Une si jolie petite guerre de Marcelino Truong

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Comme beaucoup de garçons de ma génération, enfin les précoces, je suis né à la politique par la guerre du Viet-Nam. Encore enfant je dévorais les articles sur ce conflit dans France-soir, immédiatement après avoir pris connaissance du strip quotidien de Popeye. Mon grand père, dont France-Soir était la lecture quotidienne, me commentait les événements et répondait à mes questions obligeamment. C'est quelques années plus tard cette guerre qui me fit acheter mes premiers numéros du Monde, à un âge où la lecture la plus courante de mes camarades étaient les hebdomadaires de bandes-dessinées et pour quelques uns L'équipe, journaux que je lisais également avec rapidement beaucoup d'autres. Je fus papivore très jeune. Cet appétence pour la presse ne manquait pas de me singulariser à une époque où pourtant les adolescents lisaient encore et n'étaient pas rivés comme aujourd'hui à leur « coquillage » (allusion à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, un sacré devin le père Ray! Et non à Sa majesté des mouches). Autre particularité dont je n'eus conscience que plus tard et qui ne m'aida pas à me faire des amis, il m'est apparu immédiatement que les bons étaient les sud-vietnamiens et les méchants les rouges, les viet-Kong. Je n'ai pas changé d'avis depuis et il me semble que l'Histoire m'a donné raison, du moins partiellement car les bons dans une guerre et plus généralement chez l'animal humain cela n'existe pas.

 

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Vous comprendrez pourquoi « Une si joli petite guerre » sous titré Saigon 1961-1963 a immédiatement attiré mon attention. La grande originalité de ce roman graphique est que ces années sont vu par un enfant vietnamien du sud dont le père est un proche de Diem, le président du Viet-Nam du sud.

J'ai parlé de roman graphique et non de bande-dessinée par ce que le livre est plus une suite d'illustrations légendées, elles sont très belles, un peu dans le style de Loustal, qu'une suite de cases, façon gaufrier, faisant avancer l'action comme dans les albums franco-belges classiques. Le graphisme de Truong est à la fois sec et aéré. Marcelino Truong est auteur complet, textes et dessin et aussi la mise en couleur dans des aplats lumineux.

 

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Marcelino Truong qui nous raconte son histoire a quatre ans quand commence le livre les impression qu'il nous livre sont à la fois à hauteur d'enfant, le petit Marcelino voit la guerre comme un jeu, et une reconstruction à postériori, ce serait plutôt les souvenirs de son frère ainé, plus âgé que lui de quelques années parallèlement il met en regard de ce vécu enfantin les évènements historiques de ce début de la guerre du Viet-Nam alors que le sud est dirigé par Diem qui favorise la minorité chrétienne mais les véritables dirigeants du pays sont son frère et son avide épouse, madame Nhu. Autant de noms qui faisaient les manchettes de la presse dans le monde entier et sont aujourd'hui complètement tombés dans l'oubli. Marcelino est le fils d'un diplomate vietnamien et d'une française. Il a deux soeurs et un frère. Le hasards des affectations de son père a fait naitre le garçon à Manille, il porte le nom d'une rue de cette ville, la calle San Marcelino. Dans les premières pages de l'album nous sommes à Washington où le père travaille à l'ambassade du Viet-Nam. Il est intéressant de savoir que l'auteur, dont j'ignorais l'existence avant la parution de ce livre (je me suis renseigné depuis), est un dessinateur autodidacte et n'a la vie d'artiste sur le tard, à 25 ans, après des études à Sciences-Po et à la Sorbonne, ce qui lui donne quelques compétence dans l'analyse du conflit.

 

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Très vite la famille suit le père au Viet-Nam qui a été appelé par le président pour être son traducteur officiel. D'où les information de première main qu'à la fin de sa vie le père confiera au fils en vue du présent album. Les causes de la plus grande défaite de l’Amérique sont examinées avec pertinence depuis le camp des vaincus. On constate combien le régime de Diem était tiraillé entre nationalisme, rejet de la France coloniale et méfiance teinté de fascination pour l’Amérique.Marcelino raconte sa petite histoire familiale intime se déroulant sur la toile de fond de la grande Histoire, les premières années de la guerre du Viet Nam: <<Ma sœur Mireille-Mai et surtout mon frère, Dominique-Ai My et moi étions émerveillés par la vie foisonnante de Saigon. Seule ma mère était angoissée. Elle connaissait le destin de nombreux fonctionnaires de l’administration (…) La vie à Saigon m’a laissé un souvenir inégalé. Les Vietnamiens m’ont fait aimer ce pays et, bien que métis, je m’y suis senti chez moi >>...L'auteur par petite touche nous décrit le quotidien de ces gens qui vivent dans la peur des sévices communiste qui les guette mais qui sont aussi baigné dans la douceur de vivre de Saigon. Marcelino Truong ne cache pas la misère du petit peuple qu'il découvre par le biais de celle des domestiques qui s'occupe de lui. Le livre n'est pas plus tendre pour le régime du sud qu'il l'est pour celui du nord. Il restitue à merveille le climat de cette époque à Saigon, les diners mondains, l'aveuglement des dirigeants du sud, et les petits riens des jeux des enfant, comme les combats de grillons où la musique que l'on entendait telle Mustapha, le hit Bob Azam. L'auteur nourrit son récit de ses propres souvenirs mes aussi de ceux de ses proches, de la presse de l'époque et des lettre que sa mère envoyait au grands parents de l'enfant qui vivaient à Saint-Malo.

En lisant « Une si joli petite guerre », on est ému, on apprend beaucoup de chose et l'on se souvient...

 

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Marcelino Truong vu par Floc'h

 

 

Nota: pour voir plus d'oeuvre de Truong, il suffit de taper:« Marcelino Truong couverture » sur Google et de très belles choses vous arriveront.

 

Pour écouter une émission de France-Inter, "L'humeur vagabonde" et celle de France-Culture "Le rendez-vous" sur le livre, cliquez sur les flèches.

l'émission du jeudi 13 décembre 2012

Marcelino Truong 

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Le RenDez-Vous
Emission Le RenDez-Vous

du lundi au vendredi de 19h à 19h54

Ecoutez l'émission50 minutes

Le RDV 01/01/13 avec Wajdi MOUAWAD, Marcelino TRUONG et la Session de Liesa VAN DER AA 0

01.01.2013 - 19:03 

Publié dans Bande-dessinée

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Basil Sedbuk 23/03/2013 23:45

Bonjour, dans ce message vous décrivez le dessin de Floc'h comme étant "Marcelino Truong par Floc'h". Il ne s'agit pas du tout d'un portrait de Truong mais seulement d'un dessin de Floc'h qu'il
dédicaçait à Truong.