TWIST de Jacob Tierney

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Fiche technique :


Avec Joshua Close, Gary Farmer, James Gilpin, Josh Holliday, Mike Lobel, Max McCabe, Stephen McHattie, Andre Noble, Michèle-Barbara Pelletier et Tygh Runyan. 

 

Réalisation : Jacob Tierney. Scénario : Jacob Tierney. Images : Gerald Parker. Directeur artistique : Ethan Tobmann.


Canada, 2005,Durée : 94 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :


Twist est une réécriture contemporaine et dramatique de l’Oliver Twist de Charles Dickens, transposé dans le milieu des prostitués mâles de Toronto. Le jeune SDF Oliver (Joshua Close), un orphelin homosexuel, fragile et au visage elfique, rencontre Dodge (Nick Stahl) qui lui propose un toit dans l'appartement qu'il partage avec d'autres jeunes. Très vite, il s'aperçoit que tous ces garçons sont des « junkies » qui se prostituent pour le compte du gros Fegin (Gary Farmer). Oliver n'a pas le choix, lui aussi se met à faire le trottoir. Dodge devient le mentor d’Oliver. Il l'instruit sur les plaisirs interdits. Peu à peu, une relation amoureuse entre les deux garçons se dessine... Le film est raconté du point de vue de Dodge.

 

 

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L’avis critique :


Twist, réalisé pour moins de 500 000 $, est la première œuvre de Jacob Tierney. Il a d’abord été acteur, notamment dans le splendide The Neon Bible de Terence Davies en 1997. Comme Scott Silver pour Johns, afin de s'imprégner de cet univers, et de peindre le portrait le plus juste possible de ces garçons perdus, Tierney et Stahl ont séjourné dans le quartier de Toronto où sévit cette prostitution. Nick Stahl déclare : « J'ai observé leurs visages, la manière dont ils se tenaient debout, la manière dont ils se déplaçaient. »  Quand à Tierney, le jeune réalisateur, il explique : « Oliver Twist est un livre incroyablement déprimant et violent. Tous les thèmes abordés par Dickens, l'exploitation de l'enfance, l'abus sexuel, le travail des mineurs, sont des sujets actuels. La prostitution masculine était la transcription la plus directe du milieu décrit par son roman... Presque tous les prostitués que j'ai rencontrés pour documenter cette histoire avaient été victimes d'abus sexuels. Quand on est tombé, c'est difficile de s'en sortir. C'est pourquoi je n'étais pas d'accord pour que l'angélique Oliver de Dickens s'en sorte et pas les autres... Nick joue Dodge parce que j'ai écrit ce rôle pour lui et il a suivi ce projet auquel il était très attaché. C'est mon meilleur ami et nous étions colocataires quand je vivais à Los Angeles... » On a aperçu Nick Stalh, entre autre, dans Bully, Terminator 3, La Ligne rouge,L’Homme sans visage, Sin City... Contrairement à River Phoenix, on ne peut pas s’empêcher de penser à My Own Private Idao (mais aussi à Sugar), dont le corps se féminisait devant la caméra. Stahl assume – lui – sa virilité d’acteur certes sensible mais structuré grâce à son corps massif. Il y a du Brando première période chez lui et c’est tout le film qui s’en trouve influencé.

 

 


 
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La principale bonne idée du film est d’avoir centré l’intrigue sur Dodge et non sur Oliver comme dans le roman, ce qui nous évite une version attendue comme celle de Polanski qui paradoxalement est beaucoup moins fidèle à l’esprit de Dickens que Twist. Le cinéaste justifie de manière convaincante cette infidélité dans la forme : « J'ai relu le livre en cherchant ce qui était occulté. Raconter l'histoire du point de vue de Dodge signifiait que je devais lui créer un passé, ce qui donne une autre perspective à l'histoire. Dickens racontait l'histoire à travers les yeux de ce parfait enfant et je la raconte à travers ceux d'un enfant des rues, junkie et prostitué qui rencontre un enfant au visage d'ange. »

 

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Le réalisateur a demandé à son directeur de la photo, Gérald Packer, et à Ethan Tobmann, le directeur artistique, de construire à l'aide de lumières et de décors très froids un univers où l'amour n'a pas sa place. La lumière blafarde et les tons délavés dans des bleus et bruns éteints transcrivent l’état d’esprit des personnages, de même que la propension à laisser vide le centre du cadre évoque la vacuité de leur âme. Les premières images, l'atmosphère glauque et morbide d'une chambre de motel, d'un coin de ruelle à la tombée de la nuit, plantent le décor. C'est dans cette grisaille du quotidien, dans la froidure de la nuit, dans la lumière vacillante des halos, dans l'ombre… que tout se déroule. Les jeux de lumières donnent au récit des teintes maladives et lugubres.

 

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Le café est le rare endroit où Oliver trouve un peu de chaleur humaine que lui procure Nancy, une serveuse enceinte, admirablement interprétée par Michèle-Barbara Pelletier. Sorte de grande sœur improvisée et protectrice, elle est une oasis de bonheur volé à la désespérance des jours. Son destin tragique sonnera le glas de ces vivants en rémission. « C'était un rôle minuscule quand j'ai lu le scénario, relate la comédienne, mais en voyant le film, ce rôle est devenu très important. »

 

 

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Au fur et à mesure que l’innocence d'Oliver, qui fascinait tant Dodge, se désagrège, les deux garçons se confronteront à leurs propres démons intérieurs. Oliver tentera d'exprimer son désir pour Dodge qui le refusera, traumatisé par les souvenirs trop violents des abus sexuels subis durant son enfance. Mais contrairement à la fin heureuse du roman de Dickens, les deux plans extrêmes du film, l'ouverture et le final, démontrent qu'Oliver n'échappera pas à son destin.

 

 

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Et l'on se prend à en vouloir à tous ceux qui, avant, les auront abîmés : le père et le frère de Dodge ; la mère d'Oliver, partie trop tôt ; le sénateur, son grand-père en fait, qui le recherche puis le renie. Même Fagin le souteneur – un substitut paternel plus qu'un profiteur, puisqu'il recueille ces jeunes et leur rappelle les règles du jeu – disparaîtra aussi.
Une des grandes forces du film réside dans ses personnages secondaires, en particulier dans celui de Fagin, homme répugnant en apparence qui n’en demeure pas moins touchant dans sa relation empreinte de tendresse et de culpabilité envers les jeunes garçons qu’il met sur le trottoir ; c’est dans ses failles et ses contradictions qu’il révèle le mieux son humanité à l’image de tous les autres protagonistes du film. Ce côté humain est avant tout dû au choix du comédien, l'Indien mystérieux de Dead Man : Gary Farmer.
Tourné dans les ruelles de Toronto, Twist est une œuvre convaincante, qui nous plonge dans le monde de la prostitution masculine. Il est dommage que les références très appuyées àMacadam cow-boy donnent ainsi par moments l’impression d’être devant une version « jeune » du film de Schlesinger. 

 

 

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Le parti pris de ne pas montrer est  omniprésent. Il est parfois très efficace comme pour ce Bill, figure menaçante qu’on ne verra jamais, mais il peut être aussi contre-productif. Comment montrer l’horreur physique de la prostitution, sans jamais montrer une scène de sexe ?

 

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La photographie est très soignée, rendant le film techniquement irréprochable. Cependant un montage plus rapide aurait amélioré le film, surtout dans sa première partie. La très belle chanson originale du film, Pantaloon in Black due à Ron Proulx et Jacob Tierney, a obtenu le prix de la meilleure chanson originale aux Genies, l’équivalent de nos Césars au Canada.

 

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Tierney a su s’approprier l’œuvre de Dickens en la transposant dans un nouveau milieu, mais également en faisant de Dodge le personnage principal ; en nous faisant comprendre son parcours et sa détresse. La scène finale boucle la boucle. Twist se termine là où il a commencé : dans la lumière froide d’une chambre de motel, à la fin d’une passe banale. Seul le garçon a changé. Elle montre l'impasse dans laquelle se trouvent les personnages et l’impossibilité qu’ils puissent être sauvés. Tout ce qui s'est passé avec Dodge, va se reproduire avec Oliver…
Ce film est une parabole sur la perte de l'innocence, et non sur la rédemption. 

 

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Le DVD est édité par Antiprod, qui a eu la bonne idée d’ajouter à Twist un court-métrage, « Élève-toi », traitant du même thème et se déroulant aussi à Toronto.

 

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Nota:
Petite anecdote, lorsque je suis allez voir le film lors de sa toute petite sortie parisienne, je crois dans une unique salle, celle du quartier de l'horloge en face le Centre Pompidou, un peu spécialisée dans les films gay, enfin c'est là que leurs rares sorties en salle sont reléguées, je suis arrivée juste avant que la lumière s'éteigne et commence le film. Je me suis assis près d'un autre spectateur auquel je n'ai pas prêté attention. Lorsque la lumière c'est rallumée, je me suis aperçu que c'était Pascal Gregory... 

Publié dans cinéma gay

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