SAGAN

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Fiche technique :

Avec Sylvie Testud, Pierre Palmade, Lionel Abelanski, Jeanne Balibar, Denis Podalydès, Arielle Dombasle, Samuel Labarthe, Guillaume Gallienne, Bruno Wolkowitch, Gwendoline Hamon, Silvie Laguna, Alexis Michalik, Margot Abascal, Alexia Stresi et Chantal Neuwirth.

 

Réalisation : Diane Kurys. Scénario : Diane Kurys, Martine Moriconi, Michel Abramowicz, Claire Maréchal. Images : Dominique Levert, Guillaume Bouchateau. Son : Christian Fontaine. Montage : Sylvie Gadmer. Direction artistique : Maxime Robiere. Casting : Gérard Moulevrier. Costume : Nathalie du Roscoat. Décors : Alexandra Lassen. Musique : Armand Amar.


France, 2008, Durée : 117mn. Bientôt disponible en VF.


Résumé :

En 1954, Françoise Sagan a 18 ans. Son premier roman, Bonjour tristesse, lui apporte richesse et célébrité. Elle mène une vie légère et tapageuse, entourée de sa bande d'amis : Chazot, Bernard Franck, Florence Malraux… Le 8 août 1958, au casino de Deauville, elle mise ses derniers jetons sur le 8 et rafle la somme de 8 millions de francs avec laquelle, quelques heures plus tard, elle achète la maison qu'elle a louée pour l'été près d'Honfleur. Sans l'avoir prémédité, elle devient propriétaire et jure que personne, jamais, ne viendra la déloger de cet endroit. 40 ans plus tard, elle n’est plus que l'invitée des lieux. Le film nous raconte comment la jeune prodige de la littérature a-t-elle traversé la vie, en mettant en lumière ses amours lesbiens et en particulier sa relation avec Peggy Roche qui semble avoir été l’amour de sa vie, pour se retrouver ruinée et seule.


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L’avis critique

Sagan a tout du film qui me fait courir. On me promettait une toile où l’on me parlerait whisky, jaguar et littérature, autant de choses qui me réjouissent. Or donc, si l’ on me parla bien de whisky et de belles voitures, ce qui n’est déjà pas si mal, je ne vis dans le dernier opus de Kurys que bien peu de littérature. La voix off du film, Sylvie Testut, en double de Sagan, transforme la fameuse petite musique de la romancière en un florilège de bons mots qui font plus penser à du Guitry qu’à la prose de Sagan.

Je voudrais signaler en passant aux amateurs de belles tôles que si Françoise Sagan a bien un grave accident de voiture, c'était conduisant une Aston Martin et non une Facel Vega, comme on le voit dans le film. C’est Albert Camus qui trouva la mort, en 1960, dans la Facel Vega de son éditeur. Je ne veux pas croire à une erreur de la cinéaste, mais seulement à une économie sur les accessoires; une Facel Vega étant indéniablement plus facile à trouver en France qu’une Aston Martin...

Je ne reviendrai pas sur la folle ambition qui consiste à résumer une vie et une œuvre (mais ici l’œuvre est passée à la trappe) en deux heures ou même en trois. Sagan était initialement un téléfilm en deux parties de quatre-vingt-dix minutes, « Un charmant petit monstre » et «  Des bleus à l'âme », réalisé pour France 2. Sagan sera diffusé par France 2 [ce mois-ci ?] dans ce montage de trois heures.


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Le film aurait gagné en cursivité et en authenticité si Diane Kurys avait pris la peine (qui serait vite devenue une délectation) de lire ce chef d’œuvre qu’est le journal de Matthieu Galey, le meilleur portraitiste de la littérature française de la seconde moitié du XXe siècle, dans le droit fil d’un Léon Daudet. Voici comment il narre l’apparition de la romancière et sa rencontre avec elle : « Lu tout d’une traite le petit et délicieux roman de Mlle Sagan,Bonjour tristesse. D’énormes qualités, mais attendons la suite: il faut qu’elle écrive son Balavant de voir en elle un nouveau Radiguet... 3 juin 1954 : Rendez-vous avec Françoise Sagan aux Deux Magots. D’abord j’ai failli aborder une jeune fille qui n’était pas elle. Timide, j’hésitais, quand elle est arrivée; c’est elle qui m’a identifié. Petite brune, avec deux yeuxs ronds, sombres, elle fait à peine ses dix-huit ans. Pas de poudre, un peu de rouge à lèvres, des cheveux fous, en frange sur le front. Moins dure et pointue que son livre, mais elle y ressemble par sa grâce et son sérieux d’enfant. Voix sèche, rapide; elle parle presque “illisible”. Tout le contraire de sa langue, si fraîche et si claire. Elle se dit ulcérée de tout le bruit qu’on fait autour de son nom et trouve la gent littéraire “assommante et abrutie” à l’exception des auteurs véritables: Sartre par exemple, dont l’intelligence l’a conquise tout de suite; Camus à la rigueur (« Mais vous savez je suis bonne »), ainsi que Véraldi et surtout Abellio. Ses classiques ? Proust, pour elle la base de toute psychologie, et Benjamin Constant; elle révère Adolphe... C’est une lymphatique, avec la tête sur les épaules. Très intelligente, elle devrait bien se débrouiller dans la vie, l’air de ne pas y toucher. Somme toute, elle ne m’a point déçu. » (Matthieu Galey, Journal 1953-1973, page 58, édition Grasset)


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C’est un peu cruel de faire figurer ces lignes en regard du travail de Dyane Kurys, tant tout y est mieux et plus justement dit que dans les deux heures de ce long métrage. Il faut tout de même ajouter que si le film ne parvient jamais à nous camper l’écrivain, il réussit bien à nous montrer toutes les contradictions et les ambiguïtés de la femme; Sagan, passionnée et lâche, égoïste et généreuse, séductrice et introvertie, imprévisible... La bonne idée de la réalisation est d’avoir instillé constamment de l’humour dans le film, notamment dans les scènes entre Sagan et Peggy Roche (Jeanne Balibar, remarquable) avec qui elle formait un couple et ici un duo irrésistiblement drôle. L'humour n’a jamais porté aussi bien son nom de « politesse du désespoir » dont Françoise Sagan semble être l'incarnation.

Par contre, Diane Kurys ne parvient jamais à inscrire son héroïne dans son siècle, dans un contexte, sauf au début de son film où elle capte bien l’atmosphère des années cinquante. À laisser la grande et petite histoire hors champ, on a le sentiment que Françoise Sagan est le centre du monde et que rien n’existe hors sa petite bande, présentée ici comme un ramassis de médiocres pique-assiettes. À propos de parasites, je me demande si les assez mauvaises critiques obtenues par le film n’est pas du fait que nos plumitifs assermentés cinéma, se voyant si bien portraiturés, en ont eu quelques aigreurs ?

Le lit de Sagan était accueillant... Y sont passés, souvent pressés, Peggy Roche, Massimo Gargia, Ava Gardner, Bob Westhoff (le père de son fils), Juliette Gréco, Guy Schoeller, Annick Geille, Michel Déon, et tant d’autres encore... De la vie sentimentale de Sagan, la cinéaste a mis en exergue surtout ses amours saphiques et en particulier sa liaison avec Peggy Roche, styliste, ex-mannequin et un temps rédactrice en chef du magazine Elle, qui fut sa compagne de 1976 jusqu’à sa disparition en 1991.

On peut à juste titre considérer que Sagan est un film lesbien. D’ailleurs le public du cinéma multi-salles dans lequel, lors d’une après midi pluvieuse dans ma chère station balnéaire, j’ai découvert le film ne s’y était pas trompé. Je n’avais jamais vu autant de lesbiennes à La Baule que cette après-midi là.


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Ceci dit, je ne suis pas d’accord avec Didier Roth-Bettoni quand il avance que l’on a sciemment caché la bisexualité de la romancière : « ... L’exemple le plus frappant de ce qui est notre lot commun permanent, cette reconquête d’une mémoire si souvent passée par pertes et profits, se trouve dans le très médiocre film que Diane Kurys vient de consacrer à une des romancières françaises les plus populaires du siècle, Françoise Sagan. Si on dépasse les très évidentes limites de cette bio filmée, une chose saute aux yeux qu’on n’aurait jamais soupçonné : c’est que Sagan (incarnée ici par une excellente Sylvie Testud) était indubitablement lesbienne ! Pas juste le temps d’une aventure ou d’une expérience comme il était de bon ton dans les milieux intellectuels des folles années 60-70, mais vraiment fondamentalement lesbienne, toutes ses histoires d’amour véritables ayant eu des femmes pour objets. Or qui, à moins peut-être d’être un véritable spécialiste de Sagan (et encore…) avait cela ? Pas moi en tout cas, et pas la plupart des personnes cultivées à qui j’en ai parlé... Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la vérité (une part d’entre elle en tout cas) sur la si célèbre auteure de Bonjour tristesse a été masquée, de son propre fait ou non d’ailleurs, parce que cette vérité-là aurait peut-être brouillé le mythe et la popularité de la romancière préférée des Français. Et qu’est-ce que cela signifie pour nous, homosexuels de tous les sexes ? Qu’un pan de notre histoire nous a été interdit... »

Outre que Didier Roth-Bettoni ne doit pas s’entretenir avec les bonnes personnes “cultivées”, il est victime du terrorisme de la transparence et de la paranoïa du complot. En quoi savoir que Sagan était plus homosexuelle qu’hétérosexuelle aurait aidé à la compréhension de son œuvre. Le drame de la romancière est que, justement, sa biographie a toujours fait écran entre le public et ses écrits, qu’elle soit elle-même grandement responsable de la chose ne change rien au résultat. Didier Roth-Bettoni oublie le droit de toute personne à une vie privée. On retrouve ici la confusion, dont le communautarisme est grand pourvoyeur, entre public et privé qui fait tant de mal à la civilisation.


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Voyons ce que dit sur le sujet Marie-Dominique Lelièvre dans son très bon Sagan à toute allure : « ... Si Françoise aime les femmes, elle cache ses liaisons qui restent clandestines. Pas d’images amoureuses avec celles qu’elle a aimées ou séduites... Au théâtre ou au casino, elle fait son entrée au bras d’un homme pour éviter d’être photographiée avec une amie de cœur. La vie amoureuse de Françoise Sagan se conforme au cahier des charges de sa légende et se coule dans les formes que lui impose le mythe... C’est pourtant avec une femme que Françoise est enterrée au cimetière de Cajarc, s’appartenant enfin: Peggy Roche, un des êtres qui ont le plus compté pour elle. »

Si la cinéaste a le bon goût de ne pas s’attarder sur les amants et amantes de passage de Françoise Sagan, il est tout de même assez ridicule de ne jamais montrer ne serait-ce qu’un geste de tendresse de son héroïne envers l’élu(e) de son cœur d’un moment, si bien que Françoise Sagan parait plus asexuée que bisexuelle !

Il est toujours périlleux de faire jouer des personnage qui sont encore dans l’œil d’une partie du public par des acteurs. Disons-le d’emblée, le casting ne démérite pas. On ne redira jamais assez à quel point Sylvie Testud EST Françoise Sagan. Mention spéciale aussi à Jeanne Balibar très convaincante en Peggy Roche mais il est vrai que je ne savais pas à quoi ressemblait cette dernière. Si, sur le plan du jeu, Pierre Palmade m’a surpris en ami fidèle et désabusé et m’a étonné par sa justesse, cela se gâte quand on sait qu’il s’agit de Jacques Chazot, qui ne l’oublions pas était certes une folle perdue (une des premières et des dernières à s’assumer comme telle !) mais avant tout un danseur, titre que la mollesse de Palmade ne peut jamais revendiquer. On se prend à songer alors que le choix de Palmade tient plus sans doute à sa possibilité de se faire inviter facilement dans les innombrables émissions de télévision de papotage promotionnel qu’à son talent de comédien. Itou pour Arielle Dombasle, beaucoup trop vieille pour le rôle, qui nous ressort son numéro de femme du demi-monde évaporée. Mais est-ce une composition ?


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Alors que dans Sagan à toute vitesse (édition Denoël) Marie-Dominique Lelièvre avait à juste titre fait la part belle à Bernard Frank et à Florence Malraux, les deux plus fidèles amis de Françoise avec laquelle ils formaient une enfantine triade de la timidité, Diane Kuris fait de l’auteur de Les Rats un pâle pique-assiette et escamote Florence Malraux, aujourd’hui la seule survivante de la bande à Sagan. De Bernard Frank, Marie-Dominique Lelièvre écrit qu’il tenait du « nounours hirsute, de l’objet transitionnel, plus que de l’amant ». Là encore, pour ce personnage hors du commun, la cinéaste aurait été bien inspirée de lire le portrait qu’en traçait Matthieu Galey dans son journal : « Bernard Frank, romain, puissant, épais, frisé. Une sorte de Murat. « Oui, dit il, mais à mon âge, il était déjà maréchal ! » Il vient de terminer un essai sur Drieu, personnage qui le fascine; il y étudie ce qu’il appelle la “panoplie littéraire” de l’époque. Une parole pressée, bafouillante, assez incertaine, mais la pensée est lucide, d’une intelligente férocité. » Encore une fois, devant le Bernard Frank du film honnêtement interprété par Lionel Abelanski avec néanmoins un déficit de charisme et de volume, on ne peut que constater que la littérature est absente; de ce fait on ne comprend rien à la relation entre Frank et Sagan, alors que le carburant de leur amitié était leur passion commune pour la littérature. Ce qu’expliquait très bien l’émission de radio, Une vie, une œuvre consacrée à Bernard Frank diffusée il y a quelques semaines sur France-Culture. Bernard Frank est l’auteur du terme « Hussard », fausse école littéraire qui menée par l’épée de Nimier bataillait pour la légèreté contre la pesanteur du roman à thèse. Il est paradoxal que l’on ne rattache jamais Sagan à ce courant...


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Toujours pour continuer sur le casting, et la question de la ressemblance physique d’un acteur avec la personne ayant existé qu’il interprète, question que je ne crois pas dérisoire même si les intellectuels de la critique balaye celle-ci d’un revers de main méprisant, je suis par exemple étonné du choix de Guillaume Gallienne pour le rôle de Jacques Quoirez, le frère de la romancière. Revenons au journal de Matthieu Galey : « Quoirez, le frère de Sagan, à qui la vie a sculpté une gueule de vieux marin pêcheur épanoui, jouant l’esthète distancié s’amusant du spectacle du monde... (19 janvier 1980). » Et que voit-on à l’écran ? Un gros garçon un peu folasse au cœur tendre et à la tête sur les épaules qui m’a fait irrésistiblement penser à Dominique Besnehard jeune. Le talent de Galienne n’est pas en cause, il parvient à imposer son personnage dès sa première apparition. Mais sans ériger le psychomorphisme en règle d’or, l’aspect d’un être n’est tout de même pas sans incidence sur son comportement quotidien. Diane Kurys a néanmoins fait de nombreux bon choix. Podalydes est parfait en Guy Schoeller et Chantale Neuwirth poignante en femme de charges, vraiment à tout faire, de la romancière.


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Diane Kurys n'a pas connu Françoise Sagan. Elles avaient pourtant failli travailler ensemble. La cinéaste avait proposé à l'écrivain d'écrire le scénario des Enfants du siècle, sachant qu'elle adorait la correspondance entre George Sand et Alfred de Musset. Mais cela ne s'est finalement pas fait. « J'ai toujours eu l'impression qu'elle faisait partie de ma vie », explique Diane Kurys. « En lisant les articles qui lui étaient consacrés (...) au moment de son décès, (...) j'ai vu à quel point sa vie avait été romanesque, intense, riche. (...) Je me suis mise à lire tout ce qu'on avait écrit sur elle, je me suis replongée dans ses romans, j'ai regardé ses interviews, et l'idée de faire un film sur sa vie ne m'a plus quittée. J'ai voulu la montrer dans son ambiguïté, à la fois proche, humaine et totalement imprévisible. Je n'ai pas cherché à la rendre meilleure qu'elle n'était, j'ai seulement voulu la rendre vraie, en essayant de m'approcher au plus près. Elle était généreuse, passionnée, passionnante et elle pouvait être un monstre d'égoïsme, elle était lâche aussi, parfois. Faire le portrait de quelqu'un, c'est aussi faire un portrait de soi-même. »

Pour le tournage, Diane Kurys a tenu à rencontrer certaines personnalités de l'entourage de Françoise Sagan, dont Florence Malraux, Jean-Claude Brialy ou Régine. Elle a en outre demandé au fils de l'écrivain, Denis Westhoff, d'être le conseiller artistique du film. « C'est la première personne que j'ai appelée quand j'ai eu l'idée de faire ce film. J'avais besoin de son approbation, de son regard, et de son aide. Il lui ressemble beaucoup, j'étais d'ailleurs très impressionnée à l'idée de le rencontrer. » Peut-être aurait-elle mieux fait de lire les livres de Françoise Sagan. Mais les cinéastes français lisent-ils ? On peut en douter.


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Encore une fois, le cinéma hexagonal ne parvient pas à filmer le travail, pas plus pour un écrivain que pour un plombier. Jamais on ne sent la romancière habitée par son œuvre comme c’est par exemple le cas dans le Capote de Bennett Miller. Si bien que lorsque la romancière ne parvient plus à écrire, Diane Kurys ne parvient pas à nous faire partager l’angoisse de son héroïne.

Sylvie Testud raconte également avoir rencontré certains des amis de Françoise Sagan encore en vie, mais en fait ils lui ont compliqué la tâche. « Le premier la disait timide, le deuxième la qualifiait de séductrice, le troisième voyait en elle une introvertie...chacun se l'était appropriée. » Ce sont finalement les enregistrements et l'INA qui ont le plus aidé l'actrice.


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L'idée de faire tenir le rôle de l'écrivain à Sylvie Testud s'est très vite imposée à la réalisatrice. Il faut dire qu’il faut être aveugle pour ne pas remarquer la ressemblance physique entre la comédienne et la romancière. Lors d'un déjeuner avec Thierry Taittinger qui revenait de l'enterrement de Françoise Sagan, celui-ci avait d'ailleurs dit à Diane Kurys que si un film se faisait, il faudrait prendre Sylvie Testud. Un choix que ne regrette absolument pas la cinéaste : « Cela m'a paru une évidence, et c'est elle que j'avais en tête quand je me suis lancée dans l'aventure. C'est une femme intelligente et courageuse, comme Sagan, et elle écrit elle aussi... Elle a compris le challenge que représentait le rôle. Elle a aussi un côté "petit soldat" : elle entraîne son monde derrière elle, et c'était un vrai bonheur de voir son travail, sa concentration et la légèreté avec laquelle elle avait l'air de faire tout cela. »


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Sylvie Testud indique avoir été à la fois enchantée et paniquée quand Diane Kurys lui a offert le rôle : « Je ne voyais pas de rapport évident entre Sagan et moi. » Elle s'est finalement rendu compte que toutes les deux étaient finalement assez proches. « En lisant des biographies, en l'écoutant, en la regardant, j'ai effectivement découvert beaucoup de points communs. Par exemple, comme elle, j'aime les belles voitures (...) Elle explique qu'elle ne boit pas de champagne et qu'elle est très déprimée dans les soirées qui n'offrent que du champagne : moi aussi. »

Elle réussit parfaitement à restituer le phrasé si particulier de Sagan, à la fois enfantin et « onomatopesque ». Elle a appris la « langue » Sagan avec autant d’application que le Japonais pour Stupeur et tremblements. Les regards de l’actrice se font tour à tour boudeurs, frondeurs, évasifs, souvent filtrés par une mèche de cheveux qu’elle triture. Après un début, très elliptique qui épouse le rythme de vie de la jeune Françoise Sagan, fait d’une profusion de plans brefs qui reflète bien la frénésie et l’urgence de vivre, le goût pour les fêtes, la vitesse, l’alcool déjà, le filmage se fait plus sage. La réalisation devient assez plate mais toujours propre. Le budget relativement modeste pour une telle entreprise interdit les plans larges dans les extérieurs urbains. La reconstitution est soignée et réussit à éviter les anachronismes.


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Ce que l’on ne perçoit pas dans le film de cinéma (il en sera peut-être autrement avec celui de télévision), c’est ce qu’a très bien mis en lumière Dominique Lelièvre dans son livre, le point de basculement d’une vie qu’elle situe pour Françoise Sagan en 1973. Cette date correspond à celle du premier choc pétrolier et aussi à la remise en question du mensonge gaullo-communiste sur la période 1940-1945 en France, deux phénomènes qui changeront (lentement) la perception du grand public sur bien des choses et entre autres sur les livres de Françoise Sagan, dont les romans perçus à la fois comme légers et dynamiques ne correspondent plus à l’air du temps qui est à la morosité... Les tirages des romans de Sagan commencent à diminuer et l’on peut considérer qu’à partir de cette date, la vie de la romancière ne sera qu’un long toboggan qui la fera glisser vers la mort.


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Dans le souvenir d’un film, je remarque que peu de spectateurs mentionnent l’heure, le lieu, les conditions dans lesquels ils l’ont découvert. Je ne parle pas des critiques qui, par pingrerie, se contentent des rances projections de presse. Pourtant le lieu de consommation a une grande importance dans le cheminement qu’une œuvre fait vers (puis dans) le cœur et l’esprit d’un spectateur. En cela, voir Sagan à La Baule était un choix parfait tant j’ai pu voir fleurir dans mon enfance les couvertures des romans de Françoise Sagan sur la plus belle plage d’Europe, comme les voitures qu’elle affectionnait se garer le long de la défunte “Potinière”, même si c’était plus des Triumph TR3 que des Jaguars ou des Aston Martin...

Il est important de ne pas oublier que cet article ne concerne que la version courte sortie sur les écrans le 11 juin 2008 et non sa version longue télévisée que je n’ai pas encore vue.

 

Commentaires lors de la première parution du billet


Fin

Et c'est enfin une femme -une meilleure amie comme il y en a peu- qui l'hébergea avenue Foch dans son appartement lorsque, perclue de dettes fiscales, elle vivait au jour le jour.

J'ai eu l'occasion de la rencontrer dans les années 2000-02 close dans ce vaste appartement.

Posté par Frank, 29 juin 2008 à 11:43

réponse à Frank

Le livre dont je parle dans mon article, Sagan à toute allure raconte tout cela avec beaucoup de style et de pudeur avec un véritable amour pour "ses personnages", un très grand livre qui dépasse de beaucoup le genre de la biographie... Merci pour ce témoignage
Posté par Bernard Alapetit, 29 juin 2008 à 16:55

Question à Franck sur Sagan

Pourrais tu, puisque tu as rencontré Françoise Sagan,donner ton avis. Car la bonne amie que tu évoques est jouée par Arielle Dombasle qui est dans le film de Kurys plutôt une méchante conne, pas vraiment l'amie prévenante que tu suggère. Dans le très beau livre de Marie Dominique Lelièvre, ingrid Mechoulam, puisque c'est d'elle dont il est question, pourquoi avoir changé le nom? est un personnage plus ambigue, mais qui est également éloigné de celui campé par Arielle Dombasle. Qu'en penses tu?

 

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Publié dans cinéma gay

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schousboe 04/05/2016 15:50

et les crédit photos, obligatoire !!!