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215 articles avec bande-dessinee

case en exergue: PHILIPPE DELABY

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: PHILIPPE DELABY

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Une vente Alix à Drouot

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Alors que la première planche d'"Alix l'Intrépide" vient de partir à 32500 € chez Sotheby's samedi dernier, voici , en excusivité pour Alix Mag', les dessins et planches d'Alix  qui seront mis en vente le 11 avril prochain à Drouot

Les pièces présentées sont d'une qualité exceptionnelle.

MartinLegion

"Il revient", illustration annonçant le retour d'Alix pour "Les légions perdues", en novembre 1962

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Sublime planche de "L'empereur de Chine", 1982

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Le spectre de Carthage, 1976

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Tomoji de Jiro Taniguchi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Tomoji de Jiro Taniguchi

Cette exellente critique vient du remarquable site d'argoul que je vous encourage à visiter

 

Un jeune homme de Tokyo vient photographier une grand-mère à la campagne ; il est le petit-fils de sa sœur. Une jeune fille vit avec la grand-mère dans cette campagne. Lui, Fumiaki, à 19 ans ; elle, Tomoji, 13. Nous sommes en 1925, dans cette période d’entre-deux qui sépare l’ère Meiji qui a ouvert le Japon sur le monde et l’ère militariste qui va le renfermer. Un moment de grâce où le Japon rural subsiste tandis que le Japon industriel prend son essor.

Avec minutie, le dessinateur recrée le bucolique, ces champs tracés au cordeau sous la protection paisible des monts Yatsugatake et Fuji, tels des grands frères qui veillent. Maisons de bois surélevées, pièces à tout faire garnies de nattes en paille de riz (les tatamis), boutique où s’entassent les marchandises. Dans un dessin sensible mais assez corseté, Taniguchi décrit la paisible vie de famille. Jusqu’aux drames : le père meurt d’appendicite aiguë et la mère doit partir travailler à l’usine, laissant ses deux petites filles et son beau-fils à la charge de la grand-mère.

Tomoji grandit dans la nature, entourée de ce reste de famille qui l’encourage. Elle va à l’école, aide à la boutique, aux champs ; est travailleuse, serviable, contemplative. Fumiaki, de son côté, devient ingénieur en aéronautique ; lors du grand tremblement de terre de Tokyo en 1923, il prend conscience de la précarité de l’existence et du terrible de la nature. Cette convergence des vues va rapprocher la fille et le garçon, par l’entremise des marieuses de la famille.

Fumiaki et Tomoji vont s’épouser et, à leur tour, reproduire une famille pour perpétuer le Japon de tradition. Le scénario est tiré d’une histoire vraie, celle de la fondatrice d’un temple bouddhiste qui s’appelait Tomoji.

Mais l’auteur s’attache à montrer comment une enfant de la campagne devient une adulte équilibrée, de l’ère rurale à l’ère industrielle, sans déroger. Une vie archétypale, dessinée et racontée avec le réalisme doux-amer propre aux littérateurs japonais. Peu de sensualité, un brin de nostalgie mais surtout le goût d’être précis et d’accepter ce qui vient – toujours.

Cette attitude devant la vie est proprement religieuse ; elle est la marque du bouddhisme japonais, à la fois ascétique et bienveillant, sensible à tous les êtres et aux grandeurs de la nature.

Tomoji de Jiro Taniguchi

Sur le site argoul Sur lequel la critique est initialement parue, j'ai fait cette remarque.

 

Je ferais tout de même deux rectificatifs. C’est en 1923 que c’est fait le tournant du Japon vers un régime militariste et cela à l’occasion du grand tremblement de terre qui a dévasté Tokyo et toute la région du Kanto. Plus que le tremblement de terre c’est un gigantesque incendie qui a détruit Tokyo. Les militaristes en ont profité pour faire courir la rumeur que les responsables de ce gigantesque brasier étaient les coréens mais aussi les "rouges". Ce subterfuge a permis de décapiter la gauche nippone, nombreux sont ses activistes qui ont été tués par la police ou lynchés par la foule. Cet affaiblissement important de leurs ennemi a permis aux militaristes de prendre progressivement les rênes du pouvoir.
Autre point de désaccord avec votre texte, cette progressive militarisation du pouvoir n’a été en rien une fermeture du pays, tout du moins pour l’industrie et l’économie. Bien au contraire c’est au milieu des années 20 qu’a augmenté « la curiosité » des japonais pour les techniques de l’occident et même sa culture. Ce que montre bien par exemple deux films, le début de Lettre d’Iwo Jima de Clint Eastwood et Le vent se lève de Miyasaki. Il faut se souvenir qu’entre les deux guerres, le made in Japan était symbole de pacotille. Cette réputation a perduré bien après que ce soit devenu obsolète d’où la relative absence de méfiance des américains d’alors envers le Japon qui au début de la guerre du Pacifique possédait des bateaux et des avions plus élaborés techniquement que les américains (le chasseur zéro, le Yamato…).

 

Argoul y a répondu

 

argoul

Merci d’apporter ces précisions. La note n’avait pas pour objectif l’histoire du Japon, d’où les raccourcis inévitables. Quant à la « fermeture » nationaliste, elle n’exclut en rien d’apprendre des autres pour assurer le progrès technique ni la puissance industrielle ! Le cas de la Chine contemporaine (qui accepte les joint-venture (…à condition que les Chinois gardent 51%) et pillent les technologies avancées (au mépris du « droit » d’auteur et des brevets) en est un exemple. Elle applique la maxime de Staline : « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à vous est négociable ». Le Japon comme l’Allemagne dans les années 30 ont durement ressenti la crise mondiale de 29 mais, ayant peu de traditions libérales et démocratiques d’ouverture à l’autre et au libre commerce, ont eu une « réaction » identique : user de leur puissance militaire pour assurer leur « territoire » vital en matières premières et pour les voies de communication maritimes. Ce n’est pas vraiment ce que j’appelle une attitude ouverte, mais bien plutôt un égoïsme de prédation. Tomoji – fondatrice d’un monastère bouddhiste – échappe à ce tropisme social et politique. Elle incarne ce Japon traditionnel qui évolue avec l’histoire mais sans peser, tout de force intérieure.

 

pour retrouver des mangas sur le blog: Une vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color,  Mandarake à Tokyo,  Thermae Romae de Mari Yamazaki,  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998),  Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki,  Les Années Douces de Jiro Taniguchi & Hiromi Kawakami,  Les villes d'Adachi Mitsuru par Xavier Guilbert,  à propos de Bakuman n° 11,  Jin de Murakami Motoka,  Le chat Karupin dans prince of tennis ,  Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto ,  L'ile des téméraires, tome 2 de Syuho Sato,  Silver spoon d'Hiromu Arakawa,  Les 11 questions de la chaîne infernale des amoureux du manga

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Le chef de Nobunaga de Takurô Kajikawa & Mitsuru Nishimura

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le chef de Nobunaga de  Takurô Kajikawa & Mitsuru Nishimura
Le chef de Nobunaga de  Takurô Kajikawa & Mitsuru Nishimura

Le voyage dans le temps est un ressort scénaristique qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les mangas. Il a même donné quelques chef-d'oeuvre comme "Zipang", "Jin" ou encore le très célèbre "Quartier lointain" de Taniguchi.  Cette fois c'est un cuisinier qui se trouve propulsé, comment et pourquoi on ne le sait pas, à la période Sengoku (XVIe siècle de notre ère) période dite du pays en guerre. Elle porte bien son nom. Le Japon n’est pas encore unifié et le terrible Nobunaga va jouer un rôle capital pour la création de l'état japonais. Sa rencontre avec un cuisinier venant du futur va changer le cours de l’histoire.

 

La recherche des aliments est cruciale.

La recherche des aliments est cruciale.

 

 

le chef de nobunaga bataille

 

 

L’histoire débute alors que deux hommes en costume de cuisiniers, semblant sortir d’un grand hôtel contemporain, sont poursuivis par des soldats du moyen-âge japonais. L’un y perdra la vie alors que l’autre, plus jeune, réussira à se sauver en plongeant dans l’eau d’une rivière. L'infortuné est recueilli par un jeune forgeron. Il se rend compte rapidement qu’il a perdu la mémoire. Les seuls souvenirs qui lui reviennent en tête sont liés à la cuisine. Ayant instinctivement attrapé une anguille lors de son bain forcé, il se met à la cuisiner. Il réussit à rendre ce met succulent en le travaillant selon une recette contemporaine, et donc novatrice pour l’époque. Ce don pour les techniques culinaires finit par s’ébruiter et Oda Nobunaga, seigneur de la région, décide de l’employer comme chef cuisinier en remplacement de sa propre équipe.

Bien que la trame de départ soit basée sur le voyage dans le temps de cet homme ordinaire, ce fait est rapidement occulté. Aucune explication n’est donnée. En effet, quoi de plus naturel que de se retrouver 500 ans en arrière. Ce préambule farfelu passé, l’histoire se concentre sur la cuisine et son évolution à travers les âges. Mais on ne reste pas non plus toujours derrière les fourneaux, les représentations des bataille sont impressionnantes de réalisme. Un peu comme comme le Lucius de « Thermae Romae » qui amène les bienfaits des bains modernes dans la Rome antique, Ken amène le savoir-faire de notre époque en matière de raffinement gastronomique à ces peuplades barbares qui sont ses ancêtres. En plus de parfaitement connaître de nombreuses techniques de cuisine, il a, semble-t-il, un attrait tout particulier pour l’Histoire. Il peut même anticiper ce qu’il va se passer, puisque l’unification du Japon par Nobunaga est une période extrêmement importante pour ce pays. A mesure que ce déroule l'histoire, il se pose la question récurrente dans ce genre de récit: va-t-il changer l'Histoire. Toutefois il semble moins angoissé par cette question que le médecin de "Jin", il faut bien admettre qu'il est plus difficile pour un cuisinier d'influer sur le cours de l'Histoire que pour un médecin. Le seul défaut important de ce manga passionnant est instructif est qu'il fait tout de même beaucoup penser à Jin et que ce dernier lui est supérieur. Outre le fait que chacun des héros de ces deux mangas sont projeté dans le passé, il le sont tous deux à des périodes troublées pour le pays du soleil levant. Jin à la fin du shoguna et notre cuisinier au moment de l'unification du Japon.

Il est amusant de voir comment la cuisine peut avoir un rôle aussi primordial dans le moral des troupes et la diplomatie. Nobunaga, dans cette histoire, semble avoir compris que les hommes se manipulent également par le ventre. Il arrive ainsi à découvrir les intentions sincères de missionnaires portugais venus évangéliser le Japon. Il fera succomber le shogun grâce à ses mets délicats et, surtout, travaillés de manière novatrice avec le peu d’ingrédients disponibles à l’époque. Chaque combat, culinaire, auquel Ken participe est un moyen de mettre en avant une technique ou des ingrédients banals, transcendés par son savoir-faire. Ken est un véritable McGyver  de la cuisine. Il doit composer avec le fait que certains ingrédients (comme la pomme de terre) ou certaines techniques (la découpe d’anguille par exemple) ne sont pas encore connues à l’époque où il se trouve. Mais Lorsqu'il lui manque un ingrédient, il réussit toujours par le remplacer par des subterfuges sidérants.

En plus d’être un bon divertissement, ce manga regorge de faits historiques et de conseils culinaires. Chaque plat est détaillé dans ses ingrédients, sa technique, ses termes et surtout son évolution à travers le temps. On est cependant loin d’un livre de recettes, le propos n’est absolument pas de reproduire la cuisine de ce jeune chef. Très riche en informations, la traduction française apporte en plus de nombreux hors-textes permettant d’en savoir beaucoup plus sur les spécificités de la cuisine japonaise et sa culture culinaire atypique, pour nous occidentaux.

 

 

En plus de s’inspirer de faits historiques, Takurô Kajikawa a également apporté un soin tout particulier aux représentations de cette époque. Les protagonistes, souvent des figures historiques, sont fidèlement dessinées. Son dessin réaliste donne vie à ces héros du passé dont nous ne connaissons les traits que par le biais de gravures d’époque. Il en est de même pour les bâtiments, la campagne ou les vêtements. L’importante recherche historique des auteurs est à souligner.

Si on fait abstraction du côté surréaliste du déplacement temporel, ce manga se révèle être une histoire extrêmement prenante et riche. La construction dramatique du scénario sait tenir le lecteur en haleine avec, pourtant, un postulat de base assez commun : la préparation culinaire. Il faut préciser que le scenariste est aussi cuisinier. Il s'agit de Mitsuru Nishimura également scénariste de Hell’s Kitchen. Les dialogues sont aussi un des points forts du titre: percutants et chargés de sens, ils colorent le récit avec un rythme idéal entre les moments de tension et les respirations où l'on découvre un peu mieux les protagonistes, leur passé, leur volonté et leurs espoirs. 

 

L’art de faire un dessin qui donne faim !

L’art de faire un dessin qui donne faim !

 

Le Chef de Nobunaga est donc un habile mélange entre fiction et réalité. Suite à son succès retentissant (1,2 million d’exemplaires sont déjà vendus au Japon! Le premier tome y est sorti en 2011. A ce jour 11 volumes sont parus au Japon alors que la France n'en est qu'au tome 5), cette série a été adaptée en série à la télévision japonaise. Une seconde saison est d’ores et déjà prévue pour le mois de juillet 2014, fait rare pour un titre de ce genre. 

le chef de nobunaga live

 

Ce titre permet une immersion passionnante et instructive dans le Japon d’autrefois. On ne peut que souligner l’imagination de l’auteur et l’imprévisibilité du scénario : impossible de ne pas être passionné ou de s’ennuyer ! Son ton, son graphisme et sa mise en scène permettent à tout type de lecteur de pouvoir s’y plonger sans a priori. Une œuvre à conseiller à tout amateur de culture japonaise.

 

Le voyage dans le temps est un thème régulièrement employé en mangas. Une personne de notre époque revient généralement aux alentours de l’époque Edo afin d’utiliser son savoir-faire contemporain et enrichir le passé. Cette histoire se situe juste avant, à la période Sengoku (XVIe siècle de notre ère). Le Japon n’est pas encore unifié et le terrible Nobunaga va jouer un rôle capital pour la politique du pays. Sa rencontre avec un cuisinier venant du futur va changer le cours de l’histoire.

L’histoire débute alors que deux hommes en costume de cuisiniers, semblant sortir d’un grand hôtel contemporain, sont poursuivis par des soldats du moyen-âge japonais. L’un y perdra la vie alors que l’autre, plus jeune, réussira à se sauver en plongeant dans l’eau graliable d’une rivière. Recueilli par un jeune forgeron, il se rend compte qu’il a malheureusement perdu la mémoire. Les seuls souvenirs qui lui reviennent en tête sont liés à la cuisine. Ayant instinctivement attrapé une anguille lors de son bain forcé, il se met à la cuisiner. Il réussit à rendre ce met succulent en le travaillant selon une recette contemporaine, et donc novatrice pour l’époque. Ce don pour les techniques culinaires finit par s’ébruiter et Oda Nobunaga, seigneur de la région, décide de l’employer comme chef cuisinier en remplacement de sa propre équipe.

Bien que la trame de départ soit basée sur le voyage dans le temps de cet homme ordinaire, ce fait est rapidement occulté. Aucune explication n’est donnée. En effet, quoi de plus naturel que de se retrouver 500 ans en arrière. Ce préambule farfelu passé, l’histoire se concentre sur la cuisine et son évolution à travers les âges. Un peu comme comme le Lucius de « Thermae Romae » qui amène les bienfaits des bains modernes dans la Rome antique, Ken amène le savoir-faire de notre époque en matière de raffinement gastronomique à ces peuplades barbares qui sont ses ancêtres. En plus de parfaitement connaître de nombreuses techniques de cuisine, il a, semble-t-il, un attrait tout particulier pour l’histoire. Il peut même anticiper ce qu’il va se passer, puisque l’unification du Japon par Nobunaga est une période extrêmement importante pour ce pays.

Il est amusant de voir comment la cuisine peut avoir un rôle aussi primordial dans le moral des troupes et la diplomatie. Nobunaga, dans cette histoire, semble avoir compris que les hommes se manipulent également par le ventre. Il arrive ainsi à découvrir les intentions sincères de missionnaires portugais venus évangéliser le Japon. Il fera succomber le shogun grâce à ses mets délicats et, surtout, travaillés de manière novatrice avec le peu d’ingrédients disponibles à l’époque. Chaque combat, culinaire, auquel Ken participe est un moyen de mettre en avant une technique ou des ingrédients banals, transcendés par son savoir-faire.

En plus d’être un bon divertissement, ce manga regorge de faits historiques et de conseils culinaires. Chaque plat est détaillé dans ses ingrédients, sa technique, ses termes et surtout son évolution à travers le temps. On est cependant loin d’un livre de recettes, le propos n’est absolument pas de reproduire la cuisine de ce jeune chef. Très riche en informations, la traduction française apporte en plus de nombreux hors-textes permettant d’en savoir beaucoup plus sur les spécificités de la cuisine japonaise et sa culture culinaire atypique, pour nous occidentaux.

En plus de s’inspirer de faits historiques, Takurô Kajikawa a également apporté un soin tout particulier aux représentations de cette époque. Les protagonistes, souvent des figures historiques, sont fidèlement dessinées. Son dessin réaliste donne vie à ces héros du passé dont nous ne connaissons les traits que par le biais de gravures d’époque. Il en est de même pour les bâtiments, la campagne ou les vêtements. L’importante recherche historique des auteurs est à souligner.

Si on fait abstraction du côté surréaliste du déplacement temporel, ce manga se révèle être une histoire extrêmement prenante et riche. La construction dramatique du scénario sait tenir le lecteur en haleine avec, pourtant, un postulat de base assez commun : la préparation culinaire. Une œuvre à conseiller à tout amateur de culture japonaise, d

Le voyage dans le temps est un thème régulièrement employé en mangas. Une personne de notre époque revient généralement aux alentours de l’époque Edo afin d’utiliser son savoir-faire contemporain et enrichir le passé. Cette histoire se situe juste avant, à la période Sengoku (XVIe siècle de notre ère). Le Japon n’est pas encore unifié et le terrible Nobunaga va jouer un rôle capital pour la politique du pays. Sa rencontre avec un cuisinier venant du futur va changer le cours de l’histoire.

L’histoire débute alors que deux hommes en costume de cuisiniers, semblant sortir d’un grand hôtel contemporain, sont poursuivis par des soldats du moyen-âge japonais. L’un y perdra la vie alors que l’autre, plus jeune, réussira à se sauver en plongeant dans l’eau graliable d’une rivière. Recueilli par un jeune forgeron, il se rend compte qu’il a malheureusement perdu la mémoire. Les seuls souvenirs qui lui reviennent en tête sont liés à la cuisine. Ayant instinctivement attrapé une anguille lors de son bain forcé, il se met à la cuisiner. Il réussit à rendre ce met succulent en le travaillant selon une recette contemporaine, et donc novatrice pour l’époque. Ce don pour les techniques culinaires finit par s’ébruiter et Oda Nobunaga, seigneur de la région, décide de l’employer comme chef cuisinier en remplacement de sa propre équipe.

Bien que la trame de départ soit basée sur le voyage dans le temps de cet homme ordinaire, ce fait est rapidement occulté. Aucune explication n’est donnée. En effet, quoi de plus naturel que de se retrouver 500 ans en arrière. Ce préambule farfelu passé, l’histoire se concentre sur la cuisine et son évolution à travers les âges. Un peu comme comme le Lucius de « Thermae Romae » qui amène les bienfaits des bains modernes dans la Rome antique, Ken amène le savoir-faire de notre époque en matière de raffinement gastronomique à ces peuplades barbares qui sont ses ancêtres. En plus de parfaitement connaître de nombreuses techniques de cuisine, il a, semble-t-il, un attrait tout particulier pour l’histoire. Il peut même anticiper ce qu’il va se passer, puisque l’unification du Japon par Nobunaga est une période extrêmement importante pour ce pays.

Il est amusant de voir comment la cuisine peut avoir un rôle aussi primordial dans le moral des troupes et la diplomatie. Nobunaga, dans cette histoire, semble avoir compris que les hommes se manipulent également par le ventre. Il arrive ainsi à découvrir les intentions sincères de missionnaires portugais venus évangéliser le Japon. Il fera succomber le shogun grâce à ses mets délicats et, surtout, travaillés de manière novatrice avec le peu d’ingrédients disponibles à l’époque. Chaque combat, culinaire, auquel Ken participe est un moyen de mettre en avant une technique ou des ingrédients banals, transcendés par son savoir-faire.

En plus d’être un bon divertissement, ce manga regorge de faits historiques et de conseils culinaires. Chaque plat est détaillé dans ses ingrédients, sa technique, ses termes et surtout son évolution à travers le temps. On est cependant loin d’un livre de recettes, le propos n’est absolument pas de reproduire la cuisine de ce jeune chef. Très riche en informations, la traduction française apporte en plus de nombreux hors-textes permettant d’en savoir beaucoup plus sur les spécificités de la cuisine japonaise et sa culture culinaire atypique, pour nous occidentaux.

En plus de s’inspirer de faits historiques, Takurô Kajikawa a également apporté un soin tout particulier aux représentations de cette époque. Les protagonistes, souvent des figures historiques, sont fidèlement dessinées. Son dessin réaliste donne vie à ces héros du passé dont nous ne connaissons les traits que par le biais de gravures d’époque. Il en est de même pour les bâtiments, la campagne ou les vêtements. L’importante recherche historique des auteurs est à souligner.

Si on fait abstraction du côté surréaliste du déplacement temporel, ce manga se révèle être une histoire extrêmement prenante et riche. La construction dramatique du scénario sait tenir le lecteur en haleine avec, pourtant, un postulat de base assez commun : la préparation culinaire. Une œuvre à conseiller à tout amateur de culture japonaise, d

Le chef de Nobunaga de  Takurô Kajikawa & Mitsuru Nishimura
Le chef de Nobunaga de  Takurô Kajikawa & Mitsuru Nishimura

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Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin
Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin

Comme vous le savez déjà, si vous êtes très attentif à ce blog, j'aime beaucoup les vaches. Ce sont de beaux animaux avec leurs grands yeux confiants aux longs cils. Je n'aime pas moins les taureaux leur puissance me fait rêver... Mais il faut bien reconnaitre qu'en bande dessinée le bovin ne jouit pas d'une grande visibilité. Ils sont au mieux des figurants dans les westerns dessinés et encore c'est assez rare. Il y eut bien la vache de Gaston rendue si sympathique par l'immense talent de Franquin et un non moins sympathique taureau nommé Peligrosso vedette éphémère d'une des aventures de Strapontin dessinées par Berck dans les années 60 et c'est à peu près tout (du moins à ma connaissance en matière de B.D.).

Dis moi oui, Andy...Ca, c'est parce que c'n'est pas un petit poisson !

 

Je fus donc particulièrement heureux, il y a quelques années (en 2009), de découvrir, dans mon journal de Spirou, dont je suis le lecteur depuis cinquante cinq ans environ, une histoire dont la vedette était un taureau puis interloqué et complètement séduit lorsque j'ai appris qu'il s'agissait d'un taureau transsexuel.

Lors de ma découverte, j'avais eu des velléités de faire un billet sur cet atypique album, et puis, comme pour beaucoup de projets de billets, hélas je n'avais pas donné suite, quand, lors d'un de mes sempiternelles rangements de bibliothèque "La complainte du taureau vache" a refait surface et m'a donné autant de plaisir à sa relecture que la première fois.

Cela commence comme une sorte de conte pour enfant mettant en scène un fermier souhaitant s’installer et qui fait l’acquisition d’un taureau, pour un prix étonnamment ridicule, en vue d’inséminer sa vache de manière naturelle et développer ainsi les activités de sa ferme. Le taureau et son fier acheteur rentrent heureux. Le soir même, Désiré (notre viril taureau) et sa compagne tachetée ont la permission de minuit. Mais rien ne se passe, Désiré ne semble pas intéressé par cette partie, pourtant facile, de pattes en l'air. Et pour cause, il se prend pour une vache. Mais comment le faire savoir à son nouveau maître ? Si seulement il pouvait s'exprimer... Et bien soit, le tonnerre en tombant sur nos tourtereaux hésitants leur a donné la parole... De là va commencer une terrible guerre des nerfs entre le fermier et son "reproducteur"...

Cette histoire pas banale est dessinée par Thuin et surtout scénarisée par le vétéran de la B.D, Raoul Cauvin (voir son blog: http://www.spirou.com/journal/cauvin/index.php). C'est peu dire que l'on attendait pas le scénariste des "Tuniques bleues" nous raconter une histoire de transsexualisme, certes animalière. Et c'est pourtant avec énormément de délicatesse, que Cauvin nous livre un récit sur la différence et l’existentialisme à travers les états d’âme de ce taureau transsexuel, avec toujours beaucoup d’humour. J'ai éclaté de rire à plusieurs reprises. Le graphisme de David de Thuin ajoute une ambiance bon enfant à un récit qui, sous une apparente de légèreté, aborde un thème grave, voire tabou. Cette remarquable histoire, d’une originalité et d’une intelligence de traitement rare, à plusieurs niveaux de lectures et de degrés d’humour, réussit l’exploit d’un avant-gardisme dans le fond, totalement maitrisé sur la forme, qui lui permet de s’adresser au lectorat le plus large. Avec tout le respect pour monsieur Cauvin, je rappellerais qu'il est né en 1938, l'audace en B.D. n'est pas toujours l'apanage des jeunes...

Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin
Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin
Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin
Coup de foudre 1 : La complainte du taureau vache » – Raoul Cauvin et David de Thuin

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I am a Hero de Kengo Hanazawa

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 I am a Hero  de Kengo Hanazawa

 

Les zombies pullulent. La vogue en a été lancée outre Atlantique par Walking dead. Heureusement pour notre survie l'auteur de World war Z, Max Brooks qui n'est autre que le fils de Mel Brooks a écrit un fort utile "Guide de survie en territoire zombie (les deux livres sont édités au Livre de poche) d'autant plus utile que l'épidémie de zombie a atteint le Japon.  avec I am a hero de Kengo Hanazawa, auteur complet puisqu'il est responsable à la fois du dessin et su scénario. Autre tendance dans l'air du temps les mangas et bandes dessinées mettant en scène, depuis Bakuman, des mangakas. Hanasawa a du se dire pourquoi ne pas rassembler ces deux courants. Mais le tour de force de notre auteur est de distordre les clichés des deux genres. Ce qui donne une série totalement décalée par rapport à ce quoi on pourrait s'attendre. I am a hero est très différent de Walking dead  le travail d’Hanazawa prend d’autant plus de force qu’il semble à l’opposé du récit épique américain des nouvelles frontières où le héros imposerait avec force et courage son mode/droit de vie dans un monde hostile.

Dans le premier tome on fait connaissance avec le héros ou plutôt l'anti-héros tout le contraire du titre mégalomane. Titre qui rend hommage au titre original du chef d'oeuvre de Richard Matheson "Je suis une légende".  Hideo Suzuki est un assistant mangaka paranoiaque  dont la petite amie, Tekko, est elle-même mangaka en devenir. Les 11 premières pages sont muettes. On y voit seulement un homme, le héros (?), arriver chez lui. Il ouvre méticuleusement les nombreux verrous de sécurité de son appartement. Il entrouvre délicatement la porte, se livre à une danse exorcisante bien étrange et fini par traverser le couloir et actionner le bouton de la lumière de la pièce principale, avec un luxe de précaution. On apprendra bientôt que la paranoia de notre mangaka l'a conduit à prendre comme hobby le tir sur cible. Activité qui lui permet d'avoir une arme chez lui, fait extrêmement rare au Japon. Dans le tome 7 il parvient à faire de ce simple fusil, qui serait dans une œuvre américaine une arme parmi tant d’autres, l’élément central de l’intrigue. Dans un Japon, où les armes à feu sont très peu présentes dans la population civile,

I am a Hero tome 7

Après avoir ouvert laborieusement sa porte il vérifie que tout identique à ce qu'il avait laissé en quittant son appartement : les fenêtres, les toilettes, le frigo… Avant de manger un repas frugal en regardant les informations à la télévision. Le premier tome de la série nous dépeint un personnage mal dans sa peau, complètement déconnecté des réalités, dans la crainte d'un complot mondial qui le viserait (ce premier volume fait craindre un manga complotiste mais jusqu'à aujourd'hui, nous en sommes au volume 12, 15 au Japon, rien confirme cette crainte), il est dans la hantise d'une catastrophe naturelle sans précédent, voire même à la fin du monde (Ce qui est amusant c'est lorsqu'elle sera là, il mettra beaucoup de temps à s'en apercevoir alors que le lecteur le plus distrait aura compris depuis longtemps). Hideo Suzuki passe le temps en discutant avec Yajima, un petit personnage issu de son imagination. Il n’arrive pas à dormir, voit les heures qui défilent et lorsque, au réveil, le soleil se lève de nouveau, c’est pour lui une délivrance : « j’ai gagné », s’exclame-t-il avant de défier les spectres et autres esprits malins. Dans cette histoire de zombies, le premier mort vivant réellement agressif se paye le luxe de n’apparaître que dans les toutes dernières pages du tome 1. Pourtant, dans un chapitre précédent, une jeune femme renversée par une voiture se relevait, le coup cassé, et repartait nonchalamment. Ce qui ne trouble nullement Suzuki (on pense alors à l'hilarant film "Shaun of the dead")...


La vie d'Hideo n’est  glorieuse. A 35 ans c'est un dessinateur de deuxième ordre, il n’est qu’assistant d’un grand mangaka réalisant des œuvres cochonnes. Ses collègues de travail sont tout aussi étranges. Il ne les apprécie pas vraiment mais, fataliste, il sait qu’il doit composer avec. Le soir, il rentre voir sa copine, bipolaire et ayant l’alcool mauvais. Pourtant, il aimerait bien s’en sortir. Il essaie de proposer ses planches à divers éditeurs, sans réel succès. Il se fait balader de bureau en bureau, mais ne perd pas espoir. On sent qu’il a de la volonté et qu’il aspire à une reconnaissance dans la vie.

Le premier volume s’attache donc à dépeindre la personnalité et l’environnement de Hidéo. Il ne se passe pas grand-chose et, pourtant, tous ces passages anodins nous en disent beaucoup sur ce qu’il est et sur ce qu’il va devenir. Le premier tome, extrêmement pessimiste, apporte aussi son lot d’humour noir. Dès le second les zombies, qui ne sont jamais nommés, ont envahi la ville. Ils mordent tout ce qui passe à leur portée afin de les transformer en morts-vivants. On passe de la réflexion à la catastrophe où l’humour, omniprésent, détend le lecteur. Les gens meurent, se font arracher un membre, voient leur famille décimée. Tout cela dans une ambiance plutôt bon enfant. Les personnages secondaires sont excellents, leurs répliques bien cinglantes sont décalées et renforce l’absurdité du genre humain. Le personnage principal devient presque le héros du titre.

Un des ressorts comiques (humour noir, très noir) du premier tome est que Suzuki ne remarque pas les prémices d'une épidémie qui transforme les personnes en monstres sanguinaires. Alors que l'infection se répand à travers le Japon, peut-être même le monde entier, Hideo tentera de survivre à l'épidémie et assistera à la destruction de la société japonaise sous la horde d'infectés et des survivants qui ont pour la plupart abandonné eux aussi toute humanité. Autre élément comique, bien utile pour soulager l'angoisse qui étreint parfois le lecteur plongé dans ce monde apocalyptique est le constant dilemme dans lequel Hideo se retrouve, absurde dans cette atmosphère de fin de l'humanité, par exemple, à cheval entre la peur de braver la loi en confiant son arme à quelqu’un qui n’est pas habilité à la manier et la conscience que le fusil est un gage de survie pour lui. Cette ambiguïté pousse le lecteur à s’impliquer d’autant plus dans le sort de son héros et l’absurdité qui émane de certaines réactions d’Hidéo est toujours agréable. Suzuki va bientôt rencontrer Hiromi Hayakari. Il s'agit d'une lycéenne timide, bizutée par ses camarades de classe mais pleine d'esprit et d'humour. Elle se lie d'amitié avec Hideo avant d'être infectée par le ZQN, après avoir été mordue par un nourrisson infecté (ah le bébé vampire un grand moment, et à ma connaissance assez faible je l'avoue en zombilogie, une nouveauté dans le domaine) Elle ne développe néanmoins pas tous les symptômes du virus et elle semble même "obéir" à Hideo et comprendre, dans une certaine mesure, ce qui se passe autour d'elle. Une zombie mutante en quelque sorte. L’infection d’Hiromi permet au mangaka de ponctuer le récit de scènes admirables où l’on voit le monde tel qu’Hiromi le perçoit tout en restant très mystérieuse sur la condition réelle de la jeune femme : pourquoi n’attaque-t-elle pas Hideo ? Peut-elle réellement être l’origine d’une solution au fléau qui frappe le Japon ?

Le dessin d'Hanasawa est réaliste et même hyper réaliste en ce qui concerne les décors. Pour ces derniers on y sent un peu trop directement la copie de photographies. Les images de repérage sont moins habilement transmutées que dans "Sprite" par exemple. Il reste que les amoureux des paysages japonais, principalement urbains seront comblés. Typique de l'esthétique du manga, les physionomies humaines sont représentées avec un peu moins de réalisme, avec une touche de caricature. Ce rendu renforce la lisibilité du manga. Les personnages se détachent bien sur les fonds. Ce réalisme aide grandement à captiver le lecteur. Les zombies sont bien là, mais ils ne sont pas effrayants gratuitement. Un grand travail a été fait dans le découpage des cases, chaque planche est pensée comme une entité complète : tout est fait pour que le lecteur se sente à l’aise face à ce  héros borderline. Chaque volume repend de l'édition japonaise les pages en couleurs qui sont de toute beauté. On sent qu’un travail méticuleux est apporté à chaque détail. En revanche, certains défauts de proportion apparaissent de temps en temps, notamment dans les scènes d’action. Tous les protagonistes sont soignés. Loin d’être des canons de beauté, ils ont une « gueule » qui les identifie immédiatement. Leur morphologie ou leur caractère, rien n’est laissé au hasard ! Le mangaka s’est appliqué à les ancrer dans la réalité.

Partant d’un personnage enfermé dans la paranoïa, ce manga s’ouvre rapidement sur un autre monde. Il bascule de la monotonie de la vie tranquille d’un gars paumé à une explosion de corps et de chairs ensanglantées. Hanazawa alterne des scènes d'angoisse profondément malaisantes, comme celle du taxi avec ses passagers contaminés, avec d'autres tempérées d'un humour absurde revigorant, puis avec de brèves explosions gore assez insupportables, quelques magnifiques passages introspectifs, comme cette nuit de terreur que notre piètre héros passe dans la forêt des suicidés...  Si le lecteur se laisse porté dans le premier volume, il ne peut que subir les agressions présentes dans la suite du récit. Tout comme Hideo Suzuki qui nous montre qu’il est loin d’être le héros qu’il aimerait devenir. Pour ma part je regrette qu'Hanazawa est abandonné (pour combien de tome?) Hideo avec lequel l'identification du lecteur fonctionnait à plein, pour d'autres personnage intéressant peut être plus charismatique que notre hésitant Hideo mais avec lequel on se sent moins de plein pied même si l'un d'eux émet l'idée certainement riche en rebondissement et qui sera sans doute fort utile pour clore une histoire dont on ne voit pas bien comment elle pourrait se terminer, mais ce n'est pas son moindre intérèt, que  les zombies semblent mûs par des sentiments rémanents de leur "vie" antérieure, conservant des réflexes inculqués avant leur mort / contamination. I am a hero a  un côté Murakami Haruki] à la fois pour les surprises narratives, mais aussi pour les qualités dialogiques. Un manga à ne pas laisser entre toutes les mains, mais devrait plaire au non-amateur du genre zombies, grâce à son ton complètement décalé. 

 

 

 

 I am a Hero  de Kengo Hanazawa

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Jari de Raymond Reding

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Jari  de Raymond Reding

Il n'est pas bien sorcier de se douter qu'enfant, la B.D Jari de Raymond Reding, que je lisais chaque semaine dans le journal de Tintin, était une de mes séries favorites puisqu'elle mettait en scène un champion de tennis ce que j'espérais devenir. Ces aventures à la relecture procure le même plaisir que celui qui consiste à se repasser un de ces vieux films mélodramatiques parsemés de touches humoristiques comme il y en avait tant dans les années 1950 ou 1960. Après la publication de seulement quatre épisodes aux éditions du Lombard, de huit albums en noir et blanc aux éditions Bédescope et d’une tentative manquée chez Claude Lefrancq, près de 60 ans après son apparition, voici enfin l’édition complète de la série disponible chez BDMust. Soit les dix grandes aventures et l’ensemble des épisodes complets réunis dans une collection de douze albums à la présentation enfin digne du travail de Raymond Reding !

Le 28 août 1957 (Tintin Belgique n° 35) et le 10 octobre de la même année (Tintin France n° 468), un nouveau héros est annoncé en couverture de l’hebdomadaire des éditions du Lombard : Jari Lorrain, jeune espoir du tennis et orphelin, croise la route de Jimmy Torrent, chirurgien et champion de tennis. lorsque le jeune garçon est frappé violemment par une balle qui risque de lui faire perdre la vue. Le sympathique chirurgien-tennisman prend sous son aile le garçon qui se révèle être un surdoué de la raquette, jusqu’à en faire un joueur de premier plan. Soutenus par le richissime Monsieur Berthault, les deux nouveaux amis vivent des aventures passionnantes, à la fois sportives et policières. Ils seront les héros de 10 longs épisodes de 30, 62 et 46 planches et de courts récits notamment proposés par Tintin Sélection.

A l'ére du richissime et très talentueux Féderer la lecture des aventures de Jari qui nous entraîne dans les coulisses du tennis, sans pour autant négliger l’action et le suspense. fait renaitre, un peu en contrebande, le tennis des années 50 et 60. Un sport d'amateurs et de gentlemen où il était inconvenant de parler d'argent ,tout comme dans la bonne société, celle d'avant le bling bling et des révélations hebdomadaires sur les pratiques sexuelles de nos hommes politiques. Vous avez compris que je suis un nostalgique de ce temps là où à Roland Garros on pouvait laisser sa veste sur le central, qui ne s'appelait pas encore Chatrier, pour marquer sa place et aller follâtrer sur les courts anexes.  

Raymond Reding (1920/1999) était un passionné de sport. En 1957 il imagine ce duo efficace dans la foulée de son confrère Jean Graton qui vient de lancer « Michel Vaillant ». 

Ce sont d’ailleurs les premiers héros de l’hebdomadaire à évoluer dans des compétitions sportives, un cadre jusqu’à lors très peu utilisé par la bande dessinée franco-belge (a l’exception de quelques récits dus à René Pellos ou à Mat), contrairement aux USA où sports et bandes quotidiennes furent étroitement associés dès l’origine du média. Amusant alors de constater que les auteurs respectifs de ces deux séries, aux styles réalistes quand même assez proches, feront rencontrer leurs héros dans « Jari dans la tourmente » pour ce qui est de Raymond Reding et dans « Le Pilote sans visage » en ce qui concerne Jean Graton (lequel sera aussi caricaturé par Reding dans « Jari et le plan Z »), le temps d’une même séquence avec des points de vue différents.

La bande dessinée sportive devient un cheval de bataille du journal Tintin. C’est après avoir signé de nombreux récits basés sur des faits vrais dans Tintin, un peu similaires aux belles histoires de l'oncle Paul chez Spirou, le grand concurrent de Tintin  que Raymond Reding obtient le feu vert de la rédaction pour créer une série récurrente. Hélas, contrairement à « Michel Vaillant », et bien que caracolant à la tête des référendums (il sera même premier), « Jari » ne connaît pas le même succès en librairie, victime d’une politique d’albums déplorable. Jusqu’à ce jour, il n’existait pas de collections permettant de suivre de manière cohérente les aventures de Jari et de son mentor Jimmy Torrent.

Jari connaitra pourtant dix grandes aventures de 30 puis 62 ou 44 planches, avec la note nécessaire d’humour apportée par le personnage du richissime mécène et mentor Monsieur Berthault, Malgré le succès rencontré (le premier album édité par le Lombard en 1960 fit l’objet d’une adaptation radiophonique et la carrière du jeune tennisman sera même couronnée par une première place au référendum du journal), « Jari » ne réapparaîtra alors que dans trois récits complets dans Tintin (« Le Petit bruit de Monsieur Berthaut » en 1970, « Le Singe noir » en 1971 et « Cet as de Caro » en 1977), dans cinq autres courtes histoires dans Tintin Sélection « Le pneu magique » en 1969, « Jari et l’Invincible Gérard » en 1970, « Une Machine appelée machin » et « Le Knack » en 1971, puis « Souricière grand format » en 1972), et comme personnage secondaire pour d’autres créations de Reding (dans « Vincent Larcher », notamment).

Déçu, Reding abandonne ses personnages en 1978 pour se consacrer à d’autres séries, situées elles aussi dans le monde du sport : « Vincent Larcher », « Section R », « Fondation King »… et surtout « Éric Castel », le footballeur de Barcelone flanqué de son ami le jeune Pablito.

L’édition complète de la série est donc désormais disponible chez BDMust dans une collection de douze albums à la présentation soignée : couleurs retravaillées, un ex-libris numéroté dans chaque volume et un tirage limité à 1 000 exemplaires imprimés sur un excellent papier d’art Munken. 

L’ensemble est présenté accompagné d’un dossier érudit de seize pages reprenant les couvertures de Tintin, des documents inédits et un texte passionnant de Gilles Ratier.

Le même éditeur a déjà publié les intégrales de « Barelli », de « Pom et Teddy », du « Chevalier blanc », de « Cori le moussaillon ». La qualité de ces albums est indéniable, en général leur prix est correct environ  20 euros l’exemplaire. Le problème c'est que pour la série Jari, il n’est pas possible de se procurer les albums indépendamment, mais que le tout est proposé à 199 euros jusqu’au 31 décembre (239 euros à partir du premier janvier 2015) ; voir www.bdmust.be.

Il y a quelques années les éditions du Lombard ont proposé de redécouvrir les trois premiers épisodes de cette saga sportive et policière (« Jari et le champion », « Jari dans la tourmente » et « Le Secret de Jimmy Torrent»), compilées dans un bel album de 168 pages reliées à l’ancienne et agrémentées d’un trop court dossier sur la série et l’auteur. C'est album qui doit toujours être assez facilement trouvable. Malheureusement les meilleurs épisodes sont certainement ceux qui, chronologiquement, viennent ensuite : « Jari et le plan Z », « La Dernière chance de Larry Parker », «Le Troisième goal », « Jari au Pays Basque », « Jari et le diable rouge », « Guitare et dynamite », «Le Justicier de Malagne »

Il faut préciser, qu’en 1967, Raymond Reding est malheureusement victime d’un très grave accident de la route et failli être perdu pour le sport et la bande dessinée. A force de courage et après des mois de rééducation, il retrouve pourtant, peu à peu, le chemin de sa planche à dessin et des courts de tennis… Seulement quatre albums des péripéties sportives de « Jari » ont été édités par Le Lombard, de 1960 à 1964, et il faudra attendre les années 1978-1979 pour que la petite structure qu’était Bédescope propose huit nouveaux albums en noir et blanc (puis en couleurs, pour certains titres, sous le label Récréabull). En 1997, les éditions Lefrancq tenteront elles aussi de rééditer deux épisodes, sans grand succès, malgré des couvertures redessinées et des illustrations inédites. Pourtant, ces passionnantes aventures, où notre héros exemplaire était plus souvent confronté à des problèmes moraux qu’à ses adversaires de compétition, étaient souvent en avance sur le temps, dénonçant déjà les fléaux que sont encore aujourd’hui les drogues et le dopage.

Français de naissance alors que son père avait la nationalité Belge, le Normand Raymond Reding (1920-1999) était lui-même un athlète accompli, ayant pratiqué de nombreux sports comme la natation et le tennis, et la plupart de ses séries se déroulent dans ce milieu. Comme ses parents, installés en Belgique depuis 1931, n’avaient plus les moyens de lui permettre de continuer ses études, il multiplie les petits boulots : marchand de journaux, pianiste de jazz, enseignant d’anglais, comédien…, et écrivain le temps de quelques pièces de théâtre, romans et contes pour enfants. C’est ce qui l’amène à se présenter, en 1944, à la rédaction du journal belge Bravo ! dont la rédaction accepte de publier quelques-uns de ses contes et où le directeur artistique (Jean Dratz), ayant remarqué une certaine patte dans les croquis que le jeune Reding lui avait aussi présentés, lui propose d’illustrer par lui-même.

Tout en réalisant des travaux publicitaires (particulièrement pourL’Aiglon en 1949), il fait ses premières incursions dans la bande dessinée avec le strip « Monsieur Crô » destiné au quotidien La Dernière Heure (1947)

 

Raymond Reding renouera avec sa passion pour le tennis grâce au «Grand chelem » (les aventures de « Chris Larzac ») publié en 1990 dans Hello Bédé : sa dernière grande bande dessinée après la «Fondation King » qui intervient de façon caritative dans tous les domaines touchant au sport moderne (avec un album aux éditions Dargaud en 1977), le footballeur « Éric Castel » ‘après le sitehttp://lambiek.net, les lecteurs allemands connaissaient déjà « Éric Castel » (« Ronnie Hansen » pour les Hollandais) depuis 1974, sous le nom de « Max Falk » dans Wham ; il fut rebaptisé « Kai Falke », lors de sa reparution dans le magazine Zack, point de départ de l’éphémère aventure Super As.]] en 1979 (dans Super As), le chien «Pytha » qui évolue lui aussi dans une ambiance tennistique (un seul album chez Novédi en 1987)… ; des créations où l’apport de sa fidèle collaboratrice François Hugues, qui assumait aussi bien les décors, l’encrage, le lettrage que les couleurs (depuis le début des années 1970), est indéniable.

Certes, Raymond Reding ne figurera peut-être pas au panthéon du 9ème art franco-belge, mais il fit quand même partie de cette deuxième génération de dessinateurs apparue dans les années cinquante (avec Jean Graton, François Craenhals, Tibet, Albert Weinberg, Dino Attanasio, Berck, Mittéï, Édouard Aidans et quelques autres) qui renouvela le vénérable journal Tintin enfermé dans une ligne claire un peu trop sage. Et rien que pour cela, il mérite honneurs et respect, d’autant plus que son style réaliste et dynamique, sa parfaite connaissance des sujets exploités et son efficacité imaginative à mêler habilement sentiments et intrigues, a su toucher bien des lecteurs et susciter nombre de vocations sportives.

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Zappy Max, ça va bouillir mis en image par Tillieux

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Zappy Max, ça va bouillir mis en image par Tillieux

C'est tout à fait par hasard, en musardant dans une librairie, le vice que je pratique le plus, que je suis tombé sur la mise en images par le grand et très regretté Tillieux, des aventures de Zappy Max, écrites par St. Julien (pseudonyme de l'écrivain Hugo de Haan), dans "ça va bouillir". Je ne vais pas vous dire que c'est un chef d'oeuvre de la bande dessinée, ni même que c'est celui de Tillieux (La couverture est dessinée; par François Walthéry), l'inoubliable père de Gil Jourdan, entre autres. Et pourtant mon coeur n'a fait qu'un bon. Que de souvenirs se sont précipités sur ma pauvre personne, la madeleine et les pavés de Venise en même temps. Cet album m'a bien sûr rappelé les premiers temps du journal Pilote avec ses beaux Pilotoramas en pages centrales, mais m'a surtout fait me remémorer le feuilleton radiophonique que j'écoutais tous les jours avant de partir à l'école puis ensuite avant d'aller au collège (je ne sais pas quand cette émission a commencé, mais en revanche je me souviens que ce feuilleton s'est terminé brusquement en 1966, quand soudain Radio-Luxembourg s'est mué en RTL. "Ca va bouillir" était donc diffusé sur les ondes de Radio-Luxembourg, l'ancêtre de R.T.L., vers 13 heure, juste avant il y avait quelques minutes dévolues au chansonnier Pierre-Jean Vaillard. C'était délicieux et raffiné. Rien à voir avec nos humoristes graveleux qui encombrent désormais scènes, écrans et radios. Patrice Delbourg dans son beau roman, "Un soir d'aquarium" a consacré quelques savoureux passages à Pierre-Jean Vaillard...
Je me rappelle que vaguement de l'intrigue aux incessants rebondissement abracadabrantesques de "Ca va bouillir". Zappy, le héros était joué bien entendu par Zappy Max, alors animateur vedette de la station (Il est le 373 ème des 480 souvenirs de Georges Perec dans "Je me souviens"). Or donc Zappy était un courageux jeune journaliste qui devait toujours sauver des griffes du très méchant et asthmatique Kurt von Straffenberg, alias le tonneau, sa jolie fiancée, Edith... L'émission était financé par la lessive Sunil d'ou son titre "ça va bouillir", expression qui un temps est passé dans le langage courant dans le sens de ça va barder... D'une façon assez surréaliste la lessive faisait souvent une intrusion inopinée dans l'histoire; par exemple lorsque Zappy embrassait Edith soudain il disait que ton chemisier sent bon, la jeune femme lui répondait: << C'est normal, il a été lavé avec Sunil. >>.

Si vous avez un enregistrement ne serait-ce que d'un épisode de "Ca va bouillir" ne m'oubliez pas. Merci d'avance.
 

Zappy Max, ça va bouillir mis en image par Tillieux

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La mélodie de Jenny de Tsukasa Hôjô

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La mélodie de Jenny de Tsukasa Hôjô

Les éditions Ki-oon ont l'excellente idée d'éditer les histoires courtes de Tsukasa Hôjô fort célèbre dans nos contrées pour être l'auteur de "City Hunter" sous le titre: "Les Trésors de Tsukasa Hôjô". Un titre qui n'est pas usurpé car à lire le premier volume, "La Mélodie de Jenny" ces histoires courtes me paraissent beaucoup plus intéressante que la série qui l'a rendu mondialement célèbre. Ces mangas, loin d’être des œuvres de jeunesses sans intérêt, sont des histoires courtes, souvent émouvantes et touchantes. Le dessin est égal à celui que l’on connaît, mélange de réalisme et de mimique comiques, ce qui est très courant dans le manga et desarçonne souvent le public occidental.. Dans la plupart, Tsukasa Hôjô y adopte un ton bien plus sérieux que dans « City Hunter », même si certains passages ont des ressorts comiques éculés (enfin pour moi assez hermétique à l'humour en général et très souvent à l'humour japonais) qui permettent de ne pas se couper des fans de la première heure.

Premier titre de la collection sortie en juillet 2013, « La Mélodie de Jenny » nous plonge au cœur des tragédies liées à la Seconde Guerre mondiale. Le livre est composé de trois histoires courtes.

« Aux confins du ciel, dans la tourmente de la guerre »

« Aux confins du ciel, dans la tourmente de la guerre » : le destin tragique d’un jeune garçon voulant devenir pilote tout comme son frère. La guerre en décidera autrement, sa première mission, devenir kamikaze et donc sacrifier sa vie, en vain, pour son pays.

« La Mélodie de Jenny » est la nouvelle qui donne le titre au recueil. C'est un chef d'oeuvre du manga. Il s'inscrit dans la lignée de cet autre chef d'oeuvre, au cinéma cette fois, "Le tombeau des luciole". Nous sommes à la toute fin de la guerre, le Japon subit les bombardements intensifs des américains. un musicien américain marié à une Japonaise depuis 10 ans tente de regagner sa famille à Tokyo. Il s'est évadé du camp où il était relégué Il a taillé une flûte dans un bambou, afin de jouer le morceau qu’il a composé pour les sept ans de sa fille jenny. Accompagnés de quatre enfants errants, ils longent la voie de chemin de fer pour arriver à leur destination...

Les manga prenant comme thème ou décor la deuxième guerre mondiale ne sont pas très nombreux en raison de la culpabilité japonaise vis à vis de cette période. Ils sont encore moins nombeux en France car les mangas "révisionistes", il y en a, comme existe des bandes dessinées chinoises violemment anti japonaises, ne sont pas traduites. On peut citer néanmoins, Zipang,  Tsubasa, L'ile des téméraires ,  Zéro pour l'éternité.

« American Dream » : un jeune japonais, champion de baseball, rêve d’une carrière américaine. De passage aux USA, il va voir son rêve se réaliser, mais la haine envers les Japonais, déjà présente, compromet son destin.

Ces trois histoires nous montrent bien comment des destins prometteurs peuvent être brisés par la guerre. Tsukasa Hôjô, avec son trait réaliste, arrive à nous émouvoir et sait évoquer avec justesse ces morceaux de vie.

La mélodie de Jenny de Tsukasa Hôjô
La mélodie de Jenny de Tsukasa Hôjô

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Sans Famille d’Hector Malot vu par Pierre Frisano

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 Sans Famille d’Hector Malot vu par Pierre Frisano

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