SUPERM, Slava Mogutin, Brian Kenny

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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SUPERM est un collectif d’artistes multimédias créé en 2004 composé de... deux personnes: Slava Mogutin et Brian Kenny aux parcours bien différents l
Slava Mogutin est né en URSS, en 1974, à Kemerovo, en Sibérie. Il a déménagé à Moscou, à l'âge de 14 ans et a commencé à travailler rapidement comme journaliste pour les premiers journaux Russes et les stations de radio indépendants. À l'âge de 21 ans, il est expulsé de  Russie pour ses écrits queers. Il a obtenu l'asile politique aux États-Unis avec le soutien d'Amnesty International et du PEN American Center. Il revendique le titre de dernier dissident politique de l'ex-Union soviétique!

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Kenny  lui est né en 1982 sur la base militaire américaine d’ Heidelberg, en Allemagne où son père était militaire. Il a grandi dans différentes villes des Etats-Unis suivant les affectations de son père. Il est issu d’une famille catholique pratiquante. Adolescent, il a été un gymnaste de haut niveau. Après l'école secondaire, il est entré au Oberlin Conservatory pour poursuivre des études de musique et de chant. Mais finalement il quitte l'école pour produire sa propre musique, qui combine des éléments de hip hop et des bruits ambiants. En 2004, Kenny s'installe à New York où il commence à collaborer avec Slava Mogutin. Kennys’exprime à travers dessins, graffitis, textes, sons et vidéos.




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A eux deux ils couvrent tous le spectre de l'expression artistique et sont de véritables décathloniens de l’art contemporain. 
Ils ont déjà montré leur travail dans de nombreuses galeries et  musées à travers le monde en particulier à  New York, Los Angeles, Londres, Berlin, Stockholm, Oslo, Bergen, Moscou et León... Leurs vidéos ont été présenté dans plusieurs festivals gays et lesbiens à Turin, Berlin, Paris et dans des festivals de courts métrages.

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Mais leur travail provoque beaucoup de remous, par exemple lors de leur première exposition à Londres en 2007, Magutin a été interdit de territoire britannique et n’a pu assister au vernissage!
Les installations de SUPERM  combinent photographies, vidéos, sons, textes, dessins, peintures, sculptures, collages, pochoirs, peintures murales et performances. Kenny et Magutin utilisent tous les moyens disponibles et des matières d'origine les plus diverses, allant de meubles récupérés à des ustensiles de fétichisme et de bondage, en passant par des cheveux et des fluides corporels...

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En utilisant eux-mêmes et leurs amis comme modèles, acteurs et collaborateurs, SUPERM a crée une sorte de “factory”, on ne peut que penser à Warhol. Multidisciplinaires SUPERM réussit à diffuser leurs images bien au-delà du milieu habituel de l’ art.

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La liste toujours plus grande de leurs collaborateurs comprend: Gio Peter Black, Bruce LaBruce, Christophe Chemin, Marcelo Krasilcic, Dominic Johnson, Desi Santiago, Tom Dura, Billy Miller, Jason Farrer, Christophe Hamaide-Pierson, Dmitryi Rozin, Joakim Andreasson, Josh Lee, et Marko Brozic.

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Il faut préciser que parfois SUPREM signe leurs œuvres d’un autre nom lorsqu’ils collaborent avec d’autres artistes par exemple Spoutnik 3  quand c’est avec le musicien guatémaltèque Peter Black Gio.

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Kenny, Magutin et leurs amis se revendiquent comme transgressifs, politiques et uniques. Ils veulent que le travail de SUPERM soit une réponse à un monde cynique où règnent la guerre, la propagande, le lavage de cerveau par les médias, la censure par les géants de l’industrie. Ils dénoncent, non sans paranoïa, la diminution des libertés individuelles, un monde où les natifs des pays extérieurs à l'Union européenne et des États-Unis sont traités comme des citoyens de deuxième classe, et considèrent que les artistes non-conformistes sont assimilés comme des criminels...

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Avant SUPERM, Magutin a déjà eu une longue vie artistique. Il nous parle de sa pratique de la photographie: << Je n’ai pas un studio de photographie. Je ne sais rien au sujet du matériel professionnel ou de l'éclairage. Je préfère travailler dans le milieu naturel, en utilisant le point-and-shoot ou un appareil jetable et toujours avec la lumière ambiante. Après avoir travaillé avec des artistes comme Terry Richardson et Bruce LaBruce, je me suis rendu compte que vous n'avez pas besoin d'un coûteux appareil photo ou d’un studio professionnel pour  prendre une belle photo originale. J'ai l'habitude de ne pas créer les scènes que je photographie.Tous mes travaux sont totalement personnels et spontanés.

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J'aime “archiver” ma propre vie et celle d'autres personnes qui sont mes amis ou mes amants. J’aime les laisser jouer et fixer tout ce qui les transforme. Mon appareil photo est juste un élément du jeu, mais ce n'est pas la partie principale. J'aime aussi photographier les gens dans les pays vulnérables, dans des situations intimes, comme celle d’ un homme reniflant l'aisselle d’un autre gars... >>. Son travail relève du reportage que viendrait polluer et enrichir l’auto-fiction. On ressent sur le plan émotionnel une frustration de ces jeunes hommes, pris dans des périodes  transitoires de leur vie. Son travail, bien que complètement original le rapproche de photographes contemporains, qui sont souvent ses amis, tels que Wolfgang Tillmans, Pablo Leon de la Barra, Marcelo Krasilcic, Ryan McGinley, Michael Meads… Et bien sûr, nous ne pouvons que mentionner Nan Goldin, Jack Pierson et Mark Morrisroe, et Larry Clark.

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Vient de paraître “Lost Boys” (ISBN 1-57687-330-7, 39.95 $ ), la première monographie consacrée au travail photographique de Magutin. Elle se compose d’une collection de ses portraits et de ses paysages pris au cours des dix dernières années, depuis qu'il a été expulsé de Russie pour "hooliganisme”.
Ses oeuvres transcendent les conventions de la photographie de nu masculin. Elles affrontent le spectateur / voyeur, avec un style brut et une nouvelle sensibilité. C’est un croisement entre la pornographie et la photo de mode. Ces images se réclament de la culture pop et font penser aux premières photo de Larry Clark de sa clan de marginaux. "Lost Boys" est un voyage poétique, cosmopolite et parfois sexy dans les différentes obsessions et fétiches  de la “culture” de la jeunesse urbaine. L'album se présente comme une nomenclature des différentes tribus d’adolescents qu’a engendré la sous culture urbaine. On y retrouve plusieurs archétypes, tel que les punks, skinheads, skateurs, hooligans, jeunes prostitués des rues, rasta, Rasta, garçons de Crimée, lutteurs russes, cadets et militaires…

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Ces portraits intimes et incandescents sont surtout une réflexion sur leur véritable identité. Cette question est au cœur de cette série. formidable auscultation sensuelle de ces garçons qui endossent un rôle avec souvent le sentiment de ne pas savoir qui ils sont vraiment. << Je crois que Lost Boys est un bon titre pour cette série, car j’ai photographié tous ces enfants de par le monde, qui sont effectivement perdus, d'une façon ou d'une autre, prisonniers dans lepetit univers de leurs sous-cultures... je ne veux pas être limité par les stéréotypes gays. Mais on ne peut pas être  un homme complet sans explorer les différentes parties de sa nature, et en particulier sa sexualité. Surtout si on est un artiste…  Il y a de plus en plus chez les jeunes, un sentiment d'aliénation qui est évident dans nos sociétés post-apocalyptiques dans son ensemble, et dans la sous-culture gay urbaine en particulier... >> affirme Mogutin.

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Sans être trop évident le photographe fait des allusions directes en forme d’hommage dans ses images comme dans ses écrits à un certain nombre de héros culturels du passé qui appartiennent à la tradition des “renégat” tel que Sade, Rimbaud, Genet, ou Bataille... il y a aussi beaucoup de fascination pour les clandestins et de nombreux clins d'oeil à d'autres traditions et mouvements artistiques des générations précédentes.

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Si Margutin est avant tout un photographe, mais il ne faudrait tout de même pas oublier sa peinture à la pâte épaisse et aux sujets encore plus provoquants que ceux de ses photographies, le moyen d’expression de prédilection de Brian Kenny est le dessin. Il est bon de rappeler qu’il est encore très jeune et qu’il ne s’est peut être pas encore complètement libéré de l’influence de Basquiat. Son travail s’apparente aussi à celui de  Jonathan Meese et aussi aux dessins de Bjarne Melgaard. Dans sa démarche il n’est pas loin de celles d’hier d’un Fromanger ou d’un Keith Haring. Extrêmement prolifique il expérimente de nombreuses voies même s’il me semble que ce sont ses œuvres sur papier les plus spontanées qui sont les plus remarquables.

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L’émergence de SUPERM est symptomatique du retour en force de la politique dans l’art, voir des artistes ou des courant dont je vous ai déjà parlé comme Sot art, certains artistes chinois de la collection Sigg, Bansky... conjointement on voit aussi un regain d’intérèt pour des artistes engagés ultérieurement comme ceux de la figuration narrative. Il faut rappeler qu’un autre collectif de deux zigues fortement engagés, je veux parler de Gilbert et George qui n’ont pas quitter l’avant scène de la création artistique depuis au moins trente ans.

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Publié dans peinture

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