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Sacrevoir

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Avec cette nouvelle toile Sacrevoir semble amorcer un tournant dans son oeuvre en donnant plus d'importance au décor, en mettant ses éphèbes en situation ce qui devrait enrichir ses tableaux qui parfois semblaient n'être que la continuité de ses feuilles d'études..

Publié dans peinture

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pour se souvenir de La cerisaie de Tchekhov à la Colline

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'allais à la fois serein et ému au théâtre de la colline assister à la Cerisaie de Tchekhov dans la mise en scène d'Alain Françon. Serein parce que sachant l'excellence du texte et du metteur en scène, il n'y avait pas de risques de déception d'autant que ce théâtre avec sa configuration en amphithéâtre n' offre que des places possédant une bonne visibilité du plateau dont l'ouverture immense n'est pas toujours facile à apprivoiser pour un metteur en scène. Ému parce que j'avais rendez-vous avec ma jeunesse de spectateur de théâtre puisque j'allais voir Jean-Paul Roussillon dans son dernier rôle. Il a annoncé qu'il abandonnait la scène après la dernière représentation de cette Cerisaie, soit au soir du 10 mai. Je me souvenais de la première fois que j'avais découvert cet acteur, à la fin des années 60? au début de la décennie suivante? Je ne sais plus. En revanche je me rappelle bien que c'était dans le Georges Dandin de Molière, dont il interprétait le rôle titre et qu'il avait mis en scène pour la Comédie Française. Les décors de cette représentation avec leurs camaïeux de bleus et la voix mouillée de l'acteur sont restés à jamais inscrits dans ma mémoire. Jean-Paul Roussillon était alors encore mince et alerte. Sur l'immense plateau de la colline je l'ai retrouvé en comme rétréci, arpentant la vaste scène à petit pas courbé sur sa cane qui visiblement n'était pas qu'un ustensile de théâtre mais toujours avec la même présence et cette voix qui capte l'attention.
Françon n'est pas un metteur en scène cuistre. Il ne sent pas obligé comme moult de ses confrères de faire le malin, de moderniser ou de dépayser un texte, ce qui pour Tchekhov est stupide tant il nous parle d'un, temps, d'un lieu particuliers et, comme tous les génies il rend ce particulier universel. Les décors et les costumes sont donc clairement de l'aube du XX ème siècle, même s’ ils sont moins naturalistes que ceux de la mise en scène de Stanislavski dont on est heureux de trouver des photographies dans le programme.
La distribution est homogène dans sa belle qualité. Elle est toutefois dominé par le toujours extraordinaire Didier Sandre en Gaev . J'aurais aimé un peu plus de densité dans le jeu de Dominique Valadiè qui interprète la mère.
Que dire de la Cerisaie sans paraphraser ce qui a été dit mieux ailleurs sinon que la dernière pièce de Tchekhov est un des incontestables chefs d'oeuvre du théâtre... C'était une grande soirée de théâtre...

 

Pour se souvenir de Jean-Paul Rousillon

 

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J'ai toujours essayé que ce blog ne ressemble pas à une suite de nécrologies. Néanmoins je m'en voudrais de ne pas signaler, de ne pas honorer, à ma modeste manière, la disparition de Jean-Paul Roussillon à qui, en partie, je dois mon amour du théâtre. Il fut un de mes premiers émerveillements lorsque tout minot je l'ai découvert cabriolant en Scapin sur la scène de la Comédie Française. Quelques années plus tard, toujours au Français, c'est lui qui m'a fait comprendre ce qu'était une mise en scène avec son exceptionnel "Georges Dandin" où il faisait évoluer, à commencer par lui même, les comédiens dans un décor dans des camaieux d'ocres et de bleus... Et puis il n'y a pas si longtemps, il m'a fait éclater de rire dans son rôle d' épicier flingueur dans le beau film de Depleschin, "Rois et reine". Que d'images, que de rires, que d'émotions, monsieur Roussillon je n'ai pas eu la chance de vous rencontrer pour vous dire merci, comme j'ai pu le faire avec Michel Aumont que vous avez si bien dirigé dans "L'avare". C'est sans doute la dernière vision que j'ai eu de Jean-Paul Roussillon sur la grande scène du théâtre de la Colline qui me restera le plus dans ma mémoire. En mai dernier, Jean-Paul Roussillon était une nouvelle fois dirigé par Alain Françon. Il jouait Firs, le vieux serviteur de la Cerisaie de Tchekhov, qui regrette le temps du servage. A la fin de la pièce, le vieillard est oublié dans la maison qui vient d’être vendue. Enfermé à clé, il n’a plus qu’à se laisser mourir, tandis que résonnent les coups de hache contre les cerisiers de la propriété.«La vie, elle a passé, c’est comme si on n’avait pas vécu» : c’est la dernière réplique. Ce fut la dernière que Jean-Paul Roussillon prononça sur une scène...

la première diffusion du billet avait occasionné ces commentaires

 

Très grande perte

 

Jean-Paul Rousillon
Immense acteur, que je connaissais surtout comme acteur de cinéma, grand ami d’un autre grand acteur J.F Stevenin, quelques films dans lesquels J.P Roussillon ne m'a pas laissé indifférent (une Affaire d’Homme en 81, la Truite en 82, Baxter en 89, Mischka en 2002 et dernièrement Zone Libre de Ch Malavoy en 2007 où Tsilla Chelton et excellente.
Très grande perte.
A M.

 

réponse à A M

On peut encore y ajouter au théâtre "En compagnie des hommes" (il en existe une version filmée qui je crois est parue en dvd (?)), Platonov... Et au cinéma son apparition dans Hors la loi. Il est aussi formidable dans un film dans lequel il est l'ami et cocu de Léautaud l'écrivain était joué également d'une façon géniale par Michel Séraut et enfin il est très touchant en mari de Catherine Deneuve dans conte de noel rôle pour lequel il a eu un César...

 

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Les samouraïs de Kenya Shimizu

Publié le par lesdiagonalesdutemps














 

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Billy Elliot à New-York, coté jardin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La grande photographe Rachel Papo a photographié L'entrainement des Billy Elliot à New-York. D'autres belles image sur son site.

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pour retrouver Billy Elliot sur le blog

pour se souvenir de Billy Elliot au Victoria Palace Theatre à Londres     

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Perthus de Jean-Marie Besset au Théâtre du Rond-Point

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Vite, vite, vite, vous n’avez plus que jusqu’au 26 octobre pour courir jusqu’au théâtre du Rond-Point pour allez applaudir la meilleure pièce de Besset à ce jour.
Paul ( Jonathan Drillet) à dix sept ans, il est en première dans un lycée d’une petite ville aux abords des Pyrénées, rêveur, introverti et littéraire, il ne comprend pas grand chose aux math... Une nouvelle figure arrive dans l’établissement, Jean-Louis (Robin Causse), du même âge que Paul mais son contraire. Il est sportif, lumineux et les mathématiques n’ont aucun secret pour lui. Paul est subjugué par Jean-Louis. Divine surprise ce dernier demande à Paul dont la réputation de rat de bibliothèque, le précède, de l’aider à rédiger un devoir sur “La princesse de Clève” qui est, cela tombe bien le livre préféré de Paul qui accepte mais en contre partie demande à Jean-Louis de lui apporter ses lumières sur les progressions géométrique. Une amitié est né qui va bientôt se transformer chez paul en amour exclusif pour Jean-Louis... 
Mais surtout ces deux garçons de la bonne bourgeoisie de province sont des fils à leur maman dont l’amitié provoquée par la rencontre de leurs fils survivra à celle de leur progéniture.

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La grande force de la pièce réside dans la parfaite justesse des dialogues. Les échanges entre les deux mères sont plus vrais que nature et ceux entre les deux adolescents ne le sont pas moins.
La grande idée de Jean-Marie Besset et de son metteur en scène, Gilbert Desveaux, auquel on devait déjà la mise en scène “Des grecs”, est d’avoir fait jouer les mères par des hommes. Alain Marcel et Jean-Paul Muel qui sont prodigieux. Toutefois je suis en désaccord avec l’auteur lorsqu’il dit que cette interprétation éloigne la pièce du naturalisme tant l’interprétation des deux acteurs est extraordinaire. Je suis même persuadé que si les spectateurs ne savaient pas, avant d’entrer dans la salle que ces deux femmes esseulées après que leur mâle les aient laissé choir, étaient jouées par des hommes, la plupart d’entre eux ne s’en serait pas aperçu... Ce qui, aussi, aurait changé la nature des rires du public. Si ce choix audacieux enduit en erreur une certaine partie du public, il a aussi l’immense avantages de nourrir la personnalité de chaque femme, laissant naturellement apparaître le coté masculin, dominateur qu’il y a chez elles et de renforcer leur coté pitoyable, car il y a presque toujours ce coté là dans le travestissement...

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Je qualifierais “Perthus” de comédie de caractères. Ses références me paraissent être à la fois les “Caractères” de La bruyère et les monologues de Fernand Reynaud; deux sources qui semblent être aux antipodes l’une de l’autre et qui pourtant sont moins éloignées que l’on pourrait le croire; que l’on se souvienne, il y a quelques saisons, de la relecture que fit Jean Rochefort de certains textes de l’humoriste auvergnat. Comme ces deux textes, Perthus est constamment sur le fil entre burlesque et tragique.
C’est en effet de bien intéressants caractères qui petit à petit se dessinent devant nous. Tout d’abord ceux des mères ces idolâtres castratrices qui n’ont pourtant de cesse que d’abimer les icônes qu’elles révèrent, leur fils.
Ceux des deux garçons ne sont pas moins fouillés, si Paul est un jeune pédé assez archétypale, avec sa bande de filles à pédé  (que l'on ne verra pas, pas plus que les pères "qui ont beaucoup de travail"),  la figure de  Jean-Louis, prénom qui nous parait désuet aujourd'hui et qui renforce l'idée que nous ne sommes pas au XXI ème siècle, est beaucoup plus complexe. Celle du jeune mâle en apparence sûr de lui, assez semblable au jeune sportif du film "Get real " (Comme un garçon) mais qui en fait se laisse aimé passivement par son ami (très belle scène toute de sensualité retenue mais torride d'une nuit aux sports d'hiver) et qui craint plus que tout le regard des autres et la rumeur de sa possible homosexualité qui détruirait son image aux yeux des autres, mais surtout au siens de jeune coq du bourg. 
Alors que “Les grecs” était une pièce très parisienne, celle-ci est solidement ancrée dans la province d’où le titre Perthus, qui est un col permettant le passage, parfois difficile entre la France et l’Espagne, claire allusion également au passage souvent périlleux qu’est l’adolescence entre deux mondes celui de l’enfance et le monde des adultes avec ses conventions sociales.
Il faut saluer le choix des costumes, du à Dominique Borg, qui instille un subtile décalage entre le temps de la pièce, le courant des années soixante dix et notre époque. Ce sentiment est encore renforcé par le dispositif astucieux et minimaliste du décor modulable, procédé fort en vogue en ce temps là.
Il est dommage qu’une phrase malencontreuse brouille cet effet de distance temporelle. Dans la scène, la moins bonne de la pièce qui aurait intérêt à s’alléger de ses références historiques, où Paul évoque le voyage d’Auschwitz de sa classe et nous dit que les faits ont soixante ans.

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Robin Causse.

Si Perthus, souvent cocasse est aussi passionnant et émouvant c’est plus par la qualité de ses dialogue et sa pertinence psychologique que par ses ressorts dramatiques dont certains paraissent artificiels,
en particulier celui qui amène la rupture entre les deux garçons.
On peut penser que si tout est si juste dans cette pièce, c’est que, peut être, pour la première fois, Jean-Marie Besset a ouvert sans restriction son cœur et a puisé dans les souvenirs de son âge tendre.

Perthus au Vingtième Théâtre

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Perthus l' excellente pièce de Jean-Marie Besset, peut être sa meilleure par la qualité de son écriture bénéficiait d'une remarquable interprétation lors de sa création. Elle est reprise au Vingtième Théâtre à partir du 8 janvier. Sur quatre acteurs de la création, trois ont été changés. Heureusement, il reste le formidable Alain Marcel (également auteur de l’Opéra de Sarah).

Petit rappel, Perthus (nom d’un village pyrénéen à cheval entre la France et l’Espagne) met en scène deux amis de lycée et leurs deux mères (toutes deux jouées par des hommes, dont Alain Marcel). L’un des deux amis est attiré par le second. Le premier est gay et fier de l’être, le second, c’est moins évident...

 

Ci-dessous deux photos de la nouvelle distribution
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Perthus de Jean-Marie Besset mise en scène de Gilbert Désveaux, avec Alain Marcel, Laurent Spielvogel, Sylvain Dieuaide et Brice Hillairet, du mardi au dimanche, du 8 janvier au 28 février 
Pour retrouver Jean-Marie Besset sur le blog

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LE CABARET DES HOMMES PERDU

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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France, 2006, 120mn
Réalisation de la captation: Olivier Ciappa , texte: Christian Siméon, mise en scène : Jean-Luc Revol, musique : Patrick Laviosa , assistant à la mise en scène : Laurent Courtin, scénographie : Sophie Jacob, son : Clément Hoffmann, costumes : Aurore Popineau,lumières : Philippe Lacombe, chorégraphe : Armelle Ferron
avec : Denis D'Arcangelo, Sinan Bertrand, Alexandre Bonstein, Jérôme Pradon

Résumé

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Minuit, le cabaret des hommes perdus est désespérément vide, comme souvent, le barman se résout enfin à en fermer les portes, faute de clients. Mais subitement, un jeune homme fait irruption et s’écroule. C’est un Jeune provincial paumé, tout fraîchement débarqué en ville, qu'une “chasse aux pédés”  a jeté dans cette boîte pour drag queen des bas-fonds new yorkais. Il y est recueilli par trois curieux personnages : un beau barman tatoueur, une écervelée blonde (femme, drag, ou trans ?) et un homme qui se présente comme le Destin tout en préférant qu’on l’appelle… Dédé. A peine ont-ils sauvé le jeune homme que ses trois nouveaux compagnons lui font miroiter un avenir (un destin) à la fois ridicule et grandiose, mirifique et pathétique, hilarant et tragique : devenir, lui, le petit hétéro quelconque la nouvelle star du porno gay. Il faut dire que l’idée leurs est venu instantanément et concomitamment lorsqu’il découvre ce qu’a le garçon entre les jambes. Il le surnomment aussitôt... Dick Teyer en rapport à son mastard phallus. Dick n'a pas le choix s'il veut « s'en sortir » il devra accepter le deal du destin....devenir une star du X Gay.
On assiste à ses débuts dans ce milieu extravagant et impitoyable, à son ascension vers les sommets de la célébrité,  puis à sa chute à cause d’ un mauvais choix de carrière, l’humiliation féroce par les critiques, l’abandon du public et enfin la cruauté de l’anonymat. Déchu et sans le sou, il finit par accepter des strip-tease dégradant dans des peep-show minables. Commence alors pour Dick la descente aux enfers : la drogue, la prostitution, la maladie avec la mort pour seule issue.

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L’avis critique

J’avais vu le spectacle dans la belle salle du Rond point des Champs Elysée et il m’avait enchanté, la meilleur soirée au théâtre de l’année 2006. L'oeuvre a été créée au Théâtre du Rond-Point en septembre 2006 avant d'occuper le haut de l'affiche plusieurs mois durant au Théâtre Pépinière-Opéra  avant d’entamer une tournée qui fut un véritable tour de France du succès (et qui continue encore) pourtant l’organisation de la tournée ne fut pas simple comme le confiait Jean Claude Revol à un journaliste de Têtu: << Je croyais naïvement que les spectacles traitant de l'homosexualité étaient rentrés dans les moeurs mais croyez-moi, nous avons eu beaucoup de mal à trouver des théâtres pour nous programmer.>>.


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Dès l’ouverture on sent que l’on va assister à un spectacle pas comme les autres. Dans la grande tradition du cabaret de l’entre deux guerres le client se fait engueuler;  il n’est pas caressé dans le sens du poil mais plutôt  invité… à déguerpir ! On vous demande « de rallumer vos portables » de « sortir d'ici tant qu'il est encore temps ». Jean-Luc Revolretrouve l’esprit subversif originel du cabaret. Il faut dire que sa définition du cabaret est à la fois traditionnelle et novatrice: <Joey Stefano [star du porno gay, séropositif et mort d’une overdose à l’âge de 26 ans]. C’est comme ça qu’est apparu le personnage de Dickie, interprété par Alexandre Bonstein. Dickie arrivant dans ce cabaret, c’est comme un début de comédie musicale traditionnelle : Gene Kelly arrivant à New York par exemple, un héros débarquant dans un monde où tout peut arriver… ». A travers la trajectoire fulgurante et pathétique de Dickie, star du porno gay malgré lui, le spectacle, au passage, aborde quelques thèmes pas franchement consensuels, l’homophobie, les peep-shows, la pratique du tatouage, le travestissement et le trans-genre, l’iconographie hollywoodienne gay, les pratiques extrêmes, le désir, le besoin de reconnaissance, le miroir aux alouettes de la gloire,  le X gay, la peur de l'avenir, le chemin à prendre, les rencontres qui marquent, la peur, la drogue, la mort, les drag-queen... à mille lieues du formatage ambiant. Dans ce cabaret dont  le point de départ référentiel en tant qu’inspiration première est la revue de « la Grande Eugène » en son temps, on passe des rires aux larmes. Le glauque côtoie le sublime, le saugrenu s’allie à l’insolent, le grotesque au sexuel. Le sang et le sperme se mélangent au strass et aux plumes. Le tour de force de la mise en scène toute en nuances de Révol est grand tant celle -ci est amené à être toujours sur le fil du rasoir par le texte de Siméon , passant sans intermède de la folle gaieté au noir absolu.


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Derrière l’anecdote communautariste et le divertissement iconoclaste se cache une réflexion profonde et tragique à laquelle le spectateur ne s’attend pas et qui ne peut que le toucher car elle concerne tous les humains: que doit on faire lorsque l’on est à la croisée des chemins? Peut-on prendre à la légère une décision qui va influencer toute sa vie ?
Siméon s’est expliqué sur la genèse du spectacle: << Le Cabaret des hommes perdus est une commande, c'est-à-dire la manifestation puissante du désir partagé d’un metteur en scène et d’un auteur de travailler ensemble. L’acte d’écrire pour le théâtre trouve alors sa pleine détermination, sa totale amplitude. Ce n’est plus un acte solitaire mais une geste collective, l’élaboration précise et accompagnée d’une oeuvre qui se déploiera sur la scène dans la synergie des talents. L’auteur y trouve sans renoncer jamais à son entière liberté de création, la force jubilatoire d’une contrainte exogène qui le met sur les rails d’une histoire à laquelle il n’aurait probablement pas songé. Le Cabaret des hommes perdus : c’est par ces cinq mots que le metteur en scène Jean-Luc Revol m’a présenté son projet. Et ce curieux projet répondait à de nombreux désirs d’auteur qui m’habitaient.>>.
Pour mettre en musique ce beau monstre qui se situe entre le cabaret, la revue et la comédie musicale, Jean-Luc Revol a fait appel à Patrick Laviosa, avec qui il avait déjà travaillé sur plusieurs spectacles. Le compositeur connaît bien la sensibilité du metteur en scène. « Tout d’abord, j’ai voulu que ma musique soit en adéquation avec l’univers de Jean-Luc. Je sais comment il aime utiliser les contrastes par exemple, comme le fait d’avoir une musique guillerette sur une scène sordide. Pour l’esprit cabaret, il fallait aussi un côté disparate, de bric et de broc, et en même temps, je voulais que ma musique reste simple et accessible. Quand j’ai pu faire quelques références, je les ai faites ! L’ouverture est influencée par Kurt Weill, le duo d’amour est écrit comme un boléro de l’entre-deux-guerres et il y a du parlé-chanté proche des Parapluies de Cherbourg. Pour certains morceaux, Jean-Luc avait des idées très précises. Pour un numéro, il avait envie d’une ambiance très sixties : j’ai donc écrit un twist avec des choeurs qui font choop-doo-wap. Pour d’autres, c’est moi qui ai proposé des choses. De même, avec Christian, on a fait un ping-pong, en procédant par petites touches dans un échange permanent d’idées. »
Seule petite frustration pour le compositeur : le fait de se retrouver seul au piano pour des contraintes budgétaires, alors qu’il devait disposer au départ d’une petite formation orchestrale. Mais c’est un mal pour un bien ainsi le musicien avec son instrument est sur la scène en symbiose avec les acteurs, faisant partie intégrante de la troupe. 
La distribution est brillante. Les quatre comédiens sont portés par  le chaleureux un piano  placé sur scène. Ils  ont une telle énergie que parfois on penserait qu’il sont une douzaine.  Alexandre Bonstein, Denis D’Arcangelo, Sinan et Jérôme Pradon sont des habitués des spectacles musicaux des plus variés comme Les Misérables, Hair, Créatures ou Mme Raymonde... L’alchimie entre eux fonctionne parfaitement. Ils se métamorphose en plusieurs personnages. Mais les décors, les costumes ou du jeu des acteurs, tout évolue.


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Néanmoins J’avais trouvé lors de la représentation que Denis D’Arcangelo faisait un meneur de jeu un peu trop monocolore et pas assez Méphistophélique mais il est !irrésistible en castaphiore du pornos gay, faisant des claquettes avec une prothèse en strasses! On ne voit pas un autre acteur français ayant son abatage pour ces rôles qui comme pour ses camarades ont été écrit pour lui. Il faut remonter au trop oublié Jean Parédes  pour retrouver un pareil mélange de gouaille et de noirceur. Quant à Alexandre Bonstein qui avait déjà travaillé avec Revol sur La Tempête, la seule chose un peu gênante est qu’il faut l’accepter en très jeune homme, presque un adolescent, ce qui est possible en regard de son corps mais assez improbable quant à son visage par trop marqué qui est en divorce avec ses formes graciles et musculeuses. Mais son abatage fait vite oublier cette réserve. Il est bouleversant dans la dernière scène. Sans doute est il impossible dans le théâtre lyrique comme pour l’opéra de trouver des physiques en parfaite adéquation avec leurs rôles mais ici c’est pourtant bien le cas de Jérôme Pradon à la fois sexuel et émouvant et de Sinan Bertrand, parfait, au corps troublant qui voit ainsi ses rôles: << Chacun de nous représente un aspect de l’homosexualité. Moi, c’est la partie féminine/trans/drag queen, dirons-nous. Je suis un peu la blonde, naïve, généreuse, avec un grand cœur et en même temps, je suis tout le temps dans une extravagance et une hystérie. Lullaby, mon personnage est drôle mais je souhaiterais qu’elle soit aussi attachante et touchante. Comme les pensionnaires du cabaret jouent des scènes du destin de Dickie, on endosse tour à tour plusieurs rôles. Evidemment, j’ai principalement des rôles féminins, comme celui de Marpessa Glove, vieille diva de Broadway ou de Debbie, actrice porno...>>. 
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Le bonheur du spectateur est dans l’ accumulation à un rythme effréné (trop parfois on aimerait avoir plus de temps pour jouir complètement d’un gag avant l’arrivée du suivant, c’est ce que permet heureusement l’indispensable dvd) des numéros chantés, dansés tous remarquablement joués. Les plus improbables et les plus  hilarants sont le tournage d’un film porno avec une réalisatrice hystérique et des acteurs défaillants et le spectacle cauchemardesque et ringard d’une vieille diva égocentrique tentant de faire son come-back sur scène sans oublier la parodie du bonheur formaté d’un couple hétéro coincé, un des airs les plus enlevés de la partition. 
La force de cette revue est aussi d’assumer, en les revendiquant avec panache, tous les clichés véhiculés par l’homosexualité. Le talent de Revol est d’avoir fait un spectacle à la fois 100 % tapiole, très cryptopédé, les personnages féminins sont inspirés de Mae West et Gloria Swanson, dans une une chanson qui s’appelle ”Porno Song” on cite des acteurs gays, mais qui est fait pour être vu par tout le monde.
Je ne fus pas le seule m’émerveiller du spectacle puisqu’il  remporta deux Molières pour l’année 2006. Le premier, celui du meilleur auteur, pour Christian Siméon (le texte de la pièce est publié à L' Avant-Scène Théâtre) et  le second, celui du meilleur spectacle musical. La performance est d’autant plus remarquable qu’il avait face à lui la super production franco américaine Cabaret qui ne déméritait pas et un autre merveilleux “petit” spectacle “Swing rutabaga” qui fut ma deuxième meilleur soirée de l’année. On le voit face à une telle opposition le mérite de cette victoire est grand.
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J’étais tellement enthousiasmé que je fis part au metteur en scène l’excellent Jean-Luc Révol de mon désir de réaliser la captation de cette merveille pour qu’un tel bonheur ne soit pas éphémère. La chose semblait bien engagée, ayant déjà travaillé en bonne entente avec lui pour la captation de Vincent River . Hélas pour moi cela ne se fit pas pour des raisons indépendantes de ma volontés...
C’est donc avec un grand plaisir avec néanmoins une once de regret que je me procurais le dvd de la captation à son premier jour de mise en vente.
Tout d’abord quel bel objet avec un beau et sobre digipack contenant deux dvd et un petit livret aussi élégant qu’informatif.
La captation a eu lieu au théâtre de la Pépinière-Opéra ce que l’on peut regretter car le Théâtre du rond point possède une scène plus grande où la mise en scène élégante et efficace de Jean-Luc Revol pouvait mieux se déployer. Cette contrainte supplémentaire ne fait qu’ajouter à l’admiration que j’ai pour la réalisation de la captation d’Olivier Ciappa. Un seul petit regret dans ce dvd exemplaire que Ciappa ne livre pas quelque secrets de la recette de cette époustouflante réussite. On sait juste qu’elle s’est déroulée de décembre 2006 à mars 2007 (et pas un faux raccord, chapeau l’artiste). Avoir pu choisir entre plusieurs représentations, mêlant un morceau de l’une avec un bout d’une autre fait au final que les acteur paraissent encore meilleur, c’est difficile à croire, que lorsqu’on les a vu sur scène.   
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Le dvd de bonus est une merveille d’intelligence, de pédagogie et d’inventivité. La grande idée a été de mettre en scénariser les interviews des protagonistes de la pièce, transformant ainsi ce qui est souvent fade et ennuyeux en une suite de sketchs très drôles. Car chacun s’y trouve affublé d’une épouse (toutes jouées par l’épatante Agnes Boury, épouse professionnelle louable à la journée nous indique le livret si vous êtes intéressé...). Cette invention dynamite l’interview. Ce jeu évite aussi ce qu’il pourrait y avoir de voyeurisme  en pénétrant dans les appartements de chacun dont la vraie vie est suggérée avec beaucoup de délicatesse et d’humour.  L’ irresistible drôlerie de ces entretiens n’ empèche pas que l’on y apprend beaucoup de choses sur la gestation du Cabaret des hommes perdus et sur les interviewés qui nous invitent vraiment dans leur intimité. Si après le spectacle on était sûr de leurs talents après ces rencontres on sait qu’ils sont en plus intelligents et sympathiques.
L’autre bonus principal, Dans les coulisses du cabaret des hommes perdus, nous y emmène vraiment. Il nous fait prendre conscience de l’intelligence du propos que Denis d’Archangelo résume très bien << La pièce est d’autant plus sérieuse qu’elle est légère et digeste.>>. Grâce à l’habile montage, on ne s’ ennui jamais dans cet envers du décor qui ne tue en rien la magie du spectacle mais approfondi la compréhension que l’on peut avoir de la pièce en nous ouvrant de nombreuses perspectives. Là encore beaucoup de sérieux, beaucoup d’intelligence conjugué avec beaucoup d’humour un vrai régal qu’il faut goûter jusqu'à la fin du générique où une surprise attend le spectateur patient.

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Le fait de montrer longuement David Macquart excellent lui aussi qui remplace Jérôme Pradon, engagé à Londres dans une autre production montre la générosité de l’entreprise et l’esprit d’équipe qui l’anime ce spectacle où souffle un esprit de troupe. Il est toujours intéressant de voir un autre comédien interpréter un rôle. A ce propos Jean-Luc Revol surprend en remplaçant  pour quelques représentation Denis D’Archangelo quand ce dernier est obligé d’honorer des dates de son spectacle de madame Raymonde (à quand un dvd de celui-ci?). Le dvd contient également la remise des Molières et la possibilité de visionner à part tous les morceaux chantés.
Si le cabaret des hommes perdus a été mon plus beau spectacle de l’année 2006, le dvd de sa captation est de très loin le plus beau dvd de l’année 2007, indispensable sous le sapin...

Publié dans cinéma gay

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pour se souvenir du point sur Robert avec Luchini

Publié le par lesdiagonalesdutemps


J'ai l'outrecuidance de vous proposer à nouveau le petit texte que j'avais commis après avoir vu le spectacle de Luchini car j'ai trouvé dans la caverne d'ali baba dont je vous ai parlé récemment une heure de radio d'Anthologie sur son spectacle, avec comme clown blanc Olivier Barrot, c'est à la fin du billet.  

20081114203034J’avais un très bon souvenir du dernier spectacle que j’avais vu de Fabrice Luchini qui était son interprétation de pages choisies du “Voyage au bout de la nuit” de Céline. Avec cette phrase inoubliable, que je cite de mémoire, donc approximativement, que Céline met dans la bouche d’un cafetier, auquel j’attribue la physionomie du bistrotier de “La traversée de Paris”, << Monsieur, les arabes, ils ne boivent pas, chez ces gens là, on s’encule...>>. Je m’attendais donc, installé douloureusement dans un des très inconfortables fauteuils de l’Espace Cardin, à voir un florilège de notre littérature, interprété par ce délicieux histrion. Je fus d’ailleurs  conforté dans mon espoir par l’entrée de l’acteur, maintenant en équilibre précaire, avec grand peine, une haute pile de livres. Mais la suite détrompa presque totalement cette attente. Si j’ai bien ri à ce spectacle, il ne m’a guère meublé l’esprit. Car durant une heure cinquante j’ai assisté un one man show qui m’a rappelé un peu les numéros des chansonniers du Caveau de la République ou les mises en boite des maîtres de cérémonie de certains cabarets, où jusqu’à la fin des années 60, on houspillait les clients et que je dois à mon grand père d’avoir découvert... Le fil rouge du texte que l’on entend, dans lequel il est difficile d’évaluer l’importance de l’improvisation, est le retour d’un homme sur sa carrière. C’est la même méthode qu’avait employé Jean Rochefort dans son superbe spectacle de 2007. Mais l’on sentait chez Rochefort une grande empathie avec son public. Il nous communiquait son plaisir d’être là et avec élégance et tact se livrait à un exercice d’admiration parlant peu de lui, jamais de la contingence des jours mais traçait un portrait de comédien à travers les œuvres qu’il révérais qui allaient de Montaigne à Francis Blanche en passant par Molière ou Pinter, sans oublier Fernand Raynaud. Il en va tout autrement avec Luchini qui parle surtout de lui et ne laisse qu’une place congrue aux maîtres qu’il s’est choisis dont  il semblait vouloir nous faire partager les lumières. Ce qui m’amène a remarquer que les références littéraires de notre paillasse, si elles sont excellentes sont aussi très classiques, un peu comme celles de Charles Dantzig dans l’idéal livre de chevet qu’est son dictionnaire égoïste de la littérature française. Si je cite cet écrivain, c’est que, comme Luchini, je le qualifierais d’anarchiste de droite, qui est une  posture qui en vaut beaucoup d’autres et qui surtout donna de grandes pages iconoclastes aux lettres françaises. Mais alors j’aurais aimé, un peu plus d’audace, un peu moins d’université dans les figures évoquées. Il m’a manqué Boudard, Jacques Perret, Antoine Blondin... Les hussards sont restés à la caserne! Et puis cette attitude amère qui fait que l’on a, le sentiment à la fin que tout se vaut, en bas la débine, en haut la combine, me fatigue. Il faut être Céline pour transcender tout cela.
Les deux morceaux de bravoure du spectacle sont sa rencontre avec Barthes et la narration de la première de Perceval le gallois dans lequel pour la première fois le complet inconnu Luchini tenait la vedette. Le premier étant directement lié avec le second puisque c’est suite à une bonne critique du film dans le Nouvel Observateur que fit Barthes que Luchini rencontra l'écrivain. L’évocation du second événement  raconté avec brio, façon tartarinesque, tout en exagérations, type la sardine qui boucha le port de Marseille, curieusement m’a ému car il se trouve que moi aussi j’y étais à cette première, un soir de 1978. Et bien, si l’accueil de la salle fut pour le moins mitigé, et que certaines rangées se dégarnissaient de ceux qui pensaient qu'ils allaient assister à un film ressemblant à l’hollywoodien Ivanohé, ce ne fut tout de même pas l’exode que décrit Luchini.
Cette drolatique description m’a parfois gêné, car on en vient à ce demander de quel coté est Luchini, celui de Rohmer ou du beauf en mal de castagnes moyenâgeuses?
Je n’ai guère apprécier non plus le mode participatif sous la forme de demander à la salle, tous ensemble, puis seulement les hommes et ensuite les femmes de répéter après lui, la phrase, certes de Genet et qui ne manque pas de saveur << Assieds toi sur ma bite et causons.>>. Il me semble que ce n’est pas complètement en accord avec les justes brocards dont pâtit durant tout le spectacle la chaisière du Poitou-Charentes, nouvelle égérie coûteuse de Pierre Berger...
Une bonne soirée grâce à l’ abattage exceptionnel de Luchini où toutefois j’aurais aimé moins rire et plus réfléchir et admirer...
20080213luchini
Pour écouter Luchini commencez par cliquer sur la ligne bleue ci-dessous.

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Niclas Huentelmann

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Loin des bras de Metin Arditi

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Mon attention n'aurait probablement pas été retenu par ce livre, d'un auteur dont j'ignorais tout, s'il n'avait pas été paré d'une aussi belle couverture, mais il est vrai que les éditions Actes Sud ont l'habitude de soigner les leurs, une composition de Julien Pacaud, très probablement commandée pour l'occasion, tant elle correspond bien au contenu du roman, où l'on voit trois adolescent en costume de bain de l'entre deux guerre, debout sur des lit de dortoir ceux-ci entourant sur-réalistement une piscine sur fond de montagne devenant dans ce contexte magritien... D'où l'intérêt pour les éditeurs de prendre soin de ses couvertures qui sont en quelques sortes les vitrines des oeuvres et pour le lecteurs de se laisser séduire par les belles images; mon expérience d'acheteur compulsif de livres n'a été que rarement déçu par le contenu d'un roman joliment habillé...

"Loin des bras" appartient au genre du campus novel qui est un genre à part entière des lettres anglo-saxonnes alors qu'il est une rareté dans les lettres françaises. On peut diviser cette littérature en deux grands sous-genres, d'une part, celui qui met au premier plan les élèves comme dans par exemple « Le maitre des illusions » de Donna Tartt et d'autre part, celui qui s'intéresse d'abord aux professeurs comme dans « le comptable indien » de David Leavitt » . « Loin des bras » appartient à la deuxième catégorie. Les élèves n'y sont guère que des éléments du décor même si tout les professeurs ne restent pas de bois devant leurs attraits.

L'action du roman se déroule, en Suisse dans un internat pour jeunes bourgeois durant l'automne 1959

 

Metin Arditi a un grand talent pour camper en quelques lignes ses personnages. Dextérité indispensable pour écrire un tel roman qui foisonne de personnages. Faisons une revue de détail des maitres.

Il y a madame Alderson, la toute puissante directrice de l'institution Alderson, institutions où il est de bon ton de cacher son homosexualité, ses opinions politiques ou religieuse extrémistes, ses deuils, ses vices, comme celui du jeu, ou son sentiment d’avoir été abandonné. Elle est fréquentée par des gosses de riches venus du monde entier, pension sise en Suisse au bord du lac Léman, fondée en 1933 par feu Georges Alderson, son mari. Madame Alderson a 59 ans, contrefaite à la suite d'une tuberculose osseuse contractée à la fin de son adolescence. Elle entretient une relation quasiment incestueuse avec sa soeur jumelle, Gisèle, qu'elle domine et qu'elle a reléguée au rôle de lingère de l'institution. Madame Alderson est inquiète en cette rentrée 1959. Pourra-t-elle maintenir à flot la pension dont la réputation décline depuis la mort de Georges

Il y a les professeurs, venus de partout, comme les élèves, rien que des garçons.

Irène Kowalski, a la responsabilité des petits, dont le mari un scientifique a travaillé pour les nazis sur les V2. Il a été tué lors du bombardement de la base où il travaillait. Madame Kowalski est financièrement aux abois car elle joue plus que de raison au casino.

Brunet, 47 ans, est professeur d'histoire géographie. C'est un ancien amant de Georges Alderson. Sa mère, avec qui il vit, ne lui pardonne pas son homosexualité. Il se réfugie dans sa passion pour la photographie.

Nadelmann, professeur d'allemand, ancien spécialiste d'Holderlin lui, a renoncé à une brillante carrière universitaire à Vienne en 1937 à cause de l'antisémitisme ambiant. Il a fui son pays faisant durant quinze ans des petits boulots en Espagne, au Mexique puis aux Etats-Unis avant de trouver le havre médiocre de son emploi à l'institution. Il consacre ses loisirs à traduire Kafka.

Berthier, enseigne le français. Il a été radié de l'Education Nationale française, condamné à l'indignité nationale et à quatre mois de prison pour avoir été membre du parti collaborationiste de Marcel Déat. Sa femme est atteinte de grave mélancolie. Il est père de deux adolescents.

Gulgul, d'origine turc, est professeur de sport et de danse. C' est lui aussi un ancien amant de Georges Alderson qui a quitté Brunet pour lui. Gulgul est en outre passionné de football.

Mc Alistaire est américain et professeur d'anglais. Il a refusé de porter les armes contre le Japon sous prétexte de pacifisme en réalité par peur panique des combats. Il a été emprisonné trois ans dans son pays qu'il a fui aussitôt libéré. Il est par ailleurs végétarien et admirateur de René Guénon.

Véra, elle est la nouvelle venue dans ce petit cénacle d'enseignants qui se pratiquent de longue date tout en ne se connaissant pas. Elle est dépressive. Elle a accepté de remplacer sa meilleure amie pour donner des cours d'italien mais surtout pour fuir son mari hâbleur et éjaculateur précoce.

 

Pour ces hommes et ces femmes l'institution est un peu un radeau de survie auquel ils s'accrochent, ne réussissant pas à imaginer une autre vie. La pension Alderson fait à la fois un peu penser à celle des « Diaboliques » de Clouzot et a celle qu'évoque Modiano dans de « De si braves garçons ».

Tous, sont enfermés dans leur petit monde et ne communiquent difficilement avec les autres. Loin des bras est d'abord un roman sur la solitude.

Metin Arditi pour ne pas lasser le lecteur passe d'un personnage à un autre. Chaque changement ouvre un nouveau chapitre. Ceux-ci sont courts et même très courts, d'une demi page. Chacun nous offre le point de vue d'un des personnages.

L'auteur Mêle à sa narration classique, dialogues, soliloques et monologues intérieurs.

Il distille avec habileté et parcimonie les détails biographiques de chacun, ce qui relance constamment l'intérêt que l'on a pour le livre. Le seul problème pour l'adhésion totale à ce roman réside dans les personnalités d'hommes et de femmes sans qualité dont sont dotés les protagonistes de cette histoire, même si pour certains la grisaille de leur être se dissipe au fil des pages. On se prend à regretter que le sujet du roman ne soit pas Gulgul, le professeur le plus pittoresque du groupe.

L'auteur par fines touches restitue bien le contexte historique et économique de l'époque à laquelle se passe son roman. Il est dommage néanmoins que certaines expressions et points de vues semblent anachroniques, bien modernes, pour la fin des années 50. Tous les personnages sont crédibles, même si l'on peut s'étonner de la justesse des analyses d' Irène Kowalski, bien perspicace pour une ancienne vendeuse de bonbons.

Pour écrire son livre Metin Arditi s'est appuyé sur sa propre expérience. Il a passé onze années dans un internat lorsqu’il était enfant.

Tout le talent d'Arditi est de parvenir petit à petit à nous intéresser et finalement à nous émouvoir pour des personnages médiocres qu'il regarde avec mansuétude.

 

 

 

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Tijn Elbers

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