Super 8

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Sonnez trompettes résonnez musettes, voilà que Abrams, le maitre de Lost, vient de sortir un film, « super 8 » pour le grand écran. Il me semble, malgré ses indéniables qualités que c'est tout de même beaucoup de bruit pour une oeuvre destinée aux 12-13 ans, l'âge que paraissent avoir les héros de « Super 8 » même s'il y est dit qu'ils en ont 14. Une toile parfaite pour les grands- parents (auxquels échoit la garde de la progéniture en ces temps de congés scolaires) pour se débarrasser des pré-ados une après midi de vacances, les adultes seront tranquilles et les petites bestioles ravis. Les parents eux devraient également trouver leur compte, le film, il se passe en 1979, leur rappelant leur adolescence. Même si le dernier quart du film leurs paraitra vraiment trop abracabrantesque et dégoulinant de moraline; mais néanmoins ils seront captivés jusqu'à la dernière minute puisque moi, qui ait largement passé l'âge de ces petites merveilles (parfois), je parle des ados à peine pubères, qu'il ne faut toucher que des yeux (attention) j'ai marché jusqu'au générique. Il est indéniable qu'Abrams sait mener une intrigue; générique qu'il ne faut surtout pas louper, mais puisque vous me lisez (une poignée d'irréductibles qui sont parvenus à retrouver ma trace de déménagement en déménagement, mais la plupart ne regarde que les images et l'absence à peu près totale de commentaires semble indiquer qu'ils soient muet), vous n'êtes pas de ces blaireaux qui se lèvent dés qu'apparait la première ligne du générique de fin. Celui de « Super 8 » est un hommage (involontaire?) à Ed Wood, Michel Gondry et peut être aussi au premier film d'Alan Parker.

Je parle d'hommage et non de pastiche comme certains critiques (surtout américains) car l'hommage doit être au moins égal en qualité à quoi il se réfère, alors que le pastiche est par essence inférieur à son modèle ce qui n'est pas le cas ici. Super 8 est techniquement supérieur à n'importe quel opus de Spielberg. J'en veux juste à Abrams de n'avoir pas maintenu l'excellence de la première heure de super 8 car dans le cas contraire il aurait mérité la mention de chef d'oeuvre du cinéma.

Arrivée à ce point de ma prose, je m'aperçois que j'ai dérogé à une règle que je me suis toujours imposée raconter de quoi parle le film tout en ne le déflorant pas. Pour "Super 8" c'est un exercice quasiment impossible. Essayons tout de même en révélant son prétexte et son fil rouge: quelque pré-ados tourne un court métrage, en super 8, une classique histoire de zombies dans l'espoir de remporter le premier prix lors d'un prochain festival local de films d'amateur. Un soir alors qu'ils tourne une scène près d'une voie de chemin de fer, ils sont les témoins d'un déraillement spectaculaire...  

Comme malheureusement presque tout le cinéma d'aujourd'hui « super 8 » s'inscrit dans le post modernisme, c'est à dire qu'il est ultra référencé. C' est avant tout un hommage à Spielberg (qui le produit) dont l'empreinte de certains de ses films, « La chose », « Rencontre du troisième type », « E.T. », « La guerre des mondes » est immédiatement identifiable. Ce n'est pas un hasard si par exemple le héros de super 8 ressemble, avec quelques années de plus, à celui d'E.T. Ce qui m'amène à vous parler du casting, en tout point remarquable (une spécialité d'Abrams, celui de Lost était épatant, comme pour la série le cinéaste a choisi des acteurs peu connus ce qui aide le spectateur à s'identifier aux personnages) en particulier celui des enfants. Il faut aussi souligner, lorsque l'on voit évoluer ces gamins avec un tel naturel la qualité de direction des acteurs du réalisateur. Les références n'excluent pas la pertinence de l'observation psychologique. Le personnage du cinéaste en herbe est criant de vérité. Il est tyrannique, infatué de sa personne tout en étant complexé et moche. Ce qui correspond aux caractéristiques de la plupart des cinéastes (presque tous français) que j'ai rencontrés. Il me semble qu'un grand nombre des professionnels de cette profession ne l'ont embrassée que pour remédier à leur misère sexuelle...

Pour en revenir aux clins d'oeil à d'autre films et d'autres cinéastes, on peut encore citer « La marque » pour le film dans le film (ce que réussit plusieurs fois à la perfection Abrams) du savant fou dans son laboratoire ou « Stand by me » pour l'atmosphère de la première heure.

Les spectateurs qui ont été adolescent dans les années 80 devraient également aimer ce film presque proustien, le walkman fait ici office de madeleine. Tout « super 8 » est d'ailleurs un exercice de nostalgie, à commencer par le titre.

Si la première heure est remarquable avec un habile tricotage d'un film social avec un blockbuster, malheureusement la suite est moins convaincante. Le cinéaste ayant succombé à la tentation de montrer l'inmontrable. L'hommage a « King Kong » n'était pas vraiment utile.

Super 8 est tout de même un bain de nostalgie agréable pour les cinéphiles et les ados des années 80. Maintenant qu'Abrams nous a fait savoir qu'il n'ignorait rien de l'histoire du cinéma, espérons qu'il va s'atteler à des choses plus sérieuses comme le laisse augurer la très belle et efficace première heure de « super 8 ».    

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Gabor-Montreal 16/08/2011 00:56


Tous tes lecteurs ne sont pas muets. Pour ma part, je suis un peu surpris de voir un article sur ce blogue à propos d'un "produit" hollywoodien (peut-on vraiment parler de film ?) bien calibré pour
ramasser un maximum de biftons verdâtres à travers notre planète mondialisée. Ça ne vaut pas les jeux des bergers Arcadiens de Cocteau ;)