Sparte de Christophe Simon et Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'ai été ravi de tomber subrepticement sur Sparte un album de Christophe Simon que je n'attendais pas contrairement à son prochain Alix. Je ne connaissais jusque là du travail de Christophe Simon que sous la forme sa reprise de l'oeuvre continuateur dont il me semble le seul digne graphiquement du talent du maitre, bien au-dessus d'un Morales ou d'un Marco Venanzi par exemple.

 

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Comme son nom l'indique Sparte qui est le premier tome d'une série, puisque un prochain volume est annoncé, qui nous emmène dans la cité grecque au deuxième siècle avant J.C. Alors qu'elle connait une décadence morale et militaire sous le règne de Nabis qui apparaît ici comme un tyran cynique et pragmatique. Le héros de l'aventure concoctée par Weber, précédemment scénariste notamment de trois épisodes de la saga d'Alix, « L'ibère », « Le démon de pharos » et « C'était à Khorsabad » tous trois dessinés par Christophe Simon, est Diosdore un hilote « chasseur de prime » auquel Nabis, le roi de Sparte, confie la mission d'éliminer Agélisas, un rebelle très populaire qui veut renverser le despote pour restaurer à Sparte la grandeur passée. Cet argument n'est que le point de départ d'une intrigue habile riche de rebondissement qui va bientôt déboucher sur une tragédie toute classique mais qu'il serait dommageable pour le plaisir de votre future lecture.

 

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petit comparatif visuel des albums dessinés par Christophe Simon

 

 

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Si le scénario est intéressant, il appelle de ma part de grosses réserves et surtout pour le non spécialiste que je suis de la Grèce antique de nombreuses questions. Ce qui m'a gêné d'emblée c'est la dénomination de chasseur de prime attribuée à Diosdore, terme très connoté western ce qui est déstabilisant pour une histoire se déroulant dans l'antiquité classique. Si je connaissais l'existence de sbires chez les romains qui avaient pour mission de capturer les esclaves en fuite, je n'ai aucune connaissance de l'existence de personnages semblable dans la Grèce antique. Ensuite autre bizarrerie par rapport à mes souvenirs scolaires le fait que Diosdore soit un hilote. Alors que le héros est tout à fait libre de ses mouvements et qu'il est reçu presque comme un égale par le roi. Je sais bien que nous sommes environ deux siècles après ce que l'on peut qualifier comme l'apogée de Sparte et que le statut de l'hilote qu'il serait erroné, pour cette époque de traduire par le mot esclave, avec toute la connotation qu'elle entraine.

 

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J'ai rafraichi ma vieille mémoire sur le terme hilote, qui peut s'écrire ici par l'indispensable grand Larousse et voilà ce qu'il m'en à dit: << Les ilotes dont le nombre était considérable restaient en principe des serfs de l'état qui les surveillait et fixait leur droit à l'égard de leur maitre qui seul pouvait les affranchir... Les ilotes affranchis constituaient la classe des néodamodes, qui possédait les droits civils à l'exclusion des droits politiques... >>. Diosdore et son ami Nestor serait donc à mon avis des affranchis. Suit dans la note du dictionnaire les anecdotes classique sur leur condition durant la grandeur de Sparte, chère à Maurice Bardèche, mais rien sur vie durant la période qu'illustre l'album.

 

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Mais comment vraiment apprécier un tel ouvrage sans aucune note, c'est bien de faire confiance au lecteur, mais on connait l'état de l'enseignement de l'histoire et en particulier de l'histoire et des humanités classiques, je me dis que par la force des choses cet album ne peut qu'être destiné à un petit nombre si on l'envisage que sous son aspect historique.

Il me semble que la première chose qu'aurait du poser le scénariste c'est le contexte historique. C'est à dire que depuis des siècles les cités grecques se livrent à des guerres endémiques et que nous sommes à l'aube de la domination des romains sur la Grèce qui seront les pacificateur du pays. Nous dire que nous sommes au deuxième siècle avant notre ère et que le roi de Sparte est Nabis ne nous apprend pas grand chose sur la toile de fond sur laquelle se déroule l'histoire.

 

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En voulant m'informer j'ai fait une plongé dans ma bibliothèque et en ramené un docte ouvrage, intitulé sobrement Sparte signé Eugène Cavaignac publié en 1949 aux éditions Fayard.

J'y ai appris que sous Nabis, roi de la cité état de 207 AVJC à 192 AVJC (c'est donc précisément durant cette période de 15 ans qu'est située l'histoire de « Spartiate »), sur lequel je vais revenir, Sparte est à la fois en complète décadence tant morale qu'économique, ce que retranscrit bien à la fois le scénario et le dessin qui insiste sur le coté délabré des façades, tout en connaissant un renouveau expansionnisme militaire. Notre Nabis est un usurpateur qui a occis le fils du roi précédant pour prendre sa place. Voilà ce que nous en dit Cavaignac: << Ce qui est sûr c'est qu'avec Nabis Sparte, qui jadis se vantait de n'avoir pas connu la tyrannie, apprit à la connaître sous sa forme la plus fâcheuse. Nabis n'avait rien d'un réformateur social: son objectif était de satisfaire les troupes mercenaires sur lesquelles reposait son pouvoir. >>. Et bien maintenant que j'ai lu ces lignes le scénario de Patrick Weber devient beaucoup plus clair. Voulant encore en savoir un peu plus j'ai empoigné un des lourds volumes de mon grand Larousse illustré et à Nabis j'y ai lu: << Tyran de Sparte. Il succéda à Machinadas, mis à mort par Philopoemen. Il enrola de nombreux mercenaires, régna par la violence. Il s'allia d'abord avec Philippe de Macédoine, puis avec Rome. Il attaqua les achéens (201), s'empara de Messène; mais il en fut chassé par Philopoemen (200). Plus tard, il ravagea le territoire de Megalopolis et il occupa Argos; Flamininus et le congrès de Corinthe lui déclarèrent la guerre. Nabis du abandonner ses conquêtes, payer 500 talents et livrer sa flotte aux romains (195). Après le départ de Flamininus, Nabis reprit Githion; mais il fut encore vaincu par Philopoemen. Nabis appela les Etoliens et fut tué par leur chef Alexamène (192). Après sa mort Sparte chassa les Etoliens et s'unit à la ligue Achéenne.>> - Maintenant c'est tout à fait clair.

 

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D'autres faits peu réalistes nuisent à l'intérêt que l'on a suivre les denses péripétie de cette aventure. Je répète qu' Il aurait été indispensable que les auteurs et l'éditeur accompagne le livre de quelques notes et postface pour situer l'oeuvre dans une trame historique comme cela est fait dans l'excellente série Muréna sur laquelle louche incontestablement les auteurs de Sparte ce qui aurait évité que l'ignorance des lecteurs nourrissent leur incrédulité devant les prouesses de Diosdore.

Il est dommage que parfois dans les dialogues Patrick Weber ait abandonné le français simple et châtié que l'on trouve dans les albums signés Jacques Martin pour une langue qui se veut plus actuelle et qui n'est que vulgaire. Des phrases comme: << Pour qui tu te prends? Sale petite fiotte! » ou << Alors on magouille ses petites affaires avec les pires ennemis de notre belle cité?>> n'aide pas le lecteur à se transporter dans Grèce antique.

 

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La bande-dessinée c'est un scénario et un dessin en symbiose au service d'un même projet. Après le scénario voyons le dessin. En préambule je voudrais poser qu'en ce qui me concerne, Christophe Simon est le seul héritier légitime du talent de Cuvelier, l'inoubliable père de Corentin, et ce n'est pas un mince compliment. Comme Cuvelier, Christophe Simon est un bon connaisseur de l'anatomie, ce qui paraitrait indispensable pour tous les dessinateurs oeuvrant sur une bande dessinée réaliste, mais ce n'est malheureusement pas si fréquent. On s'est aperçu de son talent dès son premier Alix. Son dessin toutefois souffrait d'un cernage trop gras (mais j'ignore si c'est Christophe Simon qui encre les albums qu'il dessine). Il a rectifié ce défaut lors de son troisième Alix, « Le démon de pharos », son meilleur album à ce jour. Le dessin de Sparte, qui mérite l'achat ne serait-ce que par la liberté dont les auteur font preuve dans cette prometteuse série, n'est pas tout à fait à la hauteur de celui du « Démon de pharos ». Les scènes d'action sont trop statiques, mais c'est un défaut, je n'aurais bien sûr jamais oser le lui dire en face, qu'il a hérité de Jacques Martin. Et plus gênant certains visages ne sont pas très réussis, les traits des enfants sont trop durs. Mais ce que je ne comprend pas c'est au lieu d'avoir utiliser le traditionnel « gaufrier » pour découper la planche avoir opté pour une mise en page qui rappelle celle des comics américains, avec des cases en insert dans d'autres plus grande, choix qui s'accommode mal du dessin classique de Christophe Simon et qui brouille l'esprit du lecteur, habitué pour ce genre de récit, ceux d'Alix ou dernièrement « Les boucliers de bronze » de Chaillet à une mise en page sage et ordonnée. La mise en couleur effectué par le dessinateur, lui même, ce qui est de plus en plus rare, est soignée. On voit que Christophe Simon pense l'esthétique de sa série par double page. Elle fait alterner des planches colorées pour les événement se passant dans le présent du récit avec des séquences traitées en grisées pour les épisodes se déroulant dans le passé.

Un regard ayant perdu son innocence depuis longtemps n'a pas été sans remarquer que le dessinateur instille dans nombre de ses case un homo-érotisme latent. Les amateurs de nudité garçonnière (et pas seulement) se doivent de serrer précieusement cet album dans leur bibliothèque.

 

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argoul 13/09/2011 16:33


A voir, peut-être. Je ne suis pas très amateur de BD mal ficelées. Peut-être faut-il attendre une maturité future ?


lesdiagonalesdutemps 13/09/2011 21:42



Mon article ne doit pas être très bon car contrairement à ce que vous en avez déduit à sa lecture l'intrigue est au contraire fort habile, ce qui la rend pas complètement crédible pour le lecteur
lambda est qu'elle nous est livrée sans aucune aide et que pour bien l'appréhender il faut plonger dans sa bibliothèque mais d'un autre coté ce n'est pas si mal de chercher à en savoir plus à
partir d'un album de bande dessinée qui est encore présentée par certains comme une sous littérature.