Une douce flamme de Philip Kerr

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Au risque de me répéter, je voudrais insister pour dire combien il est important de lire les aventures de Bernie Gunther dans l'ordre chronologique soit de la plus ancienne, se déroulant en 1936 à la plus proche de nous qui nous emporte en 1950 qui est présentement le sujet de ma chronique: 1/ La trilogie berlinoise, 2/ La mort entre autres et enfin cette « douce flamme>> qui nous conduit cette fois loin des pays germaniques puisqu'elle a pour cadre exclusivement l'Argentine et surtout sa capitale Buenos-Aires. Cet ordre de lecture ne s'impose pas seulement parce que ce dernier volet en dates des péripéties de Bernie Gunther commence exactement là où s'arrêtait la précédente histoire mais surtout cette approche permet d'apprécier l'évolution du personnage et encore plus celle de l'écriture de Philip Kerr. Si j'ai pu écrire précédemment que la relative faiblesse des livres de Kerr, résidait dans son héros, il n'est guère dans le premier tome de la trilogie berlinoise qu'un pastiche réussi du Marlowe de Chandler, On peut dire au contraire que la force d' « une douce flamme » est l'épaisseur de son personnage principal qui est pourtant ce même Bernie. Au delà des péripéties, et il n'en manque pas à ce dernier épisode qui n'en ait pas moins pourvu que les autres, avec toujours comme toile de fond l'Histoire, cette fois celle de l'Argentine de Peron et plus particulièrement ses rapports avec le nazisme, le véritable sujet du livre est Bernie Lui-même, l'homme face à sa culpabilité et plus largement à la culpabilité de son pays. Le grand talent de Kerr est de se mettre dans la tête de ses anciens nazis, ces maitres déchus, face à leur conscience. Les uns sont remord et sans regret alors que d'autres sont rongés par les réminiscences de leurs actes. Le roman n'est pas qu'introspection. Il y a autant de suspense que dans les autres de l'auteur. C'est un véritable thriller. A peine descendu du bateau qui l'a conduit en Amérique du sud qu'un de ces anciens admirateurs, qui est devenu un des chefs de la police du régime de Peron, le sollicite pour qu'il retrouve une adolescente, issue du gratin argentin, qui vient de disparaître alors qu'une autre a été retrouvée assassinée et éviscérée (la jeune fille assassinée est une figure récurrente dans la saga des Bernie Gunther). A la vue du corps Gunther se souvient d'une affaire similaire sur laquelle il avait enquêté dans les derniers jours de la République de Weimar. Cette remémoration nous vaut une construction romanesque plus élaborée que dans les autres ouvrage de Kerr. Nous passerons ainsi, presque jusqu'à la fin du livre, alternativement de l'Allemagne sur le point de se donner à Hitler à l'Argentine de Péron.

L'inconvénient des livres de Kerr c'est qu'ils sont si bien documentés qu'il est difficile de savoir ce qui relève de l'histoire et ce qui n'est qu'invention romanesque ou encore ce qui relève des thèses assez décoiffantes avancées par Kerr. Comme celle qui subodore que l'argent distribué aux pauvres par Eva Peron et qui par ce biais achetait l'adhésion du peuple argentin aux péronisme venait du mythique trésor nazi. Comme dans le précédent opus des aventures de Gunther, celui-ci nous fait nous rappeler combien le manichéisme de l'Histoire doit à la lecture de celle-ci par les vainqueurs. Dans une douce flamme on voit que les expériences médicales sur des cobayes ne furent pas l'apanage des nazis mais que notamment les américains (et bien sûr pas seulement eux) y ont eu recours ce qu'un récent scandale au Guatemala à confirmé.

Une bonne connaissance de l'Histoire de l'Argentine de l'après guerre, ce qui n'est pas mon cas, doit encore augmenter le plaisir et l'intérêt de la lecture. En l'état de mes connaissances, j'ai du faire confiance à la documentation et au savoir de l'auteur, que jusqu'à maintenant je n'ai pas pris en défaut, par exemple sur les turpitudes sexuelles de Peron qui aurait été amateur de très jeunes filles, qui d'un autre coté n'apparait pas qu'antipathique ou maléfique. C'est d'ailleurs une des grandes forces littéraires de Kerr d'humaniser les monstres, ce qui peut aussi provoquer un malaise chez son lecteur. Mais il ne faudrait pas croire que seuls les hommes politiques des dictatures soient amateurs de tendrons; contemporain des frasques de Peron nous eûmes dans notre quatrième république un président de la chambre qui pour être manchot fut un grand agitateur de ballets roses....

Avec de plus en plus de talent, Philip Kerr parvient a nous en apprendre beaucoup sur l'histoire contemporaine tout en nous plongeant dans des récits haletant.  

 

Pour retrouver Philip Kerr sur le blog

 

 

La trilogie berlinoise de Philip Kerr

La paix des dupes de Philip Kerr 

La mort entre autres de Philip Kerr 


 


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