The grand Budapest hôtel, un film de Wes Anderson

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Voilà enfin une bonne adaptation de Tintin, bien meilleure que celle de Spielberg. Tintin ne s'appelle pas Tintin car Wes Anderson n'a pas voulu cracher au bassinet de la sourcilleuse compagnie Moulinsard c'est donc Zéro. Nous sommes dans un palace d'Europe centrale, The Grand Budapest Hôtel (pourquoi Grand Hôtel Budapest alors qu'il est situé en pleine montagne mystère!), probablement à la fin des années trente. Zéro se fait engager comme groom dans le palace (Tonnerre de Brest ce n'est pas Tintin mais Spirou). Il est sous la coupe de Monsieur Gustave, l'homme aux clés d'or de l'hôtel, joué par Ralph Fiennes, acteur aussi excellent que caméléonesque à un tel point que je ne le reconnaitrais pas si je le croisais dans un ascenseur. Pour qu'il n'y ait pas de soupçon de relations contre nature entre Zéro et son mentor (comme de mauvaises langues l'insinuent à propos de Tintin et du capitaine Haddock), Wes Anderson a choisi un acteur, Tony Revolory très moche et pakistanais (enfin je crois car il ressemble aux vendeurs de maochos que je vois l'hiver sur les trottoirs de Paris); ceux qui crient au pléonasme sont de vilains racistes, mais n'auront pas à passer par la case Lissac. Monsieur Charles est la perle de sa profession et un éducateur prévenant pour Zéro d'où malgré le laideron qu'est le garçon de forts soupçons de relations autres que professionnelles entre eux... D'autant que les manières de Monsieur Gustave font penser qu'il ne fait pas de mal aux dames. Erreur il leur fait du bien! Enfin uniquement aux riches clientes cacochymes de l'hôtel. On a même droit à une image subliminale de monsieur Charles se faisant faire une fellation entre deux portes par sa « cliente préférée » la comtesse Céline Villeneuve Desgoffe und Taxis dit Madame D (Tilda Swinton).Donc contre toute attente Monsieur Gustave aime les vieilles dames (un peu comme la capitaine Haddock avec la Castaphiore) enfin on peut penser que c'est surtout par conscience professionnelle et un peu par intérêt. Monsieur Gustave leur offre un doux ramonage à moins que ce ne soit qu'une douceur pour leur glotte en guise de service d'étage, en un mot il est in peu gigolpince comme le disait le regretté Alphonse. Tout allait pour le mieux dans ce palace Syldave (j'ai tout de suite reconnue les uniformes des policiers typique de Syldavie, même si j'ai envisagé un instant que nous pourrions être au Bonhalla) malgré les bruits de bottes venant de la Bordurie voisine (à moins que ce soit le Bretzelbourg car je n'ai pas vu de moustaches en plexiglas! Mais de la pilosité à la Lubitsch), jusqu'au jour où la cliente préférée de Monsieur Gustave, Madame D., qui est en outre la propriétaire du Budapest Hôtel, avale son râtelier. Elle a la généreuse idée de léguer à Monsieur Charles, le joyaux de sa fortune, un tableau, « Le garçon à la pomme » qui aurait pu être peint par Ricco Wassmer. La famille est offusquée par ce lègue en particulier le fils de la dame, Dmitri Desgoffe und Taxis auquel le trop rare, à mon goût, Brody prête ses traits. A travers l'identité ronflante du personnagej'ai immédiatement reconnu Zantafio. L'héritier spolié fera bien des misères à Monsieur Gustave que Zéro n'hésitera pas à spontanément aider. Il le fera même jeté en prison car entre temps Dmitri s'est révélé être un des chefs des bordures. Ces derniers envahissent la Syldavie. Zantafio, car c'est bien lui, la preuve, ses hommes de mains portent sur la manche de leur uniforme le sinistre double Z (comme Zantafio pour ceux qui n'auraient pas compris), fait du Grand Budapest Hôtel son quartier général. A ce moment du film, alors que je m'étonnais de n'avoir toujours pas vu ni Milou, ni Spip pas plus que le Marsupilami, voilà que rapplique Chéribibi qui aide Monsieur Gustave à s'évader de son ergastule. Il retrouve Zéro et les deux compères partent rechercher le fameux tableau. Ils sont poursuivi par un tueur psychotique (Willem Dafoe) que l'on croirait sorti d'un film des frères Cohen...

 

The Grand Budapest Hotel


Mais en fait les trépidantes péripéties ne sont qu'annexes, les véritables vedettes du film en sont les décors et en particulier celui de l'hôtel filmé avec un grand sens de la symétrie qui donne la très curieuse impression deux fois la même image mais inversée.

Tout cela est raconté par Monsieur Charles devenu vieux. Bizarrement il ne ressemble pas du tout à ce qu'il était jeune. Notre laideron de pakos s'est transformé en un grand juif américain dont le nez bulbeux fait subodorer qu'il n'a pas du que sucer de la glace. Il raconte toute son histoire à un écrivain (Jude Law)qui serait un avatar de Stefan Zweig, je ne l'avais pas reconnu, mais j'ai lu le dossier de presse..., dans le grand hôtel Budapest une quarantaine d'années plus tard. L'hôtel a entre temps connu une transformation due à un fameux designer communiste qui avait une prédilection pour l'orange...

 

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Les nostalgiques des truquages par transparence vont être ravis. On n'avait plus vu cela depuis sir Alfred. Il y a aussi une maquette surannée d'un téléphérique dans le passage de la poursuite extravagante dans la neige à ce propos cette séquence m'a fait penser non à un roman de Zweig mais à « L'oiseau bariolé ».

On passe un très agréable moment ne serait-ce qu'a repérer les apparitions de comédiens célèbre, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, Bill Murray, Owen Wilson, Léa Seydoux, apparitions tout aussi fugitives pour la plupart que la pipe que j'ai mentionné au début du billet, mais je crains que ce « Grand Budapest Hôtel » s'oublie assez vite.

 

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Epilogue: Un ami à qui je tenais à peu près les mêmes propos sur le film que ceux que vous venez de lire me répondit que j'étais une buse et que je n'avais rien compris au film. Il m'assena que sous un aspect léger « The grand Budapest hôtel » était à la fois une dénonciation du communisme, du fascisme et même de l'ultra libéralisme (Vous avez sans doute remarqué que depuis quelques saisons le libéralisme ne se porte plus qu'ultra.). Sans oublier que le film dénonçait combien les domestiques étaient avilis par les nantis. Et qu'il y avait probablement une discrète allusion à un scandale récent qui avait vu un libidineux haut fonctionnaire international sauter avec la dernière des brutalités sur une jeune femme de chambre, noire de surcroit... Mon ami est un intellectuel qui voit de profondes intentions que le béotien que je suis est incapable d'apercevoir...

 

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