Sal Mineo nu peint par Harold Stevenson

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Lorsque j’ai proposé sur mon blog la peinture la plus célèbre d’Harold Stevenson “Le nouvel Adam” j’ai omis de l’accompagner d’un commentaire. Je me propose de corriger cette légèreté dès aujourd’hui car ce tableau qui appartient aujourd’hui à la collection permanente du Guggenheim Museum a une histoire peu banale.
Sa grande originalité mis à part son choix pictural est d’avoir eu pour modèle l’acteurSal Mineo , célèbre pour avoir été le partenaire de James Dean dans “La fureur de vivre”.
La peinture d’Harold Stevenson me semble être la rencontre improbable entre le pop art et le pompier disons celle de Rosenquist et de Jean Denis Maillard...
L’extravagance de la taille de la toile, 40 pieds par 8, et surtout son sujet fait qu’elle a est rarement montrée. Elle a été exposée la première fois dans le cadre d'une exposition en 1964 à la Feigen L.A.-Palmer's Gallery.
Le tableau avait été créé pour une exposition d’artiste du pop art au Guggenheim Museum, mais quand le commissaire de l'exposition, Lawrence Alloway, a vu le travail, il a dit avoir été en état de choc ". Il a rappelé Stevenson,pour qu’il retire l’oeuvre. Le Guggenheim a déclaré que M. Alloway avait penser que l’accrochage d’un tel tableau entraînerait des remous en raison de sa grande dimension et du réalisme brutal de nudité qui s’y étalait.. Il cragnait aussi en l’éxposant de porter atteinte aux autres œuvres de l'exposition qui étaient signées par Jim Dine, Jasper Johns, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg, James Rosenquist et Andy Warhol... Le tableau a été remplacé par une oeuvre de Rauschenberg.
C’est surtout par le gigantisme, qui est une tentation qui traverse toute l’histoire de la peinture américaine, plus que par les sujets peint, la posture face à l’art ou aux techniques pictorielles qu’à mon sens Harold Stevenson s’apparente, du moins en ces années 60 au pop art. Rosenquist a peint, à peu près à la même échelle, un gigantesque plat de spaghettis.
“Le nouvel Adam est resté invisible des années avant de réapparaître en 1992 à la Mitchell Algus Gallery située dans le quartier de Soho à New-York. Le tableau a été récemment sur les cimaises du Andy Warhol Museum de Pittsburgh. Cette manifestation a été la première rétrospective de l’oeuvre d’Harold Stevenson aux Etats-Unis. La toile a été exposé à Paris en 1963 à la Galerie Iris Clert.
Pour une rencontre optimale avec son oeuvre le peintre préconise une posture bien particulère pour le spectateur.
Le nouvel Adam se compose de neuf panneaux (si bien que l’oeuvre faute de place doit être souvent montrée sur deux murs à angle droit. Au Andy Warhol Museum de Pittsburgh, pour la première fois elle a pu être accroché sur un seul mur. Elle aurait initialement prévue pour être installée sur trois murs enveloppant ainsi le spectateur dans un vaste océan, apparemment sans limite de chair.). Chacun sont pensés pour être autonomes. Chacun possède sa propre cohérence compositionnelle. Le critique américain Michael Duncan se fait lyrique lorsqu’il décrit les différents éléments de l’oeuvre: << ... Le panneau à droite propose uniquement une piste mince de poils sur le corps à travers la largeur du diaphragme tristement ombragé. Les parties génitales sont structurellement minimisé en étant divisé horizontalement en deux panneaux. Dans le panneau de droite, la vaste étendue de la lumière le long de la jambe supérieure se lit comme une abstraction, tel un lever de soleil flou sur une ligne sombre horizon formé par le sillon des cuisses... Le Nouvel Adam emploie les conventions de la représentation de l'Odalisque, une jeune fille couchée du harem; pourtant le sujet est si étroitement cadré que le divan ou dans le lit dans lequel se prélasse le modèle a disparu. Les odalisques traditionnelles, telles que celles peintes par Delacroix ou Ingres, sont des figures de séduction, qui établissent en partie grâce à leur regard des liens implicites avec le spectateur dans une sorte d'échange sensuel. Odalisque masculine de Stevenson, cependant, se couvre les yeux, de sorte qu'il est incapable de regarder en arrière, le modèle devient un objet consommable du désir. Il peut être examiné sans la crainte de son regard. Offrant au spectateur une étendue vertigineuse de sa chair, “Le Nouvel Adam” suggère un équivalent visuel aux passages les plus sensuels de DH Lawrence... Hormis sa monumentalité, l'ambition picturale du “nouvel Adam” est évidente dans la main pointant du modèle, dont la pose est tirée de celle de l’Adam de Michel-Ange du plafond de la Chapelle Sixtine. Avec ses doigts légèrement enroulés, la main droite le long du corps semble indiquer où le travail est vraiment vivants. La main gauche au sommet du cinquième panneau, repose légèrement juste au-dessus du nombril et de diriger l'attention du spectateur vers les parties génitales. Stevenson s’est inspire pour cette main de la sienne, comme pour montrer que c'est avec une caresse que le créateur de l'image confère à son Nouvel Adam l'étincelle de la vie.>>.
Cette peinture gigantesque a été conçu comme le témoignage de la relation amoureuse que Stevenson a entretenu avec Lord Timothy Willoughby, le petit-fils de Nancy Astor (la première femme membre du Parlement). L’ utilisation de l'acteur Sal Mineo (gay également) en tant que modèle en raison l'absence de Willoughby, a été commenté par Stevenson comme sa volonté « d'être au-delà de la captivité, au-delà de confinement, mais dans un espace où la chair est sans fin. >>. L'exposition de Pittsburgh, organisée par Mark Francis, comprenait aussi une série de 21 portraits de Willoughby avec de nombreuses études et un important matériel documentaire.

 

Harold Stevenson

 

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Two Angels at Lots House in Sodom, 1986, Harold Stevenson (1929 American), Chisholm Gallery, West Palm Beach, Florida (1134-675 © Chisholm Gallery)

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Exodus 2:5 1986 Harold Stevenson (b.1929 American) Oil On Linen Chisholm Gallery, West Palm Beach, Florida, USA (1134-671 / 1134-671 © Chisholm Gallery)

Stevenson qui est né en 1929 aux Etats-Unis est aujourd’hui quasiment connu seulement que pour cette gigantesque peinture du “Nouvel Adam” qu’il a peinte en 1962. Originaire de Idabel, en Oklahoma, où il réside encore une partie de l'année, Stevenson semble être un personnage hautement improbable . Il est pourtant le produit de l'Amérique profonde. Il est en grande partie un artiste autodidacte, à l'âge de 20 ans il est montré à New York avec son ami Alexandre Iolas.
Ses toiles sont souvent de grande échelle , 48 pieds de hauteur pour la peinture du torero El Cordobes en 1964. Son travail a été souvent inclus dans les années 60 dans des expositions sur le Pop art , telle celle en 1962 intitulé "Les Nouveaux Réalistes" à la galerie Sidney Janis. Stevenson a longtemps fait parti de l’entourage d’ Andy Warhol. Il a fait l'objet d'un film de Warhol, “Harold”, en 1964 (il serait actuellement en restauration). Dans les années 80, il a partagé son temps entre Paris et New York. Ensuite il a beaucoup fraquenté Key West, où il a peint de nombreux tableaux . Il s’est ensuite établi à Long Island, cultivant toujours, malgré son âge avancé une image de dandy.
Michael Duncan a un avis très positif sur Harold Stevenson et surtout sur le nouvel Adam, avis qui n’est pas partagé par tous.
Dans son “Journal de Travers (éditions Fayard) Renaud Camus qui au milieu des années 70 était proche de la “bande” à Warhol, ce dernier avait alors un appartement à Paris rue du Cherche-Midi où il résidait sporadiquement, par l’intermédiaire de son ami W., dresse un portrait cocasse d’Harold Stevenson. Sous la plume de Renaud Camus, le peintre américain fait plus penser à Quentin Crisp qu’à... Matisse...


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Nota: ce billet doit beaucoup à cet autre que l’on peut trouver ici

 

Pour retrouver Sal Mineo sur le blog

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