UNE SOURIS VERTE

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Fiche technique :

Une pièce de Douglas Carter Beane, adaptée par Jean-Marie Besset. Une mise en scène de Jean-Luc Revol.
Avec Raphaëline Goupilleau, Julie Debazac, Edouard Collin, Arnaud Binard...
Décors : Sophie Jacob. Costumes : Aurore Popineau. Lumières : Bertrand Couderc.
en 2008 au Théâtre Tristan-Bernard 

Voir la page MySpace de la pièce et de nombreux slides : cliquez ici.
 

IMG_2087L'avis critique
Quand je me suis précipité pour acheter un billet pour l’une des premières représentations de la pièceUne Souris verte de Douglas Carter Beane, dont le titre anglais est The Little Dog Laughed, je ne savais rien de celle-ci sinon que son metteur en scène était Jean-Luc Révol dont les deux derniers spectacles, Le Cabaret des hommes perdus et Vincent River restent parmi les plus belles soirées de théâtre de ma vie, que son adaptateur était Jean-Marie Besset, un des plus intéressants dramaturges français contemporains, qu’on se souvienne des Grecs et le meilleur adaptateur sur la place de Paris du théâtre américain d’aujourd’hui sans oublier que l’acteur principal était Edouard Collin, le plus sexy des jeunes acteurs français du moment qui m’avait d’abord conquis par son talent, au cinéma dans Crustacés et coquillages de Ducastel et Martineau (le comédien vient de nouveau de tourner avec le duo, cette fois pour la télévision dans Né en 68 qui sera diffusé sur Arte à l’automne 2008 dans lequel il joue un garçon qui découvre à 22 ans qu’il est séropositif) et au théâtre dans Cœur sauvage. Je n’ai pas été déçu car ces trois talents (et les autres) conjugués nous offrent une belle soirée de théâtre, drôle et intelligente.
La pièce nous fait pénétrer dans les coulisses du cinéma hollywoodien. Elle explore la fascination que nous avons tous envers la sexualité des célébrités. Diane est une femme de caractère, du mauvais côté de la quarantaine, agent du jeune premier qui monte. Elle est venue de Los Angeles à New York pour chaperonner Mitchell, son acteur vedette lors de la réception du prix du meilleur acteur décerné par la critique cinématographique. Il faut dire que son protégé a une forte tendance à l’homosexualité et à la consommation immodérée de vodka, autant de penchants qu’elle se doit de dissimuler pour le bien de la carrière de son poulain et de leurs comptes en banque respectifs. Elle essaye de persuader Mitchell qu’à Hollywood, pour arriver en haut de l’affiche, il faut aussi occuper le terrain médiatique. Pour qu’on parle de vous quand on est un jeune acteur en pleine ascension, quoi de plus efficace pour cela qu’une belle histoire d’amour - si possible avec une femme ? Mais Mitchell ne voit pas complètement sa vie comme ça. La star fait venir dans sa chambre d’hôtel un gigolo, Alex (Edouard Collin) dont il va tomber amoureux. Ce qui va le mettre face à son homosexualité qu’il n’assume pas. Pour compliquer le tout, Alex est affublé d’une petite amie aussi mignonne que collante (Julie Debazac) qui, à son tour, s’entiche de l’acteur. Ce dernier se voit proposer un rôle d’homosexuel dans l’adaptation d’une pièce à succès écrite par un auteur ombrageux.
Le star système est dépeint avec dérision et humour dans cette comédie décapante où les apparences tiennent lieu de vérité.

 

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La mise en scène de Révol est astucieuse et précise. Elle est à la fois très théâtrale et cinématographique. Pour ce faire, Révol utilise deux mécaniques qu’il manie avec habileté : un plateau tournant permettant de faire apparaître la chambre de Mitchell, principalement le lit, lieu des coupables ébats, que l’on imagine délicieux, et un placard qui de temps à autre expectore tout à coup Eve, tantôt au téléphone accoudée à un minuscule bureau, tantôt sur le trône... des toilettes. On peut seulement regretter que le décor de la chambre de l’acteur soit un peu cheap, plus conforme à celui d’un deux étoiles new-yorkais qu’à une suite où descendrait un acteur connu.
On ne cesse de rire tant les répliques sonnent juste et font mouche sans que l’on sache si on les doit à Besset ou à l’auteur américain (mais on peut aisément le vérifier puisque le texte américain est publié en librairie, contrairement malheureusement au texte français). Le portrait de cet acteur dans le placard sous la domination de son agent est plus vrai que nature et bien des noms américains et français viennent à l’esprit... Mais contrairement à un confrère américain, voir ci-dessous, dont l'avocat, à la différence du mien, ne doit pas être surmené, je n'en tire pas des conclusions peut-être trop hâtives...

 

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Les rires sont surtout provoqués par les réflexions cyniques sur le cinéma et sa faune, de Diane jouée avec un abattage formidable par Raphaëline Goupilleau. Les quatre comédiens sont parfaits. Les garçons n’hésitent pas à montrer tout d’eux même. On voit ainsi le corps d’apollon de Grégoire Collin, nu dans son intégralité (de dos seulement) mais il passe la moitié de la pièce en slip, scènes dévoilant des formes prometteuses...
Le “costume” récurrent d’Edouard Collin nous vaut cette succulente réplique de Diane : « Alex, c’est la première fois que je ne vous vois pas nu, les habits vous vont très bien, le t-shirt est votre couleur ! »
Raphaëline Goupilleau balance son texte d’une voix que l'on croirait sorti d'un Tex Avery et qui nécessite un petit moment d’adaptation, à un rythme de mitrailleuse qui jamais ne s’enraye. Il faut souligner la bonne diction des quatre comédiens, ce qui permet au spectateur de savourer les spirituelles répliques, en un temps où souvent les acteurs ont tendance à parler dans leur barbe ou leur giron et à bouler leur texte.
Même si ce n’est pas mon jardin, je ne voudrais pas omettre de souligner que la moitié féminine de la distribution est aussi fort agréable à regarder. Restons sur les corps, il est de bon ton en France de dénigrer la plastique de nos comédiens, en parant les acteurs américains de tous les avantages. Et ceci le plus souvent sans avoir approfondi la question et encore moins traversé l’Atlantique. Pourtant, dans le cas présent, il suffit de comparer la photo de scène de la représentation américaine de la pièce off Broadway, voir ci-dessous, avec les acteurs français pour se rendre à l’évidence que l’avantage esthétique est largement au bénéfice des français.

 
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A Broadway

 

 
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A Paris

 

 

Il est dommage qu’il n’y ait pas de programme, pas plus que d’extraits ou de photos en ligne d'Une Souris verte. Le soir où j’ai assisté au spectacle, une caméra qui semblait égarée, filmait. Il est à souhaiter qu’une captation soit réalisée. Ce qui augmenterait le nombre de personnes ayant accès à ce réjouissant spectacle.   
Petite incise, Edouard Collin est un cas presque unique. Il est plus beau en réalité que sur ses photos ! Je peux en témoigner : d’abord parce que j’ai pu l’admirer du deuxième rang de l’orchestre du théâtre Tristan Bernard et ensuite pour l’avoir rencontré en privé. Il serait encore mieux (si si c’est tout de même possible) s’il faisait un peu plus pétiller ses yeux et s’il troquait son teint un peu grisâtre contre une meilleure mine, pour cela il devrait peut-être se laisser plus caresser par le soleil et abandonner la cigarette. Mais peut-être aussi que ce teint est causé par l’éclairage que je n’ai pas trouvé au top durant toute la représentation.
Je me permets de lui faire encore une suggestion au vu de ses photos, en particulier celles du magazine Têtu de février 2008, tout de même assez moches, celle de confier ses courbes affolantes à de meilleurs photographes ; quelques noms me viennent spontanément à l’esprit, Pierre et Gilles, Jean-Philippe Guillemain , Vincent Flouret... (liste en rien limitative).
On peut aussi vérifier que Arnaud  Binard est crédible en vedette de cinéma américain autant par son jeu que par son corps...

 

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Jouissive pour tous, Une Souris verte offre néanmoins une plus value pour ceux qui connaissent le milieu du show bizz tant la charge de Douglas Carter Beane tombe juste. Les audacieux, qui se sont frottés à cette faune, auront tous rencontré des agents ressemblant à Diane, des acteurs comme Mitchell et des... “assistants” tel Alex ou encore des auteurs semblables à celui dont il est question dans la pièce. Il faut dire que l’auteur est autant un familier d’Hollywood que de Broadway.
Il faut aussi louer Jean-Marie Besset pour avoir fait passer par des répliques drôles et acerbes toute l’ironie condescendante qui existe à New York envers Los Angeles.
Comme vous l’avez compris, vous pouvez aller les yeux fermés voir Une Souris verte, cependant rouvrez-les à proximité du théâtre Tristan Bernard car la rue du Rocher mérite votre attention en particulier un bâtiment, “la cours du rocher”, presque en face de ce beau théâtre.

 

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Le rire et la sensualité (aaaah quand les deux acteurs sont nus dans leur lit...) n’empêchent pas l’émotion qu’Arnaud Binard et Edouard Collin savent faire naître pour nous toucher devant leur amour impossible.
Un autre point de vue très intéressant ici

A ma connaissance malheureusement la pièce n'a pas été captée.

 
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