Vraoum, pour se souvenir de l'exposition l'art contemporain et la bande dessinée à la Maison rouge

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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En ce printemps la bande dessinée investit galeries et musées comme jamais. De Lyon au XII ème arrondissement de Paris, de Roland Garros à Bruxelles, sans oublier Angoulême, elle est partout, et j'en oublie sûrement. Commençons par la Maison Rouge excellente adresse pour l'art contemporain sise dans le XII ème au bord du bassin de l'arsenal. Sa très copieuse exposition Vraoum, sous titrée fort justement , trésor de la bande dessinée et art contemporain se propose de mettre en lumière l'influence de la bande dessinée sur l'art contemporain. Si l'exposition est magnifique le challenge est néanmoins qu'à demi réussi en raison de la relative faiblesse des oeuvres d'art contemporain (en quantité non en qualité) mise en regard des incontestables et nombreux chef d'oeuvre de la bande dessinée que l'on peut admirer dans cet accrochage qui parfois se transforme en étonnante installation tant la présentation est inventive et impeccable. Le crédo des deux commissaires, Pierre Sterckx et David Rosenberg : <<>> est parfaitement présent sur les cimaises de la Maison rouge.

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Il y a pléthore de planches originale d'une exceptionnelle qualité signées par aussi bien par les maîtres de l'école Franco-belgeFranco-belge Hergé, Edgar Pierre Jacobs, superbe planche de Black et Mortimer, Jacques Martin, Franquin, Tardi avec une planche de son premier album, "Le démon des glaces" et plus rare et moins attendu de Macherot avec d'inquiétants rats noirs, Poivet avec une planche exceptionnelle des "Pionniers de l'espérance", une très amusante oeuvre du trop négligé Maurice Tillieux... On retrouve aussi Astérix et les schtroumpfschtroumpf...

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Poivet.

La bande dessinée américaine est aussi bien représenté avec une merveille d'Alex Raymond et des planches de pim pam poum et de Bicot qui rappelleront bien des souvenirs aux plus anciens. Outre-Atlantique c'est Will Eisner qui est le mieux représenté avec un échantillon de presque chaque période de sa carrière...

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Alex Raymond.

Le manga n'est pas oublié avec des dessins originaux extrêmement rares de Tezuka le maître des maîtres du manga. Il y a aussi des planches de "Lady Snowblood" de Kazuo Kanimura, manga qui a inspiré le Kill Bill de Tarentino... Il y a aussi des bandes-dessinées d'ailleurs italiennes notamment. Ne pas rater les dessins foisonnants à l' élégant surréaliste de Benito Jacovitti que les anciens lecteurs de "Pepito" n'ont pas oublié et qu'il faudrait éditer en album en France.
La présentation est divisée en sections thématiques, pionnier de la bande dessinée, Far-west, Bestioles et créatures, Hergé et la ligne claire, Manga, S. F., gredins et chenapans, gag à gogo... Certaines sont plus riche que d'autres. La salle réservée au western est parfaite avec un pilotorama virtuose de Jean Giraud sur le far-west qui emplira de nostalgie les premiers lecteurs de Pilote.

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Il est à remarquer combien les pauvres créatures de Walt Disney sont mises à toutes les sauces comme cette interprétation de la fameuse mort de Sardanapale par Delacroix réinterprété par Peter Saul dont chaque personnage serait une sorte de donald revu par Robert Crumb, plus loin présent lui aussi par des dessins originaux.

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l'hyperréaliste squelette de Dingo par Hyungkoo Lee
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Les vieux lecteurs , comme moi du journal de Mickey ne pourront que s'extasier devant les planches de Carl Barks, l'inventeur de l'oncle Picsou et des Rapetouts qui rodent eux aussi à Paris.
L'exposition est également discrétement pédagogique montrant avec les crayonnés d'Hergé l'artiste au travail.

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On nous montre également les différentes techniques comme celle par exemple de la mise en couleur directe de la page avec notamment une grande petite oeuvre d' Alex Barbier le plus érotique des dessinateurs de B.D.
Une telle présentation de la bande dessinée avec la mise en majestée de la planche, change le regard que l'on porte habituellement sur cet art. Le regard du spectateur embrasse alors la planche dans son ensemble, ce que le lecteur ne fait pas toujours. Je rappelle que les originaux sont au minimum deux fois plus grands que les pages imprimées.
On peut aussi s'interroger si la nouvelle place, désormais éminente, de la bande dessinée dans l'art, n'est pas le résultat du quasi abandon par l'art contemporain du dessin et si la bande dessinée n'est pas le dernier refuge du bel ouvrage en dessin... Il ne faut pas oublier non plus que c'est le seul art plastique où il n'y a pas eu de rupture dans l'apprentissage et la transmission de la tradition.

Le seul regret que j'ai devant cette remarquable tentative d'associer art contemporain et bande dessinée, c'est qu'elle n'ose pas toujours la confrontation directe comme elle le fait, avec bonheur, avec les magnifiques planches de Little Nemo et "Man in bed" de Peter Land.

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"Man in bed" de Peter Land.

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little Nemo.

Si les artistes attendus sont au rendez vous comme Murakami, Keith Haring ou bien sûr Warhol, Lichtenstein et Erro, on aurait aimé seulement voir plus d'oeuvre de ces artistes, il ne manque guère que Koons, le plus passionant est d'y trouver des artistes que l'on attendait guère comme Picasso avec une quasi planche de B.D. ou l'interprétation de Popeye par Basquiat!

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un gentil vampire bien dans le style de Murakami


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Un super lapin signé Erro

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Le mickey de Keith Haring

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détail du Mickey de Warhol.
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David March fait rencontrer Mickey, Goya et des alumettes
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En ce qui me concerne pour l'art contemporain le clou de l'exposition restera "Les super héros à l'hospice", que l'on appreciera encore plus si l'on a vu ou/et lu "Watchmen", installation due au toujours inventif Gilles Barbier. Dans le même ordre d'idée le batman obèse est aussi assez réjouissant.

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Les supers héros à l'hospice de Gilles Barbier.

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malgré son sur poids le Batman de Virginie Barré a réussi à monter au plafond.

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On découvre que Batman peut être aussi terrorisé c'est du moins ainsi que Adrian Tranquilli le représente.

Pour égayer l'endroit les commissaires de l'exposition ont eut la bonne idée de confier à des artistes la confection de quelque fresques murales comme celle ci dessous peinte par Pierre la Police qui m'évoque certains dessins de Tezuka...

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L'exposition a même son enfer. Pour le visiter prenez l'escalier dans l'hospice de Barbier et vous y descendrez si possible sans les enfants à qui, sauf cette salle, l'exposition devrait plaire beaucoup. Là le bon goût n'y règne pas toujours comme dans ces planches scatologiques de Vuillemin mais qui m'ont fait néanmoins rire. On y découvre un Mickey dans une situation intéressante et surtout un magnifique dessin de Charles Burns.

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Charles Burns

Après l'enfer il est bon de s'aérer du coté du patio, où l'on peut s'humecter la glotte au bar à coté du Mickey géant de Verschaere qui trone au milieu du patio, personnage hybride dans lequel les traits du gentil Mickey sont mélés avec ceux d'une tête de mort.

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Non loin de là, plus ludique, se sont les personnages de chats anthropomorphes qui nous font rêver aux joies de la plage...

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Un conseil pour ne pas vous perdre dans cette maison rouge agréable mais biscornue suivez le petit carnet aimablement distribué gracieusement à l'entrée ainsi vous ne manquerez rien de cette plantureuse exposition sur laquelle il y avait encore bien des choses à dire et des noms à citer...
En dehors de Vraoum ne ratez pas le vestibule où presque dans le thème Sardon expose ses installations de tampons encreurs, encore un retour à l'enfance, mais ceux-ci sont d'une inventivité peu commune puisqu'ils déclinent des oeuvres de Dubuffet, Warhol, Klein... Certains sont laissés à la disposition du visiteur avec feuilles blanches et tampons encreurs qui peut ainsi se laisser aller au plaisir quelque peu regressif du tamponnage compulsif...

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Pour terminer on ne remerciera jamais assez le grand collectionneur qu'est Antoine de Galbert d'avoir créé cette fondation de La maison rouge.

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La maison rouge
10 boulevard de la Bastille
75012 Paris

Jusqu'au 27 septembre 2009

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