide, Le sphinx d'or, L'ile maudite, La tiare d'Oribal et la griffe noire que le scénariste considère comme une seule et même histoire qui forme le socle sur lequel se développera toute la geste alixienne, tout en se réclamant, avec la résurgence des molochistes, du Tombeau étrusque. Si on ne peut être que d'accord avec cette analyse on ne voit pas bien ce qu'apporte « La conjuration de Baal » malgré le talent de Christophe Simon à ce piédestal. On a parfois à la lecture de ce trentième opus alixéen, d'être devant une compilation des passages obligés des aventures du jeune gaulois romanisé, rien ne manque l'insaisissable Arbaces, Enak en appât, le félon que l'habitué du jeune gaulois aura vite démasqué, les jeux politiques compliqués de César, l'avidité de pouvoir du grand Pompée...

 

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J'approuve pleinement Michel Lafon lorsqu'il écrit: << Il faut donner à toutes nouvelles aventure d'Alix et d'Enak la chance de remonter à ces sources inspirées et de partager un peu de leur puissance mythique.>> mais plus qu'un approfondissement des thèmes de Jacques Martin, on a un peu l'impression d'être dans cette conjuration de Baal face à un trop sage hommage.

Le dessin de Christophe Simon est presque sans reproche. On peut juste lui reprocher un encrage parfois un peu lourd qui enlève un peu du dynamisme naturel que possède son crayonné. Plus à l'aise dans les anatomies que dans les décors Simon privilégie les gros plans de ses héros. La mise en couleur, très soignée, est dominée par les bruns et les rouges sombres. Elle est pensée par doubles pages qui offrent ainsi de beaux camaïeux au lecteur.

La conjuration de Baal est un trop classique démarquage des premiers albums de Jacques Martin que Christophe Simon magnifie par son dessin bien maitrisé. 

 

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Pour retrouver Alix sur le blog

Alix Enak, amitié érotiqueLes filles dans AlixUn nouvel Alix en septembre, La conjuration de BaalLes chats dans AlixAlix nuJacques Martin, un auteur paradoxalement méconnu case en exergue, 2 Jacques Martin

Pour retrouver Christophe Simon sur le blog

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Bakuman

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Bakuman est un manga dessiné par Takeshi Obata sur un scénario de Tsugumi Oba, les auteurs de Death Note. Obata est aussi le dessinateur d'Hikaru No Go. Takeshi Obata (小畑 健) est Né en 1969 à Niigata. Il commence à être mangaka assez tôt en travaillant auprès de Nobuhiro Watsuki, mais se rend compte qu'il est beaucoup plus doué en dessin que dans la création de scénarii. Il va donc travailler avec des scénaristes. Hikaru no go sera son premier grand succès.

La première qualité qui me subjugue dans le manga est de s'emparer de sujets qui paraissent inadaptables en bande-dessinée en particulier en raison de leur coté statique, comme la fabrication du pain ou le jeu de go et d'en faire des séries passionnantes dont on attend avec impatience chaque livraison.

 

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C'est encore le cas avec Bakuman qui est centré sur le manga et son élaboration de la table à dessin jusqu'à sa parution.  Les différentes techniques de dessin comme l’utilisation des plumes et leurs différents types, les étapes de création graphiques, de l'élaboration des personnages à l'apposition des trames,  le découpage, le passage par les Nemus et même les relations avec les éditeurs, tout cela est présenté en détail. Cet odyssée est racontée à travers l'éclosion de deux jeunes mangakas, Mashiro, le dessinateur et Takagi le scénariste. Ils sont âgés de quatorze ans au début de l'histoire. Pour renforcer l'impression documentaire, le premier manga du tandem de collégien, ce qu'ils sont au début du récit, est publié dans ce qui est dans la réalité le plus célèbre de tous les magazines de pré publication de mangas, Weekly Shônen Jump dans lequel on peut lire en vrai  One piece, Naruto... et Bakuman! On est invité ainsi à découvrir le fonctionnement de ce célèbre journal. Il est probable que nombre des protagonistes qui y gravitent sont directement inspirés de personnes réelles. Si ce n'est pas la première fois que le manga se penche sur lui même, on peut citer ce chef d'oeuvre qu'est une vie dans les marges ou encore l'hagiographique vie de Tezuka parue chez Casterman, sans oublier  Ma Voie de père d’Horoshi Hirata, Journal d'une disparition d'Hideo Azuma, qui ne présentait pas cet univers d’une manière très positive ou encore le très bon Un zoo en hiver de Taniguchi mais dans ces trois derniers cas le métier de mangaka n'était pas au centre des récits; donc  c'est habituellement dans des seinen (manga pour adultes), cette fois c'est dans le cadre d'un shonen (manga pour garçons) , on peut même dire que parfoidont le public visé est clairement celui des adolescents et jamais le lecteur n'a été immergé jusque là dans ce milieu comme dans Bakuman. Pour bien appuyer leur approche didactique de l'univers manga, les auteurs ont glissé dans chaque tome des nemus originaux (planches dessinées sous la forme de storyboard) de leur travail.  Il est a noter que la B.D. Franco-belge a bien peu révélé ses coulisses, il ne me vient à l'esprit que « Pauvre Lampil » dont l'intégrale vient d'être éditée. A  propos de cette dernière série, il serait intéressant de savoir à quel point Bakuman est autobiographique. 

 

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La série connait un grand succès au Japon, il n'y a qu'a entrer dans les boutiques qui vendent des mangas pour s'en apercevoir en voyant les piles de Bakuman qui attendent l'acheteur; la parution d' un nouveau tome est annoncée dans le métro de Tokyo comme le montre la photo ci-dessous que j'ai prise le mois dernier dans un wagon tokyoite. Le succès est également au rendez-vous en France où à chaque nouveau volume une gondole entière lui est dévolu par exemple à la FNAC Chatelet.

 

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Le réalisme de Bakuman est saisissant et nous montre avec une certaine neutralité les méthodes des éditeurs et leur droit de vie ou de mort sur les séries qu'ils publient. 
On voit aussi plus que jamais comment la popularité de la série influe directement sur le manga lui-même.

Avec une série qui nous parle de la vie de mangaka, on aurait pu penser qu'en quelques tomes on en aurait fait le tour (mais c'est mal connaître les scénaristes japonais). Bakuman nous prouve l'inverse en arrivant à se renouveler quasiment à chaque tome en abordant un nouvel aspect de ce métier bien particulier.

 

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Quatre chapitres sur cinq sont entièrement consacrés à de nombreuses et très détaillées explications sur le processus complexe qu'est celui de la création et de l'édition d'un manga. Chaque étape du travail d'édition nous est exposé clairement et simplement, des discussions entre auteurs et éditeurs aux concours pour jeunes mangakas et autres sondages.

 

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Il serait dommage cependant de considérer Bakuman comme seulement un documentaire romancé sur l'univers du manga même si c'est une extraordinaire radiographie de cet univers et de ses mécanismes, beaucoup plus sophistiqués que ceux qui régissent la bande-dessinée en Europe cette série est bien autre chose.

 

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En préambule, une remarque historiciste sur le genre: La grande originalité de la bande dessinée japonaise par rapport à ses homologues européennes et américaines est qu'elle a segmentée son offre ciblant par des mangas spécifiques, les jeunes garçons, les femmes au foyer, les employés des grandes entreprises, les étudiants... Toutefois Bakuman n'est pas le reflet exact de la situation du manga au Japon aujourd'hui. Il serait plutôt celle d'il y a cinq ans. Car aujourd'hui l'édition papier du manga, même si elle connait des tirages sans communes proportions avec ceux de la presse française, toutes catégories confondues, connait une crise sans précédant dont la cause principale (il y en a d'autre) est l'omniprésence du téléphone portable dans la société japonaise (comme dans la notre) en effet une grande partie de la lecture des manga se faisait dans les transports en commun extrêmement fréquentés par les tokyoites et les habitants des autres grandes villes de l'archipel, c'était un spectacle habituel d'y voir, côte à côte les occupants d'un wagon de métro plongé dans de gros albums hebdomadaires de pré publication de manga, aujourd'hui, les mêmes ont les yeux rivés sur leur portable.

 

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Curieusement pour une série pour adolescent, Bakuman est dans son début très pessimiste et teinté par la désillusion de ses héros malgré cela grâce au talent des auteur s le lecteur est immédiatement accroché.

Bakuman répond à toutes les règles du shonen avec son histoire d'amour ultra romantique qui paraît extravagante à des yeux occidentaux mais qui dans le contexte nippon ne l'est pas tant que cela. Sans oublier les codes graphique du genre. Le héros a des mèches rebelles et son ami a les cheveux décolorés (très fréquent chez les ados à Tokyo et à Osaka).

En filigrane la série offre une photographie pas innocente de la jeunesse japonaise. Elle nous renseigne aussi sur des valeurs de la société nipponne que nous ne partageons pas toujours ou qui sont même quasiment tabou dans la société française comme l'hérédité, ce qui n'est pas contradiction dans un pays où les postes de commandes et les premiers rôles sont le plus souvent dévolus à des héritiers. On voit par exemple que pour les dirigeants du Jump, il est normale que Mashiro soit doué en dessin puisque son oncle était un mangaka talentueux, même s'il n'a pas connu le succès. De même, au vu de leur maison les parents d'Asuki ont réussi, donc ils sont intelligents par conséquent leur fille ne peut être qu'intelligente.

 

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On remarque à certains détails à la fois la hiérarchie et l'entraide qui existent dans la société japonaise; ce qui peut aller de paire avec un certain isolement des cellules familiales entre elles. L'oncle de Mashiro est à la fois tenu en piètre estime par sa famille, c'est un artiste et pire un artiste qui ne réussit pas, et aidé par celle-ci au moment des étrennes, alors qu'il est adulte on comprend qu' il reçoit une somme importante d'argent qui va l'aider à vivre durant l'année.

On voit au travers les hésitations de Mashiro malgré ses dons et sa passion à se lancer dans la carrière de mangaka combien le modèle dominant, celui du bon garçon qui devient un salaryman et fera tout pour gravir un à un les échelons dans l'entreprise dans laquelle il sera entrée est prégnant. La grande crainte du garçon est de causer des problèmes à ses parents.

 

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Bakuman illustre aussi combien le petit japonais (mais est ce si différent en France) est conditionné dès le plus jeune âge et combien les premières années de sa scolarité sont cruciales. Il faut rentrer dans une bonne école pour ensuite pouvoir rentrer dans une bonne université (c'est le modèle américain) et la comme le dit Mashiro, ce sont ceux qui auront les meilleures notes qui seront les futurs dirigeants. Le seul échappatoire est de devenir artiste, mais alors la sélection est encore plus impitoyable. C'est cette compétition pour la survie que nous narre Bakuman. On voit que le responsable éditorial des deux garçon peut perdre son job s'il ne lance pas en deux ans un succès.

Ce coté lisse et gentil du héros est un des défauts de la série, il n'a rien dexceptionnel contrairement aux protagonistes de Death Note qui avaient presque tous une très forte personnalité (seul le personnage de Fukuda rappelle ceux de Death Note).

Ici les deux mangakas ne se disputent jamais et ne semblent pas avoir des égos surdimensionnés, ce qui est bien rare pour des artistes. Le scénariste veut sans doute en cela montrer avec force combien la cohésion entre un dessinateur et son scénariste est indispensable pour créer une bonne oeuvre.

 

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Ce qui est le plus frappant est la difficulté de communication entre les membres de la société, jusque dans la famille. Lorsque Mashiro veut communiquer avec son père, il passe par l'intermédiaire de sa mère. A noter que l'on voit jamais le père de Mashiro, pas plus que celui d'Asuki, sa petite amie, probablement pour signifier l'absence fréquente du père de famille dans les foyers japonais accaparé par l'entreprise dans laquelle il travaille et aussi après le labeur préférant rester entre collègues homme que rentrer au foyer. Même lorsqu'il veut donner un conseil à son fils le père de Mashiro préfère lui téléphoner plutôt que lui parler face à face, évitement typiquement japonais. L'image du foyer est représentée par celle de la mère de famille; femme au foyer est encore l'horizon de bien des femmes japonaises, ceci dés leur mariage, même lorsque la femme a fait des études et avait préalablement une bonne situation c'est le cas par exemple de la mère d'Asuki.

 

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Autre image très traditionnelle de la femme japonaise, même lorsqu'elle a un physique de jeune bimbo comme Miho la copine de Takagi qui ne semble vouloir qu'être le modèle de la gentille et sage épouse ne rêvant que son Takagi chéri accomplisse ses propres rêves.

Pour corroborer ce que j'écrivais au début de ce billet sur la situation actuelle du manga, on a le sentiment que les jeunes mangakas de Bakuman sont nostalgique de l'âge d'or de leur art. Dans les premiers volumes on trouve de nombreuses référence aux maitres du manga comme Tezuka, Toriyama, Eiichiro Oda ou Masashi Kishimoto. Cette habile mise en abîme est à la fois un hommage à l'art du manga et une manière de rendre complice le lecteur. Chaque volume est long à lire car il comporte de nombreux dialogues très explicatifs mais jamais ennuyeux.

 

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Le dessin d'Obata est immédiatement reconnaissable, sa finesse fait encore une fois merveille. Il est souvent soigné, bien que la qualité, comme dans presque tous les mangas soit inégale (on en comprend la raison après justement avoir lu Bakuman) tout en étant d'une qualité supérieur à la quasi totalité de ses confrères; pour s'en persuader il suffit d'agrandir certaines cases pour s'en apercevoir. Sa tonalité est plus claire que dans Death note et se rapproche de celle d'Hikaru No Go. Il est recommandé d'être bien attentif aux détails de certaines cases pour gouter pleinement ce manga. Il est amusant de constater, alors que depuis le  volume numéro 1, nous en sommes aujourd'hui au 8, quatre ans ont passé, les deux garçons n'ont presque pas changé d'apparence physique. 

Bakuman est un de ces nombreux mangas instructifs, ce dernier mot est pour notre malheur devenu désuet alors qu'avec la complexité toujours plus grande du monde devrait être celui que l'on met le plus à l'honneur. Il possède au plus haut point le secret, qu'il partage avec quelques uns de ses semblables, celui de nous en apprendre beaucoup en nous distrayant.

 

Nota

La série continue a être publiée au Japon (en octobre il en était au volume 15) où elle a été adapté en animé.

Publié dans Bande-dessinée

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NomNomBâ de Shigeru Mizuki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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NomNomBâ ne barguignons pas, est un chef d'oeuvre. Et comme beaucoup de cette catégorie, peu étendue, il peut être lu à tous les âges de la vie. Curieusement ce récit d'une enfance, d'une initiation, typiquement japonais, m'a évoqué ceux de Pagnol comme le "Château de ma mère"... Shigeru Mizuki nous raconte son enfance, au début des annèes trente dans une petite bourgade de la cote ouest du Japon. Shigeru est le second enfant d'une fratrie de trois garçons. Le gamin est surnommé Gégé.  Le récit tourne autour de la figure marquante de cette enfance, une vieille dame, presque indigente, que la famille , alors qu'elle n'est guère riche, un peu par charité, emploie pour s'occuper des trois enfants. Shigeru est le plus turbulent, un peu goinfre. Il travaille mal à l'école, passionné de dessin, il préfère réfléchir à la bande dessinée qu'il est en train de réaliser que suivre les cours. Lorsqu'il ne dessine pas il se bat avec sa bande contre une autre bande du bourg. C'est la version nippone de la guerre des boutons... Mais ce qu'il aime par dessus tout c'est écouter les histoires horrifiques que NonNonBâ lui raconte le soir. Nous voyageons dans l’imaginaire du jeune Shigeru, qui cherche sans cesse à en savoir plus sur les yokaïs. La vieille dame dynamique, elle m'a fait penser à cette autre mémé pétulante de la bande dessinée qu'est Prudence Petitpas, est aussi très superstitieuse, pour elle le monde est rempli de Yokais, ce qui explique bien des choses que l'on ne s'explique pas.

 

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Les yōkai sont des êtres surnaturels, monstres, esprits, fantômes...  Il revêtent une multitude de formes et font partie intégrante de l'imaginaire japonais depuis les temps les plus reculés. Ils  proviendraient de la culture animiste des premiers habitants de l'archipel, les Aïnous.

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Dans NonNonBâ, la superstition ne débouche pas sur l'obscurantisme, outre que chaque histoire de NonNonBâ est un conte extraordinaire où l'inquiétant côtoie le merveilleux, mais surtout la vieille dame en tire une leçon de vie pour Shigesu (et par ricochet pour le lecteur). Par exemple si on ne se lave pas bien Akaname la nuit venu vous possède et vient lècher la crasse que l'on a laissé sur sa peau avec sa longue langue brulante...

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Sous le trait de Shigeru Mizuki les yokais ne sont guère terrifiants mais plutôt sympathiques, contrairement à ceux peints par Gekko Hayashi auquel j'ai consacré un billet, c'est ici . Sans parler de ceux nomenclaturés par Toriyama Sekien (1712-1788) qui a réalisé la série des Hyakki Yakô, une encyclopédie en quatre volumes des êtres surnaturels du Japon. D'ailleurs petit à petit Shigeru a moins peur de ces créatures maléfiques, et fait même copain avec l'une d'elle...

On a vu des yokais également chez Osamu Tezuka, dans "Hato" dans lequel les yokais ont également une bonne tête et chez Miyazaki en particulier dans "Le voyage de Chihiro" et dans "La princesse Mononoke" d'ailleurs mononoke est l'autre nom des yokais...

 

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Si lors de mon voyage au Japon, j'ai scruté les arbres, en particulier aux alentours de Nara que je trouvais propice à cela, pour voir s'il n'y avait pas un totoro perché attendant l'autobus-chat, durant le prochain, cette fois en plus, j'examinerai le plafond de ma chambre pour tenter d'apercevoir Akaname. Je surveillerai mes arrières pour que Nurunur bôzu ne s’accroche pas à mon dos sinon je serais très fatigué et j'aurais très faim jusqu'à peut être mourir d'inanition, à  moins que pour m'en débarrasser je m'expose au soleil... Lorsque je me promènerai sur la petite plage de la baie de Tokyo, j'aurai garde que Umi-Zu le bonze des mers, ne m'entraine pas vers le fond...

Ce livre merveilleux est une immersion dans un Japon à jamais disparu tué à la fois par la dernière guerre qui a occasionné des destructions massive dans tout l'archipel et par le modernisme qui a profondément modifié le peuple japonais qui a déserté les campagnes.

C'est avec beaucoup de tendresse et de générosité que Shigeru Mizuki campe son petit monde, NonNonBâ, la nounou que nous aurions tous voulu avoir, mais aussi ses parents, son père, inoubliable farfelu, intellectuel philosophe, un brin mythomane et un peu feignace mais bougrement perspicace, qui, d’employé de banque dilettante, se mue un beau jour en gérant de cinéma avec l'ambition de répandre la culture dans sa petite province… La mère aussi, fière de ses origines familiales prestigieuses d'après ce que l'on comprend, de samouraïs tombés dans la dèche, très inquiète du caractère fantaisiste de son époux, mais qui, par amour, finit toujours par le suivre dans ses choix pas toujours judicieux. Sont merveilleusement exprimés les sentiments qui couvent, les non-dits, la mutation du Japon des années 30 ...

 

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Le récit progresse tranquillement, au rythme des souvenirs d’enfance, doux ou amers, racontés sans urgence. Il est scindé en deux parties chacune suivant deux amitiés de Shigeru qui sont des prémices de l’amour. Ces deux chapitres sont eux même constitués de plusieurs petites saynètes qui sont autant d'étapes dans la vie de Shigeru. 

La lecture de ce long récit, 413 pages, qui parait trop court, est rendu fluide par le découpage, qui ne dépaysera pas les habitués de la bande dessinée franco-belge, et par un dessin très clair. Ce dernier à la particularité de faire mouvoir des personnages assez caricaturaux et sympathiques sur des décors parfois extrêmement dépouillés ou en d'autres occasions très fouillés et très beaux, visiblement issus de photographies.

 

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Les personnages de NonNonBâ ne sont guère héroïques; ils sont simplement humains, bien peu d'êtres de papier sont aussi humains que ceux là... Parfois ils émettent des sentences qu'il serait bon de méditer, comme celle-ci: " Prends bien soin de ton chagrin, c'est un trésor (...). L'école, tu sais... il suffit de travailler juste assez pour ne pas rater les examens. Mais ce qui compte vraiment, c'est d'accumuler les trésors de l'instant qui passe. Un jour ils te serviront " ou encore: "Enfin... Si tu veux vraiment mourir, vas-y... Personnellement, je crois que ça n'en vaut pas la peine, mais bon... Pour un homme, les femmes sont des sortes de profs, qui t'enseigneront quantité de choses qu'on apprend pas à l'école. Tu peux arrêter l'école, mais ne cesse jamais de tomber amoureux des femmes. Voilà, c'est mon dernier mot avant mon départ".

 

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Il est difficile de parler d'un tel ouvrage qui est un bonheur constant de lecture, même lorsqu'il vous tire des larmes, tant il est riche. Il est tant de choses à la fois, Il mêle en effet chronique familiale, récit d’initiation, incursions dans le merveilleux, étude sociologique d'une petite ville avant que la guerre la dévaste et que le modernisme rende obsolète son mode de vie, enfin pas tout à fait lorsqu'on lit un autre merveilleux livre, Manabé Shima de Florent Chavouet (que j'ai critiqué ici). C'est aussi un album qui nous en apprend beaucoup sur le Japon de cette époque, un pays pauvre (mais la pauvreté n'est que suggérée, évitant tout misérabilisme), si pauvre que dans certaines campagnes des parents sont contraints de vendre leurs enfants. Un pays saoulé de propagande militariste jusque d'en ses moindres recoins; à ce sujet l'incipit de l'album " Il y a à peu près soixante ans de cela, au tout début des années 1930, les enfants de mon quartier passaient leur temps à jouer à la guerre." est révélateur. Si Mizuki fait de ses, tout compte fait gentil monstres, son principal thème, il aborde aussi par la bande, c'est le cas de le dire, des problèmes de société comme l'esprit militariste, les difficultés financières familiales, l'arrivée de cultures étrangères et de la modernité, la condition des enfants...

 

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Shigeru Mizuki est un maître reconnu du manga; il a compté parmi ses assistants de grands noms comme Tsuge Yoshiharu, Tatsumi Yoshihiro, ou encore Ikegami Ryôichi. Shigeru Mizuki est né en 1922 dans une petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît une enfance libre et heureuse, période faste dont il s’inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. A 20 ans, il est enrôlé dans l’armée impériale japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Il est envoyé en Nouvelle-Guinée, où il va vivre un crai cauchemar : malaria, mort de ses camarades... Il a transposé cette terrible expérience dans "Opération Mort". Lors d’un bombardement il perd son bras gauche avec lequel il dessinait... Détenu sur place, il se lit d'amitié avec une tribu locale qui le sauve de la famine, de la maladie et de la folie.… Ce n’est finalement qu’en 1957 qu’il entame sa carrière de mangaka qui a fait de lui l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son pays. Professionnellement, il est issu du monde de l’édition populaire de la région d’Osaka. Il s’est rapidement spécialisé dans les histoires de fantômes, démons et esprits traditionnels japonais (les yôkais), même après être devenu un auteur à succès chez le grand éditeur Kôdansha. Il participe en 1964 aux débuts du magazine Garo fondé par Katsuichi Nagai. NonNonBâ a été écrit au début des années 1990. Shigeru Mizuki est un explorateur du surnaturel mais surtout de l'âme humaine. Pour ceux qui s'intéresse à l'histoire du manga NonNonBâ est en plus précieux car on y voit la naissance de l'imaginaire d'un grand mangaka.

 Sakaiminato, la ville natale de Shigeru Mizuki, située face à la mer du Japon, dans la province de Tottori, a su tirer profit du succès de l'enfant du pays. Autrefois réputé pour sa pêche de crabes, le port a transformé son activité sur le déclin en économie touristique florissante. Désormais, 120 statues de bronze à l'effigie de yōkai bordent les 800 mètres de son avenue principale, rebaptisée la Route Shigeru Mizuki , Mizuki Shigeru Road), et mène à un musée consacré au maître Mizuki Shigeru kinenkan  mémorial Shigeru Mizuki. Ces attractions drainent près d'un million de touristes par an. Les autorités locales sont allées jusqu'à ériger l'univers animé de Mizuki en religion, en élaborant un guide de ses "esprits " et de leurs pouvoirs présumés, comme le don du bonheur ou de la réussite.L'éditeur, Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations qui fournissent au lecteur de nombreux éléments lui permettant de mieux appréhender une culture étrangère et complexe et d'enrichir ainsi considérablement sa lecture. Le volume  est un beau gros livre d'  un grand format avec un papier épais et d'un beau blanc.En 2007, le jury du festival d’Angoulême a attribué le prix du "Meilleur album " pour le manga à NonNonBâ qui est le premier manga à avoir été primé au Festival. Depuis Shigeru Mizuki a reçu l''essentiel patrimoine' au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2009 pour "Opération mort". 

Après cette plongée dans ce Japon le lecteur, qui aura bien du mal tantôt à cacher ses larmes, tantôt à réprimer son rire, comme Shigeru, grâce à la morale de NonNonBâ, respectueuse des équilibres de la vie, des réalités visibles comme invisibles et de celle du père de Shigeru qui lui transmet une vision de l’existence à la fois détachée et épicurienne sortira riche d'u regard sur le monde qui l’aidera, tout comme pour Shigeru à surmonter ces douleurs qui "font grandir le cœur".

 

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Nota

1- Pour plus d'informations sur les yokais il faut lire  "Esprits et créatures fabuleuses du Japon"  de Sylvain Jolivait aux éditions You Feng.

2- Pour en savoir plus sur la revue Garo, je vous conseille vivement d’écouter à ce propos la capsule audio d’Erwin Dejasse consacrée à la revue et enregistrée pour l’émission Radio GrandPapier. Huit minutes passionnantes pour découvrir succinctement le contexte de parution de GARO Voici le lien : http://radio.grandpapier.org/La-rev...

 

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Fabrice Neaud, exposition au Festival International de Bande dessinée d'Angoulême

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

L'exposition apprend que l'art de Fabrice Neaud ne se limite pas uniquement à la bande dessinée et que celle-ci n'est pas seulement son journal intime (quatre volumes parus à ce jour chez ego comme x).

Le visiteur est accueilli par une grande toile peinte à l'acrylique qui me semble résumer l'amour gay. L'homosexualité est omniprésente dans cette exposition mais ne la résume néanmoins pas.

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Fabrice Neaud est aussi un artiste engagé comme le démontre les planches consacrées au triste vanneste.

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Le lecteur du journal retrouvera des "tirés à part" des volumes et aussi dans des planches, celles exposées sont souvent inédites, la science de la mise en scène du dessinateur pour les scènes dialoguées. Avec ce talent auquel chez lui s'ajoute celui de dessiner les scènes de sexe avec des angles surprenant, on se demande si Fabrice Neaud ne va pas suivre la talentueuse cohorte des dessinateurs qui se tournent vers le cinéma.

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On découvre également Fabrice Neaud photographe avec de grandes compositions représentant le chevet de différentes cathédrales sujet pour le moins inattendu par rapport au reste de sa production. Ces impressionnantes images sont obtenues grâce à la juxtaposition invisible de centaines de petites photos numériques retouchées à l'aide de logiciel.

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Autre surprise les premières planches d'une bande dessinée se déroulant dans un proche avenir dans lequel la guerre raciale fait rage en occident.

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Comme à Londres pour l'exposition Pop life un rideau séparait l'exposition tout public d'une salle réservée à un public averti comme l'on dit.

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Fabrice Neaud sait aussi être romantique comme dans cette dernière toile...

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