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Le dernier jour, un film de Rodolphe Marconi (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le dernier jour, un film de Rodolphe Marconi (réédition complétée)

     

 

 

Fiche technique :

 
Avec Nicole Garcia, Gaspard Ulliel, Mélanie Laurent, Bruno Todeschini, Alysson Paradis, Christophe Malavoy et Thibault Vincon.

 

Réalisation : Rodolphe Marconi. Scénario : Rodolphe Marconi. Images : Hélène Louvart. Montage : Isabelle Devinck. Son : Frédéric Ullmann & Nathalie Vidal.


France, 2004, Durée : 105 mn. Disponible en VF.

 

Résumé :

 
Pour Noël, Simon (Gaspard Ulliel), dix-huit ans, un garçon sensible, étudiant aux Beaux-Arts à Paris, débarque chez ses parents (Nicole Garcia & Christophe Malavoy), sur l’île d’Oléron, avec une jeune inconnue (Mélanie Laurent) rencontrée dans le train de nuit. Simon retrouve Mathieu (Thibault Vincon), son ami d’enfance dont il est amoureux. Mais Mathieu va beaucoup apprécier Louise...
Durant le séjour, un coup de téléphone vient bouleverser la famille, faisant resurgir un secret enfoui depuis vingt ans…

 


L’avis critique

 
Ça commence fort : première image, Simon donne un coup de boule dans une vitre et sa tête passe au travers de la fenêtre ; suivent, sans transition, quelques belles images des lumières de Paris, alternées avec celles d’un sapin de Noël que l’on suppose familial. Dans les dix premières minutes du film Rodolphe Marconi réussit, avec un minimum de dialogues, seulement par des images et un montage dynamique (beaucoup de plans caméra portée mais pour une fois à bon escient), à installer ses personnages, à nous suggérer les liens qui les unissent, à nous présenter les lieux, à nous indiquer dans quel milieu ils évoluent et à quelle période de l’année. C’est remarquable, une belle leçon de cinéma d’un réalisateur qui fait confiance à sa seule mise en scène. Le cinéaste a l’habileté, tout en gardant un grand mystère notamment sur Louise, de glisser dans son scénario de petites informations qui stimulent notre imagination et nous font parfois partir sur de fausses pistes. Il lui suffit de quelques plans pour nous faire comprendre ce qu’il y a entre Simon et Mathieu. Mais avec ses silences, ses litotes, ses non-dit et ce jeu d'acteurs qui met étrangement mal à l'aise, Le Dernier jour est un film à débusquer aussi dans les hors champs.
Après un début dynamique au montage très cut, la caméra se fait moins mobile, se pose. Les cadres sont très construits. Le metteur en scène a une forte propension dans les fréquents moments de silence à filmer ses acteurs de dos et à utiliser le montage parallèle.
Il est dommage que Rodolphe Marconi scénariste n’ait pas assez fait confiance à Rodolphe Marconi cinéaste et ait éprouvé le besoin de ce coup de théâtre téléphonique, très téléphoné, alors que les rapports entre les membres de cette famille et leur entourage suffisaient à nous tenir en haleine. Le scénario n’est pas sans quelques maladresses avec les rôles secondaires sacrifiés comme celui de Malavoy, ou inabouti, comme ce grand-père (?) qui ne fait que passer. Pourquoi ne pas situer précisément l’action, tournée dans l’île d’Oléron, alors que l’on nous suggère qu’elle se déroule en Bretagne ? Autre bizarrerie : pourquoi indiquer que nous sommes à Noël alors que cela n’apporte rien au déroulement de l’histoire et que cela semble oublié par la suite ? Lors de la fête familiale, il n’y a aucune distribution de cadeaux par exemple et surtout la lumière et les vêtements font plutôt penser à la période de Pâques qui aurait aussi bien convenue. Ce ne sont que vétilles mais elles sont d’autant plus agaçantes qu’elles auraient pu être facilement évitées.

 


On peut aussi regretter que Marconi n’ait pas eu la petite audace d’extraire son intrigue du milieu habituel qui envahit nos écrans. Comme nous sommes dans le cinéma français, nous n’échappons pas à la bourgeoisie qui ne semble prospérer que sur nos écrans hexagonaux. Cette famille n’a aucun souci d’argent, habite une grande maison juste un peu délabrée pour ne pas faire nouveaux riches. On ne saura pas ce que fait le père pour faire bouillir la marmite, mais c’est la mère qui semble porter la culotte. Le fils de dix-huit ans fait des études à Paris et quand il rentre, il retrouve sa voiture et pas n’importe laquelle : un coupé des années cinquante... Curieusement cette voiture, comme la caméra super 8 et non un caméscope qu’utilise Simon, la musique, très connotée années 70, semblent vouloir instaurer un certain flou sur l’époque à laquelle se déroule l’histoire.
Le réalisateur et son chef op sont incontestablement de bons photographes ; on remarque à maintes reprises l’intelligence du cadre, le choix judicieux des couleurs ainsi que l’inventivité des angles de vue. C’est d’ailleurs grâce à la photographie que le film a pris corps nous dit le réalisateur : « On m’a proposé de photographier Gaspard Ulliel (pour la sortie du film Les Égarés). J’ai accepté. Gaspard m’a donné envie de faire ce film dont le scénario était dans un tiroir depuis deux ans. Je l’ai réécrit pour lui et il a accepté le rôle. Le plaisir de tourner avec Gaspard ne se limitait pas à sa photogénie et à son talent, mais surtout à la façon dont il s’est fondu dans le personnage. Il incarnait Simon tel que je l’avais imaginé, c’est-à-dire pas très loin de moi. »
Le traitement du son est également soigné, un mixage subtil de musiques de variétés, souvent en décalage, d’airs classiques, de voix sourdes et de bruitages surprenants. Dans ce domaine, le clou du film est une formidable scène à la Demy dans laquelle une palanquée de pécheurs bretons swingue au son de Mamy blue par Nicoletta dans un rade improbable. Marconi devrait se lâcher plus souvent.
Les acteurs sont parfaits, à commencer par le très craquant Gaspard Ulliel qui tient tout le film. Il est presque de tous les plans et le rôle de Simon est peut-être sa meilleure prestation à ce jour. La lenteur de son jeu apporte une sorte d’élégance et beaucoup de mystère à son personnage. Cette indolence est renforcée par le jeu trépidant et agressif de Nicole Garcia. Le contraste fait merveille. Il ne faudrait pas cependant oublier Mélanie Laurent épatante dans le rôle de Louise assez proche de celui qu’elle tient dans Je vais bien, ne t'en fais pas qui l’a fait découvrir du grand public.

Le Dernier jour est d’abord le portrait d’un adolescent, âme pure et tourmentée, trahi par la médiocrité égoïste des siens. Il y a quelque chose de la colère méprisante d’un Montherlant pour les médiocres dans le regard peu amène que porte le réalisateur sur ses personnages secondaires.
Le Dernier jour est le troisième film de Rodolphe Marconi. Il est en gros progrès par rapport àCeci est mon corps (2001) et Défense d’aimer (2002), qui se caractérisaient déjà en étant des portraits où le personnage principal découvre sa vérité dans des ambiances tendues. Il est difficile de ne pas rapprocher le cinéma de Marconi avec ceux de Chéreau et de Christophe Honoré. Mais il va plus au bout de ses envies que ces derniers. Il est aussi plus libre. Avec Chéreau, il partage entre autre ce grand comédien qu’est Bruno Todeschini, ici largement sous-employé comme tous les seconds rôles. C’est Hélène Louvart, l’excellente chef op du film qui a aussi signé la photo de Ma Mère de Christophe Honoré. J’ai aussi beaucoup pensé au beau Ciel de Paris de Michel Bena.
Un film d’un cinéaste qui ose presque toujours aller au bout de ses désirs de mise en scène, aux constants changements de rythme, beau et passionnant, mais surtout, profondément humain sur un gamin en quête de lui-même.

 

Pour voir le film sur votre ordinateur cliquer sur l'écran ci-dessous

 

Le dernier jour pour voir le film cliquez sur la petite flèche en bas à gauche de l'écran ci-dessous





 

Publié dans cinéma gay

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une promenade aux Buttes Chaumont

Publié le par lesdiagonalesdutemps

une promenade aux Buttes Chaumont
une promenade aux Buttes Chaumont
une promenade aux Buttes Chaumont
une promenade aux Buttes Chaumont
une promenade aux Buttes Chaumont
une promenade aux Buttes Chaumont
Paris, aout 2016

Paris, aout 2016

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John Soane Junior et George Soane, par William Owen, 1805

Publié le par lesdiagonalesdutemps

John Soane Junior and George Soane, by William Owen, 1805 Sir John Soane’s Museum

John Soane Junior and George Soane, by William Owen, 1805 Sir John Soane’s Museum

Publié dans peinture

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Une demi-couronne de Jo Walton

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Une demi-couronne de Jo Walton

 

Une demi-couronne clôt la trilogie uchronique de Jo Walton Nous sommes maintenant en 1961 soit plus de dix ans après le précédent épisode. On sait que plus une uchronie s'éloigne de son point de divergence, ici la paix séparée signée entre l'Angleterre et l'Allemagne nazie en 1941, plus il est difficile d'imaginer l'univers parallèle qu'aurait généré la voie prise au point de divergence. L'auteur prudemment donne peu de détails du contexte historique. On sait juste que l'Angleterre vit toujours dans un régime frère de celui de l'Allemagne dans laquelle Hitler est toujours au pouvoir, que l'URSS a fini par effondrer et que le Japon monte en puissance. L'auteur préfère se centrer sur ses personnages. On retrouve la même construction que dans les deux premiers tomes, l'alternance de deux narrateurs, l'un masculin, l'autre féminin. On retrouve l'inspecteur Carmichael qui est maintenant le puissant chef du « Guet », la police politique du royaume. Dans ce poste il joue un dangereux double jeu en exfiltrant du pays les juifs qui y sont tenu pour des citoyens de seconde zone et vivent sous la menace terrible d'être expulsé vers le continent, ce qui signifie leur mort. La voie féminine est cette fois tenue par la jeune Elvira, la fille du sergent Royston l'adjoint de Carmichael qui a été tué dans « Hamlet au paradis ». Carmichael a pris en charge l'éducation de la jeune fille. Elvira le considère comme son oncle mais ignore tout des véritables agissements de son bienfaiteurs comme de son homosexualité.

Un événement va précipiter les chose. Elvira est malencontreusement arrêté lors d'une émeute où elle se trouvait par hasard. Les troubles ont été fomentés en sous main par le duc de Windsor (l'ex Edouard VIII) qui veut reprendre le pouvoir. Carmichael doit à la fois déjouer le complot et protéger Elvira. Sa position devient vite intenable...

L'ennui avec ce troisième tome qui pourrait être souligné, comment la conscience politique vient aux oies blanche, est que la narratrice contrairement aux deux précédentes n'ai guère intéressante et que les émois de cette gourgandine plombent un peu le récit. Heureusement qu'il y a les affres de Carmichael, jouant un double jeu et qui fréquente les hautes sphères de cette Angleterre parallèle. Jo Walton a réussi à boucler avec élégance sa trilogie et c'est avec regret que l'on quitte l'inspecteur Carmichael.

 

D'autres billets où il est question d'uchronie sur le blog:  Roma aeterna,  Les îles du soleil de Ian R. MacLeod,  Rêves de gloire de Roland C. WagnerL' appel du 17 juin d'André CostaL'uchronie d'Eric B. Henriet,  Replay de Ken GrimwoodLa séparation de Christopher Priest,  Septembre rouge, Octobre noir de Duval & Pécau - Calvez La montagne de feu d'Alfred Coppel,  Jin de Murakami MotokaLe cercle de Farthing de Jo Walton,  22/11/63 de Stephen KingLe baton de Plutarque de Juillard et Yves SenteDominion de C. J. SansomHamlet au paradis de Jo Walton   

Publié dans livre

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Que la jeunesse...

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
«Cinéma», par Thomas Hoepker, Naples, Italie 1956

«Cinéma», par Thomas Hoepker, Naples, Italie 1956

Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Un groupe de scouts devant la Tour Eiffel à Paris, ca 1950

Un groupe de scouts devant la Tour Eiffel à Paris, ca 1950

Publié dans adolescent

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Détail d'une fontaine Triton par JM Blashfiel

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Détail d'une fontaine Triton par JM Blashfield http://www.jardinique.co.uk

Détail d'une fontaine Triton par JM Blashfield http://www.jardinique.co.uk

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Mitacq

Publié le par lesdiagonalesdutemps

1953

1953

Publié dans illustration

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Le conformiste de Bernardo Bertolucci (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le conformiste de Bernardo Bertolucci (réédition complétée)

 

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Italie, 1970, 110 mn

 

Réalisation: Bernardo Bertolucci, Scénario : Bernardo Bertolucci, adapté du roman d'Alberto Moravia, 

 

avec: Jean-Louis Trintignant, Stephania Sandrelli, Dominique Sanda, Pierre Clémenti, Gastone Moschin, Fosco Giachetti, Yvonne Samson, Jose Quaglio

 

Résumé

 

Nous découvrons Marcello Clerici (Jean-Louis Trintignant), au début du film, à la période la plus dramatique de sa vie, lors d’un voyage à Paris en 1937 avec sa femme, Giulia (Stephania Sandrelli). Sous couvert d'une visite touristique, ce voyage a en réalité pour but de faire assassiner par des nervis fascistes un leader antifasciste réfugié en France. Il s’agit de Quadri, l’ancien professeur de droit à l’université de Rome, de Marcello. Ce dernier prend contact avec son ancien maître. Il le met en confiance ce qui permet le guet-apen dans lequel le professeur tombe. Ann (Dominique Sanda), la femme de l’exilé, fait des avances à Clerici, car elle n’est pas insensible au charme de...Giulia. De son coté Clerici s’éprend d’Ann. Il veut renoncer à son noir dessein. Il ne prend finalement aucune décision et participe au traquenard. Les époux Quadri sont sauvagement assassinés sur une route de montagne. On apprend que si Marcello est devenu cette brute fasciste c’est parce qu’il a été violé à dix ans par le chauffeur de ses parents (Pierre Clementi, que Bertolucci avait déjà fait tourner en 1969 dans Partner) et qu’il croit avoir tué d’un coup de révolver. 

 

 

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Quelques années après les évènements, relatés précédemment,  Marcello assiste à Rome à l’effondrement du fascisme, par hasard il retrouve le chauffeur qu’il croyait avoir tué.  Il est devenu une espèce de clochard décavé à la beauté détruite mais au charme intact (Par une prescience inquiétante Bertolucci donne dans ce film un raccourci de la vie du vrai Clémenti dans ces scènes que l’on ne peut revoir sans éprouver un profond malaise). Marcello retournant sa veste aussitôt, il  s’empresse de dénoncer ses anciens compagnons. Clerici sera tué lors d’un bombardement aérien après la chute de Mussolini.

 

 

L'avis critique

 

Le film veut démontrer que le désir de conformisme social chez Marcello, son mariage avec une femme terne mais bourgeoise, son adhésion au fascisme, puis à l’antifascisme... n’est dicté que par la volonté de fuir le souvenir humiliant (pour lui) du viol et de combattre son homosexualité frustrée ou plutôt latente, assez voisine à celle du personnage du "Fanfaron" que jouait également jean-Louis Trintignant.

Alors que le roman éponyme de Moravia, dont le film de Bertolucci est l’adaptation, raconte la vie de Marcello Clerici de l’enfance à la mort d’une manière linéaire et chronologique, le cinéaste brise cette continuité pour la recomposer par de multiple aller et retour temporels privilégiant l'enfance et l’épisode tragique qui sera le noeud de sa vie.

 

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La morale, la vulgate marxiste était à son apogée dans ces années 70, si l’on peut dire de tout cela, est assez répugnante. Elle subodore que lorsque l’on a été violé à dix ans (On se demande de quoi se plaint ce sale gosse, en 1970 être sodomisé par Pierre Clémenti était un fantasme très largement répandu quelque soit le sexe et l’âge) on devient automatiquement un tortionnaire fasciste à trente! On pense bien sûr beaucoup a la célèbre nouvelle de Jean-Paul Sartre, contenu dans le recueil Le mur,L’enfance d’un chef. Pourtant contrairement à l’oeuvre de Sartre, Bertolucci, qui a quelque peu dénaturé l’oeuvre de Moravia, ne dépeint pas un archétype mais cisèle seulement le portrait d’un opportuniste particulièrement veule.

Un grand soin est porté au décor, ce qui apparente Bertolucci à Visconti. Bertolucci s’acharne à retrouver le charme des anciens magazines; il traite la couleur comme dans les cartes postales 1900 et s’attarde à combiner de séduisants effets en s’inspirant du cinéma d’avant-guerre. Il ne manque pas un meuble d’acajou, pas un bibelot modern-style pour ponctuer l’espace daté d’un bureau, d’un appartement, et le gigantisme architecturale officiel capté en plongée ou en contre-plongée suffit à dénoncer la mégalomanie gouvernementale.

La couleur est également très étudié, le film à la forme éclatée, joue avec virtuosité des perspectives, des couleurs (tout un travail sur le jaune orangé) d’effets de montage qui cassent la narration et d’une construction en flash-back et en flash-forward. Ce formalisme extrême peut irriter mais aussi fasciner. Il vise à la représentation pure et dissèque de façon troublante les motivations d’un homme intelligent et ironique qui choisit la bêtise et le fascisme pour des raisons qui s’opacifient au fur et à mesure qu’elles sont dévoilées.

Le film, si le titre n’avait pas déjà été pris, aurait du s’appeler l’amoraliste. Jean-Louis Trintignant réussit le tour de force de rendre attachant ce parfait dégueulasse. Mais c’est l’image de Pierre Clémenti qui restera toujours gravée dans les mémoires lorsque, chauffeur-garde du corps du héros, il retire sa casquette de chauffeur de maitre et que ses longs cheveux cascadent sur ses épaules, transformant le policé et froid larbin en une gouape des faubourgs à la beauté subjuguante et vénéneuse à la fois.

Dans le Combat dans l’ile Jean-Louis Trintignant joue un jeune fasciste, membre d’un groupe terroriste, le film est de 1961, on pense à l’OAS, très proche psychologiquement du personnage du Conformiste. Trintignant se plait à pervertir son image sage et rangée, sa normalité, en interprétant des personnages tortueux, voire carrément psychopates, à faire éclater la perversité latente des bourgeois les plus conformes, c’est la dualité génialement perçue par Bertolucci dans Le conformiste, dont on retrouve une forme mineure, humoristique, dans un film comme Eaux profondes de Michel Deville. Sa douceur et sa passivité font ressortir de façon étonnante la violence froide de ces héros criminels aux visage d’ange. Cet art du chaud-froid, est très rare dans le cinéma français. Il est plutôt l' apanage des acteurs anglo-saxons.

 

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Publié dans cinéma gay

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L’Odeur des garçons affamés » par Frederik Peeters et Loo Hui Phang

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 L’Odeur des garçons affamés » par Frederik Peeters et Loo Hui Phang
 L’Odeur des garçons affamés » par Frederik Peeters et Loo Hui Phang

En cette année 1872, nous sommes juste après la fin de la guerre de sécession. en plein Texas, l’Ouest américain est encore un territoire sauvage, un continent à civiliser pour l’homme blanc. Et le lieu d’un génocide en cours, celui des indiens. Une petite expédition s’y aventure pour cartographier, recenser, photographier, rassembler tous les éléments pour préparer la colonisation des immenses territoires comanches, désormais envahis par l’homme blanc. L’expédition est financée par une riche organisation privée. Elle à sa tête, un ingénieur géologue douteux et néanmoins d’origine irlandaise qui se promène souvent les fesses à l’air tout en prônant une utopie civilisationnelle extrémiste. Il a engagé un un photographe homosexuel et escroc, spécialiste des clichés spirites, fuyant son trouble passé. Elle est complétée par la présence d’un séduisant jeune boy qui ne laisse guère le daguerréotypeur indifférent. Le jeune garçon de ferme s'avérera bien moins naïf qu’il n’y paraissait de prime abord. Leurs secrets respectifs vont éclater sous le soleil texan, en même temps qu’un flot de magie ancestrale.

Ce western atypique a été écrit sur mesure par Loo Hui Phang pour le dessinateur Frederik Peeters, l'auteur des « Pilules bleues », de « Lupus » ou d’« Aâma ». Ici le western n’est qu’un genre prétexte pour explorer le thème du secret propre à chacun et à aborder en profondeur la psychologie des personnages. Loo Hui Phang est une scénariste aux multiples facettes (elle travaille pour le théâtre, la littérature, le cinéma, les performances artistiques et la bande dessinée où elle a notamment collaboré avec des illustrateurs comme Philippe Dupuy, Michaël Sterckeman, Cédric Manche, Hugues Micol…). La scénariste tord les règles du genre pour sonder l’âme humaine et les relations entre hommes, femmes et nature. La question de la sexualité et du genre y est abordée avec subtilité, tout comme la description plus historique de l’éradication des derniers Comanches, le tout mêlé à une spectaculaire ouverture vers le fantastique. Loo Hui Phang a concocté ce récit aux dialogues remplis de délicieux sous-entendus qui détournent habilement les codes habituels de ce genre de fictions pour nous conter, en fin de compte, une imprévisible et belle histoire d’amour.

Le dessin est presque toujours somptueux et la mise en couleurs fait parfois penser aux grands tableaux fauves.

 

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 L’Odeur des garçons affamés » par Frederik Peeters et Loo Hui Phang
 L’Odeur des garçons affamés » par Frederik Peeters et Loo Hui Phang

Publié dans Bande-dessinée

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de belles anatomies...

Publié le par lesdiagonalesdutemps

de belles anatomies...
de belles anatomies...

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