Tableaux d'une exposition de Patrick Gale

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Le grand talent de Patrick Gale est, dès les premières pages de ses romans, de provoquer un grnad plaisir de lecture grâce à un style d'une grande limpidité. Entrer dans un de ses livre c'est être en empathie immédiate avec ses personnages. Cette faculté me rappelle celle que possède les romans d'A. J. Cronin, écrivain anglais bien injustement oublié aujourd'hui qui a connu pourtant un grand succès populaire dans le deuxième tiers du vingtième siècle. S'il est actuellement bien difficile de trouver ses ouvrages en librairie, en inventoriant les bibliothèques des résidences secondaires, tant en France qu'en Angleterre où l'on vous invite, il ne devrait pas être difficile de dénicher ses romans qui seront un antidote efficace à la tristesse des jours de pluie. Mais revenons à Patrick Gale et plus précisément à Tableaux d'une exposition. Comme dans ses autres romans le style de Gale est plus précis que celui de son devancier. Il excelle dans les descriptions psychologique et sait rendre comme peu d'auteurs une atmosphère, un lieu, une époque, les rapports entre les hommes par la précision de la description de quelques éléments du décor, sans que cela vienne ralentir le cours du récit.

Tableaux d'une exposition appartient au type classique de la saga familiale, même si elle n'englobe vraiment que deux générations. Elle va du milieu des années 50 au tout début du XXI ème siècle. Comme les précédents livres de Patrick Gale, « Tableaux d'une exposition » est ancré en Cornouailles dont les paysages ont déjà inspirés Rosamund Pilcher, ou Daphné du Maurier...

Le récit tourne autour de Rachel Kelly, la figure dominante de la famille. Elle un peintre célèbre, mais qui, après l'abstraction qui lui apporté la gloire, connait la désaffection du public et de la critique depuis son retour à la figuration. Lorsque débute le livre nous comprenons qu'elle vient de mourir à l'aube de ses soixante dix ans. Le roman ne sera qu'une suite de flash-back dans lesquels se dessine petit à petit le portrait de Rachel Kelly, grande artiste, souffrant de troubles maniaco-dépressifs, à travers divers épisodes de sa vie. Chacun est centré sur un membre de sa famille, son mari tout dévoué à sa femme, ses enfants qui ont souffert de cette mère certes aimante, mais imprévisible et tout d'abord habitée par son art...

Les lecteurs des deux autres romans de Patrick Gale, parus en français, toujours aux éditions 10/18, « Chronique  d'un été » et « Une douce obscurité », ne seront pas dépaysés. Encore une fois c'est une femme qui est au centre du livre et une femme âgée comme dans « Chronique d'un été » qui reste à mon avis son meilleur roman; Encore une fois nous avons affaire à une famille dans laquelle la maladie dérègle le cours de la vie et où l'homosexualité si elle n'est pas centrale, est présente en les personnes de Hedley, le fils cadet, et de Jack, l'ami de la famille et toujours les paysages de Cornouailles qu'affectionne, et il a bien raison, le romancier qui sait donner l'envie de s'embarquer pour Saint-Yves. Les rapports homosexuels dans « Tableaux d'une exposition », comme dans ses autres romans sont décrits avec beaucoup de vérité. Ils paraissent aller de soit et n'être pas un problème pour les protagonistes

La construction du roman est originale. Au début de chacun des chapitres, tous assez courts, dans un encadré, se trouve un texte qu'on identifie vite comme étant celui d'un cartel qui serait près d'un tableau ou d'un objet ayant appartenu à l'artiste chaque chapitre s’ouvre sur le descriptif d’un cartel présentant une œuvre ou un objet ayant appartenu à l’artiste ( le titre original du roman, « Notes from an exhibition », est plus pertinent que le titre français, plus restrictif),lors de la rétrospective de Rachel Kelly, d'où le titre du roman, « Tableaux d'une exposition ». Cette belle idée n'est pas complètement menée à bien. Si l'auteur sait à merveille en quelques mots ressusciter le contexte dans lequel la toile a été peinte, il peine un peu à nous faire « voir » les oeuvres de son héroïne, oeuvres qu'il aurait été judicieux ne nous présenter dans l'ordre chronologique pour que l'on puisse se rendre compte de l'évolution du peintre en regard des évènements de sa vie qui influent sur son art.

L'auteur, comme dans les bons vieux romans classique fait preuve d'une omniscience totale. On découvre que la psychologie de chacun des personnages a été marquée différemment par la personnalité de Rachel. Les histoires s’enchevêtrent dans le temps, dans l’espace, les personnages se croisent, se recroisent, évoluent, redeviennent enfants. A chaque paragraphe le lecteur qui apprend comment un événement qui peut sembler anodin, peut avoir un impact sur une vie entière.

Si l'on oubliera pas de si tôt Rachel, on peut déplorer un certain systématisme dans les romans de Gale, mais qui n'est pas perceptible pour qui aborderait son oeuvre par cet opus. Les ingrédients de ses trois romans sont identiques, un mystère familiale, une maladie grave qui dicte l'attitude de plusieurs personnages, un milieu particulier, ici le monde de la peinture et celui des quaker, dans « Chronique d'un été » c'était la prison et dans « Une douce obscurité » celui des chanteurs d'opéras. Si le cuisinier sait à la perfection mitonner son plat, le convive habituel sent tout de même la recette. En outre Gale s'il sait instiller le suspense, use un peu trop du romanesque, même si dans « Tableaux d'une exposition », il charge moins la barque que dans « Une douce obscurité » qui menaçait de couler sous le poids des péripéties. Il est dommage que Gale ne fasse pas plus confiance à son grand talent pour faire vivre le quotidien ordinaire et qu'il éprouve le besoin pour boucler ses récits d'y faire rentrer un romanesque un peu trop artificiel.

 

 


Patrick Gale  est né en 1962 sur l'île de Wight. Il  est le cadet d’une famille de quatre enfants dont le père était directeur de la prison de Camp Hill sur l’Île de Wight – tradition familiale apparemment puisque le grand-père dirigeait, lui, la prison voisine de Parkhurst. Gale a grandi dans et autour de la prisons, et dans son roman Rough Music (2000), le personnage principal est le fils d'un directeur d'une prison. Enfant Gale a fait parti des chœurs de la cathédrale de Winchester. Patrick Gale ne suivit pas les traces de ses ainés. Plutôt, après avoir déménagé encore enfant à Londres où son père prit la tête d’une autre prison – Wandsworth – puis à Winchester, Patrick Gale décida de suivre des études d’Anglais dont il sortit diplômé en 1983 du New College, Oxford. 
Si l’on en croit son site internet, Patrick Gale, à la suite de ses études, ne trouva jamais de « boulot d’adulte »… Pendant trois ans il dort à droite à gauche, un soir dans un squat de Notting Hill, le lendemain dans un château en ruine en France. L’important pour lui, à ce moment-là, c’est l’écriture, il a débuté déjà la rédaction de son premier roman, et survit grâce à de petits boulots : copiste, serveur-chanteur, secrétaire, nègre pour une encyclopédie musicale ou le plus souvent critique littéraire. 
En juin 1986, il fait coup double, ses deux premiers romans (The Aerodynamics of Porket Ease) sont publiés le même jour et remportent un vrai succès. Il s’installe en 1987 en Cornouailles, une région dont il tombe éperdument amoureux et où il situe l’action de tous ses livres depuis. Ecrivain reconnu et respecté, il est par ailleurs l’auteur d’une biographie d’Armistead Maupin et se refuse surtout à être étiqueté « écrivain gay en guerre contre les archaïsmes sociaux », il aborde avec beaucoup plus de finesse et de largeur de vue les frictions entre impératif du désir et morale : « le désir me fascine car il est imprévisible, par-delà la morale. ». Il y a quelques temps, j'ai lu une interview de l'auteur dans laquelle il expliquait qu'il ne peut écrire que sur certains cahiers, certains papier au stylo plume. Si possible installé au milieu des champs, avec des vaches de préférence. Il vit en Cornouailles avec son compagnon, fermier.


Critique Richard Canning de The Independent a écrit: 

Patrick Gale est a ranger parmi les grands, les romanciers anglais méconnus.Il a écrit une douzaine de livres, chacun confirmant une perspicacité remarquable dans le choix de son sujet et une grande perspicacité envers les caprices du cœur humain. Ses œuvres attirent un grand lectorat - essentiellement des femmes ou des gay.Il est un maitre pour analyse de la façon dont nous menons nos relations humaines, tant au sein de la famille et qu'à l'extérieur de celle-ci. Si Rough Music semble plus sombre que ses autres romans il est néanmoins le meilleur livre de Gale à ce jour, et ne doit pas être manquée. 

En 2007 Tableaux d'une exposition a été encensé:"l'intelligence tranquillement radieux, de l'artisanat et de l'intégrité ... puissant et surprenant" (Sunday Times), «édifiante, extrêmement empathique" (Guardian ), "dense, à la réflexion, sensible, satisfaisant, plein d'humour, avec humanité - un vrai régal» (Telegraph). Un personnage de ce livre  réapparaît dans son dernier roman, A Perfectly Good Man (2012). 
 

Tableaux d'une exposition de Patrick Gale, éditions 10/18, collection domaine étranger, n° 4374

 

Nota

 

Les premières pages de Tableaux d'une exposition sont à lire sur le site  de l’éditeur.

Le site web  de Patrick Gale.    

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