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innocent countryboy

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Si un visiteur connait l'identité du dessinateur qu'il m'en fasse part.

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Goor

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Marcin Rychly

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Marcin Rychly
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quelques tableaux de Jean Cocteau

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Ulysse et les sirènes
 

 

 

15 septembre 1951
L'atelier Bouret d'Aubusson m'écrit que par manque de travail il entre en chômage. Je vais lui confier l'exécution d'Ulysse et les sirènes. Une toile ne peut être aussi coûteuse que la Judith.
 
Note de Cocteau dans l'exposition de Nice, Galerie des Ponchettes : "Ulysse s'est fait attacher au mât et mettre de la cire dans les oreilles. Un matelot couché a enfoncé son bonnet jusqu'aux oreilles.. Les sirènes bondissent, chantent, s'étonnent de leur insuccès. L'une d'elle arrive de loin, à toute vitesse".

8 novembre 1951
Rangements épuisants. partons demain matin par la route. Lettre d'Aubusson très drôle: "Nous commençons la tête à Ulysse."

Francine veut commander à Aubusson un second exemplaire de la tapisserie Judith et Holopherne.
 

La Tentation sur la Montagne

16 septembre 1951
Je crains que la peinture ne m'attaque les doigts. Beaucoup souffert des doigts cette nuit. Je voudrais pourtant peindre au retour de Paris une grande toile: Jésus tenté par Lucifer, où toutes les formes seraient inscrites dans des triangles.
 
Note de l'exposition niçoise de 1953:
"Jésus écoute Satan qui lui offre le monde visible. Il écoute à peine. Son regard est ailleurs."
On notera à gauche la présence du petit tableau Les yeux vairons, présenté plus loin.
Dimanche (29 septembre 1951) 
Je commence à préparer mes dessous sur isorel pour La Tentation sur la Montagne. Préparatifs à l'essence. Ensuite je vernirai au vernis à retoucher. Ensuite je peindrai dessus par couches successives.

3 octobre
J'ai recommencé la Tentation sur la Montagne dans un style beaucoup plus dur. Je me laissais aller à peindre en n'y ayant aucun droit. Il faut que je remplace la science de peintre par une autre science de poète. Il faut que mes sources de lumière viennent de l'esprit.

6 octobre
Travaillé ce matin à l'arbre et au ciel. J'ai peint la nature morte (verres de vin rouge, pomme, cruche)dans un style fruste et réaliste pour souligner l'irréalisme du reste. (Les triangles -la robe du Christ de deux rouges différents - le Satan frisé -l'auréole transparente.) Le ciel qui a l'air fou est une copie exacte du ciel de la Côte le soir où les Castaing sont venus à Santo-Sospir, la semaine dernière.
 
lundi 8.
Je vois bien dans quel sens un peintre pousserait le tableau sur lequel je me fatigue. Mais une retouche en entraîne une autre et ainsi de suite. Ma seule chance est de réussir du premier coup. (La pomme sur la table). Il suffisait d'un peu de jaune clair pour qu'elle vive. J'eusse aimé naître peintre. Ecrire n'est pas un vrai travail.
 
Le difficile est d'obtenir un relief, une profondeur avec cette volonté de triangles plats. Peut-être faudra-t-il donner des lumières dans les surfaces plates. (Les deux rouges de la robe du Christ.)
 
Croquis des triangles de la construction dans Le Passé défini


 
11 octobre 1951
Aujourd'hui Spiro (peintre d'origine hongroise résidant à Beaulieu) est venu. Il m'a fait vernir la nature morte de la table. Les deux verres de vin rouge. La pomme. La cruche. Je ne vernirai pas la nappe triangulaire. Je vernirai le reste. Spiro me conseille de vernir au vernis à retoucher ( où les couleurs revivent comme les coquillages dans la mer) et de revernir la nature morte au vrai vernis, afin qu'elle arrive au maximum de relief.
J'avais travaillé les figures du Christ et du Satan. Le Satan est charmant, comme de juste. C'est un Satan qui sort d'Ecbatane. Un des Satans adolescents de Verlaine. Il parle, il parle, il démontre, il cherche à convaincre. Le Christ écoute, mais il écoute d'ailleurs et d'une oreille. J'ai pensé si intensément chaque millimètre de cette toile qu'il en résulte que la toile pense.  Cela remplace le métier de peindre qui me manque, quoique Spiro en dise. Il est dommage que cette planche soit si lourde. Je voudrais la faire transporter à Munich. Elle donnerait un sens à l'ensemble. Cette grande composition résume les recherches de ces six derniers mois et si je m'acharne à peindre, c'est d'elle que je repartirai, sur elle que je reprendrai mon élan. C'est une grosse planche tremplin.

 
 
Max Jacob a raison de dire: "un tableau tourne, tourne, tourne. Quand il ne tourne plus, c'est qu'il est fini?" Mon tableau s'est arrêté de tourner ce matin. je ne peux que renforcer des touches, rendre des surfaces plus lisses, ombrer encore le paysage vu à vol d'oiseau. C'est un tableau bien raconté. Un tableau de poète. Les seuls auxquels je puisse prétendre. Spiro a remarqué le fusil vert pâle formé par le ciel entre les bras du Satan irisé. Le Satan feint le charme et il vise le Christ avec ce fusil. On dira sans doute encore que ce Satan est un "nègre". Les gens prennent toutes les figures sombres pour des nègres. Je constate de plus en plus combien les gens voient mal ce qu'on leur montre, ne jugent que d'un oeil et vite. Je plains les peintres qui cherchent des spectateurs compréhensifs. Je n'expose pas. Je m'expose. Je m'expose même au ridicule.



14 octobre
Cette nuit, j'ai peint les crocus. L'un sous la chaise de Satan, comme s'il sortait de sa cheville, l'autre à l'extrême droite entre la robe du Christ et le paysage. Spiro m'aillant fait remarquer, pendant qu'on photographiait que la main sombre de Satan avait l'air de toucher la joue du Christ, j'ai éclairé cette main. Il est possible que je change sa pente et que je découvre le doigt tendu. Sur la main droite du Satan et sur le poignet gauche et la saignée gauche j'ai peint des veines
comme sur la main du David de Michel-Ange. Il faudrait le rendre très humain malgré sa couleur animale, très terrestre (Prince de ce monde). Par contre le Christ, traversé par des lumières et des formes du paysage est à moitié là, à moitié ailleurs.
 
 
17 octobre
La planche d'isorel de La Tentation du Christ commence à jouer, à se tordre. S. suppose que c'est la monture de bois...



 

Femme endormie et son étude

 

 

 

 


dans l'exposition Les Méditerranéens, ces tableaux cohabitaient avec quelques œuvres majeures réalisées pendant l'exposition des Ponchettes et largement commentées dans le Journal. 

Mme Favini et sa fille 

 

Dans Le Passé défini (journal de Cocteau), le première référence à madame Favini apparaît, probablement dans un échange avec Picasso, le 21 octobre 1951:
"Vous ne trouvez pas que madame F. est bête? Oui, elle est très bête. Comme tout le monde". Une note qui l'identifie compare le personnage au compositeur Rufus, auteur du pantodrame Das Kreutz, inventé en 1934 pour l'amusement d'Igor Markevitch, ou, dans les années 40 au général Clapier.

13 février 1953:

Le veau d'or est toujours de boue. 

La préfète me demande: "Continuez-vous à peindre?" Je réponds n'importe quoi: "Il faut que je fasse le portrait de Mme Favini. -Alors vous irez à Milan? -Bien sûr." Etc. Mme Favini commence à prendre forme. Sans doute serai-je obligé de faire le portrait de Madame Favini. Ensuite, elle existera. Elle aura chez elle des tableaux superbes. Elle ne supportera que la musique de Schönberg. Elle aura un mari qui gagne une fortune immense dans les chaussures. Il est possible que Thérèse me dise un jour: "Mme Favini a téléphoné".

René Bertrand viendra me voir à quatre heures. Thérèse lui a dit au téléphone que j'étais sorti. "Pourquoi lui avez-vous dit que j'étais sorti puisque je sors pas?" -Parce que Monsieur dormait". Et elle ajoute: "Une impératrice indochinoise a demandé si La Tentation sur la Montagne était à vendre."
...

Mme Favini, née Torsenu.

18 février
J'ai commencé le portrait de Mme Favini et de sa fille. Tout vient par triangles et courbes qui s'y inscrivent.
En somme, pour lire un poème de moi (Le Chiffre Sept par exemple) pour voir une de mes toiles, il faudrait un Champollion qui découvre le secret de l'écriture. Il l'enseignerait aux autres et à moi-même. Je m'exprime par hiéroglyphes.

22 février
Je compte refaire toute la grande toile de madame Favini. Dans ce portrait imaginaire, il faut plus d'audace. Une grande caricature peinte dépassant le style de la caricature.

Style de madame Favini: "c'est dépassé" - "Je le trouve un peu trop subjectif" -"Il n'est pas atonal." -"D'Annunzio, tout de même..." -"J'aime à mettre Favini dans ses petits souliers" ou "Je te vois venir avec tes gros sabots." (Favini s'est enrichi dans les chaussures.)
Lucia dit: "Papa est un B.O.F. -Allons, allons dit sa mère, laisse ton père tranquille, petit diable." -J'ai donné à ma fille des jouets superbes. Elle n'aime jouer qu'avec le Fly-Tox." -J'adore les cheminées d'usine et les bijoux." -"Mon mari a acheté des vieux trucs de Picasso." C'est Favini qui m'a commandé le portrait. Je me demande pourquoi.)
Les Torsenu étaient une famille de gros industriels de Nantes. Madame Favini en a gardé la précision dans le chiffre. Elle dit par exemple: "Le fisc a essayé de nous avoir. Il peut courir." Très liée avec maître Machiavel, avocat du parti communiste. "Ma femme, dit Favini, est une véritable Joconde moderne. Quand elle sourit, elle me fait peur."  Elle: "Leonardo était un touche-à-tout, un fantaisiste. Je déteste le fantaisistes. Je m'arrête à Schönberg." -"Paul Valéry m'amuse à cause de son enfantillage." Très déroutante, très hautaine -très péremptoire: -"Le palais Farnèse est un vrai bric-à-brac. je n'y vivrais pas cinq minutes. Je ne m'en suis pas cachée à l'ambassadeur." -"Le pape a du chic." -"La reine d’Angleterre fait bien son boulot. Je ne le ferais pas, mais il faut reconnaître qu'elle le fait bien." Le noir et le vert pâle sont ses couleurs. Elle ne porte que des perles. "On n’attrape pas les perles avec du vinaigre." En posant elle me parle de ses ancêtres: "Les Torsenu sont des échevins." -"J'ai fait arranger mes oreilles par Claoué. Je ne m'en cache pas. Je trouve ridicule qu'on cache ce genre de choses."
Quelquefois, elle est méchante: "Je crois qu'on a décoré Colette. Quel est le nom du décorateur?" Quelquefois, elle minaude: "Je suis une provinciale. Une pauvre provinciale. Racontez-moi ce qui se passe à Paris. En est-on encore aux abstraits?"

25 février 1953

Au sujet de madame Favini, Picasso dit qu'il passe son temps, dès le matin, avec Sabartès (son secrétaire) à inventer ce genre de fables et à leur donner corps. C'est le meilleur exercice pour l'imagination. Il dit : "on ne peut inventer que ce qui existe." C'est pourquoi ce qu'on invente finit toujours par être réel.
...
Couvert toute la toile Favini. Maintenant il faut peindre.
Madame Favini : "Je ne sais pas d'où ma fille peut tenir son profil de couteau à poisson."

4 mars

Presque terminé le portrait Favini. J'écrivais à Françoise (Gillot, compagne de Picasso): "cette femme de tête s'est arrangée pour que la pointe de sa collerette coïncide avec la boule du lustre entre celle de la lune (par Scarpia) de sa boucle d'oreille, de sa bague et du Fly-tox de sa fille -choses auxquelles je n'aurais jamais pensé moi-même.

Pâle et rouge d'ongles
Madame Favini
N'en a jamais fini
Entre les boules et les angles
Avec lesquels sa grâce jongle.

Madame Favini : "Faites bien les taches de rousseur de ma fille. Il faut qu'elle sache un jour combien elle a été laide."

Notice (inédite, fonds de Milly, citée en annexe du Passé défini, Tome II)

Madame Favini, née Torsenu, est originaire de Nantes. "Ma famille dit-elle est une famille d'échevin." Monsieur Favini a fait une considérable dans les chaussures. Leur fille Lucia (est rousse. Elle) refuse des jouets magnifiques. Elle ne s'amuse qu'avec le Fly-tox. Madame Favini ne supporte que Schönberg et que Rilke. Elle affirme cependant être de l'"âge atomique". Son mari dit d'elle : "Ma femme est une Joconde moderne" En outre, madame Favini est la protectrice du célèbre peintre de marines et ancien futuriste, Scarpia. Voilà en quelques lignes, une esquisse de cette femme de tête, dont j'expose le portrait.

POEME

La Signora Favini
Assise dans ses triangles
Noble jusqu'au bout des ongles
Interroge l'infini.


7 mars

Matisse me téléphone qu'il a été (sic) hier voir l'exposition et qu'il a trouvé la tapisserie splendide.

15 mars 1953

J'ai été déjeuner  à Vallauris chez Picasso...
Favini, les rapports de madame Favini et de maître Machiavello, l'avocat communiste de Milan. Nous avons beaucoup parlé de cette famille et du danger de connaître des gens pareils.
... Avant-hier, comme j'attendais Jacques Ibert, on m'annonce un monsieur et une dame. J'ai cru que c'était les Ibert. Je me trouve en face d'un couple que je ne connais pas. La dame me dit:" Nous venons de la part de madame Favini." C'était Solange Morin, envoyée par Françoise.

17 mars
Matisse m'avait téléphoné: "Votre tapisserie est splendide". Picasso la passe sous silence. Il m'a semblé comprendre que cette réussite lui était insupportable. Il m'a surtout parlé des dessins de Francine et du portrait de madame Favini qu'il trouve supérieur à tout le reste.

Jeudi (26 mars)
Madame Favini. J'avais envoyé à Picasso cette dépêche de Milan : "Exige excuses et auto-critique de Cocteau pour mon portrait. Compte sur votre témoignage. Léonor Favini."

Et voilà, comment, proche de sa fin, madame Favini acquérait un prénom, celui de Léonor... Fini, laquelle illustrait justement le poème La Galère de Genet. 

La Naissance de Pégase


3 avril 1953
Depuis quatre jours je m'acharne sur la grande toile : Naissance de Pégase. Organisation de lignes d'une difficulté extrême. J'ai pu tout établir ce matin. Je n'ose pas commencer à peindre. Je sais ce que je dois faire -mais je me demande si j'en serai capable. Il y a un an que je rêve sur ce tableau. J'aimerais arriver à réussir le tableau littéraire, type.


8 avril 1953

En mon absence j'ai demandé à Doudou de peindre le crabe esquissé en bas à l'extrême droite de la Naissance de Pégase.

Je recherche encore la signification du mythe de la Naissance de Pégase. La poésie naissant de la tête coupée de la Gorgone. Je ne représenterai pas le visage de Persée. Impossible de "représenter" le visage du héros qui participe à ce mystère.

La figure de Pégase (déjà sur le rideau de Parade en 1917) apparaît également sur le plafond de la Salle des Mariages de la Mairie de Menton.

 



 Il est aussi le sujet de cette lithographie Les Poètes
 

 


Affiche d'exposition
 

Autoportrait à la veste jaune
 



Portrait du danseur Georges Rech


Jean Marais à son chevalet

 


La leçon d'anesthésie
 

Sommeil hollywoodien



 

 


 FLEURS 

 

 

 

 

 
 


 

 

 

 

Ci-dessous le tout premier tableau de Cocteau (selon l'histoire officielle) Narcisse et Jacinthes

 

 

Le vase étrusque 
 


Jeune fille de Milly, record de vente pour une toile de Cocteau

 

 
Jeune homme au puits


Cocteau et Clouzot discutant son Portrait de Colette
 

 

Castor et Pollux

 

 


Cocteau posant dans le jardin de Santo Sospir avec Tête d'Orphée Mort
 



Autres tableaux entrevus dans le film documentaire "amateur" La villa Santo Sospir:

 

 

Orphée attaqué par les bacchantes
 
 

 

 

Orphée Lauré

 

 
Les Amants ou Le Champ de blé

 

 

 

 

 

Portrait de tragédienne



Phèdre et Oenone
 

 
 

Trois versions d'Orphée au feuillage
Le tableau

La tapisserie

La mosaïque





Pastels
 

 

 


 


 

 
 
 


Faune méditerranéen 
 

 

 

Jeune homme étrusque


La lettre d'amour

 

Le chat sur le toit

 

 


Masque

La fresque disparue de l'appartement du Palais-Royal

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Les Bains de Pouzzoles, vers 1570-1572, Girolamo Macchietti

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les Bains de Pouzzoles, vers 1570-1572, Girolamo Macchietti

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Stéphane Gizard

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Stéphane Gizard
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chapelle Saint-Pierre Villefranche peinte par Jean Cocteau

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


Laissons la parole à l'artiste, telle qu'il présenta l’œuvre dans son Guide sentimental et technique à l'usage des visiteurs de la Chapelle Saint-Pierre:

Pendant cinq mois j'ai vécu dans la petite nef Saint-Pierre à me battre avec l'ange des perspectives, envoûté par ses voûtes, enchanté, embaumé dirai-je, comme une pharaon attentif à peindre son propre sarcophage:

 
 


A peine le touriste débouche-t-il sur le quai, après avoir quitté la route qui serpente le long des forteresses de Vauban, qu'il rencontre à sa gauche, le fameux hôtel Welcome, où tant d'artistes célèbres vécurent, où tant d'invention singulières de notre époque prirent naissance.(...)
Si le voyageur se tourne à droite, il découvrira, entre les douanes, le Jimmy's Bar et le Tribunal de pêche qui la surmonte, cette Chapelle Saint-Pierre, pareille à une petite nef en cale sèche au bord de l'eau.
 

"Entrez vous-même dans la structure de l'édifice comme étant des pierres vivantes."

 
 
 Elle, numéro d'octobre 1957
 
 

Le premier panneau de gauche est un hommage aux demoiselles de Villefranche, dans les atours qu'elles eurent avant que la grande vague de dépersonnalisation ne vînt balayer les charmes du langage et du costume.

 

dessin inédit (1952) représentant deux pêcheurs devant Villefranche et le fort du Mont Alban
En 1958 chez Fernand Mourlot, Cocteau fit paraître une série de lithographies d'après ses dessins de la chapelle. Curieusement la technique qu'il choisit pour les "coloriser" s"inspire du remplissage d' "écriture dépliée" typique du travail de la salle des mariages de Menton.
 


J'ajoute que toutes ces scènes observent la règle primitive de la peinture sacrée, en se situant dans le décor de Villefranche: ses quais, ses escaliers, sa citadelle.
 


La citadelle Saint-Elme (qui n'est pas de Vauban puis qu'elle fut construite sous Emmanuel-Philibert  en 1557)trône dans une fausse perspective au sommet de la fresque de l'abside. On croirait un monument d'Afrique du nord. De nouveaux bâtiment y ayant oussé et chassé les palmiers, on hésite à la reconnaître.
Pourtant, si l'on examine les cartes postales anciennes
 


 

 
Le panneau de droite est un hommage aux gitans des Sainte-Maries de la Mer. On y voit un guitariste accompagner la danse d'une petite fille, tandis qu'un pêcheur raccommode son filet...

 

 

Comme c'est le cas pour certains éléments de la salle des mariages de Menton, on s'aperçoit que Cocteau s'est fortement inspiré d'une photo de Lucien Clergue:
 

 

 
 
La jeune fille dans la roulotte est un portrait de Carole Weisweiller (marraine de la chapelle), empruntée à une photo prise à Arles en présence de Picasso dont Cocteau avait déjà tiré ce dessin:
 


Cette fresque était jusqu'à il y a peu la plus abîmée de l'ensemble, rongée -prétendait-on par l'humidité remontant des salles froides des restaurants voisins, on n'en voyait plus que la moitié supérieure, et du  pêcheur on apercevait plus que le bonnet. Elle a été récemment restaurée, un peu trop rafraîchie peut-être, ce qui donne la sensation que les lignes nouvellement retracées ont été déplacées de quelques centimètres vers la droite et les pieds de la danseuse et du guitariste "améliorés" dans le sens d'un réalisme qui n'était peut-être pas ce que souhaitait Cocteau.

A gauche, après la première colonne, se trouve la panneau du reniement de Pierre:
 


(cité dans Le Sud d'un Poète) un extrait du poème en prose Tryptique pour la Chapelle St-Pierre de Villefranche:

3-En ce temps-là, les servantes de Pilate disaient à ses gardes qui jouaient dans la cour du tribunal: "Voilà celui qui prétend ne par connaître l'homme" et elles riaient et les gardes riaient avec elles, et une servante qui portait un vase sur l'épaule dit à Pierre: Connaissez-vous cet homme qu'on juge? Et Pierre répondit : "Non". Et c'était l'aube et le coq chanta et Pierre se souvint de la parole de jésus et il pleura. Et cet homme qui pleurait redoubla le rire des gardes qui le firent mettre à genoux, et l'un d'eux lui tordit le pied comme c'était l'habitude pour brimer les jeunes conscrits. Et le coq chanta encore et ce fut le troisième chant du coq, et la troisième fois que Pierre avait renié son maître.
 

 


En choisissant de mettre en scène dans son guide de la chapelle ce détail de la fresque, on croirait que Cocteau se rappelle assez exactement ce passage de son poème de 1946 La crucifixion:
 

16
Gordien. Tel était le noeud
de muscles de cordes
d'un des vautours ne rêvant plus
que plaies et bosses
à l'extrémité d'une espèce
de mât de Cocagne. Il vit
mal, il entrevit
une échelle de coups de bâton
gravis par une horde
blanche de cuisiniers plumant des oies.
Alors un coq sonna de la trompette.
Le haut fut le bas: Plonge!
Plonge! lui criait-on
des cuisines.

 

 


La donation des archives de Lucien Clergue au Musée de Menton a révélé cette photo de gitans dont on comprend tout l'intérêt en rapport avec le reniement.
 




Le 8 octobre à Lucien Clergue

Demain à la chapelle je travaille sur votre groupe. Vous voyez que je ne vous quitte guère et que j'use et abuse de vous.

Le coq des lithographies du coffret Mourlot
 

 


 23 septembre 56
 j'ai dessiné le garde qui manquait à droite sur le panneau du reniement de Pierre. Nous avons décidé la méthode de travail suivante: après projection, je décide la mise en place. Brusset fixe l'ensemble des lignes au fusain, je corrige et je change. Une fois terminée cette besogne Brusset peint les lignes, je me charge ensuite des couleurs. La figure, les mains et les pieds du christ seront tracés sur cinq halos de peinture blanche...
 

Le garde de droite est bientôt effacé et remplacé par "une servante tournant vers le groupe sa tête et enjambant les marches d'un escalier en amorce" (25 septembre)



La baie des Anges (reproduit dans Le Sud d'un Poète), motif de la voûte.
 


A la place de la fresque du reniement devait initialement figurer d'autres pêcheurs dont l'un ailé:
 

 

A droite répond le panneau de l'Ange délivrant Pierre prisonnier d'Hérode
 


Dans cette fresque le personnage principal, celui vers qui se tournent tous les regard est le légionnaire au premier plan à gauche. Comme la tête de la servante aux trois doigts, il occupe une place légèrement disproportionnée:

 
étude du centurion endormi


victime des outrages du temps, la figure l'avait été aussi d'un restaurateur d'occasion qui lui avait maladroitement tracé une "main de Mickey"
 


Lithographie 1961
 

Chaplin et sa femme devant la fresque du sommeil de Pierre

 


L'abside: Pierre marchant sur les eaux et la pêche miraculeuse:
 

 L'inspirateur probable du Saint-Pierre soutenu par l'ange alors qu'il marche sur les flots
 

 

 

 

 Première esquisse du motif de l'abside
 


La fresque en situation

 
 

Lithographies des mêmes
 

 

Lettre à Milorad

le 4 octobre,
 
Me voici sur la terre entre deux échelles... Le président du syndicat des pêcheurs [Richard Castex] n'est autre que le petit gosse qui nettoyait ma barque. Il a trois filles et deux fils -qui eussent fait tourner la tête de Casanova et d'Oscar Wilde. Toute cette progéniture radieuse semble être sortie de son gros ventre. Il était lui-même ce que le pauvre Wilde appelait "un jeune Dieu".
 
22 octobre (le Passé défini V)
Les Castex (famille régnante de Villefranche), je les connais depuis 35 ans. Richard est devenu le président du syndicat des pêcheurs. Gros ventre. Cirrhose du foie. Son frère Charlot -une tête solide. C'est grâce à lui que j'ai la chapelle. Sans son intelligence on palabrerait encore. Son fils, il a hérité la beauté de la jeunesse du père et de l'oncle. Intelligence très vive. Hier je lui ai fait poser le pied du Christ.
 

 

 

 Robert Castex, neveu de Richard
 

 Vendredi 9 novembre

Je retourne à la chapelle où un jeune photographe italien imagine de photographier mes personnages avec des gens de Villefranche qui leur ressemblent. Le plus drôle c'est qu'on les retrouve...
 

 
 Cette lithographie semble confondre le pêcheur (progressivement pourvu d'un casque romain) et le nageur, comme s'il s'agissait d'un portrait en miroir.
 
 

 

 

  

 


Comme en témoigne cette lettre à son assistant Jean-Paul Brusset, Cocteau chercha longtemps le visage du Christ:

 

 Samedi 17 novembre
J'ai mis trois jours à retrouver l'expression du visage du Christ: fermé, ouvert, simple, sublime, israélite, sage et fou -moqueur. Et moqueur avec quelle gentillesse, parce que Pierre ignore qu'un ange le soutient et qu'il pense couler à pic.

On fit courir le bruit que ce christ était en fait un autoportrait (lequel serait plutôt dissimulé dans les lignes abstraites de la colonne de gauche) comme certains, tels Noël Coward, pour faire un mot déclara: "j'ignorais que les apôtres ressemblaient tous à Jean Marais".

24 novembre (à Jean Marais)
 J'ai de gros problèmes avec Brusset qui se croit l'auteur de mes oeuvres, m'insulte par lettres, et me réclame 300 000 francs pour s'être gavé aux frais de la princesse et avoir repassé mes traits de fusain à l'aniline.

Après Brusset, c'est Pierre Béchon, venu peindre le trompe-l'oeil de la porte qui termine l'ouvrage.
 

Cocteau  examinant le Christ en bois d'Olivier de l'église St Michel transporté dans la chapelle (A Milorad, le 10-11-56 au dos d'une carte postale le représentant. Voici le Christ peinturluré que j'ai fait passer à la douche. Cette merveille est l’œuvre d'un galérien.)

 


En décembre, à Francine Weisweiller:
Le Christ décapé, déposé par les ouvriers dans une brouette pleine de sacs est devenu un objet sublime et digne d'un Bernin. Il daudrait que le chanoine me le laisse et ne l'emporte pas à l'église.
 

 Le christ du galérien retournera sagement à l'église. Dans la Chapelle, il y en avait un de trop!

Cocteau devant le motif achevé de l'abside (photo Paris-Match) conçu de telle façon que la perspective ne révèle que petit à petit à mesure que le visiteur avance, le visage du Christ.
 


Influence inattendue: dans La pêche au thon (la pêche miraculeuse) de Dali, 1968, tableau acquis par la fondation Ricard, demeure quelque chose de la fresque de Cocteau
 

 

 
 

Lettre à Jean Marais (p 418)
Santo sospir, le 14 août 1957

Mon jeannot,
Me voilà encore sur des échelles et au sommet de l'inquiétude de me demander si mon travail vaut la peine que je m'y donne (...) Ce mal est fort augmenté par la tristesse et déception que me cause l'attitude des pêcheurs de Villefranche qui s'enrichissent de la chapelle (vingt-cinq mille entrées) que je leur ai offerte et qui me traitent comme leur pire ennemi sans que je puisse comprendre pourquoi, allant jusqu'à fermer la porte avec un cadenas pour que je n'y puisse amener personne en leur absence.
Bref, de plus en plus, je constate que sauf toi et Francine et Doudou et quelques rares camarades, l'humanité me dégoûte et me dicte la solitude.
 

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une visite au Alte Nationalgalerie Berlin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Reinhold Begas, Amour et Psyché

Reinhold Begas, Amour et Psyché

une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
Louis Ferdinand von Rayski, portrait du comte Haubold von Einsiedel, 1855

Louis Ferdinand von Rayski, portrait du comte Haubold von Einsiedel, 1855

Louis Ferdinand von Rayski, portrait du comte Haubold von Einsiedel, 1855 (détail)

Louis Ferdinand von Rayski, portrait du comte Haubold von Einsiedel, 1855 (détail)

Franz Kruger

Franz Kruger

une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied

Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied

Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied

Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied

Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied (détail)

Gustav Eberlein (1847-1926) l'épine au pied (détail)

Arnold Bocklin, L'ile des morts

Arnold Bocklin, L'ile des morts

Anselm Feuerbach (1829-1880) Ricordo di Tivoli

Anselm Feuerbach (1829-1880) Ricordo di Tivoli

Adolf von Hildebrand (1847-1921), jeune homme 1884

Adolf von Hildebrand (1847-1921), jeune homme 1884

Wilhelm Leibl

Wilhelm Leibl

Arnold Bocklin

Arnold Bocklin

Adolf von Hildebrand

Adolf von Hildebrand

une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
Hans Thoma

Hans Thoma

Franz von Lenbach, temple des vestales à Rome

Franz von Lenbach, temple des vestales à Rome

Wilhelm Busch

Wilhelm Busch

Carl Spitzweg

Carl Spitzweg

une visite au Alte Nationalgalerie Berlin
Max Liebermann

Max Liebermann

Franz von Defregger

Franz von Defregger

Franz von Defregger

Franz von Defregger

Berlin, avril 2015

Berlin, avril 2015

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Jean-Xavier de Combeloup, Eros

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Jean-Xavier de Combeloup, Eros

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Jean Cocteau - Dessins érotiques

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by Jean Cocteau

 

 

 

 

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