Silver spoon d'Hiromu Arakawa

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Pour être raccord avec mon précédent billet sur le salon de l'agriculture, le présent poulet traite d'un manga dont le sujet est extraordinaire du fait qu'il traite paradoxalement d'un quotidien prosaïque, celui d'un adolescent Yugo venu de la ville qui a fait le choix étrange, au sortir du collège, de rentrer dans un lycée agricole alors qu'il ignore tout de la campagne et des métiers de l'agriculture auquel l'établissement prépare et qui est logiquement peuplé presque exclusivement d'élèves venant des champs.

 

On peut saluer l'audace et le talent de certains mangakas japonais pour leurs

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dons à rendre passionnant des histoires dont les thèmes, de prime abord, ne paraissent pas particulièrement affriolants.

Autre fait remarquable son auteure, Hiromu Arakawa, est mondialement célèbre pour avoir signé "Fullmetal Alchimist" série qui n'a aucun rapport avec "Silver spoon" et que je ne connais que par ouïe dire et par quelques picorages n'étant pas friand des innombrables quêtes qui sont les sources, semble-t-il inépuisables, du shonen.

Le ressort comique de Silver spoon réside dans le décalage entre les réactions de Yugo, pur urbain, face à son nouveau quotidien, la dure réalité du travail agricole. L'enseignement du lycée est constitué pour une moitié de travaux pratiques effectués dans la ferme de l'établissement. Un des épisodes les plus savoureux est celui où Yugo découvre avec stupeur que les oeufs sortent du cul des poules; déstabilisé par cette dégoutante révélation, il décide désormais de ne plus en manger.

La déconvenue de Yugo est maousse d'autant qu'il comptait bien briller sans trop d'efforts dans ce lycée oùces fils de fermiers sont incapables d’aligner deux équations. Mais c’était sans compter les cours d’élevage, de sciences de la nutrition, de gestion agricole sans oublier les sempiternels clubs de sport épuisants (en plus de leur cursus, les lycéens japonais sont sommés d'intégrer un club, souvent de sport, Yugo choisit l'équitation plus pour se raprocher de la jolie Kiki que par passion des canassons). Il se demande vite comment va-t-il faire pour survivre dans cette galère !

Dès le début de son histoire Hiromu Arakawa a réussi à bien camper des personnages secondaires attractifs et pittoresques ce qui aide à rendre le manga attachant.

 

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Outre les péripéties drolatiques des mésaventures minuscules de Yugo, le manga est très intéressant par ce qu'il nous apprend, un peu en contrebande, comme Bakuman, sur le Japon d'aujourd'hui. Ainsi on croit comprendre, petit à petit, que Yugo a fait son étrange choix surtout pour fuir la pression familiale qui s'exerçait sur lui. Ce devoir de réussite accable nombre de jeunes japonais et parfois les tue! On voit aussi combien est grande la coupure entre le centre et la périphérie au japon, certainement plus grande qu'en France ce qui est probablement due à la géographie du pays qui est un archipel très étiré. Silver spoon nous renseigne aussi sur les traditions d'Hokkaido, l'ile du nord du pays (à ce propos il faut lire « Chronique japonaise » de Nicolas Bouvier) et fait découvrir aux lecteurs les tradition de cette froide ile qui est un peu en marge de la société japonaise (elle n'a vraiment été intégrée au pays qu'au début du XX ème siècle), y compris japonais, par exemple cette curieuse course de chevaux auxquels on attelle un traineau lesté.

 

 

Le dessin de la mangaka est très propre et clair, c'est un manga « blanc ». Elle utilise peu de trames et ne se perd pas en détails graphiques superflus, chaque trait est utilitaire.

Il semblerait que la très discrète Hiromu Arakawa, il n'y a presque aucune photo d'elle, se soit cette fois inspirée de son enfance qu'elle a passé dans une laiterie de Hokkaido (l'ile du nord du Japon) où se déroule Silver spoon.

Le manga qui au Japon en est au volume 6, a connu un succès inattendu. Le tirage de ce sixième volume y culmine à 1 million d'exemplaires! Mais ce succès n'est peut être pas aussi surprenant que cela à un moment où le gouvernement japonais s'inquiète enfin de la dépendance du pays envers ses importations en matière de nourriture.

Seul a ce jour le premier volume de la série est disponible en France. On attendra avec impatience la suite de ce manga aussi instructif qu'amusant.

 

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pour retrouver des mangas sur le blog: Une vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color Mandarake à Tokyo,  Thermae Romae de Mari Yamazaki,  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998),  Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki,  Les Années Douces de Jiro Taniguchi & Hiromi Kawakami,  Les villes d'Adachi Mitsuru par Xavier Guilbert,  à propos de Bakuman n° 11,  Jin de Murakami Motoka,  Le chat Karupin dans prince of tennis ,  Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto

   


Publié dans Bande-dessinée

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