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LA CONSEQUENCE, (Die Konsequenz) de Wolfgang Petersen

Publié le par lesdiagonalesdutemps

LA CONSEQUENCE, (Die Konsequenz) de Wolfgang Petersen

 La consecuencia, film

Allemagne , 90 mn, 1977

 

Réalisation: Wolfgang Petersen 

avec: Jurgen Prochnow, Ernst Hannawald, Alexander Ziegler, Edith Volkmann, Walo Luond, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg, Hans Putz, Elisabeth Fricker, Erwin Kohlund, Alexis von Hagemeister

Résumé

En Suisse, un comédien, Martin Kurath, joué par Jurgen Prochnow qui fut entre autres le comédien principal de L’honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schloendorff et que Petersen réemploiera dans Das Boot, Le bateau, est condamné à quelques années de prison pour avoir eu une relation sexuelle avec un mineur. Durant sa captivité, lorsque les détenus obtiennent l’autorisation de monter une pièce de théâtre, il fait la connaissance de Thomas, dix sept ans, (l’angélique Ernst Hannawald) qui a un rôle dans cette pièce. Thomas est le fils d’un gardien de la prison. Le garçon tombe amoureux de Martin. Lorsque ce dernier est libéré, il veut vivre avec son jeune amant malgrè l’opposition de ses parents. Le père de Thomas porte plainte et le garçon est envoyé en maison de correction où il subit les pires humiliations. Martin parvient à le faire évader. Ils veulent fuir en Allemagne mais il faut un permis de séjour pour résider dans ce pays. Un politicien homosexuel feint d’aider Thomas à condition qu’il cède à ses avances. Thomas retourne à la maison de correction et retombe sous la coupe d’un garde chiourme sadique. Après une tentative de suicide, il est envoyé en asile psychiatrique où Martin vient le voir. Quelques jours plus tard Martin apprend que Thomas s’est enfui; il est devenu une épave et erre sur les routes...

Avis critique

Le film patit de sa date de réalisation car comme tout film de prison il est difficile aujourd’hui de faire abstraction de l’extraordinaire série qu’est Oz. Il faut également vaincre une certaine incrédulité devant cette histoire de théâtre en prison. Bien qu’elle soit adaptée d’une histoire vraie. Il y a d’ailleur une preuve cinématographique que le théâtre en prison n’est pas qu’un fantasme car la pièce filmée Cock and bull story de Bill Hayes, le scénariste de Midnight express témoigne que de semblables expériences existent puisque le film est issu de l’atelier dramatique de la prison de Saint Quentin... Et c’est une pièce gay! Et enfin admettre le choix d’une photographie très peu contrastée tout en camaieux de gris. Ces réserves faites La conséquence est un beau film très émouvant, un vrais grand mélodrame gay.

La conséquenceest adapté d’un livre autobiographique d’Alexander Ziegler, paru en Suisse en 1975. L’auteur qui a lui même passé deux ans et demi en prison a collaboré à l’adaptation de son livre. Il Interpréte dans le film, le détenu Lemmi. Le roman a été publié en France en 1986 par les éphémères édition Entre chiens et loups. La fin du livre est plus ouverte que celle du film.

Tourné avec l'aide, et pour la télévision allemande La conséquence fut victime du boycottage de l'une des régions les plus conservatrices de l'Allemagne Occidentale, la Bavière. Cette attitude suscitant campagnes de presse et milliers de lettres a paradoxalement aidé la carrière cinématographique du film et saprésentation au festival de Berlin. A cet époque où les films gays étaient rarissime La Conséquence a eu un grand retentissement dans le coeur de beaucoup comme en témoignait Cyril Collard pour les quarante ans des Cahiers du cinéma <<... Les lumières de la salle s’éteignirent. Générique, l’adolescent est dans une barque qui se balance sur des eaux calmes. Il s’appelle Thomas. Son visage envahit l’écran et comble d’un coup les vides de mon corps et de mon coeur. Ange blond mais sans aucune fadeur, sans tiédeur, ange noir. Il y a un éclatement blanc dans mon cerveau et tout bascule... J’ai l’impression d’être né dans cette salle.>>

Le film ne s’embarasse de symbolique. Il traite frontalement les rapports amoureux entre un homme et un adolescent. Il énonçe clairement que leur fondement de leur relation est sexuel. Un adolescent amoureux d’un homme adulte défend son droit à l’amour libre par delà tous les préjugés et les interdits sociaux. Le spectateur sur la base d’une empathie sentimentale reconnait la passion homosexuelle comme une forme d’accomplissement affective à part entière. Le ton de plaidoyer vibrant évite les clichés même si l’on reste dans la problématique classique de l’éraste et l’éromène. Le scénario montre avec une grande intelligence comment la répression entraine chez Thomas une destruction de l’individu en lui inculquant une haine tournée vers les autres mais aussi contre lui même. La conséquence participe directement de toute une tradition du cinéma classique qui pour chaque époque considérée, a toujours placé le meilleur de lui même dans la lutte contre les formes sociales, juridiques et psychologiques de l’oppression.

La vie d’Ernst Hannawald, le Thomas de la Conséquenceferait un parfait scénario pour un mélo. Il a passé son enfance dans les orphelinats puis, à la suite de problèmes avec la drogue, dans une maison de correction. C’est là qu’à seize ans, Wolfgang Petersen l’aurait découvert. Aprés La conséquence , Hannawald tourne une trentaine de rôles pour le cinéma et surtout pour la télévision. En 1980 il est très affecté par la mort de sa soeur jumelle dans un accident d’automobile. Il est lui même victime d’un grave accident de la route en 1986 dans lequel son ami est tué. A partir de là c’est la dégringolade dans l’alcool et la drogue qui se termine en 1999 lorsque Ernst Hannawald est condanné à cinq ans de prison pour la participation à deux casses de banque qu’il a fait pour payer son dealer!

 Il en résulte, 2

 

Le résultat 1

 

 

 Le résultat, 3

 

 La conséquence, 4

 

 La conséquence 5

 

 

 La conséquence, 6

 

Bande annonce en version originale

 

 

Le film

 

 

pour voir le film en plus grand et le télécharger: ICI

Publié dans cinéma gay

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Fairfield Porter (1907-1975), Jerry, 1955

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Fairfield Porter (1907-1975), Jerry, 1955

Publié dans peinture

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Evgeny Mokhorev

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Evgeny Mokhorev

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 
 
 

Publié dans photographe

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Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)
Mattéo de Gibrat (réédition augmentée)

 

 
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Je ne sais pas vraiment, comme je le suggérais un jour, si les bons peintres se sont aujourd'hui réfugiés dans la bande-dessinée. Mais il est indéniable que Jean-Pierre Gibrat est un grand aquarelliste. Paradoxalement, j'ai même trouvé que l'excellence de son métier dans le cas de la représentation de la boucherie de la Guerre de 14, pouvait être gênant. Quand Gibrat "éclaire" une case par une touche de rouge, qui est en l'occurrence du sang, une scène de tranchée, il arrive que l'on peut ressentir un malaise. Il connait bien son métier ce bougre de Gibrat. Ce truc était déjà utilisé par les peintres hollandais du XVII ème siècle qui parsemaient leurs compositions de petits bonnets rouges, taches qui les structuraient. Pour clore cette remarque, disons que Gibrat se permet des joliesses que Tardi ne se permet pas. Lorsque l'on parle bande dessinée et guerre de 14, nouveau sujet récurrent de la bande dessinée franco-belge, il est impossible de ne pas faire référence à Tardi. Evacuons la d'emblée en disant que si Tardi est plutôt du coté du documentaire, Gibrat lui se place dans la lignée feuilletoniste du beau livre de Sébastien Japrisot, "un long dimanche de fiançailles" qui est supérieur à son adaptation cinématographique, dans le premier tome et de la série des aventures de Boro de Dan Franck et Vautrin dans le deuxième.
 
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Venons en à ce que nous raconte ces deux albums, dont le héros est Mattéo, qui sont dus tant au scénario qu'au dessin au seul Gibrat qui fait également la mise en couleur. Un auteur unique donc, une situation actuellement assez rare dans la production dans la bande dessinée.

 
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Au début du premier album, nous sommes en 1914 à Collioure. Mattéo est un jeune ouvrier agricole qui vit seul avec sa mère depuis la mort accidentelle en mer de son pécheur de père. Ce dernier a fuit avec sa famille l'Espagne où, étant anarchiste, il se sentait menacé. Mattéo s'est amouraché d'une belle jeune fille, Juliette qui a été plus ou moins été adoptée par le hobereau local pour lequel Mattéo travaille. La guerre éclate. L'enthousiasme du début fait vite place à la litanie des morts. Etant espagnol Mattéo n'est pas mobilisé. Il continue à travailler dans les vignes,mais la pression sociale est telle qu'il se sent obligé de s'engager, contre l'avis de sa mère et de son meilleur ami qui est revenu du front aveugle alors qu'il se destinait aux beaux arts. Mattéo est très vite confronté aux horreurs de la guerre. Il est difficile d'en dire plus sans tuer le plaisir de lecture. Un des grands intérêts de ces deux albums réside dans le choix malin du héros qui est un peu en marge, dans les deux univers, la guerre de 14 puis la révolution russe dans lesquels il est plongé, ce qui permet à Gibrat de donner regard un peu décalé sur ceux-ci. 

 
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Sachez que le deuxième volume verra Mattéo plongé en pleine révolution russe à Pétograd et de passage à Paris. Ces "dépaysements" nous valent des planches encore plus somptueuses que celles du tome 1.
Mes lecteurs habituels ne seront pas surpris d'apprendre que je me suis livré à la chasse aux anachronismes. Par exemple, mais sans certitude, je me suis étonné que les dessins du front que reçoit Mattéo de son ami soient faits sur des feuilles venant d'un carnet à spirale. Les cahiers à spirale existaient-ils en 1914? Il y a en revanche un anachronisme flagrant et qui est récurrent dans toutes les représentations depuis cinquante ans de la guerre de 14, dans Mattéo moins que dans beaucoup, le déficit de moustaches! Il faut savoir qu'en France avant 1914, il n'y avait guère comme non moustachu que les acteurs et les curés. Les rares non moustachus étaient en but à la grande injure, qui était alors: face de cul! A la décharge de Gibrat il est bien difficile aujourd'hui de faire un héros de B.D. moustachu. Astérix occupe tout l'espace qui leur est dévolu...

 
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Dans une interview, Gibrat explique très bien son rapport avec le réel: " Je suis plus un dessinateur évocateur que réaliste. Il faut que le réalisme soit tordu pour qu’on puisse faire croire que c’est cela le vrai réalisme ! Par exemple les années 40 que j’ai dessinées ne sont pas les vraies années 40. Je dessine toutes les rues pavées alors qu’il y avait beaucoup de rues goudronnées. De même, dans la mémoire collective, 1944 c’était les tractions. En fait il y en avait très peu : les gens roulaient dans des voitures d’avant-guerre et les tractions étaient des bagnoles très modernes réservées à la Gestapo. J’ai donc dessiné des tractions. Et tout est un peu comme cela. Comme le béret rouge de Jeanne, à l’époque le rouge n’était jamais comme cela, mais pour une raison de mise en scène, je me suis appuyé sur ce truc-là. J’ai volontairement triché avec la vérité. Je me prends ce droit là parce que c’est plus important pour le récit. Ce n’était pas absurde, je n’ai pas non plus fait le béret branché du bobo d’aujourd’hui ! C’est le temps de la vérité où on laisse croire aux gens que c’est cela la vérité ou en tout cas que c’est crédible. Et c’est cela qui plait, je crois."
Cette position me fait problème, car elle renforce, surtout lorsqu'elle est traduite avec autant de talent qu'en possède Gibrat, les idées reçues sur une question, un lieu, une époque...

 
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Les planches de Gibrat sont divisées en relativement peu de cases, souvent réparties en trois bandes horizontales où le talent d'aquarelliste de l'auteur peu se développer au large et parfois il prend toute la page comme pour cette superbe vue parisienne de la gare du nord et de ses environs. Le fait qu'il travaille sur un format assez grand ses planches originales ont 47 cm de haut, n'est sans doute pas étranger à cette qualité. 

 
 
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On ne peu pas reprocher grand chose au dessin de Gibrat dont la somptuosité surprend le lecteur à chaque page sinon de représenter les jeunes femmes qui séduisent Mattéo toujours avec la même physionomie, très belle au demeurant; à sa décharge on peut toujours penser que Mattéo n'aime que ce type de femme...

 
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Le tome 2 est publié avec un cahier graphique grâce auquel on peut admirer la dextérité de dessinateur de Gibrat. Il est précédé d'une postface de Claude Gendrot qui nous apprend que le dessinateur "encre" au bic et où il parle bien du style de l'artiste: " Il n'aime rien tant que les portrait, les visages qui s'expriment, les corps qui se meuvent tout en souplesse ou se raidissent tout en noeuds, il jubile à faire éclore l'attitude gracieuse une Amélie dont la main saisit une chaise pour s'y asseoir ou l'expression d'un Mattéo dont la lassitude pèse sur la table de bistrot, il se réjouit de l'air goguenard qu'il réussit à donner à un vieux, de la pétillante malice qu'il offre à un jeune..."
 
 
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Le texte dans une B.D. se divise en deux espèces. Celui qui se trouve dans les bulles et qui sort de la bouche des personnages et celui qui est placé dans des rectangles, le plus souvent soit en haut ou en bas de la case et qui est un peu l'équivalent de ce qu'est la voix off au cinéma. Ces deux formes demandent, la première à l'auteur d'avoir un talent de dialoguiste, la deuxième qu'il possède avec les mots une force descriptive et évocatrice. Il faut que cette partie du texte d'une part ne fasse pas doublon avec le dessin et que d'autre part qu' il n'entre pas en conflit scénaristique et stylistique avec celui-ci. Dans le cas de Gibrat comme il se charge de tout, il faut donc qu'il soit un athlète complet de la B.D. Son écriture est si remarquable que chose exceptionnelle dans la bande dessinée, cette "voix off" pourrait se lire indépendamment des dessins quant aux dialogues souvent narquois et gouailleurs ils contribuent grandement à l'intérêt du récit.
 
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La construction du récit, nettement scindée en deux, est elle aussi remarquable. Le premier volet peut se lire seul, étant autonome du second et possédant sa propre fin. Le deuxième volets se passant principalement à Petrograd est plus intéressant scénaristiquement que le premier qui tournait assez classiquement autour des horreurs de la Grande guerre. Il nous montre une révolution russe bien différente de celle de la légende dorée que les partis communistes du monde entier ont propagée durant des décennies, la vision de Gibrat est dénuée d'angélisme et elle est plus pertinente que celle que l'on trouve dans "septembre rouge, octobre noir" (bande-dessinée que j'ai déjà chroniquée). Gibrat qui vient d'une famille communiste fait preuve d'une belle lucidité qui n'a pas été sans déchirement comme il dit:  " mes parents ont cru naïvement au communisme et ils ont été les cocus de l'histoire".
 
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Il est amusant, pour un vieux réactionnaire comme moi, de voir que les troupes des "parfaits" idéologiques ne font que fondre au fil des années les deux bandes dessinées que j'ai lues récemment, ayant pour cadre la révolution russe, est emblématique de ce phénomène. Lorsque j'étais adolescents, par exemple lorsqu'on traitait de la guerre civile espagnole, les bons étaient les républicains que l'on mettait tous dans le même sac, et cela va sans dire les méchants étaient bien évidemment les franquistes. Aujourd'hui le camp des saints se réduit aux seuls anarchistes. Le drapeau noir ne flotte toujours pas sur la marmite mais il est en voie de canonisation... 

 
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Les personnages de Mattéo, mis à part le rôle titre sur lequel je vais revenir, ont tous une véritable épaisseur psychologique et sont surtout en dehors de tout manichéisme. Si certains sont mus par leurs convictions, ceux là font souvent preuve de psychorigidité redoutables, quant aux autres c'est surtout leur égoïsme qui les font agir. Tous ces personnages sont bien éloignés des classiques personnages de bande dessinée lisses et à la morale bien définie. Mattéo, lui est le seul héros au sens propre du terme. Même s'il n'est pas sans tache, il est toujours tiraillé par le remord lorsqu'il agit contre sa conscience. Ce qui amène une fin (provisoire?) du deuxième tome pas complètement crédible, même si elle est logique par rapport au personnage qu'est Mattéo.

 
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La fin de cette histoire poignante est bien amère. Il est certain que le lecteur n'est pas prêt d'oublier Mattéo. Peut être que Gibrat nous donnera de ses nouvelles car il me semble que pour où il s'embarque à la dernière case, il y aura à raconter (il y aurait trois autres albums de prévus)...  
 
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Publié dans bande-dessinée

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Harvey Milk un film de Gus Van Sant

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Harvey Milk un film de Gus Van Sant
  

 

Fiche technique :

Avec Sean Penn, Josh Brolin, James Franco, Diego Luna, Emile Hirsch  Alison Pill, Victor Garber, Denis O'Hare, Joseph Cross, Stephen Spinella, Lucas Grabeel, Brandon Boyce, Howard Rosenman, Kelvin Yu et Jeff Koons. 

Réalisation: Gus Van Sant. Scénario : Dustin Lance Black. Directeur de la photographie : Harris Savides. Compositeur : Danny Elfman.

USA, 2008, Durée : 128 mn. Actuellement en salles en VO, VOST et VF.

 

 

Résumé :

Harvey Milk (Sean Penn) est un des premiers élus américains ouvertement gay. En novembre 1978, ce conseiller municipal de 48 ans est assassiné à San Francisco avec le maire de la ville George Moscone à l'Hôtel de Ville par un autre politicien, Dan White (Josh Brolin). Le film commence alors que Milk, qui habite New York, fête ses 40 ans. Il décide d’aller à San Francisco pour vivre ouvertement son amour avec son partenaire. Il y ouvre un magasin de photo dans Castro Street, le cœur du quartier gay de la ville dans lequel il s’impose bientôt, grâce à son activisme pour la cause gay, comme un personnage incontournable. Il devient le mentor de jeunes activistes comme Cleve Jones (Emile Hirsch). Il se présente sans succès deux fois aux élections municipales. Mais il devient néanmoins de plus en plus populaire, au point que sa réputation s’étend bien au-delà de la ville. Son insistance à vouloir être élu, ce qu’il parvient à faire à son troisième essai détruit le couple qu’il formait, depuis son installation à San Francisco, avec Scott Smith (James Franco). Pourtant après son assassinat, c’est Scott qui s’est occupé de l’héritage et de toutes les affaires ayant trait à la succession. La deuxième moitié de la vie de Scott Smith a été consacrée à préserver la mémoire de Harvey. Quand démarre sa quatrième campagne électorale, Harvey Milk est en couple avec Jack Lira (Diego Luna).

 

 

L’avis critique

Avec Milk, Gus Van Sant démontre qu’il peut faire une réalisation cinématographiquement propre quand il se met au service de son sujet ; voilà 15 ans qu’il rêvait de réaliser ce film, et oublier ses velléités auteuristes.

Néanmoins ce cinéaste me parait être l’un des plus surestimés du moment. Son meilleur film, et de beaucoup, Gerry, doit plus à ses deux acteurs scénaristes, Cassey Affleck et Matt Damon, qu’à son réalisateur.

Dès les premières séquences de Milk, en souvenir des précédents films de Gus Van Sant, on est surpris de leur classicisme.

Avant tout, il me parait utile de situer historiquement cette tranche de vie. Lorsqu’elle débute, en 1970, Richard Nixon est président des États-Unis. En 1974 il démissionne (on voit dans le film comment l’affaire Watergate dans la dernière année de la présidence Nixon était une sorte de feuilleton quotidien). Gérald Ford lui succède ; en 1976, ce dernier est battu par Jimmy Carter. La guerre du Viet Nam prend fin en 1973. Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969 ont eu lieu les émeutes de Stonewall et quand Harvey Milk s’installe dans Castro Street, le quartier autour est encore majoritairement peuplé d’ouvriers. C’est le tout début d’une sorte de “gentryfication” gay de cette partie de San Francisco... C’est par l’évocation de la naissance de ce célèbre quartier gay que le film est le plus attachant. La réalisation de ce pan du film a certainement été la motivation principale de Gus Van Sant. C’est ce qui transparait dans ses déclarations : « À l’époque, Castro était un refuge. Des enfants homosexuels, qui avaient été jetés dehors de chez eux par leurs parents, s’y présentaient. Des gays de partout dans le monde y venaient... Une fois que Castro est devenu un quartier de référence, un point de convergence, il a été important d’avoir une personne qui parlait au nom de tous ces gens. Et Harvey Milk était l’une des personnes qui parlait directement au nom des habitants de Castro... Les témoins de l’époque m’ont d’ailleurs raconté que, dès qu’un incident survenait, dès qu’il se passait quelque chose dans le quartier, Harvey Milk était là, en avant, à s’occuper de tout... La ville de San Francisco est indissociable de Milk. Nous avons tourné devant le Capitole, dans Castro, etc. Le tournage s’est déroulé dans tous les lieux significatifs de la ville. »

 

 

Le film commence sur un cri perçant le silence d’un homme entre deux âges, cachant son visage derrière un journal pendant une incursion de police dans un bar gay, puis il jette le contenu de son verre directement dans l'objectif de la caméra du journaliste des actualités. Dans la séquence suivante, un homme d’une quarantaine d’années parle dans un magnétophone très daté années 70. C'est Harvey Milk prononçant une phrase empruntée au Sunset boulevard de Billy Wilder : «  Ceci doit être écouté seulement si ma mort était causé par un assassinat… »

Pour raconter la vie du célèbre militant de 1970 à sa mort, le réalisateur use donc d’un procédé des plus traditionnels, le héros dicte ses mémoires au magnétophone. Ce qui permet d’utiliser une voix off “naturelle” au cours du film. Ce stratagème, qui peut paraître convenu, est pourtant tiré de la vie même d’Harvey Milk. Ce dernier avait envisagé qu’il pouvait être assassiné en raison de son militantisme pro gay qui lui valait quelques solides haines. Il avait enregistré plusieurs cassettes audio. Elles devaient être écoutées si un des fanatiques qui le menaçaient passait à l’acte. L'une de ces cassettes contenait cette phrase qui deviendra célèbre : « Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards. » (“If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door”). Milk faisait référence aux homosexuels qui cachent leur préférence et craignent de faire leur coming-out (la sortie du placard).

 

 

Si ces commentaires au magnétophone évitent au cinéaste des reconstitutions aussi couteuses que difficiles à réaliser, il l’oblige à mettre à l’écran l’image récurrente et statique du comédien débitant son texte d’une voix atone dans un micro. Ce plan, très laid et peu cinématographique, casse le rythme du film qui ne semble souvent n’être que l’illustration des paroles de Milk/Penn. Gus Van Sant aurait du superposer plus souvent au texte débité par Sean Penn des images d’époque que par ailleurs il mêle habilement aux prises de vues d’aujourd’hui. L’atmosphère du Castro Street de la fin des années 70, que j’ai eu la chance de connaitre, est bien évoquée.

 

 

Le film n’est jamais aussi bon que lorsque Gus Van Sant laisse jouer ses acteurs et donne aux séquences une longueur suffisante, comme celle narrant la première campagne électorale de Milk, où ils peuvent s’exprimer. Malheureusement souvent le montage haché tue à la fois le romanesque du film et son aspect documentaire. Rien n’a le temps de s’installer.

Sean Penn a réussi à se faire la tête d’Harvey Milk. Il est impressionnant de vérité et mérite son Oscar. Le rôle de Daniel White, l'assassin de Milk, qu’interprète Josh Brolin avait d'abord été proposé à Matt Damon qui l’a refusé.

La reconstitution des années soixante-dix est soignée, même si comme à l’habitude cela rutile un peu trop et que les looks sont un peu caricaturaux comme si sous prétexte que cela se passe en 1978 chacun s’était mis fissa à la mode du jour.

Gus Van Sant, en bon communautariste, s’est surtout intéressé dans la vie de Milk au militant gay. On sait en définitive peu de chose sur le Harvey Milk d’avant 1970. Sa rencontre avec son futur amant Scott Smith (James Franco) dans le métro new-yorkais et la plaidoirie pour qu’il connaisse le sexe avant quarante ans au joli garçon laisse perplexe (autant le jeune homme que le spectateur) tant la façon dont cette scène est présentée ne parait pas crédible.

 

 

Le film est sorti juste pour le trentième anniversaire de la mort d’Harvey Milk. Le moment était en outre bien choisi car toute la communauté gay se mobilisait alors contre la proposition 8 qui interdisait le mariage gay en Californie. À la première de Milk au Castro Theater de San Francisco le 29 octobre 2008 (presque en face d’où Harvey Milk tenait son magasin de matériel photographique), les acteurs, scénaristes et producteurs du film ont arboré le badge rouge vif « NO 8 ». Cette situation de conflit et de revendication n’était pas sans rappeler les combats du militant gay qu’était Harvey Milk. Durant les onze mois durant lesquels il a été conseillé municipal de San Francisco, il s'était opposé aux lois homophobes alors en vigueur aux États-Unis. Il soutint un projet de loi pour les droits des homosexuels et surtout il s'opposa à la Proposition 6, un projet de loi du sénateur Briggs soumis à référendum, qui aurait autorisé le licenciement des enseignants ouvertement homosexuels.

Le procès du meurtrier a connu un grand retentissement et a encore accru la célébrité de Milk. Son assassin n’a été condamné qu'à 7 ans et 8 mois de prison. Le jury n’a pas retenu la qualification de meurtremais seulement celle d’homicide involontaire. Dan White fut considéré comme irresponsable de ses actes à cause d’un abus… de nourriture ! L’énoncé du verdict déclencha des émeutes dans San Francisco. Elles furent durement réprimées par la police. Elles sont connues sous le nom d' « Emeutes des nuits blanches ».

La vie d'Harvey Milk a déjà inspiré un opéra, plusieurs chansons et des pièces de théâtre. Un film, The Times of Harvey Milk, a été réalisé en 1984.

 

 

Cette biopic un peu terne, à la réalisation un peu scolaire (mais c'est le genre qui veut cela) est bien utile pour la connaissance de l’histoire du mouvement gay, comme l’estStonewall de Nigel Finch dont malheureusement Milk ne possède pas la fraicheur. Mais le film est transcendé par l'interprétation de Sean Penn, véritablement habité par son personnage.

Nota : Je n'ai vu ce film qu'en anglais, je n’ai donc certainement pas compris certaines subtilités des dialogues, en outre je n'ai visionné Milk que sur le petit écran de mon ordinateur, ce qui n'est pas l'idéal pour juger de la qualité de ses images...

2- J'ai revu le film depuis avec ses sous-titres français et sur grand écran et je n'ai guère changé d'avis sur ce film.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En "bonus" de mon article, ci-dessous une aquarelle de Gus Van Sant.

 

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Harvey Milk, le film.

 

 

Milk, avec Sean Penn

 

 

Harvey Milk, 4

 
Harvey Milk, 3

 

Harvey Milk 1

 
Diego Luna

 

 

Diego Luna dans le lait

 

Bande annonce en version originale

 

 

Le film

 

 

Voir le film en plus grande ou le télécharger: ICI

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Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant

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Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
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Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant

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Un très jeune Christian Louboutin par Pierre et Gilles

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Un très jeune Christian Louboutin par Pierre et Gilles

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Que la jeunesse...

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Que la jeunesse...
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Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...

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la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle

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la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle

... la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle. Entre les mots proférés et les choses vécues, il y a un abîme dont personne ne paraît s’apercevoir. Car les hommes prennent pour l’être vrai le système formé par la rumeur, les préjugés, les lieux communs, les expressions toutes faites qui composent l’esprit du temps. Cartésiens et fiers de l’être, ils ont le cogito pour credo. « Je pense, donc je suis » disent-ils alors que, le plus souvent, au lieu de penser, ils suivent. Ils se veulent indépendants de la société. Mais cet individualisme est une chimère. La société ne leur est pas extérieure, elle leur colle à la peau. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est elle qui parle (...) Les démocrates, les modernes que nous sommes, prétendent n’obéir qu’au commandement de leur propre raison, mais ils se soumettent en réalité aux décrets de l’opinion commune. Le bon sens apparaissant comme la chose du monde la mieux partagée, on se défie des supériorités individuelles, on refuse de se laisser intimider par les personnalités éminentes, mais du On lui-même, chacun est la victime consentante. Comme l’a montré Tocqueville, nous sommes, en tant que citoyens libres et égaux, les sujets dociles du pouvoir social.

Alain Finkielkraut, Discours de réception à l'Académie Française

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Festival automobile international aux Invalides

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Festival automobile international aux Invalides

Le Festival International de l'automobile célèbre les belles carrosseries des concept cars. Une visite pour admirer ces sculptures roulantes et imaginer la voiture de demain.

Festival automobile international aux Invalides
Festival automobile international aux Invalides
Festival automobile international aux Invalides
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Festival automobile international aux Invalides
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Paris, janvier 2016

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