Souvenirs d'un gratteur de têtes de Bernard Pivot au Théâtre du Rond-Point

Publié le par lesdiagonalesdutemps


 

Hier soir, j'étais chez Pivot, comme disaient les écrivains, il y a presque vingt cinq ans, enfin seulement spectateur parmi les cent cinquante qui étaient au Théâtre du Rond-point. Le véritable maitre des lieux, espérons encore pour longtemps tant sa programmation est libre, Jean-Pierre Ribes en préambule a dit tout le plaisir et l'honneur qu'il avait accueillir dans ses murs celui qui durant vingt ans fut le grand prescripteur des lectures des français. Tout timide il s'est avancé sur la scène que meublait un décor imitant celui de la toujours regrettée émission « Apostrophe », costume gris, impeccablement coupé sur chemise blanche, plus mince qu'en mon souvenir, la chevelure neigeuse et une jambe légèrement trainante. Je le voyais en vrai, celui dont j'essayais de ne jamais manquer ses rendez-vous du vendredi soir (d'autant qu'au début c'était avant le magnétoscope!). Durant une heure et quart Bernard Pivot, d'une voix plus fluette qu'à la télévision, va nous enchanter en lisant un choix d'extraits de ses livres, il s'est excusé d'en avoir écrit si peu. Il lit tantôt devant un pupitre, tantôt assis dans un des fauteuils dans lequel il s'asseyait sur le plateau d' »Apostrophe ». On avait l'impression d'être au coin d'un feu et d'avoir demandé à un ami écrivain de nous lire les morceaux les plus succulents de ses livres (il fait une seule infidélité à ses écrits en lisant une page succulente d'Antoine Blondin). Et puis sans doute de crainte de lasser son auditoire, il alterne ses subtiles et néanmoins légères considérations sur les mots avec ses souvenirs de jeunesses dans lesquels Bernard Pivot nous parle avec une sensuelle pudeur de son amour des femmes et ses admirations pour les grands écrivains comme Marguerite Yourcenar, Nabokov, Soljenitsyne... que longtemps il a côtoyé professionnellement. J'ai découvert derrière le généreux passeur de nos lettres un écrivain entre Claude Hagège, pour la passion des mots et Alexandre Vialatte pour la malice et la justesse de la chose vue et vécue. Quand la lumière est revenue après les applaudissements sous le charme, les spectateurs, comme Bernard Pivot ne savaient pas comment partir.

 

P.S. France Culture enregistrait cette lectureet les diffuserait dans sa grille d'été 2012, donc pour vous qui n'étiez pas au Théâtre du Rond-Point, tout n'est pas perdu.

 

 

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bruno 12/04/2012 14:40

Bonjour-Pour ma part, j'ai toujours trouvé Pivot supérieur à Chancel, comme "passeur" ( ceci dit, personne n'a jamais surpassé Serge Daney ;-) )
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 12/04/2012 15:40



Pivot a une humilité que n'a jamais eu Chancel qui comme la plupart des gens de média n'écoute pas vraiment la réponse à leurs questions et d'autre part il y a un amour de la littérature chez
Pivot que ne possède pas Chancel. Quant à Daney que j'apprécie beaucoup s'il fut en effet un grand passeur, il avait néanmoins une sécheresse intellectuelle qui souvent me gène, due sans doute à
un mal vivre que semble ignorer Bernard Pivot.