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Une histoire d’amou… d’amitié, simplement COLONNIER, Laurent - Georges & Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Lorsque je trouve sur la toile un article que j'aurais rêvé d'écrire je me permet de l'ajouter au blog c'est le cas pour l'excellente recension faite par in cold blog un des meilleurs blogs pour ceux qui s'intéressent à la littérature sous toutes ses formes, d'un non moins excellent album qui est significatif de la véritable libération que connait la bande-dessinée actuellement qui explore avec plus d'audace, de pespicacté et de sérieux l'Histoire que bien des essais. Comme exemple je prendrais quatre albums parus récemment qui sont, chacun à leur manière de beaux exemples de politiquement incorrect. Commençons par celui qui nous parle d'une guerre jadis célèbre, aujourd'hui presque oubliée: "Une si jolie petite guerre" de Truong qui nous raconte, à hauteur d'enfant, les prémices de la guerre du Viet-Nam du coté des chrétiens du sud Viet-Nam opposés au communisme. Puis intéressons nous à la France de l'occupation avec: Il était une fois en France de Fabien Nury et Sylvain Vallée, édité par Glénat qui à travers la vie o combien mouvementé de Joseph Joanovici brosse un tableau à la fois très noir et très complexe des français face à l'occupation allemande. Les auteurs parviennent à nous faire entrer en empathie avec de véritables salauds qui parfois pouvaient se muer en héros et vice versa. Tout aussi ambigue sur la même période est "A l’ombre de la gloire" de Denis Lapière et Aude Samama édité par Futuropolis qui raconte les amours tragiques de Victor Perez et Mireille Balin, le premier le plus jeune champion du monde de l'histoire de la boxe ne survivra pas à sa déportation alors que son amante sera violé par des FFI et elle qui fut une des plus grandes vedettes du cinéma français des années 30 verra sa carrière brisée. Avec "Le service" c'est une période plus récente et en apparence moins noire qui intéresseDijan, Legrand et Paillou. Ils soulèvent le tapis sous lequel la cinquième République au temps de de Gaulle, (que l'on va bientôt canoniser, juste avant Mitterrand, Pompidou devra attendre un peu) a soigneusement dissimulé les actions de ses nervis-barbouzes qui dans l'ordre on cassé du bougnoul, de l'O.A.S, du syndicaliste et enfin de l'étudiant gauchiste, allant parfois jusqu'à l'assassina, ces gens là, sous la houlette d'un célèbre représentant en boissons anisés, n'étaient pas regardant sur le contenu ni la couleur de la tête à fracasser.

Georges et Tchang est aussi symptomatique d'un autre phénomène qui voit les auteurs de bandes dessinées devenir eux même des héros de papier. C'est encore Hergé qui avait ouvert le bal avec "Les aventures d'Hergé" de Bocquet, Fromental et Stanislas dans lequel Tchang apparait plus politique qu'amoureux... quoique... L'année dernière est paru "Gringos locos" de Yann et Schwartz où Jijé, Franquin et Morris sont mis en scène dans un voyage en Amérique pour aller travailler chez Disney, en 1948, album qui lui aussi a soulevé bien des polémiques. Les enfant de Jijé (Joseph Gillain) ne reconnaissant pas leur père dans le personnage campé par Yann et magnifiquement dessiné par Schwartz. Les ayant droits de Jijé ont essayé d'empêcher la sortie de l'album qui a néanmoins vu le jours avec plusieurs mois de retard car les enfants de Jijé ont obtenu que soit ajouté au livre un long rectificatif illustré. L'histoire semble vouloir se répéter avec la biographie dessinée de Edgar P. Jacobs, "La marque Jacobs" aux éditions Delcour qui pourtant est loin d'être irrévérentieuse et ne révèle rien de plus que la bonne biographie de l'auteur de la marque jaune, La damnation d'Edgar P. Jacobs de François Rivière et Benoit Mouchart.

 Voilà autant de livre à ajouter sous le sapin à cette belle histoire d'amour qu'est Georges et Tchang. Vous en trouverez certainement d'autres en parcourant in cold blog   

 


 

 

georges-et-tchang-colonnier-12bis

Bruxelles, 1934.
Georges est un jeune illustrateur publicitaire de 27 ans.
La bande dessinée qu’il publie dans le supplément pour enfants d’un quotidien catholique connaît un succès grandissant.

Alors qu’il compte embarquer son héros dans une aventure en Chine, un abbé de ses amis le met en garde contre les clichés et préjugés qui pourraient fâcher ses étudiants chinois.
C’est ainsi qu’il lui présente Tchang, venu de Shanghai étudier la sculpture en Belgique, pour qu’il le documente sur son pays, sa culture et ses traditions. 


À la première rencontre, entre les deux hommes, c’est comme une évidence ; comme s’ils se connaissaient depuis toujours.
Dès lors, Tchang passera chaque dimanche en compagnie de Georges et de sa femme Germaine.
Repas, visites culturelles, balades dans la ville ou à la campagne, tout est prétexte à partager, à échanger sur la situation politique en Chine et en Europe, sur l’art et le dessin…
Le dessinateur belge est touché par la vigueur avec laquelle son ami chinois, d’un an son cadet, défend la culture et les prises de position politiques de son pays.

Dimanche après dimanche, une profonde amitié, nourrie du même amour de l’art, s’installe entre les deux artistes. 
Tchang initie son ami belge à la calligraphie chinoise tandis que, dans un souci de réalisme documentaire, Georges lui confie le tracé des idéogrammes chinois des affiches, enseignes, banderoles… qui peuplent les pages de son nouvel album.

L’influence de Tchang sur Georges transparaît jusque dans sa façon de dessiner. À tel point que Germaine commence à prendre ombrage de la complicité manifeste que son mari partage avec son nouvel ami. 



 « Tout est vrai, tout est faux, tout est vraisemblable, tout est faux-semblant », peut-on lire en exergue de Georges & Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle.
Pour Laurent Colonnier, tintinophile averti et fan d’Hergé, tout est parti d’une émission d’Ouvrez les guillemetsd’octobre 1973. Alors qu’on lui demande lequel de ses albums il préfère, le dessinateur laisse échapper : « Celui au Tibet, parce que c’est une histoire toute simple, où il n’y a pas de méchants, pas de mauvais… Où il n’y a pas de gangster, où il n’y a rien. Simplement, c’est une histoire d’amou… d’amitié… Comme on dit une histoire d’amour ».
Plutôt que l’innocente confusion d’un mot pour un autre, Colonnier voit là un lapsus révélateur, suivi d’une tentative maladroite du père de Tintin de se raccrocher aux branches.

Autant prévenir d’emblée les amateurs de sensationnalisme : ils vont en être pour leurs frais.
Même si je le soupçonne d’avoir joué la provocation avec son sous-titre à double sens, à aucun moment Laurent Colonnier ne donne dans le racolage. Pour étayer son histoire, il s’appuie sur des sources biographiques avérées et reconnues par tous les spécialistes du dessinateur belge.
Les penchants antisémites du père de Tintin et ses tentations collaborationnistes, son conservatisme et son mépris des pauvres, sa stérilité et son horreur des enfants n’ont rien de révélations sulfureuses mais sont bel et bien des réalités déjà connues des spécialistes d’Hergé. Tout comme Hergé a lui-même reconnu que Tchang avait truffé à son insu Le lotus bleu de slogans idéologiques, anti-japonais et anticapitalistes.

Et, la relation amoureuse entre Georges et Tchang, alors ? Fantasme d’auteur ou réalité ? 
Pour dire la vérité, on s’en fout. Une chose est sûre : l’attirance entre les deux hommes a été avant tout spirituelle. Et si coup de foudre il y a eu, il aura d’abord été intellectuel.
D’ailleurs, Laurent Colonnier ne fait que suggérer le pseudo-scandaleux rapprochement sino-belge, lors d’une chaste scène dans l’atelier où Georges et Tchang se réfugient après avoir reçu l’averse.

Il faut signaler l’extrême soin apporté à la restitution du Bruxelles des années trente et du contexte politique trouble de l’époque : montée du nazisme en Europe et du communisme en Chine, les tensions Chine/Japon…
Mais le plus notable dans Georges & Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle est bien la façon dont Colonnier montre le rôle fondamental qu’aura l’amitié privilégiée et intense qui unit Georges Remi et Tchang Tchong-Jen dans l’œuvre d’Hergé : Le lotus bleu marquera un vrai tournant dans les aventures de Tintin par sa documentation minutieuse et par son trait préfigurant la fameuse ligne claire qui fera date dans l’histoire de la bande-dessinée. 



« Ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : “Parce que c’était lui ; parce que c’était moi.” »

La postérité a fait de Montesquieu et La Boétie des symboles de l’amitié amoureuse, de la communion d’âmes viriles. À ce que je sache, leur réputation n’a jamais eu à en souffrir. Au contraire.
Pourquoi, dès lors qu’il s’agit de la statue du commandeur Hergé, faut-il qu’une relation, tout autant exceptionnelle et intense, soit considérée comme infamante et calomnieuse par le petit monde de la BD qui n’a pas manqué de s’en offusquer en criant au sacrilège ? S’il n’y avait eu les éditions 12bis, Georges & Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle n’aurait jamais vu le jour, tous les éditeurs l’ayant refusé l’un après l’autre.

Pourtant, à partir d’un parti-pris qui aurait pu facilement verser dans le scabreux, Laurent Colonnier réalise un album élégant et respectueux, tout en noir et blanc et nuances de gris. 
Les amoureux de Tintin auraient bien tort de se priver de Georges & Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle. Ils y prendront un plaisir supplémentaire à débusquer les multiples clins d’œil que fait l’auteur au plus célèbre des reporters. 



Quelques planches sont visibles sur le site des éditions 12bis (avec en bonus, un très beau fond d’écran à télécharger).
D’autres, et plus encore, sont en ligne sur le blog perso de Laurent Colonnier.
D’autres avis à découvrir sur Babelio


Georges & Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle, de Laurent Colonnier
Éditions 12bis (2012) - 72 pages

Publié dans Bande-dessinée

Commenter cet article

argoul 08/12/2012 15:44

Pas Montesquieu mais Montaigne. C'était lui l'ami de La Boétie et l'auteur du célèbre "parce que c'"tait lui, parce que c'était moi".
L'anti-Fabius dont la suffisance avait fait dire "lui c'est lui, moi c'est moi".

lesdiagonalesdutemps 08/12/2012 18:07



oui bien sûr mais j'ai repris le texte tel quel et je suis sûr que de la part du blog d'origine c'est un lapsus et non de l'inculture.