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Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 
Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

Sous le titre énigmatique « Le bâton de Plutarque », pas très bon ce titre malgré sa caution historique, Yves Sente, scénariste de la nouvelle aventure de Blake et Mortimer, a eu l'ingénieuse et courageuse idée de concocter une préquelle à la Saga jacobsienne. Il l'a située chronologiquement immédiatement avant « Le secret de l'espadon ». Le bâton de Plutarque commence très précisément au printemps 1944 (avant le débarquement allié). Nous sommes donc à la fin de la deuxième guerre mondiale, avant la troisième qui verra nos héros se mesurer au redoutable tyran asiate qu'est Basam Damdu. Ce nouvel album se termine 90 minutes à peine avant le début du "Secret de l'Espadon". Il devient ainsi le premier à lire si l'on veut respecter la chronologie de la geste jacobsienne. L'idée de cette gageure est venue à Yves Sente, redoutable analyste et connaisseur de l'univers de Jacobs, quand il s'est aperçu qu'il y avait des incohérences dans la saga des deux héros, en particulier dans « Le secret de l'espadon » diptyque dessiné dans l'urgence. Sente a remarqué par exemple qu'il n'y est pas expliqué pourquoi Olrik identifie immédiatement l'Espadon dès qu'il le voit. De même, plus loin dans le récit, on découvre qu'Olrik connait déjà Blake mais on ne sait pas dans quelles conditions ils se sont rencontrés. Pas plus qu'on ne sait d'où vient le capitaine Asso qui espionne Olrik pour le compte de Blake et Mortimer? On en apprendra aussi plus sur les origines d'Olrik, le méchant récurrent. Les interrogations d'Yves Sente sont allées très loin ainsi d'après ses déclarations il s'est toujours demandé comment avec leur salaire les deux compères pouvaient vivre à Hyde Park (je me demande si dans cette question ne se glisse pas un peu de jalousie de la part d'Yves Sente, pourtant avec les royalties que lui procurent ses albums de Blake et Mortimer, il pourrait dorénavant y loger sans peine...). Et bien la réponse est dans le bâton... Vous que ces questions tarabustaient, que dis-je angoissaient depuis la parution du « Secret de l'Espadon », soit depuis 1946, vous allez enfin avoir les réponses dans ce nouvel opus des pérégrinations du duo so british et... pouvoir mourir tranquille. Cet album quasiment ordonne qu'immédiatement après avoir dévoré « Le bâton de Plutarque » vous êtes mis en demeure de redécouvrir « Le secret de l'espadon » à la lumière de toutes ces révélations. 

Aventure échevelée ne veut pas dire aberration historique (ce qui n'empêche pas qu'il y ait des erreurs historiques dans la représentation de certains points, je reviendrais la-dessus plus tard). C'est dans les lieux les plus mythiques de la résistance britannique au Troisième Reich que nous entraine ce bâton de Plutarque, à commencer par la Station X, la fameuse base secrète située à Bletchley Park dans le Buckinghamshire où travaillaient les casseurs de code dont le fameux Turing (qui malheureusement ne passe pas dans l'album) chargés de décrypter les messages échangés par les allemands grâce à leur machine Enigma. On visite également le fameux Cabinet of War de Winston Churchill). C'est d'ailleurs cet endroit historique qui a été le déclencheur pour Yves Sente du scénario comme il le confie dans le beau numéro spécial que dBD a consacré à Blake et Mortimer: << Au retour d'Oxford (avec Juillard) pour "Le serment des cinq lords nous avons découvert par hasard le bunker de Churchill. Après l'avoir visité, nous nous sommes dit qu'il faudrait absolument intégrer ce lieu dans une future histoire. C'est comme cela qu'est né le début du scénario du Bâton de Plutarque...>>

Bletchley Park, ce lieu crucial pour l'issue de la seconde guerre mondiale (ici la deuxième) est très bien décrit dans cet énorme roman qui ne ressemble à aucun autre qu'est « Blitz » de Connie Willis. Par ailleurs Turing a inspiré une formidable bande dessinée méconnue: « Le théorème de Morcom » de Goffin et Peeters, parue en 1992 aux Humanoïdes Associés...

Lors de la visite de Blake à Bletchley Park on apprend ainsi que les alliés on sciemment laisser certains de leurs bateaux être coulés par les sous-marins ennemis pour que les allemands ne s'aperçoivent pas que les anglais avaient décrypté leur code. Yves Sente brouille constamment les pistes mêlant les faits des lieux et des personnages historiques (Churchill) à de la pure fiction ainsi, si le prototype allemand a bien existé (voir les photos ci-dessous) en revanche l'avion de Blake qui l'affronte en un spectaculaire combat aérien au dessus de Londres est une pure invention. Juillard est devenu un maitre de la bande dessinée d'aviation depuis le remarquable « Mezek ».

Ce prototype comme tout les projets aéronautiques futuristes des nazis semblent avoir fait fantasmé le monde de la B.D, ci-dessus ce même engin dans l'aventure de Lefranc, L'éternel Shogun

Ce prototype comme tout les projets aéronautiques futuristes des nazis semblent avoir fait fantasmé le monde de la B.D, ci-dessus ce même engin dans l'aventure de Lefranc, L'éternel Shogun

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

 

Aventure échevelée ne veut pas dire aberration historique (ce qui n'empêche pas qu'il y ait des erreurs historiques dans la représentation de certains points, je reviendrais la-dessus plus tard). C'est dans les lieux les plus mythiques de la résistance britannique au Troisième Reich que nous entraine ce bâton de Plutarque, à commencer par la Station X, la fameuse base secrète située à Bletchley Park dans le Buckinghamshire où travaillaient les casseurs de code dont le fameux Turing (qui malheureusement ne passe pas dans l'album) chargés de décrypter les messages échangés par les allemands grâce à leur machine Enigma. On visite également le fameux Cabinet of War de Winston Churchill). C'est d'ailleurs cet endroit historique qui a été le déclencheur pour Yves Sente du scénario comme il le confie dans le beau numéro spécial que dBD a consacré à Blake et Mortimer: << Au retour d'Oxford (avec Juillard) pour "Le serment des cinq lords nous avons découvert par hasard le bunker de Churchill. Après l'avoir visité, nous nous sommes dit qu'il faudrait absolument intégrer ce lieu dans une future histoire. C'est comme cela qu'est né le début du scénario du Bâton de Plutarque...>>

Bletchley Park, ce lieu crucial pour l'issue de la seconde guerre mondiale (ici la deuxième) est très bien décrit dans cet énorme roman qui ne ressemble à aucun autre qu'est « Blitz » de Connie Willis. Par ailleurs Turing a inspiré une formidable bande dessinée méconnue: « Le théorème de Morcom » de Goffin et Peeters, parue en 1992 aux Humanoïdes Associés... Lors de la visite de Blake à Bletchley Park on apprend ainsi que les alliés on sciemment laisser certains de leurs bateaux être coulés par les sous-marins ennemis pour que les allemands ne s'aperçoivent pas que les anglais avaient décrypté leur code. Yves Sente brouille constamment les pistes mêlant les faits des lieux et des personnages historiques (Churchill) à de la pure fiction ainsi, si le prototype allemand a bien existé en revanche l'avion de Blake qui l'affronte en un spectaculaire combat aérien au dessus de Londres est une pure invention. Juillard est devenu un maitre de la bande dessinée d'aviation depuis le remarquable « Mezek ».

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

 

Quant au bâton de Plutarque du titre il vient de l'antiquité. Chez les Spartiates, le bâton de Plutarque, également connue sous le nom de scytale, était un bâton de bois utilisé pour lire ou écrire une dépêche chiffrée. Considérée comme le plus ancien dispositif de cryptographie militaire connue, elle permettait l'inscription d'un message chiffré sur une fine lanière de cuir ou de parchemin que le messager pouvait porter à sa ceinture. Après avoir enroulé la ceinture sur la scytale, le message était écrit en plaçant une lettre sur chaque circonvolution. Pour le déchiffrer, le destinataire devait posséder un bâton d'un diamètre identique à celui utilisé pour l'encodage. Il lui suffit d'enrouler la scytale autour de ce bâton pour obtenir le message en clair. Il s'agit de l'un des plus anciens chiffrements de transposition ayant été utilisé. Plutarque raconte son utilisation par Lysandre de Sparte en 404 av. J.-C.

Le scénariste se vante d'exactitude pourtant il y a une inexactitude de taille dans la représentation du Londres de 1944. On y voit aucune trace du Blitz alors que les bombardements allemands avaient dévasté la ville. Certes on en voit pas plus la trace dans La marque jaune qui se déroule en 1953. Ayant découvert Londres à la fin des années 60, je me souviens bien que la ville gardait des traces de sa destruction partielle! 

Il est amusant de constater que dans la saga de Blake et Mortimer la Grande Bretagne semble être toujours (et pour toujours) la première puissance mondiale. On trouve cette même configuration géopolitique dans la perle de la bande dessinée britannique qu'est « Ministère de l'espace » de Warren Ellis et Chris Weston. Il n'est jamais question de l'URSS et de son bon petit père des peuples quand à l'Amérique, elle est citée une fois comme fournisseur de Matériels. Puis à la toute fin par coupures de presse pour avoir lancé la bombe sur Hiroshima. 

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

Plus qu'une aventure classique de notre cher duo « Le bâton de Plutarque » nous informe de leurs faits, héroïques certes, il ne pouvait en être autrement, durant la deuxième guerre mondiale. Ce qui relève proprement de l'aventure, un épisode d'espionnage, est, tout en se fondant parfaitement dans la grande Histoire, puisqu'elle se greffe fort habilement sur des faits authentiques, est très archétypale pour ne pasdire caricaturale des prouesses habituelles du duo; en outre elle n'instille aucun suspense, contrairement par exemple au serment des cinq lords par exemple.

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Le bâton de Plutarque est un véritable tournant en ce qui concerne les scénarios des albums de Blake et Mortimer. « Le secret de l'Espadon », premier album dessiné par Jacobs se situait dans un autre monde que le notre. Avec cette vingt troisième aventure on est sciemment dans notre univers ou plutôt dans un univers uchronique. Une des règles de l'uchronie est de présenter clairement le point de divergence avec l'Histoire que l'on connait. Ce n'est pas le cas dans le bâton de Plutarque. Alors comment expliquer l'émergence de ce dictateur asiate, certes on peut l'envisager par les troubles dans la Chine des années Trente, ce serait un seigneur de la guerre qui aurait réussi mais où sont passé Mao et Tchang. Comment imaginer que le Japon impérialiste d'alors ne se soit pas intéressé à ce tyran? En introduisant des personnages historique Yves Sente a fait entrer le facteur temps dans la saga. Ce qui me paraît très problématique ne serait-ce que pour deux raisons, la première est que le temps n'est pas élastique; la concentration sur vingt ans des prouesses du duo devrait en toute logique en limiter le nombre, la seconde est qu'il faudrait pour être cohérent faire vieillir les personnages alors que jusqu'à présent ils sont identiques de 1944 à 1967, date à laquelle Yves Sente et la rédaction de la très intéressante revue Casemate situent la fin des « 3 formules du professeur Sato ».  

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

Le dessin de Juillard (je reviendrai sur cette attribution) est très réussi. On voit que chaque case est extrêmement soignée, qu'elle est pensée pour elle-même mais qu'aussi elle s'inscrit dans l'esthétique très géométrique de chaque double pages. La mise en couleur très recherchée aux tons subtils et cassés fait que chaque double page peut être vue comme une unité fragmentée, une sorte de cubisme appliqué à la bande dessinée. Les textes très nombreux, dans l'esprit de ceux que l'on trouvait dans les albums dessinés par Jacobs, équilibrent le tout. Les dialogues sont dans des philactères à fond blanc alors que les récitatifs sont posés sur des fonds colorés toujours en harmonie avec la case et la page dans lesquelles ils s'insèrent.

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente

Le choix comme couverture du combat aérien au dessus de Londres est peu représentatif du contenu réel de l’album. Il semble essentiellement guidé par la filiation voulue avec le cycle de l’Espadon, également doublement illustré par les deux appareils créés par Jacobs le Golden Rocket et l'Espadon qui illustrent couverture de chacun des albums qui compose le diptyque du « Secret de l'Espadon. La couverture de la 23 ème aventure de Blake et Mortimer n'est pas sans rappeler celle de « La grande menace » signée Jacques Martin en 1954.

Au risque d'être accusé de lèse majesté on ne peut que constater pourtant que le rendu des pages dessinées par Juillard et son équipe est supérieur à ceux dessinés par Jacobs. Quand on y réfléchit rien de plus normal à cela. Les moyens mis en oeuvre pour réaliser un album de Blake et Mortimer sont bien supérieurs à ceux dont disposait Jacobs qui travaillait seul. Si on regarde attentivement les pages de garde du « Bâton de Plutarque » outre les noms d'Yves Sente et d'André Juillard on voit apparaître ceux d'Etienne Schréder pour l'encrage des décors et de Madeleine Demille pour les couleurs, de Marie Aumont pour le lettrage... Il n'est donc pas étonnant que nous soyons en présence d'un bel ouvrage...  

Le baton de Plutarque de Juillard et Yves Sente
 
où l'on assiste à la première rencontre entre Blake et Olrik HISTORIQUE

où l'on assiste à la première rencontre entre Blake et Olrik HISTORIQUE

 

 

Commentaires à la première édition du billet

Andrée07/01/2015 17:21

Cet album fait oublier le consternant "L'onde Septimus", tant au point de vue sujet que du dessin, Aubin n'ayant pas eu assez de temps pour le dessiner seul. Pour "Le Bâton de Plutarque", il est vrai que dater trop précisément les aventures de Blake et Mortimer provoque des enchaînements risqués ; voir à ce sujet les discussions et analyses très pointues des membres du site www.centaurclub.com, dédié à E.P.Jacobs.
Pour les amateurs de beaux livres, je conseille la petite maison d'édition Ludovic Gombert qui édite tous les albums des repreneurs de B&M en toilé rouge, quantité limitée, les albums sont numérotés, avec bonus et ex-libris signés des auteurs. Superbe (voir www.boutique.ludovicgombert.com).
Cordialement

B.A.08/01/2015 17:56

Je vous remercie de votre témoignage. 

 

Andrée08/01/2015 17:39

 

Pour discuter avec de nombreux petits éditeurs dans les Salons et commencer à comprendre leurs problèmes et (nombreux) soucis, je voudrais prendre leur défense et expliquer qu'ils ont à payer une licence aux grosses maisons d'édition, payer les imprimeurs, payer les signatures des auteurs sur les ex-libris, ex-libris eux-mêmes imprimés donc là aussi payés, parfois une couverture inédite redessinée par l'auteur est également à régler, les bonus et le toilé des beaux albums ont un coût...sans compter les heures passées à revoir, nettoyer, chaque vignette d'un album avant envoi à l'imprimeur ; tout ceci explique qu'ils ne peuvent absolument pas, surtout pour des quantités limitées et numérotées, vendre des albums de collection au prix d'un album ordinaire.
Quant aux albums d'autres maisons d'édition qu'ils revendent, il s'agit souvent d'albums devenus rares ou très cotés.
Vouloir faire du beau est devenu un pari très difficile pour ces petites structures et d'ailleurs de plus en plus disparaissent, hélàs (dans ma région, L'Apart; à Turquant (49) a fermé à son tour comme bien d'autres).
Cordialement

 

B.A.07/01/2015 17:43

 

Vous êtes bien sévère pour L'onde Septimus que je vais relire. En cherchant vous trouverez ma critique sur le blog. En effet le bâton de Plutarque est supérieur mais mon Blake et Mortimer préféré (post-Jacobs) est le serment des cinq lords (critique également sur le blog). Les liens que vous indiquez sont très recommandables en particulier celui des érudits du centaure club. 
Quant aux éditions Ludovic Gombert ils font du beau travail mais si leurs belles affiches sont à un prix très raisonnable leurs livres sont tout de même d'un cout prohibitif.

 

xristophe13/12/2014 15:01

 

Au moins le plaisir de lire votre recension d'amateur passionné méticuleuse, cher BA, et d'admirer quelques images - car pour moi je n'ai jamais été trop féru de ces aventures dépourvus d'humour (sinon parfois involontaire) des amis Blake et Mortimer et me suis si ennuyé l'an dernier dans le fameux nouvel album que j'ai mis à peu près six mois à lire... que je ne recommencerai pas cette année...

B.A.14/12/2014 08:52

 

Je suis toujours resté premier dégré je crois que j'en suis même un militant; voyant dans la recherche effréné du second degré une des causes de la décadence de l'occident européen.
Votre idée oulipienne est excellente (oulipo appliqué à la bande dessinée se nomme l'oubapo). Burns l'a fait pour un de ses albums.

 

xristophe13/12/2014 19:34

 

Je les ai rencontrés trop tard : le premier degré de l'enfance magique me manque. Le hiatus est si grand, pourtant (un déchirement !) entre la qualité du dessin et le reste - à mes yeux d'aujourd'hui - que je songeais à une époque récente à cet exercice (oulipien?), dure contrainte, de refabriquer les dialogues - et toute l'histoire ! - sur le luxueux canevas iconique ! (Mais je n'ai même pas commencé...)

 

B.A.13/12/2014 17:09

 

Tout de même la marque jaune lu enfant c'est quelque chose mais même à un âge respectable il me semble que le serment des cinq lords est une judicieuse lecture, j'ai du le chroniquer sur le blog.

xristophe13/12/2015 16:11

...et c'était le 13/12/2014 : ça me prend tous les ans exactement !

 
 

xristophe13/12/2015 16:07

Quel beau dessin ! pour ma part je regrette toujours qu'il y ait un texte. J'ai songé parfois à le réécrire, à tout changer - en restant cohérent ! Un bel exercice oulipien - je le crains, au-dessus de mes forces ! (D'autant que je radote - je m'aperçois que j'ai déjà parlé de ça...)

 

lesdiagonalesdutemps13/12/2015 16:11

Charles Burns s'est amusé à cela sur une de ses bandes-dessinées.

Publié dans Bande-dessinée

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Thomé Verner (1878-1953)

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Thomé Verner (1878-1953)

Publié dans peinture

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Masahisa Fukase

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Masahisa Fukase est né le 25 février 1934 dans l’île de Hokkaidō dans une famille de photographes de studio, il entre à l’âge de dix-huit ans à l’université Nihon qui est l’une des premières au Japon à proposer un cursus de photographie artistique. En 1956, il entre comme photographe dans une agence de publicité. Quelques années plus tard, parallèlement à son activité professionnelle, il commence à publier et exposer des photographies de reportage, comme « Tuez les porcs ! » (Buta wo korose !) en 1961. Après un passage en 1967-1968 comme directeur de la photographie aux éditions Kawade, il poursuit son activité en free-lance. En 1971, il publie son premier album de photographies. Son style intimiste, froid au niveau des compositions, mais très riche au niveau de la texture, l’impose comme l’un des principaux photographes de sa génération. Entre 1974 et 1976, il collabore avec Araki NobuyoshiTōmatsu ShōmeiHosoe Eikō et Moriyama Daidō à l’école de photographie Workshop, un des hauts lieux de la création artistique japonaise des années 1970. En 1992, il subit un grave accident vasculaire cérébral et il est maintenu en soins intensifs jusqu’à sa mort en 2012. Ses tirages et ses albums comptent parmi les plus chers sur le marché de la photographie japonaise contemporaine.

Publié dans photographe

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Felix d'Eon

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Publié dans peinture

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Paul-Émile Bécat

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Paul-Émile Bécat (né le 2 février 1885– mort le 1er janvier 1960 à Paris) est peintre, graveur et dessinateur français et titulaire d'un premier second grand prix de Rome en 1920. Il est mieux connu aujourd'hui comme illustrateur de livres érotiques. Il est élève des peintres Gabriel Ferrier et François Flameng et expose au Salon des artistes français dès 1913. Il se fait connaître par des portraits d'écrivains français. Membre de la Société coloniale des artistes français, il effectue plusieurs voyage en Afrique et remporte les deux principaux prix africains, le prix pour l'AOF et le prix pour l'AEF, s'imposant comme un bon représentant de l’africanisme. De retour de voyages au Congo français, au Gabo, et au Soudan, il se spécialise à partir de 1933 dans la technique de la pointe sèche qu'il met au service de textes érotiques et galants. On lui doit également un jeu de cartes, Le Florentin, édité par Les Jarres d'Or à Paris.

Il est l'époux de l'artiste brodeuse Marie Monnier et, par elle, le beau-frère d'Adrienne Monnie, libraire-éditrice et femme de lettres.

 

___

 

Œuvres graphiques

Pierre LouÿsAphrodite: mœurs antiques ; Les aventures du roi Pausole (ce dernier publié aux éditions Le Vasseur et Cie en 1947 à 500 exemplaires numérotés)

Pierre l'ArétinRagionamenti

BrantômeVie des dames galantes

Pierre Choderlos de LaclosLes Liaisons dangereuses

Paul VerlaineLes amies

François-Mathieu Pidansat de MairobertLa secte des anandrynes

 

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Foot naturiste

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Foot naturiste
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Tanino Liberatore, illustration pour Les onze Milles verges par Guillaume Apollinaire

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Tanino Liberatore, illustration pour Les onze Milles verges par Guillaume Apollinaire

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Eric Rutledge

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Eric Rutledge

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Plinio Nomellini

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Plinio Nomellini ( 1866-1943), Nel bosco [Dans les bois], c.1930-35. Huile sur toile, 74 x 60 cm.

Plinio Nomellini ( 1866-1943), Nel bosco [Dans les bois], c.1930-35. Huile sur toile, 74 x 60 cm.

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Henry Scott Tuke (réédition complétée)

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Henry Scott Tuke (réédition complétée)

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Tuke est né en 1858 à York dans une famille de quakers. De 1860-1874, jusqu'à ce qu'il ait 16 ans, la famille réside dans Woodlane à Falmouth, où son père a exerce la profession de médecin. C'est alors que Tuke voit ses premiers navires qui entrent et sortent de la baie de Falmouth, qu'il représentera fréquemment.  Son père Daniel Hack Tuke était un important militant pour donner un traitement humain aux maladies mentales. C'était un pionniers en matière de santé mentale et a écrit plusieurs livres importants sur le sujet qui sont encore utilisés aujourd'hui par les étudiants en médecine. Son arrière-arrière-grand-père, William Tuke, avait fondé un des premiers hôpitaux psychiatriques modernes à York en 1792. Son arrière-grand-père Henry Tucke, son grand-père Samuel Tuke et son oncle James Hack Tuke étaient aussi des militants humanistes reconnus.

 

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Tuke enfant

 

En 1874, la famille déménage à Londres et Henry Scott Tuke fait ses études à la Slade School of Art de Londres à partir de 1875. Il a pour professeur Alphonse Legros et Sir Edward Poynter. En 1877, il obtient une bourse de la Slade et de 1880 à 1881 il voyage en Italie. Il poursuivi ses études à Florence, où il a fait ses premiers dessins de nu. De 1881 à 1883 il est à Paris (1883) où il étudie sous la férule de Paul Laurens. Dans l'atelier de ce dernier il fait la connaissance du peintre américain John Singer Sargent qui a aussi peint des nus masculins , bien que ce fait était peu connu de son vivant, et de Jules Bastien-Lepage, qui l'encourage à peindre en plein air.

 Durant l'année 1880, Tuke avait aussi rencontré l'écrivain Oscar Wilde ainsi que d'autres poètes et figures homosexuelles de l'époque. Dans les années 80, il fait partie d'un cercle de poètes et d'écrivains qui ont écrit et ont discuté de la beauté des jeunes hommes. Lui-même écrivit un poème célébrant l'adolescence titré "Sonnet to the youth", qu'il publia anonymement dans The Artist. Il contribua aussi à l'écriture du sonnet The Studio.

 

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Sonnet à la jeunesse 

Jeunesse debout sucré, triomphant par la mer, 
Tous fraîcheur de la journée 
Et toute la lumière 
De l'aube de tes membres blanche, ferme, nu et lumineux. 

 

Henry Scott Tuke 
 

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En 1883 de retour en Angleterre, il côtoie des artistes tels que T.C. Gotch et Stanhope Forbes. Il rejoint une petite communauté d'artistes de Newlyn dont faisait partie Walter Langley, Albert Chevallier Tayler et Thomas Cooper Gotch, ce dernier spécialisé dans la représentation des jeunes filles devint un grand ami de Tuke. Ce groupe est désigné par les historien de l'art sous le nom de Newlyn school.

 

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En 1885 Tuke s'installe à Falmouth, un port de pêche situé en Cornouailles. L'endroit est alors encore rustique. Mais il représente le lieu idéal pour Tuke car il lui permet de combiner deux de ses passions, la peinture et la voile. Il y passera le restant de sa vie. Sa fascination pour les navire ne le quittera jamais.

Henry Scott Tuke est plus célèbre aujourd'hui pour les jeunes gens dénudés peints sur les plages anglaises; la première moitié de son oeuvre contient de nombreuses marines (bateaux au large principalement) mais aussi des marins:

Henry_Scott_Tuke_-_All_Hands_to_the_Pump

Le repos de midi
 

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Cabin boy
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Pour ses tableaux marins Tuke a souvent utilisér les mêmes modèles qui l'inspirèrent pour ses tableaux de nus, quoiqu'il soit souvent difficile de les identifier, Tuke ayant tendance à mélanger les têtes et les corps et, reprenant ses huiles sur de longues périodes. Il faisait poser parfois différents modèles pour un même personnage.
.
Tuke et deux de ses jeunes marins sur son bateau la Julie
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 Jack Rowling (1886)

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Tuke et Johnny Jacket 

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Johnny Jacket posant Mercure (une des nombreuses études pour un tableau finalement détruit)
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Le garçon sur la plage de Newport est le jeune Thomas Lawrence, futur Lawrence d'Arabie

 

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Ses premières œuvres sont narratives ou anecdotiques du type de la toile "Toutes les mains sur les cordes!" (1888-1889), par exemple, où l'on voit sept marins à bord d'un voilier dans une tempête luttant contre les éléments. Dans d'autres tableaux de cette période, Tuke place ses hommes nus dans des contextes mythologiques tel Cupidon et les nymphes de la mer (1898-1899).

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Cupidon et les nymphes de la mer (1898-1899) 

Tuke, Newlyn - private collection

 

 

En 1886, le peintre achète son premier bateau, il en aura plusieurs. C'est un vieux brigantin français, la Julie de Nantes qui était en mauvais état et qui avait besoin d'une importante rénovation. Le bateau aurait couté à Tuke 41£, soit environ le prix qu'il a reçu à l'époque pour la vente d'un petit tableau. Avec l'aide de ses amis Arthur Tanner, John Downing et Jim Diamond, Tuke convertit le bateau en atelier flottant sur lequel il pourra développer sa passion pour la peinture des adolescents en toute discrétion. La plupart des modèles étaient des garçons du cru que les toiles montrent nageant, pêchant sur le bateau ou sur la plage.

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Boys Bathing - Henry Scott Tuke - Hand-Painted Art Reproduction

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Portrait of Johnny Jackett

 

Tuke produisit aussi des travaux plus conventionnels sur des thèmes historiques et mythologiques. Ils sont plus facilement vendables que ces tableaux d'adolescents contemporains. Et puis ses toiles aux thèmes mythologiques lui permettaient aussi de placer des nus, mais les critiques de l'époque trouvaient le résultat plat, inanimé et conventionnel.


The Promise, Henry Tuke (1858 - 1929)

Tuke

 
 

The Steering Lesson

The Steering Lesson

Netting Lobster

Netting Lobster

Lors de ses voyages il peint également des paysages, souvent des aquarelles comme lors de son voyage à Venise en mai 1899.C'était sa troisième visite à la Sérénissime. Il y était venu spécialement pour peindre le portrait d'Horatio Forbes Brown (1854-1926), l'écrivain et historien, qui avait déménagé à Venise en 1879 avec sa mère. Pour les fétichistes des lieux je signale qu'alors Tuke avait dormi avec son ami Brown à la Casa Torresella, sur les Zattere...

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À partir des années 1890, Henry Scott Tuke abandonne les thèmes mythologiques et se consacre exclusivement à la peinture des garçons de la région, nageant et pêchant dans leur cadre habituel. En 1892, Tuke  voyage en Italie, à Corfou et en Albanie. A la suite de ce voyage sa palette s'éclaircit considérablement alors que certains de ses premiers portraits étaient caravagesques. Il utilise désormais des couleurs plus fraîches. Sa technique acquiert une nouvelle liberté. Son style se rapproche de l'impressionnisme. Il commence aussi à peindre de façon plus naturaliste, sa technique se libère. Une de ses toiles les plus connues pendant cette période est August Blue (1893-1894), une étude de quatre garçons nus se baignant à partir d'un bateau dans une eau cristalline sous un beau ciel bleu. Le tableau donne une image de la jouissance, de l'innocence, de la joie simples du soleil sur le corps, de la contemplation de la mer et du ciel bleu. Avec August blue, Tuke a créé un genre qui célèbre la beauté masculine et l'intemporalité de la jeunesse. Sa préférence pour des titres évocateurs plutôt que descriptifs vient de son admiration pour Whistler.

 

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August Blue (1893) Tate Gallery 

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un hommage numérique à August blue

 

En 1886, Tuke est un membre fondateur du club anglais d'art Nouveau. Il est élu membre de la Royal Academy (RA) le 8 mai 1914.

Henry Scott Tuke peignant sur la plage the Embarcation' 1914

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Henry Scott Tuke (réédition complétée)
Henry Scott Tuke (réédition complétée)
Henry Scott Tuke (réédition complétée)

pinkie-brown: Henry Scott Tuke (English, 1858-1929), A boy with an oar, 1910. Oil on panel, 36.1 x 26 cm. (x)

 

L'homoérotisme de ses tableaux cause un certain malaise à l'époque. C'est sans doute pour cela que dans plusieurs toiles des années 1890, Tuke tente de situer ses études de nus masculins dans des contextes mythologiques tel "l'Amour et la Nymphes de la mer (1898-99). Si les peintures de Tuke évoquent clairement son attirance pour les adolescents, aucune d'elles n'est explicitement sexuelle. Le sexe des modèles est rarement montré et les sujets ne sont jamais en contact les uns avec les autres.

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Dans  Noonday Heat (1903), par exemple, il représente deux jeunes gens qui se détendent sur la plage. Ils sont complètement absorbés par leur propre monde. Ils se regardent l'uns l'autre, peut-être engagés dans une conversation. Aucun regard s'adresses à l'éventuel spectateur, leur relation semble intime, exclusive, et ambiguë... De même, l'aquarelle, deux garçons sur une plage (1909) semble représenter une relation étroite et intense. Dans ce travail, l'absence d'un horizon renforce le sentiment d'intimité.

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Two boys on a beach (A study in bright sunlight), 1909

 

Tuke développa des relations amicales avec ses modèles, mais il n'a jamais été prouvé qu'il ait entretenu des relations plus approfondies avec eux, que ce soit amoureusement ou sexuellement. On connait presque tous les noms des garçons qui posent sur pour les tableaux de l'artiste. Par exemple Tuke était très proche de Charli Mitchell, alors âgée de 15 ans, lorsqu'il pose pour première fois pour le peintre. Le garçon sera ensuite souvent employé comme modèle et il fut aussi un assistant du peintre. L'année de ses seize ans, en 1908, par exemple, Mitchell accompagne Tuke lorsque le peintre va à Shillinglee Park dans le Sussex pourt peindre le portrait du Prince Ranjitsinhji (portrait non localisé aujourd'hui) venu des Indes. Mitchell a posé dans des vêtements du prince pour la partie  du corps du portrait.  Même s'il est possible, et sans doute quasi certain, qu'il ait eu des relations sexuelles avec certains de ces jeunes hommes, il est également probable qu'il ait, comme beaucoup d'homosexuels de son époque, éprouvé le besoin de sublimer sa sexualité par l'art et dans des relations romantiques et platoniques.

 

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Le baron Corvo, l'auteur d' d'Hadrien VII (1904) admirait l 'Oeuvre de Tuke. Il écrit de Venise en termes vifs et puissants toute son admiration: « Un peintre comme Tuke aurait le champ libre ici: car il n'y a pas un seul peintre pour peindre les jeunes vénitiens en équilibre sur les poupes très hautes, des gondoles sur la grande lagune, à l'aube blanche, quand les lueurs illumine leur chair blanche éclatante.  Tuke est le seul homme vivant qui pourrait faire des tableaux d' eux , et il ne les a pas vus ... ». Tuke a rencontré Frederick William Rolfe, alias le baron Corvo au domicile de Gleeson White, le rédacteur en chef du studio Il ne faudrait pas croire que Tuke, malgré la réticence qu'occasionnait le fait que les adolescents soient son sujet privilégié et qu'il habitât souvent loin de Londres ait été un artiste isolé et dénué de soutiens; il bénéficia en particulier de celui indéfectible de Charles Kains-Jackson, ex-avocat, rédacteur en chef de "L'Artiste" en 1888, et leader d'une coterie homosexuels, qui comprenait nottamment E. Bonney-Steyne et Joseph Gleeson White... 

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Noonday Heat, 1911

fotocopi: Henry Scott Tuke —- Study for ‘Aquamarine’ c.1927

 

Henry Scott Tuke —- Study for ‘Aquamarine’ c.1927

 

Il serait réducteur de limiter l'oeuvre de Tuke à ses célébrations d'un naturisme apollinien. La grande connaissance de Tuke de la voile donne à ses peintures de pêcheurs de Cornouailles une vérité incomparable grâce à son attention portée aux détails et à sa connaissance de la vie de ceux qu'il représente. Les toiles de ce genre comme  "marins Yarning" (voir ci-dessus) ont la même sincérité que ses études d'adolescent. "Marins yarning" est emblématique de sa manière par le fait qu'elle intègre une foule de détails qui attire l'œil tel celui de la tasse en émail qui attrape un éclaire de soleil, ou encore le faisceau qui brille sur le dessus de la cuillère...

 

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À cause de ses sujets particuliers, Tuke n'arrivait pas à vendre beaucoup de ses œuvres, excepté dans les cercles restreints des collectionneurs d'art homosexuels. Il arrive néanmoins à vivre assez confortablement de son art car il était aussi reconnu comme portraitiste. Il a acquiert un atelier à Londres où il a passe les hivers. Il y travaille habituellement sur des commandes, surtout des portraits. Son travail dans ce domaine est très apprécié. Il a peint des personnalités aussi éminentes en Angleterre à l'époque que les joueurs de cricket WG Grace et Ranjitsinhji (Ranji) , deux des meilleurs joueurs de cricket de l'histoire du jeu, et surtout celui de Thomas Edward Lawrence (mieux connu sous le nom de Lawrence d'Arabie). Durant toute sa carrière Tuke alternera les portraits qui sont un peu son travail "alimentaire" et ses compositions célébrant la beauté adolescente. Son envoi en 1902 pour l'annuel et très officiel the Royal Academy's summer exhibition se compose de quatre tableaux, deux portraits et deux scènes maritimes avec des garçons, Ruby, Gold & Malachite et The Run Home. Un chroniqueur de l'époque mentionne que les toiles de Tuke sont bien accrochées et rencontre un grand succès.

 

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Ruby gold & malachite (1902) 

Home Run a été peint peint à bord du bateau  de Tuke. On y voit pour la première fois son nouveau modèle, Bert White, un jeune ouvrier de dix-sept ans qui travaillait à la fonderie locale. En tant que disciple de Jules Bastien-Lepage , Tuke souscrit à la philosophie de Millet qui voyait les paysans et les membre de la classe ouvrière pauvre comme les sujets privilégiés pour le grand art.

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On peut dire aussi que Tuke est un portraitiste de... navires. Il s'est aussi intéressé au travail des marins.

 

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Le navire missionnaire (1894) 
 
Moored Clippers, 1914
Moored Clippers, 1914
 
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Remorqueur  (1922) 
 
File:H. S. Tuke Four Masted Barque 1914.jpg
 

L'artiste est aussi un aquarelliste accompli, en 1911, il devint membre de la Royal Society Aquarelle. Il a également travaillé avec des pastels. Il a exécuté une unique sculpture, The Watcher, dont cinq bronzes ont été réalisés. Il a également exécuté des paysages marins.

The watcher  1916 Henry Scott Tuke

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Boy (Charlie Mitchell) and His Dog at the Beach

 

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Return From Fishing, 1907

Return From Fishing, 1907

Man In A Rowing Boat, 1907

 Man In A Rowing Boat, 1907

Henry Scott Tuke  1907 - Italian man with hat

italien, 1907

Tuke 

 

Bien qu'une partie du monde de l'art britannique considérait Tuke comme un peintre un peu sulfureux il avait néanmoins une réputation établie et suffisante  pour lui permettre de vivre correctement de son art et de voyager, une autre de ses passions, en France, en Italie, comme aux Indes. En 1900, un dîner fut donné en son honneur à la Royal Cornwall Polytechnic Society. Il serait donc erroné de se représenter Tuke comme un marginale. Lors de ses séjour hivernaux à Londres, il avait une importante vie sociale. Il se rendait régulièrement aux réunions qu'organisait Charles Jackson Kains. Jackson, écrivain et photographe amateur dont Whitman était le mentor, à son domicile sur le Lower Mall, près du pont de Hammersmith presque tous les jeudi soir. Ces réunions étaient fréquentées par un cercle restreint d'artistes, écrivains, poètes et photographes on y rencontrait John Addington Symonds, John Gabrial Nicholson, Charles Mason Fox, Laurance Housmann, George Cecil Ives et Tuke lui-même. Le procès d'Oscar Wilde essais encore  dans leur mémoire et pour cette raison leurs rencontres étaient discrète. Ces messieurs y échangeaient des photos et avaient des discussions philosophiques sur la beauté de l'idéal grec...

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Tuke était également proche de William Frederick Yeams (1835 à 1916), une figure bien connue de l'Académie dont il fut le bibliothécaire de nombreuses années, et du peintre Américain William Mark Fisher (1842-1923) et de son voisin George Clausen (1852-1944).

Johnny Jackett

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Belize 1924         

 

En 1923, Tuke visite la Jamaïque et l'Amérique centrale. Il y produit quelques belles aquarelles. Il pénètre à l'intérieur du Belize où il est tombe malade et contraint de rentrer en Angleterre. Il ne se remit jamais bien que sa passion pour le voyage est restée intacte jusqu'à son dernier jour. Après une longue maladie, il décéde à Falmouth en 1929. Il est enterré au cimetière de Falmouth. 

La touche est clairement visible sur les toiles de Tuke. Son rendu est quasi impressionniste, à une époque où la technique lisse et le fini irréprochable du néo-classicisme sont préférés par les critiques et le public. Ce qui fait la particularité de Tuke c'est son grand sens de la couleur et son talent pour figurer la lumière naturelle dans les nuances douces et fragiles de celle de l'été anglais.   Si les sujets de ses peintures avaient été plus orthodoxes, Tuke aurait pu compter parmi les peintres britanniques majeurs. Mais ses choix en firent un peintre de niche, enfermé par son thème.

Si Tuke est connu pour peindre en plein air sur le motif, mais aussi en atelier avec des modèles, il n'est pas douteux que ce grand amateur de photographies en utilisait pour certaine de ses toiles. Comme le montre l'extraordinaire proximité entre un de ses tableaux et une célèbre photo de Sutcliffe.

 

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Il ne faudrait pas considérer l'oeuvre de Tuke hors de son contexte historique, ce qu'incite le choix de ses sujets récurrents. En filigrane de ses représentations d'adolescents baignés de lumière on peut y lire:  l'esprit sain dans un corps sain. C'est une devise écrite en grosses lettres sur chacune des toiles à laquelle l'artiste a mis la main. Ce souci hygiéniste le rapproche de son contemporain, le peintre suédois Eugène Jansson (1862-1915), autre grand admirateur du corps masculin. A la même époque, en Angleterre d'autres artistes représentent des baigneurs nus sans alibi mythologique comme Edward Stott (1859-1918) et l'Américain William Mark Fisher (1841-1923).  Les images  de jeunes hommes en bonne santé exerçant sur les plages de Cornouailles peintes par Tuke s'insère dans les débats qui font rage au début du XX ème siècle sur la santé, la sélection naturelle et l'eugénisme. Ce sont des préoccupations très présentes de la classe moyenne urbaine et intellectuelle dans les premières années du XX ème siècle. Dans son empressement à devenir alors l'atelier du monde (on peut faire le parallèle avec la Chine d'aujourd'hui), la Grande-Bretagne a créé des conditions de vie misérable pour les ouvriers dans ses villes industrielles. Il y avait aussi une interrogation par la population anglaise créée par les pertes tragiques subit par l'armée britannique embourbée dans la guerre des Boers. Pour peut être la première fois, la virilité britannique était remise en question, certains voyaient là, une dégénérescence de la races britannique primitives. À l'ère de l'impérialisme triomphant, les Britanniques, avec les discours de Gladstone, avait grandi dans la croyance en leur supériorité raciale. Elle paraissait à l'aube du XX ème siècle menacée...

Si tuke peignait sur le motif, avec son ou ses modèles face à lui, comme en témoignent plusieurs photographies le montrant au travail, il réalisait aussi des photographies de ses modèles, voir immédiatement ci-dessous, pour peindre dans son atelier.


 

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Under the western sun, 1917

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Nude on the rocks, ca. 1917

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Youth on beach, 1920

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Il y avait donc, comme Joseph A. Kestner l'a souligné, un parallèle qui était souvent fait entre les jeunes Britanniques et les Grecs de l'Antiquité. Pour Kestner, Tuke était «le plus grand peintre de l'homme nu dans la peinture victorienne» (Joseph A. Kestner, masculinités dans Victorian Painting, 1995, p. 259). Un volet important de la peinture victorienne illustré, certes de manière différente, par Lawrence Alma Tadema, Edward Poynter et Frédéric Leighton,  tendait vers l'exemple de l'idéal grec. Tuke était grec dans le sens où un beau corps, pour le spectateur Edwardian, signifiait une belle âme.

 

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The three companions, 1905

 

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Two boys and a dog, ca. 1914

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1922
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Figure study for Aquamarine, 1928
 

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Aquamarine (1928)

Le tableau immédiatement ci-dessus, "Aquamarine"" (1928-29) fut très probablement le dernier tableau auquel il travailla. Après sa mort en 1929, la réputation de Tuke s'étiola. Il fut presque oublié jusque dans les années 1970, pour être redécouvert par la première génération d'artistes et de collectionneurs d'art ouvertement homosexuels. Il est depuis devenu une figure des cercles culturels gays, objet de plusieurs publications et on assiste à une certaine inflation des prix de ses tableaux lors des différentes ventes aux enchères.

The Fisherman Poster

Deux importantes expositions se sont tenues en juillet 2008, en Grande Bretagne la première à Truro (au Royal Corwall Museum). Elton John, qui a beaucoup d’admiration pour Henry Scott Tuke, a prêté onze tableaux de sa considérable collection personnelle pour l’exposition. La seconde s'est déroulé à Falmouth (à la Falmouth Art Gallery) en Cornouaille, la région où Henry Scott Tuke (1858-1929) exerça son art et aussi durant ses voyages. La Fine Art Society de Londres lui a consacré, quant à elle, une exposition du 21 juillet au 28 août 2008. Afin de célébrer le 150 ème anniversaire de la naissance du peintre. Son travail peut être vu dans les collections publiques en Grande-Bretagne, par exemple à Falmouth, Plymouth, Truro, Bristol, Leeds, Nottingham et Londres à la National Portrait Gallery et Tate Gallery et aussi à la National Gallery of Australia, de Canberra et l' Art Gallery of New South Wales, à Sydney. De nombreux originaux de Tuke sont désormais détenues par Elton John. Mais attention, la dernière fois que je suis allé à la Tate Gallery, l'an passé, je n'y ai vu aucun tableau de Tuke.

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Baigneurs (1889)

 

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Chaleur de midi (1903)

 

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Matin d'été (1908)

 

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Dim. Juillet (1913) Royal Academy of Arts (Londres)

 

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Baigneurs (1914) National Gallery of Australia
 
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The youth in white trousers


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mauriboy: Henry Scott Tuke, A standing male nude 1914
.
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The Sunbathers
 
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Le marché, le Belize (1924)
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The Bather (1924)

Henry Scott Tuke, photographe

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
... Et quelques tableaux du maitre: 
Henry Scott Tuke (réédition complétée)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 
 

  

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C. B. m'a fort gentiment envoyé cette image d'un tableau non signé. Il me signale qu'un expert, le situant chronologiquement à la fin du XIX ème siècle ou au début du XX ème l'aurait attribué à Tuke. Il aurait été peint par l'artiste anglais lors de son voyage en Bretagne (ce qui renforcerait mon sentiment d'une peinture plus ancienne puisque Tuke était en France au tout début des années 1880). Même si la datation et l'attribution est possible, en ce qui me concerne, voyant cette image, je pencherais pour une datation plus ancienne vers 1870. Le coté méditatif, pour ne pas dire religieux du personnage représenté ne correspond pas à ceux peint par Tuke dans une palette généralement plus claire que celle de la présente toile. Je trouve cette toile plus proche de Courbet que Tuke. Si un lecteur connait ce tableau ou a des lumières sur son attribution qu'il nous en fasse part. 

Publié dans peinture

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