TREVOR

Publié le par lesdiagonalesdutemps


 

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Fiche technique :
 
Avec Brett Barsky, Judy Kain, John Lizzi, Jonah Rooney, Stephen Tobolowsky, Cory M. Miller, Allen Doran et Lindsay Pomerantz.
Réalisation : Peggy Rajski. Scénario : James Lecesne. Musique originale : Danny Troob. Image : Marc Reshovsky. Montage : John Tintori.
 
USA, 1994, Durée : 17 mn. Disponible en VO.
 
Résumé :

L'innocence de Trevor, 13 ans, fan des chansons de Diana Ross, est brutalement brisée quand son meilleur ami, le garçon le plus populaire de sa classe, se retourne soudainement contre lui en comprenant que Trevor est gay et amoureux de lui. Les camarades de Trevor commencent à se moquer de lui, trouvant qu’il marche comme une fille... La détresse de Trevor culmine avec une tentative de suicide mais dont on peut douter du sérieux, malgré la solennité de la mise en scène car le garçon décide de mourir en avalant un tube d'aspirines... Mais à la fin, sa forte volonté et sa détermination l'aideront à accepter son homosexualité...

Boys Life 2

L’aviscritique

Ce film, tourné il y a déjà plus de dix ans et dont l’action est sensée se dérouler en 1981, n’a pas pris une ride et l’on peut ajouter "malheureusement", car il traite de sujets presque tabous : le suicide chez les jeunes gays et la sexualité chez les préadolescents. Sa principale qualité est de traiter ces sujets sans pathos et avec un humour certain. Cette mise à distance par le ton n’empêche pas l’empathie que l’on éprouve pour Trevor.
Dès les premières minutes du film (avec ses mises en scène de suicides, que Trevor organise pour que ses parents s’aperçoivent qu’il existe, de véritables appels au secours à des sourds autistes pour qui leur fils a la transparence d’une vitre et la densité d’un ectoplasme), on pense à Harold et Maud. Trevor est un Harold de 13 ans confronté à des parents indifférents.
Le court-métrage avançant, c’est à un autre film que l’on pense, 50 façons de dire fabuleux. Trevor est le quasi jumeau du héros du film d’Aitken, même physique un peu ingrat au corps trop enveloppé, même naïve follitude, même goût de l’évasion dans des rêves de paillettes joint à la passion de l’introspection.
La réalisatrice utilise pour faire avancer et densifier son histoire un procédé à hauts risques qui donne généralement de très mauvais résultats : la voix off. Pourtant ici, on a jamais le sentiment, comme c’est trop souvent le cas avec cette figure cinématographique, qu’elle n’est là que pour palier le manque de moyens ou la médiocrité d’un acteur amateur incapable de faire passer ses sentiment par le dialogue ; jamais non plus elle est redondante avec l’image et cela grâce à une astuce : cette voix off est celle de Trevor qui lit son journal intime en contrepoint de ce que l’on voit sur l’écran. Pour que ce soit convaincant, faut-il encore comme ici que le texte soit écrit à hauteur de celui d'un enfant comme Lecesne, le scénariste, est parvenu à le faire, sans doute parce que tout cela est très autobiographique. En 17 minutes, le film réussit à mélanger réalité et désir. Il ne faut jamais oublier que ce que l’on voit n’est peut-être finalement que seulement ce qu’écrit Trevor. Alors où commence le rêve ou le cauchemar et où finit la réalité ? Ce qui peut donner une interprétation complètement différente du film (voir le résumé) et en particulier de sa fin.
Plastiquement, le film ne manque pas d’audace puisque parfois Peggy Rajski brave l’interdit du regard caméra ; ainsi Trevor semble s’adresser à nous, cadré en plan moyen sur un fond neutre. J’ajouterais pour terminer que l’image est soignée avec des cadres inventifs sans maniérisme et une belles lumière. La musique n’est pas non plus pour rien dans le charme que dégage le film.
Le film de Peggy Rajski est couvert de prix , en 1994 Trevor a obtenu l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction, le Teddy award 1995 du meilleur court-métrage à Berlin.
Suite aux réactions engendrées par le film au sujet du suicide chez les jeunes gays, James Lecesne, Peggy Rajski et Randy Stone ont mis sur pied une fondation "Trevor project" qui, sous forme d’une écoute téléphonique ouverte 24 heures sur 24, se propose d’aider les jeunes gays en crise qui seraient tentés par le suicide. Le but de l’association est la prévention du suicide. Elle guide et oriente les jeunes qui s’adressent à elle pour qu’ils surmontent leur désespoir. Des permanence sont ouvertes à Los Angeles, San Francisco et New-York.

Publié dans cinéma gay

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