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215 articles avec bande-dessinee

Sparte de Christophe Simon et Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'ai été ravi de tomber subrepticement sur Sparte un album de Christophe Simon que je n'attendais pas contrairement à son prochain Alix. Je ne connaissais jusque là du travail de Christophe Simon que sous la forme sa reprise de l'oeuvre continuateur dont il me semble le seul digne graphiquement du talent du maitre, bien au-dessus d'un Morales ou d'un Marco Venanzi par exemple.

 

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Comme son nom l'indique Sparte qui est le premier tome d'une série, puisque un prochain volume est annoncé, qui nous emmène dans la cité grecque au deuxième siècle avant J.C. Alors qu'elle connait une décadence morale et militaire sous le règne de Nabis qui apparaît ici comme un tyran cynique et pragmatique. Le héros de l'aventure concoctée par Weber, précédemment scénariste notamment de trois épisodes de la saga d'Alix, « L'ibère », « Le démon de pharos » et « C'était à Khorsabad » tous trois dessinés par Christophe Simon, est Diosdore un hilote « chasseur de prime » auquel Nabis, le roi de Sparte, confie la mission d'éliminer Agélisas, un rebelle très populaire qui veut renverser le despote pour restaurer à Sparte la grandeur passée. Cet argument n'est que le point de départ d'une intrigue habile riche de rebondissement qui va bientôt déboucher sur une tragédie toute classique mais qu'il serait dommageable pour le plaisir de votre future lecture.

 

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petit comparatif visuel des albums dessinés par Christophe Simon

 

 

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Si le scénario est intéressant, il appelle de ma part de grosses réserves et surtout pour le non spécialiste que je suis de la Grèce antique de nombreuses questions. Ce qui m'a gêné d'emblée c'est la dénomination de chasseur de prime attribuée à Diosdore, terme très connoté western ce qui est déstabilisant pour une histoire se déroulant dans l'antiquité classique. Si je connaissais l'existence de sbires chez les romains qui avaient pour mission de capturer les esclaves en fuite, je n'ai aucune connaissance de l'existence de personnages semblable dans la Grèce antique. Ensuite autre bizarrerie par rapport à mes souvenirs scolaires le fait que Diosdore soit un hilote. Alors que le héros est tout à fait libre de ses mouvements et qu'il est reçu presque comme un égale par le roi. Je sais bien que nous sommes environ deux siècles après ce que l'on peut qualifier comme l'apogée de Sparte et que le statut de l'hilote qu'il serait erroné, pour cette époque de traduire par le mot esclave, avec toute la connotation qu'elle entraine.

 

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J'ai rafraichi ma vieille mémoire sur le terme hilote, qui peut s'écrire ici par l'indispensable grand Larousse et voilà ce qu'il m'en à dit: << Les ilotes dont le nombre était considérable restaient en principe des serfs de l'état qui les surveillait et fixait leur droit à l'égard de leur maitre qui seul pouvait les affranchir... Les ilotes affranchis constituaient la classe des néodamodes, qui possédait les droits civils à l'exclusion des droits politiques... >>. Diosdore et son ami Nestor serait donc à mon avis des affranchis. Suit dans la note du dictionnaire les anecdotes classique sur leur condition durant la grandeur de Sparte, chère à Maurice Bardèche, mais rien sur vie durant la période qu'illustre l'album.

 

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Mais comment vraiment apprécier un tel ouvrage sans aucune note, c'est bien de faire confiance au lecteur, mais on connait l'état de l'enseignement de l'histoire et en particulier de l'histoire et des humanités classiques, je me dis que par la force des choses cet album ne peut qu'être destiné à un petit nombre si on l'envisage que sous son aspect historique.

Il me semble que la première chose qu'aurait du poser le scénariste c'est le contexte historique. C'est à dire que depuis des siècles les cités grecques se livrent à des guerres endémiques et que nous sommes à l'aube de la domination des romains sur la Grèce qui seront les pacificateur du pays. Nous dire que nous sommes au deuxième siècle avant notre ère et que le roi de Sparte est Nabis ne nous apprend pas grand chose sur la toile de fond sur laquelle se déroule l'histoire.

 

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En voulant m'informer j'ai fait une plongé dans ma bibliothèque et en ramené un docte ouvrage, intitulé sobrement Sparte signé Eugène Cavaignac publié en 1949 aux éditions Fayard.

J'y ai appris que sous Nabis, roi de la cité état de 207 AVJC à 192 AVJC (c'est donc précisément durant cette période de 15 ans qu'est située l'histoire de « Spartiate »), sur lequel je vais revenir, Sparte est à la fois en complète décadence tant morale qu'économique, ce que retranscrit bien à la fois le scénario et le dessin qui insiste sur le coté délabré des façades, tout en connaissant un renouveau expansionnisme militaire. Notre Nabis est un usurpateur qui a occis le fils du roi précédant pour prendre sa place. Voilà ce que nous en dit Cavaignac: << Ce qui est sûr c'est qu'avec Nabis Sparte, qui jadis se vantait de n'avoir pas connu la tyrannie, apprit à la connaître sous sa forme la plus fâcheuse. Nabis n'avait rien d'un réformateur social: son objectif était de satisfaire les troupes mercenaires sur lesquelles reposait son pouvoir. >>. Et bien maintenant que j'ai lu ces lignes le scénario de Patrick Weber devient beaucoup plus clair. Voulant encore en savoir un peu plus j'ai empoigné un des lourds volumes de mon grand Larousse illustré et à Nabis j'y ai lu: << Tyran de Sparte. Il succéda à Machinadas, mis à mort par Philopoemen. Il enrola de nombreux mercenaires, régna par la violence. Il s'allia d'abord avec Philippe de Macédoine, puis avec Rome. Il attaqua les achéens (201), s'empara de Messène; mais il en fut chassé par Philopoemen (200). Plus tard, il ravagea le territoire de Megalopolis et il occupa Argos; Flamininus et le congrès de Corinthe lui déclarèrent la guerre. Nabis du abandonner ses conquêtes, payer 500 talents et livrer sa flotte aux romains (195). Après le départ de Flamininus, Nabis reprit Githion; mais il fut encore vaincu par Philopoemen. Nabis appela les Etoliens et fut tué par leur chef Alexamène (192). Après sa mort Sparte chassa les Etoliens et s'unit à la ligue Achéenne.>> - Maintenant c'est tout à fait clair.

 

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D'autres faits peu réalistes nuisent à l'intérêt que l'on a suivre les denses péripétie de cette aventure. Je répète qu' Il aurait été indispensable que les auteurs et l'éditeur accompagne le livre de quelques notes et postface pour situer l'oeuvre dans une trame historique comme cela est fait dans l'excellente série Muréna sur laquelle louche incontestablement les auteurs de Sparte ce qui aurait évité que l'ignorance des lecteurs nourrissent leur incrédulité devant les prouesses de Diosdore.

Il est dommage que parfois dans les dialogues Patrick Weber ait abandonné le français simple et châtié que l'on trouve dans les albums signés Jacques Martin pour une langue qui se veut plus actuelle et qui n'est que vulgaire. Des phrases comme: << Pour qui tu te prends? Sale petite fiotte! » ou << Alors on magouille ses petites affaires avec les pires ennemis de notre belle cité?>> n'aide pas le lecteur à se transporter dans Grèce antique.

 

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La bande-dessinée c'est un scénario et un dessin en symbiose au service d'un même projet. Après le scénario voyons le dessin. En préambule je voudrais poser qu'en ce qui me concerne, Christophe Simon est le seul héritier légitime du talent de Cuvelier, l'inoubliable père de Corentin, et ce n'est pas un mince compliment. Comme Cuvelier, Christophe Simon est un bon connaisseur de l'anatomie, ce qui paraitrait indispensable pour tous les dessinateurs oeuvrant sur une bande dessinée réaliste, mais ce n'est malheureusement pas si fréquent. On s'est aperçu de son talent dès son premier Alix. Son dessin toutefois souffrait d'un cernage trop gras (mais j'ignore si c'est Christophe Simon qui encre les albums qu'il dessine). Il a rectifié ce défaut lors de son troisième Alix, « Le démon de pharos », son meilleur album à ce jour. Le dessin de Sparte, qui mérite l'achat ne serait-ce que par la liberté dont les auteur font preuve dans cette prometteuse série, n'est pas tout à fait à la hauteur de celui du « Démon de pharos ». Les scènes d'action sont trop statiques, mais c'est un défaut, je n'aurais bien sûr jamais oser le lui dire en face, qu'il a hérité de Jacques Martin. Et plus gênant certains visages ne sont pas très réussis, les traits des enfants sont trop durs. Mais ce que je ne comprend pas c'est au lieu d'avoir utiliser le traditionnel « gaufrier » pour découper la planche avoir opté pour une mise en page qui rappelle celle des comics américains, avec des cases en insert dans d'autres plus grande, choix qui s'accommode mal du dessin classique de Christophe Simon et qui brouille l'esprit du lecteur, habitué pour ce genre de récit, ceux d'Alix ou dernièrement « Les boucliers de bronze » de Chaillet à une mise en page sage et ordonnée. La mise en couleur effectué par le dessinateur, lui même, ce qui est de plus en plus rare, est soignée. On voit que Christophe Simon pense l'esthétique de sa série par double page. Elle fait alterner des planches colorées pour les événement se passant dans le présent du récit avec des séquences traitées en grisées pour les épisodes se déroulant dans le passé.

Un regard ayant perdu son innocence depuis longtemps n'a pas été sans remarquer que le dessinateur instille dans nombre de ses case un homo-érotisme latent. Les amateurs de nudité garçonnière (et pas seulement) se doivent de serrer précieusement cet album dans leur bibliothèque.

 

Antiquité et bande-dessinée sur le blog

 

Alix Enak, amitié érotiqueUn nouvel Alix en septembre, La conjuration de BaalLes chats dans AlixAlix nu  

 

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Mattéo de Gibrat

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Je ne sais pas vraiment, comme je le suggérais un jour, si les bons peintres se sont aujourd'hui réfugiés dans la bande-dessinée. Mais il est indéniable que Jean-Pierre Gibrat est un grand aquarelliste. Paradoxalement, j'ai même trouvé que l'excellence de son métier dans le cas de la représentation de la boucherie de la Guerre de 14, pouvait être gênant. Quand Gibrat "éclaire" une case par une touche de rouge, qui est en l'occurrence du sang, une scène de tranchée, il arrive que l'on peut ressentir un malaise. Il connait bien son métier ce bougre de Gibrat. Ce truc était déjà utilisé par les peintres hollandais du XVII ème siècle qui parsemaient leurs compositions de petits bonnets rouges, taches qui les structuraient. Pour clore cette remarque, disons que Gibrat se permet des joliesses que Tardi ne se permet pas. Lorsque l'on parle bande dessinée et guerre de 14, nouveau sujet récurrent de la bande dessinée franco-belge, il est impossible de ne pas faire référence à Tardi. Evacuons la d'emblée en disant que si Tardi est plutôt du coté du documentaire, Gibrat lui se place dans la lignée feuilletoniste du beau livre de Sébastien Japrisot, "un long dimanche de fiançailles" qui est supérieur à son adaptation cinématographique, dans le premier tome et de la série des aventures de Boro de Dan Franck et Vautrin dans le deuxième.

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Venons en à ce que nous raconte ces deux albums, dont le héros est Mattéo, qui sont dus tant au scénario qu'au dessin au seul Gibrat qui fait également la mise en couleur. Un auteur unique donc, une situation actuellement assez rare dans la production dans la bande dessinée.


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Au début du premier album, nous sommes en 1914 à Collioure. Mattéo est un jeune ouvrier agricole qui vit seul avec sa mère depuis la mort accidentelle en mer de son pécheur de père. Ce dernier a fuit avec sa famille l'Espagne où, étant anarchiste, il se sentait menacé. Mattéo s'est amouraché d'une belle jeune fille, Juliette qui a été plus ou moins été adoptée par le hobereau local pour lequel Mattéo travaille. La guerre éclate. L'enthousiasme du début fait vite place à la litanie des morts. Etant espagnol Mattéo n'est pas mobilisé. Il continue à travailler dans les vignes, mais la pression sociale est telle qu'il se sent obligé de s'engager, contre l'avis de sa mère et de son meilleur ami qui est revenu du front aveugle alors qu'il se destinait aux beaux arts. Mattéo est très vite confronté aux horreurs de la guerre. Il est difficile d'en dire plus sans tuer le plaisir de lecture. Un des grands intérêts de ces deux albums réside dans le choix malin du héros qui est un peu en marge, dans les deux univers, la guerre de 14 puis la révolution russe dans lesquels il est plongé, ce qui permet à Gibrat de donner regard un peu décalé sur ceux-ci. 


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Sachez que le deuxième volume verra Mattéo plongé en pleine révolution russe à Pétograd et de passage à Paris. Ces "dépaysements" nous valent des planches encore plus somptueuses que celles du tome 1.
Mes lecteurs habituels ne seront pas surpris d'apprendre que je me suis livré à la chasse aux anachronismes. Par exemple, mais sans certitude, je me suis étonné que les dessins du front que reçoit Mattéo de son ami soient faits sur des feuilles venant d'un carnet à spirale. Les cahiers à spirale existaient-ils en 1914? Il y a en revanche un anachronisme flagrant et qui est récurrent dans toutes les représentations depuis cinquante ans de la guerre de 14, dans Mattéo moins que dans beaucoup, le déficit de moustaches! Il faut savoir qu'en France avant 1914, il n'y avait guère comme non moustachu que les acteurs et les curés. Les rares non moustachus étaient en but à la grande injure, qui était alors: face de cul! A la décharge de Gibrat il est bien difficile aujourd'hui de faire un héros de B.D. moustachu. Astérix occupe tout l'espace qui leur est dévolu...


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Dans une interview, Gibrat explique très bien son rapport avec le réel: " Je suis plus un dessinateur évocateur que réaliste. Il faut que le réalisme soit tordu pour qu’on puisse faire croire que c’est cela le vrai réalisme ! Par exemple les années 40 que j’ai dessinées ne sont pas les vraies années 40. Je dessine toutes les rues pavées alors qu’il y avait beaucoup de rues goudronnées. De même, dans la mémoire collective, 1944 c’était les tractions. En fait il y en avait très peu : les gens roulaient dans des voitures d’avant-guerre et les tractions étaient des bagnoles très modernes réservées à la Gestapo. J’ai donc dessiné des tractions. Et tout est un peu comme cela. Comme le béret rouge de Jeanne, à l’époque le rouge n’était jamais comme cela, mais pour une raison de mise en scène, je me suis appuyé sur ce truc-là. J’ai volontairement triché avec la vérité. Je me prends ce droit là parce que c’est plus important pour le récit. Ce n’était pas absurde, je n’ai pas non plus fait le béret branché du bobo d’aujourd’hui ! C’est le temps de la vérité où on laisse croire aux gens que c’est cela la vérité ou en tout cas que c’est crédible. Et c’est cela qui plait, je crois."
Cette position me fait problème, car elle renforce, surtout lorsqu'elle est traduite avec autant de talent qu'en possède Gibrat, les idées reçues sur une question, un lieu, une époque...


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Les planches de Gibrat sont divisées en relativement peu de cases, souvent réparties en trois bandes horizontales où le talent d'aquarelliste de l'auteur peu se développer au large et parfois il prend toute la page comme pour cette superbe vue parisienne de la gare du nord et de ses environs. Le fait qu'il travaille sur un format assez grand ses planches originales ont 47 cm de haut, n'est sans doute pas étranger à cette qualité. 


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On ne peu pas reprocher grand chose au dessin de Gibrat dont la somptuosité surprend le lecteur à chaque page sinon de représenter les jeunes femmes qui séduisent Mattéo toujours avec la même physionomie, très belle au demeurant; à sa décharge on peut toujours penser que Mattéo n'aime que ce type de femme...


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Le tome 2 est publié avec un cahier graphique grâce auquel on peut admirer la dextérité de dessinateur de Gibrat. Il est précédé d'une postface de Claude Gendrot qui nous apprend que le dessinateur "encre" au bic et où il parle bien du style de l'artiste: " Il n'aime rien tant que les portrait, les visages qui s'expriment, les corps qui se meuvent tout en souplesse ou se raidissent tout en noeuds, il jubile à faire éclore l'attitude gracieuse une Amélie dont la main saisit une chaise pour s'y asseoir ou l'expression d'un Mattéo dont la lassitude pèse sur la table de bistrot, il se réjouit de l'air goguenard qu'il réussit à donner à un vieux, de la pétillante malice qu'il offre à un jeune..."
 
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Le texte dans une B.D. se divise en deux espèces. Celui qui se trouve dans les bulles et qui sort de la bouche des personnages et celui qui est placé dans des rectangles, le plus souvent soit en haut ou en bas de la case et qui est un peu l'équivalent de ce qu'est la voix off au cinéma. Ces deux formes demandent, la première à l'auteur d'avoir un talent de dialoguiste, la deuxième qu'il possède avec les mots une force descriptive et évocatrice. Il faut que cette partie du texte d'une part ne fasse pas doublon avec le dessin et que d'autre part qu' il n'entre pas en conflit scénaristique et stylistique avec celui-ci. Dans le cas de Gibrat comme il se charge de tout, il faut donc qu'il soit un athlète complet de la B.D. Son écriture est si remarquable que chose exceptionnelle dans la bande dessinée, cette "voix off" pourrait se lire indépendamment des dessins quant aux dialogues souvent narquois et gouailleurs ils contribuent grandement à l'intérêt du récit.

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La construction du récit, nettement scindée en deux, est elle aussi remarquable. Le premier volet peut se lire seul, étant autonome du second et possédant sa propre fin. Le deuxième volets se passant principalement à Petrograd est plus intéressant scénaristiquement que le premier qui tournait assez classiquement autour des horreurs de la Grande guerre. Il nous montre une révolution russe bien différente de celle de la légende dorée que les partis communistes du monde entier ont propagée durant des décennies, la vision de Gibrat est dénuée d'angélisme et elle est plus pertinente que celle que l'on trouve dans "septembre rouge, octobre noir" (bande-dessinée que j'ai déjà chroniquée). Gibrat qui vient d'une famille communiste fait preuve d'une belle lucidité qui n'a pas été sans déchirement comme il dit:  " mes parents ont cru naïvement au communisme et ils ont été les cocus de l'histoire".


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Il est amusant, pour un vieux réactionnaire comme moi, de voir que les troupes des "parfaits" idéologiques ne font que fondre au fil des années les deux bandes dessinées que j'ai lues récemment, ayant pour cadre la révolution russe, est emblématique de ce phénomène. Lorsque j'étais adolescents, par exemple lorsqu'on traitait de la guerre civile espagnole, les bons étaient les républicains que l'on mettait tous dans le même sac, et cela va sans dire les méchants étaient bien évidemment les franquistes. Aujourd'hui le camp des saints se réduit aux seuls anarchistes. Le drapeau noir ne flotte toujours pas sur la marmite mais il est en voie de canonisation... 


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Les personnages de Mattéo, mis à part le rôle titre sur lequel je vais revenir, ont tous une véritable épaisseur psychologique et sont surtout en dehors de tout manichéisme. Si certains sont mus par leurs convictions, ceux là font souvent preuve de psychorigidité redoutables, quant aux autres c'est surtout leur égoïsme qui les font agir. Tous ces personnages sont bien éloignés des classiques personnages de bande dessinée lisses et à la morale bien définie. Mattéo, lui est le seul héros au sens propre du terme. Même s'il n'est pas sans tache, il est toujours tiraillé par le remord lorsqu'il agit contre sa conscience. Ce qui amène une fin (provisoire?) du deuxième tome pas complètement crédible, même si elle est logique par rapport au personnage qu'est Mattéo.


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La fin de cette histoire poignante est bien amère. Il est certain que le lecteur n'est pas prêt d'oublier Mattéo. Peut être que Gibrat nous donnera de ses nouvelles car il me semble que pour où il s'embarque à la dernière case, il y aura à raconter (il y aurait trois autres albums de prévus)...  
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Color

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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La paruton de “Color” va me permettre d’introduire dans mon blog l’objet manga et plus spécifiquement yaoi, qui curieusement, n’y avait pas encore pénétré.
Ce manga est une rareté sous notre latitude, un manga Yaoi. Pour le béotien qui se serait égaré dans ce lieu, je me sens dans l’obligation de définir ce qu’est un manga yaoi. C’est une bande dessinée venue du japon nous racontant une histoire dans laquelle des garçons se papouillent. Il peut prendre aussi la forme d’un dessin animé. Le yaoi est un sous genre du shôjo ces derniers sont les mangas destinés plus particulièrement aux adolescentes. Car, ce qui ne saute pas aux yeux en France, ces bandes dessinées ont pour première cible des jeunes filles et leurs auteurs sont presque toujours des femmes.
Avant toute chose évacuons la question du dessin et de la mise en page qui dans Color sont archétypaux du shôjo standard. Les personnages évoluent devant des décors souvent réduits aux seuls supports physiques des actants et aux objets indispensables aux péripéties du scénario. Les volumes et l’éclairage sont transcrits par des jeux parcimonieux de trames. La case et la page sont ainsi à dominante  plus blanche que noire.

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Comparé aux pages des bandes dessinées franco-belges les mangas comportes beaucoup moins de cases par page, pas seulement en raison de leur format, plus petit, mais aussi par le fait que l’alternance de grandes cases et de petits dessins dynamise le récit; la forme et la taille de la case sont partie intégrante du découpage de celui-ci.
Le prétexte pour la rencontre des deux héros est plaisant. Il sont tout deux collégiens, peintres à leurs heures perdues; lors d’une exposition de jeunes artistes, organisée par un jeune homme gay et aisé, propriétaire d’une galerie, ils montrent chacun une oeuvre qui porte le même titre, color; les toiles sont si semblables qu’on les accroche l’une près de l’autre; surpris par leur proximité artistique, après quelques péripéties convenues, les deux jeunes artistes se lient d’amitié.
L’auteur à la bonne idée de ne jamais nous montrer les fameuses oeuvres. Il y a de l’humour dans cette modeste mise en abyme, des tableaux dans un manga, qui plus est intitulé le volume “color” alors que le livre est dessiné entièrement en noir et blanc!

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Nos deux tendrons fileront le parfait amour durant toutes leurs années de lycée. Mais comme on le lit dans une des bulles << Le temps passe>> et  dans une autre << la réalité ne fait pas de cadeaux>>. Je ne m’avancerais pas plus loin dans le descriptif du récit pour ne pas déflorer l’intrigue sentimentale...
En ce qui me concerne un des grands intérêts du yaoi, et de bien des mangas en général, est la confrontation de son monde édulcoré, régit par des canons artistiques et économiques extrêmement contraignants pour les auteurs, et du message sociale que ces derniers essaient néanmoins de faire passer, comme en contrebande.
Le yaoi répond à de quasi invariants. “Color” en est un bon exemple.
Le premier est que, comme la grande majorité des mangas, il se déroule dans le milieu du collège et du lycée. J’avancerais l’explication de la fascination des japonais pour leurs années de formation en ce qu’elles sont celles où l’individu a le plus de liberté (très relative) dans la société japonaise, même s’il y a évolution mais “color” a été dessiné en 1999 par Eiki Eiki sur un scénario de Taishi Zaou.

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Tarzan par Hogarth                           Alex Raymond
Autre trait commun au genre, les protagonistes sont tous donc des adolescents ou/et de jeunes hommes; ce qui induit déjà une esthétique mais en plus ils ont toujours la même silhouette longiligne au corps maigre et mou à la fois, dont les muscles ne sont  que peu dessinés. Le héros type du yaoi est physiquement l’anti super héros américain. Apparemment les dessins d’Alex Raymond ou de Hogarth ne sont pas arrivés au Japon et les cours de dessin anatomique ne doivent pas être les plus suivis par les mangakas de shôjo!

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ersonnages de shônen.
Il n’en va pas de même pour les auteurs de Shônen (manga pensés pour un public de jeunes garçons, lu au Japon à partir du collège) qui eux on du voir trop souvent Rambo et Bruce Lee sur leur petit écran...  Seul les héros des seinens (mangas pour adultes) ont en général un dessin réaliste, mais pas toujours, voir les chef d’oeuvre de Tezuka.
Dans le yaoi les garçons possèdent des traits androgynes qu’ accentuent de curieuses coiffures, les cheveux longs et catogans sont fréquents. En outre, comme dans tout les mangas, les traits européens, ou supposés tels, y sont accentués, grands yeux, nez et mentons pointus...
Certaine conventions graphiques propre à cette littérature dessinée sont utiles à connaître pour bien pénétrer dans les histoires; comme celle de voir apparaître des fleurs dans les moments de tendresse entre deux personnages.

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Les “adultes” quand ils ne sont plus jeunes, donc plus désirables selon les canons du yaoi, n’interviennent dans le scénario (ils sont souvent absent du dessin) que comme “bifurcateur” de l’histoire, presque toujours comme obstacle à l’ idylle de deux tourtereaux comme c’est d’ailleurs le cas dans “color”.
On arrive ainsi à des scénarios qui reprennent toutes les ficelles et ressorts du mélodrame et du feuilleton du XIX ème siècle. Le manga doit beaucoup à la littérature française post romantique et à Dickens et ses épigones. Comme par exemple celle de faire d’un des deux garçons un rejeton d’une famille fortunée, alors que son amoureux est une pauvresse!
Le hasard est un des grands pourvoyeurs des scénarios; comme ici le fait que nos deux peintres en herbe se retrouvent miraculeusement dans le même lycée.
Venons en maintenant à l’aspect sexuel de la chose, “Color” est un yaoi tiède; on s’y encastre tardivement et dans l’ellipse, c’est le cas dans la majorité de la production (mais pas toujours il y en aussi de fort chauds)...

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Très souvent dans le yaoi on se tourne longuement autour avant de conclure physiquement, ce qui n’est pas une règle, dans certaines histoire un simple baiser suffit à la félicité des amoureux.  A noter qu’un yaoi qui se limite aux baisers (et encore) est appelé « shonen-aï » soit littéralement amour entre garçons, ce qu’est presque color, alors que le terme yaoi concerne généralement des mangas un peu plus chauds.
Le yaoi a la singularité de présenter un modèle inédit dans sa représentation sous nos cieux de la relation homosexuelle, celle que l’on peut qualifier d’amour courtois. 
Michel Foucault explique très clairement, dans les lignes suivantes pourquoi l’amour courtois en occident, et donc ses transcriptions artistiques, est uniquement hétérosexuelle: << Pour les Grecs, l’amour courtois entre hommes était plus important qu'entre hommes et femmes. Rappelez-vous Socrate et Alcibiade. Mais la culture occidentale chrétienne bannissant l'homosexualité,     celle-ci se concentre sur l'acte sexuel. Les homosexuels ne pouvaient pas élaborer un système d'amour courtois parce que l'expression culturelle d'une telle élaboration leur     était interdite. Le coup d'oeil dans la rue, la décision au quart de seconde, la vitesse à laquelle les relations homosexuelles sont consommées, tout cela est le produit d'une interdiction. Aussi, lorsque une culture et une littérature homosexuelles se sont développées, il était normal qu'elles se concentrent sur l'aspect le plus ardent des relations homosexuelles.>>.

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L’orient n’ayant pas connu la culpabilité judéo chrétienne à l’encontre de l’homosexualité s’y est développé, en marge certes , pensons aux communautés de samouraïs, une geste des amours gays pas seulement axée sur l’assouvissement sexuel.  Le Yaoi en est souvent une bonne illustration. En cela l’apport du yaoi n’est pas négligeable pour la construction d’un imaginaire gay moderne.

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“Color” représente bien (malheureusement) le niveau moyen des yaois, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de perles dans le genre, je devrais y revenir sans tarder, et que ce livre ne soit qu’  un “harlequin” au pays du soleil levant; sous cet indéniable aspect se cache un récit émouvant dont le sous texte dénonce la pesanteur de la société normative. Les coeurs d’ artichaut se poigneront et en seront tout poignés.
 

Commentaires lors de la première édition de ce billet

J'avoue ne pas être convaincu par votre "l’apport du yaoi n’est pas négligeable pour la construction d’un imaginaire gay moderne". Après avoir lu un certain nombre de yaoi en français et en anglais, je ne peux que reconnaître ce que disent la plupart des lecteurs : le yaoi n'est pas "gay", au sens où il est, finalement, une transposition des relations hétéros très codées, sous la forme d'une version homme/homme (ou garçon/garçon...), version romantique et rassurante pour les lectrices à qui il est destiné. Parce que franchement, la plupart des yaoi que j'ai lus (sans prétendre être une autorité en la matière) sont plutôt insupportables pour un lecteur homo, malgré des côtés très divertissants. Cette insistance sur le "rôle" que joue chacun des deux protagonistes va totalement à l'encontre de ce qui me semble être ce que veulent vivre la plupart des homos contemporains : on n'est pas des hétéros, on n'a pas à reproduire le schéma traditionnel homme/femme=masculin/féminin=actif/passif, socialement ou sexuellement. 

Cela dit, il y a des mangas avec de chouettes persos vraiment homos, comme le Crash de Erica Sakurasawa, ou le River's Edge de Kyoko Okazaki.

Posté par François, 28 mars 2008 à 23:29

réponse à François

Voilà un commentaire pertinent néanmoins il faut se souvenir que le yaoi vient de la société japonaise qui est une société très codée (elle se veut d'ailleurs plus codée qu'elle l'est réellement). D'autre part ce qui me parait interessant dans le yaoi c'est que celui-ci donne une autre image de l'homosexualité que celle véhiculée par le monde occidental d'autant que cette dernière est passablement confisquée par les "idéologies progressistes", faisant du gay obligatoirement une sorte de militant ce qui est loin de correspondre à la réalité.
Posté par BA, 29 mars 2008 à 07:21
Tout à fait d'accord avec vous sur le fait que tous les homos ne sont pas des militants.
Mais ça n'empêche que le yaoi est un genre représentant des fantasmes, féminins et hétéros, et que si un lecteur homo cherche des histoires de romances (plus ou moins chaudes), il risque d'être largement déçu par ces mangas-là, me semble-t-il. Le yaoi a aussi peu à voir avec la réalité des homos que les histoires pour mecs hétéros mettant en scène des lesbiennes.

Posté par François, 29 mars 2008 à 09:10
ce billet a été écrit il y a trois ans et demi. Depuis le yaoi a pris quantativement une grande place dans l'édition du manga en France. Malheureusement quantité n'y rime pas toujours avec qualité

Publié dans Bande-dessinée

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Li-An

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Li-An est un auteur de bandes dessinées talentueux, voir l'image ci-dessous...
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Son blog est une merveille. Cet artiste doué s'y livre chaque jour à un véritable exercice d'admiration pour ses confrères illustrateurs (posture très rare dans n'importe quelle profession). Il permet ainsi à ses visiteurs de découvrir quotidiennement des images rares d'hier ou d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. Une visite à son site constitue une inoubliable visite dans le temps et l'espace de l'univers du dessin.

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un bayou vu par Daniel Billon.

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Pour ne pas oublier René Sterne

Publié le par lesdiagonalesdutemps

René Sterne était né en 1952 et décédé le 15 novembre 2006. Après des études de français, d’histoire et de philosophie, il s’était tourné vers l’enseignement avant de devenir dessinateur de bandes dessinées. Sa rencontre avec Chantal De Spiegeleer, elle-même auteur de BD, fut décisive dans ce choix. Entre différents voyages avec l’auteur de Madila Bay, qui était entre-temps devenue sa compagne, René Sterne réalisa dix albums d’Adler, une série d’aventure parfaitement documentée.
Il y narrait le destin d’un aviateur ayant déserté la Luftwaffe en 1942, écœuré par la folie meurtrière d’Hitler. Aidé par Helen, une aventurière irlandaise devenue sa compagne, il met ses talents de pilote au service des opprimés.
René Sterne a également écrit Rio Bravo, un roman mettant en scène son personnage fétiche, qui est paru aux éditions Labor en 1997.
Ces deux dernières années, l’auteur travaillait sur le premier album d’un diptyque, La Malédiction des Trente Deniers, une aventure de Blake & Mortimer, scénarisée par Jean Van Hamme. Ce dernier confiait le mois dernier au journal Bo Doï que Sterne avait à peine dépassé la vingtième page. L’extrême rigueur et méticulosité du dessinateur était à l’origine de cette lenteur à dessiner les personnages d’Edgard P. Jacobs. « « Le respect de l’œuvre requiert beaucoup de cohérence et de rigueur, nous expliquait René Sterne en octobre 2005. J’ai beaucoup tourné autour de l’œuvre avant de m’y attaquer réellement. Il me fallait trouver le fil qui dépassait de la pelote, en quelque sorte. Je veux réaliser le Blake & Mortimer que j’ai envie de lire, et donner ma propre interprétation de cette symphonie jacobsienne ».
À peine avait-il délaissé son personnage fétiche, Adler, que René Sterne avait déjà hâte de lui redonner vie après ses Blake & Mortimer. Il nous disait l’année dernière : « J’ai encore tant de choses à lui faire vivre, comme par exemple une autre chasse au trésor, encore plus hard que celle qu’il a vécue dans l’Île Perdue, ainsi que des retrouvailles très spéciales entre Helen et Adler ». Des aventures qui resteront à jamais des rêveries, comme de nombreux projets de grands auteurs trop tôt disparus.





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Quand Blake et Mortimer étaient dans le poste

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 
C'était avant la télévision qui n'était encore que balbutiante, on ne pouvait imaginer la toile. La radio était encore au centre du salon. Le jeudi après-midi on y entendait les voix de nos bandes-dessinées préférées. C'était le temps des feuilletons radiophoniques. J'ai ainsi entendu certains albums avant de les avoir lu, comme Tintin au Congo ou Alix l'intrépide, je n'avais alors que l'album la Tiare d'Oribal... Ces émissions devenaient parfois des disques que nous écoutions au moins une fois par mois. Ceux-ci ont été réédités récemment en C.D. mais ils sont difficiles à trouver. C'est ceux-ci que vous pouvez télécharger ci-dessous









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une planche du Rayon U

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Si vous avez quelques sous, la galerie Daniel Maghen propose jusqu'au 12 mars une exposition-vente intitulée "Les incontournables de la BD". Parmi les pièces qui y sont présentées figurent notamment des oeuvres d'Edgar P. Jacobs dont une planche du Rayon U, encre de couleur sur papier, 32 x 29 cm, que vous pourrez emporter pour 42 000 €.
http://www.danielmaghen.com/images/planches/40615-1.jpg



Galerie Daniel Maghen
47 quai des Grands Augustins
75006 Paris
Tel.: 01 42 84 37 39
Fax.: 01 42 22 77 86

Du Mardi au Samedi
de 10h30 à 19h00

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Jacques Martin, un auteur paradoxalement méconnu

Publié le par lesdiagonalesdutemps

JE ME DEMANDE BIEN COMMENT JE SUIS ARRIVÉ SUR LE SITE DE CE PIAF LÀ, OU PLUTÔT COMMENT AI-JE PU METTRE AUSSI LONGTEMPS À DÉCOUVRIR UN LIEU OÙ L'ON PEUT LIRE D'AUSSI SAVANTS BILLETS, QUI UN JOUR VOUS PARLE DES PREMIERS ROMANS DE RENAUD CAMUS, LE LENDEMAIN DU RETOUR D'URSS DE GIDE ET LE SURLENDEMAIN DES MOUVEMENT DE FOULE CHEZ EDGAR JACOB ET UN AUTRE JOUR DE LA PROGRESSION DU DESSIN CHEZ FABRICE NAUD, C'EST A NE PAS MANQUER ET C'EST ICI , L' AUTEUR DE CES TEXTES A POUR PSEUDONYME SEBSO. 


Dans quelle mesure Jacques Martin, avec notamment sa série Alix, a-t-il réellement trouvé son public ? J'ai en effet l'impression qu'il n'a rencontré le succès ni grâce à ses meilleurs albums, ni pour les aspects les plus originaux de son oeuvre...
Dans l'esprit d'une grande partie des amateurs de bande dessinée, les meilleures de Jacques Martin sont les premiers Alix (jusqu'aux Légions perdues ou à Iorix le Grand) et les premiers Lefranc (jusqu'àu Mystère Borg ou au Repaire du loup).
Alix et Lefranc sont dans ces albums de traditionnels héros sans peur et sans reproche, tels Tintin ou Spirou, se riant des dangers et résolvant tous les problèmes, combattant sans relâche leur ennemi récurrent (Arbacès et Axel Borg) avec l'aide de l'habituel faire valoir (Enak et Jeanjean). Sous la pression des dirigeants du journal Tintin, Jacques Martin coule même son dessin dans le moule de la « ligne claire », sur les traces de Hergé et d'E.P. Jacobs. Cela a donné de très bons albums,la Griffe Noire ou le Mystère Borg notamment, aux intrigues bien huilées et au dessin efficace.
Mais si Jacques Martin s'était contenté de cela, il serait resté le troisième homme de la ligne claire, derrière Hergé et E.P. Jacobs, sans se démarquer réellement de ces deux auteurs. Lefranc est un peu un Tintin sans l'humour (avec toutefois un accent mis les mouvements de foule, que l'on retrouve un peu chez l'E.P. Jacobs du Secret de l'Espadonmais très peu dans Tintin) et Alix n'est guère qu'un Tintin chez les Romains.
Ce type de récits ultra-classiques a eu, et continue à avoir, beaucup de succès (cf. la réédition des premiers Alix et Lefranc en édition fac-similé ou les nouveaux Lefranc situés dans les années 1950, ainsi que les Blake et Mortimer, personnages ressortis d'hibernation tous les deux ans pour un nouveau best seller).
À partir de 1965, la tonalité des albums évolue, devient moins classique, plus trouble, moins optimiste. Alix, de surhomme surmontant toutes les difficultés va devenir pur spectateur des aventures des autres ; il ne parvient même plus à remplir les missions qu'il s'est fixé, notamment dansVercingétorix et de manière encore plus frappante dans La Tour de Babel. Les situations deviennent plus sombres, les personnages psychologiquement plus torturés et plus complexes ; Enak par exemple, jusque là compagnon falot et gentillet, va prendre plus d'épaisseur lorsque, dans le Prince du Nil, il laissera Alix croupir dans de malsaines geôles, par inattention, tout obnubilé qu'il est par sa nouvelle vie princière.
On parle de mère indigne dans le Fils de Spartacus, de ville entière rayée de la carte dans le Dieu Sauvage, d'un peuple qui s'éteint dans le Dernier Spartiate, de l'ivresse du pouvoir dans Iorix le Grand, de la fin tragique d'un jeune prince pétri de bonnes intentions mais naïf et mal conseillé dans la Tour de Babel, de problème d'identité sexuelle dansl'Enfant Grec. Il est peu de dire que tous ces thèmes n'étaient jamais, ou presque, abordés dans les bandes dessinées publiées à la même époque dans le journal de Tintin...
Parallèlement le dessin s'affine, les couleurs atteignent une finesse rarement atteinte en bande dessinée (ah, les couleurs des albums d'Alix... On a rarement mieux rendu en bande dessinée le jeu de la lumière et de ses infimes changements : aube ou crépuscule, orage ou ciel d'été, elles rendent le passage du temps presque tangible...).

Cette démarche culmine avec l'Empereur de Chine, probablement le chef-d'oeuve de Jacques Martin. Alix n'est plus du tout le héros sans peur et sans reproche, quasiment infaillible , qui résout tous les problèmes, maîtrise tous les dangers et dénoue les situations les plus inextricables.
Alix est toujours sans reproche mais il ne maîtrise plus rien. Confronté à des enjeux de pouvoir qui le dépassent complètement, face à la culture chinoise dont il a tout à apprendre, Alix n'est plus que le spectateur impuissant des luttes intestines de la cour impériale chinoise. Ses interventions ne résolvent rien, voire précipitent la fin de ceux qui sont prêts à l'aider. L'Empereur de Chine porte à leurs sommets les nombreuses qualités des albums précédents : la reconstitution historique est superbe, portée par le dessin précis de l'auteur et par les couleurs magnifiques. Les intrigues de tous ces personnages qui se battent pour le pouvoir, pour un rêve (le fils de l'empereur) ou simplement pour leur survie sont à la fois passionnantes et dérisoires.

Pendant une vingtaine d'années, du Dernier Spartiate à Vercingétorix, Jacques Martin s'est éloigné de sa période ligne claire et a introduit dans la bande dessinée franco-belge des thématiques qui y étaient inconnues jusqu'alors. Il nous a ainsi offert des albums complexes, probablement ses meilleurs, aux problématiques résolument adultes, en décalage complet de la grande majorité de ce qui se faisait à l'époque.
J'ai malheureusement l'impression que ce changement n'a pas toujours été perçu à sa juste valeur : ce changement de ton a été relativement peu gouté par les anciens lecteurs, nostalgiques du bon temps de La Griffe Noire, et a peu permis à Jacques Martin de toucher un nouveau public. Malgré le travail remarquable de Thierry Groensteen dans Avec Alix, la richesse de l'oeuvre de Jacques Martin me semble encore sous-estimée par beaucoup de lecteurs.
Pour retrouver Jacques Martin et Alix, sans oublier Enak, sur le blog

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Blake et Mortimer et l'automobile du coté d'un hangar

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Si mon minuscule bataillon de lecteurs, toujours aussi taiseux, peuvent subodorer que je m'intéresse à la bande dessinée et en particulier à l'oeuvre de Jacob en allant voir le site blake et mortimer qui est dans mes liens à visiter. Sur cet excellent site j'ai trouvé une adresse tout aussi intéressante  hangar7.canalblog.com où il faut absolument aller. Or donc si on est attentif à mon blog on sait que j'aime donc la B.D. Mais mon groupuscule suiveur doit ignorer que j'aime les belles carrosseries en particulier celles des belles américaines (ah le film de Robert Dhéry), un petit coup d'oeil sur le générique de ce film à voir et à revoir, en particulier les formes rondes du début des années cinquante dont je collectionne les miniatures au 1/43 ème. Si cela vous intéresse et si j'en ai le courage, il faudra que je vous montre cela un jour.

 

 

 

 

 

Or donc si vous aimez Black et Mortimer et les automobiles old school, il est indispensable de visiter et de revisiter le blog  hangar7.canalblog.com. Ci-dessous un extrait (monsieur Smith le tenancier du hangar 7 remarquera que je n'ai pas reproduit entièrement un de ses articles comme il le demande) d'un des passionnants article que l'on y trouve. Pour la suite et surtout pour en lire d'autre, c'est donc  hangar7.canalblog.com.

 

La LINCOLN du Mystère de la Grande Pyramide

 

Dans la collection des véhicules B&M Hachette, j'attendais "au tournant" cette fameuse LINCOLN, car d'une part j'ai un faible pour les vieilles autos US, d'autre part, ce modèle n'existe pas (à ma connaissance) en miniature à cette échelle, et enfin, car je m'attendais (encore) à des approximations... et ça n'a pas loupé, hélas !


- DANS LE FASCICULE Hachette :
Si cette fois, la photo d'archive illustrant l'article consacré à l'auto est correcte, la "revue de détail" comporte des lacunes importantes.
Tout d'abord, E. P. Jacobs s'est visiblement emmêlé les pinceaux entre 2 types de berlines, carrosseries de style sport sedan (la version exacte - non mentionnée dans la brochure Hachette - ).

A sa décharge, il faut admettre que le foisonnement de modèles et versions dans la production automobile américaine est astronomique (surtout à l'époque où il existait de nombreuses marques)...:


1/ La LINCOLN Cosmopolitan (haut de gamme, empattement long) type 9EH

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2/ La LINCOLN 9EL (dite "baby" : plus courte, carrosserie similaire aux "petites" MERCURY, appartenant au même groupe - FORD -)

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Là où le rédacteur de l'article soulève juste une vague différence au niveau de la "lèvre" de passage de roue AV selon les dessins, arguant qu'il pourrait y avoir une confusion avec le modèle "9EL" (de base) - ce qui ne se justifie pas du tout d'ailleurs puisque sur ce dernier, c'est une baguette qui longe tout le flanc de l'auto, lequel est tout à fait DIFFÉRENT - forme de l'aile AV : voir photos -...! -, il passe complètement à côté de l'ÉVIDENCE : 
Jacobs semble avoir repris le vitrage latéral de la "9EL" qui se caractérise par un montant de custode (petite vitre avant le montant de toit) vertical et non oblique, comme il se doit sur les Cosmopolitan !
Profil correct d'une Cosmopolitan :

- la "4e" vitre est implantée APRÈS la portière, sa forme plus aigüe spécifique réduisant au passage la largeur du montant de pavillon... Alors que sur la 9EL, il s'agit juste d'une portion triangulaire de la vitre de la porte AR (à noter qu'en cela la miniature est encore hybride puisque la découpe de la porte AR est positionnée correctement à l'aplomb du montant de cette portion...Ouf ! )


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- LA MINIATURE Hachette :


Outre cette erreur, reproduite par Hachette/Eligor, il faut souligner é... la suite sur hangar7.canalblog.com.

 

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Exposition Peyo à Artcurial

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L'exposition Peyo, de son vrai nom  Pierre Culliford, chez Artcurial nous emmène au pays de l'enfance. Elle rappelle que les schroumpf dont les plus jeunes ignorent peut être l'origine sont dus au crayon de Peyo et qu'ils furent à leurs débuts des personnages épisodiques de la série Johan et Pirlouit et les héros de mini-récits. Les mini-récits étaient des suppléments que l'on trouvait dans les pages centrales du journal de Spirou. C'était des petits livres que le lecteur devait réaliser lui-même.

 

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L'exposition est très riche d'une centaine de planches et de dessins originaux tous soigneusement encadrés et présentés, malheureusement les grandes fenêtres du bel hôtel particulier où loge Arcturial cause des reflets parfois gênant pour admirer les émouvants, pour moi car Peyo fut un de ceux qui me firent aimer la bande dessinée, les dessins du père des schroumpf. Un des intérêts  de l'exposition est de nous montrer l'évolution des personnage. Un dessinateur, aussi talentueux soit il, ne trouve pas immédiatement le dessin définitif de ses héros. D'abord Pirlouit puis les schroumpf qui à leur naissance avaient le nez plus long.

 

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Johan et Pirlouit reste pour moi une de mes grandes joies de lecture de mon enfance. J'ai découvert lundi les originaux des couvertures et des planches des albums qui firent le bonheur de mes jeunes années.

 

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Peyo est aussi le créateur d'un personnage, Poussy que tous les amoureux des chats chérissent...

 

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Peyo a aussi créé la série Benoit Brisefer dont les décors étaient dessinés par Will

 

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Revenons pour terminer aux schroumpf et à leur bestiaire. J'aime particulièrement le gentil dragon Fafnir.

 

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Dans le monde de Peyo il n'y a pas que Poussy comme chat, il y a aussi Azrael le chat de Gargamel qui rêve de manger un schroumpf...

 

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Pierre Culliford dit Peyo

Artcurial - Paris VIIIe

Du 7 juillet 2011 au 30 août 2011.
Du lun au dim de 11h à 19h.

01 42 99 20 17

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