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L'HOMME DE SA VIE

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Fiche technique :
Avec Bernard Campan, Charles Berling, Léa Drucker, Jacqueline Jehanneuf, Eric Prat, Niels Lexcellent, Anna Chalon, Antonin Chalon, Léocadia Rodriguez-Henocq, Caroline Gonce, Aurélie Guichard et Philippe Lefebvre. Réalisation : Zabou Breitman. Scénario : Zabou Breitman et Agnes de Sacy. Image : Michel Amathieu. Son : Lucien Balibar. Montage : Richard Marizy. Décor : Pierre Quefféléan. Musique : Laurent Korcia.
France, 2006, Durée : 114 mn. Disponible en VF.

 



Résumé :
 
Frédéric, avec famille et amis, passe ses vacances dans une belle maison près d’un non moins beau village drômois. La tribu décide, le premier soir de leur installation, d’organiser un barbecue pour fêter leurs retrouvailles. Au débotté Frédéric propose d’inviter leur nouveau et énigmatique voisin que la smala a déjà aperçu se baigner nu dans sa piscine. Après un repas bien arrosé pendant lequel Hugo n’a pas fait mystère de son homosexualité, Hugo et Frédéric prolongent leurs agapes, seuls sur la terrasse de la propriété qui domine la campagne, sirotant du vin, confortablement installés dans leurs fauteuils. Durant cette longue conversation, qui ne se terminera qu’au petit matin, les deux hommes se dévoilent en se livrant à une sorte de jeu de la vérité sous les étoiles de cette nuit estivale. Leurs échanges nous seront distillés petits morceaux par petits morceaux tout au long du film. Au fur et à mesure que cette longue conversation infusera lentement dans le cerveau de Frédéric, attiré par Hugo, par sa culture, par sa liberté d’esprit, par son charme et son élégance, il va remettre en question sa vie de couple bourgeois avec enfant et... son hétérosexualité.

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L’avis critique
 
Il est incontestable que cela fait plaisir de voir un film français aussi bien filmé de la première à la dernière image. Mais parfois une trop belle photo peut aller à l’encontre d’un film, étouffant l’émotion sous la virtuosité technique. C’est le cas ici. La réalisatrice n’a semble-t-il pas pu empêcher son chef opérateur de prendre le pouvoir d’où un grand nombre d’images gratuites. Les acteurs, tous parfaits, sont contraints de défendre leur personnage dans les interstices de tableaux au cadrage extrêmement étudié dans lesquels on sent que le plus petit détail, le moindre rayon de lumière ont été pensés et repensés. Ce volontarisme exacerbé bride la création artistique.

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Pour certains cinéastes, le montage est une deuxième écriture. À voir L'Homme de sa vie, Zabou Breitman est de ceux-là. Si souvent ce montage et ce filmage sophistiqués servent et sont même la matrice du film, comme le procédé consistant à découper la conversation, génératrice de l’intrigue, et à en disséminer des fragments tout au long du film comme autant de petits cailloux blancs balisant le chemin qui mènera Frédéric à se découvrir, parfois ils laissent perplexe quant à leur bien fondé narratif. Telle cette propension à ne filmer que les pieds des acteurs lors d’une scène ; même si, comme c’est le cas assez souvent, le film joue alors à merveille sur le hors champ, laissant la bande-son nous informer sur l’action. Plutôt que L’Homme de sa vie, jeu de mots un peu plat, le film aurait du s’appeler « la signifiance des pieds », ce qui aurait été plus en accord avec son très appuyé freudisme, surtout dans sa dernière partie. On a alors l’impression que la cinéaste, ayant peur que le spectateur ne comprenne pas ses intentions qui sont pourtant assez limpides dès le début, se croit obligée d’ajouter des scènes, toujours belles formellement mais lourdement explicatives. Une frôle le ridicule : Hugo adulte devant la porte rouge de la maison de son enfance dont l’adolescent a été chassé lorsque son père découvrit son homosexualité, à une échelle si grande qu’elle semble écraser Hugo qui tente, trop petit, d’en atteindre la poignée. Porte qui lui donnerait accès à l’hôpital où il finit par rendre visite à son père qu’il n’a pas vu depuis vingt-cinq ans et qui meurt d’un sida contracté lors d’une transfusion. On le voit, tout cela n’est pas particulièrement léger. Ce qui sauve ces séquences du pathos c’est que l’on ne sait jamais si ce que l’on voit est du domaine du songe ou du réel.

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Pourtant, la réalisatrice sait aussi être légère quand, mine de rien, par petites notations, elle nous parle d’un homosexuel répudié adolescent par son père, d’un gay cherchant sa propre place de père d’une adolescente, d’un révolté contre la norme, d’un homme heureux dans sa sexualité compulsive, d’un hédoniste que la mort angoisse, d’un solitaire défendant pied à pied une liberté que l’on suppute acquise de haute lutte, d’un créateur entre rêve et devoir...

Dans L'Homme de sa vie, Zabou Breitman ne donne que de rares éléments sur ses personnages. Elle s’en explique : « On sait vaguement que l'un est chimiste et l'autre est graphiste, mais on pourrait les intervertir. Au casting, je me suis attachée à ce que les personnages de Frédéric et Hugo soient absolument interchangeables. Frédéric et Frédérique (Léa Drucker) portent d'ailleurs le même nom. En parlant des trois, je parle de la même personne. Chacun porte en lui un tiers de l'autre. Lorsque Frédéric est à côté d'un homme, il a l'air plus féminin et lorsqu'il est à côté d'une femme, plus masculin... Frédéric n’a jamais vu quelqu’un comme Hugo et Hugo n’a jamais vu quelqu’un comme Frédéric. » Cette dernière allégation n’est pas évidente. On peut même en douter au vu de leur statut social. Comme souvent dans le cinéma français, on ne peut s’empêcher de penser que le scénario aurait eu plus de pertinence si les personnages avaient appartenu à une classe sociale moins privilégiée.
Un des grands atouts du film est l’excellence des comédiens. Charles Berling retrouve un rôle d’une subtilité équivalente à celui de Petits arrangements avec les morts qui nous l’a fait découvrir au cinéma en 1993. Il commente la relation entre Hugo et Frédéric de la façon suivante : « J’ai le sentiment que ces deux hommes s’aiment parce qu’ils sont parvenus à un point de vérité, que leur rencontre se fait sur la révélation et l’acceptation de leurs faiblesses. » La grande confirmation reste Bernard Campan que l’on ne verra plus jamais comme un « Inconnu ». Il y a quelques années, le magazine Première contenait une rubrique intitulée, « On ne sait jamais comment ils s’appellent ». Pour qu’il n’en soit jamais plus ainsi, je signale que l’acteur remarquable dans le rôle du beauf et qui était déjà parfait en flic pourri dans 93 rue Lauriston a pour nom, Éric Prat.

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Si belles soient-elles dans leur photographie, plusieurs scènes paraissent aussi inutiles qu’absconses en particulier celle d’un quatuor de musiciens jouant dans une masure avec fougue et sérieux comme s’ils étaient à Pleyel ! Il reste à espérer que la réalisatrice éclairera nos lanternes dans un commentaire sur le futur dvd.
Rien ne doit être gratuit dans un film, tout doit être au service des émotions, des sensations, des idées... que le cinéaste veut faire passer par l’image. Mais que nous apporte le décor raffiné à l’extrême de l’intérieur de la maison d’Hugo (en complet divorce avec son extérieur) avec le sol transparent de la mezzanine ? Sinon le plaisir d’admirer l’ange blond d’une nuit qu’Hugo a levé dans la boîte locale, un beau garçon nu en « vue de dessous », ce qui n’est pas banal mais très cucul.

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Paradoxalement pour un film qui se veut aussi « cinématographique », on a le sentiment que cette histoire, si bien dialoguée, même si l’on pense un peu à Un petit jeu sans conséquences de Bernard Rapp, aurait plus sa place sur les planches que sur un écran de cinéma. C’est plus le théâtre de Bernstein qu’elle nous rappelle que tout autre souvenir cinématographique et comme spectacle récent la pièce de Besset Les Grecs qui, elle aussi, mettait en scène l’homosexualité, dans un milieu similaire à celui de L’Homme de sa vie.
Le premier film de Zabou Breitman avait pour titre Se souvenir des belles choses, ne nous souvenons que de celles-ci dans ce deuxième film où il y en a beaucoup.

Pour télécharger le film cliquez sur un des écrans ci-dessous

Disponible sur StageVu (FRA)

 

Cette vidéo est hébergée chez StageVu. Pour la voir, vous devez avoir le Divx Web Player...! Cliquer sur la touche Play du lecteur et patienter quelques secondes.... Si au bout d'une minute, la vidéo n'a pas démaré, re-cliquer de nouveau sur la touche Play. 

 

Disponible sur Megavideo (FRA)

 

Cette vidéo est hébergée chez Megavideo. Pour la voir, Cliquer une première fois sur la touche Play du lecteur, une nouvelle page (pub) va s'ouvrir, fermer la pub et cliquer de nouveau sur Play...  Le film se lance ! 

Publié dans cinéma gay

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Les sculptures d'Henry Moore à Bagatelle en 1992

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Paris, été 1992

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RUCKENWIND (LIGHT GRADIENT)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Fiche technique :

Avec Sebastian Schlecht (Johann), Eric Golub (Robin), Iris Minich (Grit), Denis Alevis (Henri) et Rainer Winkelvoss.

 

Réalisateur : Jan Kruger. Scénario : Jan Kruger. Image : Bernadette Paassen. Montage : Ute Sound. Musique : Tarwater.

Allemagne, 2009, Durée : 75 mn. Disponible en VO.

 


Résumé :

Johann (Sebastian Schlecht) et son ami Robin (Eric Golub) font une escapade à bicyclette à travers les forêts pittoresques du Brandebourg ; ils rencontrent une série d'obstacles et d'incidents qui non seulement va tester leurs relations mais aussi la relation que chacun d’eux a avec le monde qui l’entoure.

Espiègle, Robin teste immédiatement leur résilience par des « peut-être ». A-t-il oublié sciemment les piquets de la tente à la maison ? Mais peu importe : les garçons n'ont aucune difficulté à trouver des moyens pour se réchauffer durant la nuit...


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Après quelques jours de vélo, de frugalité et de natation réparatrice dans le plus simple appareil, les choses prennent une tournure étrange lorsque leurs vélos disparaissent mystérieusement... Les cartes se révèlent inutiles. Et dans l’épreuve chacun apprend à connaître une nouvelle facette de l'autre. Johann et Robin considère la nouvelle situation comme une sorte de défi sportif.

Ils poursuivent le voyage à pieds. Les garçons trouvent une ferme au cadre chaleureux, habitée par une femme, qui semble très libre d'esprit, et son fils adolescent (Denis Alevis, la seule belle créature du film). Johann et Robin sont inviter à rester quelque jours dans cette thébaïde; ce qui va changer le cours de leur voyage...


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L’avis critique

Kruger a voulu faire avec Ruckenwind, que l’on peut traduire par « vent arrière » ou « vent favorable » (titre qui a bien peu de rapport avec ce que l’on voit sur l’écran...), à la fois un road-movie idiosyncratique et un conte érotique homosexuel et contemplatif dans lequel il prendrait son temps pour nous faire ressentir l'intimité et la découverte de soi de chacun de ses personnages plongés dans une majestueuse forêt. Il résulte de cette tentative éminemment germanique, de confrontation entre culture et nature, un profond ennui.


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Cela commence très mal avec la scène d'ouverture, où l’on comprendra rétrospectivement que le cinéaste a opéré un transfert du point de départ de son histoire sur un plan symbolique. Alors que Johann regarde un couloir d'un hôpital vide (que l’on ne retrouvera qu’à la fin du film qui ne sera donc qu’un long flashback), il récite, hors champ, d’une voix que l’on a du mal à identifier comme celle du jeune homme, la fable du lièvre et du renard, qui se réunissent dans la forêt et s’y font des amis, comme les protagonistes du film dont les premiers mots sont : « Il était une fois un renard et un lièvre... » L’histoire, ici abstraite, fondée sur des créatures mythiques, est révélatrice de la manipulation de Kruger envers ses personnages. On ne saura qu’à la fin du film que Johann est dans cet hôpital, qui tient de la prison, parce qu’il aurait ingéré des baies toxiques (le conditionnel est de rigueur tant tout cela est confus !). La dernière scène en forêt pourrait donc n’être qu’un délire (?).


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Les raisons de ce ratage sont multiples, à commencer par le parti pris de se regarder filmer constamment. Le réalisateur semble interpeller le spectateur pour lui dire : regardez comme je filme bien, comme je fais de beaux plans parfaitement inutiles, tel le dernier du film. Durant toute la durée de Ruckenwind, le cinéaste multiplie les afféteries de caméra, long, long plan fixe signifiant, très signifiant, avec musique surlignante, filmage des reflets de ses protagonistes dans vitres et miroirs, point flou volontairement, agitation brusque de la caméra, gros plans vains...


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Ruckenwind, en outre, ne possède pas d’unité narrative mais est divisé en deux parties bien distinctes. La première, dans laquelle les deux randonneurs sont seuls et où chaque fois que le spectateur, à travers la reconnaissance d'une scène type, a l'illusion de comprendre les relations qui unissent Johann et Robin et est déstabilisé par la scène suivante qui le met dans la position d’un observateur extérieur. Il se retrouve alors, reluquant en douce les jeux mystérieux des deux garçons qui se terminent souvent par des joutes sexuelles. Cette opacité ne renforce pas l’épaisseur des personnages mais la perplexité du regardeur...


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Puis, lorsque Johann et Robin sont cantonnés avec Grit (Iris Minich) et son fils Henri (Denis Alevis), j’ai eu alors l’impression, vite démentie, que ce vent arrière, allait tourner façonAmants criminels d’Ozon, le film laisse le mystère en grande partie derrière lui et adopte une narration plus classique du récit. Soudain, Kruger se concentre davantage sur ses personnages et leurs relations les uns avec les autres qu’il illustre par de courtes scènes telles un dîner, la séance de tir... Il recentre son récit sur les relations qui se développent entre le couple et ses hôtes, une relation amicale qui n'est pas dépourvue de tensions érotiques. Elle est comme un écho avec celle que développent les deux garçons au début, relation à la fois ludique et érotique dans laquelle la violence a aussi sa place. Encore et encore, les personnages se perdent dans des comportements enfantins comme l'aspersion avec un tuyau d'arrosage par Grit de Johann et Robin, ce qui nous vaut un panoramique sur leur assez triste anatomie ou encore cette course à bicyclette pour tester le caractère de leur rapport sur un mode purement physique.


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Les caractères de Grit et d’Henry aurait demandé un approfondissement qui aurait peut-être éclairé ce qui tient lieu d'intrigue.

Et puis sans véritable raison Kruger fait revenir son film dans la forêt, ce qui embrouille complètement le spectateur.

Kruger trouve beaux ses deux héros principaux. Il s’attarde longuement sur leur plastique et nous offre à plusieurs reprises leur nudité intégrale. Malheureusement, je suis loin de partager les goûts du cinéaste. Un film aussi peu naturaliste (Kruger a déclaré que le film n’était pas prévu à l'origine comme un long métrage, mais comme un essai poétique) aurait pu permettre à son réalisateur de choisir pour les deux rôles principaux, qui ne quittent quasiment jamais l’écran, des jeunes gens au physique de rêve, ce qui n’est pas le cas avec le velu Sebastian Schlecht et le grassouillet Eric Golub, d’autant qu’ils ne compensent pas leur physique ingrat par leur jeu. De toutes les manières il aurait fallu des acteurs beaucoup plus jeunes, quinze-seize ans, pour donner un peu de consistance et de vérité à cette histoire qui en aurait eu bien besoin...


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Ruckenwind est le deuxième long métrage de Jan Kruger, qui est né en 1973, et a par ailleurs réalisé plusieurs courts métrages dont l’excellent Freund.

La fable est un genre bien difficile, en particulier au cinéma où ses réussites sont extrêmement rares. Il demande une grande clarté pour que le spectateur en saisisse la morale. Malheureusement la clarté n’est pas la qualité première de Jan Kruger.


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Le film a été édité en dvd en Allemagne.

Publié dans cinéma gay

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DREAM BOY, un film de James Bolton

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Fiche technique :

Avec Stephan Bender, Maximillian Roeg, Rickie Lee Jones, Randy Wayne, Owen Beckman, Diana Scarwid et Rooney Mara. 

 

Réalisation : James Bolton. Scénario : James Bolton, adapté du livre éponyme de Jim Grimsley. Musique : Richard Buckner.

USA 2008, Durée : 86 mn. Disponible en VO et VOSTfr.


 


Résumé :

Nathan (Stephan Bender), 15 ans, fraîchement débarqué avec sa famille dans une petite ville du sud profond des États-Unis, est un adolescent intelligent mais timide qui veut s'échapper de l’emprise de son père abusif et violent. Il fantasme sur une relation avec Roy (Maximillian Roeg), un garçon un peu plus âgé que lui qui vit juste à côté de son domicile.


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Roy fréquente la même école secondaire que Nathan ; il conduit d’ailleurs l’autobus scolaire. Progressivement, les deux garçons commencent à se parler. Petit à petit leur relation s'approfondit. Rapidement, l'un et l'autre s’aperçoivent de leur commune attirance, mais Roy peine à assumer pleinement leur passion. Un soir, le père de Nathan tente de violer son fils. Ce n'est clairement pas la première fois que cela se passe et l’on comprend alors le désir de Nathan d’échapper à sa famille, d’autant que la mère sait mais ferme les yeux. Nathan doit à la fois cacher les abus dont il est victime et son amour secret pour Roy. Nathan est accepté dans le cercle social de Roy. Il est bientôt invité à aller camper avec Roy et ses amis, Randy et Burke. Pendant cette escapade, ils découvrent une maison abandonnée (et peut-être hantée) dans une ancienne plantation. Une nuit, dans cette maison abandonnée, Roy et Nathan sont découverts en pleins ébats par Randy et Burke, les amis de Roy...


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L’aviscritique

On appréhende totalement différemment le film si on connaît le roman de Jim Grimsley, au titre éponyme, dont il est issu et si on s’y réfère ou si on l’ignore. En effet, le film que je considère assez réussi est une trahison à un peu près totale du roman, à tel point qu’il me semble qu’il est un véritable abus que le film porte le même titre que le livre. Bolton aurait du en changer et faire figurer dans le générique une expression semblable à « Très librement inspiré du livre » suivie du titre et de son auteur. Ce qui l’aurait libéré des contraintes du roman dont il ne parvient pas à traduire le côté fantastique.


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Une fois débarrassés de cette importante réserve, regardons l’objet libéré de ses références.

La première qualité de Bolton est de croire au langage spécifiquement cinématographique et en particulier à la force de l’image. On peut même avancer qu’il lui fait même un peu trop confiance. Ne pas laisser les dialogues, ici malheureusement particulièrement plats, faire avancer l’histoire que l’on raconte est souvent (pas toujours) une bonne chose et une preuve de la qualité d’un cinéaste. Dream Boy est un film peu bavard. Mais il aurait tout de même été utile, par quelques répliques supplémentaires d’éclairer le spectateur sur différents points précis, par exemple comment se fait-il que Roy collégien (dans le sens américain du terme) se retrouve à conduire le bus de ramassage scolaire…


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Le cinéaste avait été particulièrement bien inspiré pour son premier film, Eban et Charley, de choisir pour le rôle principal Giovanni Andrade ; disons-le tout de suite, il a eu la main beaucoup moins heureuse pour Dream Boy. Non que Stephan Bender et Maximillian Roeg soient mauvais acteurs, même si Bender a une panoplie d’expressions un peu limitée, mais ils ne correspondent pas aux rôles qu’ils interprètent. Ils paraissent et sont tous les deux trop âgés (je ne parle pas des personnages du roman qui sont beaucoup plus jeunes) pour les situations qu’ils jouent, ce qui nuit à la crédibilité de l’ensemble.


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Problème subsidiaire, Stephan Bender (Nathan) est plus grand que Maximillian Roeg (Roy) alors que le personnage doit avoir deux ans de moins que Roy. C’est une erreur tellement grossière que l’on ne comprend pas comment personne ne l’a expliquée à Bolton avant le tournage. Néanmoins ils arrivent à nous faire sentir la délicate incertitude qui caractérise la situation de Nathan et de Roy, qui est mise en valeur par l’interprétation empreinte d’érotisme des deux jeunes acteurs.


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Le cinéaste semble d’ailleurs très heureux de ses interprètes comme en témoigne cette réponse faite à un interviewer qui lui demandait comment les deux garçons avaient abordé les scènes intimes : « Ces jeunes gens sont des professionnels. Ils ont pris leur rôle très au sérieux. Ils ont beaucoup puisé dans les personnages du roman. Ils ont aussi passé du temps avec les jeunes de Louisiane. Ils ont également parlé longuement de leur rôle avec moi et des personnages avec Jim Grimsley. Ils n'étaient pas du tout craintifs pour les scènes intimes du film. Il faut dire que Max est le fils du réalisateur Nicolas Roeg et a grandi dans le milieu du cinéma; il a par exemple, parmi tant d’autres côtoyé David Bowie à la table familiale ce qui a fait que c’est un garçon très ouvert d'esprit et professionnel. Quant à Stephan, sa première expérience derrière une caméra, il l’a fait dans Superman Returns. Il ne se demandait pas si son rôle pourrait lui procurer une plus grande célébrité, mais comment puis-je faire pour que mon personnage soit celui que l'auteur et le réalisateur ont envisagé ? Comme ils sont très professionnels, je pense que tous les deux vont continuer à jouer dans beaucoup de films. »


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Bolton a choisi de ne pas exactement dater son film. On peut penser qu’il se déroule dans la Louisiane dans le milieu du 20ème siècle.

Le cinéaste est assez inspiré dans la première scène de sexe entre les deux garçons. S’il ne montre pas grand chose, il réussit bien cependant à suggérer leur émoi, leur maladresse, leur fougue et leur plaisir.

La réalisation posée donne au film intensité et puissance. Le souci constant du détail lui apporte une touche très authentique. Le réalisateur a échangé le style urbain de son précédent film, The Graffiti Artist, à la dominante froide pour des images plus romantiques que baigne une lumière dorée.


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Peu de cinéastes ont autant de courage que Bolton qui n’hésite pas à s’attaquer à des sujets tabous comme à un amour entre un garçon de 15 ans et un homme qui a le double de son âge dans Eban et Charley et comme ici à l’inceste entre un père et son fils. En filmant les conséquences de l’acte et non celui-ci, le cinéaste n’évite pas l’obstacle, mais réussit mieux à peindre l’atmosphère irrespirable qui règne dans la maison de la famille de Nathan.


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Alors que James Bolton était l’auteur des scénarii de ses deux premiers films, dans un journal de Chicago il explique la raison du choix d’adapter un roman aussi difficile queDream Boy d’autant que son auteur Jim Grimsley est aussi un auteur dramatique : « J'ai pensé que c'était une belle histoire qui me touchait de multiples façons. Y compris, les lieux. Je suis né et j’ai grandi dans le Sud, à St. Augustine, en Floride. Je ne crois pas que beaucoup de choses aient changé en Amérique si vous habitez en dehors des grandes villes, c'est encore très difficile d'être jeune et gay. Les enfants sont toujours harcelés dans les petites villes où ils doivent cacher et réprimer leur sexualité. Le fondamentalisme religieux est galopant et à tant d'égards l'estime de soi de ces jeunes est détruit. Je voulais faire un film qui traite de toutes ces choses pour aider à promouvoir un dialogue sur ces sujets. »


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Dans la même interview, il revient sur les difficultés de tournage dans le sud : « Mes deux premiers longs-métrages Eban & Charley et The Graffiti Artist ont tous deux été filmés dans le Nord-Ouest du pays sur la côte du Pacifique. Le tournage dans le Sud a été beaucoup plus difficile que je le pensais. Nous y sommes allés principalement pour retrouver l’atmosphère du roman. C'est une histoire très sudiste et je voulais faire quelque chose d'un peu différent de mes films précédents. Nous avons rencontré beaucoup d'homophobie lors du tournage. Ce qui n'a fait que renforcer les raisons pour lesquelles je voulais faire le film. Il y avait aussi des gens merveilleux... »

Mais Bolton a un peu présumé de ses forces en voulant traiter en un seul film, trop court, des sujets aussi complexes que l’inceste, l’amitié adolescente, la bigoterie du vieux sud et les légendes fantastiques qui le travaillent. C’est tout ce versant onirique du livre de Grimsley que le cinéaste peine a agréger dans un film par ailleurs convaincant par son âpre naturalisme.


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Le dvd :

Comme presque toujours chez Optimale, aucun bonus. Pour un tel film, quelques explications du réalisateur sur son choix et les problèmes qu’il a rencontré pour adapter un roman aussi culte n’aurait pourtant pas été inutiles. L’encodage du film est correct.Le film est en v.o sous-titrée,  le film est correctement reporté sur le support, en 16/9, son 5.1 qui restitue fort bien les ambiances et met en valeur une bande originale judicieusement choisie.

 

 































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Part 1 Part 2 Part 3 Part 4 Part 5 Part 6 Part 7 Part 8 
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Legenda em Portugues (Br)
Legenda em Portugues (Pt)

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HARRY PHILPOTT

Publié le par lesdiagonalesdutemps



 
 

 
 

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HESSED MUFLA (AMAZING GRACE ou UNE GRÂCE STUPÉFIANTE)

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Fiche technique :
Avec Aki Avni, Rivka Michaely, Sharon Alexander, Gal Hoyberger, Dvora Bertononv, Ada Valery-Tal et Hinna Rozovska.

 

Réalisé par Amos Gutman. Scénario : Amos Gutman. Directeur de la photographie : Amnon Zalayit. Compositeur : Arkady Duchin.


Israel, 1992Durée : 95 mn. VO et VOSTanglais. Disponible en zone 1.



Résumé :


Israël, les années 1990. Jonathan a 18 ans et il est malheureux. Il a quitté le Moshav et sa mère pour aller vivre en ville avec son premier amour Micky. Jonatan déteste son travail et sa nouvelle vie avec Micky s'avère insatisfaisante (celui-ci est volage et le laisse seul en compagnie d’une chanteuse toxicomane). Son existence qui tourne à vide va trouver un sens en la personne du beau Thomas, un jeune new-yorkais venu rendre visite à sa famille.
Le film raconte la rencontre de Jonathan, qui rêve d'un grand amour salvateur, avec Thomas qui a renoncé à tout et mène une existence sans projets ni but. Il évoque le problème du sida qui menace les éventuelles intimités entre homosexuels. Mais séropositif, Thomas ne peut vivre pleinement cette relation pleinement.


 

L'avis critique

 
Ce drame intense et mélancolique, situé à Tel Aviv, suit Jonathan, 18-20 ans, un adolescent romantique et dégingandé, en crise, abandonné par son ami, une larve veule aux slips aussi moulants qu’improbables, frustré par les absences continuelles de sa mère, déçu par sa bande de copains et détestant son boulot. Il travaille comme moniteur dans la garderie d’enfant que dirige sa mère. Il retrouve goût à la vie quand il a le coup de foudre pour Thomas, le fils de ses voisins qui habite avec sa mère et sa sœur, deux femmes qui ne cessent de se disputer. Le beau (beaucoup moins que Jonathan et cela nuit un peu à la crédibilité du scénario) Thomas de retour de New York. On comprend peu à peu que Thomas revient dans son pays parce qu’il est atteint du sida. Leur relation naissante et hésitante sert de toile de fond à cet ambitieux drame social et sexuel qui aborde aussi bien le sida, la mort, la drogue, le milieu gay de Tel Aviv, la militarisation de la société israélienne que la crise de la famille.


Bien que le film se disperse un peu, il reste un beau film qui invite à la réflexion et à la contemplation tant est sublime Rivka Michaely qui interprète le rôle de Jonathan, une sorte de « Boticelli » askenase à la chevelure bouclée, blond vénitien. Il n’est pas douteux que le cinéaste est aussi subjugué par son acteur que nous et si malheureusement on ne fait qu’apercevoir son anguleuse et pourtant désirable nudité le film n’est pas avare de scènes où le beau sabra n’a pour tout vêtement qu’un lâche caleçon.


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On comprend que Gutman ait eu quelques problèmes avec les autorités de son pays. Car à travers son viseur, Israël, très loin de son image officielle, fière et guerrière, ne semble peuplé que de folles droguées, de mères juives hystériques, de militaires brutaux et de bourgeois bornés, le tout évoluant dans des décors très « chip ». La communauté gay n’est pas non plus épargnée. Elle parait composée que par de jeunes gigolos ringards dont le rêve serait d’être… Mireille Mathieu ! À noter que le film a été projeté il y a quelques années au festival du cinéma israélien.
Le film est édité en vidéo aux USA en hébreux sous-titré anglais.

 

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Ce film d’Amos Gutman traite des relations homo, du tragi-comique de l’autorité matriarcale et de la dangereuse menace du HIV. Le réalisateur est décédé des suites de sa maladie en février 93 à Tel Aviv.
Amos Gutman est le réalisateur du premier film israélien de sensibilité gay, Drifting(Nagua), 1983, que le gouvernement israélien a essayé de faire retirer de la programmation du festival de films de Montréal comme n'étant pas représentatif de la culture israélienne.

 


pour télécharger le film cliquez sur la ligne ci-dessous

Read Me

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glanage de beaux garçons sur la toile

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Ci-dessous quelques images d'un blog très recommandable et d'autre à son adresse qui est: http://goodbyeoldengland.tumblr.com 

 

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SA RAISON D'ÊTRE de Renaud Bertrand

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Fiche technique :

 
Avec: Nicolas Gob, Michaël Cohen, Clémentine Célarié, Nozha Khouadra, Bérénice Béjo, Valérie Donzelli, Valérie Mairesse, Sophie Quinton, Carlo Brandt, Philippe Lefebvre, Cyril Descours, Jean Dell, Alexandre Mercouroff, Sophie de La Rochefoucauld, Isabelle Ferron et Dominique Frot.

 

Réalisateur : Renaud Bertrand. Scénario : Véronique Lecharpy & Pascal Fontanille. Image : Marc Koninckx. Son : Jean Casanova. Montage : Laurence Bawedin. Musique : Stéphane Zidi.
France, 2007, Durée : 200 mn. Disponible en VF.


 

Résumé :

 
Nous sommes au début 1981. Lors d’un match de foot, un beau brun (Michael Cohen), genre intello mais qui soigne ses abdos, kiffe sur un blond (Nicolas Gob), Bruno de style plus rustique, dans la douche des vestiaires. Tout ce qui va suivre est raconté par le brun. Nicolas et Bruno deviennent amis. Bruno a une petite amie, Isabelle (Sophie Quinton), qui se trouve être la sœur de Nicolas. Isabelle accouche de Jérémy mais Bruno n’en est pas le père. De son coté Nicolas, homo et grand fêtard, a un meilleur ami, Jérôme (Cyril Descours), avec lequel il couche régulièrement. Jérôme tombe amoureux d’un steward américain. Ce dernier ne tarde pas à tomber malade et meurt ; c’est une des premières victimes du sida. Jérôme est contaminé. Bruno voudrait se marier avec Isabelle et reconnaître Jérémy. Isabelle hésite. Bruno réussit à la convaincre. Quelques jours avant de s’unir, passant par là, le couple est victime de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers. Isabelle est tuée, Bruno très gravement blessé. Hélène (Clémentine Célarié), la mère de Nicolas, élève Jérémy. Nicolas est désespéré et se jette dans la drogue et la fornication intensive. Bruno sort du coma mais il est paralysé des jambes. Nicolas arrache Jérémy à sa mère Hélène pour s’en occuper et le rendre à Bruno. La séparation d’avec l’enfant rend Hélène folle. Bruno se rééduque et tombe amoureux de son infirmière Nadia (Nozha Khouadra), d’origine algérienne. Elle est mariée avec Nabil, militant de Touche pas à mon pote. Elle a deux enfants. À cet instant, nous sommes à la quarantième minute du film et si les scénaristes n’ont pas chaumé, il y a néanmoins beaucoup de trous dans la narration. Nous ne savons pas alors par exemple ce qui nourrit au sens propre comme au sens figuré, Nicolas, son père ou Jérôme...

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Nicolas fait accueillir Bruno, en chaise roulante, dans la belle et grande maison de ses parents. La famille recomposée disperse les cendres d’Isabelle dans un fleuve voisin.
1983, Jérôme développe le sida. Vers la quarante-cinquième minute, on comprend enfin que Nicolas est le secrétaire d’une importante politicienne de droite, tout en s’occupant de Jérémy et en cohabitant avec la marraine de l’enfant qui lui sert d’alibi dans sa profession. Dix minutes plus tard, on apprend que le père va enseigner à l’université de Montréal. Nicolas et Bruno prennent un appartement ensemble pour élever Jérémy. Au bout d’une heure de film, Bruno tente d’avoir une relation sexuelle avec Nicolas, mais il n’arrive pas à bander, fin de l’expérience, ce qui nous vaut tout de même de voir Bruno nu de dos. La cohabitation des deux hommes est difficile. Presque guéri, Bruno a repris son emploi d’ouvrier menuisier.
1985, Nadia se bat pour faire éclater la vérité sur le sang contaminé. La mère de Nicolas vire alcoolique grave. Nadia s’aperçoit que Bruno a été contaminé lors d’une transfusion. La mère de Bruno divorce et se remarie avec le patron de son ex-mari. Nicolas devient l’attaché parlementaire d’un député de droite qui recherche à faire éclater la vérité sur le scandale du sang contaminé. Le député en question, tout marié qu’il est, est un un pédé dans le placard. Il drague Nicolas et rapidement ils couchent ensemble, la première fois dans leur bureau de l’assemblée nationale. Mais leur histoire doit rester secrète. Bruno est viré de son boulot lorsque l’on découvre qu’il est séropositif. Le jeune et joli Jérôme meurt du sida. Fin de la première partie.

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1986, Jérémy apprend que Bruno est malade et qu’il n’est pas son père. Nicolas est très amoureux de Pierre (Philippe Lefèbvre), son député. Bruno retrouve du travail chez un vieil ébéniste. Nadia, qui a été chassée de son hôpital à cause de son engagement sur le sang contaminé, travaille maintenant dans un laboratoire spécialisé dans le suivi des malades du sida. Le sida de Bruno se déclare. Il développe une première maladie opportuniste. Nadia passe de plus en plus de temps à son chevet. Nabil est jaloux. Bruno se remet.
1989, il se trouve une nouvelle copine, Fabienne (Bérénice Béjo). Quelque temps après, il développe une autre maladie opportuniste. Nadia se sépare de Nabil et vient vivre avec les deux hommes. Bruno se relève encore et décide de vivre avec Fabienne. La mère de Nicolas n’accepte pas la nouvelle liaison de Bruno. Le député de Nicolas devient secrétaire d’État et lui, chef de cabinet. Bruno retombe malade mais cette fois encore il s’en sort grâce à la bithérapie. Hélène se suicide par noyade le matin de Noël 1995. Bruno a une nouvelle maladie dont il ne se remet pas. Nadia lui injecte la piqûre de la délivrance devant la télévision sur laquelle Bruno vient de voir la France être sacrée championne du monde de football. Pierre s’oppose au PACS. Nicolas menace Pierre de l’outer. Ils se séparent. Pour se consoler, Nicolas, qui a trop bu, lève un jeune mec au matin ; il s’aperçoit que son coup d’une nuit est séropo et qu’ils ont eu un rapport non protégé. Nicolas est contaminé. Pour récupérer Nicolas, Pierre rend public son homosexualité. Ils se remettent ensemble.

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L’avis critique

 
Contrairement à l’habitude, je n’ai pas écrit un résumé car il n’aurait pu être que trompeur, mais ce que l’on appelle, dans le jargon cinématographique, une continuité dramatique pour bien, je l'espère, montrer l’incongruité de cette histoire causée par un trop plein de péripéties. C'est cette continuité dramatique que l'on présente aux producteurs pour essayer de les convaincre de monter le film et aux différentes autorités pour essayer de récupérer quelque argent.
Dès les premières images, on sent que l’on va droit à la catastrophe artistique, plan trop serré sur l’action, les figurants c’est cher, donc le réalisateur resserre le cadre pour que le spectateur ne s’aperçoive pas que la foule que le cinéaste est censé filmer, ne se résume en fait qu'à une demi douzaine de clampins. Mais surtout, la voix off, nous expliquant le pourquoi du comment de ce que l’on devrait voir, est presque toujours un aveu d’impuissance cinématographique ; c'est ici patent.

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L’échec du film tient autant à son esprit qu’à sa forme. Déblayons tout de suite la forme technique de la chose, n’importe quel producteur de bon sens devrait se rendre compte que traiter 27 ans d’histoire en 3 heures, avec une foule de personnages lancés dans des péripéties des plus romanesques, est déraisonnable. Si la chaîne (1ère diffusion le 26 Mars 2008 sur la 2) avait été vraiment courageuse et responsable, elle aurait dû produire une mini série de cinq à six épisodes de 90 minutes. Mais le péché originel de Sa raison d’êtreest d’avoir voulu mêler des genres qui se révèlent antagonistes, soit le mélo cinématographique façon Douglas Sirk, avec le roman feuilleton genre Eugène Sue, qui a engendré le feuilleton télévisé tombé en désuétude depuis la mort de l’ORTF. La différence principale des deux genres réside dans leur construction : le premier se nourrit d’un nœud gordien aussi inextricable qu’improbable et est d’essence fondamentalement pessimiste ; le deuxième ne vit que par une incessante avalanche de péripéties tragiques et également peu réalistes mais rendues crédibles justement par leur arrivée continue dont la fréquence empêche le spectateur de réfléchir. Dans cette dernière forme, au bout du compte, après bien des tragédies, quelques personnages arriveront au terme de ce chemin infernal et toucheront au paradis. On le voit, des conceptions bien différentes, tant par leurs philosophies que par leurs rythmes. Les scénaristes Véronique Lecharpy et Pascal Fontanille, qui étaient déjà aux commandes du très bon Un Amour à taire, ont voulu de surcroît faire coller les aventures particulières de leurs personnages avec l’Histoire de la période traversée : élection de François Mitterrand, pandémie du sida, scandale du sang contaminé... La seule idée raisonnable qu’aient eu les auteurs est de rendre compte de toute cette foisonnante période par le biais d’un regard spécifique, en l’occurrence celui des gays, personnifiés par le narrateur Nicolas. Non que la bonne idée ait été de choisir le regard gay, aucun communautarisme dans mon propos, ce regard en vaut un autre pas plus, mais surtout, il réduit le champ narratif de ce scénario, qui par ailleurs explore beaucoup trop de sujets jusqu’à toucher au ridicule par leur accumulation et veut tout embrasser sans rien étreindre...
Dans la deuxième partie, bien meilleure que la première si l’on excepte la toute fin lourdement didactique, le rythme devenant moins frénétique laisse enfin passer l’émotion. Les scènes entre Bruno et Fabienne, par exemple, sont réussies.

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Le parti pris de ne pas vieillir les acteurs par le maquillage (les personnages, au cheveu près, ont presque le même aspect du début à la fin du film alors que plus de vingt-cinq ans ont passé, sauf Jérémy qui est joué par des garçons différents au fil du temps) est une bonne solution. N’imagine-t-on pas souvent les autres (et soi-même) avec un aspect qu’ils ont cessé d’avoir depuis longtemps ? Autre bonne idée de faire des réunions de la famille élargie dans la grande maison des parents de Nicolas qui constituent des bornes sur la route du temps.

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Si les poncifs ont souvent leur part de vérité, il est déconseillé à un réalisateur d’en faire un catalogue quasi exhaustif dans son film, comme c’est le cas dans Sa raison d’être. C’est forcément un steward qui a contaminé le joli Jérôme, lourde allusion au « patient zéro » ; quand une femme est enceinte, elle ne peut que vomir ; le jeune prolo (Ah les gros plan sur le torse de Gob en marcel ! Un grand moment !) est bien sûr homophobe et fils d’un routier. La politicienne de droite ne peut être qu’une caricature façon Boutin revue par Marie-France Garaud...
Les allusions à l’actualité du moment (la guerre des Malouines, les régimes communistes en Europe de l’est...) sont plaquées artificiellement dans les conversations entre les personnages et arrivent comme des cheveux sur la soupe.

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Il serait grand temps que les cinéastes s’aperçoivent que situer un film en 1981, présente les mêmes difficultés logistiques que de filmer une action se déroulant pendant les guerres napoléoniennes ou le premier conflit mondial. Dans les trois cas, les objets de la vie quotidienne sont complètement différents de ceux d’aujourd’hui. Il y a même la difficulté supplémentaire, lorsqu'une fiction se déroule dans les quarante dernières années, que bon nombre de spectateurs qui verront le film se souviendront des détails de ce temps-là et qu’ils n’auront pas oublié les visages connus d’alors. Et bien avec des moyens limités, Renaud Bertrand s’en tire très honorablement, évitant les anachronismes trop flagrants (je n’ai guère vu qu’un sweet capuche peu plausible lors d’un entraînement de foot en 1981). La reconstitution du Palace est plausible, en revanche l’avatar de Fabrice Emaert est grotesque et n’a aucune ressemblance avec son modèle dont la physionomie est encore bien présente dans la mémoire de ceux qui sont passés au Palace.

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Le miracle est qu’au milieu de séquences parfaitement ridicules, super téléphonées et très mal dialoguées, certaines scènes parviennent à être des îlots d’émotion, comme lorsque Bruno annonce à sa mère qu’il est séropositif, et qui parviennent donc à étrangler notre rire continu tout au long des deux parties.
Cela est dû principalement aux comédiens (Michael Cohen et Nicolas Gob ont tous deux reçu, à juste titre, le Prix d’interprétation masculine à Luchon) qui dans ce mélo improbable, se débattant dans des situations impossibles, débitant un texte parfois indigent, parviennent à rendre leur personnage convaincant et nous force à rester devant l’écran pour connaître la suite.

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Commentaires lors de la première édition de ce billet

Précisions

Voilà un papier qui donne envie de voir ce chef d'oeuvre (private joke).
En ce qui concerne le côté feuilleton populaire à la Eugène Sue digne du temps de l'ORTF, je serais tenté d'écrire que c'est aussi une tentation digne des soap américains (les scénaristes d'aujourd'hui sont plus nourris de ça que des feuilletons du début du siècle dernier !). Une tendance qui pointait déjà son nez dans "Un Amour à taire" mais qui n'a pas dérapé jusqu'à l'extrême comme ici. N'oublions pas que c'est un produit télévisuel (un téléfilm en deux parties) et non un film de cinéma, et qu'il faut concentrer les péripéties en 2 fois 90 pour scotcher les téléspectateurs sur leur siège (peu importe le sujet d'ailleurs) et garantir un certain audimat. Des formats en 5 ou 6 fois 90 n'étant réservé qu'aux " grandes sagas d'été" de nos chaînes nationales que l'on nomme dans le jargon obscur et technique du critique des "grosses daubes" ou "des sombres merdes", tout dépend du talent des scénaristes...
Voilà, c'est dit. Je reprendrai ce billet demain sur Les Toiles Roses (oui, je suis rapide, n'est-ce pas Bernard ?) :-)

Posté par Daniel, 06 mai 2008 à 10:32

réponse à Daniel

Je m’efforce lorsque j’écris une critique de ne pas tenir compte des contingences qui pèsent sur les créateurs, tout d’abord par éthique, on trouve toujours des excuses aux criminels en scrutant leur enfance..., et puis surtout parce que je suis loin d’avoir connaissance des contraintes que subisse tel ou tel, même si je suis bien conscient de certaines, sans parler des vies privées au sens large du terme, qui peuvent aussi peser sur une création. Dans le cas particulier des films, je m’oppose au subtil distinguo entre films de cinéma et téléfilms. Cette distinction est très franco-française et est beaucoup moins présente dans d’autres pays, comme les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne ou la Suède (autant de pays dont je connais un peu à la fois leur production cinématographique et leur production télévisuelle ainsi que leurs pratiques critiques). Que je sache les films de cinéma subissent également bien des contraintes. Je n’ignore pas que les scénaristes d’aujourd’hui doivent être plus familier des soaps que des feuilletons de la fin du XIX ème siècle, mais si j’ai cité ces derniers c’est que les rebondissements dans le film m’y ont beaucoup plus fait penser que ceux des “soaps” qui ne sont souvent que des leurres, alors que ceux des feuilletons à la Eugène Sue comme ceux qui arrivent aux personnages du film sont bien réels et dramatiques pour eux. Tu as raison les prémisses de l’accablement du scénario se trouvait déjà “Dans un amour à taire” mais ce film était beaucoup plus réussi que celui-ci en partie tout simplement parce qu’il n’embrassait qu’en gros que cinq années, certes 1940-1945 très denses historiquement, alors que le présent film s’étale sur 27 ans! Mais l’erreur capitale des scénaristes est qu’ils ont voulu que leurs créatures soient dans tous les coups. C’est l’anti Fabrice de la Chartreuse de Parme! Le bourde la plus emblématique est de faire mourir Isabelle dans l’attentat de la rue des rosiers alors qu’il aurait été plus raisonnable de la faire disparaître dans un prosaïque accident de la circulation. Mais la vrais faute scénaristique est de n’avoir pas exploité cette particularité dans la suite du scénario. Et puis je trouve qu’il est déraisonnable je le répète de traiter de l’histoire sur plus de 25 ans et pour cela de vouloir gérer une foule de personnages et d’y inclure l’Histoire (ce qui est par ailleurs peut être très bien). Quand j’apprend par l’excellent Roth-Bettoni que le dernier opus de Ducastel et Martinau , sans préjuger de la qualité de leur film, va s’étirer sur quarante ans, je trouve que ce n’est pas raisonnable...
P.S. écrit entre ombre et lumière au jardin non loin des chats

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Pour se souvenir de Mimi Perrin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Doodlin’ / Tout en dodelinant (Horace Silver)
Jean-Claude Briodin, Jacques Denjean, Claude Germain, Christiane Legrand, Mimi Perrin, Ward Swingle (voix)
Art Simons (p), Michel Gaudry (cb), Christian Garros (bt).
Paris, 1960.

Naima (John Coltrane)
Mimi Perrin (voix)
Georges Arvanitas (p), Michel Gaudry (cb), Daniel Humair (bt).
Paris, 1961.

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I LOVE YOU PHILLIP MORRIS

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Fiche technique :

Avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann, Rodrigo Santoro, David Jensen, Jessica Heap, Marc Macaulay, Antoni Corone, Griff Furst et Morgana Shaw. Réalisation et scénario : Glenn Ficarra et John Requa, d'après le livre de Steve McVicker. Image : Xavier Perez Grobet. Son : Paul Urmson et Mark weber. Montage : Thomas J. Nordberg.

USA, 2010, Durée : 96 mn. 

 

 

 


Résumé :

L’histoire vraie d’un ex-flic, ex-mari, ex-arnaqueur aux assurances, ex-prisonnier modèle et éternel amant du codétenu Phillip Morris. Steven Russell est prêt à tout pour ne jamais être séparé de l’homme de sa vie. Ce qui implique notamment de ne pas moisir en prison. Jusqu’où peut-on aller par amour ? Très loin si l’on en croit l’histoire incroyable de Steven Russell, un génie de l’évasion rattrapé par son romantisme.


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L’avis critique

Steven Russell, un flic lambda de Géorgie, marié à une bigote et père d'une gamine qu'il adore, a un grave accident de voiture. Le choc lui fait prendre conscience de la fausseté de sa vie et il décide d'être vraiment lui-même. C'est à dire de vivre son homosexualité au grand jour. Il démissionne de son travail de policier et quitte sa femme. On le retrouve dans la séquence suivante en tata cossue et dépensière, dans un palace de Floride, doté d'un petit ami (Rodrigo Santoro) et de deux chihuahuas. Il énonce ensuite cette sentence on ne peut plus vraie : « Être gay coûte cher. » Il est donc devenu un escroc de haut vol pour payer son fastueux train de vie. Mais la dolce vita se termine derrière les barreaux. Il a bientôt le coup de foudre pour un autre prisonnier, Phillip Morris ( Ewan McGregor), qui devient l'amour de sa vie. Steven ne tarde pas à s'évader et réussit rapidement à faire sortir de prison l'élu de son cœur. Le couple mène grand train grâce aux différentes arnaques de Steven, qui est parvenu à se faire embaucher comme directeur financier d'une grande firme. Mais une nouvelle fois les malversations de Steven sont découvertes. Retour à la case prison. Suivent plusieurs épisodes où notre héros connait des hauts et des bas, surtout des bas mais toujours amoureux de Phillip Morris, qui a lui décidé de prendre ses distances avec son soupirant. La comédie devient de plus en plus sombre pour se muer en un mélodrame lacrymal.


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I Love you Phillip Morris nous propose trois films en un seul. C'est d'abord une comédie dont le modèle serait celles des frères Farelli ; un film de prison, façon Oz light et enfin un mélodrame qui regarderait du coté de Brokeback Mountain. Dès le générique de début, on nous annonce que l'histoire qui va nous être racontée est vraie. Et c'est peut-être la plus grosse erreur des cinéastes car pas un seul instant nous pouvons croire à ce que nous voyons. On aurait sans doute été mieux intentionné pour le film sans cette annonce qui le condamne dès les premières scènes. On l'aurait accepté alors comme une des nombreuses comédies gays farfelues et bâclées qui, généralement, sortent directement en vidéo et l'on aurait attribué son incongrue sortie en salle en raison de son casting. À propos, le fait que les protagonistes de cette laborieuse pochade soient gays n'a que peu d'importance. Ils seraient hétéros que cela ne changerait rien à l'affaire.


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Comment croire qu'un petit flic du sud se transforme instantanément en un flamboyant escroc ? Le scénario se garde bien d'ailleurs de nous l'expliquer et ce n'est malheureusement pas le seul raccourci pris par le duo qui met le spectateur devant le fait accompli de nombreuses invraisemblances. D'autre part, comment admettre que toutes les personnes que rencontre Steven tombent sous le charme de son discours alors que nous ne voyons qu'un camelot de troisième zone débitant des fadaises d'un air fat ? La première règle pour un escroc est de ne pas paraître ce qu'il est, mais avec Steven Russell, le plus naïf des spectateurs aura décelé d'emblée le faisan. À partir de là, il est difficile de s'intéresser à la pantomime qui se déroule sur l'écran.


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À mesure que se déroule le film, on pense de plus en plus à Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg, mais Glenn Ficarra et John Requa n'arrivent pas au doigt de pied de ce dernier et la comparaison de Jim Carrey avec Di Caprio est accablante pour le premier. Car ce qui plombe I Love you Phillip Morris, ce n'est pas que son scénario peu crédible, c'est aussi son interprétation. Jim Carrey joue comme au temps du muet où l'art de l'acteur se résumait souvent à de pénibles roulements de quinquets. Durant les 1h36 du film, Jim Carrey nous sert toujours le même numéro aux grimaces convenues. Dans les scènes de mélodrame, gêné, on se distrait en essayant de se souvenir depuis combien de temps on n’a pas vu un aussi mauvais acteur au cinéma. Jim Carrey, vieilli, émacié, m'a fait penser aux vieux comiques des tournées miteuses qui font un sort à chaque mot. J'ai toujours pensé que les stigmates de l'âge ne vont pas aux comiques. Le pitre doit être dans la fleur de l'âge, sinon ses grimaces sont plus pitoyables que drôles. Ewan McGregor ne relève pas le niveau. Il est inexistant en godiche molle et n'a rien pour inspirer l'amour, ce qui rend encore plus improbable toute cette histoire.


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Si le filmage est correct, au standard des productions commerciales américaines, le montage est d'une grande mollesse ce qui est d'autant plus étonnant pour un film fait de petites scènes mises bout à bout.

Au final, on en veut à cette médiocre équipe d'avoir gâché ce roman d'un tricheur qui n'aurait que l'amour pour se raccrocher à la vie.

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