Valse avec Bachir

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Lorsque après la projection de "Valse avec Bachir" la lumière s'est rallumée, au milieu du générique de fin, tous les spectateurs sont restés silencieux et immobiles, figés dans leur fauteuil d'une des petites salles du multiplex parisien de la Grand Bibliothèque...
Que dire, pour n'être pas redondant avec la grande et petite presse sans oublier les blogs, de ce magnifique film, largement commenté par ailleurs lors de son passage au Festival de Cannes où inexplicablement il ne fut pas primé. Peu de choses, cinématographiquement sinon d'abord qu'il démontre que le dessin animé n'est pas réservé aux distractions enfantines pas plus qu'aux peurs adolescentes et qu'il peut être un véhicule idéale à l'introspection, comme aux grandes fresques guerrières. Cela avait déjà été patent avec "Jin roh", "Le tombeau des lucioles" et "Zipang" par exemple; mais comme ces productions venaient du Japon, elles n'ont pas été traité avec le sérieux qu'elles méritaient.
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Pour ma part, malgré l'indéniable efficacité du procédé, je regrette que le cinéaste ait cru bon, à la toute fin du film, de substituer les dessins par de vraies prises de vues, en l'occurence celles des camps palestiniens détruits jonchés de cadavres. Cette réserve n'est pas dictée par une quelconque raison morale mais par une éthique technique. Je trouve dommage que le réalisateur n'est pas eu confiance jusqu'au bout dans le médium qu'il avait choisi.
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Je n'ai pas lu, ce qui pourtant me sauta aux yeux rapidement, la reconnaissance de la dette du film envers "Shoa" de Lanzmann, même quête d'une vérité mouvante et angoissante par le biais d'interviews, même si dans le cas de "Valse avec Bachir", contrairement à Shoa l'interviewer est un personnage à part entière, s'inscrivant dans ce que l'on peut imaginer comme une fiction ou tout du moins comme une auto fiction.
Je n'ai noté aucune mention non plus, sur l'érotisme de deux séquences du film. La première d'essence hétérosexuelle dans laquelle le héros malade sur le bateau qui le conduit vers le théâtre des opérations militaires, s'évade en pensée du pont du navire sur lequel il est affalé pour aller se réfugier dans le giron plantureux d'une naiade faisant la planche sur une mer de vacances. Là encore on voit quel avantage procure le dessin sur les prises de vues réelles pour les scènes oniriques. N'est pas Fellini qui veut, cette séquence rappelant beaucoup les merveilleux rêves filmés du maestro. La seconde, elle se réfère à une libido homosexuelle que l'on est surprit de voir surgir. Il s'agit du débarquement de trois jeunes soldats nus sur une plage libanaise dont les silhouettes graciles se détachent avec grâce sur une nuit d'été.
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Le temps de latence créé par la stupeur du public m'a permis de me remémorer mes sentiments de l'époque sur ce massacre, largement partagés par ceux que je cotoyais alors, d'abord une relative indifférence, puis une approbation muette. Il faudrait se souvenir qu'à cette période une large partie de l'opinion française, considérait Israel et ses affidés chrétiens libanais  comme les sentinelles de l'occident au Moyen Orient. Alors que le vent a tourné dans la population française (l'origine d'une partie de sa composition n'est peut être pas étrangère à cela) je n'ai pas changé d'opinion sur le sujet.
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On peut mesurer à la lecture de la presse d'aujourd'hui combien on est loin de la ferveur que la France a connu pour la défense d'Israel lors de la guerre de 1967, moi même (nourri des livres de Joseph Kessel et de Michel de Saint-Pierre) et nombreux de mes camarades étaient navrés d'être trop jeunes pour s'engager dans ce combat...
"Valse avec Bachir" est le film le plus ambitieux et le plus intelligent de l'année qui fera naitre chez tous ses spectateurs entre autres une réflexion profonde sur l'art cinématographique comme sur la situation et l'histoire du Moyen Orient et plus largement sur l'absurdité, inhérente à l'homme, de la guerre.

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argoul 17/09/2011 18:50


La scène des soldats nus sortant de l'onde n'a rien "d'homosexuelle" à mon avis. Elle est celle de Vénus sortant de l'onde, une renaissance juive par le combat; dans les lieux mêmes que "Dieu"
aurait donnés au peuple juif. C'est du moins ainsi que je l'interprète. Qu'il y ait homoérotisme, peut-être, c'est le cas dans tous les groupes de mâles, des scouts aux collèges et aux armées. Mai
de là à passer aux actes... La nudité n'est-elle pas "naturelle" ? Je n'ai vu aucun émoi mâle dans ce film pour un autre mâle. Au contraire : les mâles sont ennemis, y compris le gamin au bazooka,
toutes les femelles sont bonnes à posséder : l'officier regardant des films pornos pendant que la guerre se fait, comme il "posséderait" la terre.


lesdiagonalesdutemps 18/09/2011 06:40



Votre interprétation me parait tout à fait recevable même si j'ai touvé certaines scènes très homo érotique ceci grâce au dessin qui entraine plus que l'image réelle à l'interprétation et au
fantasme.