Tsubasa et L'ile des téméraires

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Comme vous l'avez, sans doute remarqué, si vous êtes un fidèle lecteur, je suis à la fois un maniaque des listes et des classements. Je voudrais vous en proposer un en ce qui concerne les mangas. Visuellement, donc en ce qui concerne leur forme, pour ma part je les divise en mangas blancs et en mangas noirs selon que lorsque l'on ouvre un manga et qu'on le regarde d'un peu loin, ou mieux pour les presbytes sans leurs lunettes, on discerne soit une dominante claire, ce sont les mangas blancs, soit une dominante sombre, et alors nous sommes en présence de mangas noirs. En général  en ce qui concerne le dessin, ma préférence va aux mangas blancs.

Ce préambule, j'affectionne particulièrement les préambules, ce qui n'a sans doute pas non plus échappé aux habitués du blog, pour vous entretenir de deux mangas, l'un noir, L'ile des téméraires de Syuho Sato aux éditions Kana, l'autre blanc, Tsubasa les ailes d'argent d'Ayumi Tachihara aux éditions panini comics, attention ce titre est paru en  2003, contrairement à l'autre qui vient de reparaitre, et est peut être malheureusement pas facile à trouver.

 

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Tsubasa

 

Ces deux ouvrages ont comme point commun de traiter de la guerre du Pacifique, vue du coté japonais, et plus particulièrement des armes suicides mises en oeuvre par l'armée japonaise à la fin du conflit.

Je ne crois pas m'avancer beaucoup en supposant que les européens sont assez ignorants sur ce terrain d'opérations de la deuxième guerre mondiale. Peut être un peu moins depuis la diffusion de la superbe série pour la télévision qu'est Pacific, sans oublier, le non moins superbe film de Clint Eastwood, "Lettres d'Iwo jima. Ceux qui liront ces deux mangas le seront encore beaucoup moins; surtout s'ils se plongent également dans l'immense saga qu'est Zipang, paru aux éditions Kana, tellement immense dans tous les sens du terme que je repousse de mois en mois le moment où j'aurai à me colleter avec cette série tant le travail que cela représente pour vous faire saliver sur ce chef d'oeuvre, à la fois historique et uchronique,  est également immense.


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Les iles des téméraires

 

Ces deux livres éclairent l'occidental du rapport qu' a le japonais avec l'histoire de son pays et en particulier avec celle de la dernière guerre et de leur défaite qui reste encore un véritable traumatisme pour les nippons soixante cinq ans plus tard.

Les deux mangas reflètent bien les sentiments ambiguës qui existent pour les japonais vis à vis de ce moment de leur histoire. Peut on imaginer un jeune  dessinateur allemand prenant pour héros un S.S. ou même un soldat de la wermarch, cela me parait très peu probable, à moins qu'il soit un révisionniste convaincu, visiblement ce n'est pas le cas des deux mangakas dont il est question ici, néanmoins on sent une empathie des deux auteurs avec leurs héros, deux jeunes hommes qui se sont portés volontaire pour des missions suicides, empathie que leur talent réussit à faire partager à leurs lecteurs.

 

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Tsubasa

 

Il y a beaucoup à dire sur ce "volontariat" car les deux romans graphiques mettent bien en évidence, le poids de la pression sociale qui pousse, ces presque adolescents à  être volontaire pour mourir. Ils montre bien  aussi la différence de mentalité entre un japonais de l'armée impériale et les occidentaux. On voit aussi que si pour les soldat il était naturel de se sacrifier pour leur pays, ce sentiment n'était pas unanime dans la population de l'archipel.  

Si l'on connait ou plutôt que l'on croit connaitre les kamikazes, qui sont le sujet de Tsubasa qui nous fait entrer dans la tête du jeune aviateur Daisuke Shibusawa et nous fait partager ses angoisses et paradoxalement ses espoirs et ses désirs alors qu'il sait que sa mort est inexorable. Je dois dire que je n'avais jamais entendu parler des torpilles suicides pilotées par des hommes qui sont le sujet de "L'ile téméraires (depuis ma lecture j'ai visité Le sanctuaire de Yasukuni-jinja, et son musée où l'on peut voir une de ces torpille). Là encore l'auteur nous fait pénétrer dans la psychologie, avec moins de finesse que le fait Ayumi Tachihara dans Tsubasa, d'un de ces hommes qui ont choisi de se sacrifier pour sauver leur pays car c'est ainsi que l'on présentait l'engagement irrémédiable à ces hommes.

L'ile des téméraires met également en scène les inventeurs de ces engins de mort que sont les torpilles humaines et interroge leurs motivations d'autant qu'ils se portent volontaire pour en être aussi des utilisateurs.

Ayumi Tachihara avec pudeur et intelligence raconte le destin tragique des kamikazes dans ce récit poignant. Il ne fait pas de commentaires. Il laisse le lecteur se forger sa propre opinion.

 

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L'ile des téméraires

 

Chose pas si fréquente que cela dans l'univers du manga, que ce soit Tachihara et Sato auteur d'une formidable série médicale  Say Hello to Black Jack, ils sont à la fois leur scènariste et leur dessinateur. Alors que la graphisme de Sato est homogène, il n'est pas sans rappeler celui de la série Rainbow, série que je conseille grandement. La manière de Tachihara est beaucoup plus hétérogène. Il n'est pas évident dans Tsubasa que l'auteur des dessins des décors, en particulier ceux superbes des avions, soit le même que celui qui croque les personnages qui sont dans un style différent de celui dans lequel sont campés les décors dans lequel ils se meuvent, même si pourtant c'est le cas. Le mangaka a des difficultés, comme souvent dans les mangas, avec ses personnages qui par ailleurs par leur graphisme ont quelques parentés avec ceux d'Hugo Pratt. Il n'empêche que ce livre à la force des "Croix de bois" ou d'"A l'ouest rien de nouveau", rien de moins et marquera pour longtemps son lecteur. On y lit des phrases comme celle-ci, qui rendent compte de tout le dilemme qui ravageait ses garçons aux portes de la mort: << Je suis destiné à participer à une attaque kamikaze. Mais j'ai beau être dévoué à mon pays... Ca ne m'empêche pas d'aimer la liberté.>>. 

 

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Ci dessus un appareil, le célèbre zéro dont certains furent utilisés par les kamikaze, photo prise en octobre 2011 au musée du sanctuaire de Yasukuni-jinja

 

 

kosaburo-1945-03.jpgDépart de kamikazes japonais salués par des étudiantes


 

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Tsubasa

 

Tsubara et à un moindre degré L'ile des téméraires, apporteront un grand plaisir,  de natures différentes et diverses, à plusieurs types de lecteurs, par exemple à ceux qui s'intéressent aux armes de la seconde guerre mondiale où encore à ceux qui s'interrogent sur les motifs de l'héroïsme et à bien d'autres encore... Ces livres devraient aussi ravir les anciens lecteurs de Buck Danny ou du petit format Battler Britton dont j'étais un fan dans mon enfance...  

Si Tsubasa est un one shot ( récit complet en un volume ) alors que L'ile des téméraires pourrait être le premier tome d'une série, mais à priori cele ne serait pas le cas

Voici encore deux livres qui démontrent combien le manga peut être instructif, et cela d'ailleurs à différent niveaux de lecture, en particulier pour Tsubasa.

 

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 photo prise en octobre 2011 au musée du sanctuaire de Yasukuni-jinja

D'autres billets sur le manga sur le blog:  Une vie dans les marges de TatsumiBakumanTatsumiNomNomBâ de Shigeru MizukiTezuka à Japan expo 2011Ayako de TezukaColor Mandarake à Tokyo

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