Un homme d'honneur

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le brillant film de Laurent Heynemann qui nous expose ce qui amena le 1er mai 1993 l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy à se suicider, faire taire une fois pour toute les tristes perroquets médiatiques qui répètent inlassablement depuis des années cette insanité que la télévision et le cinéma français, contrairement à leurs homologues britanniques et américains, n’osent pas se pencher sur l’histoire récente de leur pays.
Ceci dit avec “Un homme d’honneur” on est passé près de saint Bérè où la canonisation d’un éléphant socialiste. Dan Franck, le scénariste a du tout de même penser en cours d’écriture que cela serait tout de même difficile de faire avaler au spectateur non encarté de rose qu’un tel saint homme ait pu prospérer dans les écuries d’Augias du Mitterrandisme. Ce qui l’a fait nuancer ses propos sur un socle hagiographique qui a tout de même du mal à se faire oublier. Vous me direz avec raison que le mitterrandisme est mort mais que les écuries sont encore debout et pleine de fange comme elles ne l’ont peut être jamais été et... toujours pas d’Hercule à l’horizon pour un salubre nettoyage. D’autre part qu’ en comparaison de ses confrères les tristes pachydermes roses et de la calamiteuse équipe actuelle qui a pris leurs places dans les confortables stalles de la république, Pierre Bérégovoy était un modèle de probité et de compétence. Sur ce dernier point j’aurais aimé que le film nous éclaire sur ce qui me parait être la véritable énigme du personnage, comment passe-t-on de fraiseur à ministre et surtout à ministre compétent ce que fut indiscutablement Bérégovoy.
Image_17
Le grand mérite du film est de montrer la montée d’un orgueil incommensurable chez cet homme. C’est cet orgueil qui l’a tué. Persuadé que l’affaire de son prêt sans intérêt contracté auprès de Patrice Pelat était la seule raison de la cuisante défaite aux élections législatives d’avril 1993 alors qu’il avait pris la suite du gouvernement Cresson qui avait battu tous les records d’impopularité en raison surtout de la dite Cresson colossale erreur de casting de Mitterrand. Il est a parier que si des élections s’était déroulées avant son arrivée la déroute des socialistes aurait été encore plus importante. L’honneur d’un homme met aussi en lumière l’extraordinaire dureté de ces hautes sphères du pouvoir. Et surtout la naïveté enfantine dont ses aigles des cimes font parfois preuve. On voit Bérégovoy anticipé sur la mort, qu’il estime à tort du président mettre au point, avec l’aide d’une conseillère en communication, sa déclaration de candidature à la succession de Mitterrand. Ce dernier, l’ayant appris, fait preuve à partir de cet instant, d’une solide rancune envers son premier ministre; il est difficile de tenir rigueur à Mitterrand de cette réaction et bien Bérégovoy en est tout surpris. Comme l’est Samir Traboulsi ( Marc Samuel, parfait) figure emblématique de ces affairistes qui servent d’intermédiaires à la république en des dossiers pas toujours rutilants, lorsque Bérégovoy, hier son ami ne veut plus le recevoir. A noter que Bérégovoy sera amère de l’abandon de ses anciens amis alors qu’il aura fait de même avec Traboulsi et avec Boublil son chef de cabinet qu’il n’a pas hésité à sacrifier.
Image_18
Il faut louer Laurent Heynemann et Dan Franck d’avoir réussi en seulement un peu plus d’une heure trente à rendre la complexité d’un homme et celle des arcanes du pouvoir. Ils ont utilisé un procédé à la fois habile et classique, que d’ailleurs ils n’arrivent pas toujours à tenir, d’un témoins d’une vie en l’ occurrence l’épouse de Pierre Bérégovoy, se remémorant les épisode marquant de cette existence. Le lieu de ce travail de mémoire est la voiture qui mène Gilberte Bérégovoy (Dominique Blanc) accompagné de son seul chauffeur, de Nevers à l’hopital du val de grâce. Le film est ainsi presque en temps réel, la durée du trajet entre ces deux points.
Il faut aussi rendre hommage aux auteurs qui ne sont pas tombé dans les élucubrations de la théorie du complot qui voudrait accréditer la solution du crime pour cette mort qui n’a en réalité que pour seul mystère celui de l’homme.
Daniel Russo est remarquable comme presque toujours que l’on se souvienne de “Mémoires d’un jeune con, Le garçon d’orage ou bien encore de “Rue Lauriston et de bien d’autres... Il s’explique sur sa composition du personnage de Pierre Bérégovoy: <<>>.
Le reste de la distribution est à la hauteur. Je regrette cependant, je suis toujours attaché au psychomorphysme, que l’on ait choisi pour le rôle de Patrice Pelat un comédien, Simon Eine, excellent au demeurant, qui ne ressemble en rien au vrai Pelat. Je peux en témoigner l’ayant croisé. Et plus gênant Simon Eine ressemble étonnamment à de Grossouvre autre suicide, lui très intriguant de l’ère Mitterrand. Le 7 avril 1994, peu avant 20 h, son garde du corps, un gendarme du GIGN, retrouve François de Grossouvre mort, d'une balle dans la tête, dans son bureau du palais de l'Élysée, situé au premier étage de l'aile Ouest...
Encore une fois le format d’une heure trente est un peu court pour brosser une époque et laisse quelque points d’interrogations pour le spectateur. Par exemple qui est ce Michel ( Laurent Spielvogel ) qui apparaît plusieurs fois est ce le nouveau chef de cabinet du ministre, Michel Jobert, ou une sorte de personnage générique censé représenter plusieurs amis de Bérégovoy?
Le réalisateur Laurent Heynemann, est un habitué des films sur l’histoire moderne et contemporaine. Depuis “la Question”, son long-métrage sur la torture en Algérie, sorti en 1977, jusqu'à son télé film, vu récemment sur Arte “René Bousquet ou le grand arrangement” sur lequel je reviendrais. Heynemann songerait il a se spécialiser dans les amis de Mitterrand, il y a en effet du travail de ce coté là.
L’honneur d’un homme est surtout un film qui fait honneur à la télévision française.
A la première édition du billet il y eut deux commentaires intéressants

s si honorable que ça

Je suis d’accord avec vous quand vous dite que Pierre Bérégovoy n’avait pas sa place au côté de Mitterrand, tout bien réfléchi l’homme d’honneur, issu du peuple n’était pas si honorable que ça, il a tout de même envoyé l’armée pour faire dégager les routiers en grêve, pratique plus approprier à la droite.

Posté par A.M, 20 mai 2009 à 14:27

Routiers

 

Sauf que les routiers et leurs représentants votent plutôt "à droite"... Ce n'est pas en tout cas l'électorat "naturel" de la gauche.
Concernant l'affaire, film bien réalisé mais la politique sous-entend une capacité psychologique (ex : Tapie, Balkany, Fabius et bien d'autres) que Pierre Bérégovoy n'avait pas.
Cela étant, on ne peut pas réduire un homme à une seule identité ; il lui a manqué un soutien du style "vous avez été un des rares socialistes à garder une circonscription (Nevers) en mars 1993" (comme Fabius par exemple malgré un autre scandale de l'époque)...

 

Posté par Frank, 21 mai 2009 à 10:35

Publié dans télévision et radio

Commenter cet article