Thierry portrait d'un absent

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Peut-être que cher lecteur êtes vous dans mon cas et que demain il vous arrivera le même bonheur qui vient de me toucher. Hier encombré par une kyrielle de VHS que je ne regardais plus, celles-ci étant "ramassées" dans de grands cartons, suite à mon déjà ancien déménagement, elles s'empoussiéraient tout en s'humidifiant. Je me suis décidé, équipé d'un enregistreur sur disque dur de transformer ma copieuse vidéothèque en non moins copieuse dévédéthèque. C'est un travail de longue haleine qui commence par l'émondage de la vidéothèque en supprimant les titres en VHS dont on a déjà les dvd. Ce qui m'a rempli deux grandes poubelles. Ensuite on pioche dans le tas et la transmutation commence; mais la mise sur dvd n'améliore en rien la qualité VHS, (donc transmutation est un mot bien mal choisi) mais cette opération a pour effet de diviser l'encombrement de votre filmothèque par 8! si vous faites le transfert à vitesse normale, ce que je vous conseille. Or donc, ce matin je suis tombé sur une merveille que je n'avais pas oubliée mais  revue depuis des années, il s'agit d'un documentaire passé sur Arte en 1994. C'est d'ailleurs ce genre de programme qu'il faut préserver en priorité car lorsqu'on reçoit les chaînes du câble avec un peu de patience on peut récupérer presque tous les films et les enregistrer directement en dvd d'une qualité bien supérieure au repiquage d'après VHS. Le piège lorsque l'on fait cette opération c'est de se mettre devant le programme en cours de recopie c'est ainsi que j'ai redécouvert:
thierry
Thierry portrait d'un absent de François Christophe, un formidable documentaire de 55 mn qui est la conjonction de trois hasard. En 1990 François Christophe étudie à la Femis. Alors qu'il filme les SDF du métro pour un court métrage d'école, il rencontre Thierry, un vagabond vindicatif aux lèvres aussi gercées que son passé. Ils s'entendent bien et l'édudiant décide de faire un film entier sur lui. Il lui fixe un rendez-vous pour l'année suivante. Entre temps le mélange d'alcool et d'héroine tue le clochard. Il est retrouvé mort à 34ans dans un petit hôtel d'Avignon. Le jeune réalisateur apprend en même temps la mort de son sujet et qu'il avait fait l'objet d'un reportage télévisé de Bernard Bouthier  lorsqu'il avait 15 ans. Lorsque François Christophe découvre ses images, il est bouleversé comme chaque spectateur le sera en découvrant son film où il tricote habilement les images de 1972 avec celles prises furtivement juste avant la disparition de Thierry et avec les interviews de ceux qui l'ont connu. Il y a de l'hommage au jeune rebelle brûlé par la société dans sa démarche. Il retrouve sa mère, son frère, un prêtre ami, des magistrats. Tous évoquent le défunt, mélange de révolte goguenarde et d'autodestruction. Comment ne pas avoir le coeur , nous qui connaissons son destin, devant ce garçon de 15 ans aux lèvres pleines, à la tignasse drue qui rêvait d'être juif <>, qui confondait Jeanne D'Arc et Marie Antoinette, pleurait sa chienne emporté par le cancer, refusait d'imaginer un monde meilleur parce que << si on imagine on devient con>>. On en  a tous rencontrè de ces garçons qui ne peuvent resté enfermés et que le sirop de la rue telle la sirène maléfique appelait  à se perdre.  Il ne faut pas se le cacher  "Thierry portrait d'un absent  réveillera  la mauvaise  conscience de presque tous ses spectateurs. 
François christophe ne juge jamais les protagonistes de cette histoire. Il nous donne à seulement à entrevoir l'implacable mécanisme qui a conduit à ce naufrage dont l'amour maternel reste le seul rescapé. On oubliera pas les doigts de cette vieille femme enserrant le médaillon contenant  une minuscule photo de son fils, <> dit elle inconsciente du double sens de ses paroles. Elle se remémore son ptit gars et déchiffre les cartes postale qu'il lui envoyait quand il faisait la route 'Espagne ou de Biarritz, toujours du sud et qui se terminait invariablement je t'embrasse partout, ce qui génait la pauvre femme... Jamais il y a chez le réalisateur  d'opportunisme  sentimentaliste  même si parfois on ne peut s'empécher de se sentir mal  à l'aise d'être rentrée dans l'intimité d'un homme qui ne voulait pas faire partager sa déchéance.  Son travail  est une caresse à rebrousse poil, un beau tombeau pour  ce funambule enterré dans le carré des indigents, un hommage respectueux  à celui qui vécu dans un éternel refus du monde. Après avoir vu ce film bouleversant on regarde différemment le SDF que l'on croise parceque "Thierry portrait d'un absent"  a su  restituer son histoire à l'un de ces anonymes échoués que le passant pressé, emmuré dans son confort, ne voit plus.

Publié dans télévision et radio

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Simon 12/01/2012 13:49

Oui, c'est un très beau film. J'ai connu Thierry et je me souviens de la réalisation du film, j'aimerais beaucoup me le procurer, comment est-ce possible ?
Quelqu'un saurait-il ce qu'est devenu François Christophe ?

lesdiagonalesdutemps 12/01/2012 15:06



Si vous voulez je peux vous envoyer une copie contactez moi par mail à bernar.a@wanadoo.fr



Elodie 19/12/2011 15:02

Nous avons ce reportage en cours d'SES et 4 ans après nous nous en souvenons encore!
Bisous partout.

lesdiagonalesdutemps 19/12/2011 15:41



C'est un film si émouvant et si juste qu'on ne peut pas l'oublier