Yves Saint-Laurent, un film de Jalil Lespert

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Yves Saint Laurent 600x797

 

 

 

Une interprétation extraordinaire, celle de Pierre Niney, d'une vie des plus romanesque parvient presque à sauver le film plombé par une mise en scène maladroite et surtout par une image frôlant l'amateurisme. Il aurait fallu que Jallil Lespert, cinéaste presque débutant, il n'a signé jusque là qu'un film qui n'a guère marqué, puisse s'appuyer sur un chef opérateur de qualité. Alors que Thomas Hardmeier, pourtant bénéficiant d'un matériau exceptionnel, Pierre Bergé soutenant le film a prêté les dessins et les robes du couturier et a permis de filmer dans les lieux où a travaillé et vécu Yves Saint Laurent, fournit des images indignes d'un professionnel où l'on ne compte plus les reflets parasites et les bords de cadre squattés par des premiers plans indésirables. L'incompétence maximum étant atteinte dans les filmages des défilés (le cinéaste ne sait pas ou mettre sa caméra) auxquels on a l'impression d'assister assis au troisième rang, gêné que nous sommes par les têtes flous des spectateurs mieux placés qui nous masquent partiellement les superbes modèles créés par le couturier. C'est d'ailleurs le seul justificatif à ce film que de faire revivre ces merveilleuses créations car autrement, il ne nous apprend pas grand chose de plus par rapport à « YVES SAINT LAURENT - PIERRE BERGÉ, L'AMOUR FOU », le documentaire de Pierre Thorreton (dans une interview Jalil Lespert dit que c'est la vision de l'amour fou qui a déclenché en lui l'envie de faire son film), dont il reprend plus ou moins la construction. L'interview du film de Pierre Thorreton étant remplacé par la voix off de Pierre bergé, magistralement interprété par Guillaume Gallienne.

 

 

 

Le film retrace la vie d'Yves Saint-Laurent de sa montée à Paris de son Algérie natale, au milieu des années 50, jusqu'à 1976, si l'on excepte les deux dernières scènes, symbolisant la dernière collection du couturier puis sa mort. C'est une grande sagesse de n'avoir traité que vingt ans de la vie de l'artiste. Les scénaristes de biopics devraient toujours avoir en mémoire que la vie c'est long et qu'un film, en moyenne de deux heures, c'est bien court pour en témoigner. Le film est une suite de scènettes presque toutes montrées dans l'ordre chronologique, les rares exceptions n'étant d'ailleurs peu heureuses. Certaines sont réussies, toutes celles mettant en scène l'intimité des deux hommes, c'est leur histoire d'amour qui est mise en avant plus que le travail artistique du couturier, pourtant les trop rares qui montrent l'atelier sont convaincantes, beaucoup des petites mains qui travaillaient dans la maison de couture font de la figuration dans le film. Malheureusement d'autres séquences sont ridicules comme la scène de drague sur les bords de Seine ou celles des soirées orgiaques des années 70 et que dire de la grotesque scène dans les backrooms. La durée d'un film ne permet que de survoler une vie aussi riche.

 

Jacques de Bascher par David Hockney (1973)

 

Le scénario (il est amusant de noter qu'un des scénaristes, Jacques Fiechi est l'un des personnages du beau roman autobiographique de Claude Arnaud « Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud »), basé sur la biographie de Saint Laurent écrite par Laurence Benaïm, s'il montre les nombreux proches dont était entourés ce solitaire, aussi bien dans le travail que dans les plaisirs, ne leur laisse pas leur chance d'exister réellement sur l'écran alors qu'ils sont pourtant presque tous choisis avec justesse, sauf Joakim Latzkoqui qui interprète un Buffet beaucoup trop viril pour incarner le peintre jeune alors que dans la réalité, il était beaucoup plus mou et évanescent. En revanche Marianne Basler en mère de l'artiste, Gérard Lartigau en Boussac, ainsi que le beau Xavier Lafitte dans le rôle du sulfureux Jacques de Bascher (dont karl Lagerfield parlait ainsi dans une récente interview:  « Jacques de Bascher jeune, c’était le diable fait homme avec une tête de Garbo. Il avait un chic absolu. Il s’habillait comme personne, avant tout le monde. C’est la personne qui m’amusait le plus, il était mon opposé. Il était aussi impossible, odieux. Il était parfait. Il a inspiré des jalousies effroyables. Ce n’est pas ma faute si Yves est tombé amoureux de lui ! ») parviennent à convaincre dans le peu d'espace qui leurs sont impartis.

 


Certaines figures importantes de la vie d'Yves Saint-Laurent sont complètement sacrifiées ainsi Laura Smet en Loulou de la falaise n'est guère plus qu'une Silhouette. Charlotte Le Bon qui interprète Victoire Doutreleau, la première muse d'Yves Saint Laurent, a plus de chance, son rôle est plus développé. Il offre même le seul scoop du film puisqu'elle se fait sodomiser par Pierre Bergé! Nicolai Kinski prête ses traits à Karl LagerfeldPour une fois le casting c'est soucié de la ressemblance, même pour des apparitions comme celles de Christian Dior. De même Marie de Villepin est également troublante de ressemblance avec Betty Catroux.

 

Pierre Niney et Guillaume Gallienne dans Yves Saint Laurent

 

Mais le clou du film c'est la fabuleuse interprétation de Pierre Niney qui est Yves Saint-Laurent jusqu'à un troublant mimétisme. Il suffit de comparer les photogrammes du film avec les nombreuses images d'archive représentant le couturier. La ressemblance est stupéfiante jusque dans le moindre geste et surtout la voix est presque identique. Pierre Bergé a du être très troublé de voir son ami ainsi ressuscité.

Un deuxième film sur Yves Saint Laurent, celui de Bertrand Bonello, tourné cet automne, est actuellement en cours de montage. Il devrait sortir à l’automne 2014 (avec Gaspard Ulliel dans le rôle titre). L’annonce du tournage de Bonello a mis fort en colère Pierre Bergé, qui n’avait pas été consulté au préalable. Si bien qu'il a poussé le projet de Lespert, centré sur sa vie aux cotés de Saint Laurent.

 


Le film de Jalil Lespert reste à voir pour Pierre Niney (je me demande déjà comment il pourrait rater un César), pour les robes de Saint Laurent et la poignante histoire d'amour entre deux hommes exceptionnels.

 

 


  

Publié dans cinéma gay

Commenter cet article

Kinopoivre 08/12/2015 11:57

"Il aurait fallu que Jallil Lespert, cinéaste presque débutant, il n'a signé jusque là qu'un film qui n'a guère marqué", etc.

Non. Il avait fait deux courts métrages auparavant, puis deux longs, "24 mesures" et "Des vents contraires". Mais il est vrai que, bon acteur, il est mauvais réalisateur !

lesdiagonalesdutemps 08/12/2015 12:52

Vous avez raison merci de cette rectification mon erreur confirme que ces films n'étaient guère marquant et ce n'est pas la réalisation de la série Versailles qui va redorer sa réputation de réalisateur car pourquoi par exemple utiliser les longues focales pour filmer des personnage, ce qui a pour conséquence de diminuer la profondeur de champ donc de rendre le décor flou alors que le dit décor, en l'occurrence le château de Versailles, est le pivot de l'histoire que l'on filme.