interview de Florent Chavouet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

florent chavouet livre promo

 

 

J'ai trouvé l'interview de Florent Chavouet ( pour aller sur son site et voir plein de dessins de ce formidable dessinateur il suffit de cliquer sur son nom dans les liens amis) sur l'excellent site manga-news que je vous recommande chaudement et dont l'adresse est: http://www.manga-news.com. Bien sur précipitez vous sur les deux albums de Florent Chavouet, émerveillement garanti. Essayez de vous faire dédicacer les livres (sur son site l'artiste annonce ses séances de dédicace) car en plus Chavouet est très sympathique. J'ai ajouté au texte des dessins de Chavouet issus de ses deux livres et de son site.  

 


 

Il y a quelques semaines, nous avons eu le plaisir de rencontrer Florent Chavouet, l'auteur de Manabé Shima(sélectionné lors du 38e festival d'Angoulême) et Tokyo Sanpo. Voici le compte-rendu de notre entretien réalisé à la Librairie Komikku!
 

  
 
Florent Chavouet, merci d'avoir accepté cette interview. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours avant de partir au Japon et de dessiner Tokyo Sanpo ?
Pour le dire de manière simple, je galérais (rires). J'ai terminé des études d'arts plastiques en 2004. J'ai commencé par un BTS de design, puis je suis allé à l'université en arts appliqués et j'ai donc terminé, toujours à l'université, avec les arts plastiques. Entre la fin de mes études fin 2004 et mon arrivée à Tokyo en juin 2006, je faisais beaucoup de petits dessins à droite à gauche et des débuts de BD en essayant de les faire publier, mais ça ne marchait pas. A vrai dire, je suis peut-être l'auteur qui a fait le plus de débuts de BD (rires). A l'époque, j'étais très axé BD franco-belge...

 




... Puis vous êtes parti en juin 2006 pour le Japon en suivant votre compagne...
Exactement. Comme je l'explique dans la préface de mon ouvrage, elle avait trouvé un stage là-bas. Elle aussi adore le Japon, et elle parle couramment le japonais, mieux que moi (rires). Quand je suis parti, je ne parlais pas le japonais, et je ne le parle d'ailleurs toujours pas (rires). Ce voyage fut l'occasion pour moi d'aller pour la première fois à Tokyo sur une longue durée. 


Comment vous est venue l'envie de dessiner là-bas ?
Je m'ennuyais, tout simplement, car je ne trouvais pas de petit boulot. Et comme le dessin c'est mon truc, j'ai insisté sur cette voie. Finalement, ce fut plutôt une bonne chose que je sois resté chômeur à cette époque, car sinon je n'aurai peut-être jamais fait Tokyo Sanpo, même si j'aurais quand même sûrement dessiné à droite à gauche comme lorsque j'étais à Paris. A la base, je dessine tout le temps, que ce soit au Japon ou pas.


  



Et d'où est venue l'idée de représenter les quartiers et les scènes de vie dans Tokyo Sanpo ?
C'est venu après, car j'ai d'abord commencé à dessiner là-bas parce que je n'avais rien à faire. Il n'y avait pas vraiment de but précis, ni de sujet. Puis en voyant les dessins s'accumuler, j'ai eu envie de faire ça plus sérieusement, et c'est finalement au retour, quand j'ai trouvé l'éditeur Philippe Picquier, que nous avons réellement décidé d'en faire un livre. Il fallait y changer pas mal de choses, et c'est mon éditeur qui m'a notamment suggéré qu'il fallait donner un petit aspect "guide" à l'ouvrage, faire un chapitre par quartier, et de mettre au début une carte et un koban faisant office de fil rouge. Les cartes et les koban sont les seules choses que j'ai faites en France.

 




Comment s'est passée la rencontre avec Philippe Picquier ?
A mon retour en France, j'ai prospecté du côté des éditeurs mais ça ne marchait pas. J'ai finalement rencontré un membre de l'équipe de l'éditeur au salon du livre jeunesse 2007 de Montreuil, je lui ai donné des photocopies de mes dessins, et quelques mois plus tard j'ai reçu des mails me disant que mon travail intéressait les éditions Picquier. J'ai ensuite rencontré au salon du livre 2008, porte de Versailles, Philippe Picquier. C'est là qu'on a signé, après avoir bien réfléchi à ce qu'on voulait faire.


  
  
Concrètement, que trouve-t-on dans Tokyo Sanpo ?
Un peu de tout. Des portraits de quartiers, des petites scènes de vie... J'ai essayé de beaucoup varier le contenu et les sujets. Ensuite, tout est classé de manière géographique, selon les quartiers, mais il n'y a pas tous les quartiers de Tokyo car quand j'étais sur place je n'avais pas idée de faire ça, donc ça n'a pas pour vocation d'être exhaustif, mais de toute façon il est impossible de l'être. Le tout est classé un peu dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. On part du Nord pour aller vers l'Ouest, puis au Sud, pour finir par l'Est, mais il y a quand même quelques "zigzags".

 

florent chavouet image 3

 

Qu'est-ce qui vous a marqué en arrivant au Japon ?
C'est difficile à dire. Ce n'est pas la première fois qu'on me pose cette question et j'ai toujours du mal à y répondre. Il y a plein de choses qui me viennent à l'esprit, mais ce sont des toutes petites choses et je ne sais pas si c'est si marquant que ça. Par exemple, on parle souvent de la politesse japonaise. Les Japonais sont très polis, et le montrent d'une manière différente de la nôtre: ils ne retiennent pas les portes, se raclent la gorge dans les bibliothèques, ce qui pose moins de problème qu'en France, et à côté de ça ils sont très civilisés, ne doublent pas dans la queue, sont toujours prêts à aider... En tout cas, globalement, je pense qu'ils sont plus polis que nous (rires). Maintenant, vous savez qu'il faut faire attention en passant une porte derrière un Japonais ! (rires)

 

 

Puis vous êtes revenu en France. Est-ce vous qui avez eu l'idée de repartir par la suite pour faire Manabe Shima, ou est-ce Picquier ?
C'est moi qui ai harcelé Picquier (rires). J'en ai eu l'idée de Manabe Shima après la sortie de Tokyo Sanpo, quand on me posait des questions sur Tokyo. Je trouvais ça un peu dommage car ce que je préfère au Japon n'est pas Tokyo mais la campagne. Du coup je me suis dit que cela pourrait être une bonne idée de refaire à peu près la même chose mais pour la campagne. A force d'en parler à Picquier, il a fini par céder. Je suis donc reparti deux mois, et c'était la première fois que j'y allais tout seul.






Le fait d'être tout seul cette fois-là, qu'est-ce que ça a changé pour vous ?
Les gens venaient plus vers moi, m'invitaient à aller voir des choses. Également, mon vocabulaire japonais s'est un peu plus développé. Je suis reparti avec mes petites bases de Japonais surtout formées d'adjectifs, puis j'ai appris un peu plus sur place. Sinon, j'ai toujours mon petit dictionnaire à portée de main, mon carnet pour dessiner, et j'ai également essayé le mime (rires). Quelques mots d'Anglais, ça va aussi parfois pour se faire comprendre. Voire quelques mots de Français ! Je voulais en parler un peu dans Manabe Shima et j'ai oublié...

 




Voici une bonne occasion pour nous en parler ! Quels sont donc ces mots français utilisés au Japon ?
Par exemple, pour les noms propres, il y a Alain Delon (rires). Sinon, chose un peu bizarre, ils aiment l'expression "mais qu'est-ce que c'est ?" J'ai entendu plusieurs personnes l'utiliser pour plaisanter, sans jamais comprendre d'où pouvait venir ce goût pour cette expression. En tout cas, finalement, j'arrivais toujours à me faire comprendre, même si ça pouvait être plus ou moins compliqué selon les personnes. Par exemple, Hiroshi le pêcheur était toujours en train de m'expliquer des choses et se décarcassait pour y parvenir, avec des dessins, des mimes...

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Finalement, vous avez réussi à lier des amitiés assez facilement ?
Oui, et j'en étais très content ! J'y allais un peu pour ça sans savoir si ça irait ou non, et au final ça a très bien marché. Ils ont tous été adorables, chacun à sa manière. Par exemple, il y avait des personnes très curieuses, qui venaient plus vers moi et que je voyais tous les jours. Et il y en avait de tous les âges, même si globalement les plus âgés étaient plus discrets. Des personnes comme Hiroshi le pêcheur et la famille de l'hôtel, qui devaient avoir entre 45 et 50 ans (je les classe parmi les jeunes) me suivaient tout le temps.




Qu'est-ce qui vous a fait choisir Manabe Shima en particulier ?
Je savais que je voulais aller sur une petite île de la mer intérieure car ça m'arrangeait d'un point de vue géographique, et je souhaitais éviter des îles comme Okinawa, trop loin, trop chères, peut-être aussi trop touristiques. La mer intérieure était préférable car elle est plus facile d'accès, et il y avait l'embarras du choix au niveau des îles; Je me suis focalisé sur un petit chapelet d'île au niveau d'Okayama et pamri celles-ci, j'ai cherché celle pour laquelle je trouvais le moins de documents sur Internet. A l'époque du voyage, il n'y avait quasiment rien sur Manabe Shima sur Internet, tout au plus quelques photos, mais ça a changé depuis, il y a même un site internet à présent.

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Quelles sont les principales différences entre Tokyo Sanpo et Manabe Shima ?
Dans Manabe Shima, il n'y a pas de découpage par quartiers. Il y a très peu de chapitres, que j'ai essayé d'ordonner par thématiques, mais le résultat est très relatif. Pour le premier chapitre, j'arrive à me tenir à peu près à la présentation des personnages. Le chapitre "Chassez le naturel" est là pour aborder, grosso modo, le sujet de la nature et les thèmes qui s'en rapprochent comme la pêche, mais ça ne m'a pas empêché de parler également des bâtiments, etc... "La mer à boire" portait plus sur les métiers de la pêche... Finalement, le déocupage parâit assez peu évident.


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Le métier le plus représentatif là-bas est donc la pêche ?
C'est relatif, car sur l'ensemble de l'île il n'y a que trente pêcheurs, ce qui n'est pas si énorme que ça. Je pensais qu'il y en aurait plus, mais finalement, il y a plus de bateaux que de pêcheurs (rires). Cela dit, le reste de la population est principalement constitué de personnes âgées qui ne travaillent plus forcément, qui vivent de jardinage en vendant un peu leurs légumes. Mais ils ne vivent pas non plus en autharcie, car par exmeple, il n'y a pas de rizières donc il apportent le riz par bateau. Et il apportent également tout ce qui est biscuits et autres, évidemment, qu'ils ne font pas. Par contre,les légumes et poissons sont totalement d'origine locale. J'ai tendance à dire que finalement, ils sont plus riches qu'un Tokyoïte moyen, car ils ont de la place, ont tous un jardin, un bateau, ont des pastèques (fruit très cher au Japon) quand ils veulent. A côté de ça, ils n'ont pas de voitures, mais de toute façon ils n'ont aucune vraie route hormis une qui relie les deux villages de l'île. Ils ont quelques scooters et vélos mais leur utilisation reste compliquée.
 

Pensez-vous pouvoir réussir à faire se développer le tourisme là-bas avec votre oeuvre ? (rires)
J'aimerais et je n'aimerais pas que ce soit le cas. Ce genre d'endroits reculés, en marge, un peu oubliés, restés authentiques, doivent être préservés, mais en même temps on aimerait qu'ils soient un peu moins oubliés, car si les habitants étaient si curieux et gentils avec moi, c'est bien parce qu'il ne se passe pas grand chose chez eux. Quand je suis reparti, ils insistaient pour que je leur envoie régulièrement des cartes postales, et ils étaient très contents de savoir que j'allais faire un livre sur eux. Finalement, disons que si cela donne envie à quelques lecteurs de s'intéresser à l'île, je serai très content, ne voulant pas attirer un tourisme de masse et n'ayant de toute façon aucunement cette ambition.
Pour les touristes français, quel circuit touristique un peu différent des habituels circuits Tokyo-Kyoto-Osaka-Hiroshima auriez-vous envie de conseiller ?
C'est assez compliqué... L'été dernier, je suis allé sur le mont Aso, très connu et assez touristique (mais surtout auprès des Japonais), mais vraiment superbe, bien plus qu'en photo. Après, il y a l'île de Shikoku dans sa globalité, mais il faut avoir les moyens de s'y déplacer. La côté pacifique y est superbe. La vallée de la rivière Shimanto Gawa, l'une des plus célèbres vallées du pays, y est également très belle. Après, tout dépends des moyens et du temps, mais s'il y a possibilité de louer une voiture, ou de parcourir le tout en vélo comme je l'ai fait cet été, c'est l'idéal. A raison d'une cinquantaine de kilomètres en vélo par jour, c'est parfait pour prendre le temps d'admirer les paysages et d'aborder les habitants. Financièrement, ça reste assez raisonnable en campant, mais le problème reste surtout celui du temps. Enfin, j'ai pris le temps de retourner à Manabe Shima, et j'ai pu montrer à la famille de l'hôtel le livre par ordinateur, ça les a beaucoup fait rire et étaient très heureux. D'ailleurs, Picquier va leur envoyer prochainement plein de livres, et nous avons imprimé la grande carte de l'île sur une toile imperméable pour qu'ils puissent la mettre à l'entrée du port. Picquier est à mon goût un très bon éditeur, pas très contraignant puisque j'avais carte blanche.


Merci beaucoup pour cette interview !


Remerciements à Florent Chavouet

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