Troie de Jarry et Campanella Ardisha

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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C'est audacieux de proposer une bande dessinée sur la guerre de Troie, on peut même avancer que c'est couillu, j'aurais d'ailleurs aimé en regard du sujet que l'homo-érotisme du dessin (sur lequel je reviendrais longuement) soit un peu plus présent. A noter que l'Histoire de la Grèce antique, presque absente de la bande-dessinée, si je ne m'abuse (il n'est pas interdit de m'en indiquer) a fait une récente apparition avec la reprise d'Orion (qui était la seule que je connaissais) et les nouvelles séries Sparte de Christophe Simon et Patrick Weber et ce « Troie ».


 

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Jarry,le scénariste est bien téméraire de vouloir mettre à plat les péripéties de la guerre de Troie et de ses prémices et peut être de ses conséquences d'autant qu'elles ont été narrées par une combintaine d'auteurs de l'antiquité à commencer par Homère et Virgile et même si l'on a perdu un grand nombre de ces textes, il en reste suffisamment pour occuper les auteurs de « Troie » jusqu'à la fin de leurs jours. Je recommande particulièrement dans le domaine, « La fin de l'iliade de Quintus de Smyrne (ce ne doit pas être facile à trouver. J'ai les deux tomes de cette merveille dans la très belle édition du « Pot cassé » c'est paru dans les années 30. L'édition comporte de beaux bois gravés.). Quelques auteurs contemporains, surtout en Amérique ont également traité le sujet. Et puis on se souvient du film de Wolfgang Petersendatant de 2004, film honorable si l'on accepte l'américanisation de la geste d'Homère. Les scénaristes du film avait eu le prudent et irrévérencieux choix (qui n'était pas sans arrières pensées politiques) de faire l'impasse de l'interventions des dieux dans toute cette histoire. Choix que courageusement n'a pas fait Jarry. On voit donc une quirielle de dieux, demis dieux et autres créatures étrange tel le centaureChiron, dans cette bande dessinée.

 

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Nous sommes au XIII ème siècle avant J.C., Troie est une ville côtière de l'actuelle Turquie, accessible aux grecs par la Mer Égée. Celle-ci est alors dominée par Agamemnon, roi de Mycène. Rêvant de dominer la Grèce, son frère Ménélas demande en mariage Hélène, la fille héritière de Tyndare, roi de Sparte. Or le héros Achille est lui-même amoureux de la nouvelle reine, tout comme Pâris, fils du roi Priam de Troie. Paris, devançant Ménélas enlève Hélène qui n'attendait que cela et l'emmène à Troie. Ménélas s'apercevant de la traitrise de Paris et de sa belle est furieux et jure de se venger. En arrière plan gronde un vieux conflit entre le dieu Ouranos qui réclame vengeance et Zeus qui l'a jadis banni. Ouranos plonge les hommes dans le chaos. Déjà plusieurs royaumes du Hatti et des Hourrites tombent et bientôt les Hittites et les Égyptiens sont menacés. L’Oracle de Delphes prophétise qu'à Troie se jouera l’avenir du monde...

 

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Comme on le devine à cet esquisse de résumé et bien que l'album s'ouvre sur une double page d'une carte de la Méditerranée avec les noms d'époque et se ferme sur une autre double page contenant un index des lieux, des personnages principaux et des divinités intervenant dans l'histoire , il ne sera pas toutefois inutile pour le lecteur de se remémorer les grandes lignes de cette guerre légendaire. Un excellent moyen pour cela est de lire Contes et légendes tiré de l'Histoire grecque de Desmurger, recueil édité il y a bien longtemps aux éditions Fernand Nathan dans la célèbre collection des Contes et légendes. Ce doit être épuisé mais facile à ce procurer dans les officines sur les quais de la Seine, sur la toile ou ailleurs... Il peut être aussi utile d'avoir un dictionnaire des mythologies d'autant que le scénariste ne convoque pas seulement la mythologie grecque mais aussi celle de l'Egypte et même au passage l'hittite...

 

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Je suis trop ignorant de ces choses pour vous dire qu'est ce qui relève de l'invention de Jarry par rapport aux connaissances des doctes hellénistes. D'autant que ces deux premiers tomes ne racontent que les prémices de la guerre de Troie. A la fin du deuxième album Hélène est enlevée par Paris. Ménélas (pas sympathique du tout, un véritable tueur en série) n'est pas content du tout et jure de se venger...

Il me semble que pour plus de clarté le scénariste aurait du se limiter aux événements autour de la guerre de Troie déjà fort embrouillés. Je ne comprend pas, mais peut être que la réponse se trouvera dans les albums suivants, pourquoi il y a ajouté les péripéties des derniers feux de la guerre entre Zeus et Chronos qui dévaste la Méditerranée. Les dieux instrumentalisant les hittites alliés aux égyptiens contre les crétois qui ont fait un pacte avec Chronos qui fut dépossédé de son pouvoir par Zeus...Il y a déjà quelques temps.

 

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Avec Campanella Ardisha on est ravi de découvrir un dessinateur qui connait parfaitement l'anatomie humaine. Son talentimpressionne d'autant que les deux premiers albums de la série Troie sont les premiers de ce dessinateur. Les influences subies, mais bien digérées, sont facilement décelable. Le rendu des visages de femmes rappelle, ceux de Philippe Delaby, le dessinateur de Murena.Les scènes de combat, elles, sont clairement influencées par celle des comics américains en particulier par ceux de Gil Kane. Quant aux nuées d'oiseaux mortifères qui fondent sur les villes hittites,; elles rappellent les marées noires du temps du manga « Sprite », comme l'esthétique du monstre Talos mi cyclope, mi robot, elle semble venue d' « Evangelion » à moins que ce soit du Pluto d'Urasawa! Quant aux plans larges des villes antiques que dessine Campanella Ardisha elle m'évoque celle magistralement campées par Chaillet, ce qui n'est pas un mince compliment. Contrairement à la réalité historique, le dessinateur à pris le parti pris pratique de représenter les monuments et sculptures antiques blancs et non peints ce qui évite qu'on les confonde avec les personnages. Campanella Ardisha n'hésite pas à utiliser d'audacieux angles de vue en particulier pour ses scènes de combat mais aussi parfois pour des détails architecturaux. Les dessinateurs cités comme inspirateurs de Campanella Ardisha devraient allécher tout amateur de bande-dessinée.

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