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238 articles avec bande-dessinee

Vraaomm ! des voitures et des bulles

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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La Fiat qui servit de modèle à Franquin pour la voiture de Gaston.

 

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L'Alfa Romeo Giulietta de Lefranc dessinée par Jacques Martin

 

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La jeep de XIII

 

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la fiat 500 de Margot d'Olivier Marin

 

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Paris, février 2012 

 

Vraaomm ! des voitures et des bulles" au MotorVillage à Paris (jusqu’au 20 mai, 2 rond point des Champs Elysées,à Paris).

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Jonathan, Atsuko - Cosey

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Comme je n'ai aucune chance d'écrire un meilleur article que celui ci-dessous sur ce beau livre que je vous recommande, j'ai rapté le billet qui lui est consacré sur le site le Le Grenier de Choco ( http://legrenierdechoco.over-blog.com ) dont je vous recommande chaudement la visite, il sera d'ailleurs désormais dans ma liste des sites à visiter, vous y trouverez des critiques aussi intéressantes que celle sur Atsuko et de bien belles photos.

atsuko-01.jpgJonathan est un voyageur au long cours qui a posé cette fois-ci ses bagages en Birmanie de manière un peu forcée à cause d'une panne de bus. Un matin, il découvre une ombre furtive sur le balcon de sa chambre. Il s'agit de Atsuko, une jeune japonaise qui revient sur les pas de ses ancêtres. Sa mère serait née dans la chambre que Jonathan occupe. Ils sympathisent rapidement et bientôt Atsuko lui raconte l'histoire de sa famille et plus particulièrement celle de Hisa, la soeur de son grand-père. Disparue de manière inexpliquée en 1949, Hisa effectuait des recherches sur le boudhisme et affirmait que les 8 cheveux de Bouddha sur lesquels a été construite la grande pagode de Rangoon au VIème siècle avt JC auraient été remplacés par des faux sous la menace de l'invasion anglaise, au 19ème. Mais pressée par le départ, Atsuko le quitte bientôt non sans inviter Jonathan à la retrouver au Japon. Peu après, Jonathan quitte à son tour l'hôtel mais un des employés lui confie un carnet à remettre à celle qu'il croit être son amie. Il s'agit du carnet d'Hisa dans lequel il y découvre quelques cheveux.... Intrigué par ce concours de circonstances, Jonathan change ses plans et part à Tokyo retrouver Atsuko pour lui remettre le carnet.

 

Voici la quinzième aventure du célèbre voyageur aventurier Jonathan. Créé en 1975 par Cosey, Jonathan nous fait voyager à ses côtés depuis de nombreuses années. Après avoir particulièrement parcouru les terres tibétaines, c'est au Japon que nous le retrouvons cette fois. Parti à Tokyo, Jonathan se voit obligé de continuer vers le Nord, dans la région du Takayama pour retrouver la jeune femme. La neige recouvre la montagne, le paysage est silencieux et apaisant. Ou presque. Car quelqu'un semble roder autour de la cabane qui les héberge et les menacer.

L'atmosphère est envoutante et très vite, le lecteur est plongé dans un décor mythique sorti tout droit d'une estampe japonaise. Les décor sont purs et enneigés. Le trait se fait doux et aérien. Une certaine forme de poésie se dégage, en cela accompagnée par les citations de quelques haikus dont est friande Atsuko. L'étrangeté se mêle à l'histoire. Seuls au milieu de la forêt, ils doivent faire face à une incursion mystérieuse dans la cabane, à des traces de pas dans la neige. Les Yokais sont-ils de la partie ?


Personnage à la fois mystérieux et charismatique, Jonathan donne une dimension différente au récit d'aventure classique en s'approchant de la quête intérieure et spirituelle. Voyageur au long cours, curieux et sans attaches, il sait partir au bout du monde pour les beaux yeux d'une inconnue. Silencieux et solitaire, il recherche avant tout l'harmonie et la simplicité des échanges, des rencontres. C'est un homme sensible, pudique et plutôt sentimental qui nous offre bien souvent de belles amours impossibles.

 

Cosey nous offre ici encore un très bel album qui ne dépareille pas de ses prédécesseurs. Le lecteur suit avec lenteur et empathie le parcours de Jonathan. Le héros s'attache à la belle Atsuko et son histoire de famille plus qu'intriguante. L'auteur réussit avec succès à faire tenir en un seul album une histoire complète sans temps mort mais sans hâte excessive, bien au contraire. Cosey laisse une large place à la contemplation, aux silences qui ont parfois plus de poids que les paroles. Les paysages grandiloquents qu'il nous offre sont d'une beauté toute particulière entre réalisme et poésie picturale. On y découvre des arbres aux branches noueuses, de grand toris de bois et des ponts aux courbes toutes japonaises. L'évasion est garantie mais n'est pas le seul élément de cet album. Le scénario tourne autour d'un mystère familial dont la révélation finale sera plutôt surprenante, et autour de l'amour, éternel vecteur de vie. D'ailleurs Jonathan, fidèle à lui-même, oscillera entre amitié et amour platonique avec Atsuko.

 

Voilà donc un album qui, tout en nous menant sur les pas d'un secret de famille, nous offre une magnifique tranche de rêverie et d'imagination. Le passé et le présent s'entremêlent pour mieux pousser ses personnages dans des voyages intérieurs qui les aideront à mieux se connaître eux-mêmes.

 

« Crois-tu que connaître l’histoire de quelqu’un, c’est le connaître ? »

 

C'est un très beau voyage en terre japonaise, un album aux couleurs du souvenir et de l'amour qui, tel un haiku, ne manquera pas de faire mouche en peu de mots. Une parenthèse de douceur et de sérénité qui donne à voir la part lumineuse des hommes. N'hésitez donc pas à aller à la rencontre de Jonathan !

 

Liens :

Interview de l'auteur

 

 

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Le ciel au dessus du Louvre » d'Yslaire et de Jean-Claude Carrière

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'aime les livres qui bousculent l'histoire d'où mon intérêt pour l'uchronie et pour les angles de point de vue inattendus sur un homme ou une période de l'histoire. J'ai été comblé à ce titre, et pas seulement à celui là, par l'album « Le ciel au dessus du Louvre » dessins d'Yslaire et scénario de Jean-Claude Carrière aux éditions Futuropolis et du Louvre (C'est le quatrième album co-édité par Futuropolis et Le Louvre). Le livre nous fait vivre la Terreur depuis l'atelier du peintre David, peintre officiel de la Révolution française et membre du sinistre comité de salut public, cette dernière assertion semble être une invention de Jean-Claude Carrière. Choisir cette hune pour observer la révolution n'est déjà pas banal mais faire des furieux du comité de salut public, à commencer par Robespierre, des homosexuels refoulés et l'atelier de David, situé au Louvre, une antre de tapioles le sont encore moins.

 

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Carrière nous fait entrer dans cette période historique troublée au moment où Robespierre est convaincu que le peuple ne peut supporter au dessus de lui un ciel vide. Pour le peupler l'incorruptible décide d'instaurer le culte de l'être suprême. Il charge son artiste favori, David, de produire une image de l'être suprême pour édifier le peuple. Au même moment le jeune Bara est assassiné. Robespierre demande que Bara entre au Panthéon, Barrère réclame à David une gravure destinée à être reproduite pour toutes les écoles. Il doit également préparé les cérémonies la de panthéonisation de Bara qui doivent avoir lieu le 10 thermidor.... (Mais le 9, Robespierre est renversé puis exécuté le lendemain. Bara n'entre donc pas au Panthéon).Robespierre veut faire de Bara une icône de la Révolution. David propose alors à Robespierre d'unir les deux mythes et de faire de l'être suprême un adolescent parfait. En fait peu de temps auparavant David a eu un coup de foudre pour un joli adolescent androgyne, Jules Stern, sorti de nulle part, un ange qui rentre comme par effraction dans le monde de la révolution, et qui pour David semble l'idéal de la beauté...

 

 

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L'atelier de David par Yslaire très inspiré du tableau ci-dessous, peint par un Elève de David, Cochereau (qui mourut assez jeune, en mer, des conséquence d'une dysenterie) qui a laissé au moins ce tableau très célèbre de l'Atelier de David.



 

 

Je dois dire que les aprioris historiques de l'album m'ont laissé dubitatif. Pourtant en vieux monarcho, je devrais battre des mains devant un livre clairement anti révolutionnaire et pédérastique mais la convocation du grotesque et du macabre, amis nécrophiles ce livre est pour vous, et l'irruption de quelques anachronismes comme « le laboratoire de Frankestein » ou encore le terme plasticien dans la bouche de David, ont nui pour moi au crédit que l'on peut porter à cette histoire assez décoiffante que Carrière nous raconte et qu'Yslaire illustre avec talent. Pour la première fois depuis longtemps ce dessinateur n'est pas son propre scénariste. Son trait nerveux et sensuel fait merveille pour camper Jules dont la beauté n'est pas loin de celle des adolescents dessinés par Joubert. Le style graphique d'Yslaire est l'anti ligne claire. Il laisse dans ses planches qui relèvent plus de l'illustration que de la bande dessinée, tous les repentirs, tout le crayonné (si je puis dire puisque les dessins ont été réalisé sur palette graphique. Ce qui donne beaucoup de mouvements aux scènes que dessine Yslaire qui paradoxalement sont presque toutes statiques, comme le sont beaucoup de tableaux de David. Le dessin est très fouillé, très expressif avec un travail remarquable sur les ombres et les cadrages. Il intègre bien les reproductions des œuvres présentées au Louvre (co-édition oblige).Yslaire utilise une palette limitée aux dominantes chaudes. La technique sur tablette graphique reproduit une impression de lavis sépia cher à cette époque, agrémentée de quelques touches rouges la couleur du sang que fait couler la Terreur.

 

 

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Petit rappel de la carrière d’Yslaire, qui a plusieurs fois modifié l'orthographe de son nom. Bernard Hislaire, né à Bruxelles en 1957, à la fin des années 70, il dessine dans Spirou, un début de carrière classique pour un jeune belge. Puis, en 1986, il devient Yslaire et se lance dans une grande saga historico-romantique aux accents balzaciens, Sambre, où il va singulariser son graphisme autour de la couleur rouge et d’un réalisme virtuose. Puis, dans les années 1990, il se lance dans l’épopée numérique avec le site xxeciel.com (lancé dès 1997) qui donne naissance à une série d’albums expérimentaux, rassemblés sous le cycle XXe ciel, tentative d’analyse aux accents freudiens du XXe siècle qui s’achève. L’un des titres de ce cycle est d’ailleurs Le ciel au-dessus de Bruxelles, titre auquel ce dernier album fait référence et où il y avait un certain Jules Stern...

 

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L'album est découpé en 20 chapitres d'une structure identique : un « tableau » pleine page puis une « accélération » du dessin, se résumant parfois à une esquisse pour enfin se terminer par un texte de Jean Claude Carrière L'accélération graphique traduit l'impression d'urgence que ressente les protagonistes de l'histoire, urgence de cette époque troublée.

 

 

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Les maladresses vénielles du texte m'ont surpris de la part d'un scénariste aussi chevronné, même si « Le ciel au-dessus du Louvre » est sa première incursion dans la bande dessinée de Jean-Claude Carrière qui fut le collaborateur de Bunuel, Polanski, Tati, Peter Brook, Pierre Etaix, Milos Forman, Daniel Vigne (Le retour de Martin Guerre, film que j'aime beaucoup, le scénario c'est lui), Louis Malle et surtout il aécrit le film Danton pour Wajda (dans la scène d'ouverture de Danton on voit un jeune garçon que sa mère lave)... Ce n'est pas rien.

 

 

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Comme j'ai déjà du l'écrire, j'aime beaucoup les livres, donc les bandes-dessinées dans lesquels j'apprend quelque chose. En écrivant cela j'ai bien conscience que les beaux esprits vont se gausser de l'utilitarisme de mes lectures.

 

 

 

Jacques Louis David – La Mort de Bara – 1794

Musée Calvet, Avignon

La mort de Bara, tableau inachevé de David qui est au centre de ce livre

 

 

J'ai beaucoup appris dans « Le ciel au dessus du Louvre » car je confesse que l'oeuvre et la vie de David n'étant pas pas ma préoccupation principale et que le ci-devant ne figure pas dans mon panthéon artistique. Pas plus que Robespierre me paraît un modèle politique recevable. Il n'en reste pas moins que cette période est cruciale pour les mutations que va connaître l'art au XIX ème siècle.

Carrière avance qu'avant la révolution l'idéal de beauté en peinture était féminin, illustré par Boucher, par ailleurs grand oncle de notre David, et Fragonard, qui passe dans le livre, alors qu'après le régicide la beauté idéale est devenu mâle d'où la fortune de David, Gérard et autre Girodet.


 

Cette œuvre de 1778 est l'une des dernières réalisées par David dans un style très proche de Boucher et de Fragonard. Huile sur toile, Dublin,

les funérailles de Patrocle

 

 

 



(ci-dessus)Trois détails des Funérailles de Patrocle.

 

Mon ignorance sur les goûts sexuels de David fait que je ne suis pas plus étonné que ça au sujet de l'homosexualité du peintre que suggère fortement le scénario appuyé par les dessins explicites d'Yslaire. D'autant que j'aurais pu être averti par mes fréquentes visites au Louvre, à ce propos voilà un ouvrage, avec ses nombreuses reproductions de tableaux, disséminés dans les cases, qui est une véritable incitation à se rendre au musée; et avoir un pressentiment sur la sexualité de David qui consacra un grand dessin (mais il est au musée de Grenoble) aux funérailles de Patrocle. David a peint se même Patrocle nu assis et de dos que l'on peut voir, mais à Cherbourg...

 

 

 

 Patrocle (1780), Jacques Louis David

Leonidas aux Thermopyles (1800-1814), Jacques Louis David

 

En revanche je me souviens bien, même si je l'avait passagèrement oublié, de l'admiration concupiscente que j'ai eu à chaque visite au Louvre pour le joli garçon qui lasse ses sandales près de Léonidas dans «  Léonidas aux Thermopyles », alors que le Léonidas en question à tout de la quiche. De même Antiochus a tout du garçon sensible dans son Erasistrate découvrant la cause de la maladie d'Antiochus, tableau datant de 1774, qui a envoyé son heureux auteur à Rome. Petit insert, j'aime beaucoup les titres à rallonge de certains tableaux de cette époque comme celui de Greuze, « L'empereur Septime Severe reproche à Caracalla, son fils, d'avoir voulu l'assassiner (toute la saveur du titre est dans la litote du mot reproche) ... Autre joli garçon chez David son Hector trépassé qui offre son torse dans Les regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector. Il faut tout de même nuancer cette thèse puisque l'essentiel de ce que l'on sait sur David et son atelier vient d'un livre écrit par son... petit fils, peintre lui-même. Ce qui subodore qu'il était au moins bisexuel.

 

 

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Le portrait que font nos duettistes de david n'est pas vraiment positif. Il n'hésite pas à envoyer à l'échafaud ses anciens bienfaiteurs aristocrates puis abandonne sans remord Robespierre et il se mettra ensuite au service de Napoléon avec le même zèle qu'il avait servi l'incorruptible. Il faut savoir qu'à la restauration il aurait bien fait allégeance aux bourbon mais ceux-ci ayant de la mémoire, ils l'on laissé croupir à Bruxelles. Ce qui fait que David est enterré à Sainte Gudule, la cathédrale qui a les plus belles toilettes que je connaisse...

 

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D'après son autoportrait de 1794, que l'on peut voir aussi au Louvre, était plutôt beau garçon, du moins de profil car une grosseur lui déformait la joue d'un coté, défaut qu'il aurait minimisé dans son autoportrait, alors qu'Yslaire, comme à tous les autres révolutionnaire lui a fait une gueule pas possible, en revanche il l'a doté d'un beau cul...

 

 

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Une rêverie talentueuse sur l'histoire et la peinture à mettre dans sa bibliothèque au coté « des onze » de Pierre Michon.

 

Nota: Yslaire a un très beau site, c'est ici   

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Ayako de Tezuka

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Pour marquer les vingt cinq ans de leur création, les éditions Delcourt ont eu l'excellente idée de rééditer en un seul volume dont on peut discuter l'esthétique façon brique et la maniabilité, Ayako, ce qui est pour moi le sommet de l'oeuvre du maitre du manga qu'est Tezuka.

 

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Dans le Japon de l'immédiate après guerre, les Américains occupe le pays. Ils décident d'enlever la terre aux grands propriétaires pour la distribuer à leurs anciens paysans. La famille Tengé fait partie de ces anciens puissants qui ont été spoliés; la superficie de leurs ferme est réduite à quelques arrhes. Le père Tengé, véritable despote, fait régner un malaise sur toute sa tribu. Il soumet tout le monde à sa volonté parfois perverse. Son fils ainé lui « prête » sa femme afin de s'attirer ses bonnes grâces. Jirô, le second fils, prisonnier de guerre, revient après des années de captivité. Il espère travailler dans l'exploitation familiale. Pour être libéré, il a accepté d'être un agent des Américains. Il redécouvre les siens, perdus de vue durant des années et s'aperçoit que sa famille se délite. Durant son absence, une nouvelle fillette a vu le jour, Ayako, qui porte déjà de nombreux secrets. Son retour sème le trouble dans cette famille qui se consume : le père traite Jiro en paria; il regrette qu'il ne soit pas mort à la guerre, pour honneur de la famille.
Jirô va littéralement faire imploser les Tengé après avoir honoré un contrat l'entrainant à commettre un attentat. Ayako en sait trop et il faut la faire taire. Elle sera alors enfermée dans un sous-sol de la maison, sans espoir de sortie...

 

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Ayako mélange les genres: mélodrame, espionnage, policier c'est aussi une plongée très dure dans la folie humaine.

Par le biais d'une saga familiale particulièrement noire, celle de la famille Tangé, de grands propriétaires terriens, dont tous les membres sont plus ou moins, plus que moins d'ailleurs, chacun à leur façon, des crapules. Ils pratique entre autres au fil de l'histoire, le viol, le meurtre, la séquestration, la captation d'héritage, la trahison, le vole, la dissimulation d'assassinats et quelques autres réjouissances du même acabit. Tezuka dans un récit très dense nous fait revisiter, par ce curieux prisme noir trente ans d'histoire du Japon de la capitulation du pays en 1945 jusqu'au milieu des années 70.

 

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Dans Ayako, on voit combien les américains ont bouleversé la société japonaise. Sous la férule du Général MacArthur, ils ont entrepris d'imposer la démocratie (un de leur passe temps préféré…) dans un Japon de tradition féodale : instauration d'une vaste réforme agraire ruinant les gros propriétaires terriens, privatisation des chemins de fer entraînant le licenciement de plusieurs milliers d'employés, puis lorsque arrive la guerre froide, attaques systématiques contre les partis de gauche. Les historiens du Japon ont appelé cette époque "la période de brouillard".

 

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Tezuka fait preuve d'une virtuosité diabolique pour évoquer multiples sujets dont la dureté de l'occupation américaine dans l'immédiate après guerre, la redistribution des terres par les autorités d'occupation aux petits paysans spoliant ainsi les grands propriétaires féodaux, les dissensions qui régnaient au sein de l'occupant, la traque des forces de gauche par le gouvernement japonais dès les débuts de la guerre froide, la collusion entre certaines officines américaines     et la pègre locale, la guerre entre gangs de yakuzas, la lutte des femmes pour plus d'autonomie dans la société japonaise... autant de thèmes, et j'en oublie, que Tezuka aborde sans jamais perdre le fil de la sinistre mais passionnante histoire familiale des Tangé. Il décrit une nation anéantie et divisée, où les uns sont prêts à tout pour s'enrichir et les autres s'accrochent à des valeurs passées sans voir que le monde a changé.

 

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Si la représentation de la sexualité, torride dans Ayako, est moins frontale que dans les mangas d'aujourd'hui, il ne faut pas oublier que Tézuka a terminé ce manga en 1972 pour vous donner une idée de la différence de traitement du sexe dans la bande dessinée entre la France et le Japon, dans le même temps le Journal de Spirou découvrait un Japon en images d’Epinal avec Yoko Tsunode Roger Leloup, une époque où dans la bande dessiné franco-belge on innovait en créant une héroïne! Les jeunes français s’émoustillent alors avec les premières pages de Gotlib dans L’Echo des Savanes et les premières publications osées des éditions Glénat. Concomitamment avec Ayako, Tezuka inventait une bande dessinée véritablement pour adulte alors qu'en Europe le mot adulte accolé à bande-dessinée signalait des pages où l'on entrevoyait les formes plantureuses d'une héroïne. Paradoxalement, car Ayako est avant tout un mélodrame, est l'histoire la plus réaliste qu'a réalisée Tezuka. Il faut dire qu'il s'y appui sur de nombreux faits historiques. Le scénario d'Ayako est très riche et très maitrisé. Tezuka y développe plusieurs intrigues parallèle tout en retombant toujours parfaitement sur ses pieds.

On peut faire une lecture symboliste d'Ayako, derrière l'évolution de la famille Tengé on peut voir l'occidentalisation du japon en contact avec l'occupant américain tandis que la jeune fille séquestrée peut représenté le peuple japonais qui se sent opprimé par ces même américain.

Dans Ayako le style du dessin de Tezuka est assez différent de ses autres productions. Comme pour l'Histoire des 3 Adolf, l'autre grande série historico-tragique du maitre, il alterne son style habituel avec des séquences de descriptions historiques plus réalistes dans le trait. Comme toujours c’est son sens du découpage qui est époustouflant. 

 

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Ci-dessous une émission diffusée sur les ondes de France-Culture en 2007 appartenant à l'excellente série de François Angelier, Mauvais genre

 

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Pour se souvenir d'une journée au Festival d'Angoulême de la bande dessinée 2012

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Quelle joie de se retrouver une année de plus dans la belle ville d'Angoulême pour le Salon de la bande-dessinée même si c'est une journée frénétique qui au soir vous trouvera essoré, tant physiquement que financièrement et frustré d'avoir vu si peu de choses par rapport à toutes les possibilités offertes.

 

 

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Le visiteur se doit, dans sa course d'un point à un autre de la ville, de ralentir parfois, s'il est amateur de street art, car les rues offrent de nombreuses belles découvertes dans le domaine.

Petite déception à l'arrivée dans la bulle des "grands" éditeurs", l'absence de Dupuis qui en ce qui me concerne, je suis depuis toujours, mes sept ans, un fidèle lecteur de l'hebdomadaire Spirou, est le meilleur éditeur de bandes-dessinées en langue française. Il est le seul qui allie classicisme et la recherche de bon aloi. Cette absence est peut être du à un certain snobisme bobo des organisateurs qui depuis des année privilégie une bande dessinée que je qualifierais d'intello chic, dont Bastien Vives me semble l'archétype. Ce ne veut pas dire que cet artiste et ce genre soit sans qualité, mais il n'y a pas que cela. L'absence des Libon et autre Yann me fait migrer vers la bulle du nouveaux monde, place de New-York, où résident les "petits" éditeurs; c'était de toutes les façons mon but principal car habitant la région parisienne, il m'est très facile d'acheter les albums des grands éditeurs mais un peu moins pour les autres productions surtout que les fonds des librairies diminuent de plus en plus.

Je tombe, juste une fois passé l'entrée sur les éditions Flblb qui l'année dernière avait réalisé une superbe exposition autour de la colonialisation voir pour cela mon billet  Pour se souvenir d'une journée au Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême 2011, j'en profite pour acquérir La conquête de Mars en deux petits albums à l'italienne qui raconte entre autres  comment grâce au bon docteur von Braun,  les nazi sont installés sur la face caché de la lune. Otto le dessinateur me dédicace les livres.

 

 

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Il y a des livres que presque à chaque visite à une librairie, et dans mon cas elles sont plus qu'hebdomadaires, on prend, on feuillette, on hume et que l'on repose sans acheter et cela sans vraiment savoir pourquoi alors que l'envie de lecture à son encontre est là. C'était le cas pour "L'art de voler" d' d'Antonio Altarriba pour le scénario et de Kim pour le dessin. Quand j'ai vu que les deux auteurs dédicaçaient leur ouvrage j'ai enfin franchi le pas. Ce chef d'oeuvre m'a transporté dans l'histoire de l'Espagne du XX ème siècle durant tout mon voyage de retour qu'ainsi je n'ai pas vu passer.

 

 

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Antonio Altarriba à gauche et Kim à droite

 

J'ai ensuite cherché dans cette bulle ma grande découverte de l'an passé, Bruno Loth pour continuer de lire la série des "Ermo", série, elle aussi sur la guerre d'Espagne. Le dessinateur était bien fidèle au poste faisant à tour de bras ses magnifiques dédicaces au milieu d'un petit morceau de l'exposition pédagogique qu'il a créé sur la guerre civile espagnole. A recommander pour toutes les collectivités locales pour les modalités c'est à l'adresse suivante: WWW. libredimages.fr. Lors de notre sympathique discution pendant qu'il exécutait le beau dessin de ma dédicace, Bruno Lhote m'apprend une excellente nouvelle, il est en train de donner une suite à son formidable album, "L'apprenti" qui aura pour titre "L'ouvrier". 

 

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Chaque année la ville d'Angoulême invite un pays, cette fois c'était Taiwan. L'exposition se déployait dans un barnum monté dans la cour de la mairie. Comme à chaque fois, je suis navré que l'on connaisse aussi peu de choses de la création artistique des autres pays, la bande dessinée n'est pas extraordinaire en cela. Comme dans le manga japonais, il y a de bien jolis garçons dans la bande dessinée taiwanaise.

 

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Dans l'Hôtel Saint-Simon est installé une somptueuse rétrospective Fred. Les amoureux de Philémon risquent d'y rester la journée. J'ai eu beaucoup de mal à m'y arracher. Encore une fois devant une exposition aussi extraordinaire, je souhaite qu'elle puisse voyager pour qu'un maximum de gens puissent voir cet accrochage.

 

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Adolescent Philémon était très plaisant...

 

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Ensuite direction parabulle, un chapiteau censé recevoir ce qui est en marge de la bande-dessinée, là encore beaucoup de belles choses, de très belles sérigraphies, des planches originales, certaine à des prix extravagant mais pas toutes, une planche de Raymond Macherot pouvait s'emporter contre 900 €, ce qui n'est pas cher compte tenue de la qualité de la dite planche et de la notoriété du dessinateur, des albums anciens... mais très peu de figurines, il faut dire que le manga est toujours scandaleusement mal traité à Angoulême où règne un certain protectionisme français et aucun petit format ancien. Voilà deux directions dans lesquelles le festival devrait se développer. Musardant de stand en stand, la bourse légère et le dos courbé sous les acquisitions, je m'arrête devant une table où un jeune homme exécutait avec une maestria confondante des aquarelles en guise de dédicace pour son livre, en m'approchant je reconnais dans celle qu'il était en train de finir une des ruelles de Yanaka. Le livre, paru aux éditions CFSL INK, s'appelle Voyage au Japon Tome I: Tokyo le peintre s'appelle Remi Maynègre. Il a été secondé dans son entreprise par sa compagne Sandrine Garcia   

 

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En attendant que les somptueuses dédicaces sèchent, une très agréable discution a eu lieu entre les admirateurs de l'artiste qui continuait pendant ce temps à être un stakhanoviste de l'aquarelle tout en participant à la conversation nous apprenant que pour noel prochain, un autre livre devrait paraitre ayant pour sujet cette fois Koya san. Je suis impatient de voir cela. Je vous reparlerai de ce superbe album et des l'expositions de Rémi Maynègre qui devrait suivre. 

 

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Il faut bien songer au retour sans oublier d'apprécier le steet art local.

 

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On peut aussi rencontrer de riches promotions...

 

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Dernier arrêt avant la gare, L'espace Franquin dans lequel s'expose la bande dessinée espagnole

 

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Ce qui me permet de voir des originaux de Kim pour "L'art de voler"

 

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C'est un lutin vampire qui me salue pour mon départ de la ville, pourvu qu'il ne morde pas ce joli garçon avec bagages...

 

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Angoulême, janvier 2012    

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Tonoharu de Lars Martinson

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Le Japon comme si vous y étiez, puisqu'il est vu par gaijin prof d'anglais dans une ville de la province japonaise où les gens sont plein de bonnes volontés envers lui que les moeurs japonaises laissent dubitatif

 

 


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Pour se souvenir d'une journée au Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême 2011

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En sortant du train direction Le monde des bulles, place du champ de Mars. Première dédicace, je suis dans la file qui attend l'arrivée de Libon, en retard comme l'année dernière mais toujours aussi gentil. En attendant je regarde Darasse, adorable, exécuter avec un brio époustouflant les dessins qu'il offre en guise de dédicace. J'espère qu'il sera là l'année prochaine car si je suis un fidèle lecteur d'animal lecteur dans Spirou, je le suis aussi de sa Tamara, une série beaucoup plus audacieuse et profonde que le laisserait supposer un rapide survol ( ici une intéressante interview des créateurs de Tamara, Darasse et Zidrou).


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Libon arrive. Il embrasse comme du bon pain Tarrin, auteur d'un superbe Spirou,qui signe à coté de lui. La file d'attente avance vite, Libon est un stakhanoviste et professionnel de la dédicace. Il dessine un joli Jacques pour la jeune lectrice qui est devant moi. Celle-ci attendant sur une chaise pliante apportée par ses soins. Il n'est jamais trop tôt pour s'éviter des varices... Pour moi ce sera un client de son libraire dépressif du deuxième tome d'animal lecteur qui vient de paraitre, aussi drôle que le premier, j'ai eu le temps de le lire en attendant son auteur, un joli volume d'un format à l'italienne inversé. Libon me dit que les libraire sont très content que l'on parle enfin d'eux. J'espère qu'au prochain festival d'Angoulême sera paru le premier album de sa nouvelle série, "Les cavaliers de l'apocadispe" tout aussi hilarante que les autres. L'année dernière Libon m'avait dessiné son lézard et sa mémé et cette année j'ai droit à un client redoutable de son pauvre libraire.


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Comme j'ai prévu de ne consacrer que la matinée aux dédicaces pour garder l'après midi pour les exposition, je fonce vers le barnum réservé aux éditeurs dits indépendants, Le nouveau monde, place New-York. Ce qui permet de constater que la ville entière, et cela toute l'année est sous l'égide de la bande-dessinée.



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Parfois il y a des dessinateurs plus beaux que les créatures qui naissent de leurs crayons.


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J'ai la chance d'être là au moment où le trop méconnu Bruno Loth dédicace, quelle merveilleuse rencontre de cet homme généreux qui m'a fait trois magnifiques dessins. J'aurais bien pris plus de ses albums de la série des Ermo qu'il auto édite mais ma bourse commençait à être plate et mon dos douloureux sous le poids des albums qui gonflaient mon sac à dos. Bruno Loth en discutant sur bien des choses et en particulier de la difficulté de trouver de la documentation pour sa saga sur la guerre d'Espagne Inspiré des récits de la guerre que lui raconta son beau père. Il me dit le bonheur d'avoir choisi l'auto édition. On peut retrouver le dessinateur sur son site, c'est ici .



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Passons maintenant, aux expositions, commençons par la cité de la B.D. où dans le bâtiment Castro on peut voir la très réjouissante exposition "Petite histoire des colonies française". Pour un vieux réactionnaire comme moi, l'exposition au premier degré est un régal (mais pour cela il faut vraiment être très très très réactionnaire, même pour le screugneugneu classique cela doit être difficile) et au deuxième degré, c'est une formidable rigolade. Rigolade, o combien instructive car on y apprend, comme dans les quatre jolis volumes, au format à l'italienne dont cette exposition est tirée, une foule de choses sur "l'épopée" coloniale française. Les auteurs dont je vous recommande aussi l'ébouriffante conquête de Mars par les nazis,  ne voit pas bien le coté positif de la colonisation... La présentation est très inventives comme pour celle de Baru avec laquelle j'enchaine.


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La rétrospective Baru, qui se poursuivra jusqu'au 30 avril, se nomme  DLDDLT, soit Debout Les Damnés De La Terre, déjà par le titre cela annonce la couleur. Elle est constituée de planches qui racontent le quotidien "des gens de peu", qui est presque toujours situé dans la Lorraine natale de ce fil d'émigré italien. Il y a peu d'expositions de bandes-dessinées qui donnent autant envie de lire ou de relire les albums qu'elles présentent. C'est une belle découverte que de pouvoir admirer autant d'originaux, souvent de véritables petits tableaux qui renforcent mon idée qu'aujourd'hui les meilleurs peintres figuratifs s'expriment par le biais de la bande dessinée. Ces images, d'un format modeste par rapport à beaucoup de ses confrères, dont les plus belles sont celles réalisées en couleurs directes, des chef d'oeuvre de l'aquarelle, se présentent comme un voyage au sein de la culture ouvrière de sa grandeur à sa déchéance, souligne Baru notamment dans une série vouée à l'enfance, "Les années Spoutnik, éditée par Casterman. Ces albums m'ont beaucoup touché et pour cela nul besoin d'être lorrain ni issu de la classe ouvrière, le talent de Baru de saisir l'air d'une époque, la fin des années cinquante fait que son oeuvre est universelle. 



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Il suffit de passer le pont sur la Charente pour s'initier aux Peanuts devant les panneaux ludiques et pédagogiques planté sur le parvis du tout nouveau musée de la bande dessinée. On aurait tout de même aimé que l'exposition se poursuive dans le musée pour voir des dessins originaux...
En repassant le pont, sur malheureusement le chemin du retour, je vois une maison dont je ferais bien ma résidence...


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Sur le chemin je croise Corto Maltese et Lénine...

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Angoulême n'est pas une ville plate, on y monte et on y descend, ce qui procure de beaux points de vues sur la Charente.


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Comme à mon habitude quelques curiosités se retrouvent prises au piège de mon appareil photo.


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Je n'oublie pas avant de prendre le chemin de la gare d'aller voter pour le prix du public. La choix est cornélien tant est grande la qualité de la sélection de cette année dont je connais presque tous les albums. J'aurais bien voté pour ToxicPluto ou encore Walking dead mais en définitive je choisis Manabé Shima de Florent Chavouet.



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Pas très loin de l'espace où l'on vote, le pavillon des jeunes talents dont aucun n'a été encore édité professionnellement, présente le travail d'une trentaine de ces espoirs de la bande dessinée. Ils tentent (et réussissent le plus souvent) à séduire le chaland par une histoire en trois planches. La qualité générale est impressionnante. Au fond de la salle une pièce est dévolue a une belle petite exposition pour la sortie de l'album, les derniers des dinosaures.


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Je ne voulais pas partir sans passer par l'espace Franquin pour prendre le pouls de la nouvelle bande-dessinée belge francophone. A la vue des différents artistes exposées, les belges francophones peuvent se rassurer le talent n'a pas déserté leur contrée. Deux artistes m'ont particulièrement impressionné, Joe G. Pinelli qui peint ses planches à l'huile qu'il appose sur la toile en une riche matière, et Michael Matthys dont j'avais déjà repéré le travail à l'exposition "Archi et BD" (les cartouches sur ces deux artistes sont éclairants pour mieux les lire il suffit de cliquer sur mes photos qui alors s'agrandiront).



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Angoulême janvier 2011

C'est bien trop court et épuisant ( mais tout de même moins pour le visiteur que pour les dessinateurs dont certains passent leur séjour charentais à dédicacer ) une journée au festival. On doit donc faire des choix et ce billet est loin de rendre justice à l'ampleur de la manifestation. L'exposition Baru à elle seule mériterait une demi journée pour complètement en faire le tour. C'est donc heureux, mais un peu frustré, que je quitte Angoulême en espérant que le diable, qui n'existe pas, me laissera admirer la prochaine édition dans un an.
Ci-dessous des émissions sur Angoulême 2010 et 2011
MAUVAIS_GENRES.2011-01-29.Angouleme.mp3
MAUVAIS_GENRES.2010-01-30.Angouleme.mp3

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Toxic de Charles Burns

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

Vous pensez bien que je ne comprend pas tout ce que je vois ou lis. Cela ne me dérange pas plus que ça. Car alors je peux me faire ma petite histoire à moi.
Cela a été le cas pour le dernier album de Charles Burns, non que je n'ai pas compris l'histoire mais je suppute que ma version n'est pas forcément celle des autres lecteurs du livre. Donc voici ci-dessous la mienne qui fait fi des ellipses qui caractérisent les narrations de Charles Burns.



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Un garçon, sorte de clone post moderne de tintin, se réveille d'un long coma? Il émerge difficilement d'un songe et ne reconnait pas la chambre où il est. D'un coté du crâne ses cheveux ont été rasés. Et sur cette surface dénudée il arbore un pansement en croix. On peut penser qu'il a été trépané il y a quelques temps. Il se lève et suit son chat noir  (alter-ego en négatif de Milou, le chien blanc de Tintin), Inky, pourtant mort depuis des années. Il se laisse entraîner de l’autre côté du miroir... Faut-il voir dans ce début une allusion à Alice au pays des merveilles? Au fur à mesure du récit on peut reconstituer ce qui lui est arrivé. On apprend après 19 planches qu'il se prénomme Doug. Doug est étudiant en art. Il se fait appeler Nit Nit (Tintin à l'envers) lorsqu'il fait des performances poétiques! Il sortait avec une fille, Colleen, et l'a entrainé, un peu malgré elle dans un squat où il y a une soirée. Avant le groupe de musiciens qui sera le clou de la soirée, le garçon, affublé d'un masque tintinesque, doit faire une performance poétique inspirée de Burroughs. Ce n'est pas un franc succès, l'assemblée a hâte de retrouver de la musique. Pour oublier ses déboires artistiques le garçon décide de se saouler. En même temps il s'aperçoit qu'il en a un peu assez de sa copine et qu'il préfèrerait être avec une autre fille, Sarah, membre du club de photo de son lycée. Cette dernière a déjà fait une exposition de ses clichés, des autoportraits la montrant peu vêtue dans des scènes de bondage. Bien qu'il soit timide le garçon n'a pas de mal à se mettre en relation avec la photographe car il est copain avec une autre fille, Nicky qui s'occupe du club de photo du lycée. Les deux filles et Doug quittent la soirée et vont dans l'appartement de Nicky, fan de Patti Smith et qui a comme animal de compagnie un chat noir, où l'ancien petit ami de Sarah vient faire un bruyant scandale au pied de l'immeuble dans lequel le petit groupe finit la soirée. La police embarque le grand énervé qui à sa sortie de prison, apprenant que Doug sort avec Sarah aurait frappé violemment le garçon... Certes cela est hors champ. Mais expliquerait l'état de Doug lorsque l'on fait sa connaissance dans la première case qui est le présent du livre.

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Le garçon alterne les moments de torpeur et de relative lucidité dans lesquelles il fait une surconsommation médicamenteuse qui le fait replonger dans des états semi comateux dans lesquels des cauchemars l'assaillent. Dans un de ceux-ci, il est projeté dans un monde que l'on pourrait situer au moyen orient ou en Afrique du nord ( le Tanger de Burroughs?, celui du Festin Nu ) dans lequel on décèle de fortes réminiscences à la fois de certains albums des aventures de Tintin, comme "le crabe aux pinces d'or" et "l'or noir" et des déserts campés par Moebius. Mais c'est un Tanger où sous une chaleur accablante des lézards font la loi, où des nains en slip se proposent de l'aider et où des larves le fixent en pleurant quand Doug va pour les manger.  Dans un autre cauchemard, il se souvient de son père, que je présume mort dans le présent de l'histoire, Il le revoit une première fois au début de sa maladie (un cancer?) regardant la télévision. Une image vue sur le téléviseur a marqué l'adolescent, un chien dérivant sur un esquif sur un fleuve en crue. L'image se retrouvera dans un des rêves du blessé. Le fleuve est il le styx? Lorsque Doug compulse un album de photos, sur l'une d'elle on voit le père couché dans un lit (son lit de mort?). Il est appareillé d'une aide respiratoire. Il revoit également son chat, un chat noir, mort lui aussi.


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Tout au long du livre on retrouve un des fantasmes récurrents de l'oeuvre de Burns, celui de la métamorphose des corps, avec leurs excroissances monstrueuses et leurs nécroses galopantes. Il n'est pas anodin que Doug lors de la fatale soirée cite Lucas Samaras photographe travaillant à partir de Polaroïds (comme Doug) et lui aussi fort préoccupé par la transformation des corps.
Dans ces songes on croise de curieuses créatures, défigurées, hybrides, ou extra-terrestres?

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Je situerais le présent de Toxic au tout début des années 80. Quand au lieu, de résidence de Doug, je pense à une banlieue de ces villes industrielles américaines en déshérences comme l'est Detroit aujourd'hui; mais comme nous sommes à la fin des années soixante dix ou au début des années quatre vingt... Peut être sommes nous comme dans "Black hole" dans la banlieue de Seattle.

 Le lecteur est un peu frustré par la minceur de l'album. La narration de cette histoire s'arrête sur une vue très moébussienne, d'une manière qui parait tout à fait arbitraire. Toxic serait le premier volet d'un triptyque. 



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 Pour en revenir aux référence si celle de Tintin est la plus évidente, les oeufs qui apparaissent dans l'un des rêves ressemblent aux champignons de "L'étoile mystérieuse". La première séquence rappelle celle où Tintin est prisonnier dans les caves du château de Moulinsart au milieu de l'album "Les 7 boules de cristal". Une autre, est directement inspirée de 'L'ile noire". Du coté du cinéma Toxic comme tous les autres albums de Burns par ses obsessions a une nette parenté avec la filmographie de Cronenberg, autre grand admirateur de Burroughs. Pour quelques créatures que croise Doug, on peut penser que Charles Burns a regardé attentivement "Star wars". Une case m'a aussi fait songer à"Dinatopia"
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Dans quelques interviews et confidences Burns a un petit peu levé le voile sur les mystères de cet intrigant album: "  Dans ToXic, je joue avec ces deux esthétiques opposées: la ligne claire contraste avec le noir et blanc intense et le trait au pinceau. Cela crée un genre intermédiaire. Je suis aussi attiré par la technique de cut up de William Burroughs – auquel j’ai aussi emprunté le concept de l’ »interzone », une ville indéfinie qui pourrait aussi bien être New York que Tanger, ou Mexico. Cela donne une apparence de collage, mais chez moi rien n’est laissé au hasard: je suis un " control freak " (obsédé du contrôle) ! "



 
J'ai vu l'exposition de certains originaux de "Toxic" avant d'avoir lu l'album. En l'ouvrant ma surprise a été grande en découvrant qu'il n'était pas dans le noir et blanc très contrasté des planches originales qui sont d'ailleurs impeccables, presque sans repentirs et corrections. Mais en couleurs qui sont presque toutes pastels. Ce qui change la narration et y apporte une inquiétude autre. Les dites couleurs sont des hommages directs à celles des premières éditions en couleur des albums de Tintin, ceux des années cinquante. Le livre en tant qu'objet est superbe, avec son dos toilé rouge qui rappelle les albums du Lombard de la grande époque.

 La galerie Martel à Paris a exposé des originaux des oeuvres de Charles Burns suite à la sortie de  Toxic aux éditions Cornélius
Jusqu'au 12 mars 2012 des originaux de Charles Burns, dont ceux de "Hole" sont exposé au musée de Louvain (M – Museum Leuven Belgique) .


(c) Charles Burns-Galerie Martel-Cornélius
On peut trouver à la Galerie Martel une version très spéciale de Toxic, éditée par Le Dernier Cri. Charles Burns s'est en effet amusé à créer une version dans l'esprit des pirates asiatiques remaniant ses cadrages, ses formats, ses dialogues. Ce qui donne une toute autre histoire sur laquelle je reviendrai... 


 

 

 

Une contrefaçon “made in China” de Toxic, réalisée par l’auteur lui-même !

 

Quelques images or Toxic pour vous persuader un peu plus du talent de Charles Burns. La première est un clin d'oeil savoureux à Tintin. Lors de leur rétrospective parisienne, Pierre et Gilles en avait fait un similaire.

 

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       .      

Une émission de France-Culture où Tewfik Hakem s'entretient avec Charles Burns, pour l'entendre il suffit de cliquer sur la flèche.

 

 

Ecoutez l'émission60 minutes

L'actualité de la bande-dessinée / L'actualité des revues

19.11.2010 - 16:00

L'actualité de la bande-dessinée

 

Tewfik Hakem s'entretient avec Charles Burns.

 

 

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Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998)

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Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998)

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Jacques Martin, auteur classique

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Une fois de plus  argoul nous éclaire sur l'oeuvre de Jacques Martin et en cette presque veille de ma visite au Festival d'Angoulême j'accueille ce bel article sur mon blog pour l'anniversaire de la disparition du maître qui m'avait jadis fait un beau dessin d'une sculpture d'Alix et Enak nu qui aujourd'hui, encadré, est à une place d'honneur dans ma bibliothèque...

Mort il y a deux ans le 21 janvier, le père d’Alix peut être fier de sa progéniture. Ses albums se lisent plus que jamais. Dernier hommage d’une série à retrouver dans la catégorie Bande dessinée de ce blog.

Jacques Martin

La page dernière de couverture des albums d’Alix est un symbole du destin. La colonne de calcaire qui s’élève en son milieu est l’arbre du monde, comme Alix de solide souche gauloise figurée par le calcaire blond, de culture gréco-romaine figurée par sa taille élancée et ses cannelures qui répondent à la musculature élégante du jeune homme. C’est la civilisation qui donne à Alix ce port fier et souple, solide et hardi, sans l’excès des gladiateurs ni la banalité sèche des travailleurs. Autour de la colonne grimpe un rosier sauvage comme plus tard sur les tombes d’Héloïse et d’Abélard, rouge et frais comme l’amour. Il symbolise Enak, le petit ami, sa fidélité naïve malgré sa faiblesse, son amour pudique et jaloux, sa ténacité. Autour s’étend la mer, Mare nostrum, lac civilisé, cœur du monde romain et centre du monde connu. Dès qu’on s’en éloigne, la barbarie surgit : le désert, les sauvages, les cruels, les tyrans. Le navire est là, à voiles et à rames, symbole de l’ingéniosité des hommes et de leur industrie. Même lorsque les éléments sont défavorables, l’esquif avance, mû par la force des hommes.

Tous les pères successifs d’Alix meurent : Astorix de chagrin, Toraya au combat, Graccus du cœur… Comme Jacques Martin, Alix est orphelin. Délaissé par un père lieutenant, brillant aviateur de l’escadrille des Cigognes durant la Première guerre mondiale mais tué en autogyre quand son fils avait 11 ans, le gamin fut mis en pension à l’âge des premiers émois. L’esclavage parthe d’Alix est l’analogue de la pension Sainte-Euverte, près d’Orléans, où l’adolescent Jacques a été placé. Il y a été « éduqué », quêtant sans cesse un modèle paternel.

Alix adoptera comme père spirituel César, le consul républicain qui incarne la vertu romaine, souvenir de ses versions latines. Il n’aura de cesse de se vouloir figure paternelle lui aussi, cherchant sans cesse à défendre d’autres orphelins plus jeunes. Enak, Héraklion, Kora, Sabina, Herkios, Zozinos, Marah, sont tous des chiens perdus sans collier, solitaires, abandonnés, avides de reconnaissance et d’amour, dont Alix couvre les épaules de son bras protecteur. Toraya, sauveur d’Alix dès le premier album, vend la mèche : « comment ne pas éprouver une grande pitié pour un enfant perdu ? » (‘Alix l’intrépide’ p.17).

Alix est le prénom Alice au masculin, d’origine germanique. Le garçon pourrait être alsacien, comme son créateur Jacques, né à Strasbourg. Il ne vient pas de Gaule centrale puisque Vercingétorix, empli de démesure, n’est pas son modèle (‘Vercingétorix’). Le tempérament national gaulois divise, anarchique, archaïque, paysan. Il a produit, selon Jacques Martin, la honteuse défaite de 1940 qui va l’emmener au STO dessiner pour Messerschmitt. Si l’éducation d’Alix enfant s’est faite en Gaule comme fils de chef, pareil au petit Jacques, il ne devient adulte qu’à Rome, pays urbain, civilisé, discipliné. Alix n’évoque ni ne recherche son vrai père, peut-être parce que les chefs sont trop pris pour élever leurs enfants ? Le propre père de Jacques Martin l’a abandonné à la pension, à ces ‘romains’ qui enseignaient le latin.

Au sortir de la guerre de 1939-45, la civilisation est américaine. Roosevelt en est le héros. La menace raciale a été vaincue (l’Allemagne nazie) mais pas la menace totalitaire du despotisme asiatique (l’URSS). C’est pourquoi Jacques-Alix combattra sans relâche les tyrans : les cléricaux adeptes de la pureté du sang dans‘Le prince du Nil’, l’empire absolutiste dans ‘L’empereur de Chine’, les dictateurs et autres conducators dans ‘Iorix le grand’, ‘Vercingétorix’ ou  Le démon du Pharos, les religieux sectaires dans ‘Le tombeau étrusque ‘, ‘La tiare d’Oribal’ ou ‘La proie du volcan’.

Jacques Martin dessine avec détails et minutie les corps et les paysages, mais surtout les villes. Il reflète un ordre du monde voulu par les dieux : de riches plaines ensoleillées, des cités organisées, rationnellement aménagées. Apollon le véridique, dieu d’Alix, règne sur la raison lucide et la morale généreuse ; il cantonne Artémis la chasseresse à l’arc, déesse d’Enak, aux domaines vierges, extérieurs à la civilisation urbaine. César le républicain, aidé d’Athéna, déesse de la loi raisonnable et de la cité, pacifie l’univers barbare et réprime les passions romaines débridées.

Discipline et justice civilisent, tel est le message de ces années pré-68 aux adolescents lecteurs du ‘Journal de Tintin’. Vanik le dit, cousin d’Alix à qui César a attribué un gouvernement en Gaule : « Des maisons confortables ont remplacé nos pauvres huttes et la prospérité succède à la misère. Non, je ne veux pas que la barbarie revienne en Gaule. » On a reproché à Jacques Martin ce dessin trop académique, qui comporte des erreurs ou des inventions archéologiques – mais peu importe, ce qui compte est le symbole.

La beauté morale se révèle dans les corps maîtrisés : Alix, Enak, Héraklion, Herkion, Zozinos ont l’architecture harmonieuse et la vigueur de l’ossature. La laideur morale s’illustre par l’excès : Iorix, Qââ, Vercingétorix, Maia, Archeloüs, Sulcius – le double d’Alix plus narcissique, plus musclé et plus cruel dans  ‘Roma, Roma’.

Souvent le rajout, le baroque du dessin, sont une façon d’illustrer la démesure, qu’elle soit de la nature, des États ou des hommes.

Les excès de parures de la forêt vierge, des forteresses cachées ou des villes nouvelles, des costumes ou de la musculature, sont une preuve physique, visible, de l’exubérance non maîtrisée qui peut déboucher sur des cataclysmes (invasion de serpents, tremblements de terre, foudre), industriels (rupture de barrage, effet de pile dans ‘Le dieu sauvage’, explosion de ‘L’île maudite’ et du ‘Spectre de Carthage’) ou moraux (Arbacès, Iorix, Vercingétorix, Sulcius…). A l’inverse, les héros sont sereins, équilibrés, harmonieux. Leurs corps sains signent des esprits sains où l’amitié, la générosité et la sociabilité se révèlent.

Leur quête le montre, selon l’analyse structurale de Greimas : le Destinateur (Apollon, Athéna, César) pousse le Sujet (Alix flanqué de son petit prince Enak) dans l’Épreuve (les aventures) contre l’Opposant (Arbacès, Pompée, tyrans, marchands, méchants) pour conquérir l’Objet (liberté, raison, civilisation, ordre dans la cité, vertus de l’âme). Le courage va nu, comme l’âme droite et la raison qui tranche. Les torses nus des garçons sont là pour rappeler que l’énergie vient de l’intérieur et pas des carapaces qu’on se met pour faire accroire. Ainsi, point besoin de déguisements de ménade et satyre comme dans Roma Roma pour que l’amour existe entre Alix et Enak – mais pas le désir sexuel brut singé sur scène – le désir sublimé par l’affection. Les marchands n’ont aucun scrupule, les barbares sont atteints de démesure, les tyrans sont cruels – seul l’homme romain, esprit sain dans un corps sain, va presque nu parce qu’il n’a rien à cacher.

Atteint de macula, Jacques Martin n’a pas pu dessiner Alix et Enak jusqu’au bout. Ses collaborateurs ont été inégaux : Rafael Morales est maladroit avec les corps, le tandem Ferry/Weber meilleur mais Christophe Simon garde la pureté du trait et la grâce des jeunes corps mieux que les autres.

Jacques Martin s’est éteint à 88 ans le 21 janvier 2010. Marié, deux enfants, il laisse plusieurs petits-enfants mais ses vrais fils sont Alix, son double, et Enak, fils adopté.

Albums que Jacques Martin a écrit et dessiné seul chez Castermann :

Alix l’intrépide
Le sphinx d’or
L’île maudite
La tiare d’Oribal
La griffe noire
Les légions perdues
Le dernier spartiate
Le tombeau étrusque
Le dieu sauvage
10 Iorix le grand
11 Le prince du Nil
12 Le fils de Spartacus
13 Le spectre de Carthage
14 Les proies du volcan
15 L’enfant grec
16 La tour de Babel
17 L’empereur de Chine
18 Vercingétorix
19 Le cheval de Troie
20 Ô Alexandrie

Avec Alix, l’univers de Jacques Martin, Castermann, 288 pages, 2002, €33.25

Deux vidéos de Jacques Martin interviewé sur Youtube en 1 et en 2

Tous les Alix chroniqués sur le blog d'argoul 

Pour ne rien manquer de l'actualité "martinienne" il faut aller sur l'indispensable site alix mag

Pour retrouver d'autres billets sur Jacques Martin sur le blog: Alix nu ,  Alix Enak, amitié érotiqueLes filles dans AlixUn nouvel Alix en septembre, La conjuration de BaalLes chats dans Alix, Jacques Martin, un auteur paradoxalement méconnu case en exergue, 2 Jacques Martin

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