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La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD
La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD
La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD

Ce que je n'osais espérer est miraculeusement arrivé. Cyril Legann et Clément Beauvois ont magnifiquement réussi la captation de la pièce dans la distribution de la création. Elle est proposée par Epicentre Film Edition* qui par ailleurs fait un beau travail de distribution de films, gays pour certains. L'édition du DVD est soignée. En bonus on a droit à une interview croisée, informative tout en étant décontractées de presque tous les intervenants de la pièce. En outre un sous titrage en anglais de la pièce est proposé. Seul regret que le remarquable travail de captation, très cinématographique ne soit pas mis en avant par un petit making of d'autant que dans le cas présent c'est un beau tour de force de réussir à filmer une pièce à onze personnages, sur une scène aussi vaste que celle du Théâtre du XX ème, avec seulement quatre caméras tout en servant bien la mise en scène dynamique de Régis Martrin-Donos. Si le regard des deux réalisateur est subjectif, il ne fatigue jamais le spectateur en mêlant habilement plans larges, qui embrassent toute l'ouverture du plateau, à des gros plans et à des plans moyens. Ils se donnent même le luxe, pas encore assez à mon gout, de mettre un acteur plein cadre, alors que c'est un autre qui a la parole. La magie du DVD fait que l'on entend mieux la musique signée Jean-Pierre Stora qu'au théâtre... et puis on peut faire des arrêts sur images sur la plastique de ces messieurs...

Sur la pièce je n'ajoute rien au billet que vous pouvez lire ci-dessous et que j'écrivais au lendemain d'avoir vu ce "Banquet d'Auteuil" que la Comédie Française s'honorerait de faire rentrer à son répertoire.

* Si vous ne trouvez pas cette petite merveille dans votre magasin habituel, vous pouvez l'acquérir directement chez l'éditeur: www.epicentrefilms.com 

La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD
La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

 

 

Dominique Fernandez grand débusqueur devant l'éternel, de pédés dans le placard, y a inexplicablement laisser Molière! Jean-Marie Besset avec ce « Banquet d'Auteuil » l'en a sorti et de belle manière.

Nous sommes en 1670, Molière abandonné par sa jeune femme, qui est peut être sa fille, est lassé des femmes (qu'il a beaucoup pratiquées). Espérant trouver plus de constance chez les hommes (le naïf) il est tombé amoureux du plus jeune comédien de sa troupe, Michel Baron qui n'est âgé que de dix sept ans.

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

 

 

 

La pièce qui entrelace habilement tragédie, comédie, érotisme et fantastique se découpe en quatre actes. En ouverture Chapelle (Hervé Lassince délicieux de bout en bout), qui cohabite avec Molière (Jean-Baptiste Marcenac) dans « une campagne » à Auteuil revient fort éméché de Paris et ceci en pleine nuit. Il ne réveille pas pour autant Molière qui est tout absorbé dans la contemplation de Baron endormi. Le jeune homme est de retour après une fugue de trois ans. Chapelle croyant Molière toujours dans les affres de sa séparation d'avec Armande Béjart a invité à diner de vieux amis pour le distraire. Au deuxième acte, et au matin, Molière confesse tout son amour à l'aimé. Le soir venu, voici le troisième acte, l'acmé de la pièce, le banquet. Avec les convives qui s'ramènent; on comprend que nous allons être entre Platon et « Les garçons de la bande ». La cohorte de bougres qui fait éruption chez Molière se compose de Chapelle qui guide la troupe, de Lully (Frédéric Quiring), l'un des courtisants les plus en vue à Versailles, il fait danser le roi soleil tous les matins. Lully vient accompagné de son mignon, Osmane (Quentin Moriot), un jeune danseur turc. Suit le chevalier de Nantouillet (Gregory Cartelier), un bretteur (cité par madame de Sévigné) accompagné d'un petit marquis Monsieur de Jonzac (Romain Girelli). Il y a aussi Dassoucy (Dominique Ratonnat) musicien favori de Louis XIII mais devenu has-been depuis l'avènement de Louis XIV. Il est accompagné de son chanteur particulier, Perrotin (Antoine Baillet-Devallez), qu'il a recueilli lorsqu'il avait sept ans... Tout ce beau monde se présente, s'échauffe et caquette quand soudain, apporté par un rayon de lune, venu de l'au delà, apparaît Cyrano de Bergerac. Il s'emmerdait ferme dans la vie éternel où il croupit depuis quinze ans. Il à profité de cette aubaine sélénite pour rendre visite à ces anciens amis dont quelques uns sont d'anciens amants. Alain Marcel (déjà fort apprécié dans « Perthus ») est très bien dans ce rôle statique mais il est un peu âgé pour le personnage. Cyrano a été assassiné à trente cinq ans, mais peut être vieillit-on au purgatoire? Après un léger étonnement du à l'intrusion du fantôme, la conversation reprend de plus belle. Ils sont assez langue de pute ces pédés du XVII ème, tout à fait comme ceux d'aujourd'hui et probablement comme ceux de demain (mais on m'a confié que chez les hétérosexuels ce n'était pas beaucoup mieux). Bientôt une controverse éclate qui a le plus beau cul, un spadassin ou un danseur? Pour que l'on puisse juger de la chose Ousmane et le chevalier de Nantouillet baissent leurs chausses. Ce qui fait chanter Perrotin << O Célestes plaisir / Doux transport d'allégresse!/ Vient mort quand tu voudras/ Me donner le trépas / J'ai revu ma princesse! >>. On peut trouver le transport de l'eunuque bêlant un peu outré mais du deuxième rang pouvant admirer le cul de Quentin Moriot-Ousmane, je dis que c'est à peine exagéré... Dassoucy veut en voir plus: << Oui... mais le cul tout seul, cela ne veut rien dire, il faut la cuisse aussi, le genou, le mollet et jusqu'au pied enfin descendre tout à fait...>> et voilà nos deux bougres nus comme des vers. Comme Dassoucy le spectateur profite... Bientôt la compagnie se dit que pour bien comparer il faudrait aussi un comédien et c'est le jeune Baron qui s'y colle... Alors là, quel cul! Au sens propre du terme, un cul de compétition et lorsque Félix Beaupérin se retourne, on peut admirer que l'avers vaut largement l'envers... Il faut saluer l'exploit de Félix Beaupérin qui en disant, nu, sur une table, face au public, un texte difficile, réussit par son talent à faire oublier son admirable plastique.

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

Je ne vous en dirais pas plus sur le contenue de cette ambitieuse pièce qui aurait mérité d'être un peu plus ramassée, sachez seulement qu'ensuite dans le quatrième et dernier acte, il y a deux très belles tirades, dites par Molière, l'une sur la fidélité en amitié et l'autre sur la difficulté de garder l'amour d'un jeune homme lorsqu'on est un hommes mure.

A ce propos on peut imaginer que la pièce est sur ce point autobiographique et que d'une manière bien émouvante Besset ait glissé dans sa fantaisie historique une adresse à l'être aimé.

C'est ainsi très fort de faire passer, dans une érudite comédie historique les tourments de sa vie. Car historique la pièce l'est dans ses moindres allusions. Tous ces personnages ont réellement vécu au XVII ème siècle. Il y a bien sur Molière et Lully qu'il est superflu de présenter (quoique) mais aussi des personnages aujourd'hui un peu oubliés comme Chapelle (1626-1686), l'ami de toujours de Molière et ancien amant de Cyrano, son mentor, et de Dassoucy. « Le banquet d'Auteuil » montre que Chapelle était peut-être co-auteur de certaines des pièces du maitre (1). La couverture du texte de la pièce nous révèle que le vrai Michel Baron (1653-1729) était aussi joli dans son jeune âge que l'acteur qui l'interprète aujourd'hui. Il ne faudrait pas oublié Dassoussy, sans doute le plus bougre de tous ces libertins. Il fut emprisonné pour sodomie en 16521655 et 1673. Son très jeune protégé Perrotin séduisît par sa voix le duc de Mantoue qui l’enleva à Dassoucy pour en faire un castrat. Dassoucy retrouva Pierrotin à la fin de 1667... diminué.

La troupe est très homogène et tous les acteurs sont dignes d'éloges. A commencer par celui pour leur diction parfaite qui fait entendre clairement les répliques de la pièce qui plagient raisonnablement le dire du XVII ème siècle. Le banquet d'Auteuil par le surgissement de la tragédie dans la comédie et vice versa est plus de l'école anglo-saxonne que de la française (Molière est cependant en la mantière, le dramaturge français qui convoque le plus volontier ce chaud et froid) . Rien d'étonnant à cela de la part de Jean-Marie Besset qui a signé tant d'adaptations de pièces anglaises et américaines. Il reste que l'auteur dans cette oeuvre que l'on peut considérer comme la plus ambitieuse de son théâtre a été fidèle au classicisme français, unité de temps, "Le banquet d'Auteuil" se déroule en vingt quatre heures et unité de lieu, la résidence de Molière à Auteuil.

La mise en scène de Régis de Matrin-Donos démontre qu'il n'est point besoin de faire courir ses acteurs partout pour réaliser une mise en scène dynamique. Quant aux costumes et décors de Marie Delphin, ils prouvent que les fanfreluches ne sont pas indispensables pour évoquer le XVII ème siècle.

Vous avez compris qu'il faut s'y précipiter, ce n'est pas tous les jours que l'on peut méditer sur la vie, l'amour, la mort, la création littéraire, l'avantage de l'amour des garçons sur celui des femmes, en compagnie de Molière, Cyrano et Lulli tout en se rinçant l'oeil...

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

Nota

1- Ce que confirme un écrit d'époque du à : << C'est à lui que nous devons encore une partie des grandes beautés que nous voyons briller dans les excellentes comédies de Molière, qui le consultait sur tout ce qu'il faisait, et qui avait une déférence entière pour la justesse et la délicatesse de son goût.>> ( François de Callières, Des bons mots et des bons contes, Paris, 1692,  332« Des bons mots et des bons contes » [archive], sur Gallica.)

 

2- Il est bon de rappeler pour ne pas idéaliser le XVII ème siècle qu'il n'était pas sans danger d'être pédéraste, il y a plusieurs allusion à ce propos dans la pièce. En 1661 a lieu deux exécutions exemplaires par le feu, celle de Jacques Paulmier et Jacques Chausson pour tentatives de viol sur de jeunes garçons.

 

3- L'affiche est si moche que je ne l'ai pas reproduite. Comment peut on faire une affiche aussi laide avec de si beaux comédiens...    

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14
La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD
La captation de la pièce de Jean-Marie Besset Le banquet d'Auteuil en DVD

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Visite à la FIAC 2016 (1)

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Hommage à Villeglé

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Hommage à Villeglé
Paris, octobre 2016

Paris, octobre 2016

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Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016

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Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016

La galerie Applicat-Prazan étant la seule dans cette FIAC 2016 qui fait l'effort de présenter une exposition d'un artiste unique, j'ai estimé que la galerie et surtout le grand Zoran Music méritaient bien un billet à part entière. En sortant du stand d'Applicat-Prazan, voyant ce qu'exposait ses voisins, je crois que si j'avais été l'un de ces galeristes je me serais senti mal à l'aise et même peut être que j'aurais eu un peu honte, en regardant certaines fariboles que j'essayais de fourguer.

Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Zoran Music présenté par Applicat-Prazan à la FIAC 2016
Paris, octobre 2016

Paris, octobre 2016

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Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)

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Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
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Jacoulet à la Maison de la Culture du Japon (2)
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Paris, octobre 2016

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Jaime Bellechasse - Angels

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Jaime Bellechasse - Angels

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Jesse Brown photographié par M Kulisch

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Jesse Brown photographié par M Kulisch
Jesse Brown photographié par M Kulisch
Jesse Brown photographié par M Kulisch
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Jesse Brown photographié par M Kulisch
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Jesse Brown photographié par M Kulisch
Jesse Brown photographié par M Kulisch
Jesse Brown photographié par M Kulisch
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Erzsébet Korb - Saint Sebastian

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Erzsébet Korb - Saint Sebastian

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La piscine bibliothèque d'Hollinghurst

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La piscine bibliothèque d'Hollinghurst

Will Beckwith, le je de « La piscine bibliothèque », est un narrateur selon mon coeur. Il a vingt-cinq ans beau et blond. C'est un riche homosexuel londonien, flottant dans une vie de désoeuvré; ce qui ne va pas toutefois chez lui sans quelques remords passagers, tiraillé qu'il est <<... entre deux visions de soi, l'une hédoniste et l'autre - légèrement à l'arrière plan ces derniers temps- presque férue d'érudition...>>.  Son grand-père, Lord Beckwith, a donné la richesse à la famille, le pouvoir et le titre de vicomte. Le narrateur correspond bien aux critères définissant son héros type tel qu'Hollinghurst en traçait le portrait lors d'une interview à « Libération »: << Les gens qui ont accès à beaucoup de choses m’intéressent, ceux qui peuvent se permettre de mal se conduire. Il y a une part de fantasme, et je suis réticent à l’idée d’écrire sur des figures vertueuses, je préfère lorsqu’on ne parvient pas à se décider, à savoir si l’on aime ou non un personnage.>>. In fine c'est la naïveté de Will qui devrait le faire aimer du lecteur qui sera peut être plus perspicace que lui...

Will a fait, comme il se doit, ses études à Oxford. C'est là qu'il a rencontré son meilleur ami, James (avec le patronyme de ce personnage, on peut voir de la part d'Hollinghurst, un clin d'oeil, le romancier étant grand admirateur d'Henry James), devenu médecin de son état et néanmoins gay. Les deux hommes partagent les mêmes gouts en matière de garçons et de musique; mais James est beaucoup moins heureux sexuellement parlant que Will: << James était un obsédé des grosses queues, dont un grand nombre semblait passer entre ses mains dans l'exercice de - son art – mais trop peu, soupçonnais-je, dans sa vie. >>. Tout au long du livre James nous donnera le contrepoint prudent, presque raisonnable à la vie de Will

Notre sémillant jeune homme a comme point d'ancrage la piscine de son club, le Corinthian club (Corry) qui semble fréquenté, presque exclusivement par des garçons qui aiment les garçons. Ce qui tombe bien, la drague étant l'activité principale de Will (willy est le pénis en anglais argotique.).

Deux événements vont troubler la vie du héros qui est à la fois dissolue et routinière. D'une part Will va tomber amoureux. Tout d'abord notre jeune esthète va s'enticher d'un négroïde natté et prolétaire de dix sept ans, Arthur que Will va être contraint d'accueillir chez lui pour une grave raison indépendant de sa volonté. Mais la cohabitation avec un garçon aussi différent n'est pas de tout repos. Arthur va avoir la bonne idée de disparaître... On pourrait accuser l'auteur pour cet effacement dont on ne connaitra pas vraiment la raison (le lecteur a toujours un peu de travail à faire pour combler les blancs dans les romans d'Hollinghurst...) de facilité littéraire...

Si le héros est un dragueur invétéré, c'est aussi un coeur d'artichaut. Il remplace promptement Arthur dans son coeur et dans son lit par Phil, un adolescent blanc qui travaille comme serveur dans un hôtel de luxe le Queensberry. Will l'a connu à la piscine de son club. L'autre fait qui va bouleverser l'existence de notre jeune aristocrate est la rencontre inopinée d'un vieux lord... dans une tasse, mais pas pour les raisons que l'on pourrait supposer. Après quelques papotages entre eux, le vieil homme, lord Charles Nantwich, propose à Will d'écrire sa biographie. Pour cela Nantwich lui confie son journal intime qu'il tient depuis son adolescence, dans les années 1910...

Mais l'intrigue sur laquelle je me suis largement étendue, tout en prenant soin néanmoins de ne pas tout révéler, n'est pas ce qui est le plus important dans le roman; ce qui en fait toute sa valeur, est le talent qu'a Hollinghurst, de tracer une fresque quasi exhaustive de la vie gay au début des années 80 à Londres mais qui n'était pas très différente de celles dans d'autres grandes ville; ceci en une suite de scènes de genre d'une véracité confondante, qui vont d'un combat de boxe entre adolescents à un passage à tabac au milieu de poubelles en passant par une soirée de gala à l'opéra pour continuer par une soirée en boite que l'on croirait sorti de « Queer as folk »... Le romancier ressuscite une époque bénie, aujourd’hui révolue, où en boîte de nuit, lever un giton pour le sodomiser dans les toilettes ne représentait aucun danger sinon celui de prendre un râteau par l'objet de sa concupiscence… Concupiscence du héros largement traité comme par exemple dans cette scènes de douche: << Je sortis du bassin et me dirigeai, ruisselant, vers les vestiaires. Poussant la porte battante, avec sa petite fenêtre embuée destinée, comme dans les restaurants, à éviter que les gens pressés ne se heurtent violemment, je perçus le chuintement des douches, sentis la chaleur saturée d’humidité emplir ma gorge et se déposer sur ma peau. Je m’avançai d’un pas nonchalant entre les deux rangées de jets brûlants qui rebondissaient sur les carreaux noirs, m’écartant ou m’arrêtant brusquement lorsque les hommes, nus ou en slip, changeaient de position, savonnant un pied appuyé au mur, se frappant le ventre avec des claquements mouillés, ou se retournant à chaque battement étouffé de la porte pour voir quelle nouvelle beauté arrivait.>>.

A partir de la page 100, de « La piscine bibliothèque », Hollinghurst va faire alterner les pages du journal de Charles Nantwich, principalement celle narrant les frasques du jeunes lord dans les années 20, et le récit du présent du futur biographe du lord. Ce dernier, devenu cacochyme a la mémoire en passoire. L'adjonction des écrits intimes de Charles arrive au bon moment, car l'effet de surprise du style coruscant et désinhibé d'Hollinghurst commençant à faiblir cette intrusion du passé relance l'intérêt de la lecture en rompant ce qui aurait pu être une monotonie. Ceci par le fait du grand contraste entre la narration de will (on voit combien pour son « Dorian » Will Self a emprunté assez maladroitement d'ailleurs à Hollinghurst.) et les passages du journal de Nantwich dont le ton parfois rappelle tantôt le Waught de « Retour à B. » et tantôt le Forster de « La route des Indes » quand ce n'est pas Thesiger ou même Burton.

Mais quel est ce présent? Le livre dont l'écriture a commencé en 1984, est paru en Grande Bretagne en 1988. Bien sûr en raison des moult copulations insouciantes, nous ne pouvons être qu'avant la grande pandémie*. Le seul indice pour être plus précis est la présence, lors d'une représentation à Covent garden de l'opéra Billy Budd de Benjamin Britten en la présence du créateur du rôle du capitaine en 1951, Peter Pears. Ce dernier est décrit par Will comme très finissant; sachant qu'il est mort en 1986, nous sommes donc avant cette date, visiblement au début des années 80, disons 1983 qui est, selon mon expérience, l'année de l'apogée de la liberté sexuelle au XX ème siècle.

La piscine bibliothèque d'Hollinghurst

Il ne faudrait cependant pas ramener « La piscine bibliothèque » à une sorte de « Trick » londonien (j'entend par « Trick » le livre de Renaud Camus, du temps où le diariste n'était pas obsédé par le grand remplacement mais par les culs moustachus...). La piscine bibliothèque est beaucoup plus que cela.

Ce qui ne veut pas dire que cet ouvrage est un roman pour les « enfants de Marie ». Qu'on en juge avec l'extrait qui suit: <<... Je l'embrassais, puis le poussai dans le couloir et lui fis franchir la porte battante. Deux types qui roulaient des joints sur le bord du lavabo levèrent les yeux avec inquiétude. Un cabinet était vide et je l'y poussai alors qu'il me faisait face, et m'adossais à la porte que je venais de verrouiller. Je savais à peine ce que faisais. Je défis violemment le bouton du haut de son pantalon en velours côtelé marron, toujours le même, abaissais sa fermeture éclair, le fis descendre sur ses genoux. En revoyant sa queue cachée dans son petit caleçon bleu, je fus presque malade d'amour, le caressant et l'embrassant à travers le léger coton qui l'enveloppait. Puis son caleçon tomba et je la frottais avec ma paume. Je le connaissais si bien, ce manche épais, bref et parcouru de veines. Je le soupesais avec ma langue, le pris dans ma bouche, son gland carré venant s'appuyer à mon palais et se poussant dans ma gorge. Puis je le libérai, passai derrière lui, écartai ses fesses, y collai mon visage et léchai sa fente noire, lisse et imberbe, enduisis de salive son trou du cul et y glissai un doigt, puis deux, puis trois. De longues convulsions le parcoururent...>> (j'ai reproduit la traduction de 1991, je n'ai pas trouvé la nouvelle traduction révolutionnaire, sinon qu'elle apporte une plus grande fluidité dans la lecture).

J'ai découvert ce livre lors de sa première édition chez Christian Bourgois. J'avais à l'époque été attiré par le titre, les piscines et les bibliothèques faisant parti de mes lieux de prédilection; ceci ce titre demande quelques explications: Comme c'est relaté au début du chapitre 7, dans la public school que fréquente William, les préfets qui sont les élèves à qui l'on donne certaines responsabilités dans l'organisation de l'établissement, étaient connus sous le nom de «bibliothécaire», à cette désignation était ajouter un terme qui indiquait la zone de responsabilité du préfet. Comme le jeune Will était un passionné de natation à l'école, l'institution lui donne ainsi la charge de la piscine. Il devient ainsi le «Piscine bibliothécaire». Son père lui écrit à cette occasion, un commentaire amusé: «vous devez me dire quel genre de livres qu'ils ont dans la Bibliothèque Piscine. Pour Will, la Bibliothèque Piscine est le terme d'argot scolaire pour désigner le vestiaire dans lequel lui et ses camarades se glissaient dans le milieu de la nuit pour se livrer à des activités sexuelles illicites.

La lecture induit à faire un parallèle entre les existences de Charles et de Will. William est né en 1958, soit un an après le rapport Wolfenden, qui a contribué à libéraliser les lois anglaises sur l'homosexualité. Il peut satisfaire ses appétits sexuels plus librement, moins secrètement qu'a pu le faire Charles tout au long de sa vie. Il a également hérité d'une certaine tradition de la culture gay. Ce sont des différences importantes. Mais Charles et William partagent de nombreuses choses, d'abord l'éducation dans les « public school ». Ils ont tous deux un appétit de luxure avec d'autres hommes, souvent leurs inférieurs sociaux. Leurs fantasmes sont à la fois pornographiques et chevaleresques. L'intention de Hollinghurst était d'explorer l'idées du vieillissement. La tension provoquée par l'opposition entre les deux styles de narration suggère ce qui a changé et a persisté à travers le XXe siècle pour les gays.

La métaphore principale du roman est le fait que les hommes nagent ensemble, donnant une image d'une communauté masculine érotisée. Le titre '' La piscine bibliothèque '' se réfère à la salle à Winchester où William et ses amis se livraient entre eux à des nuits tumultueuses de sexe.

Ce parallèle en induit un autre, cette fois purement littéraire, celui entre Hollinghurst et Proust. Il s'impose évidemment par la prégnance de l'homosexualité dans « La piscine bibliothèque » comme dans « La recherche » mais aussi en raison d'un écho qui existe entre la construction de chaque oeuvre. Par une inversion savoureuse avec « La recherche », le présent de Will dans « La piscine bibliothèque » devient pour Charles un peu son temps retrouvé. Le temps est au centre des deux oeuvres. Dans celle d'Hollinghurst est mis en exergue la façon dont le présent dévore le passé.D'autre part, tout comme chez Proust, on voit dans le roman d'Hollinghurst l'interpénétration des classes sociales.

Dés ce premier roman, Hollinghurst, à l'instar du divin Marcel, se sert de clés, mais mon imparfaite connaissance de l'Angleterre m'interdit d'ouvrir bien des serrures, certaines sont néanmoins facile à forcer comme celle du photographe Staines qui évoque beaucoup Cecil Beaton... Quant à l'écrivain Ronald Firbank qui est un personnage qui traverse le journal de Charles, il a bien existé. Cet homosexuel notoire et néanmoins maladivement timide, a publié une douzaine de courts romans entre deux séjours en Italie ou en Egypte (« La fleur foulée au pied » et « Les excentricités du cardinal Pirelli » sont trouvable en français) . Il a été tué par l'alcool en 1926, à quarante ans. Ces livres ont été loués par Forster, Waugh, Auden...

« La piscine bibliothèque Piscine » suggère le parallèle entre le désir sexuel qui est par nature la nécessité de saisir le corps d'une autre personne pour sa propre gratification avec l'acte impérialiste de la colonisation. De même, il soulève la question plus vaste de savoir si un bonheur ou bien fortune peut se produire sans la être pollué par concomitamment la déception ou la tragédie d'autrui.

Astucieusement, Hollinghurst ne juge pas ses personnages, mais révèle que tous sont pris dans une toile du désir et de l'auto-illusion. Ils sont motivés par des sentiments si mélangés qu'il leur est impossible de connaître clairement la raison de leurs actes.

Il est parfois intéressant de voir dans un livre, ce qu'il n'y a pas. Si Pérec dans « La disparition a réussi un lipogramme du E, Hollinghurst dans « La piscine bibliothèque a fait celui de la femme, pas la moindre donzelle en plus de 500 pages. La gente féminine n'y ai même pas évoqué; à croire que tout ces garçons n'ont pas eu de mère... Autre absence, l'actualité politique, on peut s'en étonner, alors que d'une part nous sommes en plein thatcherisme et que d'autre part un des livres suivant du romancier sera saturé du politique.  

Dans ce livre l'auteur aborde une problématique qu'il approfondira dans « L'enfant de l'étranger », celle de l'évolution du vécu de l'homosexualité au cours du vingtième siècle. Sur ce sujet l'auteur a semé des petits cailloux blancs pour le lecteur très observateur, par exemple en nommant Labouchere l'un des amis gays de Charles alors que ce nom est celui de l'amendement qui depuis 1885 pénalise en Angleterre l'homosexualité...

On aurait aimé passer quelques centaines de pages en compagnie du monde de Will d'autant que bien des fils de la narration restent en suspend.

 

*  Le livre est dédié à Nicholas Clark, un ami de l'auteur, qui a été parmi les premiers à mourir du SIDA en Angleterre.

Ronald Firbank dans sa jeunesse

Ronald Firbank dans sa jeunesse

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The Boy who swim (le garçon qui ne savait pas nager un court-métrage d'Anders Helde

Publié le par lesdiagonalesdutemps

The Boy who swim (le garçon qui ne savait pas nager un court-métrage d'Anders Helde

 

Deux adolescents issus de familles dysfonctionnelles se rencontrent par hasard à Copenhague. Ils font équipe pour trouver la mère de l'un d'eux. Vont-ils la trouver ou vont-ils découvrir peut-être la chose qui manquent vraiment dans leur vie?

Un très joli film réalisé simplement mais avec beaucoup de sensibilité qui de surcroit bénéficie d'une bonne interprétation.

The Boy who swim (le garçon qui ne savait pas nager un court-métrage d'Anders Helde
The Boy who swim (le garçon qui ne savait pas nager un court-métrage d'Anders Helde
The Boy who swim (le garçon qui ne savait pas nager un court-métrage d'Anders Helde

Publié dans cinéma gay

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