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237 articles avec bande-dessinee

Pour se souvenir d'Artima

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Ce sont peut-être ce que l'on appelle aujourd'hui dans le petit monde des collectionneurs de bandes dessinée, les petits formats qui m'ont donné le goût des livres (un plaisir presque aussi dispendieux que celui du jeu car en plus du coût d'achat, il demande de vastes demeures pour les "ramasser" comme on dit dans certaines de nos provinces.
Ces petits magazines furent mes premières lectures, vers 5, 6 ans, (avec le journal de Mickey, les hebdomadaires Spirou et Tintin viendront un peu plus tard) avant les beaux albums cartonnés des Tintin et autres Spirou qui m'étaient offert pour noel ou à mon anniversaire ou si j'avais bien travaillé. Pour cela il fallait au moins le tableau d'honneur. C'est donc dans ces opuscules que j'ai quasiment appris à lire. Je précise que s'ils existaient, je continuerais à les lire. C'est d'ailleurs ce que je fais de temps en temps lorsque j'en croise dans les brocantes. Certains de ces petits livrets atteignent aujourd'hui des prix déraisonnables mais la plupart sont encore accessibles à ma plate bourse (hélas je n'ai gardé aucun de ces chers illustrés).
J'ajouterais que ces petits formats étaient très décriés comme toute la B.D. mais encore plus particulièrement car ils étaient censé empêché la lecture de vrais livres. Ce qui est une parfaite imbécilité car lorsque l'on aime que l'on vous raconte des histoires, en fait peu importe la forme. Et on lira, si je prend les fictions historiques en exemple, sans distinction, "Les mémoires d'Hadrien, les albums d'Alix, la saga Murena ou Néropolis... 
Artima n'était pas l'éditeur qui me fournissait le plus de pâture. C'était plutôt "Mon journal". Tout gamin j'avais déjà repéré "ces marques" sous lesquelles se rangeaient mes illustrés préférés. Mais chez Artima il y avait Foxie qui me réjouissait avec son renard snob et stupide et son corbeau roublard. Voyons ce que dit sur mes chers Fox et Croa Henri Philipini dans son dictionnaire encyclopédique des héros et dessinateur de bande-dessinée:
 Fox, le renard pas très futé portant nœud papillon, et son comparse Croa, le corbeau malin fumant le cigare, sont créés en 1941 pour une série de dessins animés. Ils sont imaginés par Fred Tashlin alors directeur de Screen Gems, département animation de Columbia Pictures, USA. Au cours du premier film, il s’inspire librement de la fable « Le corbeau et le renard ». Les héros débutent leur carrière de personnages de BD sous le nom de Fox and the Crow dans le comic book Funnie, publié à partir de 1945 par National Periodical (DC). (…)»
En France, les éditions Artima puis Aredit en publient une traduction dans le pocket Foxie, qui paraît de 1956 à 1985.
  
Les fascicules de récits complets, illustrés bon marché et populaires étaient fort  nombreux au cours de années 50-60.
Le grand éditeur de province, sous la direction d’Émile Keirsbilk, fut sans doute Artima (ARTisans en IMAgerie) de Tourcoing, débutant de 1943 à 1949 par les "Albums du P’tit Quinquin" (surtout illustrés par J.E Dupuich), puis en 1948 par des séries de récits complets. Surtout depuis l’abandon, en 1952, du format à l'italienne (17,5 sur 23 cm.) pour le format « français », de la taille d’un cahier d’écolier, on connaît ses fameuses nouvelles séries aux couvertures mémorables et éclatantes de couleurs (mais l’intérieur est en noir et blanc). Les dessinateurs sont très internationnaux. Ces récits illustrent de nombreux genres. Ils étaient français (Bob DanRoger MellièsLe RallicBob LeguayEugène GireGervy, Bild, BrantonneRaoul et Robert Giordan, Pierre Le Goff,Raymond CazanaveJ.P. DecoudunGaston NiezabAndré Gosselin, Erik,…), espagnols (Fernando Fernández, qui n'avait que 16 ans en 1956, pour Ray Comet et Mr. TV, Bayo pour Atome KidFrancisco Hidalgo, qui prendra plus tard le pseudonyme d'Yves Roy, pour Angel AudazBoixcarJaime Rumeu,…), anglais (Graham Coton pour la famille Rollinson dans l'espace), néerlandais (Henk Sprenger pour Pilote Tempête et Kick WilstraMarten Toonder), et américains (Joe KubertCarmine InfantinoNick CardyMurphy Anderson,…).
 
 
En 1958, l’éditeur annonce lui-même les thèmes suivants :
Cow-boys : Audax, Aventures Film, Ouragan, Red Canyon
                        Brousse : Tarou, Ardan
Aviation, Espionnage, Police :Dynamic, Vigor, Hardy, Mystic, Éclair
Aventures : Big Boy
Science Fiction : Météor, Spoutnik, Cosmos, Atome Kid, Aventures Fiction, Sidéral  
Historique : Vengeur, Téméraire [et ses bandes guerrières], Fulgor
Humoristique : Panda, Foxie
Sport : Olympic
 
 
Apparurent d’abord en 1952 ,Ardan, Audax, Aventures film, riche en westerns (un genre présent aussi dans Tex Bill, dessiné par René Mellies et intégré maintenant dansAventures Film). Il y eut aussi Dynamic et Tony Cyclone, une mémorable histoire d’aviation. En 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan), un genre représenté aussi en 1956 par Atome Kid, Aventures Fiction et Cosmos, en 1957 par Spoutnik et un an plus tard par Sidéral. Jungle, histoire de l’Ouest et guerre sont présentes en 1954 avec la naissance de Tarou, une sorte de Tarzan débonnaire, Red Canyon (pour le western) et Vigor
 
 
Il faut encore citer Fulgor (1955-58), Foxie (1956-1985), Hardy (1955-58), Panda (1957-59), aventures animalières par l’atelier hollandais de Martin Toonder, Téméraire (1958-1962). Tempest, né en mars 1955, a disparu en août 1957. L’adoption du format de poche en 1960 et les comics marquent la fin d’une période mythique. Malgré un bon chiffre d’affaires et des bénéfices substantiels, les Éditions Artima sont rachetées par les Presses de la Cité en 1962 puis deviennent  Aredit en 1963. 
 
 

Attardons nous sur les fascicules de science-fiction et de fantastique publiés par l’éditeur. 
En mai 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan, surtout sur des textes de Lortac). La série compte les aventures du trio constitué par Spencer, Sam Spade et Texas jusqu’en juin 1962.
Le genre est encore représenté en 1956 par Atome Kid (1956-1959) et Cosmos (1956-1961), ces deux fascicules étant surtout connus pour la bande anglaise La Famille Rollinson dans l’espace. En 1957, peu de temps après le lancement du satellite russe qui lui donne son nom, apparaît Spoutnik qui reprend d’abord lecontenu des 8 premiers Météor des frères Giordan. Un an plus tard paraissent Sidéral (1958-1962), Aventures Fiction (1958-1960), un des meilleurs titres Artima et Monde futur (1959-1960) avec des bandes d’origine surtout espagnole. Pour finir apparaît l’éphémère Bat Man (1960).
Si les jeunes lecteurs se précipitent sur ces fascicules colorés et peu coûteux, inutile de préciser que les « prescripteurs » condamnent ou feignent d’ignorer ces lectures populaires.



Nota: ce billet doit beaucoup au site magnifique: http://raymondperrin.blogspot.ch/ indispensable pour tout savoir sur la littérarture de jeunesse, tenu par le grand spécialiste de la question.

 

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Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

 

Avant de chroniquer plus particulièrement l'album le Gladiateur masqué, il me paraît utile de présenter la série des Timour qui est hélas, je le crains, ignorée des plus jeunes. Pourtant elle bénéficie d'une belle réédition par « Le coffre à B.D. » à un prix honnête, 20 € chaque album (http://www.coffre-a-bd.com/). La série des Timour est une des plus chère « madeleine » de mon enfance. Elle a été  créée en 1953 par Sirius (1911-1997) dans le n°  813 du journal SpirouCertes le dessin en est un peu "rugueux" et les scénarios bien moralistes. L'Antiquité et le Moyen-âge que nous présentent Sirius et Xavier Snoeck, le scénariste des premiers récits, n'obéissent pas à une esthétique chatoyante. Les auteurs dédaignent d'ailleurs les grands moments de l'histoire pour s'intéresser à des périodes moins connues. Ils racontent volontiers la vie des petites gens, chose assez rare dans la bande dessinée historique. La modestie de leurs récits ne les empêche pas d'être souvent imprégnés d'un délicieux romantisme(1).
Le héros de la série change à chaque épisode puisqu'à chaque fois c'est un Timour d'une époque différente. Tous ont une apparence physique proche, ce qui simplifie les choses. L'ensemble de la série ne constitue pas un feuilleton. Chaque histoire se suffit à elle-même et le héros de l'album n'accumule pas les aventures improbables. Le Timour concerné change d'ailleurs à chaque album; Sirius raconte finalement qu'un court moment de sa vie. Cette absence de surenchère donne du réalisme aux situations qui sont montrées (même si elles ne le sont pas). J'ai l'impression que les auteurs sont souvent très proches de la vérité du temps. La plupart de ces aventures tournent autour d'un voyage, et le Gladiateur Masqué n'échappe pas à la règle.

Silhouettes athlétiques, sourires éclatants et chevelures rouges vifs, la similitude des Timour n'est pas seulement décelable de par leur aspect physique. Ils entretiennent la même philanthropie et partagent une notion identique de certaines valeurs humaines (le courage, l'honneur, la sincérité, la fraternité). Timour est l'archétype du héros intègre. La similitude des différents avatars des Timour peut faire penser que c'est une même figure de justicier qui parcourt le temps, un voyageur spatio-temporel. La permanence du physique et surtout des qualités humaines peuvent trouber, mais il aurait été difficile de construire une personnalité unique à chacun des différents Timour. Sirius aurait sans doute rencontré beaucoup de difficulté à développer individuellement le tempérament de ses personnages, et dérouté ses lecteurs à défaut de continuité.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Transmis de père en fils, chaque Timour possède le talisman familial. Une mystérieuse relique sur laquelle leur ancêtre commun avait gravé des motifs prônant un message universel. Au fil des épisodes, les héritiers recherchent leurs significations tombées dans l'oubli. Mais avant d'aboutir à une interprétation personnelle, les Timour sont témoins et acteurs d'événements riches en enseignement. En effet, au delà d'une série contant les aventures de ces guerriers-nés, Sirius utilise ses personnages tel des figurants pour jouer les professeurs d'Histoire. On est pas loin parfois du genre "Histoire de l'oncle Paul" qui voisinait avec la saga des Timour dans les pages du journal de Spirou. 

 

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Les intrigues dans lesquelles sont plongés les Timours varient très peu dans le fond. Durant leurs périples, ils rencontreront toujours des âmes charitables qui leurs viendront en aide et sauront les conseiller pour éviter de recourir systématiquement à la force. En contre-partie, les grands gaillards roux devront affronter la colère et la jalousie d'esprits corrompus. Traversant les batailles et complots malfaisants, défiant les lois de la nature, ils rencontrent de grandes figures emblématiques (Alexandre de Macédoine, César, Attila...).

 

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Il est courant que le dessin soit complété par un encadré résumant une action qui aurait dû être développée en plusieurs vignettes. L'auteur ayant préféré réserver cet espace pour y ajouter des références historiques importantes au risque sinon de se retrouver avec des albums de 100 pages. Sa recherche de documentation pour donner un aperçu exact de la période retranscrite est facilement discernable. C'est sans doute dans ce dernier point que réside principalement l'intérêt et l'originalité des Timour. Chaque situation dans lequel se trouve le héros est propice pour Sirius à nous instruire sur l'époque dans laquelle Timour évolue. Sirius n'hésite pas à faire un petit aparté d'une case de temps à autre dans laquelle il donne au lecteur un complément d'information sur ce qu'il vient de lire.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

Le Gladiateur Masqué a été publié en 1957 dans le journal de Spirou du n°  1001 au n°  1023. L'aventure se situe aux 2ème siècle après JC, lors des premières persécutions des chrétiens exactement en 176. Elle donne une vision intéressante de la vie quotidienne au temps des romains. On y voit intervenir l'évêque Potin (2), seul personnage "historique" du récit. L'album raconte en quelque sorte les "années d'apprentissage" du jeune Timour qui à 18 ans. Il est étudiant en droit à Rome. Mais notre jeune homme est plus intéressé par les combats de gladiateurs que par ses livres. Pour le dresser, son père le confit à son oncle, un stoicien pur et dur, qui vient d'être nommé par l'empereur Marc Aurèle, légat à Lyon. Il emmène son neveu en Gaule en tant que secrétaire. Mais le jeune homme cause catastrophes sur catastrophes. Son oncle le chasse. Timour décide de retrouver son père à Rome. Il prend la route mais celle-ci est périlleuse. Après bien des déboires, alors qu'il est mal en point, il rencontre un groupe de chrétiens qui l'aide... La fin est belle comme l'antique bien qu'un peu trop saint-sulpicienne à mon gout. A noter que le titre est assez mensongé, la gladiature ne tenant pas une grande place dans le scénario.

En relisant ce Timour, j'ai pensé au roman pour adolescent de Pierre Debresse, La ville aux sept collines, paru en 1970 qui a quelques points communs avec Le gladiateur masqué. Peut-être que Pierre Debresse en écrivant son roman s'est souvenu de la lecture de ce Timour? 

Même si les décors et le ton restent modestes, le récit fourmille de petits détails justes et il est plein de vie. On peut dire que la représentation du monde romain par Sirius est tout le contraire de celle de Jacques Martin. Les décor de Sirius sont assez justes mais ils sont dessinés de façon sommaire. Il n'y a pas un seul plan général de Rome dans tout l'album. Seulement une toute petite vue très géométrisée de Lyon. En dehors de cela, il ne dessine que des maisons toutes simples ou des rues dénudées, mais Sirius sait créer une ambiance et le lecteur se sent tout de même transporté dans le monde romain.  L'intérêt historique reste entier malgré cette étonnante économie de moyens.

Timour de Sirius, Le gladiateur masqué

1- Liste des aventure des Timour

 

Le premier album de la série sort en 1955 aux éditions Dupuis.

  • 1955 La tribu de l'homme rouge (1)

  • 1956 La colonne ardente (2), Le talisman de Timour (3).

  • 1957 Le glaive de bronze (4), Le captif de Carthage (5)

  • 1959 Le fils du centurion (6), Le gladiateur masqué (7))

  • 1960 Timour contre Attila (8), Le cachot sous la Seine (9).

  • 1961 Le cavalier sans visage (10), La francisque et le cimeterre (11)

  • 1962 Timour d'Armor (12), Mission à Byzance (13)

  • 1963 Le drakkar rouge (14)

  • 1964 Alerte sur le fleuve (15), Le serment d'Hastings (16)

  • 1965 L'ombre du Cid (17), La galère pirate (18)

  • 1966 Le fils du croisé (19), L'oiseau flamboyant (20)

  • 1967 Le sceau du templier (21), La gondole noire (22)

Après une longue interruption, la série reprend sa publication avec

  • 1986 L'Or du gouffre (23)

  • 1987 Terre sauvage (24), La nuit rouge (25)

  • 1988 Terre des fleuves (26)

  • 1989 Au fil du temps (27)

  • 1990 Requiem pour un pirate (28)

  • 1991 Aux temps d'avant (29)

  • 1992 Les traîneurs de sabre (30)

  • 1993 Le fouet d'Arafurat (31)

  • 1994 La fin des temps (32)

2- Notule historique sur Pothin 

On ne connaît que les conditions de son arrestation et de sa mort grâce à une lettre devenue célèbre, adressée peu après par l'Église de Lyon à celle d'Asie et reproduite par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique. Il fut arrêté en 177 sous le règne de Marc Aurèle en même temps que Blandine et qu'un groupe de chrétiens qui forment les premiers martyrs de Lyon. Âgé alors de plus de quatre-vingt-dix ans et infirme, Pothin meurt en prison vraisemblablement le 2 juin à la suite des mauvais traitements infligés par ses bourreaux. Cependant, l'âge de sa mort (plus de 90 ans), à une époque ou l'espérance de vie était limitée est discuté. Mais les historiens modernes n'ont pas d'informations, mais dans tous les cas, Pothin était âgé de plus de 70 ans.

 

Arrivée de Saint Pothin, N.D. de Fourvières

Son nom simple et d'origine grecque semble indiquer une provenance orientale et qu'il n'a pas le statut de citoyen romain. Toutefois la signification de son nom – Pothin signifie en grec « Désiré » – peut également être un surnom indiquant qu'il a été attendu par la communauté chrétienne de Lyon. On ne sait pas quand il arrive à Lyon, ni quand il a été élu à l'épiscopat, ni l'étendue de son ministère. On estime qu'il a pu être élu évêque au milieu du IIe siècle. Il est à cette époque le seul évêque des Gaules et la lettre relatant sa mort semble indiquer qu'il a sous son magistère les communautés de Lyon et de Vienne.

Il est l'un des patrons du diocèse de Lyon, il est fêté le 2 juin, en même temps que sainte Blandine (à Lyon, Ste Blandine est fêtée séparément le 9 août) et leurs compagnons martyrs.

Il existe sur le site de l'Antiquaille, dans l'ancien couvent des Visitandines, une salle souterraine présentée comme le cachot de saint Pothin à côté d'une crypte dédiée aux martyrs de Lyon. Cette identification ne date que du XVIIe siècle et ne repose sur aucune source fiable.

Saint Irénée lui succède comme évêque de Lyon.

 

 

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case en exergue: Raymond Poïvet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

case en exergue: Raymond Poïvet

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sur les pas d'Alix au Machu Pichu

Publié le par lesdiagonalesdutemps

sur les pas d'Alix au Machu Pichu
sur les pas d'Alix au Machu Pichu
sur les pas d'Alix au Machu Pichu

Je ne suis pas peu ému d'avoir mis, il y a quelques semaines, mes pas dans ceux d'Alix. 

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Sparte tome III, Ne pas craindre la mort de Christophe Simon & Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Je suis ébahi qu'une oeuvre de cette qualité sorte en quasi catimini alors que d'autres, de moindre envergure apparaissent avec fanfares et trompettes. Mais visiblement comme le dit le cher Michel Ciment, Christophe Simon n'a pas "la carte". C'est grâce à mes baguenaudages sur la toile que j'ai appris que la suite (et la fin) de série Sparte était parue.

Dans ce billet, je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà écrit dans les recensions des deux premiers tomes (1), vous pourrez utilement vous y reporter mais m'intéresser aux spécificités de cette ultime livraison et appréhender l'oeuvre dans son ensemble maintenant que nous pouvons la lire dans sa totalité.

Il faut vraiment lire les trois ensemble en raison de la complexité de l'intrigues ou plutôt des intrigues entremêlées et du défaut majeur de la narration, son manque de fluidité. Si le récit se tient bien et que ces trois albums se suffisent en eux même on peut néanmoins penser que la fin du dernier album ne conclut pas la geste puisqu'il se termine  par exemple avec la promesse d'Agésilas de se venger de son frère (voir case immédiatement ci-dessous).




Ou avec le départ du jeune Icare à la poursuite de Dorkis. Lui aussi veut se venger (case immédiatement ci-dessous). En outre la toute dernière case est assez énigmatique.

Cela laisserait-il espérer une deuxième époque; la première étant close avec ce troisième album. Mais si c'est ce que les auteurs ont dans la tête, il faudra être patient puisque actuellement Simon est attelé à la reprise de Corentin, la sortie de cet album reprise ne devrait pas trop tarder.

Voyons maintenant le résumé du scénario de "Ne pas craindre la mort" qui ne simplifie pas l'intrigue bien au contraire. J'ai mauvaise grâce à me plaindre d'un scénario riche pour ne pas dire obèse à l'indéniable ambition dramatique et historique, alors que j'ai regretté que certains scripts d'Alix par exemple soient étiques ou que Murena ne fasse pas assez d'embardées fictionnelles par rapport à l'Histoire, mais là Wéber y va tout de même un peu fort rajoutant sans cesse de nouveaux personnages, heureusement il en fait mourir quelques uns...

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Grace au chasseur de primes Diodore, le roi de Sparte Nabis a fait arrêter son ennemi Agésilas, qui menait la tête d’un groupe de frondeurs à son autorité. Il a ainsi découvert qu’Agésilas était une femme… et il entend bien la reléguer au rang de servante pour l’humilier plus encore. Il la rebaptise Athanasia et montre sa vraie nature à l’un de ses lieutenants… qui préfère la mort plutôt que d’endurer la honte d’avoir été dirigé par un vagin ! En marge de cette machiavélique vengeance, Nabis reçoit une proposition d'alliance du roi de Macédoine. En échange, il lui offre la garde de la ville d’Argos. Nabis accepte, évidemment, et y place son général Alexandros en tant que gouverneur. Pendant ce temps, Diodore comprend qu’en trahissant Agésilas, il a été roulé dans la farine. Car Dorkis, le fils d’Hélène kidnappé, ne lui a pas été rendu pour autant. Dorkis a intégré le redoutable centre de formation des guerriers spartiates. Désormais, il apprend à combattre jusqu’à la mort, et il se révèle progressivement doué pour cette vie d’abnégation…

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

 

 

Le dessin de Simon est toujours aussi somptueux aussi bien en ce qui concerne les décors que les anatomies. A propos de ces dernière il me semble que Simon a tendance à faire les torse un peu trop long ou les jambes un peu trop courtes. Toujours à propos des corps, les ligues de vertus ont du souffler. Le dessinateur a rhabillé ses spartiate, plus de bites, pardon plus de nudité frontales, alors que dans le premier tome, elles se comptaient par dizaines (ci dessus une case du tome III et ci-dessous du tome I).

 

La géographie de la page est toujours aussi inventive et généralement très réussie avec ces cases qui servent de fond à d'autres cases; ceci n'est pas sans rappeler un procédé cher aux comics américain, appliqué à une histoire antique comme Sparte, où les scènes d'action ne manquent pas c'est très efficace et de surcroit plaisant à l'oeil, toutefois le dessinateur aurait pu éviter la case ronde en milieu de planche. Ce n'est guère heureux. On n'avait pas vu cela depuis Bécassine!

Il est dommage qu'a l'instar de son mentor, Jacques Martin, le duo Simon Weber n'est pas vu les bienfaits de la pose dans l'action, car si l'intrigue est bien ficelé, avec dilemme cornélien, fils cachés, lourd secret de familles, félons à la pelle et sang en flot contrairement au modèle martinien, la lenteur n'y a pas sa place. Les dialogues des fondateurs de l'école belge étaient certes ampoulés et abondants mais écrit dans un bien plus beau français que ceux proposés ici par Weber mais il avait le mérite de faire s'attarder le lecteur sur l'image dans laquelle le dessinateur pouvait faire abonder le détail.

Les couleurs, qui ont été vraisemblablement appliquées grâce à un programme informatique par Simon lui même, sont réussies, à la fois cassées et claires, très agréables pour les yeux.

chistophe simon

Christophe Simon : autoportrait à gauche dans le premier tome de la série

Historiquement non seulement situer une bande dessinée au deuxième siècle avant J.C est original mais en plus relativement tranquille pour le dessinateur car si je ne m'abuse, on ne sait pas grand chose à quoi pouvait ressembler la cité lacédémonienne en ce temps là. Il reste que la reconstitution de Sparte proposé par Simon est très crédible.  Les colonne rouge, que l'on rencontre au début du tome 1, sont tout de même un peu curieuses et font penser au cités minoènnes...

Pour continuer sur l'aspect historique le seul reproche que l'on peut faire aux auteurs est de ne pas avoir cherché à contextualiser leur histoire. Il aurait suffit d'ajouter 15 ou 20 lignes explicatives par-ci par-là ou un petit mémo historique en fin de volume car nous avons à faire à une période assez méconnue du grand public et même du public éclairé (pour être tout à fait informé sur la question, lire: Edmond Levy, Sparte : Histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, Éditions du Seuil. juin 2003. et/ou  le n° 56 de la Revue d'Histoire antique et médiévale, paru en juillet 2011, justement consacré à Sparte), une période de décadence pour Sparte qui vit ses dernière heures de liberté avant de tomber sous la coupe de son allié romain. Les hilotes n'ont plus du tout le même statut qu'à l'époque classique : l'armée de Nabis était constituée d'hilotes et le mercenaires étrangers. En cause : le déclin démographique des Egaux! Nombre d'entre eux avaient perdu leur citoyenneté en raison de leurs dettes, et les réformes des rois Agis et Cléomène n'avaient pas rencontré le succès espéré.

A propos du dernier monarque cité il me semble que le moment est venu d'en parler quelque peu car un des héros de "Sparte" est le petit fils de ce Cléomène que l'on peut considérer comme le dernier grand homme de Sparte.

Cléomène III (en grec ancien Κλεομένης / Kleoménês) a été roi de Sparte de 235 à 222 av. J.-C. Issu de la famille des Agiades, c'est le fils de Léonidas II. On peut considérer Cléomène III comme le dernier roi d'envergure de Sparte. Acquis à l'idée d'une réforme radicale de la société lacédémonienne, il s'est efforcé de lui rendre sa grandeur passée en cherchant à restaurer le projet social et politique de Lycurgue. Dans un premier temps, Cléomène cherche à obtenir des succès militaires face à la ligue achéenne pour que dans un deuxième temps, il puisse bénéficier d’un prestige suffisant afin de mettre en place sa politique de réformes. 

 

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber
Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

De retour à Sparte après une expédition en Arcadie, il réussit un coup d’État en 227 qui se conclut par des reformes radicales du système politique afin de restaurer la puissance spartiate. Fidèle à l’esprit réactionnaire de son époque, Cléomène cherche à revenir à la constitution originelle de Lycurgue. Pour ce faire, Cléomène supprime l'éphorat, fait exécuter les éphorestitulaires, avant d'annoncer la restauration des institutions traditionnelles spartiates comme les syssities ou l’agogè. Cléomène procède également à un partage des terres et à une abolition des dettes. Il confère la citoyenneté à 4 000 Périèques ce qui permet de renforcer les effectifs militaires qui s'étaient progressivement effondrés. Dans la continuité, il fait équiper la phalange spartiate à la macédonienne. Contrairement à Agis IV, le règne de Cléomène III est marqué par la guerre lors de la période s’étalant de 229 à 222. Dans la première phase de cette guerre qui est dite cléoménique, son armée fait subir défaite sur défaite à la ligue achéenne dont le chef, Aratos, après la prise d'Argos puis de Corinthe par Cléomène, n'a d'autre solution que de se tourner vers l’ennemi héréditaire des Grecs qui est la Macédoine. Afin de regagner de l’influence dans le Péloponnèse, d’Antigone III Doson répond favorablement à cette proposition. L'intervention de la Macédoine dans le conflit change la donne. Bien que soutenu par l'Égypte lagide de Ptolémée III Evergète, Cléomène est chassé d'Arcadie. La guerre se termine par la déroute spartiate àSellasia en juillet 222. Cette défaite provoque le déclin irrémédiable de Sparte. Cléomène s'enfuit en Égypte où il est reçu par le souverain lagide, son ancien allié. Mais après une tentative de soulever le peuple alexandrin contre le jeune Ptolémée IV en 219, il est arrêté et contraint au suicide.

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

L'histoire de Cléomène est connue par Polybe qui pourtant lui est hostile. Les écrits de Polybe ont comme source les Mémoires d'Aratos. Tite-Live voit en Cléomène « le premier tyran de Lacédémone». Plutarque a écrit sa biographie dans ses Vies parallèles en même temps que celle d'Agis IV. Les deux personnages sont mis en parallèle avec les Gracques. Plutarque est favorable à Cléomène III même si cet auteur utilise Phylarque comme source principale avec une certaine prudence.

On peut dire que que les fascistes du xxe siècle ont été fasciné par l'idéal guerrier de Cléomène III ainsi que par sa capacité à régénéré un corps civique malade. Sa politique de violences notamment celle de son coup d'État en 227 a pu servir de modèle à des acteurs politiques souhaitant s'emparer du pouvoir par le force. En revanche, les théoriciens et les acteurs politiques marxistes n'ont pas su intégrer Cléomène III dans leurs corpus idéologique en raison de l'inexistence d'une universalité dans le cadre de sa politique de réformes sociales.

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Les auteurs donnent un véritable documentaire sur les mœurs et l’organisation sociale de la Sparte antique avec par exemple une explication de ce qu'était l'éducation spartiate ou une représentation du lesché, petite fête eugéniste où l’on jetait les bébés dans un précipice lorsqu’ils étaient trop frêles. Avec une variante moins spectaculaire voilà une solution à méditer  de nos jours comme remède aux surcouts sociaux...

C'est un beau tour de force dans le domaine de la bande dessinée historique qu'ont réussi Simon et Weber, à travers des personnages attachant et ayant une véritable épaisseur que de raconter, surtout par l'intermédiaire de Diodore, la fin politique de Sparte. Elle va d'ailleurs précéder de peu la chute de la Grèce, et sa conquête par l'Empire Romain. Même si ces considérations historiques me semblent trop peu valorisées, en dépit du personnage de Nabis (tyran et dernier roi de Sparte) qui reste au premier plan durant toute l'histoire. Et puis ce n'est pas tous les jours que l'on peut se mettre sous les yeux une bande dessinée crypto gay d'ailleurs assez peu crypto...

Sparte tome III, Ne pas craindre la mort  de Christophe Simon & Patrick Weber

Nota

-1 (http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-sparte-de-christophe-simon-et-patrick-weber-84142664.htmlhttp://www.lesdiagonalesdutemps.com/2014/08/sparte-tome-2-ignorer-toujours-la-douleur-de-simon-et-weber.html)

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Shigeru Mizuki nous a quitté

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C'est une triste nouvelle que nous avons appris le 30 novembre 2015 : le mangaka Shigeru Mizuki nous a quitté à l'âge de 93 ans, après avoir marqué le monde du manga durant plus de cinquante ans.

 

Shigeru Mizuki est un maître reconnu du manga; il a compté parmi ses assistants de grands noms comme Tsuge Yoshiharu, Tatsumi Yoshihiro, ou encore Ikegami Ryôichi. Shigeru Mizuki est né en 1922 dans une petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît une enfance libre et heureuse, période faste dont il s’inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. A 20 ans, il est enrôlé dans l’armée impériale japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Il est envoyé en Nouvelle-Guinée, où il va vivre un crai cauchemar : malaria, mort de ses camarades... Il a transposé cette terrible expérience dans "Opération Mort". Lors d’un bombardement il perd son bras gauche avec lequel il dessinait... Détenu sur place, il se lit d'amitié avec une tribu locale qui le sauve de la famine, de la maladie et de la folie.… Ce n’est finalement qu’en 1957 qu’il entame sa carrière de mangaka qui a fait de lui l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son pays. Professionnellement, il est issu du monde de l’édition populaire de la région d’Osaka. Il s’est rapidement spécialisé dans les histoires de fantômes, démons et esprits traditionnels japonais (les yôkais), même après être devenu un auteur à succès chez le grand éditeur Kôdansha. Il participe en 1964 aux débuts du magazine Garo fondé par Katsuichi Nagai. Le Gekiga (manga dramatique pour adulte) est une partie importante de son oeuvre voir par exemple "Hitler" ou "opération mort". 

Son chef d'oeuvre NonNonBâ a été écrit au début des années 1990. Mizuki pour ce dernier livre a été le premier mangaka à être récompensé par un Fauve d'or en 2007 par le festival d'Angoulême. Shigeru Mizuki est un explorateur du surnaturel mais surtout de l'âme humaine. Pour ceux qui s'intéresse à l'histoire du manga NonNonBâ est en plus précieux car on y voit la naissance de l'imaginaire d'un grand mangaka.

 Sakaiminato, la ville natale de Shigeru Mizuki, située face à la mer du Japon, dans la province de Tottori, a su tirer profit du succès de l'enfant du pays. Autrefois réputé pour sa pêche de crabes, le port a transformé son activité sur le déclin en économie touristique florissante. Désormais, 120 statues de bronze à l'effigie de yōkai bordent les 800 mètres de son avenue principale, rebaptisée la Route Shigeru Mizuki , Mizuki Shigeru Road), et mène à un musée consacré au maître Mizuki Shigeru kinenkan  mémorial Shigeru Mizuki. Ces attractions drainent près d'un million de touristes par an. Les autorités locales sont allées jusqu'à ériger l'univers animé de Mizuki en religion, en élaborant un guide de ses "esprits " et de leurs pouvoirs présumés, comme le don du bonheur ou de la réussite.

Misuki a été mangaka jusqu'à ses derniers instants, puisqu'il a terminé sa dernière oeuvre Watashi no Hibi en mai dernier.

ci-dessous la réédition complétée du billet que j'avais consacré à NomNomBâ

NomNomBâ de Shigeru Mizuki

 

NomNomBâ ne barguignons pas, est un chef d'oeuvre. Et comme beaucoup de cette catégorie, peu étendue, il peut être lu à tous les âges de la vie. Curieusement ce récit d'une enfance, d'une initiation, typiquement japonais, m'a évoqué ceux de Pagnol comme le "Château de ma mère"... Shigeru Mizuki nous raconte son enfance, au début des annèes trente dans une petite bourgade de la cote ouest du Japon. Shigeru est le second enfant d'une fratrie de trois garçons. Le gamin est surnommé Gégé.  Le récit tourne autour de la figure marquante de cette enfance, une vieille dame, presque indigente, que la famille , alors qu'elle n'est guère riche, un peu par charité, emploie pour s'occuper des trois enfants. Shigeru est le plus turbulent, un peu goinfre. Il travaille mal à l'école, passionné de dessin, il préfère réfléchir à la bande dessinée qu'il est en train de réaliser que suivre les cours. Lorsqu'il ne dessine pas il se bat avec sa bande contre une autre bande du bourg. C'est la version nippone de la guerre des boutons... Mais ce qu'il aime par dessus tout c'est écouter les histoires horrifiques que NonNonBâ lui raconte le soir. Nous voyageons dans l’imaginaire du jeune Shigeru, qui cherche sans cesse à en savoir plus sur les yokaïs. La vieille dame dynamique, elle m'a fait penser à cette autre mémé pétulante de la bande dessinée qu'est Prudence Petitpas, est aussi très superstitieuse, pour elle le monde est rempli de Yokais, ce qui explique bien des choses que l'on ne s'explique pas.

 

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Les yōkai sont des êtres surnaturels, monstres, esprits, fantômes...  Il revêtent une multitude de formes et font partie intégrante de l'imaginaire japonais depuis les temps les plus reculés. Ils  proviendraient de la culture animiste des premiers habitants de l'archipel, les Aïnous.

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Dans NonNonBâ, la superstition ne débouche pas sur l'obscurantisme, outre que chaque histoire de NonNonBâ est un conte extraordinaire où l'inquiétant côtoie le merveilleux, mais surtout la vieille dame en tire une leçon de vie pour Shigesu (et par ricochet pour le lecteur). Par exemple si on ne se lave pas bien Akaname la nuit venu vous possède et vient lècher la crasse que l'on a laissé sur sa peau avec sa longue langue brulante...

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Sous le trait de Shigeru Mizuki les yokais ne sont guère terrifiants mais plutôt sympathiques, contrairement à ceux peints par Gekko Hayashi auquel j'ai consacré un billet, c'est ici . Sans parler de ceux nomenclaturés par Toriyama Sekien (1712-1788) qui a réalisé la série des Hyakki Yakô, une encyclopédie en quatre volumes des êtres surnaturels du Japon. D'ailleurs petit à petit Shigeru a moins peur de ces créatures maléfiques, et fait même copain avec l'une d'elle...

On a vu des yokais également chez Osamu Tezuka, dans "Hato" dans lequel les yokais ont également une bonne tête, dans le beau film de Keiichi Hara, "Un été avec Coo" où comment adopter un yokai  et chez Miyazaki en particulier dans "Le voyage de Chihiro" et dans "La princesse Mononoke" d'ailleurs mononoke est l'autre nom des yokais...

 

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Si lors de mes voyages au Japon, j'ai scruté les arbres, en particulier aux alentours de Nara que je trouvais propice à cela, pour voir s'il n'y avait pas un totoro perché attendant l'autobus-chat, durant le prochain, cette fois en plus, j'examinerai le plafond de ma chambre pour tenter d'apercevoir Akaname. Je surveillerai mes arrières pour que Nurunur bôzu ne s’accroche pas à mon dos sinon je serais très fatigué et j'aurais très faim jusqu'à peut être mourir d'inanition, à  moins que pour m'en débarrasser je m'expose au soleil... Lorsque je me promènerai sur la petite plage de la baie de Tokyo, j'aurai garde que Umi-Zu le bonze des mers, ne m'entraine pas vers le fond...

Ce livre merveilleux est une immersion dans un Japon à jamais disparu tué à la fois par la dernière guerre qui a occasionné des destructions massives dans tout l'archipel et par le modernisme qui a profondément modifié le peuple japonais qui a déserté les campagnes.

C'est avec beaucoup de tendresse et de générosité que Shigeru Mizuki campe son petit monde, NonNonBâ, la nounou que nous aurions tous voulu avoir, mais aussi ses parents, son père, inoubliable farfelu, intellectuel philosophe, un brin mythomane et un peu feignace mais bougrement perspicace, qui, d’employé de banque dilettante, se mue un beau jour en gérant de cinéma avec l'ambition de répandre la culture dans sa petite province… La mère aussi, fière de ses origines familiales prestigieuses d'après ce que l'on comprend, de samouraïs tombés dans la dèche, très inquiète du caractère fantaisiste de son époux, mais qui, par amour, finit toujours par le suivre dans ses choix pas toujours judicieux. Sont merveilleusement exprimés les sentiments qui couvent, les non-dits, la mutation du Japon des années 30 ...

 

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Le récit progresse tranquillement, au rythme des souvenirs d’enfance, doux ou amers, racontés sans urgence. Il est scindé en deux parties chacune suivant deux amitiés de Shigeru qui sont des prémices de l’amour. Ces deux chapitres sont eux même constitués de plusieurs petites saynètes qui sont autant d'étapes dans la vie de Shigeru. 

La lecture de ce long récit, 413 pages, qui parait trop court, est rendu fluide par le découpage, qui ne dépaysera pas les habitués de la bande dessinée franco-belge, et par un dessin très clair. Ce dernier à la particularité de faire mouvoir des personnages assez caricaturaux et sympathiques sur des décors parfois extrêmement dépouillés ou en d'autres occasions très fouillés et très beaux, visiblement issus de photographies.

 

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Les personnages de NonNonBâ ne sont guère héroïques; ils sont simplement humains, bien peu d'êtres de papier sont aussi humains que ceux là... Parfois ils émettent des sentences qu'il serait bon de méditer, comme celle-ci: " Prends bien soin de ton chagrin, c'est un trésor (...). L'école, tu sais... il suffit de travailler juste assez pour ne pas rater les examens. Mais ce qui compte vraiment, c'est d'accumuler les trésors de l'instant qui passe. Un jour ils te serviront " ou encore: "Enfin... Si tu veux vraiment mourir, vas-y... Personnellement, je crois que ça n'en vaut pas la peine, mais bon... Pour un homme, les femmes sont des sortes de profs, qui t'enseigneront quantité de choses qu'on apprend pas à l'école. Tu peux arrêter l'école, mais ne cesse jamais de tomber amoureux des femmes. Voilà, c'est mon dernier mot avant mon départ".

 

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Il est difficile de parler d'un tel ouvrage qui est un bonheur constant de lecture, même lorsqu'il vous tire des larmes, tant il est riche. Il est tant de choses à la fois, Il mêle en effet chronique familiale, récit d’initiation, incursions dans le merveilleux, étude sociologique d'une petite ville avant que la guerre la dévaste et que le modernisme rende obsolète son mode de vie, enfin pas tout à fait lorsqu'on lit un autre merveilleux livre, Manabé Shima de Florent Chavouet (que j'ai critiqué ici). C'est aussi un album qui nous en apprend beaucoup sur le Japon de cette époque, un pays pauvre (mais la pauvreté n'est que suggérée, évitant tout misérabilisme), si pauvre que dans certaines campagnes des parents sont contraints de vendre leurs enfants. Un pays saoulé de propagande militariste jusque d'en ses moindres recoins; à ce sujet l'incipit de l'album " Il y a à peu près soixante ans de cela, au tout début des années 1930, les enfants de mon quartier passaient leur temps à jouer à la guerre." est révélateur. Si Mizuki fait de ses, tout compte fait gentil monstres, son principal thème, il aborde aussi par la bande, c'est le cas de le dire, des problèmes de société comme l'esprit militariste, les difficultés financières familiales, l'arrivée de cultures étrangères et de la modernité, la condition des enfants...

 

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L'éditeur, Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations qui fournissent au lecteur de nombreux éléments lui permettant de mieux appréhender une culture étrangère et complexe et d'enrichir ainsi considérablement sa lecture. Le volume  est un beau gros livre d'  un grand format avec un papier épais et d'un beau blanc. En 2007, le jury du festival d’Angoulême a attribué le prix du "Meilleur album " pour le manga à NonNonBâ qui est le premier manga à avoir été primé au Festival. Depuis Shigeru Mizuki a reçu l''essentiel patrimoine' au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2009 pour "Opération mort". 

Après cette plongée dans ce Japon le lecteur, qui aura bien du mal tantôt à cacher ses larmes, tantôt à réprimer son rire, comme Shigeru, grâce à la morale de NonNonBâ, respectueuse des équilibres de la vie, des réalités visibles comme invisibles et de celle du père de Shigeru qui lui transmet une vision de l’existence à la fois détachée et épicurienne sortira riche d'u regard sur le monde qui l’aidera, tout comme pour Shigeru à surmonter ces douleurs qui "font grandir le cœur".

 

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Nota

1- Pour plus d'informations sur les yokais il faut lire  "Esprits et créatures fabuleuses du Japon"  de Sylvain Jolivait aux éditions You Feng.

2- Pour en savoir plus sur la revue Garo, je vous conseille vivement d’écouter à ce propos la capsule audio d’Erwin Dejasse consacrée à la revue et enregistrée pour l’émission Radio GrandPapier. Huit minutes passionnantes pour découvrir succinctement le contexte de parution de GARO Voici le lien : http://radio.grandpapier.org/La-rev...

 

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Comme dans le dernier Alix de la série mère, c'est, comme son titre l'indique, Sparte qui est au centre de cette nouvelle aventure. Je ne sais si les deux équipes se sont concertées mais on retrouve un peu un échos de "Par-delà le Stix dans Les démons de Sparte puisque là également apparait Héraklion. Une des bonnes idées de cette belle séquelle est de renvoyer régulièrement à la série mère. La précédente trilogie faisait allusion notamment au "Tombeau étrusque" alors que cette nouvelle aventure en appelle au "Dernier de spartiates". 

Auguste envoie Alix en mission en Grèce afin de récupérer et d’envoyer à Rome les fameux livres sibyllins. Ces livres légendaires collationnent l’ensemble des prophéties des oracles d’Apollon. C’est d’ailleurs une prophétie d’un de ces oracles qui a appuyé le statut divin d’Auguste (voir Alix Le Tombeau Etrusque).
Un commando de dissidents spartiates opposés à Rome et réclamant l’indépendance tente de s’emparer de ces livres, trésors nationaux. Alix doit intervenir. Khéphren continue discrètement à jouer un double jeu. Sa rancoeur envers Alix est attisée par ce nouvel évènement. Il trouve légitime le fait que les livres restent en Grèce.
Lors de son périple, Alix croise Héraklion, descendant spartiate, dont il a été une sorte de tuteur lorsque Héraklion était enfant (voir "Le dernier des spartiate" et "Par-delà le Styx"). Ce dernier est un patriote, mais il admet la puissance de Rome et conteste les actes de « terrorisme » de certains de ses compatriotes.
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue parmi les soi-disant alliés de Rome. Un nouveau complot se trame….

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Précisons tout de suite que le transfert des Livres sibyllins dans le temple d'Apollon sur le Palatin à la demande d'Auguste est un fait historique qui a bien eu lieu en -12 av. J.C. comme il est mentionné dans l'album.

C'est avec une grande fluidité que Valérie Mangin parvient à faire passer beaucoup d'information sur le monde romain à l'époque d'Auguste sans pour cela nuire à la fluidité du récit.

Les quatre tomes d'Alix senator se déroulent en -12 av. J.C. Le choix de cette année là pour faire réapparaitre Alix, n'en doutons pas, a été murement réfléchit et il me parait judicieux. -12 a été riche en évènements tout en étant pas une date cruciale; donc un millésime où il sera aisé de glisser dans l'Histoire les aventures des protagonistes de la série.

Cette année là en effet les livres Sybyllins sont bien apportés à Rome. En revanche Lépide meurt en -13 av J.C. et non en -12 av J.C. comme dans les premières pages des "Aigles de sang". Mais c'est bien Auguste qui lui succède comme Grand pontife, un an plus tard que dans l'album. En revanche c'est bien en -12 qu'Agripa décède. Lépide comme Agripa seraient mort de maladie et non de l'attaque d'aigles comme dans le scénario d'Alix senator. A cette date le préfet d'Egypte est bien Barbarus comme il apparait dans le deuxième volume de la série.

La plus grande entorse historique des quatre albums d'Alix senator est l'assassina en plein sénat en -12 av J;C. de Cesarion, né en - 44, fils de César et de Cléopâtre; dans la réalité il fut probablement tué sur ordre d'Auguste dès la victoire de ce dernier sur Marc-Antoine.  

En - 12 Auguste est agé de 51 ans, il est né en -63 av J.C. Si l'on se réfère au Tombeau Etrusque, première apparition conjointe d'Alix et d'Octave (le futur Auguste), Alix est plus âgé que l'empereur. L'érudit en martinologie, qu'est Jacky-Charles  situe le Tombeau Etrusque en -49, ce qui est possible Octave à donc 14 ans et Alix étant né en -68, 19. Lorsque débute la série d'Alix senator Alix aurait donc 56 ans et l'on peut envisager que son fils, Titus à 16 ans et celui d'Enak, Kephren dont il a la charge à 18 ans.

Tégyre vu Thierry Demarez

Tégyre vu Thierry Demarez

Il n'est pas inutile me semble-t-il, pour bien apprécier l'album de faire quelques rappels historiques par exemple pour Tégyre et l'omphalos, voir immédiatement ci-dessous:

Histoire de la divination dans l'antiquité

Histoire de la divination dans l'antiquité

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Selon la cosmogonie de la religion grecque antiqueZeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 

Après ces petits rappels d'Histoire romaine, revenons à notre bande dessinée.

L'album n'est pas avare de clins d'oeil pour les férus de péplum et aussi d'Histoire de la bande dessinée ainsi dans l'image ci-dessus j'ai cru, tout au fond de l'image, reconnaitre le mignon Giton du Satyricon de Fellini. Le personnage de Numa Sadulus est inspiré d'un ami de Jacques Martin, l'écrivain tintinilogue Numa Sadoul.

En reprenant des personnages épisodiques de la série mère, Alix senator épaissit la saga martinienne, répondant à la question que se pose immanquablement tous les lecteurs curieux: Que sont-ils devenu. Avec "Les démons de Sparte" nous avons la réponse pour l'un des plus attachant, Heraklion. Dans les "3 albums grecs" de Jacques Martin, il n'est qu'un enfant assez passif. Il a une certaine noblesse dans son maintien, mais s'exprime peu. Comment deviner ce qu'il va devenir?

Valérie Mangin et Thierry Demarez nous proposent une réponse assez logique à cette question.. L'enfant est devenu un vrai spartiate, ce que Marc Jailloux suggére d'ailleurs déjà dans Par delà de Styx.  Nous découvrons qu'Heraklion est devenu un soldat barbu, d'aspect énergique et aux traits assez sévères. Cette transformation est séduisante, et elle nous suggère toute une vie (encore mal connue) d'aventures de combats et d'expériences diverses. La confrontation du portrait que dessine Marc Jailloux, avec celui de Thierry Demarez, est à cet égard intéressante.

      

 

Autre grand retour dans "Les démons de Sparte": celui de Numa Sadulus ! Ce personnage est apparu dans l'Enfant grec, pour le créer, Jacques Martin s'était inspiré du critique de bande dessinée Numa Sadoul. Ce dernier a fait une belle carrière de critique, en publiant plusieurs interviews très complètes de grands auteurs de BD (Franquin, Hergé ou Uderzo) et Jacques Martin lui trouvait une personnalité un peu équivoque.  Ci-dessous à gauche une photo de Numa Sadoul à l'époque de l'Enfant grec et à droite Numa Sadulus dans ce même album. 



Numa Sadulus s'était compromis avec Arbacès dans la Chute d'Icare avant de s'éclipser avec une bande de pirates. Il réapparait dans les Démons de Sparte et ressemble cette fois-ci beaucoup plus à un scélérat, même s'il reste élégant et cultivé. Ce grand retour explique bien sûr le choix de Numa Sadoul pour écrire la préface des Démons de Sparte.
Sadoul dans cette préface semble s'étonner de la ressemblance persistante de Numa Sadulus avec lui-même, mais je pense qu'il n'y a pas de hasard. Thierry Demarez s'est probablement aidé de photos récentes du critique que l'on peut trouver facilement sur Internet. Ci-dessous une nouvelle comparaison entre le visage actuel, à droite, de Numa Sadoul et à gauche le Numa Sadulus dans Les démons de Sparte.





Remarquons que dans ce nouvel album, Numa Sadulus se montre plutôt malfaisant, mais qu'Alix semble incapable de le punir de ses méfaits. Alix serait-il lui aussi devenu "ambigu" ?

Après avoir parlé des personnages qui réapparessent voyons en un nouveau: Xanthos. C'est l'esclave et l'homme de confiance d'Alix. Xanthos est issu d'une vieille famille de Sparte. Ses grands parents ont été réduits en esclavage et déportés en Italie à l'issue de l'expédition du consul Sylla en Grèce. Alors que Xanthos est très brun son nom en grec signifie blond! Ce nouveau personnage est intéressant à plus d'un titre. Il fait entrer dans la saga d'Alix, un esclave qui n'est pas cette fois un personnage "décor" mais un véritable actant de l'histoire. Il donne à la scénariste la possibilité de faire entrer dans le récit la problématique cruciale de l'esclavage dans le monde romain. Plus trivialement il donne un interlocuteur à Alix, lors de ses déplacements. Il prend un peu la place, pour cette fonction de celle que tenait Enak dans la série mère, en même temps il est un peu le fidèle "Nasir" d'Alix.

Valérie Mangin intègre dans son récit quelques énigmes dont on peut supposer qu'elles seront la source de nouvelles aventures, dans des albums ultérieurs. Il y a en particulier cette énigmatique rencontre de Titus avec la pythie de Delphes. Manifestement, le fils d'Alix s'interroge depuis longtemps sur l'identité de sa mère, mais l'oracle lui donne une réponse énigmatique. Pauvre Titus, dont nous partageons un peu le désarroi, puisque nous aussi aimerions savoir le nom de sa mère. Quel est donc ce danger mortel qui plane autour de la mère de Titus ? Qui peut être cette grande dame romaine, probablement entourée d'intrigues, qui n'a probablement pas intérêt à faire connaître l'existence de son fils ? 

 

Le dessin de Thierry Demarez est très beau surtout pour les architectures. Dans ce domaine, par rapport au premier album il a corrigé les défaut de perspective et en particulier il a eu le bon ton de supprimé les fuyantes verticales, ce qui était presque un défaut de débutant. Il a également grandement amélioré son encrage qui était défectueux dans certaines cases du premier album. Il a toujours un léger souci avec les visages des personnages et en particulier avec celui d'Alix qu'il ne "tient" pas encore complètement et malheureusement ses corps manquent de sensualité.

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Malgré ces quelques réserve, Alix senator est la plus belle série historique en cours de la bande-dessinée franco-belge.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

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Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

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Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

Dad appartient à la grande famille de la BD classique, et plus précisément elle fait partie de ce que l'on appelle les séries familiale. Les garnements de Pim Pam Poum  pourchassés par le "capitaine" fut l'une des première. Elle ouvrit la voie à bien d'autres, les très sages Triplés, le machiavélique Calvin flanqué de son tigre en peluche, Hobbes, et surtout l'archétype du genre en BD franco-belge, Boule et Bill, l'amitié indéfectible entre un garçonnet et son chien, entouré d'une famille immuable : père qui travaille-mère au foyer, pavillon de banlieue et 2CV rouge. C'est sur ce modèle que se sont développés les personnages qui ont pris la suite de ce créneau, comme Cédric. Avec des figures imposées : la mère est au foyer (la maman de Cédric travaille dans une boulangerie pendant un demi-tome sur les 25 que compte la série), le père ramène l'argent au foyer et met les pieds sur la table basse en empoignant son journal le temps que le dîner soit servi.

Quand on compare Dad à Boule et Bill, bande dessinée assez semblable dans les intentions, destinée d'abord à un public enfantin et toutes deux circonscrites le plus souvent dans un tout petit périmètre, la maison et sa proximité pour Boule et Bill, l'appartement, le square et le supermarché tout près pour Dad, on voit combien la société à changé depuis la fin des années 50. Y pointe même la question de genre car on peut imaginer que les quatre mères de ses filles sont assez viriles. La première, que l’on entraperçoit dans le premier album est maire de sa cité. Dans Dad les femmes ne sont pas forcément la douceur et la bienveillance incarnées. Dad lui est un homme très rond et maternel. Il a un côté féminin et il est très zen...

Rien de commun, entre le quotidien du père de Bill, avec sa gentille femme, à la maison entre ménage et cuisine, d’il y a plus de 50 ans et celui de Dad à la tête d'une famille monoparentale d’aujourd’hui. Surtout celle de Dad, le héros de la série de Nob. Ce papa poule célibataire doit gérer la cohabitation de quatre filles, (chacune d'une mère différente, très différente) toutes aux caractères bien affirmés. Ce père moderne est un acteur quadragénaire plus dévolu aux panouilles qu'aux grands rôles. Comme jadis Boule et Bill on peut lire cette série chaque semaine dans l'indispensable Spirou où Nob sévit également avec talent dans le non moins indispensable "Atelier mastodonte".

 

On suppose au héros de la série, une jeunesse insouciante de fête en fête, et un passé de comédien en quête nonchalante d’un rôle pour assurer sa subsistance. À quarante ans bien sonnés, on subodore que c'est plus les pensions alimentaires des mères de ses filles que ses maigres cachets qui font bouillir la marmite. Avec son corps tout en rondeurs, et quatre filles cet éternel adolescent qui en a la garde àde quoi l’occuper toute la journée !

L’aînée, Pandora, est une étudiante sérieuse, un brin trop sérieuse, ce n’est pas le cas de la collégienne Ondine, assez futile, obnubilée par ses amours adolescentes, Roxane est une écolière sportive et espiègle, quant à la petite dernière, la métisse Bérénice, c’est encore un bébé, c’est pour cela que la famille la surnomme Bébérénice.

Le quotidien de Dad et de ses quatre filles est détaillé dans une série de courtes histoires, d’une à trois planches. Père attentionné, mais pas irréprochable, le comédien intermittent, affronte les humeurs de ses filles avec un détachement feint et beaucoup de tendresse. Il subit aussi leurs sarcasmes quand il doit monter, avec grande peine, un meuble IKEA ou qu’il s’essaye au sport.

Tous ces petits soucis sont oubliés quand ils passent ensemble de bons moments ou bien, lorsque des mamans inconnues le regardent avec bienveillance quand il emmène la petite dernière à la crèche ou, enfin, certains soirs, quand Dad console affectueusement un adolescent boutonneux, amoureux éconduit d’Ondine.

Dad c’est un papa poule au caractère de caramel mou, un héros du quotidien sans une once de méchanceté. Jamais grossier, dépourvu de tout cynisme, il réinvente l’esprit de famille comme Roba l’avait fait dans Boule et Bill. 

Nob a su trouver le ton juste pour parler de la famille d’aujourd’hui, loin des stéréotypes véhiculés par des BD plus anciennes telles « Boule et Bill » ou « Cédric ». Jamais de pathos dans de courts récits drôles et attachants, mais des rebondissements truculents et une fraîcheur très communicative. Nob est aussi un grand observateur de la société d'aujourd'hui avec la même acuité qu'avaient hier Claire Brétécher et Lauzier mais sans l'acrimonie de ce dernier.

Le dessin rond et efficace est un des atouts d’une série qui a d’ores et déjà rencontré son public. Le tome 1 a bénéficié d’un tirage initial à hauteur de 40 000 exemplaires, a été rapidement réimprimé pour 15 000 exemplaires supplémentaires, au vu de la demande. De fort bon augure pour la pérennité de la série. Un second album est sorti fin 2015. Deux autres sont prévus pour 2016

Dans une interview au "Soir" Nob confiait la part autobiographique qu'il y a dans Dad: << J’admire le talent d’illustrateur de Roba, ses couleurs aussi. J’essaie de retrouver un peu de tout ça dans Dad. Dans la vraie vie, je suis aussi très Boule et Bill. J’ai une famille sans problème avec une femme et des enfants. Au contraire de mon père qui a connu des situations très compliquées avec plusieurs épouses. D’ailleurs quand j’ai créé le personnage de Dad, il a cru que c’était lui. En fait c’est un peu lui mais pour le caractère, c’est surtout moi.>>.

 
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob
Dad Tome 1 : Filles à papa par Nob

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L'Iliade par Cuvelier

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L'Iliade par Cuvelier
L'Iliade par Cuvelier
L'Iliade par Cuvelier

Dans les années 50, dans les pages du journal Tintin, Cuvelier résumait en l'iliade en quatre pages de bandes dessineés!

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

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Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dernier album des aventures d'Alix, "Par-delà le styx", dessiné par Marc Jailloux sur un scénario de Mathieu Breda, s'il est réussi, met paradoxalement en évidence la tare de la bande-dessinée franco-belge et particulièrement la série Alix: Soit qu'il est impossible pour une bande dessinée ambitieuse comme l'est celle-ci de développer un scènario complexe en 48 pages. Je n'arrive pas à comprendre comment ce fait qui dure depuis des années n'est presque jamais soulevé. Les albums n'ont pas assez de pages. Mathieu Bréda a astucieusement contourné l'obstacle en faisant de "Par-delà le styx" la suite du "Dernier des spartiates". Les deux albums rassemblés en un seul on obtient une remarquable histoire, peut être la meilleure de la série. Jacques Martin cette fois peut être fier de ses successeurs. Mais là où le bât blesse c'est que "Par-delà le Styx", lu seul, est presque incompréhensible. C'est comme de lire "Vingt ans après" sans connaitre "Les trois mousquetaires".  

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Par quelle aberration en est on arrivé à cet étiage de 48 pages alors que les albums dessinés par Jacques Martin, jusqu'à "Iorix le grand", avaient une pagination qui oscillait entre 56 et 64 pages. Pour des raisons commerciales bien sûr, qui, à courte vue, ont prévalues sur les considérations artistiques. 

J'ai déboursé 11,50 € pour l'achat de cet album. Il me semble qu'en poussant le prix jusqu'à 15€ pour 64 pages (pagination du "Dernier des spartiates") on ne découragerait que fort peu d'acheteurs et qu'au contraire sur un long terme ceux-ci augmenteraient.

L'amateur de bandes-dessinées n'a plus, comme c'était le cas au début des années 60, le choix unique des albums (je laisse de coté les petits formats) issus du gisement de la B.D. franco-belge. Il y a les comics américains, de plus en plus présentés sous forme de recueils bénéficiant d'une reliure rigide, et surtout les mangas que j'apparente beaucoup plus par leur ambition et la très grande qualité artistique de certains d'entre eux, au grandes séries franco-belges qu'à nos petits formats de jadis, même, s'ils en possèdent le format.

Il se trouve qu'en même temps que l'album d'Alix, j'ai acheté le tome 11 de "Cesare", un manga de Fuyumi Soryo, qui détaille la vie de Cesare Borgia. L'auteure en profite pour faire un vaste panorama  des enjeux politiques, artistiques et philosophiques de la Renaissance. Si les différences avec la saga martinienne sont évidentes, à commencer par le fait que "Cesare" prend comme héros principal un personnage ayant réellement existé, Angelo, le jeune et joli garçon inventé par Fuyumi est plus un témoins narrateur qu'un véritable acteur de l'histoire. Mais les points communs sont nombreux, en premier lieu, le genre, celui de la bande dessinée historique. On peut donc penser que les deux séries s'adressent au même public (j'en suis la preuve vivante). Pour ce nouveau fascicule de Cesare, j'ai déboursé 7, 90 € pour quelques 250 pages, certes la plupart sont en noir et blanc et toutes d'un format plus réduit. Il reste que pour allez de novembre 1491 à juillet 1492 il a fallu à notre japonaise érudite 2750 pages même si celles-ci ont le 1/3 de la superficie de celle d'un album d'Alix, on arrive, si l'on fait l'équivalence, à un peu plus de 900 pages; pages qui ne m'ont pas ennuyé une seconde. Je ne préconise pas un tel ralentissement du temps dans les scénarios des bandes-dessinées occidentales mais il n'est pas interdit ni de comparer, ni de réfléchir à cette dilatation du temps dans les mangas (j'aurais pu prendre comme exemple d'autres mangas historique tel "Zipang", "Jin", "Vagabond" ou encore "Le chef de Nobunaga"). Cette dilatation du temps n'exclut pas l'action; elle ne manque pas dans Cesare. Mais une telle temporalité permet de développer moult personnages et intrigues annexes et surtout dans Cesare d'offrir de nombreuses cases montrant la magnificence du décor de l'Italie de la Renaissance. On regrette qu'en raison du peu de place il ne soit laissé dans les albums d'Alix, à celle de l'antiquité, que la portion congrue. C'est d'autant plus regrettable qu'en matière de représentation de monuments Marc Jailloux n'a rien à envier à la pourtant excellente Fuyumi Soryo.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le scénario d'"Au-delà du Styx" est à la fois mince et complexe par le cadre dans lequel il se déroule, la recherche par Alix d'un père de substitution pour le garçon dont il a la charge mais dans un monde en guerre. Or donc, Alix part en Afrique du nord pour retrouver Astyanax, le dernier soutien d'Héraklion, garçon dont Alix à la charge, et quelle charge! Le garçon d'une douzaine d'années semble à la fois caractériel et mélancolique; traumatisé qu'il est, par la mort de sa mère et l'écroulement des derniers pans de la civilisation spartiate qui l'a vu naitre (Tout est dans "Le dernier spartiate", album dans lequel nous faisons la connaissance d'Héraklion et d'autres acteurs majeurs de "Par-delà le Styx") part en Afrique du nord où va se dérouler la grande bataille de Thapsus dans laquelle les derniers partisans de Pompée vont affronter l'armée de César. Les férus de Montherlant se rappelleront que c'est dans cette période que l'académicien situe sa pièce "La guerre civile", exactement avant la bataille de Dyrrachium qui aura lieu elle du 12 au 15 juin soit un peu plus de deux mois après les combats mis en scène dans l'album. Comme dans "La guerre civile" nous allons croiser plusieurs personnages historiques dans "Par-delà le Styx". Tout d'abord Marc-Antoine qui alors règne à Rome pendant que César bataille, puis César, Caton et Juba.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Petits rappels historiques qui auraient été bien utiles en fin d'album par exemple, puisque cette fois l'aventure étant précisément située dans le temps et l'espace. La bataille de Thapsus (aujourd’hui Rad Dimassen Tunisie) qui est au coeur de cette aventure, se déroule le 6 avril 46 av. J.C. On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum (maître de cavalerie) de Jules César, fonction qu'il exerça en 48 et 47, en alternance avec Lépide (magister equitum 45-44). (En 46, César étant consul, il n'y a ni dictateur ni maître de cavalerie.).

On appelle «maître de cavalerie» le bras droit du dictateur. La dictature est une magistrature spéciale, normalement limitée à six mois. En des circonstances graves, un dictateur va donc remplacer les deux consuls (élus pour un an). En 49 av. n.È., Jules César s'était octroyé la dictature pour un an, puis se l'était faite conférer pour dix ans (47) et à vie enfin (44), rompant avec le principe républicain d'une magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulguera une lex Antonia de dictatura tollenda abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Pour cause d'obsolescence, Auguste ne la rétablira pas.

D'abord comme propréteur puis comme maître de cavalerie, Marc Antoine a donc la charge d'administrer l'Italie (la ville de Rome relevant du préteur urbain Lépide) en l'absence du dictateur.

Dans sa jeunesse Antoine, cousin de César (sa mère étant une Julia), scandalisa Rome le en affichant une liaison homosexuelle avec son ami Curion [C. Scribonius Curio], chose très mal vue entre citoyens. Réalité ou, de sa part, provocation de dandy ? 
Homme austère (la formule César 
«mari de toutes les femmes et femme de tous les maris» est de lui), C. Scribonius Curio (cos. 76), aurait épongé les dettes de Marc Antoine (250 talents) pour qu'il fasse taire la rumeur et s'éloigne de son fils. 

Thapsus marquera la fin de l'affrontement entre Jules César et Pompée puis après la mort de ce dernier avec ses anciens partisans. L'armée du parti conservateur Optimates est conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie. Elle se bat contre les forces de Jules César qui finissent par avoir le dessus. Les pachyderme utilisé à la guerre Juba 1er sont des éléphant de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis), 3,5 m au garrot, 5 tonnes. Dans cette bataille, la fameuse légion gauloise Alaudae s'est illustrée contre eux, et prit l'éléphant pour emblème sur ses enseignes. 

Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu. Auparavant ont eu leu les combats de Dyrrachium (dans l'actuelle Albanie) le 10 juillet 48 avant Jésus-Christ" A Dyrrachium "les Populares de Jules César sont vaincus mais le 9 aout de la même année, ils sont vainqueurs dans la bataille décisive de Pharsale. Pompée sera assassiné le 16 aout lors de son arrivée en Egypte (ce sont les dates que donnent Carcopino d'autres érudits les décalent de quelques jours mais restent dans les mêmes eaux.

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Après avoir donné une précision historique regardons la géographie de "Par delà le Styx". Dans ce nouvel album on voit la demeure d'Alix. On la découvrait dans la première image des "Légions perdues". On constate que la terrasse de la maison d'Alix domine les toits de Rome. Nous savons donc que sa maison sur trouve sur une colline, mais laquelle? On désigne souvent Rome comme la ville aux 7 collines. Il y a le Palatin, le Capitole, l'Aventin, le Caelius, l'Esquilin, le Viminal et le Quirinal. Toutes ces collines se trouvent à l'est du Tibre. Vous pouvez le vérifier dans la carte ci-dessous.





Les "Légions perdues" ne nous donnent pas plus d'information. Il faut parcourir les pages du "Fils de Spartacus" pour continuer l'enquête. Au début de cet album, Maia et Spartaculus se rendent vers la maison d'Alix. Jacques Martin nous apprend alors qu'elle se trouve sur les pentes du Janicule. 
Le Janicule est une autre colline. Elle se trouve à l'ouest du Tibre (dans les parages de l'actuel Vatican). Elle
 domine le quartier du Transtévère, où du reste César possédait une villa où il logea Cléopâtre laquelle, en tant que reine, n’avait pas le droit de franchir l’enceinte républicaine du Pomoerium (le sillon tracé par Romulus).. Cela est surprenant, cette région était encore placée "extra muros" à l'époque de Jules César. Toutefois, en continuant la lecture du Fils de Spartacus, Jacques Martin nous confirme cette localisation atypique. En effet, lorsqu'Alix quitte sa maison pour se rendre vers le forum, au centre de la ville, il doit traverser le Tibre.

En prenant en compte la vue depuis la terrasse, et le fait qu'à la page 13 des Légions perdues, lorsqu'Alix discute avec Agerix, on voit le pont Aemilius en contrebas, la maison d'Alix doit à peu près se trouver dans la zone encadrée en rouge sur la carte dessous :


 

 

Si Alix habite bien le Janicule, la vignette d’ouverture des LEGIONS PERDUES prend tout son sens : on y voit à gauche le Palatin avec son temple de Jupiter très bon et très grand, puis au centre du paysage le mont Caelius et, à droite, l’Aventin.



Il existe un troisième album qui nous montre la maison d'Alix, c'est "Roma Roma". On y retrouve une terrasse qui domine la cité, mais rien d'autre. Les alentours de la maison d'Alix se situent sur le flanc d'une colline. C'est indiqué aussi bien par Jacques Martin que par Morales. Ci-dessous l'extérieur de la maison dessiné par Jacques Martin, dans "le Fils de Spartacus". 



Et voici la même rue dans Roma Roma. On découvre une contradiction entre les deux albums, car la rue monte de façon continue chez Morales, tandis qu'elle grimpe en escaliers chez Jacques Martin. 

Dès la première page, on découvre Alix et Enak qui avancent dans la nuit, dans une rue qui se trouve certainement sur la haut de sa maison. Elle est perpendiculaire par rapport à la pente de la colline.

Il y a ensuite une petite rue qui remonte le Janicule et qui longe la maison d'Alix avant d'arriver à cette même rue. Jacques Martin la montrait ainsi, dans le Fils de Spartacus. Les cases de Marc Jailloux sont tout à fait cohérentes avec celle dessinée par Jacques Martin (immédiatement ci-dessous).



On peut penser que la terrasse se trouve du côté de la demeure qui fait face au Tibre, et qui offre une vue spectaculaire sur la ville. Rafael Morales la dessinait sur deux niveaux et Marc Jailloux par cohérence adopte le même choix. Il nous montre ici la maison et sa terrasse vue depuis la petite rue montante..



Dans l'image immédiatement ci-dessus, on découvre les demeures qui sont à côté de la maison d'Alix, sur le Janicule. Cette vue "latérale" provient totalement de l'imagination de Marc Jailloux, et elle est logique si on prend en compte la position des personnages, qui se trouvent sur la partie haute de la terrasse.
 
 
Dans la série Alix senator, la maison d'Alix n'est manifestement pas sur une colline d'où il aurait une vue panoramique sur Rome. Il a dû déménager, se rapprocher du centre de l'Urbs... 

Outre sa situation on a quelques difficulté à imaginer la demeure de notre héros. Il semble bien que les images où elle apparait dans les différents albums, dus à plusieurs dessinateurs, permettent que difficilement de se la représenter. Ce qui n'a pas empêché un lecteur d'Alix marseillais, martinophile distingué, Loup 79 (voir http://lectraymond.forumactif.com/t369p45-la-demeure-d-alix) d'en proposer une vision très convaincante, mais quid de la terrasse!
 
 
reconstitution d'une villa de Pompei

reconstitution d'une villa de Pompei

Dans un même album on peut trouver des incohérences architecturales

Par exemple ces deux images de la demeure d'Alix dans "Roma roma", dessiné par Morales, ne me paraissent pas complètement raccords.

Mais plus grave à propos de ces images et des terrasses qui apparaissent dans les différents albums, la maison d'alix est représenté la première fois "La légion perdue", il y est à craindre que nous soyons là en présence d'un de ces anachronismes que pourtant Jacques Martin et ses successeurs ont de cesse de traquer. Car les villas pompéiennes types de ce que pourrait être la domus d'un patricien comme Alix ne comportent pas ce genre de terrasses, en revanche elles sont très présentes dans l'architecture italienne et méditerranéenne actuelle.

Certes on retrouve des balcons dans d'autres péplums qu'Alix dans la série SPARTACUS (peut être pas un modèle d'exactitude historique, c'est un euphémisme.) par exemple le balcon de la maison de Batiatus; mais ce n'est pas une villa ordinaire qu'habite ce laniste. C'est un ludus. On peut penser que le propriétaire d'une école de gladiateur devait disposer d'un point d'observation pour surveiller l'entraînement de ses hommes, et éventuellement y inviter de riches organisateurs de combats intéressés de lui en louer quelques uns de ses gladiateurs. Du reste, ce balcon est manifestement inspiré de la loge qui domine l'arène privée (en bois) où Peter Ustinov/Batiatus convie ses invités dans le SPARTACUS de Kubrick. Et puis en peinture Alma-Tadema affectionne particulièrement les terrasses mais d'une part je ne fais guère confiance à ce peintre en matière de vérité historique et d'autre part il ne faut pas confondre Rome et Baïes. 
 

 

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Jacques Martin répugnait à se laisser trop ligoter par des faits historiques trop précis qui auraient bridé sa liberté de scénariste. Sur 34 albums, 4 seulement sont clairement datés par un fait historique connu: il s'agit des albums suivant: « Alix l'intrépide », « Le sphinx d'or », « L'Ibère » et donc ce dernier opus  Martin rêvait une sorte de Rome intemporelle sans trop se focaliser sur la chronologie événementielle. Rendons donc hommage a Mathieu Breda qui a su parfaitement enserrer son histoire dans une trame historique aussi serrée.

Mais cette imbrication serrée des péripéties d'un personnage de fiction avec des fait historique, si elle semble se répandre de plus en plus dans la bande dessinée et pas seulement franco-belge et aussi japonaise, je reviendrais sur ce sujet, va à l'encontre de l'un des dogmes de la B.D. classique: le non vieillissement des personnages. Dès l'instant où l'on fait mouvoir le héros dans l'Histoire cela devient impossible de même, comme c'est le cas ici lorsqu'on produit une suite à un album déjà existant, alors le facteur temps ne peut plus être nié.

S'il était possible de garder une éternelle juvénilité à Alix lorsqu'il affrontais le démoniaque et élégant Arbacéres tout aussi imaginaire que lui, la Rome de la fin de la république n'était alors qu'un décor à leur rivalité exacerbée, il en va tout autrement lorsque Alix croise Caton, Marc-Antoine et consort...

Certes il était déjà en relation avec César depuis bien des albums. A propos de ce dernier, j'ai lu quelque part que César est cogonem, autrement dit un surnom, que le divin Jules tiendrait de son arrière grand-père qui aurait tué un éléphant lors d’une des guerres puniques. Caesar serait en fait le mot punique pour désigner l’éléphant. La thèse qui veut qu'il  tire son nom d’une naissance par « césarienne » du verbe latin Caedere « couper » est le fait de gens qui n'ont pas peur des anachronismes. A l’époque, beaucoup de femmes mourraient en mettant au monde leur premier enfant et notamment, en -53,  Julia, fille de Jules César et épouse du Grand Pompée mais l’idée d’une césarienne à une époque où la chirurgie est balbutiante est in-envisageable. Ce ne fut qu’après sa mort et sa divinisation que « César » devint une sorte de titre qui nous donnera plus tard Kaiser, Tsar ou Chah.

On assiste dans le monde de la bande dessinée  à un phénomène relativement nouveau, celui de placer des héros nés du cerveau de leur créateur dans une trame historique; ceci pas seulement pour les séries dites réalistes. Prenons comme exemple celle de Blake et Mortimer. Dans ce dernier cas on voit que le souci du scénariste du dernier album des aventures du duo so british a été de rendre cohérente la chronologies de leurs péripéties. On peut s'amuser à situer chaque histoire des héros inventés par Jacobs sur une échelle temporelle. On part ainsi de 1944 pour arriver à environ 1970 soit une période d'un peu plus de vingt cinq ans. Dans la représentation de nos deux héros on ne constate pas de changements importants dans leur physionomie dans les différents albums. Si l'on ajoute que depuis la disparition de Jacobs les repreneurs de la série situent plus particulièrement les aventures de Blake et Mortimer dans les années 50, on voit qu'au rythme des parutions nos deux compères risque d'avoir des emplois du temps très surchargés. On peut dire la même chose de cet autre duo qu'est Alix et Enak.

Autre exemple d'immersion d'un héros de papier dans l'Histoire, celle de Spirou. On aurait époustouflé Franquin, si on lui avait dit que son groom aurait à voir avec l'invasion de la Pologne par les nazis ou annoncé qu'il rencontrerait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir à la terrasse des Deux magots. 

On assiste bien à un changement de paradigme dans la bande dessinée dont le dernier album d'Alix est un exemple.  

 

alix_baal_011

crayonné de Christophe Simon pour la conjuration de Baal 

Un érudit en martinologie, Jacky-Charles

 

auquel je n'arrive pas à la cheville en matière de saga alixienne a établi une chronologie des aventure du jeune gaulois qui vaut son pesant de savoir. Je vous la livre dans son jus, je n'ai fait qu'y ajouter "Par-delà le styx" ainsi que les date d'apparition des aventure, d'abord dans le journal Tintin puis en album. J'ai fait suivre cette date par le noms des auteurs en commençant par le ou les scénaristes (le je dans cette chronologie est celui de Jacky-Charles et non le mien :

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

1°) PERIODE « POMPEIENNE »


Repère historique : Pompée est au pouvoir, soit jusqu'au passage du Rubicon par César, en janvier -49.

Alix l'intrépide
1948-1949 Jacques Martin : entre la bataille de Carrhes ( 28 mai -53 ) et l'été -52. ( 15 )

Le sphinx d'or 
1949-1950 Jacques Martin : commence avec la chute d'Alésia ( 27 septembre -52 ), l'histoire se poursuivant en Égypte dans les semaines ou les mois qui suivent, peut-être jusqu'en -51. ( 6 )

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : suite du « Sphinx d'or » en -51, d'après les personnages d'Enak et d'Arbacès ; mais, page 4, Alix parle de l'offense faite à Rome et à César, donc celui-ci gouverne ; qu'aurait-il eu à faire avec Carthage en tant que proconsul de Gaule ? Nous sommes donc soit dès -49, soit après la fin de la guerre contre les pompéiens en Afrique du nord ( juillet -46 ), c'est à dire au second semestre de -46 ou bien en -45. On reparlera de Lydas dans « Le spectre de Carthage ». Je privilégie pour cette fois le romanesque sur l'exactitude historique. ( 12 ) 

La tiare d'Oribal 
1955-1956 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Arbacès revient dans « La chute d'Icare » et Oribal meurt dans « La tour de Babel ». ( 12 )

La griffe noire 
1957-1959 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais on reparle de Rafa dans « Le spectre de Carthage », et Galva et Horatius reparaissent dès l'album suivant, Servio revient dans « Roma, Roma... ». ( 12 )

Les légions perdues 
1962-1963 Jacques Martin : Pompée est présent, César est en Gaule, Galva et Horatius reviennent. ( 3 )

Le dernier spartiate 
1966-1967 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Héraklion doit entrer en scène puisqu'on le retrouve dans des épisodes suivants, Galva et Horatius sont présents. ( 3 )

Le tombeau étrusque
1967-1968 Jacques Martin  : pourrait également faire partie de la période suivante, la guerre civile n'ayant vraiment eu lieu qu'entre janvier et mars -49, mais il semble plutôt s'agir ici d'escarmouches entre partisans, qui peuvent donc avoir eu lieu avant janvier -49, seule période à retenir en raison de la présence de Brutus qui reparaîtra dans « Le spectre de Carthage ». ( 1 )

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Enak retrouve son nom de Menkharâ et son titre de prince qui sera réutilisé dès « L'enfant grec », en contradiction avec l'indication qui laisse supposer que César est au pouvoir, donc en -49 ou après. ( 6 ) 

Le fils de Spartacus 
1974 Jacques Martin : il est plusieurs fois question de Pompée au pouvoir, César est en Gaule, Héraklion et Galva sont présents, Fulgor arrive. ( 2 )

Le spectre de Carthage
Jacques Martin 1976 : pas de repère historique apparent, mais Rafa et Lydas sont cités, Brutus revient et meurt, Corus Maler arrive et réapparaîtra dans « Roma,Roma... » ( 3 )

L'enfant grec 
1979 Jacques Martin : Pompée apparaît page 9, Enak fait état de son titre de prince d'Egypte. ( 2 )

Vercingétorix 
1985 Jacques Martin : Pompée apparaît page 4, César est en Gaule. ( 4 )

Les barbares 
1998 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par César page 9 ; mais César est « consul » ( page 10 ), alors qu'il ne retrouvera cette fonction qu'en -47 ! ( 12 )

La chute d'Icare
2001 Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : Pompée est cité par Numa page 27. Arbacès, Archéloa et Quintus Arenus reviennent, Julia arrive. ( 3 )

Roma, Roma...
2005  Jacques Martin / Rafael MoralèsMarc Henniquiau : César est en Gaule ( page 12 ), et Pompée apparaît page 16 ( « suite » du « Tombeau étrusque » avec les mêmes personnages : Octave, Lidia, Héraklion, les Molochistes, plus Julia, Quintus Arenus, Servio, Fulgor, Corus Maler ). ( 1 )

C'était à Khorsabad 
2006 Jacques Martin,François Maingoval / Cédric Hervan Christophe Simon : César « doit terminer sa campagne en Gaule » ( page 48 ), Arbacès réapparaît. Nous sommes sans doute en -50. ( 12 )

La cité engloutie 
2009 Patrick WeberJacques Martin / Ferry  : se déroule en Armorique pendant la campagne de Gaule, Labienus est encore adjoint de César. Nous sommes également en -50. ( 6 )

Britannia
2014 : Mathieu Breda / Marc Jailloux paraît se situer en -54 au moment de la seconde expédition de César en Bretagne dont elle emprunte le déroulement, mais certains détails dont les noms des personnages montrent que cette expédition est une fiction qui se situe dans la continuité des aventures, toujours à la date de -50. ( 3 ) 

Le dieu sauvage 
1969 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. Héraklion est présent, Adréa meurt, Horatius 
est encore vivant. On apprend que le voyage en Cyrénaïque se situe juste avant « La conjuration de Baal » ( 1° trimestre -49 ), donc à la fin de -50. ( 6 )

N'oublions pas les romans :

Le sortilège de Khorsabad : Pompée et Arbacès sont présents ( et toujours complices ). ( 6 )

L'ombre de César : Pompée est présent, César également ( et toujours ennemis ). ( 1 )

-oOo-


2°) PERIODE « CESARIENNE »

Repère historique : entre le passage du Rubicon par César ( janvier -49 ) et son assassinat ( mars -44 ). Il est question de César en tant que seul gouvernant.

La conjuration de Baal
2011 Michel Lafon / Christophe Simon: se situe au 1° trimestre -49, entre le passage du Rubicon par César ( 12 janvier -49 ) et le départ de Pompée pour la Grèce, au moment où Alix revient de Cyrénaïque ( 2 ).

 

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La denière conquête Géraldine Ranouil / Marc JaillouxCorinne Billon 2013 : commence au moment où César passe le Rubicon, l'action de cet album recouvre donc complètement celle du précédent, tout en durant nettement plus longtemps ( 24 ). 

L'île maudite 
1951-1952 Jacques Martin : devrait se situer historiquement à partir de -49 ou de -46, César étant au pouvoir.

Le prince du Nil 
1973 Jacques Martin : Djefer dit à Alix, page 16, « César projette d'envahir l'Égypte après son retour de Gaule. » Nous serions donc entre mars -49 et septembre -48, arrivée de César à Alexandrie.

Ô Alexandrie 
1996 Jacques Martin / Jacques MartinRafael MoralèsMarc Henniquiau : César est « consul » ( page 48 ), mais n'est pas encore arrivé en Égypte, donc même période que ci-dessus. En -48, il est nommé en fait dictateur pour un an et ne redeviendra consul qu'en -47. ( 6 )

Le fleuve de Jade 
2003 Jacques Martin / Rafael Moralès Marc Henniquiau : idem ci-dessus, nous sommes toujours entre mars -49 et septembre -48. ( 12 )

Le démon du Pharos 
2008 Patrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : idem. ( 3 

 

L'empereur de Chine 1982 Jacques Martin : selon Mardokios ( page 9 ) César est consul, donc en -47. ( 48 )

 

Par-delà le Styx 2015 Mathieu Breda / Marc Jailloux : On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum de Jules César; fonction qu'il exerça en 48 et 47. Il se termine quelques jours après la bataille de Thapsus qui se déroula le 6 avril 46 av. J.C 


L'ombre de Sarapis 2012 François Corteggiani /  Marco VenanziMathieu BarthélemiVéronique Robin : page 47, Cléopâtre dit à Alix qu'elle se rendra à Rome pour le prochain triomphe de César, celui-ci ( en fait, il y en eut 4 ) ayant eu lieu en août/septembre -46, après son retour d'Afrique du nord le 28 juillet -46, nous sommes en juin/juillet -46. ( 2 ) 

Le testament de César 
2010 Marco Venanzi : se situe au moment du départ de César pour l'Espagne et le début de la guerre contre les pompéiens racontée dans « L'Ibère », soit à la fin de l'année -46. ( 1 )

L'Ibère, 
2007 François MaingovalPatrick WeberJacques Martin / Christophe Simon : une des rares histoires datées, de -46/-45 ( guerre contre les pompéiens en Espagne, bataille de Munda le 17 mars -45 ). ( 6 )

Les proies du volcan 
1977 Jacques Martin : en -45, César veut reprendre la guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Carrhes, et envoie Alix et Enak en mission en Inde. Nous sommes en -45/-44. ( 24 )


-oOo-


3°) PERIODE « OCTAVIENNE »

Après l'assassinat de César en mars -44, Octave cherche à prendre le pouvoir. Le nom donné à cette période ne veut pas dire qu'Octave est présent dans ces histoires, au contraire. Elles n'entrent pas historiquement dans une des deux périodes précédentes et peuvent donc se situer après, ce que j'ai imaginé pour respecter un peu le temps qui passe !

Iorix le grand 
1971-1972 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. ( 12 ) 

La tour de Babel
1981 Jacques Martin: pas de repère historique apparent. Oribal meurt, Adroclès apparaît et reviendra dans « Le cheval de Troie ». ( 3 ) 

Le zane noir (roman) : se situe pendant une année olympique, en -52, -48 ou -44 ( mais au moins 4 ans avant « Le cheval de Troie », cf. ce commentaire ). ( 2 )

Le cheval de Troie
Jacques Martin 1988 : se déroule au cours d'une année olympique, après les Jeux, aux mois de Juillet et Août, donc, par rapport aux aventures d'Alix, soit en -52 ( impossible, on sait qu'il était en Gaule et en Égypte ), ou plutôt en -48 ( année très chargée : lutte contre Pompée et ses partisans, débarquement à Alexandrie ), ou encore en -44 ( année de la mort de César : Alix aurait-il été disponible ? ). Héraklion et Adroclès sont présents, Horatius meurt. ( 6 )

L'hydre bleue (roman) : cette aimable fantaisie est indatable. ( 1 )

-oOo-



4°) PERIODE « AUGUSTEENNE »

Avec l'arrivée de la série dérivée « Alix Sénator », nous entrons de plein pied dans cette période en franchissant d'un coup au moins 32 ans ! Octave est devenu Auguste et donne une seconde fois son nom à cette période.

Alix Senator
2012  Valérie Mangin Thierry Démarez : 1) Les aigles de sang : cette histoire est datée de -12. ( 2 )

Alix Senator
2013 Valérie Mangin Thierry Démarez : 2) Le dernier pharaon : suite du précédent. ( 2 )

Alix Senator
2014 Valérie Mangin Thierry Démarez : 3) La conjuration des rapaces : suite des précédents ( 1 )

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Plus que dans beaucoup d'autres aventures du jeune gaulois, le scénariste a fait la part belle à la psychologie et aux doutes qui assaillent le héros, comme le montre la planche ci-dessus. En effet si Alix n'avait pas découvert la citadelle qui était l'ultime refuge des spartiates désireux de secouer le joug des romains sur la Grèce, Héraklion ne serait pas le dernier des spartiates (voir l'album éponyme sans lequel, je le répète, "Par-delà le Styx est incompréhensible.). On comprend ainsi en quelque sorte la quête d'Alix pour qu'Héraklion retrouve sont équilibre, c'est une manière de réparer le tort qu'il a causé à son jeune protégé...

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Le dessin de Marc Marc Jailloux n'est pas sans quelques défauts, en particulier en ce qui concerne l'anatomie de ses personnages. Il est tout de même très convenable et se rapproche de la qualité de celui des meilleurs albums de Jacques Martin. Il bénéficie d'une belle et délicate mise en couleurs de Robin Le Gall. Il faut apprécier à sa juste valeur de documentation la ressemblance des personnages historiques dessinés par Jailloux avec qui, les statues de leur buste pour Caton, qui, leur profil frappé sur des pièces pour Juba 1er. En revanche je n'ai pas "reconnu" César. Je sais bien que l'on a quasiment pas de portrait du vivant du divin Jules mais César étant devenu un personnage récurrent de la série, il serait bon que sa représentation soit uniformisée d'album en album comme l'est celle d'Alix ou d'Enak.

Image hébergée par servimg.com 

La fidélité avec le dessin du père d'Alix frôle parfois le pastiche, comme dans cette case représentant un banquet qui ouvre l'album, ou dans les deux séquences oniriques, typiquement martiniennes. Ces dernières sont particulièrement réussies. Dans la seconde  Héraklios avertit Alix que Xiphos s'apprête à frapper Astyanax, Marc Jailloux met en parallèle sur deux cases successives l'irruption du songe et le réveil d'Alix. Il est frappant de constater qu'alors, le visage qui fait écho à celui du spectre d'Héraklios est celui du jeune Mapta qui ne tardera pas à mourir, comme s'il fallait qu'une victime innocente soit sacrifiée pour qu'Héraklios guérisse... 

Image hébergée par servimg.com 

Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda
Par-delà le Styx, un album d'Alix dessiné par Marc Jailloux et scénarisé par Mathieu Breda

Publié dans Bande-dessinée

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