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223 articles avec bande-dessinee

Le Fleuve de Jade, une aventure d'Alix par J. Martin et R. Morales

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

J'espère que l'indispensable blog d'Argoul et son créateur (mais je ne comprend pas bien s'il y a un ou plusieurs contributeurs à ce blog néanmoins aussi brillant que cohérent ) voudront bien me pardonner de leur emprunter à nouveau un article sur mon cher Alix, mais comme je n'aurais pas su écrire mieux...

Un envoyé du sud propose à Cléopâtre de marier Enak, prince de Menkharâ, avec la sœur du prince Djerkao afin d’unir les terres de Menkharâ à celles de Méroé. La reine d’Égypte rigole mais, devant une caisse d’or, se dit que ce n’est finalement pas idiot : ça lui profite.

Telle est l’impression que se font les jeunes de la politique : opportunisme et cynisme, aucun sentiment dans les intérêts supérieurs de l’Etat ou de l’argent. Tout l’album sera du même type : l’individualisme du couple d’amis en butte à la société politique des États et des princes.

Voilà donc Enak invité en Égypte avec « son mentor, en quelque sorte » Alix. L’expression est du prince Djerkao qui cherche à traduire les relations modernes des deux jeunes gens. C’est par la réaction de Cléopâtre, en première page, que l’on apprend qu’Enak a « à peine 14 ans ». Depuis que Jacques Martin s’est retiré du dessin, pour cause de maladie des yeux, puis de décès, les âges d’Enak et d’Alix restent éternellement figés à leur époque 14-18.

Mais Cléopâtre réussit toujours aussi bien les banquets.

Enak réagit donc en gamin à la proposition de mariage, il manque de s’en étrangler. Puis il cherche à s’enfuir, s’exclame devant le portrait à l’égyptienne de sa fiancée « mais c’est une vieille, elle a au moins 20 ans ! ». Mis devant le fait accompli – qui porte une robe seins nus – il révise son jugement et la trouve « plus… plus jeune… ».Désirable ? Pas encore, mais… En tout cas il ne veut « pas se marier à cette fille ! », il veut « retourner à Rome ». Pour continuer l’enfance à vivre en copain avec son aîné.

Heureusement, la princesse Markha ne veut pas se marier non plus avec lui. Elle incline secrètement vers Alix aux cheveux d’or, « fils de Râ » le soleil. D’ailleurs son frère ne serait pas contre mais dans un second temps, après la réunion des domaines égyptiens, pour s’attirer les bonnes grâces de César dont Alix est proche. Mais Enak, marié d’abord, devra alors disparaître pour qu’Alix s’unisse à sa soeur… C’est de la politique – les sentiments humains n’ont vraiment aucune place.

La fuite va régler la question. Alix et Enak aiment à coucher nus dans la même chambre pour parler de leur avenir.

Ils adorent rester tous les deux, vivre en Robinson, survivant en bons scouts de leur industrie et de leur astuce, loin du monde adulte dépourvu de tout sentiment, contre la loi de la jungle, féroce avec les perdants. La bulle fusionnelle de l’amour-amitié contre la jungle sociale hostile. Les jeunes lecteurs sont sensibles à cette thématique qui correspond bien à leur âge.

Markha aide les garçons à fuir vers le sud et le pays des nègres ; elle les accompagne. Ils font d’étranges rencontres, aidés par les buffles et les chimpanzés.

Enak est toujours aussi habile à l’arc. Mais cela se termine mal pour Markha qui ne pouvait décemment survivre à l’indépendance exigée des garçons. Enak trouve dans son amour pour Alix l’antidote à la loi de la jungle. Culture contre nature, amour et amitié contre sauvagerie, s’entraider épaule contre épaule – belle leçon morale à la jeunesse d’aujourd’hui qui en a bien besoin.

Ceux-ci sont finalement pris comme esclaves par une caravane arabe pour être vendus sur le marché d’Alexandrie, où Cléopâtre les délivre. Elle les choie et fait mettre à mort le marchand. La politique, finalement, a du bon : elle supplante l’économie. L’Etat règle par la force les mœurs avides des pillards arabes.

L’histoire est captivante, distillée en feuilleton hebdomadaire, ce qui entretient le suspense à chaque fin de page double. Cléopâtre baise d’ailleurs Alix après l’avoir baigné, thème récurrent des aventures.

Mais le dessin est toujours aussi partagé. Autant les paysages, les animaux et les bâtiments sont crayonnés avec minutie et précision, autant les humains sont maladroits.

Surtout les corps adolescents et les visages. Microcéphales, dégingandés, les traits à la serpe, les deux éphèbes sont dessinés comme au moyen âge : des adultes en réduction.

Les muscles de camionneur d’un gamin de 14 ans au bain ne sont ni gracieux ni réalistes. Les barboteuses des garçons dépouillés sont stupides à l’oeil. Pourquoi donc Morales est-il si malhabile ? Les personnages sont ce qu’il y a de plus important dans une bande dessinée, pour l’identification des lecteurs. Il est dommage que Jacques Martin ait confié les clés de ses héros à un tel apprenti.

Heureusement qu’il y a les filles nues. Morales les réussit mieux que les garçons et cela sauve son dessin.

Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

Publié dans Bande-dessinée

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Gringos Locos de Yann et Olivier Schwartz

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Chaque semaine, et ceci depuis plus de cinquante ans, je lis Spirou, seul hebdomadaire de bandes - dessinée survivant, dans mon enfance je lisais également Tintin et Pilote, que j'ai accompagnés jusqu'à leur fin, et épisodiquement, en cachette parce qu'il était d'obédience communiste, Vaillant.

Spirou qui au fil des années a connu des hauts et des bas est en ce moment, et depuis quelques années un beau renouveau avec la venu de Trondheim avec sa série Ralph Azham, dans l'esprit de Donjon, et l'heureuse permanence de Bertschy et de son petit diablotin orange Nelson ou encore les Tuniques bleues de Lambil et Cauvin. Mais ce sont les nouveautés qui sont les plus ébouriffantes, depuis quelques semaines il y a une étonnante uchronie et depuis cette semaine Gringos Locos série dans laquelle Yann se penche sur un épisode fondateur de la bande dessinée belge, le voyage en Amérique de Jijé, Franquin et Morris, somptueusement dessinée par Olivier Schwartz... 

 


Publié dans Bande-dessinée

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une exposition Kawaguchi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Depuis le 1er octobre, une exposition consacrée à l'auteur de "Zipang", Spirit of the sun, Eagle et "Boku wa Beatles" (non traduit en France) se tient au Musée de la ville de Onomichi. Si vous passez par la ne faites pas comme moi qui ai manqué cette merveille alors que j'e  suis passé à quelques encablures. Zipang est le chef d'oeuvre absolu de l'uchronie. Kawaguchi est un des plus grands mangakas actuels mais n'est pas encore reconnu à sa juste valeur en France.

 

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"Kawaguchi Kaiji Ten - Manga Hyogen to sono Gemba" présente les 40 années de carrière du mangaka avec plus de 300 planches originales ainsi que la documentation. Pour l'inauguration, un talk show et une séance de dédicace a été organisée. A noter que l'entrée est gratuite (ci un passant peut m'envoyer son avis et surtout des images sur cette manifestation, j'en serais très heureux.

L'exposition prendra fin le 17 novembre.

Publié dans Bande-dessinée

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La conjuration de Baal de Christophe Simon et Michel Lafon

Publié le par lesdiagonalesdutemps



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Alix et Enak sont en villégiature à Pompéi, reçus par l'édile de la ville, lorsque une nuit un un homme est poignardé à mort à la porte de la villa. L'infortuné a juste le temps de prévenir le garçon que César est en danger et de prononcer le sinistre mot de Baal. Nos héros rejoignent Rome pour constater que des sectateurs de Moloch y font régner la terreur et qu'ils sont à la solde du grand Pompée.

Le scénariste de cette aventure, située entièrement en Italie, elle commence et se termine à Pompéi, Michel Lafon, l'a située immédiatement après celle du « Dieu sauvage, la neuvième dessinée par Jacques Martin. Pour cela Lafon ressuscite la secte des molochistes que l'on avait cru éradiquée depuis « Le tombeau étrusque ». Ce retour s'il fait que le lecteur fidèle des aventures d'Alix se retrouve immédiatement en pays connu, manque d'originalité, même si cette fois les adorateurs du dieu dévoreur d'enfants sont aussi des affidés de Pompée, ce qui est une pure invention historique, Pompée n'ayant à ma connaissance aucune accointance avec des adorateurs de Baal.

 

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Bientôt Enak est enlevé par les conjurés et après une exposition bavarde de la situation politique à Rome, la suite de l'album se résume presque à la tentative d'Alix pour sauver son ami.

C'est un peu mince comme ressort scénaristique et le moins que l'on puisse dire c'est que cela ne renouvelle pas la saga d'Alix et Enak. D'après la postface que donne Michel Lafon à l'album le renouvellement n'était pas son but, il a voulu clore la geste des cinq premiers albums des aventures d'Alix, Alix l'intrépide, Le sphinx d'or, L'ile maudite, La tiare d'Oribal et la griffe noire que le scénariste considère comme une seule et même histoire qui forme le socle sur lequel se développera toute la geste alixienne, tout en se réclamant, avec la résurgence des molochistes, du Tombeau étrusque. Si on ne peut être que d'accord avec cette analyse on ne voit pas bien ce qu'apporte « La conjuration de Baal » malgré le talent de Christophe Simon à ce piédestal. On a parfois à la lecture de ce trentième opus alixéen, d'être devant une compilation des passages obligés des aventures du jeune gaulois romanisé, rien ne manque l'insaisissable Arbaces, Enak en appât, le félon que l'habitué du jeune gaulois aura vite démasqué, les jeux politiques compliqués de César, l'avidité de pouvoir du grand Pompée...

 

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J'approuve pleinement Michel Lafon lorsqu'il écrit: << Il faut donner à toutes nouvelles aventure d'Alix et d'Enak la chance de remonter à ces sources inspirées et de partager un peu de leur puissance mythique.>> mais plus qu'un approfondissement des thèmes de Jacques Martin, on a un peu l'impression d'être dans cette conjuration de Baal face à un trop sage hommage.

Le dessin de Christophe Simon est presque sans reproche. On peut juste lui reprocher un encrage parfois un peu lourd qui enlève un peu du dynamisme naturel que possède son crayonné. Plus à l'aise dans les anatomies que dans les décors Simon privilégie les gros plans de ses héros. La mise en couleur, très soignée, est dominée par les bruns et les rouges sombres. Elle est pensée par doubles pages qui offrent ainsi de beaux camaïeux au lecteur.

La conjuration de Baal est un trop classique démarquage des premiers albums de Jacques Martin que Christophe Simon magnifie par son dessin bien maitrisé. 

 

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Pour retrouver Alix sur le blog

Alix Enak, amitié érotiqueLes filles dans AlixUn nouvel Alix en septembre, La conjuration de BaalLes chats dans AlixAlix nuJacques Martin, un auteur paradoxalement méconnu case en exergue, 2 Jacques Martin

Pour retrouver Christophe Simon sur le blog

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Bakuman

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Bakuman est un manga dessiné par Takeshi Obata sur un scénario de Tsugumi Oba, les auteurs de Death Note. Obata est aussi le dessinateur d'Hikaru No Go. Takeshi Obata (小畑 健) est Né en 1969 à Niigata. Il commence à être mangaka assez tôt en travaillant auprès de Nobuhiro Watsuki, mais se rend compte qu'il est beaucoup plus doué en dessin que dans la création de scénarii. Il va donc travailler avec des scénaristes. Hikaru no go sera son premier grand succès.

La première qualité qui me subjugue dans le manga est de s'emparer de sujets qui paraissent inadaptables en bande-dessinée en particulier en raison de leur coté statique, comme la fabrication du pain ou le jeu de go et d'en faire des séries passionnantes dont on attend avec impatience chaque livraison.

 

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C'est encore le cas avec Bakuman qui est centré sur le manga et son élaboration de la table à dessin jusqu'à sa parution.  Les différentes techniques de dessin comme l’utilisation des plumes et leurs différents types, les étapes de création graphiques, de l'élaboration des personnages à l'apposition des trames,  le découpage, le passage par les Nemus et même les relations avec les éditeurs, tout cela est présenté en détail. Cet odyssée est racontée à travers l'éclosion de deux jeunes mangakas, Mashiro, le dessinateur et Takagi le scénariste. Ils sont âgés de quatorze ans au début de l'histoire. Pour renforcer l'impression documentaire, le premier manga du tandem de collégien, ce qu'ils sont au début du récit, est publié dans ce qui est dans la réalité le plus célèbre de tous les magazines de pré publication de mangas, Weekly Shônen Jump dans lequel on peut lire en vrai  One piece, Naruto... et Bakuman! On est invité ainsi à découvrir le fonctionnement de ce célèbre journal. Il est probable que nombre des protagonistes qui y gravitent sont directement inspirés de personnes réelles. Si ce n'est pas la première fois que le manga se penche sur lui même, on peut citer ce chef d'oeuvre qu'est une vie dans les marges ou encore l'hagiographique vie de Tezuka parue chez Casterman, sans oublier  Ma Voie de père d’Horoshi Hirata, Journal d'une disparition d'Hideo Azuma, qui ne présentait pas cet univers d’une manière très positive ou encore le très bon Un zoo en hiver de Taniguchi mais dans ces trois derniers cas le métier de mangaka n'était pas au centre des récits; donc  c'est habituellement dans des seinen (manga pour adultes), cette fois c'est dans le cadre d'un shonen (manga pour garçons) , on peut même dire que parfoidont le public visé est clairement celui des adolescents et jamais le lecteur n'a été immergé jusque là dans ce milieu comme dans Bakuman. Pour bien appuyer leur approche didactique de l'univers manga, les auteurs ont glissé dans chaque tome des nemus originaux (planches dessinées sous la forme de storyboard) de leur travail.  Il est a noter que la B.D. Franco-belge a bien peu révélé ses coulisses, il ne me vient à l'esprit que « Pauvre Lampil » dont l'intégrale vient d'être éditée. A  propos de cette dernière série, il serait intéressant de savoir à quel point Bakuman est autobiographique. 

 

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La série connait un grand succès au Japon, il n'y a qu'a entrer dans les boutiques qui vendent des mangas pour s'en apercevoir en voyant les piles de Bakuman qui attendent l'acheteur; la parution d' un nouveau tome est annoncée dans le métro de Tokyo comme le montre la photo ci-dessous que j'ai prise le mois dernier dans un wagon tokyoite. Le succès est également au rendez-vous en France où à chaque nouveau volume une gondole entière lui est dévolu par exemple à la FNAC Chatelet.

 

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Le réalisme de Bakuman est saisissant et nous montre avec une certaine neutralité les méthodes des éditeurs et leur droit de vie ou de mort sur les séries qu'ils publient. 
On voit aussi plus que jamais comment la popularité de la série influe directement sur le manga lui-même.

Avec une série qui nous parle de la vie de mangaka, on aurait pu penser qu'en quelques tomes on en aurait fait le tour (mais c'est mal connaître les scénaristes japonais). Bakuman nous prouve l'inverse en arrivant à se renouveler quasiment à chaque tome en abordant un nouvel aspect de ce métier bien particulier.

 

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Quatre chapitres sur cinq sont entièrement consacrés à de nombreuses et très détaillées explications sur le processus complexe qu'est celui de la création et de l'édition d'un manga. Chaque étape du travail d'édition nous est exposé clairement et simplement, des discussions entre auteurs et éditeurs aux concours pour jeunes mangakas et autres sondages.

 

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Il serait dommage cependant de considérer Bakuman comme seulement un documentaire romancé sur l'univers du manga même si c'est une extraordinaire radiographie de cet univers et de ses mécanismes, beaucoup plus sophistiqués que ceux qui régissent la bande-dessinée en Europe cette série est bien autre chose.

 

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En préambule, une remarque historiciste sur le genre: La grande originalité de la bande dessinée japonaise par rapport à ses homologues européennes et américaines est qu'elle a segmentée son offre ciblant par des mangas spécifiques, les jeunes garçons, les femmes au foyer, les employés des grandes entreprises, les étudiants... Toutefois Bakuman n'est pas le reflet exact de la situation du manga au Japon aujourd'hui. Il serait plutôt celle d'il y a cinq ans. Car aujourd'hui l'édition papier du manga, même si elle connait des tirages sans communes proportions avec ceux de la presse française, toutes catégories confondues, connait une crise sans précédant dont la cause principale (il y en a d'autre) est l'omniprésence du téléphone portable dans la société japonaise (comme dans la notre) en effet une grande partie de la lecture des manga se faisait dans les transports en commun extrêmement fréquentés par les tokyoites et les habitants des autres grandes villes de l'archipel, c'était un spectacle habituel d'y voir, côte à côte les occupants d'un wagon de métro plongé dans de gros albums hebdomadaires de pré publication de manga, aujourd'hui, les mêmes ont les yeux rivés sur leur portable.

 

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Curieusement pour une série pour adolescent, Bakuman est dans son début très pessimiste et teinté par la désillusion de ses héros malgré cela grâce au talent des auteur s le lecteur est immédiatement accroché.

Bakuman répond à toutes les règles du shonen avec son histoire d'amour ultra romantique qui paraît extravagante à des yeux occidentaux mais qui dans le contexte nippon ne l'est pas tant que cela. Sans oublier les codes graphique du genre. Le héros a des mèches rebelles et son ami a les cheveux décolorés (très fréquent chez les ados à Tokyo et à Osaka).

En filigrane la série offre une photographie pas innocente de la jeunesse japonaise. Elle nous renseigne aussi sur des valeurs de la société nipponne que nous ne partageons pas toujours ou qui sont même quasiment tabou dans la société française comme l'hérédité, ce qui n'est pas contradiction dans un pays où les postes de commandes et les premiers rôles sont le plus souvent dévolus à des héritiers. On voit par exemple que pour les dirigeants du Jump, il est normale que Mashiro soit doué en dessin puisque son oncle était un mangaka talentueux, même s'il n'a pas connu le succès. De même, au vu de leur maison les parents d'Asuki ont réussi, donc ils sont intelligents par conséquent leur fille ne peut être qu'intelligente.

 

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On remarque à certains détails à la fois la hiérarchie et l'entraide qui existent dans la société japonaise; ce qui peut aller de paire avec un certain isolement des cellules familiales entre elles. L'oncle de Mashiro est à la fois tenu en piètre estime par sa famille, c'est un artiste et pire un artiste qui ne réussit pas, et aidé par celle-ci au moment des étrennes, alors qu'il est adulte on comprend qu' il reçoit une somme importante d'argent qui va l'aider à vivre durant l'année.

On voit au travers les hésitations de Mashiro malgré ses dons et sa passion à se lancer dans la carrière de mangaka combien le modèle dominant, celui du bon garçon qui devient un salaryman et fera tout pour gravir un à un les échelons dans l'entreprise dans laquelle il sera entrée est prégnant. La grande crainte du garçon est de causer des problèmes à ses parents.

 

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Bakuman illustre aussi combien le petit japonais (mais est ce si différent en France) est conditionné dès le plus jeune âge et combien les premières années de sa scolarité sont cruciales. Il faut rentrer dans une bonne école pour ensuite pouvoir rentrer dans une bonne université (c'est le modèle américain) et la comme le dit Mashiro, ce sont ceux qui auront les meilleures notes qui seront les futurs dirigeants. Le seul échappatoire est de devenir artiste, mais alors la sélection est encore plus impitoyable. C'est cette compétition pour la survie que nous narre Bakuman. On voit que le responsable éditorial des deux garçon peut perdre son job s'il ne lance pas en deux ans un succès.

Ce coté lisse et gentil du héros est un des défauts de la série, il n'a rien dexceptionnel contrairement aux protagonistes de Death Note qui avaient presque tous une très forte personnalité (seul le personnage de Fukuda rappelle ceux de Death Note).

Ici les deux mangakas ne se disputent jamais et ne semblent pas avoir des égos surdimensionnés, ce qui est bien rare pour des artistes. Le scénariste veut sans doute en cela montrer avec force combien la cohésion entre un dessinateur et son scénariste est indispensable pour créer une bonne oeuvre.

 

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Ce qui est le plus frappant est la difficulté de communication entre les membres de la société, jusque dans la famille. Lorsque Mashiro veut communiquer avec son père, il passe par l'intermédiaire de sa mère. A noter que l'on voit jamais le père de Mashiro, pas plus que celui d'Asuki, sa petite amie, probablement pour signifier l'absence fréquente du père de famille dans les foyers japonais accaparé par l'entreprise dans laquelle il travaille et aussi après le labeur préférant rester entre collègues homme que rentrer au foyer. Même lorsqu'il veut donner un conseil à son fils le père de Mashiro préfère lui téléphoner plutôt que lui parler face à face, évitement typiquement japonais. L'image du foyer est représentée par celle de la mère de famille; femme au foyer est encore l'horizon de bien des femmes japonaises, ceci dés leur mariage, même lorsque la femme a fait des études et avait préalablement une bonne situation c'est le cas par exemple de la mère d'Asuki.

 

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Autre image très traditionnelle de la femme japonaise, même lorsqu'elle a un physique de jeune bimbo comme Miho la copine de Takagi qui ne semble vouloir qu'être le modèle de la gentille et sage épouse ne rêvant que son Takagi chéri accomplisse ses propres rêves.

Pour corroborer ce que j'écrivais au début de ce billet sur la situation actuelle du manga, on a le sentiment que les jeunes mangakas de Bakuman sont nostalgique de l'âge d'or de leur art. Dans les premiers volumes on trouve de nombreuses référence aux maitres du manga comme Tezuka, Toriyama, Eiichiro Oda ou Masashi Kishimoto. Cette habile mise en abîme est à la fois un hommage à l'art du manga et une manière de rendre complice le lecteur. Chaque volume est long à lire car il comporte de nombreux dialogues très explicatifs mais jamais ennuyeux.

 

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Le dessin d'Obata est immédiatement reconnaissable, sa finesse fait encore une fois merveille. Il est souvent soigné, bien que la qualité, comme dans presque tous les mangas soit inégale (on en comprend la raison après justement avoir lu Bakuman) tout en étant d'une qualité supérieur à la quasi totalité de ses confrères; pour s'en persuader il suffit d'agrandir certaines cases pour s'en apercevoir. Sa tonalité est plus claire que dans Death note et se rapproche de celle d'Hikaru No Go. Il est recommandé d'être bien attentif aux détails de certaines cases pour gouter pleinement ce manga. Il est amusant de constater, alors que depuis le  volume numéro 1, nous en sommes aujourd'hui au 8, quatre ans ont passé, les deux garçons n'ont presque pas changé d'apparence physique. 

Bakuman est un de ces nombreux mangas instructifs, ce dernier mot est pour notre malheur devenu désuet alors qu'avec la complexité toujours plus grande du monde devrait être celui que l'on met le plus à l'honneur. Il possède au plus haut point le secret, qu'il partage avec quelques uns de ses semblables, celui de nous en apprendre beaucoup en nous distrayant.

 

Nota

La série continue a être publiée au Japon (en octobre il en était au volume 15) où elle a été adapté en animé.

Publié dans Bande-dessinée

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NomNomBâ de Shigeru Mizuki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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NomNomBâ ne barguignons pas, est un chef d'oeuvre. Et comme beaucoup de cette catégorie, peu étendue, il peut être lu à tous les âges de la vie. Curieusement ce récit d'une enfance, d'une initiation, typiquement japonais, m'a évoqué ceux de Pagnol comme le "Château de ma mère"... Shigeru Mizuki nous raconte son enfance, au début des annèes trente dans une petite bourgade de la cote ouest du Japon. Shigeru est le second enfant d'une fratrie de trois garçons. Le gamin est surnommé Gégé.  Le récit tourne autour de la figure marquante de cette enfance, une vieille dame, presque indigente, que la famille , alors qu'elle n'est guère riche, un peu par charité, emploie pour s'occuper des trois enfants. Shigeru est le plus turbulent, un peu goinfre. Il travaille mal à l'école, passionné de dessin, il préfère réfléchir à la bande dessinée qu'il est en train de réaliser que suivre les cours. Lorsqu'il ne dessine pas il se bat avec sa bande contre une autre bande du bourg. C'est la version nippone de la guerre des boutons... Mais ce qu'il aime par dessus tout c'est écouter les histoires horrifiques que NonNonBâ lui raconte le soir. Nous voyageons dans l’imaginaire du jeune Shigeru, qui cherche sans cesse à en savoir plus sur les yokaïs. La vieille dame dynamique, elle m'a fait penser à cette autre mémé pétulante de la bande dessinée qu'est Prudence Petitpas, est aussi très superstitieuse, pour elle le monde est rempli de Yokais, ce qui explique bien des choses que l'on ne s'explique pas.

 

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Les yōkai sont des êtres surnaturels, monstres, esprits, fantômes...  Il revêtent une multitude de formes et font partie intégrante de l'imaginaire japonais depuis les temps les plus reculés. Ils  proviendraient de la culture animiste des premiers habitants de l'archipel, les Aïnous.

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Dans NonNonBâ, la superstition ne débouche pas sur l'obscurantisme, outre que chaque histoire de NonNonBâ est un conte extraordinaire où l'inquiétant côtoie le merveilleux, mais surtout la vieille dame en tire une leçon de vie pour Shigesu (et par ricochet pour le lecteur). Par exemple si on ne se lave pas bien Akaname la nuit venu vous possède et vient lècher la crasse que l'on a laissé sur sa peau avec sa longue langue brulante...

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Sous le trait de Shigeru Mizuki les yokais ne sont guère terrifiants mais plutôt sympathiques, contrairement à ceux peints par Gekko Hayashi auquel j'ai consacré un billet, c'est ici . Sans parler de ceux nomenclaturés par Toriyama Sekien (1712-1788) qui a réalisé la série des Hyakki Yakô, une encyclopédie en quatre volumes des êtres surnaturels du Japon. D'ailleurs petit à petit Shigeru a moins peur de ces créatures maléfiques, et fait même copain avec l'une d'elle...

On a vu des yokais également chez Osamu Tezuka, dans "Hato" dans lequel les yokais ont également une bonne tête et chez Miyazaki en particulier dans "Le voyage de Chihiro" et dans "La princesse Mononoke" d'ailleurs mononoke est l'autre nom des yokais...

 

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Si lors de mon voyage au Japon, j'ai scruté les arbres, en particulier aux alentours de Nara que je trouvais propice à cela, pour voir s'il n'y avait pas un totoro perché attendant l'autobus-chat, durant le prochain, cette fois en plus, j'examinerai le plafond de ma chambre pour tenter d'apercevoir Akaname. Je surveillerai mes arrières pour que Nurunur bôzu ne s’accroche pas à mon dos sinon je serais très fatigué et j'aurais très faim jusqu'à peut être mourir d'inanition, à  moins que pour m'en débarrasser je m'expose au soleil... Lorsque je me promènerai sur la petite plage de la baie de Tokyo, j'aurai garde que Umi-Zu le bonze des mers, ne m'entraine pas vers le fond...

Ce livre merveilleux est une immersion dans un Japon à jamais disparu tué à la fois par la dernière guerre qui a occasionné des destructions massive dans tout l'archipel et par le modernisme qui a profondément modifié le peuple japonais qui a déserté les campagnes.

C'est avec beaucoup de tendresse et de générosité que Shigeru Mizuki campe son petit monde, NonNonBâ, la nounou que nous aurions tous voulu avoir, mais aussi ses parents, son père, inoubliable farfelu, intellectuel philosophe, un brin mythomane et un peu feignace mais bougrement perspicace, qui, d’employé de banque dilettante, se mue un beau jour en gérant de cinéma avec l'ambition de répandre la culture dans sa petite province… La mère aussi, fière de ses origines familiales prestigieuses d'après ce que l'on comprend, de samouraïs tombés dans la dèche, très inquiète du caractère fantaisiste de son époux, mais qui, par amour, finit toujours par le suivre dans ses choix pas toujours judicieux. Sont merveilleusement exprimés les sentiments qui couvent, les non-dits, la mutation du Japon des années 30 ...

 

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Le récit progresse tranquillement, au rythme des souvenirs d’enfance, doux ou amers, racontés sans urgence. Il est scindé en deux parties chacune suivant deux amitiés de Shigeru qui sont des prémices de l’amour. Ces deux chapitres sont eux même constitués de plusieurs petites saynètes qui sont autant d'étapes dans la vie de Shigeru. 

La lecture de ce long récit, 413 pages, qui parait trop court, est rendu fluide par le découpage, qui ne dépaysera pas les habitués de la bande dessinée franco-belge, et par un dessin très clair. Ce dernier à la particularité de faire mouvoir des personnages assez caricaturaux et sympathiques sur des décors parfois extrêmement dépouillés ou en d'autres occasions très fouillés et très beaux, visiblement issus de photographies.

 

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Les personnages de NonNonBâ ne sont guère héroïques; ils sont simplement humains, bien peu d'êtres de papier sont aussi humains que ceux là... Parfois ils émettent des sentences qu'il serait bon de méditer, comme celle-ci: " Prends bien soin de ton chagrin, c'est un trésor (...). L'école, tu sais... il suffit de travailler juste assez pour ne pas rater les examens. Mais ce qui compte vraiment, c'est d'accumuler les trésors de l'instant qui passe. Un jour ils te serviront " ou encore: "Enfin... Si tu veux vraiment mourir, vas-y... Personnellement, je crois que ça n'en vaut pas la peine, mais bon... Pour un homme, les femmes sont des sortes de profs, qui t'enseigneront quantité de choses qu'on apprend pas à l'école. Tu peux arrêter l'école, mais ne cesse jamais de tomber amoureux des femmes. Voilà, c'est mon dernier mot avant mon départ".

 

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Il est difficile de parler d'un tel ouvrage qui est un bonheur constant de lecture, même lorsqu'il vous tire des larmes, tant il est riche. Il est tant de choses à la fois, Il mêle en effet chronique familiale, récit d’initiation, incursions dans le merveilleux, étude sociologique d'une petite ville avant que la guerre la dévaste et que le modernisme rende obsolète son mode de vie, enfin pas tout à fait lorsqu'on lit un autre merveilleux livre, Manabé Shima de Florent Chavouet (que j'ai critiqué ici). C'est aussi un album qui nous en apprend beaucoup sur le Japon de cette époque, un pays pauvre (mais la pauvreté n'est que suggérée, évitant tout misérabilisme), si pauvre que dans certaines campagnes des parents sont contraints de vendre leurs enfants. Un pays saoulé de propagande militariste jusque d'en ses moindres recoins; à ce sujet l'incipit de l'album " Il y a à peu près soixante ans de cela, au tout début des années 1930, les enfants de mon quartier passaient leur temps à jouer à la guerre." est révélateur. Si Mizuki fait de ses, tout compte fait gentil monstres, son principal thème, il aborde aussi par la bande, c'est le cas de le dire, des problèmes de société comme l'esprit militariste, les difficultés financières familiales, l'arrivée de cultures étrangères et de la modernité, la condition des enfants...

 

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Shigeru Mizuki est un maître reconnu du manga; il a compté parmi ses assistants de grands noms comme Tsuge Yoshiharu, Tatsumi Yoshihiro, ou encore Ikegami Ryôichi. Shigeru Mizuki est né en 1922 dans une petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît une enfance libre et heureuse, période faste dont il s’inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. A 20 ans, il est enrôlé dans l’armée impériale japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Il est envoyé en Nouvelle-Guinée, où il va vivre un crai cauchemar : malaria, mort de ses camarades... Il a transposé cette terrible expérience dans "Opération Mort". Lors d’un bombardement il perd son bras gauche avec lequel il dessinait... Détenu sur place, il se lit d'amitié avec une tribu locale qui le sauve de la famine, de la maladie et de la folie.… Ce n’est finalement qu’en 1957 qu’il entame sa carrière de mangaka qui a fait de lui l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son pays. Professionnellement, il est issu du monde de l’édition populaire de la région d’Osaka. Il s’est rapidement spécialisé dans les histoires de fantômes, démons et esprits traditionnels japonais (les yôkais), même après être devenu un auteur à succès chez le grand éditeur Kôdansha. Il participe en 1964 aux débuts du magazine Garo fondé par Katsuichi Nagai. NonNonBâ a été écrit au début des années 1990. Shigeru Mizuki est un explorateur du surnaturel mais surtout de l'âme humaine. Pour ceux qui s'intéresse à l'histoire du manga NonNonBâ est en plus précieux car on y voit la naissance de l'imaginaire d'un grand mangaka.

 Sakaiminato, la ville natale de Shigeru Mizuki, située face à la mer du Japon, dans la province de Tottori, a su tirer profit du succès de l'enfant du pays. Autrefois réputé pour sa pêche de crabes, le port a transformé son activité sur le déclin en économie touristique florissante. Désormais, 120 statues de bronze à l'effigie de yōkai bordent les 800 mètres de son avenue principale, rebaptisée la Route Shigeru Mizuki , Mizuki Shigeru Road), et mène à un musée consacré au maître Mizuki Shigeru kinenkan  mémorial Shigeru Mizuki. Ces attractions drainent près d'un million de touristes par an. Les autorités locales sont allées jusqu'à ériger l'univers animé de Mizuki en religion, en élaborant un guide de ses "esprits " et de leurs pouvoirs présumés, comme le don du bonheur ou de la réussite.L'éditeur, Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations qui fournissent au lecteur de nombreux éléments lui permettant de mieux appréhender une culture étrangère et complexe et d'enrichir ainsi considérablement sa lecture. Le volume  est un beau gros livre d'  un grand format avec un papier épais et d'un beau blanc.En 2007, le jury du festival d’Angoulême a attribué le prix du "Meilleur album " pour le manga à NonNonBâ qui est le premier manga à avoir été primé au Festival. Depuis Shigeru Mizuki a reçu l''essentiel patrimoine' au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2009 pour "Opération mort". 

Après cette plongée dans ce Japon le lecteur, qui aura bien du mal tantôt à cacher ses larmes, tantôt à réprimer son rire, comme Shigeru, grâce à la morale de NonNonBâ, respectueuse des équilibres de la vie, des réalités visibles comme invisibles et de celle du père de Shigeru qui lui transmet une vision de l’existence à la fois détachée et épicurienne sortira riche d'u regard sur le monde qui l’aidera, tout comme pour Shigeru à surmonter ces douleurs qui "font grandir le cœur".

 

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Nota

1- Pour plus d'informations sur les yokais il faut lire  "Esprits et créatures fabuleuses du Japon"  de Sylvain Jolivait aux éditions You Feng.

2- Pour en savoir plus sur la revue Garo, je vous conseille vivement d’écouter à ce propos la capsule audio d’Erwin Dejasse consacrée à la revue et enregistrée pour l’émission Radio GrandPapier. Huit minutes passionnantes pour découvrir succinctement le contexte de parution de GARO Voici le lien : http://radio.grandpapier.org/La-rev...

 

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Fabrice Neaud, exposition au Festival International de Bande dessinée d'Angoulême

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

L'exposition apprend que l'art de Fabrice Neaud ne se limite pas uniquement à la bande dessinée et que celle-ci n'est pas seulement son journal intime (quatre volumes parus à ce jour chez ego comme x).

Le visiteur est accueilli par une grande toile peinte à l'acrylique qui me semble résumer l'amour gay. L'homosexualité est omniprésente dans cette exposition mais ne la résume néanmoins pas.

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Fabrice Neaud est aussi un artiste engagé comme le démontre les planches consacrées au triste vanneste.

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Le lecteur du journal retrouvera des "tirés à part" des volumes et aussi dans des planches, celles exposées sont souvent inédites, la science de la mise en scène du dessinateur pour les scènes dialoguées. Avec ce talent auquel chez lui s'ajoute celui de dessiner les scènes de sexe avec des angles surprenant, on se demande si Fabrice Neaud ne va pas suivre la talentueuse cohorte des dessinateurs qui se tournent vers le cinéma.

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On découvre également Fabrice Neaud photographe avec de grandes compositions représentant le chevet de différentes cathédrales sujet pour le moins inattendu par rapport au reste de sa production. Ces impressionnantes images sont obtenues grâce à la juxtaposition invisible de centaines de petites photos numériques retouchées à l'aide de logiciel.

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Autre surprise les premières planches d'une bande dessinée se déroulant dans un proche avenir dans lequel la guerre raciale fait rage en occident.

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Comme à Londres pour l'exposition Pop life un rideau séparait l'exposition tout public d'une salle réservée à un public averti comme l'on dit.

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Fabrice Neaud sait aussi être romantique comme dans cette dernière toile...

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Les filles dans Alix

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Alix le Gaulois romanisé est un héros mâle initialement pour les garçons. Créé en 1948 dans une société restée autoritaire, hiérarchique et militaire, il devait inciter la jeunesse à être bon collaborateur, scout débrouillard et vertueux écolier. Mais l’irruption d’un jeune compagnon Enak à protéger, l’explosion sociale de mai 1968 qui a libéré les publications destinées à la jeunesse du carcan juridique et moral du patriarcat catholique, enfin l’extension du lectorat aux filles, ont rendu Alix plus sensible à l’élément féminin dans les albums.

1966-dernier-spartiate-cauchemar-alix-atIl faut distinguer trois parties chronologiques dans l’oeuvre :

  1. avant 1968 où la loi restrictive pour la presse de jeunesse inhibait le dessin de filles,
  2. de 1969 à 1996 où Jacques Martin écrivait et dessinait seul ses albums,
  3. après 1996 où le dessin lui échappe en raison d’une macula aux yeux puis, progressivement, le scénario qui est repris, revu et réinterprété par divers scénaristes.

1966-jacques-martin-avec-femme-et-enfantJacques Martin avec sa femme et ses deux enfants en 1966.

Avant 1968, les filles sont vues soit comme mère autoritaire castratrice (Athéna dans le cauchemar d’Alix, Adrea reine du Dernier Spartiate), soit comme une alliance politique et bourgeoise (Lidia nièce de César dans Le tombeau étrusque).

1967-tombeau-etrusque-alix-lidia-soeur-oDe 1969 à 1996, on assiste à une explosion des filles dans les aventures d’Alix et d’Enak. On ne compte plus les amoureuses déçues d’Alix : Héra dans Le dieu sauvage, Ariela dans Iorix le grand, Saïs dans Le prince du Nil tandis qu’Enak joue la pute sur la fourrure devant pharaon…

1973-prince-du-nil-enak-pute-sur-fourrurIl y a encore Sabina dans Le fils de Spartacus, Samthô dans Le spectre de Carthage, Malua dans Les proies du volcan, Archeola (qui se révèle le garçon Archeoloüs) dans L’enfant grec, Marah dans La tour de Babel, Yang dansL’empereur de Chine, Cléopâtre dans Ô Alexandrie.

1969-dieu-sauvage-hera-amoureuse-alix.jpEnak est alors trop jeune pour qu’on tombe amoureux de lui ; il est en revanche le prétexte tout trouvé pour que le héros ne s’encombre pas d’une fiancée, encore moins d’une épouse. Un preux chevalier reste chaste dans l’imaginaire scout dont Jacques Martin est issu. Il ne connait de l’amour que l’élévation de l’âme, le plus haut degré selon Platon, pour qui la beauté d’un corps devait conduire à aimer la beauté en soi, puis vouloir le Bien absolu universel.

1973-prince-du-nil-malentendu.jpg?w=567&Après le retrait de Jacques Martin du dessin, puis progressivement du scénario (il en avait préparé quelques dizaines, mais certains plus précisément que d’autres, restés à l’état d’idées), l’élément féminin se diversifie pour coller de plus près à la réalité de notre siècle – pour le meilleur et pour le pire !

1974-fils-de-spartacus-maia-sc3a9duit-spApparaissent les intrigantes (Julia dans La chute d’Icare, Cléopâtre qui veut marier Enak), les divertissantes (les danseuses des Barbares puis du Démon du Pharos, les filles de bain du Fleuve de Jade et de C’était à Khorsabad), la druidesse Folamour de La cité engloutie.

2006-khorsabad-alix-enak-et-filles-nues.Innovation : comme Enak a atteint désormais non seulement la puberté mais aussi l’âge légal actuel d’être sexuellement actif (15 ans), l’histoire fait tomber amoureuses les filles : Markha n’est pas preneuse dans Le fleuve de jade, ce qui est réciproque, mais Sirva veut l’entraîner dans C’était à Khorsabad. Il résiste.

2007-ibc3a8re-enak-et-couple.jpg?w=640&hTandis que le garçon, pas encore mûr, préfère observer en voyeur un couple dansL’Ibère, les ombres lui fouaillent le torse, façon allusive de dessiner son excitation !

2008-demon-du-pharos-danseuses.jpg?w=630Ou encore les convives des banquets seins nus de Cléopâtre (réminiscence du Banquet de Platon…) et les danseuses dévoilées du Démon du Pharos.

1966-dernier-spartiate-adrea-dominatriceFemme ou fille, c’était l’interdit dans la société patriarcale traditionnelle catholique romaine. Athéna ou Adrea étaient des maîtresses femmes, déesse ou reine, qui disaient ce qu’il faut faire. Cet interdit a sauté en 1968, mais renaît avec la mode banlieue depuis une dizaine d’années, ce qui s’observe en 2007 dans L’Ibère où l’Espagnol (forcément un peu arabe dans l’imaginaire) fait un sort à sa sœur pour l’honneur. La compagne de Vercingétorix, dans l’album du même nom, est réduite elle aussi dès 1985 à l’état de mère qui suit son mâle, mais Jacques Martin n’a jamais aimé les Gaulois, leur vanité, leurs fanfaronnades et leurs archaïsmes.

1969-dieu-sauvage-kora-enak-heraklion-alLes filles sont introduites comme compagnes acceptables dès 1969 avec Kora enfant amoureuse du héros dans Le dieu sauvage (qui saute dans le sable torse nu avec les garçons), pendant d’Héra jalouse veut dompter Alix. Mais Alix a déjà deux compagnons, dont le petit Héraklion est à éclipse en raison de son jeune âge, il ne peut s’adjoindre une fille en plus.

1976-spectre-de-carthage-alix-devant-samCe serait rejeter Enak qui n’est pas son petit frère mais un filleul adopté, son compagnon de toujours, auquel s’identifient le plus ses lecteurs (filles comme garçons). Qu’on ne croie pas que les filles lisant Alix aimeraient qu’Enak soit une fille ! Elles préfèrent être garçonnes et que les combats, épreuves et tortures physiques des garçons aient lieu, plutôt que de tordre la réalité historique.

1983-empereur-de-chine-enak-en-creche-enLes filles acceptables pour les lecteurs et lectrices sont les amoureuses éphémères (Ariela, Saïs, Samthô, Malua, Yang), les ambitieuses ou putains (Maïa et sa mère, Archeoloüs, Cléopâtre, Archeola), les filles soignantes qui aident Alix pour Enak (Yang en Vierge Marie dans la crèche où Enak git) ou les petites à protéger comme on protège les enfants (Kora, Marah).

1977-proies-du-volcan-malua-amoureuse-d-L’impossibilité du couple est posée dès Le dernier Spartiate par Alix à la reine Adrea : « Sache que je ne suis venu ici que pour délivrer mes compagnons de voyage, et surtout le plus jeune, mon ami Enak ». Elle est renforcée par Iorix qui déclare à Ariela, amoureuse : « son seul compagnon est ce garçon qu’il dorlote dans son chariot ». Elle est rationalisée par un Enak grandi et jaloux dans Les proies du volcan, lorsqu’il dissuade Alix de prendre Malua (les seins nus provocants) sur le radeau qui les fait s’évader de l’île.

1977-proies-du-volcan-malua-seins-nus.jpElle est clairement dessinée dans ce contraste des couples entre Ollovia et Vercingétorix tenant l’enfant mouillé, et Alix et Enak presque nus qui leur tournent le dos.

1985-vercingetorix-couple-alix-enak-deshElle est relativisée en « passes » admises entre Alix et qui le veut, s’il accepte, comme avec Cléopâtre qui le viole (après l’avoir vu crucifié avec son petit ami) dans Ô Alexandrie, puis le baise une fois encore dans Le fleuve de Jade.

2003-fleuve-de-jade-cleopatre-baise-alixUne allusion sexuelle est faite par la servante de Cléopâtre dans Ô Alexandrie : « ils reviennent sans rien d’autre que de petits sacs !… Peu de choses !… » Rien dans la culotte, quoi.

1996-o-alexandrie-alix-enak-cleopatre.jpLes garçons ont la main devant le sexe mais ils ne tiennent pas leurs bijoux de famille : seulement les gemmes précieuses ramassées par l’économe Enak dans le désert. Ce qui va les faire pardonner par l’avide Cléo – qui va remercier Alix en nature en le mettant dans le bain.

1996-alix-o-alexandrie-27-alix-viole-parMais Alix refuse Julia qui veut baiser dans le bateau devant Enak endormi, dans La chute d’Icare. En revanche il « s’égare » avec Lidia, nièce de César, qu’il veut forcer dans le bassin de la villa, la nuit dans Roma Roma – un très mauvais album tant pour le dessin que pour la morale.

2005-roma-roma-alix-s-egare-avec-lydia-sQuant à la druidesse qui sonne la fin du monde (le sien) dans La cité engloutie, elle est Méduse, la sorcière diabolique, mère nationaliste castratrice. Mais ce n’était plus Jacques Martin aux commandes et la cohérence comme la vertu s’en ressentent !

Les 20 albums scénarisés et dessinés par Jacques Martin seul chez Castermann :

Alix l’intrépide
Le sphinx d’or
L’île maudite
La tiare d’Oribal
La griffe noire
Les légions perdues
Le dernier spartiate
Le tombeau étrusque
Le dieu sauvage
10 Iorix le grand
11 Le prince du Nil
12 Le fils de Spartacus
13 Le spectre de Carthage
14 Les proies du volcan
15 L’enfant grec
16 La tour de Babel
17 L’empereur de Chine
18 Vercingétorix
19 Le cheval de Troie
20 Ô Alexandrie

Avec Alix, l’univers de Jacques Martin, Castermann, 288 pages, 2002, €33.25

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Sparte de Christophe Simon et Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'ai été ravi de tomber subrepticement sur Sparte un album de Christophe Simon que je n'attendais pas contrairement à son prochain Alix. Je ne connaissais jusque là du travail de Christophe Simon que sous la forme sa reprise de l'oeuvre continuateur dont il me semble le seul digne graphiquement du talent du maitre, bien au-dessus d'un Morales ou d'un Marco Venanzi par exemple.

 

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Comme son nom l'indique Sparte qui est le premier tome d'une série, puisque un prochain volume est annoncé, qui nous emmène dans la cité grecque au deuxième siècle avant J.C. Alors qu'elle connait une décadence morale et militaire sous le règne de Nabis qui apparaît ici comme un tyran cynique et pragmatique. Le héros de l'aventure concoctée par Weber, précédemment scénariste notamment de trois épisodes de la saga d'Alix, « L'ibère », « Le démon de pharos » et « C'était à Khorsabad » tous trois dessinés par Christophe Simon, est Diosdore un hilote « chasseur de prime » auquel Nabis, le roi de Sparte, confie la mission d'éliminer Agélisas, un rebelle très populaire qui veut renverser le despote pour restaurer à Sparte la grandeur passée. Cet argument n'est que le point de départ d'une intrigue habile riche de rebondissement qui va bientôt déboucher sur une tragédie toute classique mais qu'il serait dommageable pour le plaisir de votre future lecture.

 

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petit comparatif visuel des albums dessinés par Christophe Simon

 

 

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Si le scénario est intéressant, il appelle de ma part de grosses réserves et surtout pour le non spécialiste que je suis de la Grèce antique de nombreuses questions. Ce qui m'a gêné d'emblée c'est la dénomination de chasseur de prime attribuée à Diosdore, terme très connoté western ce qui est déstabilisant pour une histoire se déroulant dans l'antiquité classique. Si je connaissais l'existence de sbires chez les romains qui avaient pour mission de capturer les esclaves en fuite, je n'ai aucune connaissance de l'existence de personnages semblable dans la Grèce antique. Ensuite autre bizarrerie par rapport à mes souvenirs scolaires le fait que Diosdore soit un hilote. Alors que le héros est tout à fait libre de ses mouvements et qu'il est reçu presque comme un égale par le roi. Je sais bien que nous sommes environ deux siècles après ce que l'on peut qualifier comme l'apogée de Sparte et que le statut de l'hilote qu'il serait erroné, pour cette époque de traduire par le mot esclave, avec toute la connotation qu'elle entraine.

 

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J'ai rafraichi ma vieille mémoire sur le terme hilote, qui peut s'écrire ici par l'indispensable grand Larousse et voilà ce qu'il m'en à dit: << Les ilotes dont le nombre était considérable restaient en principe des serfs de l'état qui les surveillait et fixait leur droit à l'égard de leur maitre qui seul pouvait les affranchir... Les ilotes affranchis constituaient la classe des néodamodes, qui possédait les droits civils à l'exclusion des droits politiques... >>. Diosdore et son ami Nestor serait donc à mon avis des affranchis. Suit dans la note du dictionnaire les anecdotes classique sur leur condition durant la grandeur de Sparte, chère à Maurice Bardèche, mais rien sur vie durant la période qu'illustre l'album.

 

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Mais comment vraiment apprécier un tel ouvrage sans aucune note, c'est bien de faire confiance au lecteur, mais on connait l'état de l'enseignement de l'histoire et en particulier de l'histoire et des humanités classiques, je me dis que par la force des choses cet album ne peut qu'être destiné à un petit nombre si on l'envisage que sous son aspect historique.

Il me semble que la première chose qu'aurait du poser le scénariste c'est le contexte historique. C'est à dire que depuis des siècles les cités grecques se livrent à des guerres endémiques et que nous sommes à l'aube de la domination des romains sur la Grèce qui seront les pacificateur du pays. Nous dire que nous sommes au deuxième siècle avant notre ère et que le roi de Sparte est Nabis ne nous apprend pas grand chose sur la toile de fond sur laquelle se déroule l'histoire.

 

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En voulant m'informer j'ai fait une plongé dans ma bibliothèque et en ramené un docte ouvrage, intitulé sobrement Sparte signé Eugène Cavaignac publié en 1949 aux éditions Fayard.

J'y ai appris que sous Nabis, roi de la cité état de 207 AVJC à 192 AVJC (c'est donc précisément durant cette période de 15 ans qu'est située l'histoire de « Spartiate »), sur lequel je vais revenir, Sparte est à la fois en complète décadence tant morale qu'économique, ce que retranscrit bien à la fois le scénario et le dessin qui insiste sur le coté délabré des façades, tout en connaissant un renouveau expansionnisme militaire. Notre Nabis est un usurpateur qui a occis le fils du roi précédant pour prendre sa place. Voilà ce que nous en dit Cavaignac: << Ce qui est sûr c'est qu'avec Nabis Sparte, qui jadis se vantait de n'avoir pas connu la tyrannie, apprit à la connaître sous sa forme la plus fâcheuse. Nabis n'avait rien d'un réformateur social: son objectif était de satisfaire les troupes mercenaires sur lesquelles reposait son pouvoir. >>. Et bien maintenant que j'ai lu ces lignes le scénario de Patrick Weber devient beaucoup plus clair. Voulant encore en savoir un peu plus j'ai empoigné un des lourds volumes de mon grand Larousse illustré et à Nabis j'y ai lu: << Tyran de Sparte. Il succéda à Machinadas, mis à mort par Philopoemen. Il enrola de nombreux mercenaires, régna par la violence. Il s'allia d'abord avec Philippe de Macédoine, puis avec Rome. Il attaqua les achéens (201), s'empara de Messène; mais il en fut chassé par Philopoemen (200). Plus tard, il ravagea le territoire de Megalopolis et il occupa Argos; Flamininus et le congrès de Corinthe lui déclarèrent la guerre. Nabis du abandonner ses conquêtes, payer 500 talents et livrer sa flotte aux romains (195). Après le départ de Flamininus, Nabis reprit Githion; mais il fut encore vaincu par Philopoemen. Nabis appela les Etoliens et fut tué par leur chef Alexamène (192). Après sa mort Sparte chassa les Etoliens et s'unit à la ligue Achéenne.>> - Maintenant c'est tout à fait clair.

 

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D'autres faits peu réalistes nuisent à l'intérêt que l'on a suivre les denses péripétie de cette aventure. Je répète qu' Il aurait été indispensable que les auteurs et l'éditeur accompagne le livre de quelques notes et postface pour situer l'oeuvre dans une trame historique comme cela est fait dans l'excellente série Muréna sur laquelle louche incontestablement les auteurs de Sparte ce qui aurait évité que l'ignorance des lecteurs nourrissent leur incrédulité devant les prouesses de Diosdore.

Il est dommage que parfois dans les dialogues Patrick Weber ait abandonné le français simple et châtié que l'on trouve dans les albums signés Jacques Martin pour une langue qui se veut plus actuelle et qui n'est que vulgaire. Des phrases comme: << Pour qui tu te prends? Sale petite fiotte! » ou << Alors on magouille ses petites affaires avec les pires ennemis de notre belle cité?>> n'aide pas le lecteur à se transporter dans Grèce antique.

 

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La bande-dessinée c'est un scénario et un dessin en symbiose au service d'un même projet. Après le scénario voyons le dessin. En préambule je voudrais poser qu'en ce qui me concerne, Christophe Simon est le seul héritier légitime du talent de Cuvelier, l'inoubliable père de Corentin, et ce n'est pas un mince compliment. Comme Cuvelier, Christophe Simon est un bon connaisseur de l'anatomie, ce qui paraitrait indispensable pour tous les dessinateurs oeuvrant sur une bande dessinée réaliste, mais ce n'est malheureusement pas si fréquent. On s'est aperçu de son talent dès son premier Alix. Son dessin toutefois souffrait d'un cernage trop gras (mais j'ignore si c'est Christophe Simon qui encre les albums qu'il dessine). Il a rectifié ce défaut lors de son troisième Alix, « Le démon de pharos », son meilleur album à ce jour. Le dessin de Sparte, qui mérite l'achat ne serait-ce que par la liberté dont les auteur font preuve dans cette prometteuse série, n'est pas tout à fait à la hauteur de celui du « Démon de pharos ». Les scènes d'action sont trop statiques, mais c'est un défaut, je n'aurais bien sûr jamais oser le lui dire en face, qu'il a hérité de Jacques Martin. Et plus gênant certains visages ne sont pas très réussis, les traits des enfants sont trop durs. Mais ce que je ne comprend pas c'est au lieu d'avoir utiliser le traditionnel « gaufrier » pour découper la planche avoir opté pour une mise en page qui rappelle celle des comics américains, avec des cases en insert dans d'autres plus grande, choix qui s'accommode mal du dessin classique de Christophe Simon et qui brouille l'esprit du lecteur, habitué pour ce genre de récit, ceux d'Alix ou dernièrement « Les boucliers de bronze » de Chaillet à une mise en page sage et ordonnée. La mise en couleur effectué par le dessinateur, lui même, ce qui est de plus en plus rare, est soignée. On voit que Christophe Simon pense l'esthétique de sa série par double page. Elle fait alterner des planches colorées pour les événement se passant dans le présent du récit avec des séquences traitées en grisées pour les épisodes se déroulant dans le passé.

Un regard ayant perdu son innocence depuis longtemps n'a pas été sans remarquer que le dessinateur instille dans nombre de ses case un homo-érotisme latent. Les amateurs de nudité garçonnière (et pas seulement) se doivent de serrer précieusement cet album dans leur bibliothèque.

 

Antiquité et bande-dessinée sur le blog

 

Alix Enak, amitié érotiqueUn nouvel Alix en septembre, La conjuration de BaalLes chats dans AlixAlix nu  

 

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Mattéo de Gibrat

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Je ne sais pas vraiment, comme je le suggérais un jour, si les bons peintres se sont aujourd'hui réfugiés dans la bande-dessinée. Mais il est indéniable que Jean-Pierre Gibrat est un grand aquarelliste. Paradoxalement, j'ai même trouvé que l'excellence de son métier dans le cas de la représentation de la boucherie de la Guerre de 14, pouvait être gênant. Quand Gibrat "éclaire" une case par une touche de rouge, qui est en l'occurrence du sang, une scène de tranchée, il arrive que l'on peut ressentir un malaise. Il connait bien son métier ce bougre de Gibrat. Ce truc était déjà utilisé par les peintres hollandais du XVII ème siècle qui parsemaient leurs compositions de petits bonnets rouges, taches qui les structuraient. Pour clore cette remarque, disons que Gibrat se permet des joliesses que Tardi ne se permet pas. Lorsque l'on parle bande dessinée et guerre de 14, nouveau sujet récurrent de la bande dessinée franco-belge, il est impossible de ne pas faire référence à Tardi. Evacuons la d'emblée en disant que si Tardi est plutôt du coté du documentaire, Gibrat lui se place dans la lignée feuilletoniste du beau livre de Sébastien Japrisot, "un long dimanche de fiançailles" qui est supérieur à son adaptation cinématographique, dans le premier tome et de la série des aventures de Boro de Dan Franck et Vautrin dans le deuxième.

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Venons en à ce que nous raconte ces deux albums, dont le héros est Mattéo, qui sont dus tant au scénario qu'au dessin au seul Gibrat qui fait également la mise en couleur. Un auteur unique donc, une situation actuellement assez rare dans la production dans la bande dessinée.


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Au début du premier album, nous sommes en 1914 à Collioure. Mattéo est un jeune ouvrier agricole qui vit seul avec sa mère depuis la mort accidentelle en mer de son pécheur de père. Ce dernier a fuit avec sa famille l'Espagne où, étant anarchiste, il se sentait menacé. Mattéo s'est amouraché d'une belle jeune fille, Juliette qui a été plus ou moins été adoptée par le hobereau local pour lequel Mattéo travaille. La guerre éclate. L'enthousiasme du début fait vite place à la litanie des morts. Etant espagnol Mattéo n'est pas mobilisé. Il continue à travailler dans les vignes, mais la pression sociale est telle qu'il se sent obligé de s'engager, contre l'avis de sa mère et de son meilleur ami qui est revenu du front aveugle alors qu'il se destinait aux beaux arts. Mattéo est très vite confronté aux horreurs de la guerre. Il est difficile d'en dire plus sans tuer le plaisir de lecture. Un des grands intérêts de ces deux albums réside dans le choix malin du héros qui est un peu en marge, dans les deux univers, la guerre de 14 puis la révolution russe dans lesquels il est plongé, ce qui permet à Gibrat de donner regard un peu décalé sur ceux-ci. 


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Sachez que le deuxième volume verra Mattéo plongé en pleine révolution russe à Pétograd et de passage à Paris. Ces "dépaysements" nous valent des planches encore plus somptueuses que celles du tome 1.
Mes lecteurs habituels ne seront pas surpris d'apprendre que je me suis livré à la chasse aux anachronismes. Par exemple, mais sans certitude, je me suis étonné que les dessins du front que reçoit Mattéo de son ami soient faits sur des feuilles venant d'un carnet à spirale. Les cahiers à spirale existaient-ils en 1914? Il y a en revanche un anachronisme flagrant et qui est récurrent dans toutes les représentations depuis cinquante ans de la guerre de 14, dans Mattéo moins que dans beaucoup, le déficit de moustaches! Il faut savoir qu'en France avant 1914, il n'y avait guère comme non moustachu que les acteurs et les curés. Les rares non moustachus étaient en but à la grande injure, qui était alors: face de cul! A la décharge de Gibrat il est bien difficile aujourd'hui de faire un héros de B.D. moustachu. Astérix occupe tout l'espace qui leur est dévolu...


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Dans une interview, Gibrat explique très bien son rapport avec le réel: " Je suis plus un dessinateur évocateur que réaliste. Il faut que le réalisme soit tordu pour qu’on puisse faire croire que c’est cela le vrai réalisme ! Par exemple les années 40 que j’ai dessinées ne sont pas les vraies années 40. Je dessine toutes les rues pavées alors qu’il y avait beaucoup de rues goudronnées. De même, dans la mémoire collective, 1944 c’était les tractions. En fait il y en avait très peu : les gens roulaient dans des voitures d’avant-guerre et les tractions étaient des bagnoles très modernes réservées à la Gestapo. J’ai donc dessiné des tractions. Et tout est un peu comme cela. Comme le béret rouge de Jeanne, à l’époque le rouge n’était jamais comme cela, mais pour une raison de mise en scène, je me suis appuyé sur ce truc-là. J’ai volontairement triché avec la vérité. Je me prends ce droit là parce que c’est plus important pour le récit. Ce n’était pas absurde, je n’ai pas non plus fait le béret branché du bobo d’aujourd’hui ! C’est le temps de la vérité où on laisse croire aux gens que c’est cela la vérité ou en tout cas que c’est crédible. Et c’est cela qui plait, je crois."
Cette position me fait problème, car elle renforce, surtout lorsqu'elle est traduite avec autant de talent qu'en possède Gibrat, les idées reçues sur une question, un lieu, une époque...


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Les planches de Gibrat sont divisées en relativement peu de cases, souvent réparties en trois bandes horizontales où le talent d'aquarelliste de l'auteur peu se développer au large et parfois il prend toute la page comme pour cette superbe vue parisienne de la gare du nord et de ses environs. Le fait qu'il travaille sur un format assez grand ses planches originales ont 47 cm de haut, n'est sans doute pas étranger à cette qualité. 


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On ne peu pas reprocher grand chose au dessin de Gibrat dont la somptuosité surprend le lecteur à chaque page sinon de représenter les jeunes femmes qui séduisent Mattéo toujours avec la même physionomie, très belle au demeurant; à sa décharge on peut toujours penser que Mattéo n'aime que ce type de femme...


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Le tome 2 est publié avec un cahier graphique grâce auquel on peut admirer la dextérité de dessinateur de Gibrat. Il est précédé d'une postface de Claude Gendrot qui nous apprend que le dessinateur "encre" au bic et où il parle bien du style de l'artiste: " Il n'aime rien tant que les portrait, les visages qui s'expriment, les corps qui se meuvent tout en souplesse ou se raidissent tout en noeuds, il jubile à faire éclore l'attitude gracieuse une Amélie dont la main saisit une chaise pour s'y asseoir ou l'expression d'un Mattéo dont la lassitude pèse sur la table de bistrot, il se réjouit de l'air goguenard qu'il réussit à donner à un vieux, de la pétillante malice qu'il offre à un jeune..."
 
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Le texte dans une B.D. se divise en deux espèces. Celui qui se trouve dans les bulles et qui sort de la bouche des personnages et celui qui est placé dans des rectangles, le plus souvent soit en haut ou en bas de la case et qui est un peu l'équivalent de ce qu'est la voix off au cinéma. Ces deux formes demandent, la première à l'auteur d'avoir un talent de dialoguiste, la deuxième qu'il possède avec les mots une force descriptive et évocatrice. Il faut que cette partie du texte d'une part ne fasse pas doublon avec le dessin et que d'autre part qu' il n'entre pas en conflit scénaristique et stylistique avec celui-ci. Dans le cas de Gibrat comme il se charge de tout, il faut donc qu'il soit un athlète complet de la B.D. Son écriture est si remarquable que chose exceptionnelle dans la bande dessinée, cette "voix off" pourrait se lire indépendamment des dessins quant aux dialogues souvent narquois et gouailleurs ils contribuent grandement à l'intérêt du récit.

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La construction du récit, nettement scindée en deux, est elle aussi remarquable. Le premier volet peut se lire seul, étant autonome du second et possédant sa propre fin. Le deuxième volets se passant principalement à Petrograd est plus intéressant scénaristiquement que le premier qui tournait assez classiquement autour des horreurs de la Grande guerre. Il nous montre une révolution russe bien différente de celle de la légende dorée que les partis communistes du monde entier ont propagée durant des décennies, la vision de Gibrat est dénuée d'angélisme et elle est plus pertinente que celle que l'on trouve dans "septembre rouge, octobre noir" (bande-dessinée que j'ai déjà chroniquée). Gibrat qui vient d'une famille communiste fait preuve d'une belle lucidité qui n'a pas été sans déchirement comme il dit:  " mes parents ont cru naïvement au communisme et ils ont été les cocus de l'histoire".


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Il est amusant, pour un vieux réactionnaire comme moi, de voir que les troupes des "parfaits" idéologiques ne font que fondre au fil des années les deux bandes dessinées que j'ai lues récemment, ayant pour cadre la révolution russe, est emblématique de ce phénomène. Lorsque j'étais adolescents, par exemple lorsqu'on traitait de la guerre civile espagnole, les bons étaient les républicains que l'on mettait tous dans le même sac, et cela va sans dire les méchants étaient bien évidemment les franquistes. Aujourd'hui le camp des saints se réduit aux seuls anarchistes. Le drapeau noir ne flotte toujours pas sur la marmite mais il est en voie de canonisation... 


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Les personnages de Mattéo, mis à part le rôle titre sur lequel je vais revenir, ont tous une véritable épaisseur psychologique et sont surtout en dehors de tout manichéisme. Si certains sont mus par leurs convictions, ceux là font souvent preuve de psychorigidité redoutables, quant aux autres c'est surtout leur égoïsme qui les font agir. Tous ces personnages sont bien éloignés des classiques personnages de bande dessinée lisses et à la morale bien définie. Mattéo, lui est le seul héros au sens propre du terme. Même s'il n'est pas sans tache, il est toujours tiraillé par le remord lorsqu'il agit contre sa conscience. Ce qui amène une fin (provisoire?) du deuxième tome pas complètement crédible, même si elle est logique par rapport au personnage qu'est Mattéo.


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La fin de cette histoire poignante est bien amère. Il est certain que le lecteur n'est pas prêt d'oublier Mattéo. Peut être que Gibrat nous donnera de ses nouvelles car il me semble que pour où il s'embarque à la dernière case, il y aura à raconter (il y aurait trois autres albums de prévus)...  
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Publié dans Bande-dessinée

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