Zeng Fanzhi au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Julien Gracq parlait de littérature à l'estomac, je crois que l'on peut dire, par analogie qu'avec Zeng Fanzhi nous avons de la peinture à l'estomac.

Zeng Fanzhi comme Yue Minjun, qui a eu lui aussi les honneurs d'une grande exposition dans un lieu institutionnel parisien, est un de ces peintres chinois dont la cote a atteint des sommets ces dernières années.

Je ne sais plus qui me faisait remarquer que les toiles de Poliakoff, qui est exposé conjointement dans ce même musée, avaient toutes la même taille parce que c'était des tableaux de cette taille que l'on achetait dans les années 50 et 60. De même aujourd'hui, les collectionneurs, pour la plupart des nouveaux riches, veulent des très grandes toiles pour "meubler" leurs fondations et pour parler vulgairement, en mettre plein la vue. Pinault aurait acheté le lapin de la photo qui ouvre ce billet. Ainsi Zeng Fanzhi fait dans le gigantisme alors que ses sujets ne demandent pas un tel traitement. Par exemple, ce que je juge comme le meilleur tableau de l'accrochage, la femme marchant de nuit sur une route, ne demandait pas de telles dimensions.

Les premiers tableaux que l'on découvre sont à peine secs. Il flotte une odeur de peinture dans la salle. On croirait visiter un atelier... Ils ont été exécutés à grands coups de brosses vigoureuses; comme aurait dit un de mes amis peintres: C'est torché, c'est de la peinture faite à l'épaule, d'ou la surprise quand on passe dans les salles suivantes et que l'on voit des toiles faites "au poignet". Il y a un changement complet de style et d'inspiration. On pourrait croire qu'il s'agit de l'exposition de plusieurs peintres n'ayant aucun rapport entre eux.

La deuxième partie qui contient principalement des autoportraits fait penser au travail de Yue Minjun, déjà cité. Mais alors que Yue Minjun se représente s'esclaffant, Zeng Fanzhi se peint masqué...

Quand à la dernière salle on est dans le glauque. Les cartouches nous expliquent que dans sa jeunesse, Zeng Fanzhi vivait près de l’hôpital de Wuhan, et qu'il allait s'y promener (Vous vous promenez dans les hôpitaux vous? Les artistes chinois en herbe ont de curieuses distraction!). Cela l'ayant marqué sa première série de toiles représente opérations, salles d’attente, viandes et corps dévêtus...  

L'exposition commence par les toiles les plus récentes, mes photos suivent l'ordre dans lequel on découvre les oeuvres, pour aller des plus anciennes. L'accrochage est bien fait car on ne peut voir à la fois qu'une période du peintre.

Zeng Fanzhi est né en 1964 à Wuhan (Chine). Formé à l’Ecole des Beaux-Arts de sa ville natale, il découvre durant ces années d’enseignement l’art contemporain, chinois et occidental. Nourri par ces influences et soucieux de connaître un contexte plus effervescent, il part s’installer en 1993 à Pékin où il vit et travaille depuis.

Voilà donc la nouvelle peinture figurative qui nous arrive de Chine et qui risque de devenir hégémonique comme le fut la peinture française au début du XX ème siècle et l'américaine dans les années 50 et 60.

C'est surtout le grand retour de la peinture qu'il y a seulement vingt ans on disait moribonde. Une explication à cela l'effondrement du rideau de fer et la mondialisation. On apprenait à peindre en Union Soviétique et en Chine sous la férule communiste alors que dans le monde libre ont avait que mépris pour le "beau métier"! 


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Paris, novembre 2013

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xristophe 18/01/2014 17:46

Vu de l'écran, je me dis qu'à part le bonhomme en rouge avec le cheval blanc, de bois, l' "hégémonie" de ça, que vous pronostiquez sinistrement, c'est à faire presque regretter la chute du rideau
de fer communiste... (M'enfin, vive le "métier" de la peinture, c'est sûr ! - à quelque chose malheur est bon ; et pê remède, bientôt, à trop de street art trop débile)

lesdiagonalesdutemps 18/01/2014 22:05



Encore une fois j'insiste je ne suis pas un admirateur inconditionnel de tous les artistes pour lesquels je rédige des billets. Il me semble qu'assez clairement j'avais mentionné que l'art de
Zeng Fanzhi me laissait dubitatif. Ces tableaux atteignent de très gros prix.



vigué janine 18/01/2014 15:24

j'ai vu l'expo hier: très impressionnée, particulièrement par la période plus récente et mystérieuse.
Les artistes chinois ont effectivement appris des techniques et c'est important pour pouvoir s'exprimer. juste une précision par rapport à ce qui est écrit dans le texte ci dessus: il est écrit
dans l'expo que l'hôpital était le seul endroit où on pouvait prendre une douche d'où la fréquentation des lieux par les étudiants....! c'est sans doute étonnant pour nous

lesdiagonalesdutemps 18/01/2014 15:38



Merci pour votre commentaire. C'est en effet étonnant cette histoire de douche mais un peu moins quand on sait que l'hygiène corporelle ne semble pas être un souci majeur en Chine (idem en
France) contrairement au Japon par exemple...